29/12/2015

BD : les Daymen, protecteurs de vampires

 

 

daymen, gagnon, nelson, stelfreeze, glénat

Les histoires de vampires, encore plus que celles de zombies, offrent une multitude de variations. Depuis le récit originel de Dracula, les imaginations des créateurs ont bonifié cette genèse. Films, séries télé et bandes dessinées proposent suites et développements largement supérieurs au roman de Bram Stoker. « Day Men », comics de Gagnon et Nelson (scénario) avec Stelfreeze au dessin, a de faux airs de « True Blood ». Comme dans la série d'Alan Ball, les vampires, dans le secret, dominent le monde. Des familles (50 dans la BD) se sont partagé les continents. Aux USA, rien ne va plus entre les Ramses et les Virgo. L'originalité de l'histoire tient au fait que les vampires, tout puissants la nuit, sont vulnérables le jour. Ils embauchent dont des Day Men pour les protéger. Le héros, David Reid, est le bras armé de la famille Virgo. Il devra aller au front pour la reine Azalea, soupçonnée d'un trafic de crocs. C'est violent, brillant et palpitant. Universal a acheté les droits pour en faire un film. Pas étonnant et très prometteur...

« Day Men » (tome 1), Glénat, 15,95 €

 

 

08:34 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : daymen, gagnon, nelson, stelfreeze, glénat

14/12/2015

BD : Bosch, peintre démoniaque

 
Les historiens ne savent pas grand chose de la vie de Hiéronimus Bosch. Le peintre flamand a pourtant marqué l’art de son époque. Ses tableaux, foisonnants de démons et autres monstres hybrides digne des pires cauchemars ont fasciné ses contemporains et les générations suivantes. Il intègre logiquement la collection “Les grands peintres” et c’est Griffo qui s’est frotté à son univers démoniaque. Le dessinateur de Giacomo C abrodé une double histoire sur les peurs de l’artiste. Le jeune apprenti, pour faire cesser ses cauchemars, décide d’(enfermer les créatures qui le hante sur ses tableaux. Mais ces dernières parviennent à s’échapper. Il va devoir demander de l’aide pour mettre au point un “fixateur”. En parallèle, une jeune conservatrice de la ville de Gand, entreprend de restaurer un tableu de Bosch, retire ce vernis magique et se retrouve envahie à son tour par les monstres. Un album essentiellement graphique, les inventions de Bosch s’accordant parfaitement avec l’univers de Griffo.

 

"Les grands peintres : Bosch", Glénat, 14,50 euros.
 

08:46 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bosch, griffo, peintre, glénat

15/11/2015

BD : Requin pirate

 

Matthias Schulteiss est le dessinateur allemand le plus connu en dehors de ses frontières. Depuis le début des années 80 son univers violent est régulièrement traduit en France. Il a pourtant cessé de publier durant de longues années pour se consacrer à l'écriture de séries télé. On ne peut donc que se réjouir de son retour devant sa planche à dessin avec un second cycle de sa série emblématique, « Le rêve du requin ». Lambert, rescapé d'un long voyage en enfer, est « secouru » par une mystérieuse organisation mafieuse. Rien de philanthropique : il doit simplement prendre le commandement d'un bateau pirate pour écumer la mer de Chine. Ce second volume se consacre essentiellement à la formation de son équipage. Lambert, hanté par des démons qui lui demandent sans cesse plus de sang et de morts, fait régner la terreur pour s'imposer à l'équipage asiatique. Lors de leur première sortie, en plus de tester vitesse et résistance du bateau, il décide de passer à l'action et capture un riche héritier du Golfe voguant sur son yacht de luxe. Mauvaise pioche : c'est un des clients de l'organisation.? Lambert n'a plus qu'une solution : reprendre sa liberté.
« Le rêve du requin » (tome 2), Glénat, 13,90 €
 

 

 

10:54 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : schulteiss, requin, rêve, glénat

02/11/2015

BD : L'effet de meute

 
 
