16/02/2018

De choses et d'autres : Les ados passent au papier

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Les ados ne lisent plus. Du moins, ils ne lisent plus de presse papier. Tout pour le net et les réseaux sociaux. Alors pourquoi lancer « Webuzz » un magazine (100 pages, 3,95 €) destiné à ces mêmes ados captivés par les nouvelles technologies, notamment les Youtubeurs ? Peut-être tout simplement pour accomplir une compilation historique avant la lettre.

Dans quelques siècles, quand tous les disques durs contenant les exploits des Norman, Andy et autres Cyprien seront effacés, obsolètes et démagnétisés, dans un placard au fond d’une maison de campagne qui n’a jamais été raccordée à la fibre, on retrouvera cette revue, aux pages un peu jaunies certes, mais qui resteront le dernier témoignage des stars du début des années 2000.

De nos jours, on s’esbaudit devant de vieux exemplaires de « L’illustration » avec gravures d’époques. Et les célébrités du siècle dernier ont sombré dans l’anonymat. Ce qui ne manquera pas d’arriver aux stars du web actuelles. D’autant que « Webuzz » donne des conseils pour « cartonner avec ta chaîne » (YouTube). À moins que la revue ne soit en réalité destinée uniquement aux parents. Enfin, ils vont comprendre le jargon de leur progéniture. Il y a même un quizz destiné aux vieux (toute personne majeure pour ce genre de public), histoire de les tester et surtout de « rire un bon coup à leurs dépens ! »

Non seulement on ne comprend rien à ce qu’ils racontent, mais in fine c’est pour se moquer de nous. Jeunes, connectés et méchants en plus ! 

30/12/2017

De choses et d'autres : les mots de votre génération

Trouvé sur Internet un tableau reprenant les mots emblématiques apparus chaque année dans la langue française depuis la fin des années 40 selon les nouveautés affichées par le Petit Robert.
 
 
Cela permet de se dresser une sorte de portrait chinois en fonction de sa date de naissance. Parfois on se reconnaît idéalement comme ce membre de Facebook, né en 1976 et qui conserve un attrait certain pour la musique rasta et les couleurs fluos. Un autre, de 2000, n’a pas trop le choix entre bobo et zénitude. Plus compliqué pour le natif de 1997 face au dilemme entre les redoutés spams et les délicieuses panna cotta... Je plains par contre les natifs de 1980. Ils sont la génération perdue ayant vu la naissance de deux symboles de modernités n’ayant pas dépassé la décennie : le minitel et le walkman...
Perso, né en 1961, si j’ai beaucoup utilisé le magnétoscope pour rattraper mes retards en films, je n’ai par contre jamais mis le pied sur la moindre planche de surf. Rire en regardant une vieille VHS de « Jaws », d’accord, risquer de me faire boulotter un mollet voire de me noyer en vrai, pas question.
Plus on se rapproche des dernières années, plus on s’aperçoit que tout ce qui tourne autour d’internet prend le dessus. Comme si les nouveaux terrains d’exploration de l’humanité étaient devenus irrémédiablement virtuels. 1984 : hacker. 1993 ADSL. 1994 : email. 1995 : Gif. 2001 : Wifi. 2009 : hashtag. 2013 : selfie... Pour cette année 2017, le net affirme encore sa supré- matie avec spoiler et emoji.
Et 2018 ? Dans deux jours, quel mot va faire la course en tête ? Quelle mode va envahir nos vies ? Rares sont ceux qui en ont la moindre idée. Et cela reste tout l’attrait de la nouveauté. 

17/11/2017

De choses et d'autres : Ardisson sans cédille

 
Les jeunes, c’est bien connu, sont illettrés et idiots. La preuve, Thierry Ardisson, grand manitou de la télévision depuis trop longtemps le répète à chaque fois qu’il reçoit un invité de moins de 25 ans qui n’exerce pas un « métier noble » (selon son prisme) tel qu’écrivain, politique ou comédien.
Alors quand il a la chance de se payer un youtubeur, il se défoule particulière- ment. L’interview qui en résulte peut servir d’exemple à montrer dans les écoles de journalisme, catégorie : à ne pas imiter si vous ne voulez pas paraître condescendant. Donc notre Ardisson national se retrouve face à Squeezie, expert en jeux vidéo. Jeune aux yeux bleus, Squeezie se filme en train de jouer, donne des astuces, se moque (du jeu ou de lui), blague à tout bout de champ. Résultat, beaucoup d’abonnés le suivent. Ils se comptent en millions, beau- coup plus que les téléspectateurs d’Ardisson. Piqué au vif, celui-ci entreprend une entrevue à charge. Vous avez tué la télévision, pourquoi avoir écrit un livre puisque vos fans ne savent pas lire ; au final il critique carrément le concept : « vous vous filmez en train de jouer, et comme y’a de la pub vous gagnez beau- coup d’argent. » Ardisson qui reproche à quelqu’un de gagner de l’argent avec du vent ! On croit rêver.
Il pousse même le bouchon un peu plus loin en demandant à Squee- zie s’il a l’intention de s’immortaliser alors qu’il mange simplement une pizza. Et là, je me dis que le père Ardisson doit avoir un début d’Alzheimer car, il y a quelques an- nées, sans doute en mal d’idée pour une nouvelle émission, il a tout simplement filmé des repas dans sa salle à manger. On mange, on boit, on discute, on s’insulte... Rien de bien révolutionnaire. Pas mieux que Squeezie. En moins marrant.
Ah, ces jeunes, tellement ignares... Au point d’écrire le nom de Thierry sans cédille.

