12/06/2011

"Je peux t'appeler Jean-Pierre ?" : Perrolet nouvelle Brétécher

Pauline Perrolet, Pocket

pauline perrolet,pocketIl y a un petit air de ressemblance avec les Frustrés de Claire Brétécher ou les BD de Copi. Ce recueil de portraits de femmes frappe souvent juste. Qu'elles soient jeunes ou vieilles, mariées ou célibataires, belles ou laides, toutes les héroïnes imaginées par Pauline Perrolet sont crédibles dans leur malheur et leur détresse. Car c'est la grande misère du sexe faible qui est étalée dans cette centaine de pages, dont certaines inédites. Une nouvelle plume issue des BD blogs, au dessin moins léché que Pénélope Bagieu ou Margaux Mottin, mais d'une causticité digne d'un Reiser en jupons.

Pocket, collection Bulles et Blogs, 7 euros

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11/12/2010

Exhibitionnisme dessiné

Fraise et chocolat 2.jpg

Une histoire d'amour est incomplète si les deux composantes du couple ne s'épanouissent pas sexuellement. Et parfois, pour permettre la réalisation de tous ses fantasmes, une petite dose d'exhibitionnisme est nécessaire. C'est un peu la finalité de cette BD-témoignage d'Aurélia Aurita. La jeune illustratrice raconte sa belle histoire avec Frédéric Boilet, dessinateur français installé au Japon. Le premier tome avait posé les jalons, le second vient conforter l'impression de découvrir une créatrice au ton nouveau, une sorte de Virginie Despentes du 9e art. A Paris, en tournée de dédicaces ou dans la vie quotidienne à Tokyo, Chenda se dévoile au lecteur. Ses humeurs, ses envies, ses malheurs. Elle se sent trop jeune pour un amoureux de 20 ans son aîné. Elle redoute aussi que l'on croit qu'elle ne couche que pour réussir dans un milieu très masculin. Elle découvre aussi la jalousie et la peur. La peur de ne pas pouvoir vieillir avec son amoureux, la peur de le perdre, de lasser... Ce pourrait être déprimant, au contraire c'est joyeux et jouissif. Car quand Chenda doute, elle se précipite sur Frédéric et oublie tout dans ses longues caresses et coups de reins. L'amour c'est bien, avec le sexe c'est mieux, semble nous expliquer Aurélia Aurita.

« Fraise et chocolat » (tome 2), Pocket, 6,90 euros

14:04 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : boilet, aurélia aurita, pocket

21/08/2010

Adorable Lily White

Lily White.jpgPing pong, ping pong. Les chapitres se suivent et ne se ressemblent pas. Un coup c'est elle. Un coup c'est lui. Elle, c'est Lee, 45 ans, avocate qui se dépatouille comme elle peut avec son client Norman accusé de meurtre. Lui c'est le père de Lee, Leonard, 20 ans avant, fourreur juif, smart et snob à Manhattan, arrivé à la force des poignets et super fier de son changement de nom, Weissman, Weiss pour finir en White.

Blancs comme neige, ils le sont évidemment tous selon eux, les clients de Lee. Surtout ce Norman, séducteur en diable, qui en a fait son métier et plume allégrement les femmes tombées dans ses filets. Et si seulement il se contentait de leur argent... Bobette, la pauvre assassinée, n'en demandait pas tant. Mais qu'en est-il de Mary, la copine de Norman, complice malgré elle ou plus encore ? Que va découvrir Lee White en avocate droite dans ses baskets ?

Susan Isaacs est l'auteur d'un beau portrait de femme de l'enfance -déchirure jusqu'à une brillante carrière d'avocate. On aime Lee enfant, on s'attache à l'adulte pleine de doutes, on la suit jusqu'au bout. De quoi ?

Fabienne Huart

« Lily White » de Susan Isaacs, Presses de la Cité et Pocket (paru en 1998)

01/08/2010

Terreur au château de Shirley Jackson

Nous avons toujours habité le chateau.jpg« Je m'appelle Mary Katherine Blackwood. » C'est la première phrase de ce roman. Une jeune fille de 18 ans, surnommée Merrycat par sa sœur Constance. Merrycat qui raconte à la première personne leur déchéance. Merrycat que le lecteur n'est pas prêt d'oublier. Séduit dans un premier temps par cette sauvageonne rêveuse, il sera petit à petit terrorisé en découvrant ses véritables pensées et la façon bien particulière qu'elle a de se venger quand on la punit.

Ces deux sœurs vivent dans une grande maison isolée au milieu d'un parc interdit au public. Il est vrai que leurs relations avec les villageois se limitent au strict minimum. Merrycat se contente d'aller en ville deux fois par semaine pour faire des courses. Constance vit cloîtrée dans sa maison depuis des années. Un terrible drame a bouleversé leur vie. Depuis, les

dernières descendantes de la famille Blackwood sont devenues les têtes de turc de toute la contrée. Insultes, humiliations, plaisanteries grasses et quolibets, rien ne leur est épargné. Une ambiance exécrable qui se détériore au fil des pages, augmentant le sentiment d'oppression qui ne peut qu'aboutir à une explosion de violence.

