03/04/2013

BD : Les cases déstructurées de Fred et Marc-Antoine Mathieu

fred,philémon,dargaud,marc-antoine mathieu,julius,delcourt,décalageMise à jour : Cette chronique, parue il y a trois semaines dans l'Indépendant,parle du dernier album de Fred. Le grand dessinateur vient de s'éteindre, à 82 ans. Les hommages sur Facebook sont légion. Des ses collègues, amis. Lecteurs aussi. Philémon a fait rêver plusieurs générations. Une ouverture sur la poésie essentielle. Fred, sans faire de bruit, a participé à l'éducation artisitique et culturelle de millions de personnes. Oui, il faut relire tout Philémon. Chapeau l'artiste ! 


La bande dessinée souffre d'une image trop formatée. Cases, planches, pagination : longtemps les auteurs devaient se fondre dans un moule, brider leur créativité pour des raisons pratiques, matérielles. Mais certains ont littéralement explosé ces contraintes, dynamitant un principe de narration trop linéaire. Fred, au milieu des années 60, a été un pionnier avec Philémon. Marc-Antoine Mathieu un digne héritier en lançant Julius Corentin Acquefacques dans le monde des rêves.

 

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« Le train où vont les choses » est le 16e et dernier tome des pérégrinations de Philémon dans le monde des îles-lettres de l'Océan Atlantique. Débuté à la fin des années 80, cette histoire de Lokoapattes embourbées par manque d'imagination était un peu symbolique de l'état d'esprit du créateur. 20 pages et puis plus rien... Des idées noires, un manque d'envie. Fred a changé d'univers pour mieux se retrouver. Mais il avait quand même le désir de boucler la boucle. C'est chose faite, au minimum. Un épilogue sous forme de bande de Moëbius puisqu'on retrouve en scène finale les premières pages du premier album. Un monde meurt, un univers magique se referme. Mais il sera toujours là, grâce aux albums, pour ouvrir celui des générations futures.

 

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« Le décalage », 6e titre des aventures (même si c'est un bien grand mot) de Julius Corentin Acquefacques, débute... à la page 7. La couverture est en fin de volume et les personnages, pour accélérer leur errance dans le grand rien, ont même arraché des pages au cœur du récit. Julius, en ratant le début de l'aventure, se retrouve dans le rôle du témoin impuissant. Un album de Marc-Antoine Mathieu c'est avant tout des trouvailles techniques. Scénographe réputé, il n'a pas son pareil pour jouer avec les codes de la narration. Un peu comme Fred, mais à la puissance 1000. Fred que l'on retrouve d'ailleurs dans les remerciements, placés au cœur de la BD, décalage oblige.

« Le train où vont les choses », Fred, Dargaud, 13,99 euros

« Le décalage », Marc-Antoine Mathieu, Delcourt, 14,30 euros


30/03/2013

BD : L'abbé Shelton en mission en Argentine

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Wayne Shelton, héros aventurier imaginé par Jean Van Hamme, a le profil rêvé pour être au centre d'histoires mouvementées et dépaysantes. Millionnaire, prêt à tout pour augmenter sa fortune, Wayne, malgré ses tempes blanches est encore très vert. Et cela ne date pas d'hier. Dans sa jeunesse, il a traversé l'Amérique latine en moto. Heureusement pour le lecteur il n'a pas finit comme le Che. Mais ce passé de liberté et d'insouciance lui revient en pleine figure quand il il est accusé par la police argentine d'avoir violé une jeune héritière. C'était il y a 30 ans, mais ce pays très catholique sait se souvenir quand il y a l'honneur d'une famille en jeu. Wayne est victime d'un complot. La belle qui a succombé à ses charmes a aujourd'hui besoin de notre héros pour récupérer le ticket gagnant à la loterie nationale. Pour assurer sa liberté, Wayne endosse l'habit de prêtre et va au fin fond des montagnes retrouver un curé peu scrupuleux. Dessinée par Denayer, toujours aussi efficace, cette aventure est légère, pleine d'humour et de bons sentiments. Rien de bien transcendant pour certains. En fait de la belle ouvrage, ce qui fait le succès de la BD depuis des décennies, devenu malheureusement trop rare de nos jours.

