17/07/2015

BD : Yoko Tsuno sur Mars

 

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Impossible de faire plus fidèle que Roger Leloup. Le dessinateur belge a consacré toute sa vie à une seule héroïne : Yoko Tsuno. La jeune Japonaise vit sa 27e aventure depuis ses débuts en 1970 dans les pages du journal de Spirou. 45 ans au cours desquels Leloup a fait bonifier cet univers entre technologie et pure science-fiction. Agé aujourd'hui de plus de plus de 80 ans, il n'envisage pas pourtant de prendre sa retraite, s'amusant toujours à mettre sa jolie héroïne dans des situations de plus en plus compliquées. Toute la force de la série est dans la multiplication des personnages secondaires. Comme l'auteur semble être un grand sentimental, il n'ose pas les délaisser au fil des albums. Résultat c'est presque une équipe de foot qui évolue autour de Yoko, de Pol et Vic, les fidèles, à Rosée, sa fille en passant par Emilia, Mieke ou Bonnie. Sans compter les Vinéens, ces extra-terrestres à la peau bleue dont la meilleure représentante est Khâny, au centre de cet album. Avec Yoko elle part sur Mars combattre un « méchant » qui envisage de détruire toute forme de vie sur Terre. Toujours aussi précis dans les dessins, Leloup semble simplement un peu à l'étroit dans ces 46 pages trop formatés.

 

« Yoko Tsuno » (tome 27), Dupuis, 10,60 €

 

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20/06/2015

BD : Dessinateurs témoins de notre temps

Que cela soit en immersion dans les couloirs de l’Élysée, à bord d’un sous-marin nucléaire français ou au cœur de, la jungle amazonienne de Guyane, ces auteurs de BD rendent ses lettres de noblesse à un genre en pleine renaissance : le reportage dessiné.

 

 

sapin, chateau, elysée, dargaud, embarqué, cailleaux, futuropolis, joub, nicoby, guyane, jungle, dupuisDurant une année, Mathieu Sapin a promené son carnet de croquis dans les couloirs de l’Élysée. Après avoir croqué les coulisses de la rédaction de Libération, le dessinateur qui signe également des gags dans Spirou de la série “Pinpin reporter”, raconte le fonctionnement de cette énorme machine, “Le Château”, au service du président de la République. De la première rencontre avec François Hollande, à la crise des attentats vécue de l’intérieur, le lecteur est littéralement au cœur de l’exécutif. Réunions avec les conseillers, rencontre avec les chefs d’État, découverte des coulisses (la cave, les cuisines, le service de protection rapprochée) et même visite présidentielle à l’étranger. Trois jours dans le Caucase où Mathieu Sapin accompagne plus le pool presse que le président. Observateur à l’œil acéré, il parvient même à détecter son principal défaut en cours d’album. Trop critique, il se force à mettre en évidence les bons côtés du vaisseau amiral de la République française.

sapin, chateau, elysée, dargaud, embarqué, cailleaux, futuropolis, joub, nicoby, guyane, jungle, dupuisDe vaisseaux il en est également question dans “Embarqué”, long reportage de 175 pages en plusieurs parties. Christian Cailleaux est littéralement tombé amoureux de la mer et de la Marine au cours d’un embarquement à bord de la Jeanne d’Arc. Depuis il s’est beaucoup questionné que les motivations de ces jeunes Français capables de quitter leur pays pour de longs voyages sur toutes les mers du monde. Il a décidé d’aller à leur rencontre, de décrire leur vie, leurs attentes. D’abord à l’école de Mousses de Brest puis à bord. Un voyage à bord de la frégate le Prairial vers les terres australes (Crozet et Kerguelen) et la traversée de la Méditerranée dans la minuscule couchette d’un sous-marin nucléaire. Il alterne planches didactiques et bourrées d’informations avec d’autres pages muettes, aquarelles ou gouaches réalisées dans ces endroits perdus, véritables machines à provoquer le romantisme marin.

sapin, chateau, elysée, dargaud, embarqué, cailleaux, futuropolis, joub, nicoby, guyane, jungle, dupuisJoub et Nicoby ont également pris le bateau pour rejoindre le lieu de leur reportage dessiné devenu “Manuel de la jungle”. Une simple pirogue dans la jungle guyanaise. Après avoir raconté l’histoire de Hara-Kiri et fait visiter l’atelier de Fournier, ils s’attaquent à un tout autre milieu. Accompagnés de deux passionnés de chasse et de forêt, ils découvrent la vie à la dure, au milieu des insectes envahissants, des singes hurleurs et autres bestioles agressives, des serpents aux silures. Mais c’est peu de chose face aux orpailleurs, véritable fléau de cette région. La jungle, c’est leur territoire et mieux vaut les éviter.

Le Château”, Dargaud, 19,99 euros

Embarqué”, Futuropolis, 24 euros

 

Manuel de la jungle”, Dupuis, 19 euros

 

18/06/2015

BANDE DESSINÉE : Jijé, Masse et Taniguchi, trois auteurs au Panthéon du 9e art

Jijé pour l'école franco-belge, Francis Masse pour la BD underground et Jiro Taniguchi pour le manga : trois maîtres de la BD à l'honneur dans de gros volumes mettant en valeur leurs talents multiples et variés.