Shirley Jackson a dû mettre beaucoup d'elle-même dans le personnage de Merrycat. Si dans un premier temps elle a essentiellement écrit des livres pour enfant, elle a rencontré un succès considérable aux U.SA dès qu'elle a abordé la littérature d'horreur. Personnage excentrique s'autoproclamant sorcière, on peut également lire d'elle (toujours chez Pocket) « La loterie » et « Maison hantée. »

« Nous avons toujours habité le château.», Shirley Jackson, Pocket, (chronique parue une première fois en février 1999)

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08/07/2010

Les ptites poules s'animent sur France 5

Ptites poules.jpgLes P'tites Poules, célèbre collection de livres de Christian Jolibois et Christian Heinrich publiée aux éditions Pocket Jeunesse a fait l'objet d'une adaptation en dessin animé. La diffusion a débuté fin juin, chaque samedi et dimanche à 9h30, dans Ludo Zouzous sur France 5. Les P’tites Poules c'est un succès de librairie avec 1 million de livres vendus en France et déjà 10 tomes de parus. Les plus jeunes retrouveront l'esprit des livres illustrés et les deux héros, Carmen, Carmelito dans des voyages extravagants, découvertes surprenantes, prises de risques hasardeuses, décisions astucieuses, résolution de problèmes apparemment insurmontables. Ces héros, qui ne reculent devant rien, entraînent les jeunes téléspectateurs dans leurs rêves les plus fous.

Serie_Vie-au-Poulailler.jpgSur le chemin de leurs aventures, Carmen et Carmélito vont croiser des personnages célèbres, des héros de contes, de grands mythes ou de romans. Echange surprenant et amusant entre deux mondes. La confrontation est saisissante. Ces rencontres permettent aux héros Carmen et Carmélito de revenir au poulailler avec une solution inattendue. Ils auront ainsi l'occasion de croiser Robin des Bois, le monstre de Frankenstein ou le chat botté. Réalisés en 3D, ces petits dessins animés enchanteront les matinées des enfants durant tout l'été. Une 3D très lumineuse et à la mode. Mais à choisir, on préfèrera les superbes aquarelles de Christian Heinrich.

Couverture_livre_Poule _T10.JPG« Les P'tites poules » chaque samedi et dimanche à 9 h 30 sur France 5. Les livres sont disponibles chez Pocket Jeunesse.

20/04/2010

Premiers polars, premiers prix

« Et on dévora leur cœur » de Sylvain Blanchot et « Turpitudes » d'Olivier Bocquet : deux premier romans primés pour des auteurs prometteurs.

 

Turpitudes.jpgLe premier vient d'être publié par les éditions du Masque car il a remporté le prix du premier roman au festival de Beaune. Le second intègre la collection thriller de Pocket après avoir séduit de milliers d'internautes qui ont voté pour son manuscrit en ligne. Sylvain Blanchot et Olivier Bocquet sont des débutants surdoués qui devraient compter dans les années à venir.

La découverte de nouveaux talents est souvent une des motivations premières de certains éditeurs. Ainsi il existe plusieurs filières pour tenter de mettre la main sur la perle rare. Une des plus originale a été lancée l'an dernier : un concours qui mettait à contribution les internautes pour donner leur avis et désigner le manuscrit gagnant. Thriller Mania a permis à 40 000 personnes de désigner les résumés les plus prometteurs puis de juger sur pièce en découvrant les premier chapitres.

A ce petit jeu, fin juin 2009, c'est Oliviou qui l'a emporté pour son histoire intitulée « Les minicrobes ». Quelques mois plus tard le pseudo a laissé la place à un véritable auteur : Olivier Bocquet. Publié dans la collection thriller entre Harlan Coben ou Maxime Chattam (qui faisait partie du jury), il propose « Turpitudes ».

Fin 2003, plusieurs phénomènes extraordinaires vont bousculer la quiétude de Fontainebleau. Meurtre sanglant, émeute et épidémie vont transformer la ville tranquille en nid de problèmes insolubles. Des événements qui semblent indépendants les uns des autres mais qui pourtant sont reliés secrètement.

C'est cet enchaînement de coïncidences qu'Olivier Bocquet va raconter avec brio, d'une plume alerte non dénuée d'humour et de fantaisie. On remarque en premier lieu dans ce premier roman la maîtrise de l'intrigue et le bon timing pour présenter les différents protagonistes. On surfe ainsi du maire ripoux à Rachel, sa fille désabusée, du prof opportuniste à la petite racaille flairant le bon coup. Un roman classique entrelardé de faits divers véritables (tirés de la presse locale) et d'extraits du journal intime de Rachel. Et comme tout thriller qui se respecte, ce n'est pas forcément politiquement correct.