« Wayne Shelton » (tome 11), Dargaud, 11,99 €


10/03/2013

BD : Luisa Casati, la muse égoïste

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La marquise Luisa Casati a toujours baigné dans le monde des arts. Cette richissime héritière italienne a dilapidé sa fortune et est morte en étant quasiment à la rue. Mais avant, quelle vie, quel faste, que de jouissances ! La vie de cette extravagante, que certains comparent à Lady Gaga, a toujours été dans l'excès. Mariée très jeune, elle trompe allègrement son triste mari avec un poète. Puis elle rejoint Paris et accumule les conquêtes et les tenues extravagantes. Sans pudeur, elle devient un modèle de choix pour les peintres les plus en vogue. Son corps se retrouve sur les tableaux de Dali, les photos de Man Ray et sert de base pour les créations du styliste Poiret. Ce biopic est l'œuvre de Vanna Vinci, dessinatrice italienne certainement inspirée par cette Casati, muse égoïste à la chevelure flamboyante.

« La Casati », Dargaud, 16,45 euros


14:56 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : casita, man ray, dali, vanna vinci, dargaud

06/03/2013

BD : la colère d'un fantôme masqué

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100 ans. 100 ans que la figure de Fantomas a commencé à hanter les nuits de lecteurs aimant se faire peur. Le personnage, premier super méchant avec cape et collant, redevient l'abominable monstre de ses origines. Oubliés les films comiques et autres dérives ringardes, la BD retrouve la force du feuilleton et la noirceur du personnage. « La colère de Fantomas » est plus qu'un hommage, c'est une continuation parfaite de l'esprit d'origine. Tueur et manipulateur, Fantomas est toujours dans la surenchère. L'histoire débute en plein procès. Le fantôme masqué est accusé du meurtre de Lord Beltham. Il se défend seul. Et prouve que l'arme du crime est d'une rare efficacité. Décapité au petit matin, il ne nuira plus. A moins que... Juve et Fandor sont invités à assister à une pièce reprenant les exploits du criminel. C'est là qu'il réapparait et annonce son intention de se venger. Fantomas est en colère ! Une histoire de Bocquet mis en images par Julie Rocheleau, une dessinatrice canadienne jouant parfaitement des couleurs pour recréer cette ambiance du début du XXe siècle.

« La colère de Fantomas » (tome 1), Dargaud, 13,99 €


26/02/2013

BD : le futur stylisé des "Souvenirs de l'empire de l'atome"

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Comment devient-on écrivain de science-fiction ? Thierry Smolderen répond en partie à cette interrogation dans « Souvenirs de l'empire de l'atome », roman graphique illustré par Alexandre Clérisse. Paul, dans son enfance au cœur des années 50, a été fasciné par les nouvelles et romans de SF diffusés dans les magazines. Tellement imprégné de cet univers qu'il s'est construit un double imaginaire, Zarth Arn, héros du futur. Depuis l'âge de 14 ans, il est persuadé de pouvoir communiquer avec lui par télépathie. Impossible de résumer cet album aux multiples ramifications. Sachez que parmi les thèmes évoqués vous aurez droit aux drogues hallucinogènes, à l'hypnose, à un hommage à Franquin et même à l'Exposition universelle de 58 à Bruxelles. Et le plus incroyable, c'est que cet immense fourre-tout est d'une cohérence redoutable.

« Souvenirs de l'empire de l'atome », Dargaud, 19,99 euros


23/02/2013

BD : Chasse au Krakken pour Asgard et Seiglind

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Asgard Pied-de-fer, le chasseur de Krakken, accepte de défier un serpent géant terrorisant une partie des mers du Nord. A la fin de la première partie de cette BD écrite par Nury et dessinée par Meyer, le lecteur est quasi persuadé que le monstre est mort. Dès les premières pages du second tome, il revient, blessé et encore plus agressif. Un combat définitif s'engage avec les survivants. Dans la neige, les eaux glacées, les fjords sauvages, Asgard et la belle Seiglind vont lutter contre les éléments et le serpent-monde. 60 pages d'une rare tension. La preuve est faite que la BD, loin d'être un média immobile, peut parfaitement retranscrire le mouvement avec quelques traits judicieusement placés dans une mise en page dynamique.  Mieux que du cinémascope !    

