19/10/2014

BD : Fatale et Perico, histoires de femmes en cavale

L'une veut échapper à une vie de prostitution à Cuba, l'autre à un passé de femme battue. Leur point commun : elles sont trop belles pour des hommes sans cœur.

fatale, perico, berthet, hautière, dupuis, dargaud, manchette, cabanes, headline« Fatale », polar de Jean-Patrick Manchette paru en 1977 est peut-être le plus sombre et nihiliste des romans de l'écrivain trop tôt disparu. Doug Headline en signe l'adaptation et Cabanes les dessins. Un récit au long cours de 130 pages avec des airs de Simenon pour la description des notables de banlieue et de roman noir américain pour le personnage d'Aimée. La jeune femme aux cheveux noirs apparaît dès les premières pages. Une partie de chasse entre amis. L'un d'entre eux s'isole. Aimée arrive, lui sourit, le tue. Dans le train de nuit qu'elle prend dans la foulée, elle change de tête. Blonde et bouclée, elle débarque à Bléville. Son bord de mer, ses industries agroalimentaires. Sous une couverture de riche veuve qui cherche une propriété tranquille, elle s'intègre à la bonne société de la cité. Industriels, médecin, notaire : elle les intrigue et devient l'amie de leurs femmes. Patiemment Aimée va tisser sa toile d'araignée pour tout connaître de leurs travers, grands et petits secrets. Alors elle pourra faire ce pour quoi elle est venue. La BD, fidèle au roman, est le portrait d'une femme dangereusement désespérée. Son passage à Bléville laissera des traces. Rouges et sanglantes...

fatale, perico, berthet, hautière, dupuis, dargaud, manchette, cabanes, headlineLa belle Livia est elle aussi au centre de « Perico », série écrite par Régis Hautière et dessinée par Philippe Berthet. Cette jeune Cubaine, après une enfance malheureuse, est vendue à un parrain de la drogue. Dans la première partie, elle profite de la fuite aux USA du jeune Joaquim, un employé du trafiquant, pour s'évader avec lui. Ils volent au passage une valise pleine de billets. La seconde partie du récit vient de paraître et se déroule entièrement aux USA, à la fin de ces années 50 où la corruption est partout. Le rêve américain aussi. Livia voudrait devenir actrice à Hollywood. Dans une belle décapotable, elle va traverser les States avec Joaquim en chevalier servant. Mais le rêve devient cauchemar... un trio de tueurs cubains, bénéficiant de complicités dans la police et les syndicats de routiers, va traquer les deux jeunes en cavale. Berthet, qui a désormais sa propre collection (Ligne noire), excelle dans ces décors rétros. Il revient un peu à ses premières amours, du temps du « Privé d'Hollywood » avec Bocquet et Rivière.

« Fatale », Dupuis, 22 euros

 

« Perico » (tome 2), Dargaud, 13,99 euros

 

10/10/2014

BD : Infirmière familiale

 

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L'album débute par une randonnée dans les Pyrénées espagnoles. La femme est prise de violents maux de tête. Elle explique à son compagnon qu'elle fait une rupture d'anévrisme. Les secours interviennent elle est évacuée vers l'hôpital de Perpignan puis héliportée à Montpellier pour une longue opération de huit heures. Au réveil, elle se souvient de ses frères et sœurs, de ses parents et de cette vie si dense mais aussi si compliquée. La femme, c'est Marianne Duvivier, la dessinatrice de cet album de la série « Secrets ». L'idée de cette autobiographie dessinée, scénarisée par Denis Lapière, est venue d'une discussion avec le scénariste Frank Giroud. Giroud et Duvivier ont raconté en plusieurs albums des secrets de familles imaginaires. Cet album, qui clôt la collection (une vingtaine d'albums au total), s'articule aussi autour d'un secret. Comme si la réalité rejoignait la fiction. Marianne Duvivier se remémore sa jeunesse, son père absent accaparé par ses activités de militant politique de gauche impliqué dans l'indépendance du Congo, ses sœurs, malades la transformant en infirmière familiale, et mortes tragiquement, sa mère si malheureuse, victime consentante. Et puis aussi sa découverte de la bande dessinée, l'opportunité d'en faire un métier épanouissant. Jusqu'à ce gros pépin de santé et la réalisation de ce roman graphique de 100 pages, noir sur le fond, lumineux par ses couleurs et le message final d'une famille réunie et apaisée.