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Jean Valhardi est le prototype du héros positif des années 40 à 60. Blond, intrépide, détective, toujours partant pour l'aventure, ses enquêtes ont longtemps été le rendez-vous préféré des lecteurs de l'hebdomadaire Spirou. Un peu tombé dans l'oubli, il revient au catalogue Dupuis dans la très belle collection des intégrales. Un premier volume de 260 pages, dont une cinquantaine d'introduction fruit des recherches de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernaut, grands historiens de la BD franco-belge, école de Marcinelle. Les 200 planches reprises dans ce tome 1 sont scénarisées par Jean Doisy et dessinées par Jijé. Cela couvre la période 1941-1946, années marquées par l'occupation allemande, la censure puis la libération de l'Europe. Pas de message politique, mais une formidable envie de liberté, d'évasion et de nouveaux paysages. Jijé commence à affiner son style réaliste. Il délaisse de plus en plus les rondeurs de Spirou pour muscler son héros et les méchants. Dans le plus pur style du feuilleton, les rebondissements, parfois improbables, sont légion. Pourtant ce modèle a ensuite inspiré des générations d'auteurs et c'est véritablement la source de la BD franco-belge que l'on retrouve dans ces planches, "nettoyées" par les studios Dupuis pour qu'elles retrouvent toute leur virtuosité de l'époque.

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Dans un genre totalement différent, plongez dans l'univers déjanté de Francis Masse. Pape de l'underground français, il a dessiné des centaines d'histoires courtes dans diverses revues (Actuel, Charlie Mensuel, Métal Hurlant...) reprises dans ce qui est la somme de toutes ses recherches : l'Encyclopédie. Après une première édition dans les années 80, voici La Nouvelle encyclopédie, enrichie de dizaines d'histoires inédites et de reproductions de toiles, car Masse s'est de plus en plus tourné vers la peinture. Découvrir l'univers de Masse, son côté noir et abscons, ouvre tous les horizons. Un immense artiste à redécouvrir.

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Enfin ne passez pas à côté de Ice Age, chronicle of the earth de Jiro Taniguchi. Le plus européen des auteurs de manga n'a jamais caché son admiration pour la SF "julevernienne". Au début des années 2000 il s'est consacré à cette vaste fresque présentant une terre glacée, au climat totalement déréglé. Le héros, Takéru, se lance dans une folle quête pour tenter de sauver ses proches. 280 pages denses et riches en inventions, première partie de ce diptyque que Taniguchi n'a pas véritablement achevé. Mais cette réédition en Français lui donnera peut-être l'occasion de se replonger dans cet univers très "Métal Hurlant".

"Jean Valhardi, l'intégrale" (tome 1), Dupuis, 35 €

"L'encyclopédie de Masse" (tome 2), Glénat, 35 €

"Ice Age, chronicle of the earth" (tome 1), Kana, 18 €

 

06/06/2015

BD : Récits parallèles de Tromelin aux moulins de Don Quichotte

Un dessinateur sur les traces d’esclaves naufragés dans l’Océan indien, un marines américain qui se prend pour Don Quichotte : ces deux albums, le premier de Savoia, le second de Lax explorent la voie de la double narration en parallèle.

lax, savoia, dupuis, cervantes, tromelin, dupuis, aire libre, futuropolisEn 1761, un navire négrier fait naufrage sur un îlot perdu entre Madagascar et La Réunion. Avec les débris de l’épave, les marin français confectionnent un esquif de secours. Mais il est trop petit pour accueillir à son bord tous les naufragés. 80 esclaves sont abandonnés à leur sort sur l’île de Tromelin qui n’a pas encore de nom. Les rares survivants, une poignée de femmes et un bébé, seront secourus quinze ans plus tard par le chevalier de Tromelin. Cette histoire, caractéristique de la façon étaient traités les esclaves originaires de Madagascar, a failli être totalement oubliée. Au début des années 2000, quelques chercheurs ont monté une expédition pour retrouver les traces archéologiques de ces “Esclaves oubliés de Tromelin”. Sylvain Savoia, dessinateur de Marzi, a eu la chance de faire partie de cette mission de quelques semaines. Il raconte en dessin cette plongée dans l’adversité. Tromelin, simple base météo, est une bande de sable peuplée de bernard-l’hermite, de fous et parfois de tortues quand elles viennent pondre sur la plage. Une solitude qu’il décrit minutieusement. Un reportage en parallèle avec l’histoire de ces esclaves, obligés de survivre avec rien. Les deux ambiances alternent avec bonheur, donnant encore plus de relief aux recherches de cette dizaine de scientifiques.

lax, savoia, dupuis, cervantes, tromelin, dupuis, aire libre, futuropolisPassé et présent s’imbriquent aussi dans “Un certain Cervantès”, gros roman graphique en noir et blanc signé Lax. Cervantes, Mike de son prénom, est un Américain de base, obligé de s’enrôler dans les marines pour éviter la prison pour culture et consommation de cannabis. En Afghanistan, son blindé saute sur une mine. Une main blessée, il reste de longs mois prisonniers des Talibans. Comme son homonyme, Miguel de Cervantès, capturé par les Arabes en 1571. L’Espagnol, de retour au pays, imagine Don Quichotte. Le soldat américain lui aussi retrouve enfin la terre de ses ancêtres. Une main en moins et une sourde révolte enfouie au plus profond de son être. Lax raconte comment cet écorché vif va complètement dérailler et se prendre pour Don Quichotte. Il va tenter d’aider un clandestin, puis détruire le matériel de propagande d’une société immobilière qui fait son beurre sur les faillites des subprimes. Il ira se cacher dans une réserve indienne avant de s’attaquer à un télévangéliste, symbole de la nouvelle inquisition. Ce long récit (200 pages dessinées au lavis), un peu désenchanté, mais plein d’espoir quand même, non seulement nous apprend beaucoup sur la crise sociale aux USA, mais également sur l’existence mouvementée de ce grand visionnaire que fut Miguel de Cervantès.