18:47 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ardisson, squeezie, humour

15/08/2017

De choses et d'autres : Orages, cèpes et embrouilles


Grosse chaleur, orages chargés en eau : les cèpes poussent ! Voilà une activité intelligente en vacances. Ramasser des champignons c’est réunir plusieurs hobbies en un seul. Découverte de la nature, randonnée, gastronomie et, plus rarement heureusement, combat au corps à corps. Car les champignons, comme tout ce qui pousse sur terre, doivent bien appartenir à quelqu’un. Le propriétaire du terrain ou le cueilleur ? Les cèpes ne se cultivent pas, ils poussent seuls, sans l’aide de personne et de façon tout à fait aléatoire. Un peu comme entre l’œuf et la poule, personne n’a jamais pu trancher. Au point que trop souvent des propriétaires interdisent l’accès à ces endroits que certaines familles se repassent pourtant de génération en génération. Hier matin dans un champ du Lot-et-Garonne cette rivalité a franchi un cap. Âgé de 70 ans, un ramasseur de champignons, se doutant d’une belle pousse après les orages, se rend dans un champ qu’il connaît bien.
Effectivement les bolets sont au rendez-vous. Il remplit son panier mais au moment de quitter la place, un homme, le propriétaire, lui entonne l’ordre de restituer sa cueillette. Immédiatement, le ramasseur a sorti un couteau de cuisine (ustensile obligatoire pour nettoyer la récolte au fur à mesure) de son panier et a menacé ce « propriétaire » osant réclamer ces cèpes sans avoir eu à se baisser une seule fois. Face à la détermination du septuagénaire armé, le demandeur a préféré prendre la fuite. Pour la gendarmerie. Il dépose plainte et les gendarmes interpellent dans la foulée le ramasseur de champignons qui, hier après-midi, était toujours en garde à vue.
Quant aux cèpes, de mets d’exception, ils se sont transformés en pièces à conviction. Quel gâchis.

Chronique parue le 15 juillet 2017 en dernière page de l'Indépendant

13/07/2017

De choses et d'autres : Smartphone, alibi téléphoné


« Putain, il est chiant lui ! » La phrase est entre guillemets car elle n’est pas de moi mais du président de l’Assemblée nationale. Mardi depuis son perchoir, François de Rugy, après avoir passé la parole à un député a prononcé, très doucement mais suffisamment fort pour que les micros l’enregistrent, cette sentence peu sympa pour un député communiste. Tollé immédiat sur les réseaux sociaux, la nouvelle chambre de résonance des us et coutumes de la République. Pour se sortir de cette situation compliquée, l’ancien député vert, passé par la gauche tendance socialisme sauce hollandaise pour finalement devenir un ponte de la Macronie a osé sortir l’alibi du smartphone. Certes il a bien prononcé la phrase, mais pas du tout au sujet du député mais de la personne (on ne saura pas son identité...) qui venait de lui envoyer un texto. Jamais au grand jamais il se permettrait d’insulter un élu du peuple... Explication alambiquée qui n’a persuadé personne mais qui permet de clore l’incident, le député mis en cause cautionnant la version du président.
Cet exemple de langue de bois absolue est à l’opposé des tweets et messages sur les réseaux sociaux de la députée « En Marche » de la 3e circonscription de l’Aude. Mireille Robert a acquis une belle célébrité en quelques jours après avoir décidé de commenter les coulisses, en toute franchise, de sa mission de députée. Dans une petite vidéo postée sur son profil Facebook, elle raconte les « interdits » à l’Assemblée nationale comme de boire ou de manger dans l’hémicycle et, plus étonnant, « on ne doit jamais tourner le dos au président de l’Assemblée ». Pourquoi ? Peut-être pour éviter qu’il se mette à vous insulter en sourdine... 