« Secrets, heureuse vie, heureux combats », Dupuis, 19 €

 

 

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29/09/2014

BD : Ténébreuses années 40 avec "l'Insurrection" et "La chute d'un ange"

La Pologne comme la France ont mis du temps à se relever du traumatisme de la seconde guerre mondiale. Deux albums parus cette semaine reviennent sur l'ambiance particulière des ces années 40, entre guerre, libération et épuration.

insurrection, chute ange, sowa, gawron, Mako, Daeninckx, dupuis, casterman« L'insurrection » a pour cadre la ville de Varsovie. En ce printemps 1944, les Allemands sont encore les maîtres du pays. La Résistance multiplie les actions d'éclat. Les rumeurs de débarquement la pousse à vouloir accélérer les événements. L'insurrection contre l'occupant se prépare. Pour mieux comprendre le contexte politique et historique, Sowa, la scénariste, s'attache à la vie d'une famille. Alicja a repris le flambeau de son frère Jan, tué dans un accrochage avec les nazis. Son fiancé, Edward, n'ose pas s'engager. Il préfèrerait, naïvement, que la guerre n'interfère pas dans son quotidien. Mais comment ne pas réagir quand l'oppresseur a tous les droits ? Mis en images par Gawron, cette prise de conscience suivie d'une prise de risque rend hommage à ces Polonais, oubliés de l'Histoire.

insurrection, chute ange, sowa, gawron, Mako, Daeninckx, dupuis, casterman« La chute d'un ange », album écrit par Daeninckx et dessiné par Mako a également pour cadre les années 40. En France cette fois alors que le pays redécouvre la liberté. Une double enquête policière (la mort d'un orphelin et l'assassinat d'un patron de presse) est menée par le commissaire principal Pasquet. Entre fantômes de l'occupation, scandales d'état et magouilles au plus haut niveau, la France décrite par les auteurs est peu reluisante. Pourtant ce sont ces hommes et ces femmes qui ont repris le pays à la Libération et qui l'ont façonné. Un regard critique et sans concession tout à fait dans la lignée des précédentes productions d'un duo devenu incontournable dans la BD noire française.

« L'insurrection » (tome 1), Dupuis, 15,50 euros

 

« La chute d'un ange », Casterman, 15 euros

 

17/08/2014

BD : Petit samouraï

 

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Michetz, le dessinateur de la série « Kogaratsu », n'est pas réputé pour sa rapidité d'exécution. Pas moins de quatre ans entre « Le protocole du mal » douzième album et la nouveauté « Taro » parue début juillet. Quatre années pour un artiste adepte du travail bien fait. Il peaufine chaque case, passant des heures à simplifier un trait, épurer une scène. Et ensuite, il passe autant de temps pour placer ses couleurs. Dans le plus pur style des estampes japonaises. Michetz est donc un auteur rare. Raison de plus pour savourer son univers. Toujours sur un scénario de Bosse, Kogaratsu, samouraï errant, accepte un travail peu commun. Il doit enlever un enfant, Taro. Le libérer exactement. Placé par ses parents chez un oncle, ce dernier l'utilise désormais comme otage. Aidé de la belle (et très jeune) Tomomi, il découvre sidéré que la mère du petit Taro n'est autre que la princesse Ishi, son amour de jeunesse. C'est donc un peu son fils que Kogaratsu sauve des griffes du maître-chanteur. Mais le gamin a un sacré caractère (comme sa mère...) et cela compliquera d'autant la fuite du trio. Simple, efficace et merveilleusement dessinée, cette série n'a qu'un défaut : sa rareté !

« Kogaratsu » (tome 13), Dupuis, 12 €

 

08:32 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : taro, kogaratsu, michetz, bosse, dupuis

24/07/2014

BD : l'Atelier Mastodonte en vacances

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Les auteurs de bande dessinée aiment se réunir en atelier pour rompre la solitude de leur activité. L'Atelier Mastodonte est la quintessence de toutes les structures existantes. Avec Lewis Trondheim en chef de bande, ils sont cinq ou six à créer leurs albums dans une ambiance de travail et de franche camaraderie. Enfin ça, c'est la théorie. Dans la réalité, chacun doit faire avec les défauts de l'autre. Cela donne des gags d'une demi-planche, dessinés à tour de rôle, distillés chaque semaine dans Spirou et repris en album dans ce second recueil à l'italienne avec une couverture signée... Peyo.

