03/06/2015

BD : Retour en Arménie

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Récemment, l'Arménie a célébré le centenaire du début du génocide par la Turquie. De très nombreux chefs d'État, dont François Hollande, étaient présents à Erevan. Pour mieux comprendre cette tragique page de l'histoire européenne, ce reportage dessiné est essentiel. Laure Marchand et Guillaume Perrier sont deux journalistes spécialistes de l'Arménie. Ils ont longtemps vécu à Istanbul et dans cet album dessiné par Thomas Azuélos, ils retracent le voyage de Christian Varoujan Arin, un militant français de la cause arménienne. Installé à Marseille, il n'a jamais osé retourner sur la terre de ses ancêtres. Ce périple, sur les traces de son passé, donne la parole à ceux qui sont restés en Turquie. Les descendants des hommes et femmes qui ont participé au massacre racontent leur malaise. Varoujan rencontre aussi les petits-fils des rares survivants, obligés de se convertir à l'Islam, en train de redécouvrir leurs origines malgré la chape de plomb que l'état turc veut toujours maintenir sur ces événements. Entre espoir et douleur, un voyage qui ne peut laisser indifférent.

 

« Le fantôme arménien », Futuropolis, 19 €

 

04/05/2015

BD : Tragédie banlieusarde

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Plongée au cœur de la noirceur de la misère banlieusarde dans le second épisode de ce roman graphique aux accents de tragédie. Moudy et Alex, le Noir homosexuel et le Blanc introverti, sont devenus amis sur leur travail : un centre de tri des ordures. Deux jeunes paumés dans la grise crise économique. Quelques petites combines leur permet de s'en sortir. Mais quand Alex fait une grosse bêtise, ils fuient et se réfugient dans une ancienne barre d'immeuble promis à la démolition. Là, ils croisent la route de Samir, petit trafiquant de cigarettes et autres produits « tombés du camion ». Un trio qui a besoin de se refaire une santé et de repartir à zéro. Ils imaginent donc un casse qui leur permettra enfin d'être à armes égales avec les autres, les privilégiés... Cette seconde parie, toujours écrite par Piatzszek et dessinée par Cinna, est essentiellement consacrée à l'irruption dans la bande de la belle et rebelle Cheyenne, une Gitane experte en ouvertures illicites de serrures en tous genres. Samir craque pour la jolie voleuse. Un côté romantique entre deux écorchés de la vie qui renforce la tragédie qui rode.

 

« Ordures » (tome 2), Futuropolis, 17 €

 

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12/04/2015

BD : Jeunesse déboussolée

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Vous ne comprenez rien à la jeunesse actuelle ? Rassurez-vous, elle non plus. Les adolescents des années 2010 fonctionnent essentiellement à l'instinct. Il n'y a jamais grand chose de programmé, de pensé, de voulu dans leurs actions. La preuve avec ce roman graphique écrit par Hervé Bourhis et dessiné par Halfbob. Chloé organise une fête chez elle. Tous ses amis sont là. Même ceux qu'elle n'apprécie pas vraiment et qui s'invitent, un paquet de chips à la moutarde en guise de ticket d'entrée. Sarah est gothique. Elle hait tout le monde et répète sans cesse qu'elle va se suicider. Victoire, blonde binoclarde un peu ronde, attend son « mec » qu'elle n'a pas vu depuis quelques semaines. Elle le découvre en pleine copulation avec une inconnue dans la chambre des parents. Pas de souci, elle le largue illico presto par Twitter et va vomir dans la rue. A la soirée il y a aussi Maxime, le plus perturbé de tous. Il est déguisé en officier SS et bombarde son mal-être à la tête de toute personne qui ose lui parler. Maxime va embrasser Sarah. Sarah va effectivement se suicider. Victoire accepte de coucher avec Maxime et ils fuguent pour assister à un concert rock à Paris. Étonnant et désabusé, ce récit est un instantané réussi de notre époque. 