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 13 juillet 2017

12/07/2017

De choses et d'autres : Tous les touristes sont bons à prendre


Incroyable. Encore moqué il y a quelques mois en raison de ses soucis techniques récurrents, le téléphérique de Brest est devenu depuis le début de l’été une des attractions touristiques de la préfecture du Finistère. Les deux cabines du téléphérique, prévu initialement comme un moyen de déplacement doux pour les urbains Bretons, s’est transformé en un lieu qu’il faut absolument visiter et emprunter avant de quitter la ville. Pourtant ils étaient nombreux à se moquer de ce téléphérique planté au-dessus de la rade, loin de tout sommet enneigé.Et quand la mairie de Perpignan a envisagé de construire elle aussi un téléphérique, les ricanements ont été encore plus sardoniques. Paradoxe des gens pleins de certitudes. Comme à la fin du XIXe siècle quand les opposants à la tour de M. Eiffel menaient campagne contre cette abomination qui allait défigurer la plus belle ville du monde. On connaît la suite... Le téléphérique de Brest, à une autre échelle, est sur le point de suivre le même chemin. 
Le tourisme obéit à des règles parfois très complexes. Les responsables sont persuadés que seules les « beautés naturelles » peuvent attirer. Alors qu’en réalité, pour quelques milliers de plagistes en bord de mer,il y a des millions de visiteurs à la Cité de Carcassonne, au Pont du Gard ou sur le Canal du Midi. Des réalisations humaines pas destinées à attirer le chaland mais qui sont devenues au fil du temps les meilleurs atouts de la région. 
Alors imaginez aujourd’hui la renommée du Pays catalan si le projet de téléphérique entre la plaine et le Canigou avait abouti. Le département serait la première destination touristique d’Occitanie mais même de France et d’Europe. Il faut parfois faire confiance aux fous ambitieux. Ce sont souvent des visionnaires.

Chronique parue le 12 juillet en dernière page de l'Indépendant. 

10/07/2017

De choses et d'autres : La souris croquée au sommet du Chat

L’été, certains saisonniers, plutôt que de vendre des beignets sur la plage ou servir des moules à des touristes rouge écrevisse, se font embaucher sur la caravane publicitaire du Tour de France. Voilà un job royal. Fatigant mais original. Les plus anciens se souviennent d’Yvette Horner jouant de l’accordéon au sommet d’une camionnette. On a le public qu’on peut. Aujourd’hui les marques recherchent surtout de jolies hôtesses capables de sourire dix heures d’affilée sans que leur visage ne se transforme en masque d’effroi. Pas évident quand les plaisanteries salaces et autres gestes déplacés accompagnent leur passage en tenue légères, chaleur et élégance obligent.
Hier, parmi les partenaires, le Journal de Mickey a provoqué une grosse frayeur aux organisateurs. La souris mondialement célèbre, sur sa voiture rouge et jaune vantant la diversité de son hebdomadaire, redoutait une des difficultés de la Grande Boucle. Quand Mickey s’est engagé sur la route du Mont du Chat (col hors catégorie), la tension était à son comble.
Qui de la souris ou du chat l’emporterait ? KO technique pour le félin, ses pentes ayant rapidement mis à mal la boîte de vitesse de Mickey. Immobilisé sur la petite route sinueuse, tout le monde a paniqué. La souris, telle la sardine dans le port de Marseille, allait-elle bloquer le peloton ? Heureusement, la caravane publicitaire a beaucoup d’avance sur les coureurs et quand Warren Barguil puis Froome sont passés, la souris avait disparu dans son trou.

Chronique Parue lez 10 juillet en dernière page de l'Indépendant

01/07/2017

De choses et d'autres : Le rire en mode «Data Life »

 


Selon quelques cerveaux de la profession, le data-journalisme est l’avenir du métier. Le journaleux du futur ne tentera plus de former de belles phrases, avec vocabulaire enrichi, descriptions au cordeau et retranscription de l’ambiance à grand renfort de métaphores savamment élaborées. Il devra se contenter de collecter des chiffres, des centaines, des milliers de chiffres (nommées data dans ce futur numérique) et les transformer pour les moins bons en tableaux, pour les meilleurs en cartes et autres infographies lisibles, ludiques et intéressantes. Car comme dans toutes les matières ou spécialisations, on trouve du bon et du franchement mauvais. Rarement les data m’ont intéressé. Sans doute trop compliquées dans ma tête pour comprendre du premier coup ce qui normalement est évident pour les intelligences moyennes du XXIe siècle.
Par contre cette « Data Life » imaginée par le magazine NEON m’a bien plu. Car en plus d’apprendre quantité de choses (souvent futiles, mais notre vie ne l’est-elle pas la plupart du temps), on se marre souvent. Savez-vous par exemple qu’il y a dans les 5 saisons de Game of Thrones, 122 scènes de nudité, 25 plans de foufounes, 39 paires de fesses et 58 poitrines ? Et je repense au salarié qui a visionné ces centaines d’heures de fiction, cochant méticuleusement son tableau quand apparaissaient les fameuses foufounes. Vous parlez d’un sale boulot...
➤ « Data Life », by NEON, Hugo, 16,50 €