Après les vampires (Rapaces), Jean Dufaux décide d'épingler les loups-garous à son tableau de chasse. Le scénariste a demandé à Boiscommun d'illustrer cette nouvelle série fantastique. Comme souvent avec Dufaux, l'histoire est racontée par l'intermédiaire d'une jeune femme. Otis Keller est la fille d'un aristocrate distingué. Son père mène une vie sage, excepté ses parties de chasse avec des amis chaque mois. Il disparaît durant trois ou quatre jours et en revient épuisé. On comprend vite qu'il s'agit d'un loup-garou qui rejoint le reste de la meute pour une virée sanglante. Insoupçonnables, bien cachés, ces prédateurs sont tous d'un milieu aisé et à des postes haut placés. Otis elle aussi commence à ressentir l'envie de chair fraîche, mais les « femelles » ne sont pas conviées aux chasses. Par contre son jeune frère semble avoir un énorme potentiel. Entre complot, enquête policière, et petite amourette, l'album propose de nombreuses pistes. La seconde (et dernière) partie annoncée en janvier devrait conclure l'épopée dans un déchainement de violence.

 

« Meutes » (tome 1), Glénat, 14,50 €
 

16/10/2015

BD : L'autre Amérique du "Capitaine Perdu" de Jacques Terpant

 
Durant de longues années, l'Amérique du Nord a parlé français. Du moins les colons étaient d'origine française. Du Canada, les coureurs des bois ont conquis tout le centre du continent en descendant le Mississippi. Mais les Anglais ont remporté la guerre de sept ans et en 1763 le roi de France cède ses colonies aux tuniques rouges. Jacques Terpant dans « Capitaine perdu », raconte comment les derniers soldats à la fleur de lys ont été abandonnés aux nouveaux maîtres de la contrée. Mais l'auteur met surtout en lumière la différence de traitement des autochtones par les deux pays colonisateurs. Là où les Français prônent l'intégration, multipliant les mariages mixtes et la bonne entente avec les tribus indiennes, les Anglais mènent une politique de terre brûlée, tuant et exterminant. Conséquence, quand les soldats français se retirent, plusieurs tribus indiennes récupèrent le drapeau français et poursuivent la guerre contre les envahisseurs. Si la BD (aux couleurs directes sublimes) raconte avec lyrisme cette résistance et fidélité sans faille, un cahier historique en fin d'album permet de mieux comprendre le contexte de l'époque.
« Capitaine Perdu » (tome 1), Glénat, 14,50 €
 

22/09/2015

BD : Titeuf en grand

 

titeuf, adolescence, zep, glénat

Titeuf a des problèmes d'emploi du temps. De célibataire endurci surtout occupé par sa bande de copains, il se devient amoureux transi de deux filles à la fois : Nadia et Ramatou. Comme il n'arrive pas à les départager, il leur propose le plus sérieusement du monde de faire du « mi-temps amoureux ». Et d'expliquer « Le lundi : Ramatou est mon amoureuse... Mardi elle a congé et c'est Nadia qui prend sa place. » Gros avantage : « Pendant les jours de pause, vous pouvez peigner des poneys en écoutant des disques de Kevin Lover. » La réponse est cinglante. Une baffe de Nadia est la colère de Ramatou lui assenant « Grandis un peu, Titeuf ! ». Comme le héros imaginé par Zep prend tout au pied de la lettre, il va tenter d'accélérer son adolescence. Cela donne une kyrielle de gags et autres trouvailles par un auteur qui semble avoir retrouvé la flamme de ses débuts. Entre la découverte des spermatozoïdes, la prise de testostérone et la poussée de boutons, le gamin à la houppe va aller de désillusion en désillusion. Pourtant il aimerait tant grandir un peu et embrasser (avec la langue) la belle Ramatou...

« Titeuf » (tome 14), Glénat, 9,99 €

 

 

 

08:04 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : titeuf, adolescence, zep, glénat

14/09/2015

BD : Rentrée résolument "comics"

Si la BD Franco-belge a encore de beaux jours devant elle, le comics américain a de plus en plus d’adeptes. Et il n’est plus spécifiquement réalisé par des auteurs outre-atlantique.