« Asgard » (tome 2), Dargaud, 13,90 euros


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26/01/2013

BD : triste voyage en famille

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Léa est belle. Léa est jeune. Léa a du succès. Auprès des hommes, du public de son émission à la télé. Léa a tout pour être heureuse. Jusqu'à ce jour osa tante lui annonce la mort de son père. Durant quelques jours, Léa va mettre sa vie entre parenthèses et tenter de comprendre pourquoi rien n'a jamais marché entre elle et ce père, médecin généraliste, toujours absent. Elle va fouiller dans la grande maison de famille, y retrouver des traces de son enfance et cette piscine, a jamais abandonnée aux grenouilles. Une histoire émouvante de Zidrou, mis en images, avec simplicité et rigueur, par Benoît Springer.

« Le beau voyage », Dargaud, 14,99 €


15/01/2013

Chronique : le cri du coeur de Manu Larcenet : "Ne votez pas pour moi !"

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Iconoclaste jusqu'au bout du pinceau, Manu Larcenet, auteur de bande dessinée, se distingue toujours par quelque action d'éclat. Il débute dans Fluide Glacial dans le domaine de l'humour, mais devient célèbre avec « Le combat ordinaire » et « Blast », des romans graphiques salués par la critique et le public. Sur son blog, « Epais et tordu », il s'en prend régulièrement aux critiques BD, aux forums, aux éditeurs, à ses collègues... Souvent sans nuance, limite méchant. La marque du génie, sans doute.

Ce week-end il poste un nouveau texte sur le festival d'Angoulême. La grand-messe du neuvième art (40e édition du 31 janvier au 4 février) modifie l'élection du « grand maître de l'année ». Les professionnels de la BD sélectionneront trois noms dans une liste de 16 auteurs proposés par les organisateurs. Quant aux précédents Grands Prix,  ils choisiront l'heureux élu parmi ces trois noms. 16 auteurs dont Manu Larcenet fait partie. Dans son billet, le créateur de Bill Baroud demande clairement de ne pas voter pour lui ! On reconnaît dans cette prise de position toute la modestie d'un dessinateur majeur. Enfin modeste, mais quand même pas au point de laisser ses collègues décider seuls. « Dieu lui-même me l’a dit : Votez Cosey. Et pas Larcenet, surtout. Et ne me faites pas de coup en douce, hein, je vérifierai chaque bulletin avec Dieu » écrit-il sur son blog.

Si j'étais auteur de BD, rien que pour l'embêter, je voterais Larcenet. D'autant qu'il le mérite largement ce titre de grand maître ! 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant. 

12/12/2012

BD : Yves Sente, le serial-repreneur

sente_yves[1].jpgQuel est le point commun entre Blake et Mortimer et XIII ? La première est une série mythique des années 50, la seconde un feuilleton d'espionnage dans l'Amérique contemporaine. Outre des tirages astronomiques, Blake et Mortimer ont le même scénariste, Yves Sente. Un spécialiste de la reprise. Il sait parfaitement se couler dans un univers mis en place par un autre. Entre hommage et véritable innovation, il est parvenu à imposer son style à ces monuments de la BD.

sente,blake et mortimer,xiii,dargaud« On ne fait pas du Jacobs, on fait du Blake et Mortimer, c’est une nuance de taille. Jacobs, il n’y a que lui pour en faire » (1), déclarait-il en 2008. L'arrivée de Yves Sente dans le monde du scénario de bande dessinée est un peu dû au hasard. Ce Bruxellois, diplômé aux USA, devient directeur éditorial des éditions du Lombard. Chargé de relancer le catalogue de la vieille maison d'édition belge, il écrit, sous le couvert de l'anonymat, le scénario d'un Blake et Mortimer en prévision de la reprise de ces personnages par Van Hamme et Ted Benoit. Ce sera « La machination Voronov » dessinée par Juillard. Coup d'essai, coup de maître. Rapidement les titres se multiplient et les ventes s'envolent. « Ces ventes sont pour moi le reflet de ce besoin qu’on les gens de prolonger l’enfance, de prolonger leurs rêves d’enfants » explique Yves Sente. « Nous ne sommes pas là pour soigner notre égo mais pour se mettre au service de la série. »

sente,balke et mortimer,xiii,dargaudUn état d'esprit qu'il ne quitte pas pour donner une suite aux aventures de XIII avec Jigounov au dessin ou de Thorgal. Ce serial-repreneur est l'assurance de solides intrigues pour des héros en ayant déjà vu de toutes les couleurs.