 

Les esclaves oubliés de Tromelin”, Dupuis, 20,50 euros

 

Un certain Cervantes”, Futuropolis, 26 euros

 

21/05/2015

BD : Dessinateurs dissipés dans le "Gang Mazda"

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Prenez trois dessinateurs. Mettez-les dans un atelier. Observez. Cela donne une mine de gags, base de la série « Le Gang Mazda », imaginé par Hislaire et Darasse et dessiné par ce dernier. De 1987 à 1996, cette série a connu un beau succès dans les pages du journal de Spirou. Pour la première fois, une BD classique se penchait sur la vie de ces pro de la déconnade. Les premières planches s'inspirent directement des déboires des trois olibrius. Darasse, le dragueur impénitent, toujours dans la dèche, collectionnant les petites amies, les ennuis et les dettes, est le principal ressort comique. Rarement il est à sa table à dessin. Ses deux collègues au contraire sont des forcenés du pinceau. Hislaire, génial créateur de Bidouille et Violette, maître du romantisme avec Sambre, est un torturé congénital. Sa vie serait un enfer si Darasse n'était pas là pour y apporter un peu d'imprévu et de rire. Michetz, le troisième larron, méticuleux metteur en scène de Kogaratsu, passe autant de temps à peaufiner ses dessins qu'à aiguiser son sabre japonais. Lui aussi subit les errances de Darasse. Le trio n'a véritablement travaillé que six mois sous le même toit. Mais dans les pages de Spirou, ils ont illustré le travail des bébéastes durant près de dix ans et cette belle intégrale complétée d'une longue interview permet de mieux comprendre l'état d'esprit des trois « mazdaiens ».

« Le gang Mazda fait son intégrale » (tome1), Dupuis, 24 €

 

 

 

02/05/2015

BD : "Dad", les Filles à papa de Nob

 

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Nob a longtemps été un pilier de « Tchô », le défunt magazine de Titeuf. Il y a animé les séries « Mon ami Grompf » et surtout « Mamette », adorable mamie pleine de tendresse. Il fait une première infidélité aux éditions Glénat pour rejoindre Dupuis. Cela permet à son nouveau personnage, Dad, d'être prépublié dans les pages de Spirou. Des gags qui ont rapidement fait mouche et logiquement ils sont repris dans un recueil qui devrait toucher un large public. Dad c'est un acteur, ancien jeune premier cantonné depuis quelques années dans les publicités ringardes. Ce grand nonchalant séduit facilement. Il a ainsi eu plusieurs aventures. Toutes conclues par la naissance d'une fille. Résultat il doit, en plus de gérer sa carrière, assurer l'éducation de quatre sœurs toutes très différentes. Panda, l'aînée, un peu gothique, est une étudiante bosseuse et ambitieuse, comme sa mère, maire de la ville... Ondine, la suivante, en pleine adolescence, est aussi romantique que ses cheveux sont roses. Roxane, passionnée de jeux vidéo, est de loin la plus turbulente. Enfin Bébérénice vient compléter la smala. Encore au biberon, cette adorable métisse a la chance d'avoir un papa aimant et trois grandes sœurs qui jouent, à tour de rôle, les mamans de substitution. C'est tendre, bien vu et souvent hilarant. De loin la nouveauté la plus rafraîchissante de cette année 2015.

 

« Dad » (tome 1), Dupuis, 9,90 €

 

18:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dad, nob, famille, spirou, dupuis

20/04/2015

BD : Spirou, du statut de héros à celle de star

 

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Les personnages de bande dessinée ne sont pas à l’abri de la folie des grandeurs. Prenez Spirou, le groom rouge qui lutte contre l’injustice depuis des décennies. Sa participation à un film adapté d’une de ses aventures le propulse aux sommets de la célébrité. De simple héros de papier, il devient une star planétaire. Résultat il attrape la “grosse tête” qui donne son titre à ce 8e volume de la collection dérivé “Le Spirou de...” Le scénario, loufoque et bourré de références, est de Makyo et Toldac. Deux complices (ils ont notamment écrit Les Bogros et ADN ensemble) qui semblent avoir joué du ping-pong de situations allant crescendo dans l’absurde. Pour mettre en images cet album de plus de 70 pages, on retrouve Téhem, excellent avec sa série vedette “Malika Secouss”. Fantasio, journaliste brimé, décide de se lancer dans la littérature. Il romance l’histoire au centre de “La Mauvaise tête” de Franquin. Le livre remporte un succès d’estime, mais tape dans l’œil d’un producteur de cinéma qui décide de l’adapter sur grand écran. Cette fois le succès est au rendez-vous. Spirou, qui interprète son propre rôle, est happé par la célébrité. Tout l’intérêt de cette variation réside dans cette modification notable de la personnalité. Le gentil héros, simple et modeste, découvre un nouveau monde. Il devient hautain, exigeant, vantard et séduit même une Miss Météo, ce qui permet à la presse people d’en faire ses choux gras. Et pour une fois, c’est Fantasio qui reste humain et fera tout pour remettre son ami sur le droit chemin. A côté de cette réflexion sur la perversité du star system, les auteurs truffent le récit de trouvailles comme ce champignon sérum de vérité ou une Seccotine devenue responsable de la rubrique gastronomie. A conseiller à tous ceux qui ne craignent pas de voir leurs héros descendre de leur piédestal.

