08/01/2009

Nicolas Ier, deuxième

Patrick Rambaud propose un second volet de sa chronique acide et caustique du "règne de Nicolas Ier".

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Pamphlet sans concession, moquerie argumentée, méchanceté assumée : ces 175 pages habilement troussées par un Patrick Rambaud au sommet de sa raillerie remettent la présidence de Nicolas Sarkozy dans une perspective totalement différente de l'image véhiculée par les médias. Certes l'auteur ne le nomme jamais, mais on le reconnaît dans chacun des titres pompeux qu'il l'affuble toutes les trois pages. Florilège : « Notre Foudroyant Monarque, Notre Electrique Souverain, Notre Grandiose Leader, Notre Terrible Seigneur, Notre Roublarde Majesté... »
Patrick Rambaud reprend donc le récit du règne au début 2008. Avec l'arrivée d'un nouveau personnage principal qui va encore plus donner de relief à ce texte. Il fallait remplacer l'Impératrice disparue (Cécilia). Un rôle dévolu à la comtesse Bruni, « qui souriait en professionnelle comme une princesse de roman-photo italien », devenant rapidement "Madame". Cette romance semble avoir pour unique but de faire oublier les désillusions du peuple qui gronde de plus en plus.
L'empereur Nicolas Ier semble cependant réellement attiré par l'intrigante italienne. Pour preuve cette réflexion au lendemain de sa première rencontre : « Elle est pétée de thunes ! » C'est une des autres constances de ce pamphlet, quand il parle, "Notre Nervosité Intense" est d'une extrême vulgarité.

« Narcisse and Co »
Vient enfin le mariage, discret, mais savamment caché pour en faire un événement de première importance. La Carlamania est décortiquée par un Patrick Rambaud sceptique sur cette trop belle histoire d'amour. Elle de gauche, lui de droite. Ils vont s'influencer, devenant meilleurs... Que nenni, pour l'auteur ce n'est qu'une double opération de communication : « On eût dit que Madame et Lui avaient signé un pacte et monté une société qu'on aurait pu nommer la Narcisse and Co. Ils s'aimaient beaucoup, mais d'abord eux-mêmes, et se célébraient l'un l'autre. Sa Majesté vantait à la moindre occasion la beauté extrême et l'étincelante intelligence de Madame, et Madame expliquait au monde entier les vertus et le brillant de Notre Prince Charmant, si travailleur, si tendre, si rapide."
Une année qui ne fut pas de tout repos pour "Notre Vorace Souverain". En France la situation se dégrade. Difficile de tenter de se glorifier quand le prix de l'essence explose, les usines ferment et les taxis manifestent. Il tente de se refaire à l'international. Une bonne propagande le présente comme le sauveur du monde. Mais selon Patrick Rambaud, "Notre Sautillant Monarque" semble plutôt être la risée des dirigeants des autres nations.
Cette deuxième chronique s'achève en octobre, alors que la crise mondiale de la finance éclatait, en raison des agissements « des milieux d'affaire que choyait Notre Majesté ». « Comment Notre Hardi Monarque allait-il empêcher la dérive puis le naufrage ? » En excellent feuilletoniste, Patrick Rambaud annonce un troisième épisode que l'on espère aussi croustillant et politiquement incorrect.

« Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier », Patrick Rambaud, Grasset, 13,50 €


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28/12/2008

L'idiot du village

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Téléporté dans le temps, le héros de Patrick Rambaud retrouve le Paris du début des années 50. Mais comment vivre au quotidien, sans nostalgie, sa propre enfance ? Tout a commencé par une anomalie dans le journal du jour. Au lieu de découvrir les nouvelles de 1995, le narrateur feuillette un exemplaire de 1953 revenant sur la dernière grève à l'usine de la Régie Renault et du repli des forces vietminh au Laos. Un soir, alors qu'il reçoit des amis, il découvre un chien dans la cuisine. Plus tard c'est une jeune fille habillée comme dans les années 50 qu'il surprend dans sa chambre.
Visions fugitives, inexplicables. Et puis finalement, un jour, il se retrouve dans sa rue mais les bâtiments ont changé d'aspect, les voitures aussi. Plus de doute, il a fait un bond dans le passé.
A ce stade du récit, entre nostalgie et fantastique, Patrick Rambaud ne donne pas de clés au lecteur. Vers où veut-il nous conduire ? Mystère... Mais on ne peut pas s'empêcher d'imaginer nos propres réactions si l'on se trouvait à la place du héros. Comment vivrions-nous une plongée hyper-réaliste dans le monde de notre enfance, surtout en connaissant le futur ? Déambulant dans ce Paris encore populaire, pas encore défiguré par l'urbanisme débridé des années 70, notre héros se trouve quand même très démuni malgré sa belle carte de crédit. Constatant que le phénomène dure, il doit trouver un toit pour s'abriter et un travail pour subsister.
Devenu serveur dans un restaurant des Halles, il reprendra le contrôle de sa vie en discutant en salle avec un habitué du restaurant. Ce journaliste au Figaro suit les rebondissements de la vie politique française. Et le serveur se transforme en voyant extralucide : procès des époux Rosenberg, mur de Berlin, tremblement de terre en Grèce, Dien-Bien-Phuh, il est incollable. Toutes ses prévisions se réalisent et le journaliste l'embauche comme secrétaire particulier. Mais jouer les devins n'a pas que des bons côtés. Il ne peut s'empêcher d'aller traîner du côté de l'appartement de ses parents et revoit sa mère, sachant quelle n'a plus que quelques années à vivre. Il croise également dans la rue sa future femme : une fillette jouant dans un bac à sable. Cette " fantaisie romanesque", selon les termes mêmes de son auteur, est beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît.