 

comics, orphelins, recchioni, mammucari, gaiman, russell, glénat, delcourt"Orphelins” des Italiens Robert Recchioni (scénario) et Emiliano Mammucari (dessin) ont sans doute beaucoup aimé le film “Starship Troopers” de Paul Verhoeven. Comme dans le long-métrage, la terre est attaquée par des aliens et des commandos de jeunes terriens sont envoyés sur des planètes hostiles pour “botter le cul à ces monstres”. À la différence que les auteurs ont apporté beaucoup plus de soin aux personnalités composant le groupe de combattants. Tout débute par un flash. Une grande lumière blanche qui rend aveugle et sourd des millions d’Humains. L’attaque, un rayon, vient du fin fond de l’espace. Les différents pays s’unissent pour répliquer. Et profitent de la recrudescence d’orphelins pour les enrôler de force, malgré leur jeune âge, dans des bataillons d’élite. La première partie montre ces enfants originaires d’Espagne (Madrid et Barcelone), paumés, seuls, largués en pleine nature, obligés de tuer pour survivre. D’apprendre la solidarité aussi. Quelques années plus tard, les rares survivants forment un commando redoutable. Ils seront en première ligne pour se battre contre les extraterrestres, sortes d’ours en cristal, furtifs et puissants. 200 pages au rythme soutenu (format comic oblige), avec quelques superbes inventions sur la planète ennemie, notamment une réplique de la Sagrada familia de Barcelone tout en cristal.

comics, orphelins, recchioni, mammucari, gaiman, russell, glénat, delcourtL’étrange vie de Nobody Owens” est l’adaptation en BD du roman de Neil Gaiman paru chez Albin Michel. L’auteur s’est logiquement chargé de la transposition, déjà connu pour les séries “Sandman” et “Coraline”. Craig Russell a dessiné une aventure et la bible de cet univers, laissant plusieurs autres auteurs jouer avec Nob’. Une nuit, un tueur assassine toute une famille. Le père, la mère, la fille. Mais arrivé dans la chambre du petit dernier, le lit est vide. Il s’est réfugié dans un cimetière. Là, un couple de défunt décide de la protéger et de l’adopter. L’enfant devient Nobody Owens et va grandir entre tombes et chapelles, avec pour seuls compagnons des spectres et Silas, inquiétant homme en noir qui ne sort que la nuit. Entre récit fantastique et conte gothique, des histoires courtes permettent de comprendre comment le petit garçon va se forger une personnalité. Il descendra au plus profond des entrailles du cimetière pour un face-à-face avec une vouivre. Au pays des goules, il manquera mourir sans l’intervention d’un loup-garou (une louve en l’occurrence). Il parvient même à se faire une amie, une petite fille téméraire, prête à croire tout ce que raconte Nob’. Car s’il voit les spectres, pour elle ils restent invisibles. Reste le fil rouge de l’album : le tueur du début qui est toujours sur les traces de l’enfant. Mais ce sera pour le second tome annoncé début 2016...

 

Orphelins” (tome 1), Glénat, 14,95 euros

 

L’étrange vie de Nobody Owens” (tome 1), Delcourt, 19,99 euros.

 

09/09/2015

BD : Piquette bordelaise

vin, bordeaux, liotti, bunisset, glénat

L'idée de l'album est excellente : faire une critique sans concession des grands propriétaires des domaines viticoles bordelais. Malheureusement le résultat n'est qu'à moitié convaincant tant le personnage principal de cette BD d'Isabelle Bunisset (scénario) et Giuseppe Liotti (dessin) est insupportable. Sans compter avec la love story qui conclu cet album comme un cheveu sur la soupe (ou un vin bouchonné si l'on veut rester dans le domaine du cliché viticole). Annabelle, jeune divorcée, journaliste dans un grand magazine parisien, est envoyée pour un reportage de trois mois dans le Bordelais. Elle doit faire les portraits dithyrambiques des familles détenant les plus grands crus de la région. Elle découvre une société repliée sur elle-même, maniant la méchanceté avec brio, sans pitié pour les concurrents et bouffie de la renommée mondiale de ses vins. Ce serait savoureux si celle qui les dénonce n'était pas aussi détestable qu'eux. Grande bourgeoise en permanence dans l'ironie, rien n'importe plus que ses chaussures de luxe, ses tenues trop élégantes pour être honnêtes et ses anxiolytiques (la vie est tellement dure...) Et le pire : elle est la fille honteusement pistonnée du grand patron du magazine. Si Annabelle existait dans la vraie vie, on n'aurait qu'une envie : lui botter le cul !