Trondheim, Feroumont, Yoann, Alfred, Bianco, Neel, Nob, Keramidas et Tebo s'amusent à s'égratigner les uns les autres. Le chef en prend plein les dents. Normal, il est obsédé par le travail, produit des dizaines de planches pendant que d'autres esquissent à peine une case. Aussi quand il propose de partir en vacances, ses collègues n'osent y croire. Et ils ont raison car pour Lewis le plan est simple, « On loue tous une maison au soleil... et on peut continuer à travailler sur place. » Une séquence vacances, dans un manoir hanté, particulièrement réussie. Mais il y également une dizaine de pages sur la disparition de Jean Giraud. Où comment des jeunes rendent hommage à un maître, avec une mention spéciale à l'histoire vraie de Trondheim et au dessin « à la façon de » de Julien Neel.

« L'atelier Mastodonte » (tome 2), Dupuis, 14,50 €

 

15/07/2014

BD : Natacha d'hier et d'aujourd'hui

 

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Héroïne de BD la plus sexy depuis des décennies, Natacha n'a pas pris une ride. Sous le pinceau de Walthéry elle vit toujours des aventures mouvementées aux quatre coins de la planète. La belle hôtesse de l'air a une double actualité : un nouvel album, le 22e de la série, et une intégrale des aventures parues dans les années 90. « L'épervier bleu » est tiré d'un scénario de Sirius. Le créateur de Timour, avant de disparaître, a comme bien d'autres célébrités de la BD belge, écrit des scénarios pour un Walthéry toujours avide de nouveaux horizons. Natacha, bloquée un soir de Noël dans un hôtel pour cause de tempête de neige, raconte à Walter les aventures de sa grand-mère. A la fin des années 40, sur un voilier, elle parcourt les îles du Pacifique Sud et se lance sur les traces de voleurs de perles. Paysages paradisiaques pour un album hors du temps. C'est un peu aussi le cas des trois récits repris dans l'intégrale, sur des scénarios de Peyo, Tillieux et Mythic.

 

« Natacha » (tome 22), Dupuis, 10,60 €, Intégrale, 20,50 €

05/07/2014

BD : Machination

 

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Troisième et dernier volet autonome de la saison 2 de la série Alter Ego. Comme pour la première saison, le principe est que chaque récit est indépendant des autres. Il y a un ordre de parution, mais les albums peuvent être lus dans le désordre. Rien ne vous empêche par exemple de lire d'abord « Gail », paru cette semaine, puis de vous plonger dans Teehu et Delia en librairie depuis le début d'année. Les trois histoires, trois récits, du point de vue de ces trois personnages importants, forment un puzzle. Vous pouvez alors tenter d'imaginer la conclusion concoctée par les scénaristes, Lapière et Renders et les dessinateurs Reynès et Beneteau. Vous pouvez aussi attendre octobre prochain et dévorer le quatrième et ultime tome. L'expérience est originale, un peu déstabilisante, mais idéale pour les lecteurs pressés. « Gail » raconte comment ce scientifique ambitieux et imbu de sa personne, est désigné pour trancher sur la valeur scientifique des Alter Egos. Il est sceptique, mais a peu la tête à sa mission, préférant se réserver du temps pour batifoler avec son assistante à Singapour loin de son épouse. Quelques péripéties plus tard, il pourrait bien changer d'avis.

 

« Alter Ego » (saison 2, tome 3), Dupuis, 12 €

 

03/06/2014

BD : Les nouveaux amoureux utilisent "La technique du périnée"