A noter que le concours Thriller Mania vient de débuter pour une seconde saison. Vous avez jusqu'à la mi-août pour déposer en ligne (*) un résumé et le manuscrit de votre thriller. Après sélection du jury, dix projets seront soumis au vote des internautes à partir de septembre. Le nom du lauréat sera dévoilé mi novembre et édité en 2011 par Pocket.

 

A l'américaine

Plus classique est la désignation du prix du premier roman du festival du film policier de Beaune. Un jury, composé de professionnels (journalistes, scénariste, acteur et écrivain), sous la présidence de Jean-Christophe Grangé, choisit le manuscrit qui est édité dans la prestigieuse collection du Masque Jaune. Cette année c'est Sylvain Blanchot qui est distingué pour « Et on dévora leur cœur », un thriller digne des meilleurs romanciers américains. Il est vrai que l'action se déroule de l'autre côté de l'Atlantique et que la tension, omniprésente dans l'histoire, donne ce petit air très américain. Samuel Johnson, le héros, cherche à sauver sa peau. Il est poursuivi par les tueurs de Miguel Beaumont, l'homme à qui il a volé 50 000 dollars. Il se réfugie à Murton Caves, une petite localité au pied de la montagne. Mais sur place, il va devoir affronter un danger encore plus grand.

Particulièrement abouti, ce premier roman est plus que prometteur. Son auteur a de fortes chances pour rejoindre la petite légion des auteurs de polar français qui comptent.

« Turpitudes », Olivier Bocquet, Pocket, 6,50 €

« Et on dévora leur cœur », Sylvain Blanchot, Le Masque, 6,50 €

 

(*) : Vous pouvez vous inscrire, pour déposer un manuscrit ou tout simplement donner votre avis sur les projets présentés, à l'adresse internet http://www.thrillermania.fr/


15/03/2010

La guerre au gras

Mon gras et moi.jpgSur les blogs, les expériences de régimes fleurissent comment explosent les grains de pop-corn dans une casserole chaude. Gally a été une pionnière dans le genre. Mais cette dessinatrice, plutôt que de raconter ses menus dans le détail, a préféré mettre noir sur blanc son mal-être de grosse. Cela donne des planches indépendantes les unes des autres, parfois hilarantes, souvent graves et tristes. Certes cela ne fait pas maigrir, mais cela permet de mieux vivre sa condition de « gros » et surtout donne l'occasion aux autres, les normaux, de comprendre pourquoi certaines réflexions ou attitudes peuvent être difficiles à vivre. Cette BD a fait une première apparition sur le net. Remarquée, elle a été publiée une première fois par les éditions Diantre. Elle inaugure (en compagnie de « Moi vivant, vous n'aurez jamais de pause » de Leslie Plée) une nouvelle collection lancée par les éditions Pocket. La réédition en poche d'une BD « immense » à un prix tout « maigre ».

« Mon gras et moi », Pocket, 5,90 €

 

07:21 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gally, diantre, pocket

30/06/2009

« La science peut alimenter l’imaginaire »

 

Avec son « Prince des nuages », Christophe Galfard nous emmène dans latmosphère - au sens propre - qui le fascine et dont personne ne sortira indifférent.

 

prince_des_nuages.jpgGrand, svelte, brun aux yeux tour à tour malicieux ou sérieux, le sourire ravageur, à 33 ans, Christophe Galfard a tout pour séduire. Dautant quil ne se contente pas davoir la tête bien faite mais également bien pleine ! Bref, impossible de résister à ce scientifique de haut niveau - école dingénieurs en France suivi dun DEA en mathématiques à Cambridge (excusez du peu !) pour finir par un doctorat en physique théorique sous la direction du célèbre astrophysicien Stephen Hawking, grâce auquel il devient spécialiste des trous noirs et de lorigine de lunivers.

 

Tout le passionne !

Mais la plus grande qualité de C. Galfard reste sans doute son humilité désarmante et aussi son désir de transmettre son savoir. « Cela fait partie dun être humain que dessayer de comprendre le monde qui nous entoure » déclare-t-il. Même si vous êtes un parfait néophyte en la matière, il aura le plaisir et la patience de vous expliquer simplement les choses et je puis vous lassurer, vous vous sentez nettement plus intelligent après son intervention ! « Jadore les histoires, confie-t-il, les raconter, vivre au travers delles nous ramènent vers notre réalité. Ce qui me plaît cest léchange parce quen transmettant je reçois énormément aussi ».

Selon lui, « la science est obligatoire parce que les solutions sont basées sur des choses rationnelles ».

