28/02/2013

BD : "Urban" ou la police des plaisirs et des vices

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Dans un futur proche, pour oublier un travail harassant et des conditions de vie dégradées, tout le monde a droit à une semaine de vacances dans la zone de Monplaisir. Dans ce gigantesque parc d'attraction, tous les vices sont permis. Sexe, violence et jeux de hasard. On se déguise et on profite de ces sept jours hors du temps. Mais Monplaisir, loin de ressembler au Paradis, a des airs de purgatoire, se transformant en enfer pour certains. La seconde partie de cette série de SF écrite par Brunschwig et dessinée par Ricci se concentre sur les deux personnages principaux : Zachary Buzz, le jeune flic et Niels, le petit garçon perdu. Zach va devoir affronter le redoutable tueur Ebrahimi dans un duel où tout le monde peut parier et espérer devenir riche. Niels va tomber sous la coupe d'un magicien des rues, clochard sans cœur bien décidé à profiter de nouveau de tous les avantages de Monplaisir quand on a un compte en banque bien rempli, ce qui est le cas de Niels. Un futur noir et pessimiste, pourtant plein de couleurs grâce aux planches de Roberto Ricci, un très grand dessinateur pour un projet ambitieux.

« Urban », Futuropolis, 13 €



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24/01/2013

BD : Crève saucisse ou la vengeance du cocu immergé

 

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Aimer la bande dessinée peut vous amener à faire les pires bêtises. Prenez Didier, le héros de « Crève Saucisse » de Pascal Rabaté et Simon Hureau. Il adore la BD. Son salon en est rempli. Classiques ou modernes. Une véritable passion. Ce boucher jovial, marié et père d'un petit garçon a tout pour être heureux. Si ce n'est le désamour de sa femme. L'été dernier, en vacances, elle a craqué. Pendant que Didier pêchait tranquillement en bord de mer, elle le trompait avec un ami d'enfance. Rabaté, habitué aux peintures sociales grinçantes, aborde le vaudeville avec son sarcasme habituel. Le boucher, cocu, se défoule dans la chambre froide. Armé de son plus beau hachoir, il lacère les carcasses de bœuf en hurlant « Crève salaud ! » Surpris par son gamin, il transforme son imprécation en « Crève saucisse » qui donnera son titre à l'album. De plus en plus amer, le boucher va trouver dans une de ses BD l'idée géniale qui lui permettra de se venger et de retrouver l'amour de sa femme. Un Gil Jourdan de Tillieux dont quelques extraits sont redessinés par Hureau.

« Crève saucisse », Futuropolis, 17 €


24/12/2012

Beau Livre : Fantomatique Bilal au Louvre

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Le Musée du Louvre ouvre ses galeries aux auteurs contemporains de bande dessinée. Un partenariat mis en place depuis quelques années avec les éditions Futuropolis. Après David Prudhomme ou Bernard Yslaire, c'est Enki Bilal qui a eu carte blanche pour trouver l'inspiration dans ce temple de l'art. Autant dessinateur que peintre ou cinéaste, Bilal a arpenté les galeries simplement armé de son appareil photo. Des journées à s'imprégner de l'ambiance, à admirer les œuvres exposées et au final un travail sur 22 tirages. Et le résultat est résumé dans une phrase d'introduction : « C'est comme si au Louvre on respirait du fantôme. » Sur chaque œuvre, il a peint le portrait d'un fantôme directement concerné. Ces vies imaginaires donnent une force supplémentaire à des chefs-d’œuvre incontestables. Sur le tableau de la « Jeune orpheline au cimetière » de Delacroix, Bilal met en opposition le visage de Lantelme Fouache. Né en 1773, il est le père de Béatrix, le modèle. Elle pleure son père récemment décédé après être tombé dans un ravin. C'est elle qui l'a poussé : « Sept ans de viols discontinus étaient ainsi effacés. Ce matin-là, il avait commis celui de trop, et elle avait eu le courage. » Le livre présente, à côté du texte, le tableau de Bilal, la photo de « l'inspiration » et des dessins préparatoires. Un ensemble exposé à partir du 20 décembre (jusqu'au 18 mars) à la salle des Sept-Cheminées dans l'aile Sully. C'est la première exposition au sein des salles du Louvre consacrée à un auteur de bande dessinée.