 

"La grosse tête”, Dupuis, 14,50 euros

 

07:10 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spirou, téhem, makyo, toldac, dupuis

10/03/2015

BD : Koh Lanta vu du canapé

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Commenter une émission de télévision sur Twitter est devenu une mode et une façon commune de « consommer » ce genre de spectacle. Benoît Feroumont, dessinateur de la série « Le Royaume » chez Dupuis, va plus loin dans cette pratique en réalisant des compte-rendus de Koh-Lanta. Des croquis faits au fond de son canapé et mis en ligne le lendemain sur son blog. Ces quelques dizaines de notes sont reprises dans cet album de BD enrichi de dessins inédits et de planches en couleurs. D'abord il y a la genèse. Un vendredi soir, les enfants de Benoît demandent l'autorisation de regarder Koh-Lanta à la télévision. Le père de famille, tout à fait dans son rôle de roc garant d'une éducation sans faille, émet des réserves : « Une téléréalité qui érige la compétition, le coup bas, la stratégie bas de gamme comme manière de vivre. Je ne suis pas sûr que cela soit bon pour des gens de votre qualité. » Mais finalement, il accepte « Ce sera un programme que nous regarderons tous ensemble. Si ça m'ennuie je dessinerai. » La bonne idée que voilà ! Feroumont, qui se dessine en Grizzli, n'a pas son pareil pour donner de la vie à des dessins faits dans l'urgence. Du noir et blanc, sans le cadre contraignant de la mise en page de la planche classique, où décors et personnages se complètent en un minimum de détails. Son trait fait penser à du Jijé, celui qui prétendait qu'il faut savoir dessiner les yeux fermés. L'auteur s'enthousiasme pour certains candidats (Gwenaelle avec qui il devient ami, ou un certain Steve, Belge machiavélique...) et parfois se lasse des ressort toujours identiques de l'histoire qu'il dénonce sans vergogne. Il regarde en pointillé plusieurs saisons, ne conservant que les grandes lignes. Un recul salvateur rendant « merveilleux » ce spectacle totalement « affligeant » au premier degré.

 

« Le merveilleux spectacle de la téléréalité », Dupuis, 18 euros

 

17/01/2015

BD : Spirou est Charlie

 

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L'attentat contre Charlie Hebdo a été un véritable tsunami dans le milieu des dessinateurs de BD. Parmi les victimes, Cabu et Wolinski ont donné envie de faire ce métier à plusieurs générations de créateurs. Pour leur rendre hommage, Spirou a été un des plus réactif. L'hebdomadaire a sorti un numéro hors série, uniquement disponible en kiosque depuis ce vendredi. Ce sont 150 dessinateurs qui rendent hommage à Charlie et qui clament leur volonté de continuer à utiliser leur liberté de dessiner. L'éditeur présente son initiative dans un court texte très explicite. « SPIROU n’est pas un journal politique. SPIROU est un journal de divertissement. Mais depuis toujours, SPIROU défend la liberté, la solidarité, la tolérance, l’amitié, l’intelligence et l’humour. Sans liberté de la presse, pas de démocratie. Sans liberté de création, pas d’édition, et les bandes dessinées que vous lisez ici n’existeraient pas. Sans liberté, pas d'humanité. » On retrouve dans ces 52 pages les signatures habituelles du journal, de Yoann à Lambil ou Bercovici mais également des auteurs d'autres horizons, preuve que l'émotion est véritablement totale et sans limite. Toutes les recettes seront bien évidemment reversées à Charlie et aux familles endeuillées.

« Spirou spécial Charlie », 2,30 euros, en kiosque uniquement.

 

 

27/12/2014

BD : Spirou passe entre les balles

 

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Dans le milieu des fans de la bande dessinée franco-belge, la sortie d'un nouvel album de Spirou et Fantasio est autant commentée que la première bande annonce de Star Wars 7 chez les admirateurs de la « Force ». Après des aventures lunaires, Vehlmann et Yoann signent une histoire plus terrienne et au cœur de l'actualité. Les deux héros vont devoir se rendre en Aswana, pays imaginaire avec de gros morceaux de Libye, d'Irak et de Syrie. L'opposition est parvenue, avec l'aide des occidentaux de la force « gros-nez », à destituer le dictateur local. Le pays est sur la voie de la démocratie. Du moins c'est la version officielle. En réalité une dizaine de factions armées se disputent le pouvoir, le pays est toujours à feu et à sang, seule la petite zone sous contrôle « gros-nez » est sécurisée. Spirou et Fantasio vont faire la délicate expérience de traverser Sniper Alley, une artère incontournable où nombre de mercenaires sont en poste et tirent sur tout ce qui passe. Il va falloir beaucoup d'agilité à Spirou pour éviter les balles. Vehlmann, pour cette 54e aventure du groom a ressorti plusieurs personnages secondaires. Le mercenaire sans pitié Poppy Bronco croisé sur la lune, Vito la déveine, le mafioso américain de la période Tome et Janry ou Martin, le geek intello. Mais il y également un bout de Gaston et surtout, à la dernière case, le retour du personnage le plus emblématique de la série qui semble annoncer un tome 55 véritablement exceptionnel.

 

« Spirou et Fantasio » (tome 54), Dupuis, 10,60 euros

 

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23/12/2014

Cadeaux : les intégrales BD au pied du sapin

Les Bleus de Salvérius

 

tuniques bleues, salvérius, cauvin, lambil, dupuis, coyote, litteul kevin, fluide glacial, D, vampire, maiorana, ayroles, delcourtSérie vedette des éditons Dupuis, « Les Tuniques Bleues » ont pourtant débuté petitement. La publication de l'intégrale des aventures de Blutch et Chesterfield permet de mieux comprendre commet ce western, résolument antimilitariste, est devenu un champion des ventes. Tout a débuté par un coup dur. Morris et son cowboy solitaire décident de quitter les pages de Spirou pour rejoindre celles, mieux payées, de Pilote. Pour remplacer Lucky Luke, un concours est lancé au sein du journal. Cauvin, encore peu connu, signe le scénario et le dessin revient à Salvérius, vieux routier de l'illustration mais encore novice dans la BD. La sauce est testée dans quelques récits complets et rapidement la première cavalcade de 44 pages est lancée. Ce sont ces premiers pas qui sont repris dans cette belle intégrale enrichie d'un long dossier signé Patrick Gaumer. En plus des longs récits « Un charriot dans l'Ouest » et « Du Nord au Sud », les premiers mini-récits de Salvérius sont publiés. Pas de soldats bleus dans ces pages mais des Indiens déjà très comiques.