« Juniors », Futuropolis, 17 €

 

20:55 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bourhis, juniors, halfbob, futuropolis

01/02/2015

BD : Le Louvre version japonaise

 

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Parmi les invités vedettes du festival de la BD d'Angoulême, Jiro Taniguchi est en excellente place. Le maitre du manga ne devrait pas beaucoup dédicacer, mais on se contente de l'exposition consacrée à son œuvre et, à défaut, du dernier titre paru chez Futuropolis en association avec le Musée du Louvre. Un dessinateurs dans les immenses salles du plus grand musée du monde cela donne un album de 130 pages où chaque case est un émerveillement. Sur un ton autobiographique, Taniguchi raconte cinq jours passés à errer dans les dédales de la culture mondiale. Oppressé par la foule, il se réfugie dans des salles moins cotées et tombe sur des créatures oniriques. Il croise l'âme de la Victoire de Samothrace ou le fantôme d'un écrivain japonais, le premier à populariser les tableaux de Corot au Japon. Entre réflexion personnelle sur les influences artistiques, histoire des œuvres du Louvre et réalité triviale, cet album montre tout le génie d'un auteur complet, à 'aise dans tous les genres, de la pure aventure au drame psychologique.

 

« Les gardiens du Louvre », Futuropolis, 20 €

27/10/2014

BD : Loisirs révoltants

 

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Rien ne va plus dans le beau pays de Monplaisir. Cet immense parc d'attraction pour des vacances de rêves vient de subir une violente attaque terroriste. Plus d'électricité pour alimenter les casinos et autres attractions. Des milliers de touristes sont laissés à l'abandon. Heureusement, il existe une police à Monplaisir. Mais ses membres ne sont pas formés pour maintenir l'ordre. Leur mission est de participer à des chasses à l'homme télévisées, des distractions comprises dans le prix d'entrée. Zacchary, jeune policier, se pose beaucoup de questions. Ce fils de paysan a préféré fuir la misère de l'extérieur pour participer au rêve de cette société futuriste imaginée par Runberg et dessinée par Ricci. Mais il vient de voir un enfant se faire tuer par son « concurrent » et ce dernier, une fois la partie terminée, redevient un citoyen inattaquable. De plus, le chef de la police vient de lui donner l'ordre de patrouiller et de tirer sur tout ce qui peut ressembler, de près ou de loin à un terroriste. Le troisième tome de cette série de SF fait monter la pression. A l'intérieur de Monplaisir, royaume des manipulations, mais aussi à l'extérieur où les robots sont en pleine révolte.

 

« Urban » (tome 3), Futuropolis, 13,50 €

 

14/06/2014

BD : Marcheur fou

 

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Albert Dadas, Bordelais, a véritablement existe. C'est son histoire, et celle de son psychiatre Philippe Tissié, que raconte Christophe Dabitch dans ce roman graphique dessiné par Christian Durieux. Albert est atteint d'un étrange trouble psychiatrique. Il explique : « Tout d'un coup, j'ai très chaud, j'ai des suées, j'ai mal à la tête. Il faut absolument que je marche. Et après je ne me souviens de rien. » Mais quand il dit marcher, ce sont des centaines de kilomètres qu'il peut avaler en quelques jours. Ses délires lui feront traverser toute l'Europe, de Paris à Moscou en passant par Berlin et Constantinople. Tissié parviendra à presque le guérir grâce à une nouvelle technique : l'hypnose. « Le captivé », terme inventé par le jeune médecin, raconte les errances d'Albert, les doutes de Tissié et l'accueil de cette nouvelle technique de soin par les confrères. Une BD très documentée, quasiment pédagogique mais profondément humaine aussi.  