"L'idiot du village" de Patrick Rambaud Editions Grasset. 16 euros (Le Livre de poche, 5 euros)
PS : Patrick Rambaud devrait être très présent en janvier car il signe la deuxième partie de la chroniques du règne de Nicolas 1er. Caustique, acide, très lucide, ce texte que j'ai la chance de lire en ce moment et qui sera en librairie le 6 janvier, est salutaire en ces temps de sarkomania galopante... Il y analyse notamment le rôle de Carla Bruni, "Madame" dans le livre.






05/09/2008

Vieilles études

A presque 50 ans, Antoine, psychiatre, décide de s'inscrire en fac d'histoire à la Sorbonne. Et entraîne Félix, son ami, dans la galère.



Le quotidien nous bouffe. Quel qu'il soit, brillant ou misérable. Antoine Saint-Bernard, psychiatre à Paris, marié, deux enfants, à 48 ans, décide de changer de vie. L'enseignement le tente. Il décide donc de s'inscrire à la Sorbonne, en histoire. Cette remise en cause radicale d'une situation bien établie va avoir de redoutables conséquences sur son couple et sa vie de tous les jours. Seul son ami d'enfance, Félix, accepte de le suivre, décidant lui aussi d'assister aux cours. La trame du roman, l'auteur, Antoine Sénanque semble l'avoir testée puisque dans la courte présentation de l'éditeur il est précisé que ce « médecin spécialisé en neurologie » a obtenu sa « licence d'histoire à la Sorbonne en 2007/2008. » Mais que les lecteurs craignant l'autofiction, ce genre à la mode et souvent profondément dépressogène, ne fuient pas ce roman. La raison, c'est Antoine Sénanque qui la donne : « J'avais pris une décision. J'allais écrire mon premier livre gai ». Et effectivement, l'autodérision est omniprésente dans ces pages brillantes, très enlevées, pleines de formules choc et bien senties pour brocarder les petits travers des hommes et femmes, jeunes ou vieux.

Vie et mœurs des étudiants
Sur la famille, le narrateur admet que sa relation avec ses enfants laisse à désirer. Notamment quand il faut les aider à faire leurs devoirs. « Le travail des enfants est pour le père ou la mère une de ces corvées sournoises qui se cachent, comme un impôt indirect. Une taxe qui double les prix mais qui ne s'affiche pas. Elle est si bien incorporée qu'on ne pense pas à se plaindre, d'ailleurs, nous n'en avons pas l'autorisation. » Une corvée d'autant plus fastidieuse qu'elle est demandée par l' instituteur de vos enfants qui se trouve être, par ailleurs, l'amant de votre femme...
Moments de franche rigolade également quand nos deux quadra décident de s'inscrire à la Sorbonne et qu'ils redécouvrent un monde incompréhensible qu'ils ont quitté depuis longtemps. « Les étudiants communiquent entre eux comme des sourds-muets. Par signes ou par ondes » Et les deux anciens de se sentir totalement ignorés, comme absents. « La raison est que vous n'êtes pas là. Vous êtes différent. Vous êtes vieux. Les étudiants vous sourient aimablement, mais vous n'êtes pas là. Vous croyez entrer dans leur monde, vous restez dehors, pas loin, mais dehors. Ils ont cet esprit grégaire qui ne vous agrège pas. »

Mauvaise note et explications
Malgré les difficultés (adultère, frère ruiné s'installant chez vous en même temps que la belle-mère), il faut passer les premiers partiels. Et là, c'est la grosse déception. Un 4, la plus mauvaise note de toute la faculté. Antoine demande à rencontrer le correcteur. Une correctrice, Charlotte. « Elle n'est pas précisément belle, imprécisément plutôt. Il y a quelque chose d'harmonieux qui ne se livre pas d'emblée, qui demande de l'attention. La quarantaine, le visage osseux, les cheveux tirés en arrière, pas maquillée, un regard doux que je ne soutiens pas. » Le roman oblique alors sur cette relation entre l'élève et son examinatrice. Antoine, sous le charme, la persuade de diner avec lui. En pleine bérézina conjugale, il a des doutes sur sa capacité de charmer. « Ce soir, je n'ai pas le cœur à paraître. J'ai décidé de risquer le naturel avec Charlotte. Ce qui n'est pas mon meilleur atout en règle générale. Mais il faut de la gaieté pour feindre. J'en manque. »
Très bonne surprise de cette rentrée littéraire, « L'ami de jeunesse » parvient à allier un ton léger avec une histoire puissante, agrémentée de quelques personnages secondaires d'anthologie comme ce fameux ami de trente ans, Félix, ou la fille de Charlotte, Clara, adolescente gothique de 14 ans trois quart, petit rôle parfait pour dédramatiser les péripéties des dernières pages.

« L'ami de jeunesse », Antoine Sénanque, Grasset, 17,90 €


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30/05/2008

Quand le pouvoir inspire...

Marc Lambron, écrivain éclairé, livre sa vision de la première année de Nicolas Sarkozy à l'Elysée dans "Eh bien, dansez maintenant..."

8a5b820ee4d2d5c922c2f892b20f4f0e.jpgQuand Marc Lambron a décidé d'écrire un roman sur la première année de présidence de Nicolas Sarkozy, il aurait voulu en faire un livre sur les grands problèmes de notre société, "parler des taux directeurs de la Banque européenne, évoquer la querelle sur les OGM, disserter sur les mécanismes compensateurs impliquant les fonds souverains en cas de crise financière mondiale." Mais en "menu chroniqueur des très riches heures de la sarkozye", il a revu sa copie pour ne prendre en compte que le visible : le bling bling, les affres de Neuilly, le mystère Cécilia, l'envoûteuse Carla... Ce sont ses propres modèles qui le mettent totalement hors-sujet.
Le lecteur ne devrait pas s'en plaindre. L'éditeur non plus. Sarkozy fait vendre. Pas la politique du président, mais ses frasques, pirouettes, changements de style et autres attitudes si peu habituelles pour celui qui reste le plus haut personnage de l'Etat.