 

« Vin, gloire et bonté », Glénat, 19,50 €

 

06:33 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vin, bordeaux, liotti, bunisset, glénat

21/08/2015

BD : Le muet s'explique

long silence, new york, stalner, glénat

Éric Stalner aime changer d'atmosphère pour ses nombreuses réalisations en solo. Après l'anticipation de la « Zone » et le fantastique merveilleux de « Vito », il plonge ses lecteurs dans le milieu des cabarets de New York au XIXe siècle. Le héros, Will, jeune émigrant dont la mère est morte dans un attentat, après de dures années dans un pensionnat pour sourds et muets, trouve une seconde famille au Pink Flamingo. On y boit, on y danse, quelques jeunes femmes y vendent leurs charmes et des truands s'en servent de base arrière. Surtout tout le monde y est traité sur le même pied d'égalité que l'on soit nain ou muet, vieux ou jeune, beau ou laid. Mais ce petit paradis de la liberté individuelle est dans le collimateur de la police. De plus, il semble qu'un traitre cherche à faire fermer l'établissement et même assassiner la petite bande. Will va jouer de son infirmité (fausse en réalité, il simule depuis des dizaines d'années) pour découvrir quelques secrets. Un trait réaliste sûr au service d'une histoire très humaine qui pourrait bien rebondir pour un nouveau cycle sur la côte Ouest des USA

 

« Un long silence » (tome 2), Glénat, 13,90 €

 

20/07/2015

BD : Contes policiers

fiction squad, jenkins, glénat

Le mélange des genres, rien de mieux pour s'ouvrir de nouveaux horizons narratifs. Paul Jenkins, scénariste américain (Spider-man, Civil War) en avait sans doute assez des histoires trop réalistes. Mais comme il adore le polar, il a gardé un fond d'enquête policière tout en développant un monde imaginaire riche et directement issu des contes pour enfants. Voilà comment Frankie Mack se retrouve inspecteur de police à la division des comptines dans la ville de Rimes, capitale du territoire des « Histoires pour enfants ». Il est appelé sur une scène de crime. Car toute comptine débute par un crime. Humpty Dumpty a été jeté du haut d'un mur. Comme c'est un œuf, il a été salement amoché. Humpty est un grand bavard. Il était au courant des derniers développements de la guerre que se livrent les reines et les sorcières. Frankie enquête, interrogeant à tour de rôle Noke (Pinocchio), ou la charmante Alice, qui a grandi et pris des formes. Assez déroutant au début, ce polar est mis en image par Ramon Bachs dans un style plus franco-belge que comics US.

 

« Fiction Squad » (tome 1), Glénat, 13,90 €

 

09:50 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction squad, jenkins, glénat

18/06/2015

BANDE DESSINÉE : Jijé, Masse et Taniguchi, trois auteurs au Panthéon du 9e art

Jijé pour l'école franco-belge, Francis Masse pour la BD underground et Jiro Taniguchi pour le manga : trois maîtres de la BD à l'honneur dans de gros volumes mettant en valeur leurs talents multiples et variés.