 

« Le captivé », Futuropolis, 19 €

 

25/04/2014

BD : Machination infernale dans la suite du "Pouvoir des innocents"

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« Le Pouvoir des innocents » de Brunschwig (scénario) et Hirn (dessin) est un des grands succès de la BD moderne des années 90. Les cinq premiers tomes sont parus chez Delcourt. La suite a migré vers Futuropolis. Hirn a laissé le pinceau à Nouhaud. On retrouve les différents protagonistes de ce complot six mois après l'attentat qui a endeuillé la fin de l'élection municipale de New York. La réformatrice Jessica Ruppert, contre toute attente, a été élue. Le présumé terroriste, Joshua Logan, est toujours en fuite. Il décide de se rendre en clamant son innocence. Selon lui, l'attentat n'est qu'une machination pour permettre l'élection de Jessica. On suit dans le second tome les doutes et découvertes de Cyrus, l'avocat de Logan. Noir et gay, Cyrus doit subir les attaques de sa communauté. Il finit même à l'hôpital après un passage à tabac. C'est de son lit de souffrance qu'il va rechercher la vérité. Passionnante, cette série, après la claque du premier cycle, parvient encore à nous tenir en haleine. Le scénariste est de la race des très grands. Il fait de la BD mais risque, s'il continue à être aussi brillant, être remarqué par le cinéma. Américain, évidemment...

 

« Le pouvoir des innocents » (cycle 2, tome2), Futuropolis, 13 €

 

18/03/2014

BD : Débrouille et embrouilles dans "Ordures" de Piatzszek et Cinna,

 

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Ils sont rares les scénaristes de BD qui ont tout bon. Un sans faute et même un certain crescendo dans les trouvailles, l'univers. Stéphane Piatzszek fait partie de cette infime minorité. Son Commandant Achab va compter dans les séries policières et sa nouvelle création, « Ordures », avec Olivier Cinna, est largement du niveau de leur première collaboration « Fête des morts ». Ces « Ordures » ce sont les matières premières du travail de Moudy, le Noir, et Alex, le Blanc. Ils sont employés dans un centre de tri de déchets en banlieue parisienne. Moudy, qui aime les garçons, ne supporte plus la promiscuité du foyer de travailleurs immigrés. Il décide de squatter une immense usine vouée à la démolition dans une semaine. Tel Di Caprio sur le Titanic, il se sent le roi du monde dans ce « loft » de 20 000 m2. Le duo va croiser la route de Samir, un petit Arabe qui survit en vendant des cigarettes de contrebande. Toute la misère sociale de la France des années 2000 est résumée dans ces 72 pages en noir et blanc. Sa violence aussi, entre réseau islamiste, bande de roms et répression policière. Une histoire âpre, au ton juste, même si la Justice en est totalement absente.

 

« Ordures » (tome 1), Futuropolis, 17 €

 

07:42 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : piatzszek, cinna, futuropolis

17/02/2014

BD : Délicat retour à Berlin pour Miriam Katin

 

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Découverte en 2008 avec « Seules contre tous » le récit de son enfance, Miriam Katin revient à la BD dans « Lâcher prise », album dans lequel elle se raconte, sa vie aux USA et son très temporaire mais difficile retour en Allemagne. Cette graphiste très recherchée dans les studios d'animation des majors américaines, a changé de registre. Après le succès de son premier album, elle se cherche. Difficile d'être un espoir de la BD internationale à 71 ans. Elle revient sur ce succès, les expositions qui ont suivi. Fière d'être Juive et Américaine, elle s'étonne quand son fils lui demande d'entamer des démarches pour obtenir la nationalité Hongroise. Cela lui permettra de s'installer plus facilement à Berlin. Cette annonce est un choc pour Miriam. Elle n'a pas encore pardonné à ce pays qui a massacré les siens. Malgré ses appréhensions elle ira à Berlin, rendre visite à son fils et sa compagne. Un séjour où elle se rend sur quelques lieux de pèlerinage et comprend que plus rien n'est comme avant. Elle retournera dans la capitale allemande pour une expo au Musée juif. La BD, loin d'être trop sérieuse, montre toutes les coulisses de ces deux voyages : les ennuis de santé, les doutes et errances. Le tout dessiné aux pastels de couleur.