« Les fantômes du Louvre » de Bilal, Louvre Editions et Futuropolis, 25 euros.

04/12/2012

BD : Cinéaste engagé avec "Un homme est mort" de Kris et Davodeau

 

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C'est l'histoire d'un film, d'une lutte, d'un homme. En 1950, la grève générale paralyse la reconstruction de Brest. Régulièrement la CGT organise des manifestations pour demander des augmentations et surtout du lait pour les enfants. Le 17 avril, un dimanche, la police titre sur la foule. Edouard Mazé, militant CGT, est tué d'une balle dans la tête. De cette histoire des luttes sociales, il ne reste plus que des souvenirs. Pourtant, un film retraçait les faits. Un documentaire d'un peu plus de 15 minutes, tourné par René Vautier et diffusé dans la foulée sur les piquets de grève. Un témoignage unique, totalement disparu aujourd'hui. C'est l'histoire de ce film que Kris (scénario) et Davodeau (dessin) racontent une BD. La version poche chez Folio s'enrichit d'un dossier complet sur l'histoire du mouvement et les témoignages des rares survivants.

« Un homme est mort », Folio BD, 7,65 €


21/09/2012

BD : Mauvaises ondes pour Jean-Claude Denis

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Serge Guérin vit un enfer. Serge Guérin est électro-sensible. Téléphones portables, télévision, lignes à haute tension... les sources de son mal sont multiples et de plus en plus nombreuses. Un soir, il est enfin libéré. Une immense panne de courant plonge le quartier dans un black out total. C'est au cours de cette nuit particulière qu'il va rencontrer une jeune femme. Ils vont sympathiser, se comprendre et se trouver des points communs. Dans une chambre d'hôtel, à la lumière d'une bougie, ils signent un pacte, la trame complexe de cet album de Jean-Claude Denis. Entre polar noir, étude psychologique et portrait de la détresse humaine, l'histoire entraîne le lecteur vers une fin étonnante, au cœur de cette zone blanche qui donne son nom à ce roman graphique très réussi.

« Zone blanche », Futuropolis, 16 €


23/08/2012

Rêves magiques dans le "Supplément d'âme" de Kokor

 

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Fable onirique, rêverie fantasmée, conte moderne... il est quasiment impossible de coller une étiquette sur ce roman graphique d'Alain Kokor. On ne peut, en refermant l'album, que constater qu'il y a une belle histoire d'amour et un homme mystérieux, sorte de dieu fuyant la publicité et toute forme d'adulation. Ce « dieu » incognito, est un petit employé de bureau, le visage caché par un chapeau. Il a changé la vie de milliers de personnes en racontant ses rêves. Tous ont prolongé ses songes, constatant qu'ils étaient tous liés, interdépendants. En parallèle, Kokor relate l'arrivée d'un jeune Français à Dublin. Il va croiser la route d'une artiste qui sculpte et dissémine un peu partout en ville, la nuit, des hommes-oiseaux directement inspirés des rêves de l'homme au chapeau. Il n'est pas nécessaire de tout comprendre, juste se laisser porter par les événements et les superbes couleurs directes de Kokor.

 

« Supplément d'âme », Futuropolis, 17 €


 

30/07/2012

Croisade et folie religieuse dans "Furioso" de Chiavini

 

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Roman graphique de plus de 130 pages, « Furioso » de Lorenzo Chiavini est une intelligente réflexion sur la folie des hommes quand la religion prend le pouvoir. Au temps des premières croisades, les Chrétiens tentent de reprendre le dessus sur les Musulmans. Un évêque sénile en bénissant la foule avec la sainte lance ayant blessé le Christ, la fait tomber. Elle se plante dans le thorax de Berto, un modeste chasseur de rats. Immédiatement la foule l'acclame, persuadée que la lance vient de désigner le nouveau Sauveur. Chez les Musulmans, tout est mis en œuvre pour retrouver Ferragus. Ce général, vaillant au combat, a déserté. Il vivrait nu dans la forêt, mangeant de la viande crue avec une meute de loups. Berto d'un côté, Ferragus de l'autre. Deux symboles pour vaincre. Mais ces deux hommes tentent de se dérober à leur destin. En vain car des femmes vont influer sur le cours de l'histoire.