« Les Tuniques Bleues » (intégrale 1), Dupuis, 24 €

 

Un gros Litteul Kévin

 

tuniques bleues, salvérius, cauvin, lambil, dupuis, coyote, litteul kevin, fluide glacial, D, vampire, maiorana, ayroles, delcourtNé en 1962 en Aveyron, Coyote a vite découvert l'avantage des deux-roues pour se lancer dans de grands périples et fuir un quotidien morne. Ce biker tatoué à la barbe fournie et aux longs cheveux frisés aime les belles femmes (il y en a plein dans ses BD), les motos rutilantes (elle sont légion elles aussi) et les enfants espiègles. Il rencontre le succès en dessinant les aventures de Litteul Kévin, petit blondinet roulant en Harley-Davidson. Une série familiale, mais au ton résolument moderne et sans complexe. La famille modèle façon Coyote est composée de Chacal, motard barbu et tatoué et de Sylvie, au physique ravageur. Durant 20 ans, les histoires se sont succédées dans les pages du magasine d'humour puis en albums. Pour les fans, ou ceux qui voudraient découvrir cet univers particulier, plongez dans l'intégrale en couleurs sous couverture souple : 344 pages et encore plus de motos et de gags... Sans oublier six planches souvenirs inédites en bonus pour présenter cet univers aux nouveaux lecteurs.

« Litteul Kévin » (intégrale couleur), Fluide Glacial, 30 €

 

« D » en noir et blanc

 

tuniques bleues, salvérius, cauvin, lambil, dupuis, coyote, litteul kevin, fluide glacial, D, vampire, maiorana, ayroles, delcourtConsidérée par nombre de spécialiste comme la meilleure série de vampires de ces dix dernières années, « D » (comme Dracula...) sort dans une superbe intégrale en noir et blanc. L'idéal pour profiter pleinement du dessin élégant et gothique de Maïorana. De retour d'expédition, l'explorateur Richard Drake hante clubs et salles de bals de la haute société victorienne. Il s'éprend de Miss Catherine Lacombe, charmante Lady au caractère bien trempé. Le séduisant Lord Faureston a lui aussi jeté son dévolu sur la jeune femme. Mais une aura de mystère entoure ce ténébreux dandy. La trilogie complète permet de révéler l'origine des vampires et le monstrueux visage du comte D.

Viennent également de sortir chez Delcourt l'intégrale de Vortex (2e époque) de Stan et Vince (29,95 €) et le recueil des tomes 17 à 20 de l'Histoire secrète de Kordey (dessin) et Pécau (scénario). Une série au long cours, le tome 32 vient de sortir... (29,95 €)

 

« D » (Intégrale noir et blanc), Delcourt, 35 €

 

16/12/2014

BD : Copilote de charme pour Michel Vaillant

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De tous les héros de BD pilotes de course, Michel Vaillant est le maitre-étalon. Après 70 aventures imaginées et dessinées par Jean Graton, il est reparti pour de nouvelles aventures (une nouvelle saison exactement) sous la houlette d'un brillant quatuor. Denis Lapière et Philippe Graton au scénario, Bourgne et Bénetteau au dessin. Dans une facture réaliste irréprochable, tant anatomique que mécanique, ils donnent un second souffle, très moderne et d'actualité, à un personnage qui n'a rien perdu de sa rage de vaincre. Après les déboires du fils, inventeur d'un moteur électrique révolutionnaire, l'action se recentre sur le personnage principal. Pour lancer un nouveau modèle de Vaillante, il s'engage au rallye du Valais. Et pour augmenter le buzz, son frère lui adjoint comme copilote la ravissante journaliste Carole Ouessant. Parfait pour attirer la presse, mais peu au goût de Françoise, l'épouse de Michel. Un peu de romance, beaucoup de lutte sur les routes et quelques péripéties économiques font de cet album le digne successeur de la série originelle.

 

« Michel Vaillant » (tome 3), Dupuis – Graton, 15,50 €

 

08/12/2014

BD : Soda, tu nous a tant manqué...

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Neuf ans. Un sacré bail. Neuf années que l'inspecteur Soda a déserté les rayons des librairies BD. Le policier new-yorkais imaginé par Philippe Tome et créé graphiquement par Warnant puis repris par Gazzotti a visiblement été une victime indirecte post 11 septembre. Le scénariste, dans un texte publié en fin de ce nouvel opus, s'en explique. « La réalité venait soudainement de pulvériser la fiction de façon inimaginable. Après à que raconter ? Cette question m'a longtemps paralysé dans l'écriture. » Pour se sortir de cette impasse, autant prendre le taureau par les cornes et intégrer directement le 11 septembre dans l'intrigue de la 13e aventure de David Salomon. Ce flic, pour ménager le cœur de sa pauvre mère cardiaque, lui fait croire qu'il est pasteur. Chaque matin, il part en costume sombre et croix sur la poitrine. Dans l'ascenseur il se change, remise ses symboles religieux pour arborer ceux de la loi et l'ordre : une plaque officielle et surtout un gros flingue. Exceptionnellement, la maman veut aller dans le métro pour acheter des roses. Soda l'accompagne. En chemin elle parle avec un inconnu. Exactement elle lui rend une enveloppe qu'il vient de perdre. Étonné l'homme la remercie et lui recommande de ne pas prendre le métro cette semaine. Immédiatement cette phrase fait tilt dans l'esprit paranoïaque du héros. D'autant que les images de la vidéo-surveillance et les logiciels de reconnaissance faciale donnent une identité à l'inconnu : Khalid Cheik, un terroriste d'origine saoudienne. Un nouveau 11 septembre est-il en train de se préparer. Soda va mener une course contre la montre pour éviter le pire. Mais il n'est pas au bout de ses surprises. Un retour en beauté pour ce héros hors normes. Gazzotti, pris par le succès de Seuls », a laissé les pinceaux à Dan Verlinden, par ailleurs assistant de Janry sur le Petit Spirou.