 

« Lâcher prise », Futuropolis, 22 €

 

23/01/2014

Cinéma : Les belles rencontres de Lulu

Adaptée d'une Bande dessinée d'Étienne Davodeau, "Lulu femme nue" de Solveig Anspach offre un rôle puissant et lumineux à Karin Viard en femme perdue.

 

lulu 2.jpgUn grain de sable, un minuscule grain de sable et parfois la vie bascule. Dans le cas de Lulu, interprétée par Karin Viard, c'est un entretien d'embauche raté qui va modifier le cours de sa vie. Mère au foyer, timide et transparente, elle tente de se faire croire que travailler va changer son horizon. Ce nouvel échec va comme la tétaniser. Sur le quai de la gare, elle regarde son train partir. Le grain de sable a grippé la machine. Lulu va faire un break, appuyer sur la touche « pause » pour figer ce temps. Pas facile pour cette femme qui n'aime plus son mari mais qui est essentielle à ses trois enfants, Morgane, une adolescente énervée comme on peut l'être à 15 ans et deux jumeaux, encore trop jeunes pour se rendre compte de l'absence de leur maman. Dans cette ville de bord de mer, Lulu prend une chambre d'hôtel, regarde la plage de la fenêtre, utilise les crèmes fournies avec le shampooing et le dentifrice. Seule dans la petite salle de bain, elle se regarde dans la glace. Une scène lumineuse, où l'actrice parvient à faire passer toute la détresse d'une femme face à son image. On se rêve belle, on se voit vieille.

 

Le barbu bourru

lulu 1.jpgL'escapade de Lulu n'aurait du durer qu'une nuit. Juste le temps de se faire désirer. Mais une rencontre va tout changer. En bord de mer, elle se précipite au secours de Charles, un barbu bedonnant bourru qu'elle croit mort. En fait il fait semblant. « C'est important de savoir faire le mort » explique ce drôle de personnage joué par Bouli Lanners, acteur belge tout en retenue. Comme Lulu, Charles a une famille. Deux frères, parenthèse agitée du film de Solveig Anspach, sorte de gardes du corps à l'insu de son plein gré. Et si Lulu décidait d'être heureuse ? Durant quelques jours elle va se laisser porter par cette romance toute nouvelle pour elle. Certes elle n'oublie pas ses enfants, mais s'occuper d'elle lui semble plus vital sur le moment. Sur la route de la liberté, Lulu va faire d'autres rencontres. Une vieille dame (Claude Gensac) qui a peur de mourir seule et une jeune serveuse dans un bar manquant de confiance. Lulu semble se reconnaître en elles. Elle va les aider, montrer qu'elle aussi, même si elle n'a pas de travail, peut être utile.

Le film, fidèle à la bande dessinée d'Étienne Davodeau parue chez Futuropolis, montre la lente maturation d'une femme revenant à la vie. Étouffée par le quotidien, elle redécouvre son corps, ses sensations, ses envies. Karin Viard, impeccable de bout en bout, porte cette métamorphose. Empruntée au début, épanouie au final : Dieu que Lulu est belle.

 

05/12/2013

BD : Adorables truands sous la plume de Baru

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Un jeune Africain, virtuose du foot mais sans papiers, quelques truands sur le retour, une bande de « cailleras » de la banlieue et des Anciens combattants d'Algérie sont au générique de ce roman graphique de Baru. L'auteur de « La piscine de Micheville » nous ressert sa critique acerbe de notre société manquant de solidarité à la sauce « hommage au cinéma de Lautner et d'Audiard ». On ne peut qu'avoir de la sympathie pour les vieux truands rangés des affaires, paisible retraité en banlieue pavillonnaire ou garagiste faisant marcher son petit commerce. Avec ce dernier gros coup ils empochent le magot, mais aussi pas mal de soucis à cause de leurs jeunes associés. On apprécie le parfait enchaînement des complications et on se réjouit de la morale finale...