valhardi, dupuis, jijé, masse, glénat, taniguchi, kana

Jean Valhardi est le prototype du héros positif des années 40 à 60. Blond, intrépide, détective, toujours partant pour l'aventure, ses enquêtes ont longtemps été le rendez-vous préféré des lecteurs de l'hebdomadaire Spirou. Un peu tombé dans l'oubli, il revient au catalogue Dupuis dans la très belle collection des intégrales. Un premier volume de 260 pages, dont une cinquantaine d'introduction fruit des recherches de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernaut, grands historiens de la BD franco-belge, école de Marcinelle. Les 200 planches reprises dans ce tome 1 sont scénarisées par Jean Doisy et dessinées par Jijé. Cela couvre la période 1941-1946, années marquées par l'occupation allemande, la censure puis la libération de l'Europe. Pas de message politique, mais une formidable envie de liberté, d'évasion et de nouveaux paysages. Jijé commence à affiner son style réaliste. Il délaisse de plus en plus les rondeurs de Spirou pour muscler son héros et les méchants. Dans le plus pur style du feuilleton, les rebondissements, parfois improbables, sont légion. Pourtant ce modèle a ensuite inspiré des générations d'auteurs et c'est véritablement la source de la BD franco-belge que l'on retrouve dans ces planches, "nettoyées" par les studios Dupuis pour qu'elles retrouvent toute leur virtuosité de l'époque.

valhardi, dupuis, jijé, masse, glénat, taniguchi, kana

Dans un genre totalement différent, plongez dans l'univers déjanté de Francis Masse. Pape de l'underground français, il a dessiné des centaines d'histoires courtes dans diverses revues (Actuel, Charlie Mensuel, Métal Hurlant...) reprises dans ce qui est la somme de toutes ses recherches : l'Encyclopédie. Après une première édition dans les années 80, voici La Nouvelle encyclopédie, enrichie de dizaines d'histoires inédites et de reproductions de toiles, car Masse s'est de plus en plus tourné vers la peinture. Découvrir l'univers de Masse, son côté noir et abscons, ouvre tous les horizons. Un immense artiste à redécouvrir.

valhardi, dupuis, jijé, masse, glénat, taniguchi, kana

Enfin ne passez pas à côté de Ice Age, chronicle of the earth de Jiro Taniguchi. Le plus européen des auteurs de manga n'a jamais caché son admiration pour la SF "julevernienne". Au début des années 2000 il s'est consacré à cette vaste fresque présentant une terre glacée, au climat totalement déréglé. Le héros, Takéru, se lance dans une folle quête pour tenter de sauver ses proches. 280 pages denses et riches en inventions, première partie de ce diptyque que Taniguchi n'a pas véritablement achevé. Mais cette réédition en Français lui donnera peut-être l'occasion de se replonger dans cet univers très "Métal Hurlant".

"Jean Valhardi, l'intégrale" (tome 1), Dupuis, 35 €

"L'encyclopédie de Masse" (tome 2), Glénat, 35 €

"Ice Age, chronicle of the earth" (tome 1), Kana, 18 €

 

05/06/2015

BD : Les Malraux, aventuriers

 

malraux,andré,clara,greinier,collignon,glénat

André Malraux, immense figure culturelle française, doit beaucoup à sa première épouse, Clara. Née Goldschmidt, la jeune femme d'origine allemande, riche et cultivée, travaille en 1920 comme traductrice de la revue d'avant-garde Action. C'est dans ce cadre qu'elle rencontre André, jeune lettré bourré de talent et ambitieux. Ils s'aiment, se marient mais se promettent de rester indépendants et de divorcer. André se révèle rapidement très misogyne. En public, il ne supporte pas que sa femme donne son avis ou participe à des discussions intellectuelles. Clara semble étouffer, mais son amour et son admiration sont plus forts. Dans ce roman graphique en noir et blanc, adapté par Virginie Greinier et dessiné par Daphné Collignon, on suit le couple au Cambodge. Ruiné après de mauvais placements, il décide, sous couvert d'une mission archéologique, de dérober des bas-reliefs d'un temple Khmer pour les revendre à de riches collectionneurs américains. Démasqués, les Malraux seront jugés. Directement tirée des mémoires de Clara, cette histoire montre une femme éprise de liberté mais encore très dépendante d'un homme intelligent à l'attitude encore dramatiquement inégalitaire avec les femmes, notamment la sienne.