Derniers albums parus : « Le serment des cinq lords » (Blake et Mortimer 21), 15,25 €. « L'appat » (XIII 21), Dargaud, 11,99 €.


 

 

(1) : entretien paru sur « La Marque Jaune », site dédié à l'univers de Jacobs. http://www.marquejaune.com

10/12/2012

BD : Monstres au lycée et "Pleine Lune"

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Dans le petite monde très masculin des scénaristes de BD, Isabelle Bauthian est l'exception qui confirme la règle. Déjà remarquée dans « Effleurée », elle multiplie les projets et chaque nouveauté confirme son talent, son éclectisme et sa parfaite connaissance des goûts du public d'aujourd'hui. « Pleine Lune » est un subtil mélange de fantastique et de romance au lycée. Koline, adolescente romantique, en pince pour Aurel, un garçon secret. Lors de la fête d'anniversaire d'une amie, ses copines boivent une supposée potion magique. L'effet n'est pas immédiat mais le lendemain, c'est un véritable cauchemar qui s'abat sur le lycée. Aurel révèle alors son véritable visage. Cela ne va qu'amplifier l'amour de Koline. Loin d'être réservée aux adolescentes fan de Twilight, cette BD dessinée par Saponti peut intéresser tous les publics.

« Pleine Lune » (tome 1), Dargaud, 9,99 €


15/11/2012

BD : Une princesse très seule victime de "Sortilèges"

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Blanche, jeune fille fragile et romantique, voit son destin basculer le jour où son père meurt. Blanche est la fille du roi. La couronne devrait revenir à son frère aîné, mais le monarque sur son lit de mort a préféré confier les rênes de son pays à la frêle jeune fille. Elle va donc devoir devenir dure et autoritaire. Blanche abandonne Gaspard, son amant et prend les armes pour défendre le royaume.

C'est le fil rouge de ce récit écrit par Jean Dufaux et mis en images par Munuera. Intrigues de cour et sortilèges vont compliquer le devoir de la belle héroïne. Très poétique, cette BD prouve tout le talent de Munuera, bien plus à l'aise dans ce monde fantastique que dans la reprise de Spirou, avouons-le.

« Sortilèges » (tome 1), 14,99 €


07:23 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sortilèges, munuera, dufaux, dargaud

04/11/2012

BD : Zaya agent intemporel au service de la Spirale

 

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Tueuse au service de la Spirale, organisation du crime planétaire, Zaya profitait d'une paisible retraite en compagnie de ses deux filles. Rappelée pour une opération spéciale, elle se retrouve hôtesse sur un immense paquebot de croisière. Sa mission, protéger les arrières d'une centaine d'agents de la Spirale mobilisés pour abattre un certain Siegam. Il a osé trahir la Spirale. Aidée de son intelligence artificielle, Zaya va assister à l'opération en retrait. Heureusement pour elle car c'est un piège. Siegam sert d’appât pour capturer en flagrant délit le maximum de membres de l'organisation criminelle. Le combat s'étire sur une vingtaine de planches, les scènes d'action ne faisant pas peur à Huangjiawei, le dessinateur chinois de cette série écrite par Morvan. L'histoire bascule alors dans la SF pure. Zaya, pour échapper aux policiers, franchit l'hyperespace. Une limite dangereuse car susceptible de modifier radicalement son monde. A son retour, elle constate qu'elle est désormais dans un contre-espace radicalement différent. Beaucoup d'action, une héroïne à croquer, un rebondissement inattendu : à priori Zaya a de beaux jours devant elle.

« Zaya » (tome 2), Dargaud, 14,99 €


10:55 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : huangjiawei, zaya, morvan, dargaud, spirale

31/10/2012

BD : duel de femmes fatales dans "Nico" de Berthet et Duval

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La guerre froide bat son plein au début des années 60. Mais dans ce passé imaginé par Duval et dessiné par Berthet, quelques détails sont différents. Si CIA et KGB s'affrontent en toute discrétion, la technologie est un peu améliorée. Ainsi les voitures peuvent voler et les gadgets des agents secrets feraient pâlir de jalousie le pauvre James Bond. Nico, la belle espionne, est toujours à la recherche de sa mère. Elle pensait l'avoir retrouvée, mais ce n'est qu'une taupe russe chargée de collecter des informations sur un savant allemand passé à l'Ouest à la Libération. Ces deux femmes fatales vont se bagarrer âprement, les hommes se contentant de compter les coups. Le dessin de cette série d'aventure est de Berthet. Les premières pages, sorte d'hommage à Jacobs, prouvent qu'il est parfaitement qualifié pour endosser le rôle de futur dessinateur de Blake et Mortimer. Une affaire à suivre.