Cet album édité il y a trois ans chez Futuropolis, bénéficie d'une publication en poche dans la prestigieuse collection Folio qui sort également pour ces fêtes de fin d'année les deux premiers tomes de la saga africaine « Aya de Yapougon » de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie.

 

« Fais péter les basses, Bruno ! », Folio, 7,65 euros chaque volume


09:39 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baru, folio, futuropolis

23/11/2013

BD : La vague des fantômes dans Tsunami de Pendanx et Piatzszek

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Alors que les Philippines peinent à se relever du passage dévastateur du typhon Hayien, Piatzszek et Pendanx reviennent sur un autre drame qui a durablement endeuillé cette région de l'Asie. Le 26 décembre 2004 une vague gigantesque submergeait l'Indonésie. Des milliers de morts. Une aide internationale souvent impuissante. Parmi le centaines de médecins venus soigner les blessés, une toubib française Elsa Mataresse. Quelques mois après son arrivée sur les lieux du drame, elle disparaît. De nos jours, son jeune frère, se lance à sa recherche. Il va remonter la trace de sa sœur jusqu'à ce chapelet de petites îles qui auraient tout du paradis perdu si elle n'avaient servi de vaste fosse commune aux centaines de corps dérivant au fil des courants. Superbe création que ce Tsunami. Le récit de Piatzszek alterne parfaitement vues touristiques actuelles et souvenirs du temps de la dévastation. Le petit Français va rencontrer d'autres « fugitifs » sur son chemin, d'autres écorchés à la recherche de cette inaccessible quête... Il parviendra cependant à s'apaiser car les morts, même quand il sont légion, ne veulent pas de mal aux survivants. Une belle parabole sur l'intérêt de profiter de la vie, là, maintenant.

 

« Tsunami », Futuropolis, 20 €


09/11/2013

BD : Une croûte au Musée du Louvre grâce à Etienne Davodeau

Chien qui louche (2).jpg

En signant un partenariat avec les éditions Futuropolis, le Musée du Louvre entend ouvrir ses murs à cet art, plus populaire, qu'est la bande dessinée. Si Yslaire ou De Crécy signent un bel hommage au classicisme, Étienne Davodeau s'est intéressé aux coulisses de l'institution. Dans ce roman graphique de plus de 130 pages, il parle de croûte, de peintres du dimanche, d'agent de sécurité et de fabricants de meubles. Fabien, le héros, gardien depuis 15 ans au Louvre, va rencontrer la famille de sa fiancée Mathilde, provinciale montée à Paris.

790251_03.jpgDans cette France profonde il va devoir affronter les clichés (« Assis toute la journée, il faut une volonté d'acier pour pas s'endormir : ») et surtout être chargé de faire entrer au Louvre « Le chien qui louche », l'unique toile de l'aïeul, Gustave Benion, peinte en 1843. Comment la croûte d'un peintre du dimanche pourrait-elle être exposée à côté du « Radeau de la méduse » ? Une société secrète va pourtant faire le nécessaire pour que l'œuvre de Gustave Benion, soit accrochée aux murs du Louvre, en hommage à « ceux qui ont peint sans rencontrer la reconnaissance, les approximatifs des bords de rivières et autres aquarellistes des galeries marchandes... » Une ode humaniste aux artistes sans prétention.

 

« Le chien qui louche » Étienne Davodeau, Futuropolis et Louvre Éditions, 20 €


08/09/2013

BD : énigmatique maladie d'amour de Cyril Bonin

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« Tomber amoureux nuit gravement à la santé » proclame un bandeau cerné de noir en bas de la couverture de cette bande dessinée signée Cyril Bonin. Comme fumer, mais en pire. Une épidémie frappe la France. Les personnes victimes d'une forte émotion liée à l'amour sont littéralement pétrifiée sur place. Transformée en statue, un sourire aux lèvres en lisant une lettre d'amour, regardant la photo de l'être aimé... Parfois les victimes sont deux. Généralement en plein baiser fougueux. Les médecins, impuissants, ne proposent qu'une solution : limiter les effusions. Un roman graphique sur l'amour, aux airs de cauchemar, les jolies femmes sont suspectées d'être des séductrices et doivent arborer un brassard aussi infamant que l'étoile jaune. Heureusement la fin est heureuse. Comme ces romans à l'eau de rose interdits après l'épidémie d'amorostasie.