Repas d'intellectuels
Marc Lambron, pour parler de ce président d'un nouveau genre, est allé rechercher dans ses souvenirs un repas d'avril 2004, au ministère des Finances. Ce jour-là, Jacques Chirac recevait en grandes pompes la reine d'Angleterre. Nicolas Sarkozy avait décliné l'invitation et convié à sa table un parterre d'intellectuels français, de Philippe Sollers à André Glucksmann en passant par Jorge Semprun, sans oublier le narrateur, Marc Lambron. Il y a découvert un homme politique très affûté : "Une chose me frappa chez Nicolas Sarkozy, entouré par les caryatides de ce temple à méninges : c'est qu'il ne leur dorait pas la pilule. Il écoutait les questions puis y répondait selon sa ligne. Avec courtoisie, certes, mais se montrant plus intraitable qu'enjôleur." Discrète, Cécilia, n'a pas ouvert la bouche de la soirée paraissant "intimidée, et peut-être contrariée." De tout le déjeuner, "le ministre cherchait à accrocher son regard entre deux tirades, paraissant communiquer avec elle par infrasons." Et Marc Lambron de conclure, "cet homme que l'on devinait complexe avait installé sa femme dans le rôle d'une mère télépathique."

Deuxième divorce, troisième mariage
Ce premier chapitre est le seul ne se déroulant pas durant le règne de Sarkozy. Marc Lambron ensuite tente de comprendre le fonctionnement de cette bête politique, fort en gueule, déterminé, mais si fragile avec les femmes. Car que l'on ne s'y trompe pas, ce récit des 12 premiers mois de la présidence fait grand cas des histoires de coeur. 12 mois de pouvoir et un président qui divorce en plein mandat, pour se remarier quelques semaines plus tard avec l'archétype d'une "bobo", à l'Elysée. Son troisième mariage... Avec un oeil parfois neuf, Marc Lambron récrit ce qui n'est au final qu'une simple histoire d'amour. Avec cependant un regard critique, n'en déplaisent à ceux qui le considèrent comme un sarkophile. Pour preuve les titres de certains chapitres, "Les impasses de l'andouillette", "Neuilly sur scène", Une énigme en Prada" ou "Joconde à la guitare". Et de revenir sur les "erreurs d'appréciation" de Sarkozy l'ayant conduit à la vertigineuse descente dans les sondages. Rien de politique, juste cette manie qu'ont les gens de sanctionner ceux qui affichent trop ostensiblement leur bonheur.
Après le très décapant "Chronique du règne de Nicolas 1er" de Patrick Rambaud, les éditions Grasset et Marc Lambron rétablissent un peu la balance en faveur d'un président moins machiavélique et autocrate qu'il n'y paraît.

"Eh bien, dansez maintenant...", Marc Lambron, 15,90 €


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16/04/2008

Dérive nippone

Dany Laferrière, Québécois d'origine haïtienne, peut-il devenir un écrivain japonais ? Son interrogation se transforme en dérive.

a6a40f375334eaedc8c10deecaf32cc9.jpgPour son retour au romanesque, Dany Laferrière signe un petit bijou littéraire. L'écrivain canadien, d'origine haïtienne, aime prendre ses lecteurs à contre-pied. En tentant de se glisser dans la peau d'un écrivain japonais, il pousse l'exotisme à son paroxysme. Un roman dans lequel il n'hésite pas à se mettre en scène, avec ses travers, ses manies, ses obsessions, ses vaines tentatives de se prendre au sérieux. Fiction, réalité, il mélange le tout dans un joyeux charivari peuplé de personnages aussi déjantés que l'écrivain, le héros.
Donc, Dany Laferrière décide d'écrire un roman intitulé « Je suis un écrivain japonais ». Au début ce n'est qu'un titre après une réflexion dont il explique la genèse : « Quand je suis devenu moi-même un écrivain et qu'on me fit la question « Etes-vous un écrivain haïtien, caribéen ou francophone ? » je répondis que je prenais la nationalité de mon lecteur. Ce qui veut dire que quand un Japonais me lit, je deviens immédiatement un écrivain japonais. » Une fois le titre trouvé, il lui suffit de le vendre à son éditeur, qui, enthousiaste, lui verse une belle avance. Mais l'auteur reconnaît que s'il est un bon titreur, il est moins aisé d'aller au bout de son idée.

Chanteuse et diplomates
Il va donc tenter de s'imbiber de la culture japonaise. Mais à Québec, cela ne va pas plus loin que le cliché. Armé d'une montagne de préjugés glanés dans les revues et vus à la télévision, il va tenter de se transformer en bon nippon, lisant sans cesse l'œuvre de Basho, un célèbre poète du pays du soleil levant. Et il va payer de sa personne en traînant dans un bar où une chanteuse japonaise, Midori, se produit accompagnée d'une multitude d'amies (rivales ou maîtresses) toutes plus bridées les unes que les autres. Dans ce roman foisonnant, on rencontre Bjork, la chanteuse islandaise possédée par une poupée vaudou, des policiers accusateurs légèrement sadiques et des diplomates nippons très intrigués par la démarche de cet écrivain noir ayant la prétention de devenir, selon leur vision, le prototype de l'écrivain japonais.
L'occasion également pour Dany Laferrière pour lâcher, de-ci delà, quelques réflexions acerbes sur la perception du monde par nos contemporains. Clairvoyant et désabusé, il signe des pages qui feront date comme ce passage sur le pouvoir du sourire : « L'Anglais a déjà tenté de conquérir le monde avec son flegme et son parapluie. Le Japonais, son large sourire et un appareil photo. Le Louvre fait recette avec le sourire de la Mona Lisa. Personne ne rit en Occident. Le sourire c'est le pouvoir. Le rire souligne la défaite du Nègre. Je passe des journées entières à apprendre le sourire japonais. Un sourire détaché du visage. »
Moins « chaud » que ses précédentes œuvres (« Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer » ou « Le goût des jeunes filles »), ce roman donne une dimension supplémentaire à un écrivain inclassable, hors du commun, passionnant dans ses différences.