 

« Soda » (tome 13), Dupuis, 12 euros

 

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29/11/2014

BD : Des chevaux, des colts et des vaches dans "Texas cowboys" et le nouveau Lucky Luke

Quasi disparu de la production cinématographique, le western inspire encore les auteurs de bande dessinée. Et même ceux de la jeune garde comme Lewis Trondheim qui revisite le genre comme peut le faire un Quentin Tarentino.

 

texas cowboys, trondheim, bonhomme, lucky luke, achdé, dalton, gerra, dupuis, dargaudHarvey Drinkwater est de retour. Le jeune reporter a connu la gloire sur la côte Est en racontant la vie tumultueuse de Fort Worth, petite bourgade du Texas où les vaches et les malfrats sont plus nombreux que les honnêtes gens. Bien malgré lui, il est obligé de retourner au Texas. Il aurait aimé se contenter des informations distillées par son contact sur place, Ivy Forest, mais quelques ennuis personnels le poussent à s'éloigner de Boston. Des ennuis, il n'en manque pas, d'anciens membres de la bande à Bass tiennent à faire la peau à Drinkwater. Sur ce fil rouge issu du premier volume, Lewis Trondheim, le scénariste, a brodé plusieurs intrigues parallèles. Il aurait eu tort de s'en priver, l'album découpé en neuf chapitres compte pas moins de 150 pages. On découvre ainsi le parcours heurté du troupeau de Mem Cooper, une belle veuve qui ne laisse pas indifférent Ivy. Elle a parmi ses employées la jeune et jolie blonde Sophia Carpenter. Elle voudrait se marier, mais son père refuse absolument que cela soit avec un cow-boy. Drinkwater ferait un parti idéal. Il est aussi question de combat de boxe. Un champion de la côte Est vient défier un dur local. Mais c'est sans compter avec Butch La Framboise, la meilleure trouvaille de cet album. Même si sa conversation est très limitée (il ne s'exprime que par les poings en mettant ses contradicteurs KO en deux directs), il est un bon compagnon quand la situation se complique. Mathieu Bonhomme, au dessin, s'adapte au format comics, usant au maximum classique gaufrier à six cases carrées pour entraîner le lecteur dans cette aventure trépidante.

 

Le neveu des Dalton

texas cowboys, trondheim, bonhomme, lucky luke, achdé, dalton, gerra, dupuis, dargaudTagada revoilà les Dalton ! Depuis la mort de Morris, le créateur de Lucky Luke, le petit monde de cette série humoristique championne des ventes poursuit son petit bonhomme de chemin. Achdé assure le dessin dans un style de plus en plus approchant de l'original. Simplicité et efficacité sont au rendez-vous. Pour les scénarios, ils sont nombreux à collaborer à la série et le titre de cette année est écrit par Laurent Gerra et Jacques Pessis. L'humoriste de RTL et le journaliste touche-à-tout ont écrit une histoire ouvertement en hommage au film « Les Tontons flingueurs » qui fête cette année son demi-siècle. Lucky Luke est chargé de surveiller les Dalton, placés en liberté conditionnelle pour assurer l'éducation de Junior, leur neveu. Un gamin turbulent, digne de son célèbre nom tant il multiplie les bêtises. Lucky Luke, malgré son calme légendaire, manque de craquer. Il est vrai que quatre Dalton ça passe, cinq, c'est le désastre. Et pour les fans de cinéma, le jeu consistera à reconnaître les quelques caricatures placées par Achdé, de Lino Ventura à Jean Lefebvre...

Michel Litout

« Texas Cowboys » (tome 2), Dupuis, 20,50 €

« Les aventures de Lucky Luke » (tome 6), Lucky Comics, 10,60 €

 

 

 

26/10/2014

BD : Fins de sagas pour Cyann et Alter Ego

Si Bourgeon et Lacroix ont mis 21 ans pour boucler « Le cycle de Cyann », les auteurs de la saison deux d'Alter Ego n'ont pas attendu une année entre le premier et quatrième tome. Deux approches différentes mais un point commun : l'excellence.

 

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Après Isa dans les Passagers du vent puis Mariotte des Sortilèges du bois des brumes, François Bourgeon imaginait en 1994 une troisième héroïne qui allait marquer les bédéphiles : Cyann. Un univers radicalement différent. Exit la BD historique pour le maître du genre et place à la science-fiction. Il s'est associé pour l'occasion avec Claude Lacroix qui a créé de toute pièce un monde-empire foisonnant. Après quelques aléas d'éditeurs, l'ensemble de la saga a rejoint les éditions Delcourt. Et enfin, le sixième et dernier tome vient de paraître en même temps que la réédition des cinq précédents. « Les aubes douces d'Aldalarann » montre une Cyann assagie. La jeune fille de riche, odieuse et futile, a pris de la bouteille au gré de ses mésaventures et saut dans le temps d'une planète à l'autre. La mort de sa sœur a considérablement modifié sa philosophie de vie. Sur une planète hostile, elle devra beaucoup faire d'effort simplement pour survivre. Un ton moins aventureux, plus écologique voire philosophique pour un dernier opus longtemps attendu. Cyann est toujours aussi belle sous le pinceau de Bourgeon et la dernière image pleine d'espoir, comme une promesse de renaissance.