 

« Furioso », Futuropolis, 20 €

 

26/06/2012

"Motherfucker" de Ricard et Martinez : noir et radical

 

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Si Barack Obama est aujourd'hui président des USA, il y a moins de 50 ans, l'égalité des droits entre Blancs et Noirs était encore un sujet brûlant. Dans les années 60, le Black Panther Party militait de façon radicale contre la ségrégation raciale. C'est un peu l'histoire de ce mouvement que retracent Sylvain Ricard et Guillaume Martinez. Le premier écrit un scénario articulé autour des revendications du parti, le second les met en images dans un noir et blanc aux multiples nuances. Vermont Washington, jeune Noir, est au centre du récit. Son grand-père a été victime du Ku Klux Klan. Il est né à Watts en Californie et vit actuellement à Detroit. Mais même dans ces états du Nord, le racisme est encore fort. Difficulté de trouver du travail, un logement, d'éduquer ses enfants : le sort des Noirs était peu enviable. Vermont veut faire changer les choses. Mais la radicalité du parti semble plus figer la situation que de permettre de la faire évoluer. Et il doit en plus se battre contre sa propre famille, plus habituée à courber l'échine qu'à protester. Une BD politique très forte, sur une Amérique qui longtemps a été tout sauf exemplaire...

 

« Motherfucker » (tome 1), Futuropolis, 15 €


 

15/04/2012

Cyril Bonin dessine une image transparente

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Cyril Bonin, après des années d'apprentissage sur les scénarios des autres (Fog avec Seiter, Quintett avec Giroud), a fait le grand saut de l'auteur complet. Il écrit des histoires parfaitement adaptées à son style de dessin, élégant, discret, tout en ambiances. « L'homme qui n'existait pas » fait penser à une nouvelle de Marcel Aymé. Un jeune homme, programmateur informatique, passionné de cinéma, est allergique aux gens. Il les fuit. Tant et si bien qu'un jour, en sortant d'un cinéma, il s'aperçoit qu'il a perdu toute consistance physique. Tel un fantôme impuissant, les gens ne le voient plus et lui ne peut plus agir sur la réalité. Errant dans Paris, sa passion du cinéma va le conduire sur un tournage au Champ de Mars. Il va alors constater qu'il arrive, progressivement cette fois, la même chose à l'actrice principale.

Une très belle fable sur la place de tout un chacun dans la société, sur le choix de la solitude et de l'importance de notre rapport aux autres.

« L'homme qui n'existait pas », Futuropolis, 16 €

17/01/2012

"Les faux visages" ou quand les Postiches passaient à l'attaque, BD de David B et Tanquerelle

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Le gang des Postiches, en signant des dizaines de hold-up dans les années 80, s'était taillé une belle réputation dans le milieu du grand banditisme. Les aventures de ces amis ont particulièrement intéressé David B. qui en a tiré un scénario mêlant faits avérés et situations fictives. Hervé Tanquerelle a illustré ces 150 pages entre braquages, préparations des coups et magouilles des policiers pour tenter de coffrer ces bandits d'exception. Mais l'essentiel de ce roman graphique porte sur la description des personnalités des protagonistes. Loin de les idéaliser, les auteurs les présentent comme des hommes aimant souvent la violence (et les armes à feu), faisant des braquages pour s'enrichir, mais aussi pour le plaisir de l'action. Ils ont longtemps été introuvables car totalement coupés du milieu traditionnel, loin des indics de la brigade de répression du banditisme. Pourtant un jour tout s'est terminé. Une partie de la bande est tombé sous les balles, une autre a fini en prison, les rescapés sombrant dans la folie.

C'est aussi passionnant qu'un polar tant les « tronches » de ces postiches sont fortes et originales.


« Les faux visages », Futuropolis, 21 €


22/12/2011

Fume, c'est du Manchette roulé par Tardi !