Nallez pourtant pas vous imaginer que, comme pas mal de scientifiques, tout le reste lui paraît dérisoire. Son livre le prouve dailleurs, où lon trouve des passages poétiques, dautres drôles qui forment un parfait équilibre avec les encadrés scientifiques. « Jai lu beaucoup de poésies. La science est incroyablement poétique. Une des caractéristiques de la poésie est de se retrouver minuscule dans un monde incompréhensible. »

 

Un roman en symbiose avec la science

Christophe_Galfard_couleur_(c)__François_Lebel.jpgEntre le jeune Tristam, le « rêveur » du groupe, son ami Tom et Myrtille, fille du roi des nuages du nord , détrôné par le Tyran, existent une complicité sans faille. Tous vivent dans un village bâti sur un nuage destiné à cacher Myrtille et paradoxalement, on entre dans lhistoire avec une facilité déconcertante, même si chacun sait que sexiler sur un nuage paraît plutôt allégorique ! Le paradoxe est dailleurs toujours présent puisque les habitants y font pousser du riz ! « Jai beaucoup réfléchi à ce qui pourrait croître sur ce qui nest finalement que de leau et jai donc pensé au riz », sourit C. Galfard.

Hélas le Tyran finit par retrouver le nuage et décide de faire non seulement de tout le peuple ses esclaves mais en sus dinterférer sur le climat de la terre pour en faire une arme de guerre. Seule Myrtille se voit proposer par le Tyran lui-même de régner à ses côtés. Quant à Tristam et Tom, ils ont réussi in extremis à senfuir avant la capture générale sur une moto libellule programmée pour arriver dans un lieu bien précis. Tristam réussit à emmener un petit paquet soigneusement ficelé par sa mère, quant à Tom, il serre contre son cœur un livre quil a découvert quelques jours plus tôt à la bibliothèque « Lart subtil de la guerre des nuages ». Il est persuadé que, grâce à sa trouvaille, il pourra devenir Maître des Vents, battre le Tyran et ainsi sauver son peuple.

Le roman est scandé dencadrés scientifiques, dosés juste comme il faut pour ne pas lasser le lecteur et extrêmement intéressants. Agrémentés de graphiques, ils sont à la portée des enfants à partir de neuf ans mais les adultes y trouveront aussi leur compte ! Les illustrations de Vincent Dutrait, auquel on doit aussi la couverture, toutes en noir et blanc, sont très expressives et traduisent un petit côté mélancolique qui nest pas sans rappeler que sur terre - et dans les nuages - il se passe des choses terribles au niveau de lécologie pour ne citer que celle-là. Et la guerre bien évidemment. « Une terrible vérité venait de le frapper de plein fouet : les batailles, les conflits et les guerres impliquent toujours des enfants ». Mais comme le fait remarquer C. Galfard, « il faut bien commencer par la mélancolie pour trouver la joie ! »

 

Un travail de chaque instant

C. Galfard ne sen cache pas, il a beaucoup travaillé sur ce qui est devenu un petit bijou. « Parfois, jai du mal, mais jadore quand même ! La recherche cest un peu pareil, il faut faire preuve dune imagination incroyable. La vraie recherche commence là où lon ne sait plus ce qui se passe. Et mon inspiration est basée à 95% sur la science, le reste vient des lectures et dun peu dimagination ». Quand je vous disais quil navait pas la grosse tête… « Et puis, jai adoré faire de petits clins dœil aux lecteurs mais aussi à moi-même ».

On attend avec impatience la suite dans un an.

Alors, chers parents de vos petites ou grandes têtes blondes, à présent que les vacances arrivent, petit conseil dinitiée, privilégiez le livre de C. Galfard à quelques devoirs de vacances. Ils en retiendront et en retireront certainement beaucoup plus. Et rien de vous empêche de le leur emprunter ! Parce quà mon sens, Christophe Galfard est sans conteste un vrai prince des nuages.

Fabienne HUART

« Le Prince des nuages », Christophe Galfard, Pocket Jeunesse, 19 €.

Christophe Galfard a également participé à l'écriture de “Georges et les secrets de l'univers” de Stephen et Lucy Hawking (Pocket jeunesse, 6,90 €) Photo : François Lebel

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26/04/2009

Thrillermania : le concours

triller.JPGLes éditions Pocket organisent un concours pour découvrir l'auteur de thriller de demain. Les candidats, qui n’ont jamais été publiés par une maison d’édition, vont pouvoir déposer leur manuscrit complet et un résumé via un site Internet : www.thrillermania.com.
Après lecture par un comité dédié, les résumés seront mis en ligne pour recevoir l’avis indicatif des internautes. À partir du 28 mai, le comité de lecture ne retiendra que 10 candidats. Ensuite, par vote éliminatoire, chapitre après chapitre, les internautes désigneront le vainqueur en 3 phases de lectures successives.
Enfin, le 29 juin après-midi, ce sera le moment de la révélation du gagnant dont le roman sera ensuite édité par Pocket début 2010.
Site Internet : www.thrillermania.com

09:12 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : pocket, concours, thriller

19/02/2009

QUAND UN AUTISTE ENQUÊTE APRÈS "LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN..."

bizzarre incident.jpg


Christopher Boone vit dans une petite ville anglaise en compagnie de son père. Agé de 15 ans, Christopher est différent des autres adolescents. Il est autiste. Pas mongolien, loin de là, mais il n'arrive pas à intégrer une vie sociale normale. Par exemple il adore les maths. Résoudre des problèmes est un jeu d'enfant pour Christopher.
Et compter le calme. Mais Christopher ne supporte pas qu'on le touche. Dès qu'il est contrarié il grogne ou se met à crier. Il est parfaitement conscient de ses problèmes comportementaux. Vers le milieu de ce roman de Mark Haddon, Christopher liste ces actions qui le desservent. Il relève notamment : "Crier quand je suis fâché ou déconcerté, ne pas aimer ce qui est jaune ou brun, refuser de manger si différentes sortes d'aliments se touchent, frapper les autres, détester la France..." Bref la vie avec Christopher n'est pas toujours facile. Son père qui l'élève seul est souvent sur le point de craquer.