 

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Pour la saison 2 d'Alter Ego c'est aussi le dénouement. Mais cette fois, le lecteur n'aura pas patienter des années pour connaître le « Verdict ». Moins d'une année pour boucler ces quatre albums soit 240 pages. Il est vrai qu'il y a deux scénaristes, Lapière et Renders, et plusieurs dessinateurs (Béneteau, Reynès, Erbetta) pour épauler Efa chargé des personnages. Le principe de la série n'a pas changé depuis la saison une Chaque album peut être lu indépendamment les uns des autres. Depuis la révélation de l'existence d'Alter Ego, les débat fait rage dans la communauté scientifique. En résumé, il existe un lien entre chaque homme et femme né au même moment sur terre. La bonne santé de l'un permet à l'autre de vivre en toute quiétude. Affabulation ou découverte scientifique majeure ? Rien n'est encore figé. D'autant que le phénomène des Alter Ego donne des idées à des organisations sectaires ou des entreprises sans scrupules. Après trois épisodes aux fins très palpitantes, la conclusion est tout aussi innovante et laisse possible une troisième saison de ce qui est la grande réussite éditoriale de ces dernières années.

« Le cycle de Cyann » (tome 6), Delcourt, 15,95 euros

 

« Alter Ego, saison 2 » (tome 4), Dupuis, 12 euros.

 

19/10/2014

BD : Fatale et Perico, histoires de femmes en cavale

L'une veut échapper à une vie de prostitution à Cuba, l'autre à un passé de femme battue. Leur point commun : elles sont trop belles pour des hommes sans cœur.

fatale, perico, berthet, hautière, dupuis, dargaud, manchette, cabanes, headline« Fatale », polar de Jean-Patrick Manchette paru en 1977 est peut-être le plus sombre et nihiliste des romans de l'écrivain trop tôt disparu. Doug Headline en signe l'adaptation et Cabanes les dessins. Un récit au long cours de 130 pages avec des airs de Simenon pour la description des notables de banlieue et de roman noir américain pour le personnage d'Aimée. La jeune femme aux cheveux noirs apparaît dès les premières pages. Une partie de chasse entre amis. L'un d'entre eux s'isole. Aimée arrive, lui sourit, le tue. Dans le train de nuit qu'elle prend dans la foulée, elle change de tête. Blonde et bouclée, elle débarque à Bléville. Son bord de mer, ses industries agroalimentaires. Sous une couverture de riche veuve qui cherche une propriété tranquille, elle s'intègre à la bonne société de la cité. Industriels, médecin, notaire : elle les intrigue et devient l'amie de leurs femmes. Patiemment Aimée va tisser sa toile d'araignée pour tout connaître de leurs travers, grands et petits secrets. Alors elle pourra faire ce pour quoi elle est venue. La BD, fidèle au roman, est le portrait d'une femme dangereusement désespérée. Son passage à Bléville laissera des traces. Rouges et sanglantes...

fatale, perico, berthet, hautière, dupuis, dargaud, manchette, cabanes, headlineLa belle Livia est elle aussi au centre de « Perico », série écrite par Régis Hautière et dessinée par Philippe Berthet. Cette jeune Cubaine, après une enfance malheureuse, est vendue à un parrain de la drogue. Dans la première partie, elle profite de la fuite aux USA du jeune Joaquim, un employé du trafiquant, pour s'évader avec lui. Ils volent au passage une valise pleine de billets. La seconde partie du récit vient de paraître et se déroule entièrement aux USA, à la fin de ces années 50 où la corruption est partout. Le rêve américain aussi. Livia voudrait devenir actrice à Hollywood. Dans une belle décapotable, elle va traverser les States avec Joaquim en chevalier servant. Mais le rêve devient cauchemar... un trio de tueurs cubains, bénéficiant de complicités dans la police et les syndicats de routiers, va traquer les deux jeunes en cavale. Berthet, qui a désormais sa propre collection (Ligne noire), excelle dans ces décors rétros. Il revient un peu à ses premières amours, du temps du « Privé d'Hollywood » avec Bocquet et Rivière.

« Fatale », Dupuis, 22 euros

 

« Perico » (tome 2), Dargaud, 13,99 euros

 

10/10/2014

BD : Infirmière familiale

 

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L'album débute par une randonnée dans les Pyrénées espagnoles. La femme est prise de violents maux de tête. Elle explique à son compagnon qu'elle fait une rupture d'anévrisme. Les secours interviennent elle est évacuée vers l'hôpital de Perpignan puis héliportée à Montpellier pour une longue opération de huit heures. Au réveil, elle se souvient de ses frères et sœurs, de ses parents et de cette vie si dense mais aussi si compliquée. La femme, c'est Marianne Duvivier, la dessinatrice de cet album de la série « Secrets ». L'idée de cette autobiographie dessinée, scénarisée par Denis Lapière, est venue d'une discussion avec le scénariste Frank Giroud. Giroud et Duvivier ont raconté en plusieurs albums des secrets de familles imaginaires. Cet album, qui clôt la collection (une vingtaine d'albums au total), s'articule aussi autour d'un secret. Comme si la réalité rejoignait la fiction. Marianne Duvivier se remémore sa jeunesse, son père absent accaparé par ses activités de militant politique de gauche impliqué dans l'indépendance du Congo, ses sœurs, malades la transformant en infirmière familiale, et mortes tragiquement, sa mère si malheureuse, victime consentante. Et puis aussi sa découverte de la bande dessinée, l'opportunité d'en faire un métier épanouissant. Jusqu'à ce gros pépin de santé et la réalisation de ce roman graphique de 100 pages, noir sur le fond, lumineux par ses couleurs et le message final d'une famille réunie et apaisée.