 

« Amorostasia », Futuropolis, 19 €


08/08/2013

BD : "Douce France" ou la réécriture de l'Histoire

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Quand les témoins directs de certains événements historiques disparaissent, il ne reste plus que quelques vieillards à la mémoire vacillante pour témoigner. Ils oublient. Ou carrément réécrivent l'Histoire. C'est le thème central de ce roman graphique écrit par Simon Rochepeau et dessiné par Lionel Chouin. Christian, le personnage principal de l'album, est conducteur de travaux. Il vient d'être embauché par une multinationale du BTP pour construire un Mémorial de la Résistance. Vitrine du groupe, le bâtiment doit beaucoup aux souvenirs de Raymond Langlade, le chef du Maquis de Saint-Yves, localité où sera construit le Mémorial. Christian, jeune et ambitieux, tombe en admiration pour ce vieil aristocrate, symbole de la France qui s'est levée contre l'oppresseur. Mais entre ce que raconte Raymond et ce qu'il a fait, il y a quelques nuances. Notamment quand il était fonctionnaire pour le gouvernement de Vichy et qu'il planifiait les rafles des Juifs français. On retrouve en filigrane de cette BD l'affaire Bousquet et l'aveuglement d'une certaine jeunesse idéaliste.

 

« Douce France », Futuropolis, 19 €


13/06/2013

BD : des frites chinoises dans "Le sourire de Mao" de Cornette et Constant

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La Belgique est restée pendant près de deux ans sans gouvernement. Une crise politique qui a failli provoquer la séparation en deux de ce petit pays européen. Jean-Luc Cornette, scénariste et Belge, a imaginé ce que serait devenue la partie francophone du Plat Pays si la scission avait bien eu lieu. Un récit de politique fiction dessiné par Michel Constant. Dans un futur proche, le président-capitaine Francis Delcominette règne en maître absolu sur la République démocratique de Wallonie. La capitale, installée à Namur, va bientôt accueillir un musée gigantesque dont le première pièce maîtresse sera la momie de Mao Tsé-Toung. Un musée qui sera construit par les prisonniers politiques, de plus en plus nombreux dans ce confetti d'Europe. Le récit nous donne une vision particulièrement pessimiste d'un état policier à travers les yeux de Ludmilla, une scout élevée dans le culte du chef et Antoine, jeune en révolte n'en pouvant plus de la propagande gouvernementale. Dans une société devenue totalement parano, tous vont s'espionner et tenter de faire triompher leur point de vue.

 

« Le sourire de Mao », Futuropolis, 16 €


08/05/2013

BD : Télépathie à l'italienne dans "L'entrevue" de Manuele Fior

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Un psychologue en pleine crise de la cinquantaine, une patiente de 21 ans souffrant d'hallucinations. Ce qui pourrait devenir une banale histoire sentimentale teintée de psychanalyse devient un passionnant roman graphique de science-fiction sous la plume de Manuele Fior. Raniero, en plein divorce, une nuit, au volant de sa voiture, croit voir des vaisseaux extraterrestres dans le ciel de cette Italie d'un avenir proche. Le lendemain, sa première patiente, Dora, prétend être télépathe. Et elle lui raconte que elle aussi a vu les signaux dans le ciel. Raniero se met à douter sérieusement. Et si Dora disait vrai ? L'invasion sera-t-elle pacifique ou guerrière ?

Dans un noir et blanc plein de nuances, Manuele Fior déroule son récit sur plus de 170 pages. Il dresse au passage le portrait d'une Italie en pleine décomposition, tant morale qu'économique. La télépathie sera peut-être la solution, l'étape nouvelle d'une évolution programmée.