 

« Avant l'heure du tigre », Glénat, 22 €

21/05/2015

BD : Manara raconte la vie du Caravage, peintre visionnaire

manara, caravage, peintre,italie, glénat

Milo Manara, selon un autre dessinateur sûrement moins doué dans la représentation réaliste des femmes, n'est qu'un « dessinateur de vagin ». Exit l'anatomie, Manara ose enfin quitter son genre de prédilection pour aborder la biographie dessinée. Il s'attaque à son maître, Le Caravage, celui qu'il considère comme son saint protecteur. En 1592, ce jeune peintre débarque à Rome. Il veut vivre de son art et tente de se faire repérer par un maître qui lui permettra de s'exprimer dans son atelier. Passionné de réalisme, il peint les femmes comme personne. Mais ce petit nouveau semble faire un peu trop d'ombre aux notables. Il doit se contenter au début de s'échiner sur de très peu passionnantes guirlandes destinées aux grandes toiles. Heureusement un mécène lui donne sa chance et il pourra composer des tableaux pour les églises de Rome. Manara décrit minutieusement le processus de création du Caravage. Il cherche des modèles et les met en scène comme un cinéaste. Il apporte beaucoup de soin au choix de ses personnages féminins. Cela donne la partie humaine de la BD, la relation tendue entre le peintre et une flamboyante prostituée, idéale dans le rôle de la Vierge. Au grand désespoir des religieux de l'époque. La belle Anna, à la croupe gracieuse et généreuse, permet à Manara de dessiner une nouvelles fois ces courbes qu'il maîtrise parfaitement.

 

« Le Caravage » (tome 1), Glénat, 14,95 €

 

17:20 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : manara, caravage, peintre, italie, glénat

06/05/2015

BD : Rosa, maîtresse épouse

rosa, dermaut, ollivier, glénat

François Dermaut a mis près de cinq ans pour réaliser cet album. Spécialiste des récits historiques (Les chemins de Malefosse), il délaisse l'aventure pour se plonger dans un conte rural tiré d'une histoire de Bernard Ollivier. Rosa est la femme de Mathieu. Ce dernier, plus âgé de 30 ans, souffre du mal du siècle (on est au XIXe), la tuberculose. Il crache ses poumons chaque nuit et reste allité en permanence. Rosa accueille toujours les amis de Mathieu pour des parties de cartes endiablées. A la fin de l'une d'elle, le ton monte sur leurs prétendus exploits sexuels. Alcool aidant, ils vont se lancer un défi : celui qui satisfera le mieux une femme remportera la mise générale. Beaucoup d'argent en jeu et de plus en plus de joueurs. Restye à trouver la donzelle qui acceptera de servir de juge suprême. Une prostituée est contactée mais à la surprise générale, Rosa se propose en échange de 30 % des sommes engagées. Elle pourra ainsi payer un séjour au sanatorium à Mathieu. Présenté comme le chef-d'oeuvre de Dermaut, la première partie de Rosa est en tout cas totalement différente de ses précédentes production. Plus humaine essentiellement.

 

« Rosa » (tome 1), Glénat, 14,50 €

 

09:59 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rosa, dermaut, ollivier, glénat

29/04/2015

BD : Femme fantôme dans "Face d'ange" de Koldo et Unzueta

 

face d'ange, koldo, unzueta, glénat

La Californie à la fin des années 50. Paul, fermier, ancien soldat en Corée, se réveille avec une puissante gueule de bois. Incapable de se souvenir de ce qu'il a fait la veille. Le téléphone sonne. Son ami et ancien supérieur militaire, Bill, devenu procureur, lui annonce que sa femme Diane vient d'être retrouvée assassinée dans une chambre d'hôtel. Il lui demande de venir sur place pour identifier le corps. Cet album des Espagnols Koldo (scénario) et Unzueta (dessin) débute comme un polar. Puis il bascule dans le vaudeville car la belle Diane a quitté Paul pour vivre avec Bill. Un peu de social quand apparaît Callie, la fille de Paul et Diane, élevée par Bill. Finalement le tout bascule dans le fantastique avec l'intervention du fantôme de Diane qui tente de dire quelque chose à sa fille qui vient d'être confiée à son père biologique. Un récit rempli d'ellipses, où les apparences sont souvent trompeuses. On en oublierait presque le fil conducteur de l'histoire (prévue en deux tomes) : découvrir ce que faisait Diane dans cette chambre d'hôtel et surtout qui l'a assassinée ?