« Nico » (tome 3), Dargaud, 13,99 €


09:22 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nico, espionne, duval, berthet, dargaud, kgb, cia

24/10/2012

BD : A la recherche du bison blanc avec Loup de pluie

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Un dessinateur, pour pleinement exprimer son talent et faire briller son univers graphique, a parfois besoin d'un scénariste inspiré. Ruben Pellejero a changé de stature quand il rencontré Jean Dufaux. Son trait épais, fort et sombre est parfaitement adapté à ces histoires dramatiques, de véritables romans graphiques. L'histoire de « Loup de pluie » se déroule dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle. Le temps héroïque du western est loin. Mais il reste encore par endroit des poches de violence absolue. Les Indiens, entre intégration et vaine résistance, n'ont déjà plus de place dans une société trop moderne pour leur traditions. Reste l'amour. Cette histore de vendetta familiale se heurte à plusieurs romances croisées. Entre mariages arrangés, différences de classes sociales et coup de foudre, le mélange est détonnant. Passionnant aussi !

« Loup de pluie » (tome 1), Dargaud, 13,99 €


16/10/2012

BD : La sirène de la police dans "Mermaid Project" de Léo, Jamar et Fred Simon

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Romane Pennac, l'héroïne de cette série de science-fiction, est policière à Paris. Dans ce futur proche, notre monde a beaucoup changé. Romane se déplace à vélo, le cheval a fait son grand retour dans les avenues et Romane subit les brimades quotidiennes de ses collègues. Pas parce qu'elle est une femme ou blonde. Simplement car elle est blanche. Dans ce futur imaginé par Léo et Corinne Jamar, les pays émergents ont pris le dessus sur la vieille Europe. Logiquement, les minorités d'aujourd'hui sont devenues des majorités et reproduisent les mêmes injustices. Romane tente donc de s'imposer dans un commissariat où elle ne doit sa présence qu'à un quota à remplir. Elle va avoir l'occasion de s'illustrer quand elle reçoit un courrier dévoilant une erreur de cadavre transféré en France depuis les USA. Grâce à la présence de son frère au sein d'une société de recherche en génétique, elle sera choisie par les services secrets pour se rendre à New York enquêter sur le Mermaid Project. Paris, New York, Québec : Romane joue un peu à Tintin dans le futur. Le dessin très ligne claire de Fred Simon renforce cette impression.

« Mermaid project » (tome 1), Dargaud, 13,99 €


04/09/2012

Le gouvernement des mafieux se déchire dans la saison 2 d'Insiders

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Succès de librairie depuis une décennie, Insiders revient avec un second cycle, une « saison 2 » pour reprendre la terminologie des séries américaines. Najah, la belle Colombienne, après moultes péripéties résumées en deux pages exemplaires pour les apprentis scénaristes (Bartoll est un maître du pitch), se retrouve à la tête du Grand conseil, sorte de gouvernement mondial de la pègre planétaire. Une étape cruciale dans sa vie car cet agent infiltré n'a plus de chefs directs, tous assassinés précédemment. Peut-on continuer à jouer les « insiders » quand on se retrouve à la tête de l'organisation à surveiller ? Najah va-t-elle rester dans le camp du Bien ou choisir le Mal ? Y a-t-il la moindre différence entre les deux partis ? Le problème c'est qu'elle n'a pas trop le temps de se poser la question : les événements s'enchaînent trop vite. Du Japon au Nigeria en passant par Miami et les Caraïbes, la partie d'échecs en cours est compliquée et meurtrière. Le lecteur est toujours sous le charme, Garreta, au dessin, est d'une efficacité étonnante.