« Je suis un écrivain japonais », Dany Laferrière, Grasset,
17,90 €



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22/03/2008

Doublement seul

adc0dc489cd6b5c0c92d8aac99d53121.jpgCe premier roman d'Anne Goscinny nous plonge dans la journée d'un homme menant une double vie professionnelle. Le matin et l'après-midi il est avocat, le soir, dans l'appartement en face, il consulte en tant que psychanalyste. On découvre l'intérieur de son bureau avant de faire connaissance avec quelques-uns de ses clients. Une description détaillée, méthodique, d'un lieu de vie aseptisé. Ses rapports distants avec sa secrétaire, sa volonté de laisser les gens parler, les écouter, un paradoxe dans sa profession d'avocat, un avantage quand il rejoint son fauteuil de psychanalyste.
Il est au centre du roman, mais ce n'est pas véritablement lui le héros. Anne Goscinny le dépersonnalise au maximum pour insuffler toute la vie du roman dans les personnages qui se succèdent dans son bureau. Un veuf qui tente de conserver la maison héritée de sa femme et que sa belle-fille guigne depuis 5 ans, la femme d'un peintre célèbre flouée par son homme de confiance, une maîtresse-femme désirant divorcerà Autant de tranches de vie fortes et intenses, alors que l'avocat-psy végète. Cette première oeuvre vaut surtout pour son ambiance feutrée, comme cotonneuse. Anne Goscinny pour un premier roman maîtrise parfaitement son sujet de bout en bout, semant dans son récit quelques citations chocs comme autant de directs au foie.

"Le bureau des solitudes", Anne Goscinny, Grasset, 15 € (Le Livre de Poche)



22/01/2008

Cannes, ses hôtels, ses arnaqueurs

Du choix cornélien entre le fric ou l'amour d'une belle, tel pourrait être le résumé de ce roman de Laurent Chalumeau.

13a347017e0b421981e692a674f4aeaf.jpgD'emblée le décor est planté. Un superbe hôtel cannois, pas vraiment destiné aux « gens du peuple ». Pour y séjourner, il faut de la thune, dirait l'auteur Laurent Chalumeau, de l'oseille, bref, faire partie d'une certaine élite. On y croise d'ailleurs des stars de cinéma, des comtesses, des marquis, et que sais-je encore. Castric, directeur de l'établissement, est d'ailleurs passé maître dans l'art des courbettes, aussi vomitives que la couleur de ses vestes.
Envers du décor, le personnel, trié sur le volet bien sûr, sauf pour Benjamin, passé on ne sait trop comment entre les mailles des vérifications d'antécédents en tous genres, homme de maintenance, surnommé Tortue dans un hôtel de moindre catégorie, si l'on peut dire, avec barreaux aux fenêtres et promenade une heure par jour. Le hasard faisant bien les choses, Tortue rencontre par hasard à Cannes un ex-compagnon de cellule, escroc à la petite semaine, qui se fait appeler Jorge Gomez et qui justement n'a rien sur le feu en ce moment.

De la « fraîche »

Une des caractéristiques de l'hôtel – et qui lui donne un cachet supplémentaire d'après le directeur – se distingue par le fait que Castric refuse catégoriquement chèques ou cartes bleues. Tous les règlements s'effectuent en espèces sonnantes et trébuchantes, ce qui, vu les tarifs prohibitifs, constitue à la fin de la journée un joli petit matelas, qui tourne autour d'un demi-million d'euros. Castric, toujours bavard comme une pie, confie à certains clients que jamais au grand jamais il n'a oublié le code de la combinaison du coffre, changé tous les mois. L'info tombe par hasard dans l'oreille de Tortue, qui cogite sur le sujet. Un jour où il se retrouve seul dans le bureau du dirlo, il tente le coup. Mois et année pour la combinaison. Bingo ! Depuis ce moment, il n'a de cesse de trouver un truc imparable pour voler tout ce bel argent. C'est là que l'ami Jorge intervient, prenant une chambre à l'hôtel en se faisant passer pour un richissime homme d'affaire espagnol, accompagné d'une plantureuse blonde, qui ne fera d'ailleurs pas long feu. Parce que le lendemain de l'arrivée de Jorge, débarque la comtesse Monica de Sant'Ippolito, belle à couper le souffle et seule, atout non négligeable. Exit la blonde, remerciée proprement pour services rendus et priée de laisser la place vacante. Malheureusement pour notre petit Espagnol, une autre résidant ne paraît pas insensible non plus aux charmes de la divine créature, en la personne du baron Adrien Laouhénan de Queréon. En l'occurrence, les deux hommes se retrouvent aux pieds de la belle pour l'inviter à dîner le soir même. Monica, que la situation amuse, s'exclame, « et pourquoi ne dînerions-nous pas tous les trois ? » Dès lors, le trio ne se quitte plus, pourtant, le pauvre Jorge a bien du mérite à résister aux critiques acerbes, cyniques et permanente du baron.

Et Tortue dans tout ça?