Qui a tué le chien ?

Un événement dans le quartier va faire basculer la vie de Christopher. Un jour, il découvre le corps du chien de la voisine, transpercé par une fourche. L'adolescent, qui aime lire les romans policiers, se met en tête de découvrir le meurtrier du pauvre animal. Il va se lancer dans une enquête, et raconter dans un cahier la progression de ses recherches. C'est ce livre que le lecteur découvre, la prose d'un autiste qui raconte sa vie comme il pense. Parfois c'est très clair, d'autre fois c'est particulièrement tordu et emberlificoté.
Son enquête va conduire Christopher loin de son monde quotidien. Il va devoir prendre le train puis le métro et se déplacer seul à Londres. Or, Christopher a peur de la foule. Il compare son esprit à un disque dur d'ordinateur. Il a des difficultés à faire plusieurs choses en même temps et quand il est sollicité par trop de nouveautés à la fois, il se met en vrille et se déconnecte.

De l'évolution de l'espèce humaine.
Quand il est en train par exemple, le simple fait de regarder le paysage le trouble au plus haut point car il ne peut s'empêcher de tout observer et de tout enregistrer, avec les possibles conséquences : " Ça m'a fait penser qu'il devait y avoir des millions de kilomètres de voies ferrées et qu'elles passaient toutes devant des maisons, des routes, des rivières et des champs, et ça m'a fait penser au nombre incroyable de gens qu'il y a dans le monde et ils ont tous des maisons, des routes pour y rouler dessus, des voitures, des animaux domestiques et des habits et ils déjeunent tous, ils vont au lit et ils ont des noms et ça m'a fait mal à la tête aussi, alors j'ai refermé les yeux, j'ai compté et j'ai grogné." Durant son périple, Christopher aura quelques blancs du même type. A côté de ces situations extrêmes il est doté d'une intelligence réellement supérieure à la moyenne, parvenant parfois à analyser la situation avec une justesse extrême. A propos de l'évolution des humains et des religions, il a une théorie imparable : "Les gens qui croient en Dieu pensent que Dieu a mis l'être humain sur terre parcequ'ils s'imaginer que l'être humain est le meilleur animal du monde.
Mais l'être humain n'est qu'un animal et il évoluera pour produire un autre animal, et cet animal sera plus intelligent que l'être humain et il enfermera les hommes dans un zoo, comme nous enfermons les chimpanzés et les gorilles."
Laissez-vous emporter au pays des chiffres, des listes et de la logique imparable par Christopher Boone. Vous ne le regretterez pas et ne regarderez jamais plus les autistes avec les mêmes yeux...
"Le bizarre incident du chien pendant la nuit", Mark Haddon, Pocket Jeunesse, 19 euros

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03/05/2008

Dans les coulisses avec Molière

« L’homme qui a séduit le Soleil » de Jean-Côme Noguès plonge les jeunes lecteurs dans le monde du théâtre, le devant de la scène comme les coulisses obscures.

5e4e8432846cd617f3d911ce13cada69.jpg« Si certaines scènes de ce roman semblent si vivantes, c’est qu’il y a beaucoup de vécu dedans. » Jean-Côme Noguès, l'auteur de « L'homme qui a séduit le Soleil », n’a pas été dans la troupe de Molière. Par contre durant les années 50, il faisait partie de la compagnie Renaud-Barrault. « Le théâtre était une vraie vocation pour moi, se souvient-il. J’ai débuté à Carcassonne avec Henri Gougaud puis j’ai suivi les cours d’Andrée Bauer-Thérond à Paris. Après une expérience avec la troupe du théâtre du Peuple, j’ai rejoint la célèbre compagnie. Mais je n’y ai jamais que porté des hallebardes… » Il a également participé à des tournées à l’étranger, mais à 30 ans, ayant charge de famille et peu d’espoir de faire une réelle carrière, il a préféré retourner dans l’enseignement et s’est mis à écrire pour la jeunesse. Avec le succès que l’on sait, son « Faucon déniché » étant un best-seller depuis plus de 20 ans.