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Tardi achève avec « O dingos, ô châteaux ! » sa trilogie Jean-Patrick Manchette. Presque une œuvre de jeunesse pour cet écrivain français mort en 1995. Ce roman a reçu en 1973 le grand prix de littérature policière. Un choix polémique tant la prose de Manchette, pour l'époque, était moderne, dérangeante et ouvertement de gauche. Sur 90 pages en noir et blanc, Tardi réinvente la cavale à travers toute la France de Julie, la nurse au lourd passé psychiatrique et de Peter, un gamin capricieux, insupportable mais riche héritier. Julie est accusée d'enlèvement. En fait c'est un coup monté par l'oncle pour hériter. L'intrigue ne semble être qu'un alibi pour mettre en scène des personnages sortant résolument de l'ordinaire. Julie, bien évidemment, femme fragile, allergique au mot « police », mais capable de tout pour continuer à avancer dans le sinistre théâtre de la vie. Il y a aussi Thompson, le tueur. Vieux, fatigué, souffrant de maux de ventre épouvantables, il va aller au bout de sa logique : tuer atténue la douleur.

 

« Ô dingos, ô châteaux ! », Futuropolis, 19 €


 

25/11/2011

Amour et flingues dans "Le temps de vivre" de Piatzszek et Séra chez Futuropolis

 

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Piatzszek, Séra, Le temps de vivre, FuturopolisImpossible de faire plus sombre que la nouvelle BD écrite par Stéphane Piatzszek. Après « Fête des morts », déjà assez gratinée côté pessimisme, voici « Le temps de vivre ». On pourrait d'ailleurs prolonger le titre pour qu'il soit plus explicite : « Le temps de vivre... est court avant de mourir. » Séva vit de petits boulots pas toujours très honnêtes, jamais bien payés. La discipline dans laquelle il excelle ne lui sert plus : tireur d'élite. Séva aime Mona, la patronne d'un café de cette banlieue sans âme. Mais Mona est toujours sous la coupe de Mario, le père de sa fille, Agathe. Mario est un voyou de la vieille époque. Il est sur le point de passer la main. Les bandes de jeunes des cités se sentent de plus en plus à l'étroit. Ils veulent « acheter » le secteur de Mario. Un marché de dupes. Mario sait qu'il a toutes les chances d'être abattu une fois la transaction effectuée. Il demande donc à Séva de le protéger, lui promettant à la clé un pactole pour qu'il puisse aller s'installer au Sud avec Mona et Agathe. Cette intrigue, complexe, aux nombreux rebondissements, est illustrée par Séra. Fonds noirs, grandes cases, dessins pleine page, il rend l'ambiance encore plus trouble. Plus qu'une simple BD, un roman graphique, mais noir, très noir.

 

« Le temps de vivre », Futuropolis, 20 €


05/11/2011

Pariez sur le flic de Monplaisir avec Brunschwig et Ricci chez Futuropolis

 

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Urban, Monplaisir, Brunschwig, Ricci, FuturopolisDans un futur proche, un parc de loisirs pour adultes remporte un succès phénoménal. Sur plus de 300 000 hectares, Monplaisir permet à ses visiteurs d'assouvir tous leurs vices autour des jeux. Avant d'y entrer, on choisit un déguisement (de Dark Vador à Mickey en passant par Godzilla) et place au rêve. C'est cher, mais on ne regrette pas. Car en dehors de Monplaisir, même si ce n'est pas montré dans la BD de Brunschwig et Ricci, la vie n'est pas rose. C'est d'ailleurs ce marasme qui pousse Zacchary Buzz à quitter sa campagne. Mais il n'arrive pas dans le parc de loisirs avec un déguisement de client mais un uniforme d'apprenti d'Urban Interceptor, les flics privés de cette principauté du bonheur. Car à Monplaisir aussi il y a des faits divers. Des vols (réglés par des robots) et des délits plus graves réservés aux UI. Quand c'est un meurtre, le coupable, grâce aux multiples caméras de surveillance, est rapidement identifié. Il a cependant une chance de s'en tirer s'il remporte son duel avec le meilleur UI du moment. Une chasse en direct se transformant en jeu car il est possible de parier sur le vainqueur. Brunschwig, plus que la justice spectacle, invente la justice distraction. Le tout est dessiné par Roberto Ricci, jeune dessinateur excellant dans les couleurs directes et les ambiances à la Blade Runner.