Jorge en oublie le pourquoi de son séjour, le casse du coffre-fort. Il n'a qu'un petit rôle à jouer, mais capital. Débrancher pendant deux minutes une caméra de surveillance et ouvrir une porte à Tortue, une fois celui-ci en possession du magot. Malheureusement ce soir-là, le baron invite Monica à dîner dans un charmant petit village de l'arrière-pays et Jorge, n'écoutant que son coeur chaviré, part avec eux en laissant en plan son copain, ne voulant à aucun prix laisser le baron seul avec sa dulcinée et lui laisser prendre l'avantage.
« Les arnaqueurs aussi » foisonne de personnages, tous plus caricaturaux les uns que les autres. Un certain Mario, qui s'occupe des demandes « inhabituelles » de certains clients; son associée Corinne, culturiste sur le retour qui s'avère bénéficier d'une droite redoutable; Calzer, ancien flic reconverti en responsable de la sécurité de l'hôtel et d'autres tout aussi pittoresques.
Dès la première page, on sourit, puis on se marre pour finir par se bidonner franchement. L'écriture est enlevée, sans jamais de lourdeurs, le scénario cocasse, les acteurs bien campés transforment le roman de Chalumeau en petit bijou digne des meilleurs scénaristes comiques. Jouissif.
« Les arnaqueurs aussi », Laurent Chalumeau, Grasset, 20,90 €.

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13/01/2008

De la fugacité de l'amour

Relation amoureuse express entre deux Français en Amérique du Sud dans « Il faut se quitter déjà » de Jean-Luc Coatalem.

45a7e1c6fc487682436d69fe37da5c61.jpgC'est une histoire d'amour toute simple. Comme des millions d'histoires d'amour. Mais brève et mensongère. Un court roman de Jean-Luc Coatalem, dense et dépaysant. Le narrateur est journaliste freelance pour des magazines français. Il débarque à Buenos Aires pour un séjour d'une semaine. Il doit écrire un sujet sur des scientifiques à la recherche d'Eldorado, la dernière cité des Incas. Dans son hôtel, il croise une jeune femme, Mathilde, « pas très grande mais avec une allure et un maintien de danseuse classique, un regard clair et rieur, des poignets charmants. Un semis de tâches de rousseur égayait ses pommettes hautes. Des cheveux mi-longs luisants et drus. De jolis seins portés par une cambrure naturelle. Une énergie, une vivacité ». Il l'aborde, engage la conversation. Française elle aussi, Mathilde est en stage pour quelques mois. Le narrateur va commencer par mentir sur son âge, se rajeunissant de cinq bonnes années, puis sur sa situation familiale, devenant célibataire, oubliant femme et enfants laissés à Paris. Une spirale du mensonge qui ne va cesser d'aller crescendo. Il cherche une aventure, il trouve un peu plus. « Si je voulus la conquérir, il me sembla que de son côté elle se laissa aller volontiers à ce qui advenait, souriante à l'inconnu, confiante au cours des jours. Je pouvais être son destin qui la regardait. Je finis par le croire aussi. Prenant, j'étais pris ».
Jean-Luc Coatalem, par ailleurs journaliste à Géo, fait profiter au lecteur de sa parfaite connaissance de la région. On rêve sur les grandes artères de la capitale argentine puis on découvre, séduit, l'immense estuaire du Rio de la Plata, allant en bateau vers Montevideo où les deux étrangers dans ces terres australes vont passer deux nuits d'amour. Deux nuits, pas plus, le narrateur n'a pas l'intention de rater son avion de retour.

« Il faut se quitter déjà », Jean-Luc Coatalem, Grasset, 10,90 €

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28/12/2007

La vie de famille en réduction

Léon est petit. Solange, sa femme, est plus grande. De plus en plus grande car Pascal Bruckner s'est amusé à le faire rapetisser. Un mini roman délirant.

8fa2e0cd8a2f61deefe9131162df1b5a.jpgDans un couple, habituellement, l'homme est plus grand que la femme. Rarement le contraire. Une exception qui a souvent du mal à passer dans toutes les civilisations. Quand Léon a séduit Solange, il ne s'imaginait pas qu'il allait en plus devoir batailler avec toute la famille de son aimée. Car Léon, sans être véritablement petit du haut de son mètre soixante-six, donne l'impression d'être un nabot à côté de Solange culminant à un mètre quatre-vingts.
Le jour de leur mariage, "Léon se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur les lèvres de Solange. Celle-ci, incapable de se baisser de peur d'abîmer sa longue robe blanche et de perdre sa couronne de fleurs qui ceignait son front, dut le saisir à bras-le-corps pour le soulever jusqu'à sa bouche."

39 centimètres de moins

Médecins tous les deux, ils emménagent dans un vaste appartement parisien et, l'amour aidant, donnent naissance à un garçon prénommé Baptiste. C'est quelques jours après la naissance de ce solide gaillard que Léon a constaté quelques changements. Il flottait dans ses habits, ses chaussures étaient plus grandes, il dut rajouter des trous à ses ceintures. Léon, à son grand étonnement, du se rendre à l'évidence : il avait rapetissé. En quelques jours il a perdu 39 centimètres devenant cette fois véritablement beaucoup plus petit que sa femme.
Malgré des analyses médicales de toutes sortes et la consultation d'un spécialiste, aucune explication rationnelle ne put être donnée. Léon, tout à la joie d'être père, s'adapta à sa nouvelle condition. Quant à Solange, elle restait toujours autant amoureuse de son "petit mari", d'autant que tout n'avait pas diminué dans cette opération...