« L'entrevue », Futuropolis, 24 €

02/05/2013

BD : l'Afrique de Conrad par Perrissin et Tirabosco

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Joseph Conrad, avant se se mettre devant son bureau et de signer quelques chefs-d'œuvre du XXe siècle, a vécu d'innombrables aventures aux quatre coins de la planète. « Au cœur des ténèbres », nouvelle publiée en 1899, est inspirée de son propre voyage au Congo quelques années auparavant. Après six années passées en Asie, Joseph Konrad Korzeniowski, d'origine polonaise, se rend à Bruxelles. Grâce à une tante, il obtient un poste de capitaine de navire. Mais il va devoir délaisser les océans et autres mers immenses pour un fleuve mystérieux et autrement plus périlleux : le Congo. Perrissin, le scénariste de ce roman graphique, a raconté sans l'enjoliver le choc de cet aristocrate distingué confronté à la cupidité et la bêtise de colons blancs. Sous prétexte d'évangélisation et d'éducation des peuples, ils pillent sans vergogne. Avant les forêts et les sous-sols, c'est l'ivoire qui provoque cette ruée vers un pays, une région. Dessinée par Tirabosco dans son style noir et charbonneux caractéristique, cette BD, malgré son absence de couleurs, est parfois lumineuse comme une savane écrasée de soleil ou sombre comme la forêt vierge humide et hostile. Les hommes Blancs, dans cet enfer, survivent difficilement. C'est d'ailleurs la maladie qui a écourté le séjour de Joseph Conrad. Après cette escale au Congo il n'a quasiment plus voyagé, se contentant d'entraîner ses lecteurs dans ces contrées éloignées.

« Kongo », Futuropolis, 24 €


01/04/2013

BD : Maladie d'amour

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Nina, 26 ans, est anhédonique. Ce diagnostic est de José, un psychologue surfant sur la vague des sites de rencontres. Nina, suite au décès tragique de sa mère, a décidé de transformer sa vie en un long cauchemar. Tout ce qu'elle fait doit lui être désagréable. Cette blonde au jolis minois n'a plus sourit depuis des années. Elle ne mange que des légumes qu'elle n'arrive pas à digérer, fait du sport alors qu'elle déteste cela, du water-polo car elle a une aversion de l'eau. S'interdisant tout bonheur, il lui est inconcevable d'aimer, de partager, d'être heureuse. Cela mine son père, un richissime assureur. José, pour échapper à la ruine, accepte de prendre Nina en main et de lui trouver son double affectif. Pierre Makyo délaisse pour une fois les longues séries pour écrire un scénario entre science-fiction psychologique et banale histoire d'amour. Le tout est transcendé par Frédéric Bihel et ses couleurs délavées. La mélancolie de Nina est parfaitement retranscrite, tout comme la maturation de José, obligé de reconnaître son attirance pour cette tristesse infinie.

« Tout sauf l'amour », Futuropolis, 18,50 €


24/03/2013

BD : Après les barreaux dans "Au vent mauvais" de Rascal et Murat

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Sept ans derrière les barreaux. Sept ans de foutus. Abel Mérian a rongé son frein. Condamné pour un hold-up, il a trouvé la patience dans la certitude de retrouver son magot à sa sortie. Sept ans à oublier en se payant une nouvelle vie, ailleurs.

Rascal, le scénariste, est avant tout un romancier. Thierry Murat a adapté ce texte, avec un dessin minimaliste. Grandes cases, couleurs délavées, longs textes narratifs : la forme est plus proche d'un album de Loustal que d'une BD classique. Le lecteur lui est rapidement emporté par ce road movie défaitiste. Rien ne se passe comme prévu et Abel devra trouver une autre chimère pour continuer à croire à cette foutue vie. La déception finale n'en sera que plus douloureuse.

« Au vent mauvais », Futuropolis, 18 €