 

« Face d'ange » (tome 1), Glénat, 13,90 €

 

21:30 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : face d'ange, koldo, unzueta, glénat

16/04/2015

BD : Histoires mutantes à faire peur

 

Foerster, fluide glacial, terreur, glénat

Philippe Foerster excelle dans la mise en images d'horribles cauchemars. Ce maître du noir et blanc a longtemps distillé ses histoires sinistres dans les pages de Fluide Glacial. Il revient un peu à ses premières amours dans ce gros roman graphique de 88 pages constitué de cinq histoires indépendantes reliées par le narrateur, un homme-poulpe empathique, confesseur sauvage d'un monde en ruines. Tout à commencé quand la Lune s'est désagrégée. Un gros morceau du satellite est tombé sur une centrale nucléaire. Une bonne partie de la population a muté à cause des radiations. Le narrateur est donc mi-homme mi-poupe. Il vit dans un clocher et quand il rencontre des gens dans la rue, ils ne peuvent s'empêcher de lui confier leurs malheurs. Foerster raconte en premier l'histoire de la femme qui refusait de passer le sel. Cette mère a perdu sa fille fascinée par les émissions de télé réalité et qui n'a pas survécu à une balade dans des rues enneigées. Autre destinée, celle de ce gros gamin qui mangeait les ectoplasmes ou ce SDF qui matérialisait ses pires cauchemars. L'histoire la plus étonnante est celle de l'enfant explosif. A chaque contrariété, il fait exploser quelques chose. Sa colère ultime se solde par une catastrophe nucléaire... Noir et envoûtant.

 

« Le confesseur sauvage », Glénat, 22 €

 

27/02/2015

BD : Les malheurs de la famille

folco, makyo, nardo, loup, glénat

Dans ce Rouergue imaginaire, en plein moyen âge, Michel Folco a imaginé le destin incroyable d'une fratrie peu commune. « Un loup est un loup », paru aux éditions du Seuil, est adapté par Pierre Makyo et dessiné par Federico Nardo. Un sabotier de la petite ville de Racleterre va être papa. Quand les premières contractions apparaissent en pleine nuit, il court chercher la sage-femme. Le travail est long. Et après la naissance de Clodomir, un autre bébé se présente. Des jumeaux ? Non, au final des quintuplés, quatre garçons et une fille. Le dernier, Charlemagne, est le plus futé, le plus intelligent. Ils grandissent dans l'admiration de leurs parents et de toute la population du village. Pourtant le sabotier a bien des soucis. Il doit dans un premier temps se battre en duel avec un maître d'armes susceptible. Plus habitué à manier les outils de précision que le sabre, il s'impose avec une botte secrète qui deviendra légendaire. Quelques années plus tard, il est mordu par un animal enragé. Une vache. Mis en quarantaine, il ne supportera pas cet enfermement et tentera une sortie de force. La garde l'occis. Ses enfants lui promettent : ils le vengeront. Un album fidèle au roman, qui fait la part belle à ces enfants, mignons mais inquiétants.

« Un loup est un loup » (tome 1), Glénat, 14,95 €

 

 

 

07:41 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : folco, makyo, nardo, loup, glénat

15/02/2015

BD : Le rôle de Pinkerton dans l'horreur de la guerre civile américaine

 