« Insiders, saison 2 » (tome 1), Dargaud, 11,99 €

25/07/2012

Vitesse et guerre dans le troisième tome de "Grand Prix" de Marvano

 

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Troisième et dernière partie de « Grand Prix », fresque de Marvano sur le sport automobile avant la seconde guerre mondiale. Après les exploits des autos et des pilotes, la politique prend le dessus. Hitler impose avec force son idéologie nazie. Les tensions avec les Britanniques sont de plus en plus fortes. Rudy, pilote de Mercedes et citoyen anglais est de plus en plus sur la sellette. Il profite pourtant de ses nombreux déplacements en Europe pour jouer à l'espion et participe même à un réseau destiné à sauver des milliers de Juifs persécutés. La BD, de sportive, devient politique, avec une dénonciation claire et nette de la politique de l'autruche menée par Chamberlain. Marvano tisse son intrigue autour des événements historiques, de l'ouverture des premiers camps de concentration à l'annexion des Sudètes. Le dernier grand prix aura lieu à Belgrade. Ensuite, les seuls moteurs vrombissant seront ceux des chars et des avions de la wehrmacht en train d'envahir l'Europe...

 

« Grand Prix » (tome 3), Dargaud, 13,99 €


 

12/07/2012

Zen au soleil

 

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Peut-on être zen tout en écoutant de la salsa ? Cette étonnante interrogation vient à l'esprit du lecteur de « Karma Salsa », écrit par Callède et Charlot et dessiné par Campoy. Dans un pays imaginaire des Caraïbes, brûlé par le soleil, Ange, sort de prison. 20 années d'enfer pour le meurtre d'un flic. Ils sont nombreux à l'attendre car il aurait dérobé 2 millions à un caïd de la pègre locale. Mais Ange a bien changé. De tueur sans foi ni loi il est devenu une sorte de moine bouddhiste. Zen en toute circonstance. Enfin presque. Quand il apprend que la femme qu'il aimait est morte et qu'il a une fille de 19 ans, il change ses plans et va tenter de récupérer le magot pour lui assurer un avenir radieux. Nerveux, violent, dépaysant : un album idéal pour les vacances.

 

« Karma Salsa » (tome 1), Dargaud, 13,99 €


 

27/06/2012

Edith Hardy à la recherche des diamants de la honte

 

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Edith Hardy, ravissante détective privée parisienne des années 50, poursuit ses aventures avec toujours Christin au scénario et Goetzinger au dessin. Double récit dans ce septième album. Alors que Victor, le jeune employé d'Edith décide de partir pour l'Algérie afin de retrouver sa fiancée, reporter pour un journal de gauche, Edith est contactée par un riche joaillier. Il la charge de retrouver qui vient de remettre sur le marché un diamant venant de la collection des Lévy-Sanders. Des pierres disparues en même temps que leurs propriétaires, exterminés par les nazis dans les camps de la mort. L'histoire va conduire Edith dans les bidonvilles de la banlieue parisienne, en pleine reconstruction mais encore très pauvre. En parallèle, Victor aura bien des difficultés à retrouver la jolie Rosa, prisonnière des factions d'extrême-droite, de plus en plus actives dans une Algérie en pleine guerre, même si les autorités ne veulent surtout pas utiliser ce terme.

Une série à découvrir, alliant élégance et intelligence, deux qualités devenues très rares dans la production BD actuelle...

 

« Agence Hardy » (tome 7), Dargaud, 11,99 €


 

09/05/2012

La "deuxième génération" après la Shoah

 

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Un peu en écho à « Maus » d'Art Spiegelman, Michel Kichka publie « Deuxième génération, ce que je n'ai pas dit à mon père ». Dessinateur de presse d'origine belge et vivant actuellement en Israël, Michel Kichka est le fils d'un rescapé des camps de la mort. Né en 1954, Michel va découvrir, ce qu'était ces camps. Dans les livres et aussi dans les histoires de son père. C'était presque un enfant quand il s'est retrouvé entre les barbelés en compagnie de toute sa famille. Lui seul en sortira vivant. En racontant son enfance, l'auteur raconte aussi toute la difficulté de communiquer et de vivre avec un rescapé de la Shoah. On se laisse entraîner dans ces souvenirs d'enfance entre joies simples et prises de conscience. Et le récit devient universel quand il aborde les difficultés de communication à l'intérieur d'une famille ou la perte d'un être cher (son petit frère). Un roman graphique à mettre entre toutes les mains. Des fils... et des pères.

 

« Deuxième génération », Dargaud, 17,95 €