Souvenirs sur les planches
Ce nouveau roman, raconte, en 1661, la découverte par un jeune homme impétueux du milieu du théâtre. La boucle est bouclée. Il aura, avec près d’un demi-siècle d’attente, mis un peu de ses souvenirs dans ce texte, hommage au théâtre, à Molière et aux saltimbanques osant prendre la route pour présenter, de village en village, leurs comédies sources de rires et de détente.
Gabriel, le jeune héros du roman, subsiste dans Paris en donnant la réplique à un comédien dans des improvisations qui font rire les passants sur le Pont-Neuf. Dans la foule, un certain Molière repère ce sacripant si leste de la langue et aux mimiques expressives. Il lui propose de le prendre dans sa troupe. Gabriel se voit déjà, donnant la réplique aux célèbres actrices que sont Armande ou Madeleine Béjart. Mais il sera finalement moucheur de chandelles. Un rôle aussi ingrat que celui de porteur de hallebardes…

Devant le Roi Soleil
Mais en intégrant la compagnie du Palais-Royal, Gabriel va vivre avec cette communauté, bouillonnante, joyeuse et novatrice. Il y apprendra beaucoup et pourra enfin s’extraire de la vie de misère qui lui semblait promise. Il aura ainsi l’occasion de jouer les figurants, devant le roi Soleil en personne, dans une pièce créée par Molière spécialement pour l’inauguration du château de Vaux-le-Vicomte, petite folie de Fouquet, surintendant de Louis XIV, ce dernier y trouvant l’inspiration pour imaginer Versailles.
Ce roman, en plus de faire découvrir les coulisses du théâtre de Molière, apprend beaucoup au lecteur sur quelques épisodes de l’Histoire de France comme l’arrestation de Nicolas Fouquet et la mise en place, par le roi Soleil, d’une monarchie totale de droit divin. Un volet historique encore plus développé à l'avenir car le roman sera réédité, dès cette rentrée, en format livre de poche avec un cahier pédagogique supplémentaire de 40 pages.

« L’homme qui a séduit le Soleil » de Jean-Côme Noguès, Pocket Jeunesse, 16 euros.


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15/03/2008

Notre-Dame des barjots

a0a99caed65cc79ee466ff8a768c32eb.jpgNotre société va de plus en plus mal. Ce n'est pas un propos de voisin blasé improvisé sociologue de bazar autour d'un barbecue trop arrosé mais la constatation bien réelle du docteur Véra Cabral, psychiatre aux urgences en région parisienne imaginée par Virginie Brac. Après une nuit pas plus chargée que les autres, elle reçoit un appel de son chef de service, le professeur Russel. Il lui demande de venir le plus vite possible à son domicile pour une intervention cruciale.
Dans la chambre du fils de ce ponte de la médecine, gît une jeune fille, massacrée au couteau. Dans un coin de la pièce, elle voit le fils de son patron, Fred, recroquevillé, semblant divaguer, visiblement dément ou sous l'emprise d'une puissante drogue. Rapidement les policiers font leur entrée en scène. Menée par la lieutenante Sanchez, sorte de Bérurier femelle avec un peu plus d'intelligence, l'enquête progresse vite. Tout accuse Fred. Le père ne nie pas. Il exige simplement de Véra qu'elle certifie qu'il s'agit d'une crise de démence qui épargnera la prison à son fils. Véra, individualiste et assez réfractaire aux ordres, ne l'entend pas de cette oreille. D'autant qu'elle est persuadée que Fred n'est pas l'assassin de sa camarade de classe. Elle va donc mener sa propre enquête, malgré les menaces de son patron, de la mère de la victime et des policiers rêvant en secret d'épingler le fils d'un notable.
Virginie Brac déroule son intrigue avec une maestria redoutable. Sans pour autant négliger la vie privée de Véra, jeune femme de 33 ans espérant toujours rencontrer le grand amour mais qui n'a jamais osé s'abandonner dans les bras d'un homme.
On découvre au détour de deux interventions la famille envahissante de la psychiatre, ses amitiés avec les travestis faisant le tapin, son dégoût de la hiérarchie et des ambitions professionnelles. Un roman au cours duquel le lecteur est constamment ballotté entre les scènes de pure action, de violence brute mais aussi de réflexion intense et de psychologie très fine.
De quoi contenter tout le monde avec, et c'est peut-être là l'essentiel, une héroïne très humaine qui a toutes les chances de trouver parmi les lecteurs beaucoup de compréhension et de compassion.

"Notre-Dame des barjots" de Virginie Brac au Fleuve Noir et rééditié en poche chez Pocket, 6,40 €


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15/11/2007

Les insurgés d'un monde "parfait"

Commencée en mai dernier avec « Uglies » (mochetés), Scott Westerfeld poursuit la saga de son héroïne Tally Youngblood avec « Pretties » (beautés).

dc843b6de1b391c2d5c063c39c4e46bb.jpgUglies, Pretties, Specials et grands Pretties vivent dans un monde sans voitures, sans pétrole, respectueux de la nature, après la mort des humains qui l’avaient décimé. Les grands Pretties, les adultes, occupent des postes tels que médecins, chercheurs ou gardiens, les Uglies, les enfants, s‘amusent entre eux, les Pretties adolescents, vivent dans l‘insouciance. Tout ce petit monde se trouve sous la houlette des « Specials », sortes de supers Pretties, aux supers pouvoirs, à l’intelligence aigüe et à la vigilance redoutable. Un pas de travers et les Specials débarquent pour remettre de l’ordre.