 

« Urban » (tome 1), Futuropolis, 13 €

 

15/09/2011

Alien et faille spatio-temporelle : Berberian et Gaultier sont tombés du ciel

Berberian, Gaultier, Duput, Tombé du ciel, Futuropolis

Berberian, Gaultier, Duput, Tombé du ciel, FuturopolisBerberian abandonne très rarement son acolyte Dupuy (ils seront d'ailleurs ensemble au festival du disque et de la BD de Perpignan les 24 et 25 septembre). Avec « Tombé du ciel » il ne signe que le scénario de cette fantaisie spatio temporelle dessinée par Christophe Gaultier. Le héros, Emile, va aider un extraterrestre à se cacher. Un « petit gris » qui a le pouvoir de revoir le passé. Emile pourra ainsi savoir ce qui s'est exactement passé le 21 juin 1982 en Bretagne. Il aurait pu devenir chanteur de rock, il a complètement raté son audition. La seconde partie de ce copieux roman graphique de 140 pages en noir et blanc est aussi une réflexion sur le destin et les fameux grains de sable qui, parfois, dérèglent une machine bien huilée.

« Tombé du ciel » (tome 2), Futuropolis, 20 €

La chronique du premier tome

 

 

02/08/2011

"La belle image" de Cyril Bonin d'après Marcel Aymé : classique

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Bonin, Marcel Aymé, La belle image, Futuropolis« Lorsque j'ai découvert de roman de Marcel Aymé, j'eus le sentiment d'une rencontre. » Cyril Bonin, dessinateur de Fog, grand amateur des années folles, a tout fait pour adapter ce récit entre chronique sociale et fantastique. Les éditions Futuropolis lui ont fait confiance et à l'arrivée cet album a le double avantage de faire découvrir aux jeunes générations un univers romanesque et de prouver que la BD peut s'émanciper de certains clichés qui lui collent encore à la peau. Raoul Cérusier, publicitaire anodin, marié, père de famille, change de visage du jour au lendemain. Même s'il y gagne au change (devenu beau, les femmes se retournent sur son passage), il perd tout d'un coup, travail, amis et femme. C'est cette dernière qui lui manque le plus. Il essaie donc de la séduire. Problème, si elle cède, il est l'amant qui le transforme en mari trompé... Une subtile réflexion sur l'amour, la fidélité et la passion.

« La belle image » de Cyril Bonin d'après Marcel Aymé. Futuropolis. 16 €

11/07/2011

"Fête des morts" : horrible tourisme sexuel au Cambodge

Piatzszek, Cinna, Futuropolis, fête des morts, Cambodge, tourisme sexuel

Piatzszek, Cinna, Futuropolis, fête des morts, Cambodge, tourisme sexuelLe Cambodge, après avoir été mis en coupe réglée par les Khmers rouges, a retrouvé la liberté. Un nouvel eldorado pour certains profiteurs. Ainsi le tourisme sexuel est devenu une véritable industrie dans plusieurs régions. La police locale reçoit le renfort de quelques fonctionnaires européens, notamment pour faire la chasse aux pédophiles. Cette histoire glauque, écrite par Stéphane Piatzszek, est sans concession. On suit un policier français, Serge, dans son combat très dérisoire contre cette horreur. Un homme en colère mais également usé. Il n'a visiblement plus rien en Europe et n'est pas insensible aux charmes des femmes du cru. Il trouve un peu de réconfort dans les bras d'une prostituée, tout en s'infiltrant dans un réseau de pédophiles. Il assiste, écœuré, à la mise aux enchères du pucelage d'une fillette de 8 ans. La goutte d'eau qui va lui faire péter les plombs et le transformer en justicier sans pitié. Un long récit à ne pas mettre entre toute les mains, dessiné par Olivier Cinna au trait sombre faisant parfois penser aux ambiances de José Muñoz, illustrateur d'Alack Sinner.

« Fête des morts », Futuropolis, 18 €

23/06/2011

Des poulets déplumés dans "La faute aux Chinois" de Ducoudray et Ravard chez Futuropolis

Ravard, Ducoudray, Futuropolis

Ravard, Ducoudray, FuturopolisDe la chronique sociale dans les premières pages, « La faute aux Chinois », bascule dans le polar antisocial assez rapidement.

Louis Meunier est un ouvrier discret et discipliné. Il travaille sur une chaîne d'abattage de poulets. Tuer, à longueur de journée, dans l'odeur du sang, tel est son quotidien. Seul rayon de soleil, les moments partagés avec Suzette, une secrétaire de l'entreprise. Louis et Suzette.