"Un époux farfadet"
La situation se compliqua à la naissance de leur deuxième enfant, Betty. En sortant de l'hôpital, Léon ne faisait plus que 88 centimètres. Une nouvelle fois il venait de perdre 39 centimètres. Inexplicable, irrémédiable mais sans conséquence : "Pendant des mois, Solange fut ravie. Son mari miniature la contentait en tout. Elle n'en voulait pas un plus grand. Il était docile, peu encombrant, filait doux. Elle régnait dans un monde de gnomes, deux enfants plus un époux farfadet. Que demander de plus ?"
Avec une fantaisie de plus en plus débridée, Pascal Bruckner s'est amusé à décrire la vie au quotidien de cet homme obligé de s'adapter. Léon en perdant ces centimètres se retrouve également remis en cause dans son autorité de père. Baptiste devient plus fort physiquement que lui. Et jaloux.
Poussant l'idée à l'extrême, l'auteur, en donnant ensuite des jumeaux à ce couple de plus en plus dépareillé, transforme Léon en petite chose insignifiante. Un homme de 10 centimètres qui va devoir sans cesse être sur ses gardes s'il ne veut pas périr. Griffes du chat, galopades des enfants... les dangers sont multiples. Une fantaisie parfois totalement invraisemblable, mais c'est là tout le charme de ce petit roman, semblant sans queue ni tête mais qui au final nous en apprend beaucoup sur l'âme humaine, sa grandeur et sa petitesse.
« Mon petit mari », Pascal Bruckner, Grasset, 13,90 €


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10/09/2007

Le raconteur d'histoires

François Darré, beau parleur, ne fait pas rêver son auditoire, il l'escroque. Un roman-vie épique signé Charles Dantzig.

medium_Je_m_appelle_François.jpg« François Darré, l'homme qui a volé trois milliards ». C'est le titre d'un reportage télévisé, le document qui l'a mis pour la première fois sous la lumière des projecteurs sous sa véritable identité. François Darré, accusé, condamné... Mais avant de devenir cette icône de l'escroquerie mondiale, le petit Français a fait beaucoup de chemin... et de victimes. Charles Dantzig, dans ce roman retraçant la vie d'un homme aimant avant tout inventer des histoires dont il est le héros récurrent aux mille identités, fait revivre également toute une époque, du début des années 80 à l'an 2000.
Tout commence à Tarbes, préfecture triste et arriérée des Hautes-Pyrénées. Le jeune François, fils d'une créature de la nuit, honteux de son père alcoolique, essaie déjà de se fabriquer une autre vie. Pour rater l'école, il invente les excuses les plus incroyables. Comme cette fois où il prétend avoir joué avec l'équipe du Canada de hockey sur glace à Anglet. Et qu'il s'est blessé en plein match, n'hésitant pas à laisser tomber un parpaing sur son pied pour rendre plus crédible le bobard.

De Paris à Los Angeles
A Tarbes tout semble petit, étriqué. Il n'attend pas sa majorité pour tenter sa chance à plus grande échelle. Direction Paris. Première épreuve pour le jeune provincial, perdre son accent. Et faire plus âgé que ses 16 ans. Face à l'adversité il se découvre des trésors de ressources qu'il transforme en autant d'opportunités. Rapidement il captive son auditoire, flaire le gogo plus passionné que les autres, le ferre et trouve un moyen pour lui emprunter une belle somme d'argent. Mais jamais trop. Il sait être « raisonnable ». Il découvre aussi que ses beaux mensonges lui permettent d'avoir beaucoup de succès auprès des femmes. Il en mettra quelques-unes dans son lit, jouant pour elles des rôles sur de très longues périodes. Avec l'argent arrivent les plaisirs nocturnes de la capitale. Il raconte les débuts du Palace. Comment il est parvenu à entrer la première fois dans ce temple du paraître.
Ce jeu risqué, il l'assume complètement, sachant parfaitement qu'il ne fait que répondre à une attente : « Les gens s'ennuient et je leur apporte de l'inattendu, de l'extraordinaire, du merveilleux. Je les amuse. Je les charme. Le charme est convaincant. Il est si rare qu'il étonne : on ne pense pas à le contredire. Pas tout de suite. J'ai eu le temps de passer ».
Parfois ce temps presse. Il doit littéralement fuir Paris ayant pratiquement essoré tout ce que la capitale compte de crédules. Il part aux USA. Après un petit temps d'adaptation, il va se lancer de nouveau dans l'interprétation, en live, de nouveaux personnages. Jusque sur les marches d'Hollywood.
Ensuite, Charles Dantzig raconte la chute, la prison. Mais même là François parvient à étonner et rebondir. Son retour en France n'en sera que plus prestigieux et tonitruant. Un roman se lisant comme une véritable biographie.

« Je m'appelle François », Charles Dantzig, Grasset, 18,90 €



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18/08/2007

LE DOUBLE "BANG !" DE CHRISTOPHE DONNER

medium_Bang_Bang.jpgMartine Victoire est un sacré personnage. De ces héroïnes qui marquent les mémoires. Exubérante, grande gueule, vulgaire, enchaînant navet sur navet, cette star déchue du cinéma français est au centre du roman de Christophe Donner.
Pourtant il n'y a que peu d'invention dans ce personnage qui au fil des pages se révèle être la version féminine d'un acteur bien réel. Martine Victoire est donc une vedette. Le public va voir ses films. Pas pour l'histoire, mais pour elle, toujours si drôle avec ses mimiques et son langage ordurier.
Martine Victoire voudrait bien tourner dans de bons films. Elle en est d'ailleurs persuadée au début de chaque tournage. Mais rapidement elle prend conscience que le scénario ne tient pas la route, le réalisateur est incompétent et que la solution pour sauver l'entreprise c'est de faire du Martine Victoire. Elle part alors en croisade, faisant la promotion de ses productions à grand renfort de scandale sur les plateaux télé, friands de déclarations tonitruantes d'une actrice généralement ivre au moment de la prise d'antenne.