Un monde parfait
Dans l’univers des Pretties, tout est dédié à la beauté et à la perfection. Les enfants restent Uglies et vivent ensemble avec un seul but dans la vie, dès l’âge de 16 ans, subir l’Opération qui les rendra beaux. Mais il y a toujours des réfractaires, dont Tally Youngblood. La petite maligne se rend vite compte que l’Opération qui les rend parfaits leur fait aussi subir une sorte de lavage de cerveau qui, entre autres effets, oblitère entièrement leur « vie d’avant », celle où ils étaient d’insouciants Uglies, toujours en train de faire des (petites) bêtises et d’essayer par tous les moyens de tromper la vigilance des gardiens pour faire des incursions dans le monde des Pretties, qu’ils admirent tant. Chez les Pretties, l’insouciance est de rigueur. Leurs seules préoccupations est de se creuser la cervelle pour trouver un costume indispensable au bal costumé de ce soir. Pour Tally, le challenge est double et il ne faut surtout pas qu‘il soit « foireux » : il lui faut dénicher un costume assez « intense » pour être admise dans la bande des « Crims », très populaire dans la cité. Ces deux mots, foireux et intense étant d’usage plus que courant chez les Pretties.

Les « fumants »
Quand elle était encore Uglies, Tally s’est échappée un jour du village pour aller rejoindre les « Fumants » une bande de hors-la-loi, qui refusent de subir l’Opération et où elle rencontre David. Ils vivent en communauté dans un village dont le lieu est tenu secret, la « Fumée » et qu’il ne faut surtout pas que les « Specials » trouvent sous peine de « lobotomie » et d’Opération assurées de tous les résistants. Mais Tally, sans le vouloir, a trahi le secret du lieu grâce à un « mouchard ». Résultat, débarquement des Specials et fuite généralisée.
Depuis qu’elle est devenue Pretty, Tally navigue de fêtes en fêtes avec son amie Shay, son ami Peris, tous deux connus quand ils étaient encore Uglies et son plus qu’ami Zane. Un soir, lors de la fête costumée où elle est déguisée en « fumante » grâce à un vieux sweatshirt fabriqué à la Fumée et oublié dans un coin de placard, elle est abordée par Croy, un des fumants venu en grand secret chez les Pretties. Il lui remet deux petites pilules qui devraient la guérir de son état de Pretty et lui remettre la tête sur les épaules. Que vont devenir Tally et ses amis les Crims ? Vous le saurez à coup sûr très vite parce que « Pretties », une fois entamé, se dévore jusqu’à la dernière page. Et c’est là qu’on râle parce que le tome suivant ne sortira qu’en 2008! Destiné aux jeunes adultes au départ, la richesse et les rebondissements du scénario en font un très bon livre de SF soft, que les plus âgés apprécieront également. Les questions posées par le récit, sur la beauté et l’usage qu’on en fait, sur une volonté de perfection encouragée par notre société face au droit à la différence, ouvrent des horizons plus larges. « Quelques bons tours ne suffisaient pas à rendre chacun intense, semblait-il; il fallait vouloir changer de mentalité. Peut-être que certaines personnes avaient toujours été Pretties dans leur tête, avant même que l’on invente l’Opération. Peut-être que certaines personnes étaient plus heureuses ainsi. »
Seul petit bémol, si vous n’avez pas lu le premier, ce deuxième volet de la série ne donne des indications qu’au compte-goutte des événements antérieurs. Alors, reste à faire d’une pierre deux coups, faites l’emplette des deux, leur prix, plus que raisonnable vous le permet. Une bonne idée aussi de cadeau de Noël pour vos grands ados. Succès assuré.

"Pretties", Scott Westerfeld, Pocket jeunesse, 13,50 euros


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22/04/2007

Le réveil du Chirurgien

medium_Le_chirurgien.jpgIntelligente, certes, acharnée du boulot et du travail bien fait, il ne manque à Jane Rizzoli, inspecteur de la brigade criminelle de Boston, que la beauté qui fait se retourner les hommes sur son passage. En tant que femme dans un univers d'hommes, elle ne s'entend qu'avec peu de ses collègues mais apprend à faire confiance à Thomas Moore, son équipier. Depuis plusieurs semaines, les inspecteurs de la brigade sont sur les dents. Des jeunes femmes sont retrouvées torturées et tuées à leur domicile et le meurtrier, surnommé très vite le chirurgien, prélève l'utérus de chacune d'entre elles.
Fait troublant, trois ans auparavant, un serial killer observait le même modus operandi. Mais il y a un bug, et de taille, puisque la dernière victime de l'assassin, le docteur Cordell, a abattu celui-ci alors qu'il s'apprêtait à « l'opérer ».
L'étau se resserre autour du tueur, les inspecteurs de la brigade ayant plusieurs meurtres similaires à examiner afin de débusquer celui qui terrorise Catherine Cordell en lui envoyant des « messages » de très mauvais goût. Rizzoli, écartée de l'enquête à cause d'une « bavure » qu'elle aurait commise fait cavalier seul pour affronter le tueur. Son équipier Thomas Moore ne ménage pas sa peine, lui non plus, d'autant qu'il ne peut s'empêcher d'être troublé par le charme du Docteur Cordell. Un triller haletant, effrayant, bref, passionnant !
« Le Chirurgien », Tess Gerritsen, Pocket, 7 euros.