Pinkerton, sécession, guerre, USA, guérin, damour, glénat

En décidant de retracer les aventures d'Allan Pinkerton, Rémi Guérin (scénario) et Damour (dessin) racontent en fait les pages noires et cachées de la création des États Unis d'Amérique. Ce nouveau dossier porte sur le « massacre d'Antietam ». Bataille cruciale dans la guerre de Sécession, elle est connue comme la plus sanglante de l'histoire du pays. Les blessés se comptent par dizaines de milliers et 3 600 hommes perdirent la vie en ce 17 septembre 1862. Les auteurs imaginent que Pinkerton est au centre de ce fait d'arme fédérateur pour la victoire du Nord. Ses agents, infiltrés dans le camp du général Lee, subtilisent ses plans de bataille. Un avantage de taille mais qui n'est pas exploité par les officiers nordistes, vexés qu'un civil soit plus efficace qu'eux. Il reste que Lincoln, ami de Pinkerton, a profité de cette demi-victoire pour enfin abolir l'esclavage dans le pays, donnant un nouvel élan à son camp. Très bien documentée, cette BD donne également l'occasion à Damour de dessiner des scènes de bataille spectaculaires. On devine dans son trait toute la violence de ces affrontements fratricides.

 

« Pinkerton » (tome 3), Glénat, 13,90 €

 

06/02/2015

BD : Silas Corey combat l'argent des armes

 

silas corey, nury, alary, glénat

En novembre 1918, la France est en liesse. Une longue guerre vient enfin de s'achever. Le peuple est dans la rue, les députés entonnent la Marseillaise à l'Assemblée nationale. Pourtant Silas Corey, dandy et détective privé, n'a pas le cœur à la fête. «Voir tous ces gens danser au-dessus d'un charnier... ça me travaille les nerfs » confie-t-il à Nam, son valet homme à tout faire. Alors il boit, fume, joue et se bat... Comme pour s'empêcher de penser. Mais la réalité le rattrape. Un collègue vient mourir devant sa porte. Il décide de le remplacer dans son enquête. Le mort était chargé de retrouver l'héritier d'une richissime industrielle. Et Silas de recroiser la route de Madame Zarkoff, riche à million après avoir vendu des tonnes de bombes aux Français et aux Allemands qui viennent de s'étriper durant quatre ans. Il aurait envie de la tuer, mais au contraire va lui sauver la vie. Pour retrouver le potentiel héritier, il va aller en Suisse puis en Allemagne, pays en proie à d'énormes troubles après la défaite du Kaiser. Entre démocrates, rouges et premiers nazis, les tensions sont fortes. Scénario palpitant de Fabien Nury, dessin plein d'énergie de Pierre Alary, Silas Corey est une série à suivre.

 

« Silas Corey », (tome3), Glénat, 14,95 €

 

09:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : silas corey, nury, alary, glénat

26/01/2015

BD : Robinson aux pays des femmes

 

zanzim, ile aux femmes, wolinski, glénat

Wolinski a publié en septembre dernier « Le village des femmes » au Seuil. Une semaine après son assassinat, on peut se replonger dans ce roman graphique sur les déboires d'un vieil illustrateur séduit par une gironde blonde. On peut aussi lire « L'île aux femmes » de Zanzim, BD de 80 pages parue cette semaine dans la collection « Mille feuilles ». La thématique y est un peu identique, comme un hommage posthume. Un homme seul se retrouve piégé dans une société où les femmes ont pris le pouvoir. Céleste Bompard est un as de l'aviation. En 1913 il fait des acrobaties dans les airs et des ravages dans les cœurs des femmes. Arrive la guerre. Il est plus prosaïquement chargé de relier le front avec l'arrière. Dans la carlingue de son avion pas encore de bombes, simplement le courrier des Poilus destiné majoritairement à leurs femmes. Touché par les canons ennemis, il s'écrase. A son réveil il est échoué sur la plage d'une île qu'il pense déserte, mais au bout de quelques semaines de solitude, il est capturé par une tribu d'amazones. Le séducteur devra, pour survivre, se transformer en parfait homme d'intérieur. Une très jolie fable, sur la prétention masculine, la douceur féminine et l'amour. L'amour des mots, des histoires. L'amour physique aussi. Un récit qu'aurait certainement apprécié Wolinski. Sur le fond, mais la forme aussi, Zanzim parvient à rendre très belles et désirables ces guerrières impitoyables.

 

« L'île aux femmes », Glénat, 19,50 euros