« Secrets, heureuse vie, heureux combats », Dupuis, 19 €

 

 

07:42 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : duvivier, giroud, lapière, secrets, dupuis

29/09/2014

BD : Ténébreuses années 40 avec "l'Insurrection" et "La chute d'un ange"

La Pologne comme la France ont mis du temps à se relever du traumatisme de la seconde guerre mondiale. Deux albums parus cette semaine reviennent sur l'ambiance particulière des ces années 40, entre guerre, libération et épuration.

insurrection, chute ange, sowa, gawron, Mako, Daeninckx, dupuis, casterman« L'insurrection » a pour cadre la ville de Varsovie. En ce printemps 1944, les Allemands sont encore les maîtres du pays. La Résistance multiplie les actions d'éclat. Les rumeurs de débarquement la pousse à vouloir accélérer les événements. L'insurrection contre l'occupant se prépare. Pour mieux comprendre le contexte politique et historique, Sowa, la scénariste, s'attache à la vie d'une famille. Alicja a repris le flambeau de son frère Jan, tué dans un accrochage avec les nazis. Son fiancé, Edward, n'ose pas s'engager. Il préfèrerait, naïvement, que la guerre n'interfère pas dans son quotidien. Mais comment ne pas réagir quand l'oppresseur a tous les droits ? Mis en images par Gawron, cette prise de conscience suivie d'une prise de risque rend hommage à ces Polonais, oubliés de l'Histoire.

insurrection, chute ange, sowa, gawron, Mako, Daeninckx, dupuis, casterman« La chute d'un ange », album écrit par Daeninckx et dessiné par Mako a également pour cadre les années 40. En France cette fois alors que le pays redécouvre la liberté. Une double enquête policière (la mort d'un orphelin et l'assassinat d'un patron de presse) est menée par le commissaire principal Pasquet. Entre fantômes de l'occupation, scandales d'état et magouilles au plus haut niveau, la France décrite par les auteurs est peu reluisante. Pourtant ce sont ces hommes et ces femmes qui ont repris le pays à la Libération et qui l'ont façonné. Un regard critique et sans concession tout à fait dans la lignée des précédentes productions d'un duo devenu incontournable dans la BD noire française.

« L'insurrection » (tome 1), Dupuis, 15,50 euros

 

« La chute d'un ange », Casterman, 15 euros

 

17/08/2014

BD : Petit samouraï

 

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Michetz, le dessinateur de la série « Kogaratsu », n'est pas réputé pour sa rapidité d'exécution. Pas moins de quatre ans entre « Le protocole du mal » douzième album et la nouveauté « Taro » parue début juillet. Quatre années pour un artiste adepte du travail bien fait. Il peaufine chaque case, passant des heures à simplifier un trait, épurer une scène. Et ensuite, il passe autant de temps pour placer ses couleurs. Dans le plus pur style des estampes japonaises. Michetz est donc un auteur rare. Raison de plus pour savourer son univers. Toujours sur un scénario de Bosse, Kogaratsu, samouraï errant, accepte un travail peu commun. Il doit enlever un enfant, Taro. Le libérer exactement. Placé par ses parents chez un oncle, ce dernier l'utilise désormais comme otage. Aidé de la belle (et très jeune) Tomomi, il découvre sidéré que la mère du petit Taro n'est autre que la princesse Ishi, son amour de jeunesse. C'est donc un peu son fils que Kogaratsu sauve des griffes du maître-chanteur. Mais le gamin a un sacré caractère (comme sa mère...) et cela compliquera d'autant la fuite du trio. Simple, efficace et merveilleusement dessinée, cette série n'a qu'un défaut : sa rareté !

« Kogaratsu » (tome 13), Dupuis, 12 €

 

08:32 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : taro, kogaratsu, michetz, bosse, dupuis

24/07/2014

BD : l'Atelier Mastodonte en vacances

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Les auteurs de bande dessinée aiment se réunir en atelier pour rompre la solitude de leur activité. L'Atelier Mastodonte est la quintessence de toutes les structures existantes. Avec Lewis Trondheim en chef de bande, ils sont cinq ou six à créer leurs albums dans une ambiance de travail et de franche camaraderie. Enfin ça, c'est la théorie. Dans la réalité, chacun doit faire avec les défauts de l'autre. Cela donne des gags d'une demi-planche, dessinés à tour de rôle, distillés chaque semaine dans Spirou et repris en album dans ce second recueil à l'italienne avec une couverture signée... Peyo.

Trondheim, Feroumont, Yoann, Alfred, Bianco, Neel, Nob, Keramidas et Tebo s'amusent à s'égratigner les uns les autres. Le chef en prend plein les dents. Normal, il est obsédé par le travail, produit des dizaines de planches pendant que d'autres esquissent à peine une case. Aussi quand il propose de partir en vacances, ses collègues n'osent y croire. Et ils ont raison car pour Lewis le plan est simple, « On loue tous une maison au soleil... et on peut continuer à travailler sur place. » Une séquence vacances, dans un manoir hanté, particulièrement réussie. Mais il y également une dizaine de pages sur la disparition de Jean Giraud. Où comment des jeunes rendent hommage à un maître, avec une mention spéciale à l'histoire vraie de Trondheim et au dessin « à la façon de » de Julien Neel.

« L'atelier Mastodonte » (tome 2), Dupuis, 14,50 €