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PS qui n'a rien à voir : ce dimanche, lisez, bien entendu, mais votez aussi... Pour qui vous voulez, mais votez.

07:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Pocket, Gerritsen

28/07/2006

"Sur ses traces", thriller on the rocks

Un tueur en série, une medécin légiste, un policier en plein doute, un maire prêt à tout pour garder le pouvoir : ce thriller d'Elizabeth Becka se distingue par la colmplexité de la psychologie des personnages.

medium_sur_ses_traces_bis.jpgElle même médecin légiste dans la police de Floride, Elizabeth Becka sait de quoi elle parle dans ce roman policier. Seule différence, son héroïne, Evelyn James, officie à Cleveland, ville froide et sinistre du nord des USA. L'action se déroulant en hiver, en plus des forces du mal, elle devra en permanence lutter contre le froid, la neige et le verglas. Evelyn est appelée un matin de novembre sur la scène d'un crime. Au bord de la rivière charriant ses eaux glacées, des promeneurs ont découvert le corps d'une jeune femme. Les deux pieds pris dans un seau rempli de ciment, elle est en plus enchaînée. Sur place, Evelyn va rencontrer un nouveau policier, David, et rapidement comprendre que la victime n'était pas morte quand elle a été précipitée dans l'eau. Commence alors le travail long et fastidieux des enquêteurs scientifiques. En plus de l'autopsie, Evelyn va relever les différentes fibres encore collées aux vêtements de la morte, tenter de découvrir la provenance du ciment et des chaînes. Mais tout va s'accélérer quand un second corps est découvert trois jours plus tard à proximité du premier. Et si la première victime est encore une inconnue, la seconde est beaucoup plus connue : Destiny Pierson est la fille du maire. Ce maire noir très ambitieux qui a été également le premier amour d'Evelyn il y a une vingtaine d'années. Les personnages principaux sont en place, le grand bal des apparences peut débuter.

Une lente agonie
Si Elizabeth Becka concentre son roman autour de l'enquête d'Evelyn, elle décroche parfois pour raconter avec un luxe de détails les affres des victimes. Un long chapitre est ainsi consacré à la captivité de Destiny et son agonie. Car la jeune fille, consciente alors que le ciment est en train de prendre autour de ses pieds, parviendra à se défaire de ses liens alors quelle est plongée dans l'eau glacée. Parvenue sur la berge au prix d'un effort surhumain, elle se croira sauvée avant de croiser une nouvelle fois le tueur. Un tueur mystérieux et aux pratiques d'un rare sadisme. Evelyn, qui a elle aussi une fille, Angel, âgée de 16 ans, ne peut que trembler pour sa progéniture. Et en pratiquant ses examens sur les cadavres en compagnie de David, elle s'interroge : « Je ne cesse de me demander ce que l'on peut ressentir, à voir ce ciment sur ses pieds, à entendre le bruit de l'eau et savoir qu'on n'a plus que quelques minutes à vivre. Ce n'est pas seulement la noyade, mais le fait de geler et de se noyer. L'eau doit donner l'impression d'être poignardée par des glaçons, et en même temps pas assez froide pour vous faire mourir instantanément, ni vous engourdir suffisamment pour ne pas ressentir la douleur lorsqu'on ne peut plus retenir sa respiration. »

Personnages complexes
Ce premier roman d'Elizabeth Becka, sans sombrer dans la complexité des enquêtes scientifiques, se distingue surtout par les interrogations des protagonistes, jamais manichéens, chose assez rare dans la littérature américaine. Evelyn, divorcée, tentant d'éduquer au mieux sa fille adolescente, aime son travail mais risque à tout moment de le perdre. Son chef, fonctionnaire installé, menace sans cesse de la remplacer par un jeune étudiant plus ambitieux. David, le policier, célibataire lui aussi, oublie son mal de vivre dans son travail, préférant aller interroger des proches des victimes tard le soir que de rentrer dans son appartement vide. Des personnages torturés, perfectibles et humains, confrontés à l'abomination au quotidien. Le lecteur se surprend à penser comme eux, à comprendre leurs doutes et à espérer un jour meilleur. Mais ne rêvons pas, nous sommes aux USA...
« Sur ses traces », Elizabeth Becka, Calmann-Lévy, 20,50 €