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Il y a quelques décennies, Martin Veyron expliquait que « L'amour propre ne le reste jamais très longtemps » dans une BD épousant parfaitement l'air du temps. Plus de 30 ans plus tard, c'est le tandem Ruppert et Mulot qui se penche sur les errements sentimentaux d'amateurs de sensations fortes. JH, artiste contemporain, passe beaucoup de temps sur un site spécialisé dans les rencontres virtuelles. Depuis quelques mois, il retrouve régulièrement Sarah. Par smartphones interposés, ils se donnent mutuellement du plaisir. Quand JH veut aller plus loin et rencontrer la belle Sarah, elle va beaucoup tergiverser. Pour finalement accepter le contact physique, mais dans un repas échangiste à l'issue duquel elle va lui lancer un défi : ne pas éjaculer une seule fois durant les quatre mois quelle va passer aux USA. Tout en lui donnant une technique pour quand même faire l'amour et jouir. Ce roman graphique de plus de 100 pages aurait pu virer à la pantalonnade pornographique. Par bonheur, les jeux sexuels des deux héros ne sont pas montrés mais suggérés. Surtout, l'album explique que l'expérimentation de pratiques sexuelles « libérées » n'empêche en rien les sentiments. Et pour une fois qu'une histoire d'amour révèle de véritables trucs pour atteindre la plénitude sexuelle, on ne va pas se priver de la lire et d'en tirer la substantifique moelle.

 

« La technique du périnée », Dupuis, 20,50 €

 

21/05/2014

BD : Spirou à Saint-Germain des Prés

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Spirou et Fantasio, personnages universels, passent allègement de main en main. En plus de la série titre reprise par Vehlmann et Yoann et du Petit Spirou animé par Tome et Janry, le groom vit également des aventures hors collection dans la série « Le Spirou de... » Yann et Schwartz, après le très réussi « Groom vert-de-gris », repartent sur de nouvelles aventures très vintage. A Bruxelles, en 1946, la Belgique enfin libérée de l'emprise nazi est en pleine reconstruction. Les capitaux américains inondent le marché. L'hôtel Moustic est racheté et un manager à la pointe de la modernité dépoussière le palace. Première mesure : suppression de tous les postes de groom... Spirou, déjà presque alcoolique après la disparition de son amour de jeunesse, Audrey, morte en camp de concentration, se retrouve au chômage. Le lecteur a toutes les chances d'être déstabilisé par le début du récit. Heureusement l'aventure et le mystère vont sauver le jeune personnage BD, période Jijé. Avec Fantasio, il va sauver une mystérieuse femme léopard en fuite sur les toits de la capitale belge. Ensuite, toujours pour la belle Africaine, il part à Paris, en plein Saint-Germain des Prés pour récupérer un fétiche. Il y croisera Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Boris Vian. Et la suite du récit (à paraître prochainement) conduira le duo en Afrique. Grâce à un Yann en très grande forme, c'est un album à déguster lentement et à plusieurs reprises tant les gags, clins d'œils, allusions et private joke sont nombreux.

 

« La femme léopard », Dupuis, 14,50 €

 

08:23 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spirou, fantasio, yann, schwartz, dupuis

05/05/2014

BD : Choc, la genèse du méchant absolu par Maltaite et Colman

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Souvent, les héros de bande dessinée doivent une grande partie de leur succès au méchant que leurs créateurs ont la bonne idée de leur opposer. Que serait Tintin sans Rastapopoulos, Spirou sans Zorglub, Blake et Mortimer sans Olrik ? Tif et Tondu, à la carrière très longue dans les pages de Spirou, ont longtemps passionné les jeunes grâce au mystérieux M. Choc, un méchant qui tel Fantômas, se dissimule derrière un masque. Le heaume d’une armure moyenâgeuse en l’occurrence.

Grande nouvelle pour les passionnés de BD franco-belge, Choc est de retour. Et seul cette fois. Il a gagné ses galons de héros à plein-temps. Pour imaginer l’enfance de ce gangster sans pitié à la tête de la redoutable association criminelle la Main Blanche, Stephan Colman, le scénariste, est allé puiser dans les grands drames de l’histoire européenne. La première guerre mondiale, puis la grande dépression des années 30. Le jeune Eden, gentil garçon, va être transformé par ce monstre sans cœur au contact d’autres hommes et femmes sans pitié. Et pour dessiner cette histoire originale, c’est Éric Maltaite qui a été choisi. Le propre fils de Will, créateur graphique de M. Choc sur une idée de Rosy. Si ce gros premier volume en dit beaucoup sur l’enfance de Choc, il ne dévoile pas ce que tout fan espère découvrir : le visage du mal suprême. Peut-être pour le prochain tome ?

 

« Choc » (tome 1), Dupuis, 88 pages, 16,50 euros.