QUAND LE MARI PARLE
Et puis un jour, ce monstre médiatique est tombé sous le charme d'un simple chroniqueur hippique lors d'une soirée au cours d'un festival en Normandie.
C'est ce mari improbable qui raconte l'histoire de Martine Victoire, celle qui aura été sa femme plus de dix ans.
Son statut a changé quand ses patrons ont appris qu'il vivait avec la star.
Ils se sont mariés et ont eu une petite fille. Mais si Martine Victoire fait des miracles sur les tournages, elle manque singulièrement de talent quand il faut élever ses enfants. La petite Gaëlle mais également Alexandre conçu avec un premier mari. Alexandre qui va prendre de plus en plus d'importance dans ce récit.
Pour ce qui est de la partie hippique du roman, la grande passion de l'auteur, il glisse quelques portraits de propriétaires et employés gravitant dans ce milieu si exigeant et chante les louanges de chevaux légendaires. Mais ce que l'on retiendra de ce "Bang ! Bang !", loin d'être une farce grossière, c'est le côté profondément humain de cette femme en perpétuel équilibre instable. On la comprend dans ses tentatives de destructions massives et répétées. Nous aussi on aurait aimé l'aduler, la chérir et l'aider.

"Bang ! Bang !", Christophe Donner, Grasset, 18 euros




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16/07/2007

Mystère londonien

Qui a tué Fergus Millow, peintre londonien ? Nouvelle enquête du policier de Scotland Yard Joe Hackney, ancien malfrat, petit, boiteux et taciturne.

medium_Mystère_Millow.jpgSacré choc pour la femme de ménage. En découvrant en ce mois de mars 1891 le corps sans vie de Fergus Millow, elle perd son patron et son travail. Le peintre a succombé à un violent coup sur la tête. Dans cet immeuble londonien, le meurtre fait jaser. Scotland Yard doit rapidement trouver le coupable pour justifier sa réputation de meilleure police du monde. Le chef constable William Doffey, chef du département d'investigation criminelle, met sur le coup son meilleur élément : Joe Hackney. Le policier de paye pas de mine. Petit, boiteux, taciturne, cet ancien malfrat ayant tourné casaque vit encore chez sa mère. Son pragmatisme et son cynisme sont ses deux principales armes.
Il a déjà prouvé ses qualités dans les précédents romans noirs de Gilles Bornais. Cette fois, le flair d'Hackney va lui faire découvrir dans les cendres de la cheminée le bout d'une lettre récemment reçue par la victime. Une lettre anonyme qui lui annonçait tout simplement sa prochaine mort violente. Ecrite dans un style très particulier, elle est l'oeuvre, selon un graphologue, d'un « exalté affectif et déprimé ».
Ce meurtre peu banal a le don d'exciter Doffey, l'autre figure haute en couleur imaginée par l'auteur. Colérique, gros, fumeur, buveur et mangeur à l'excès, il a toujours une terrine à portée de main. Il ordonne à Hackney de tout découvrir de la vie du peintre assassiné. En connaissant mieux la victime, ils parviendront peut-être à découvrir une piste menant au coupable.

Chez les fous
Mais Millow est un véritable mystère. Cela fait des années qu'il habite à cette adresse et jamais il ne s'est fait remarquer. Pas de bruit, pas de visites, il s'absente toutes les après-midi, mais personne ne sait où il va. Ses toiles sont lugubres. Seule indication, à la belle saison, il passe plusieurs semaines dans un hôtel sur la côte.
C'est là que Hackney va découvrir les habitudes assez différentes de Millow hors de Londres. Il fréquente régulièrement une prostituée, boit dans des bars avec des amis peintres et peint des marines très colorées et lumineuses. Contre l'avis de son chef, Hackney va suivre la trace de la lettre anonyme. Il va avoir la certitude qu'elle a été postée près du plus grand hôpital psychiatrique de Londres.
En plongeant dans le monde des aliénés mentaux, Hackney va découvrir qui a rédigé cette lettre et surtout comprendre que l'affaire est encore plus complexe que prévue car manipulée par un criminel d'exception. Conséquence, Doffey va se prendre au jeu « l'affaire méritait un flic extraordinaire : lui. Le seul du Yard et du Royaume entier, pensait-il dans son cerveau de chef constable confit dans l'orgueil, le brandy et la galantine de canard, à pouvoir pénétrer les sphères de l'impensable et de l'indicible ». Hackney est plus modeste. Et tout en poursuivant le tueur, il doit soigner sa vieille mère, aider un ami d'enfance à la limite de la délinquance et subir les sarcasmes de son collègue Brunning. Tout un petit monde mis en musique par Gilles Bornais semblant particulièrement à l'aise dans ce Londres du 19e siècle.
« Le mystère Millow », Gilles Bornais, Grasset, 13,90 €

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04/02/2007

"L’Eternel sentit une odeur agréable" de Jacques Chessex chez Grasset

medium_Eternel_sentit_une_odeur_agreable.jpgDans ce roman sans tabou de Jacques Chessex, Jules-Henri Mangin, se remémore sa vie entière à traquer les odeurs de femmes, et surtout un certain été de 1960. Un été jurassien, sec, enflammé, jaune. Cet orphelin tranquille servait la messe et aidait à la mise en scène d'une pièce de Roger Vailland. Entre le garçon qu'obsèdent les odeurs du vice et le l’écrivain libertin au regard froid, se noue une amitié faite d'initiation progressive au plaisir. On découvre une facette cachée du romancier français. Avec sa compagne, il profite de week-ends enflammés avec la complicité de jeunes gens consentants. Toute la question est de savoir si Jacques Chessex raconte des faits historiques ou romance des impressions. Dans quelques interviews publiées parès ce roman, il ne donne pas les clés, au contraire, cherchant à encore plus brouiller les cartes. On doit donc se contenter de la vie étriquée de Jules-Henri, gentil gestionnaire la journée, monstre de lubricité la nuit. Jules-­Henri, à la retraite, retrouve l'une des complices de cette comédie qui a mal tourné, l'es­pagnole et brune Maria Elena. Tout recommence, dans l'attrait du péché. Jusqu’au dérapage qui risque de faire cauchemarder ce bourgeois bien pensant, attaché aux apparences. L’écriture de Jacques Chessex, très talentueuse et aboutie, ne parvient cependant pas à totalement gommer le sentiment de gêne, voire de dégoût, qui ressort de certaines scènes trop crues.
« L’Eternel sentit une odeur agréable », Jacques Chessex, Grasset, 18 €