Une belle histoire d'amour, un peu compliquée en raison de la présence envahissante de Jean-Claude, le frère de la fiancée. Jean-Claude le débrouillard qui va accepter que Louis devienne son beau-frère à condition qu'il se diversifie un peu. Couper le cou à un poulet ou à un homme, la différence est parfois ténue.

Aurélien Ducoudray signe un récit implacable, sombre et sans pitié. François Ravard a dessiné ces 150 pages nerveuses dans un style très comparable à celui d'Etienne Davodeau.

 

« La faute aux Chinois », Futuropolis, 21 €

08:49 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ravard, ducoudray, futuropolis

08/06/2011

Les enfants de Jessica, Innocents, suite attendue

Enfants de Jessica, Brunschwig, Hirn, Futuropolis, Delcourt

Enfants de Jessica, Brunschwig, Hirn, Futuropolis, DelcourtDurant les années 90, « Le pouvoir des innocents » de Brunschwig et Hirn aux éditions Delcourt a passionné toute une génération. Un thriller politique et humaniste montrant l'ascension de Jessica Ruppert jusqu'à la mairie de New York. Dix ans plus tard, les deux auteurs retrouvent leur héroïne. Elle a radicalement changé la mégapole américaine et entend appliquer sa recette pour réformer l'ensemble du pays. Elle va présenter son programme au Congrès. Un discours très attendu par les humbles mais redouté par les nantis.

Une suite pas du tout évidente, qui risque de dérouter les fans du premier cycle. Et pourtant on retrouve tout le brio de Brunschwig, formidable raconteur d'histoires et la maîtrise graphique totale de Hirn.

« Les enfants de Jessica », Futuropolis, 11 €

24/05/2011

Légendes à deux roues

Lax, Futuropolis, Pain d'alouette

La bicyclette, Christian Lax adore. Pour en faire mais aussi pour y puiser la matière de ses albums. Il a beaucoup rêvé aux exploits de ces forçats de la route. Après avoir raconté la vie incroyable de « L'aigle sans orteils » dans la collection Aire Libre, il a prolongé le récit pour Futuropolis avec « Pain d'alouette ». Dans ce second tome, il se penche sur la plus dure des courses, le Paris-Roubaix. L'enfer du Nord, aux pavés mythiques, a longtemps été considérée comme la reine des classiques. La plus difficile, la plus exigeante.

Avant d'arriver à l'édition de 1934, Lax présente les deux personnages principaux. Reine, la fille de l'Aigle, orpheline ayant connu une enfance difficile, devenue brillante journaliste sportive. Elie Ternois, fils du Nord, a décidé de devenir coureur pour ne plus avoir à descendre au fond de la mine. Ils vont s'aimer, se soutenir, réussir ensemble.

Une belle histoire d'amour et de volonté.

 

« Pain d'alouette » (tome 2), Futuropolis, 16 €

07:21 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lax, futuropolis, pain d'alouette

27/04/2011

Le dernier tour de l'île de la Réunion

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Poursuite de la découverte du côté obscur de l'île de la Réunion avec le second tome de « La Pès Rekin », écrit par Stéphane Presle et dessiné par Jérôme Jouvray. Ce département français d'outre-mer est le cadre de la rencontre entre deux écorchés de la vie. Phil, vieux, méchant et malade, survit en pêchant des requins. Pour attraper les prédateurs de la mer, il capture des chiens errants pour s'en servir d'appâts. Une nuit, il est tombé sur Nelson, adolescent en cavale.

Phil a besoin d'un associé pour maintenir son activité clandestine. Le gamin, malgré son passé fait de violence, a des difficultés. « A quoi ça sert d'être riche si c'est pour faire des cauchemars tous les soirs. Même en rêve je trucide des clébards... » confie-t-il à son nouveau mentor. Phil lui dévoile alors son dernier but dans la vie (malade il se sait condamné) : retrouver la seule femme qu'il n'a jamais aimé. Il ne sait pas où elle habite exactement. Ils prennent un annuaire et entreprennent un dernier tour de l'île.

Sans aucune sensiblerie, cette histoire présente la Réunion sous son vrai jour : violente et sans pitié, truqueuse ou assistée.

« La pès rekin » (tome 2), Futuropolis, 15 €