 

07:59 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : choc, tif, tondu, will, rosy, maltaite, colman, dupuis

18/04/2014

BD : Contrat rempli pour les "héritiers" de Jessica Blandy

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Gihef au scénario et Renaud au dessin poursuivent l'histoire de Jessica Blandy. La belle romancière imaginée par Dufaux n'intervient pas directement dans cette fausse suite. Le lecteur découvre en fait la cavale meurtrière de deux personnages secondaires de la série mère, le tueur Soldier Sun et sa fille Agripa. Après avoir semé quelques cadavres le long de ces routes américaines si inhumaines, ils se retrouvent dans un petit patelin au milieu du désert. Il y a un shérif ambitieux, quelques ploucs de bases, une riche propriétaire et des dizaines de crotales. Paradoxalement ce ne sont pas ces serpents à sonnettes les plus dangereux de l'histoire, même s'ils sont responsables de quelques morts dans d'atroces souffrances. Soldier Sun n'est pas là par hasard. Il a pour contrat d'éliminer la vieille et riche veuve. Il temporise. Pour se faire oublier. Et aussi car il fait un passage par son lit... Agripa, toujours aussi impulsive, précipite les choses. Cela donne un final dense et surprenant. Le contrat est doublement rempli. Pour les tueurs. Pour les auteurs aussi qui signent un diptyque tout à fait dans l'esprit de la série initiale.

 

« Crotales » (tome 2), Dupuis, 14,50 €

 

13/04/2014

BD : les vignes et les livres des Gens Honnêtes de Gibrat et Durieux

 

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En plein vignoble du Bordelais, une petite librairie vivote. Elle est tenue par Philippe Manche. Ce presque sexagénaire, ancien commercial, passé par la petite entreprise (coiffeur dans les TGV, thème du premier tome de la série), file le parfait amour à distance avec Camille. Mais comme la vie est souvent un gros tas de crottin, la belle le plaque temporairement pour se lancer dans un tour du monde. Seul (si l'on excepte sa mère, veuve qui vient de s'amouracher du maire du village), il déprime sérieux. Heureusement il peut compter sur Isabelle, l'opposante rebelle au notable, pour le distraire de son spleen et à Ducousso, un maçon taciturne qui aime qu'on lui fasse la lecture. Ce troisième tome du feuilleton écrit par Gibrat et dessiné par Durieux est d'une finesse étonnante. Personnages forts et entiers, petits secrets, rebondissements : tout y est pour transformer ces « Gens honnêtes » en vedettes d'une saga attachante.

 

« Les gens honnêtes » (tome 3), Dupuis, 15,50 €

 

21/03/2014

BD : Maggy la fouineuse

 

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Débutées discrètement dans les pages de l'hebdo Spirou, les aventures de Maggy Garrisson s'imposent rapidement comme une de ces séries, à l'exemple de Soda ou Seuls, qui comptent dans une décennie. Pourtant, Lewis Trondheim, au scénario, s'attaque à un genre qu'il n'a que peu exploré : le polar urbain. Maggy, petite, célibataire, chômeuse et un peu ronde, a enfin dégotté un nouveau boulot dans cette Londres en pleine crise économique. Secrétaire d'un détective privé, elle résout une première énigme (un canari disparu) avec une facilité déconcertante. Il est vrai qu'elle n'a que peu de principes déontologiques quand il y a quelques dizaines de livres à gagner. Son patron, alcoolique et dépressif, cache bien des secrets. Quand il est agressé dans son bureau, Maggy reprend les affaires en main et va se lancer sur la piste de petits malfrats et d'un gros magot. Stéphane Oiry enlumine cette Angleterre humide et dépressogène. Heureusement l'héroïne et les pubs anglais ont de la ressource. Maggy, son scepticisme et son manque de morale, a tout pour devenir la nouvelle petite amie des amateurs de BD.