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08/01/2007

Une « Douce France » inaccessible

Prise dans une rafle de sans papiers, une jeune Française découvre les centres de rétention. Karine Tuil raconte cette descente aux enfers.

medium_Douce_France.jpgA la base, Claire voulait simplement aménager une bibliothèque dans son studio. Un ami lui avait expliqué qu'elle trouverait, devant un magasin de bricolage discount en région parisienne, de la main-d'oeuvre pas chère. Au moment où elle découvre la trentaine de personnes attendant le bon vouloir d'un patron français, la police débarque. Contrôle d'identité. Tout le monde est embarqué. Même elle qui était sur le point d'interroger un ouvrier. Arrivée au commissariat, Claire se rend compte qu'elle n'a pas ses papiers sur elle. Elle remarque aussi Yuri, un sans papier prétendant être biélorusse, taciturne et au charme certain. Quand elle affirme qu'elle est Française, les policiers ne la croient pas.
Cette jeune romancière, dont les parents sont absents actuellement de Paris, se dit que visiter un centre de rétention peut être intéressant. Elle est donc conduite dans le centre de Mesnil-Amelot, juste à côté de l'aérogare d'où décollent les avions qui reconduisent les « irréguliers » hors des frontières françaises. Les gendarmes chargés de surveiller les « retenus » se persuadent que Claire est Roumaine. Elle ne dément pas, usurpe l'identité de l'ancienne femme de ménage de son grand-père et peut ainsi rester dans le centre, le découvrir au plus près et mieux connaître Yuri...

Un monde totalement clos
D'un côté les femmes, de l'autre les hommes. Peu de confort, pas de chauffage, le tout entouré de grillages et de fils de fer barbelés. « Il faut quand même dissuader les gens de revenir en France » explique la fonctionnaire chargée de la gestion du centre. Un centre de rétention qui n'est pas le pire existant selon les déclarations de certains habitués. « C'était un monde totalement clos mais sans vocation carcérale; une organisation réglementée, contrôlée jusqu'aux moindres détails, sans but répressif, une société qui affichait ses contradictions : il s'agissait de retenir contre leur gré des individus qui n'avaient commis aucun crime, en préservant leurs droits les plus élémentaires tout en les privant de l'essentiel, en restant inhospitaliers ».
Elle découvre qu'elle n'est pas la seule à se fabriquer une identité. Tout est bon pour ne pas quitter la France. En devenant Roumaine, elle se raconte une histoire, toutes les histoires de sa famille, immigrés juifs fuyant perpétuellement. « Je revêtais des centaines de masques, en affublais les autres, le centre devenait le lieu du Roman, celui où convergeaient tous les imaginaires possibles, où étaient autorisées toutes les affabulations, et nous détournions le réel, travestissions la vérité au nom du principe de survie ». Et puis il y a Yuri. Il n'y a pas pire endroit pour tomber amoureuse.
Le roman de Karine Tuil, tout en donnant une vision très réaliste des centres de rétention, offre en plus au lecteur un parallèle affolant avec un passé récent montrant d'autres endroits clos, lieux de passage avant une destination redoutée. « Douce France » est un récit d'actualité, au titre très provocateur...

« Douce France » de Karine Tuil. Editions Grasset. 14,90 euros

29/08/2006

Cinquantenaires en vadrouille

Jean-Marc Roberts de souvient de ses copains, de sa jeunesse, des premiers flirts. Aujourd'hui il a
« Cinquante ans passés ».


La mémoire nous joue toujours des tours. Elle s'accumule sans cesse. Chaque jour passé est un jour de souvenirs. Quand on atteint la cinquantaine, on sait que les souvenirs passés sont plus nombreux que ceux à venir. Jean-Marc Roberts dans « Cinquante ans passés » feuillette cette histoire révolue, son histoire. Ou plus exactement l'histoire de trois copains, jeunes chiens fous profitant de la vie au maximum. Des années plus tard, aujourd'hui donc, ils se retrouvent pour aller à l'anniversaire d'un quatrième larron. En chemin, alors qu'ils ressassent leur riante jeunesse, ils en retrouvent l'insouciance en changeant de direction, décidant qu'il serait plus marrant d'aller faire une virée à Londres.
Il est souvent question de musique et de jeunes filles dans leurs débats. Sur ce dernier sujet le narrateur se souvient de Maryse : « la première fiancée dont j'ai caressé les seins, au cinéma Marignan, un mercredi à 16 heures. Sans doute un De Funès, peut-être Le grand restaurant ». Au gré de la discussion, chacun ne peut s'empêcher de se remettre en cause. Avec des « si », les souvenirs se transforment en romans non écrits. Jean-Marc Roberts, lui, romance son passé, remettant au passage en lumière la mémoire de Teddy Gaillard, un des Frères ennemis, disparu du jour au lendemain. Qui se souvient de lui ? Pourquoi a-t-il tout arrêté d'un coup ? Pourquoi pas eux ? 100 pages de pure nostalgie.
« Cinquante ans passés » de Jean-Marc Roberts. Éditions Grasset. 11 €.




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