11:21 Publié dans Chronique, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : data, hugo image, life, neon

30/06/2017

De choses et d'autres : Contre-jour réussi

La photo officielle d’Emmanuel Macron a été dévoilée hier matin. Le nouveau président y est représenté, debout, les bras appuyés sur le devant de son bureau, la fenêtre ouverte sur le parc de l’Élysée. Il y a les deux drapeaux (France et Europe) de part et d’autre, une horloge, un livre ouvert et, plus discrets, ses deux téléphones portables sur le plan de travail. Il sourit. Deux fossettes se dessinent sur son visage.

Ses yeux bleus ressortent intensément car il fixe l’objectif. Une photo officielle qui sera affichée dans toutes les mairies et qui a été déjà beaucoup commentée sur les réseaux sociaux. Avec unanimité chez les dames : « Mon dieu qu’il est beau ! » Les hommes sont plus partagés. Certes il a une sacrée prestance, mais il y a forcément de la retouche photographique pour atteindre un tel niveau de sex-appeal. Ses lèvres, finement dessinée, sensuelles, impressionnent tout le monde. De mon côté, je me garderai bien de porter un jugement physique. J’essaie de ne pas le faire pour les femmes politiques, autant continuer dans la parité. Mon interpellation vient du côté technique. Jeune journaliste, on m’a appris de ne jamais faire de photo d’une personne devant une fenêtre. Sans flash, il est à contre-jour et le visage dans l’ombre. Avec un flash, on perd tout relief. J’imagine la tête de la photographe officielle (Soazig de La Moissonnière) quand le président lui annonce qu’il veut être photographié ici et nulle part ailleurs. Un sacré défi technique. Même si les possibilités de trucage sont devenues quasi sans limites de nos jours.
Et au final, comme pour synthétiser son programme électoral, Macron a été photographié à l’intérieur ET à l’extérieur. 
(Chronique parue le 30 juin en dernière page de l'Indépendant)

09:23 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : macron, élysée, photo

29/06/2017

De choses et d'autres : Il ne reste plus qu’à pleurer


Est-ce un mauvais alignement des planètes ou l’évolution normale de l’humanité mais j’ai la désagréable impression ces derniers temps que plus rien ne tourne rond. Comme si notre société était en train de virer folle en deux temps trois mouvements. Un sentiment personnel d’être largué, ne plus trop comprendre ce qui arrive. Comment, par exemple, expliquer le succès de l’émission de Cyril Hanouna ? Bête, vulgaire, humiliant : le programme est pourtant de plus en plus suivi. Qui peut trouver de l’intérêt à ces soliloques obséquieux entrelardés de blagues sexistes et autres mots d’une langue inconnue (rassrah, darka...) ? Suis-je à ce point devenu vieux, allergique aux nouveautés ?
Autre exemple, les publicités. Comment imaginer que l’on vende quoi que ce soit en diffusant des spots encore plus mauvais que les sketches tournés dans les MJC au début des années 80 lors des balbutiements de la vidéo amateur. Gifi se distingue dans le genre, si ridicule qu’on ne peut même pas en rire, il ne nous reste plus qu’à pleurer. Pour vendre un jacuzzi, la marque de magasins fait appel à deux stars françaises : Benjamin Castaldi et Loana. Un Castaldi qui surjoue ses prétentions de cinéaste et une Loana choisie uniquement pour se moquer d’elle. Castaldi, à grand renfort de gesticulations et de grimaces, prétend diriger la starlette déchue. Il lui demande de tremper un pied dans le jacuzzi. Et quand elle effleure l’eau, un trucage vidéo la transforme en pin-up jeune et longiligne. Car Loana, selon l’expression populaire, a mal vieilli et pris des rondeurs.
Jouée de manière exécrable, idiote, stigmatisant les gros, cette pub est un ultime signe dans une société en décrépitude. Je serais dépressif, je me flinguerais dans la minute. 
(Chronique parue le 26 juin 2017 en dernière page de l'Indépendant)