 

« Maggy Garrisson » (tome 1), Dupuis, 14,50 €

01/03/2014

BD : Sénatrice au combat dans la suite d'Alter Ego

 

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Deux mois après le premier volet, la suite de la saison 2 d'Alter Ego débarque dans les librairies. Les auteurs, Renders et Lapière au scénario, Efa et Elias au dessin, ne laissent pas les lecteurs souffler. Après la présentation de la secte dominée par Noah Mendez, fils du président et principal manipulateur de la saison 1, la sénatrice Delia Mikulski entre en scène. Cette démocrate fait partie de la commission d'enquête chargée de trouver les coupables de l'affaire des Alter-Ego. Elle ne croit pas à ces jumeaux virtuels dont la santé est interdépendante. Pour elle, cette affaire n'était qu'une opportunité pour la NSA de surveiller massivement les citoyens du monde entier. Pourtant elle va douter quand Teehu (personnage au centre du premier tome) lui révèle l'existence d'une sœur jumelle. Delia protégée par Doug, chevalier servant prêt à tout pour sa belle, d'autant que deux autres membres de la commission sont assassinés en quelques jours. Palpitant, passionnant, étonnant... Ce n'était pas évident, mais c'est devenu indéniable : la suite d'Alter Ego vaut largement l'original.

 

« Alter Ego, saison 2 » (tome 2), Dupuis, 12 €

 

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07/02/2014

BD : Le Scrameustache en orbite

 

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Arriver au 42e tome d'une série de BD est un exploit en soi. Par contre, il est des suites qui ressemblent plus à de l'acharnement thérapeutique qu'autre chose. Ma tristesse est grande de constater que la magie du Scrameustache n'agit plus. Suis-je devenu trop vieux ? Pas assez naïf. Voire trop moderne ?

Cette BD de science-fiction créée par Gos dans les pages de Spirou a cultivé l'imaginaire de plusieurs générations d'enfants et d'adolescents. Aujourd'hui elle semble n'être que l'ombre d'elle même. Gos est toujours aux manettes, aidé de son fils Walt. Mais c'est trop gentil, de plus en plus mal dessiné et aux scénarios insipides. « Le géant d'Imenoca » en est l'exemple parfait. L'intrigue ne semble être qu'un prétexte à faire intervenir les nouveaux personnages, notamment le frère et la sœur de Khéna. Ce dernier s'efface progressivement au détriment de Bérengère. Pas l'ombre d'un Galaxien ni du moindre Kromok. Juste le retour du Grand télépathe, le mini-homme de l'Œuf astral.

Bref c'est plat, sans aucun relief. Le pire : cela ne remue même pas agréablement nos souvenirs d'enfance. Dupuis avait cessé les dégâts. Glénat tente de relever le flambeau. Mais cela semble peine perdu...

 

« Le Scrameustache » (tome 42), Glénat, 9,99 €

 

28/01/2014

BD : Tueurs vénéneux comme des "Crotales"

 

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Soldier Sun et sa fille Agripa ont droit eux aussi à leur propre série. Personnages secondaires croisés dans les aventures de Jessica Blandy, ils font dans cette BD de Gihef (scénario) et Renaud (dessin) ce en quoi ils sont les meilleurs : assassiner. Tueurs à gage officiant en famille, ils ont un peu foiré leur coup à Salt Lake City. La série débute là où les lecteurs de Jessica Blandy les a laissés. Dans un motel, ils se cachent avant de retrouver leur prochaine cible. Agripa, insatiable, se passe les nerfs sur un routier. Nouvelle fuite du duo vers le désert. Ils arrivent dans une petite ville isolée et rapidement entrent au service d'une riche veuve. Ce que cette dernière ne sait pas, c'est qu'elle est aussi sur la liste des personnes à éliminer. Gihef s'approprie l'univers de Dufaux, mettant l'accent sur la vénéneuse Agripa. Dangereuse mais si tentante.

 

« Crotales » (tome 1), Dupuis, 14,50 €

 

17/01/2014

BD : Attractions monstrueuses à Zombillénium

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Rien ne va plus dans le parc d'attractions Zombillénium. Cette zone de distraction est animée par des démons, vampires, sorcières, zombies et autres monstres sous la domination du puissant Béhémoth. Mais ce dernier, en bon capitaliste infernal, trouve que les résultats du parc ne sont pas assez rémunérateurs. Il demande au vampire Bohémond Jaggar de Rochambeau de redresser l'activité. Ce Bohémond est une caricature du jeune loup dynamique prêt à tout pour obtenir des résultats. Il a les dents longues. Dans tous les sens du terme... L'arrivée de ce tenant du libéralisme va faire quelques vagues dans le parc qui fonctionne surtout comme une petite famille. Première victime Francis, le créateur du parc, poussé sur la touche. Arthur de Pins, le créateur de la série, parvient à renouveler l'intérêt de cette histoire au long cours. Le changement d'orientation du parc n'occulte pas les déboires des autres personnages. Comme Gretchen, le plantureuse sorcière, toujours à la recherche d'un moyen pour entrer en contact avec sa mère bloquée aux Enfers. Ou Aurélien, le DRH, démoniaque quand il est en colère. Il ne supporte plus ce boulot et pète les plombs.

 

« Zombillénium » (tome 3), Dupuis, 14,50 €

 

08/01/2014

BD : Âmes sœurs en péril dans la saison 2 d'Alter Ego

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Après la claque de la première saison, Alter Ego est de retour pour le prolongement d'une expérience toujours aussi originale. Entre thriller scientifique et fantastique, les six premiers albums, indépendants les uns des autres, permettaient une vision globale de l'histoire avant de se plonger dans le 7e, dénouement du drame. Le tout publié en une petite année. Succès aidant, Renders et Lapière, les scénaristes, imaginent cette suite. Trois ans après la révélation de l'existence d'Alter Ego (des hommes et femmes liés les uns aux autres malgré la distance, dont la santé est tributaire de celle de tout le groupe), Noah et Zelia, deux des personnages de la saison 1, ont créé une communauté religieuse sur une petite île des Canaries. Ils y prêchent l'amour de son prochain, la décroissance et l'autosuffisance. Un discours de paix attirant des dizaines d'adeptes. Parmi eux Teehu, une jeune Australienne au centre de ce premier album. Elle est réceptive aux théories de Noah. Elle a également le don de voir les alter ego des gens qu'elle touche. Un don qui la mettra en fâcheuse posture. Toujours aussi passionnante, la seconde saison de la série est dessinée par Efa et Erbetta.

 

« Alter Ego » (saison 2, tome 1), Dupuis, 12 €


05/01/2014

BD : Lady S, espionne et appât

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Tout le monde en veut à Lady S. La belle héroïne imaginée par Van Hamme et dessinée par Aymond est en cavale. Heureusement elle a encore quelques alliés du côté des services secrets britanniques. Cachée dans une ferme auberge anglaise, elle doit se faire le plus discrète possible. C'est sans compter sur des malfrats qui tentent de braquer une banque en sa présence. Les réflexes prennent le dessus et Lady S met hors d'état de nuire les trois braqueurs. La presse s'empare de l'affaire, Lady S est démasquée. Immédiatement, mafia russe, services secrets français et le sinistre Colonel se précipitent pour l'éliminer. Anglais et Américains en profiteront pour l'utiliser comme appât et faire un peu de vide. Un album très bien rythmé, sorte de fausse sortie d'une héroïne qui, pour une fois, termine son aventure presque sereinement.

 

« Lady S » (tome 9), Dupuis, 12 €


07:50 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lady s, aymond, van hamme, dupuis

18/12/2013

BD : Michel Vaillant fait des étincelles

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Michel Vaillant au volant d'une voiture électrique ! Non, vous ne rêvez pas. Le héros de Jean Graton, aux voitures pétaradantes et vrombissantes, change de catégorie. Terminées les odeurs d'essence, place aux batteries aseptisées. Mais le champion automobile, repris par Denis Lapière (scénario) et Bourgne (dessin), ne va pas faire ses courses au Shopi en Autolib dans cet album intitulé « Voltage ». Il s'installe dans un prototype effilé et tente de battre le record de vitesse absolu. Objectif : plus de 700 km/h sur le lac salé, mieux qu'un moteur à explosion. Le volet technique de l'histoire (inspiré par l'écurie Venturi détentrice du vrai record) laisse cependant souvent la place aux déboires familiales du héros. Un père qui ne veut pas entendre parler de ces nouvelles technologies, un fils rebelle rejetant l'héritage, une femme inquiète et jalouse, des concurrents prêts à tout pour le faire échouer, une journaliste aussi jolie qu'intrigante... La vie de Michel Vaillant n'est pas toujours rose. Heureusement il parvient à oublier l'ensemble de ses soucis en prenant le volant. Nous, plus simplement, c'est en lisant ses aventures que cela va mieux.

 

« Michel Vaillant » (tome 2), Graton, 15,50 €