01/07/2017

De choses et d'autres : Le rire en mode «Data Life »

 


Selon quelques cerveaux de la profession, le data-journalisme est l’avenir du métier. Le journaleux du futur ne tentera plus de former de belles phrases, avec vocabulaire enrichi, descriptions au cordeau et retranscription de l’ambiance à grand renfort de métaphores savamment élaborées. Il devra se contenter de collecter des chiffres, des centaines, des milliers de chiffres (nommées data dans ce futur numérique) et les transformer pour les moins bons en tableaux, pour les meilleurs en cartes et autres infographies lisibles, ludiques et intéressantes. Car comme dans toutes les matières ou spécialisations, on trouve du bon et du franchement mauvais. Rarement les data m’ont intéressé. Sans doute trop compliquées dans ma tête pour comprendre du premier coup ce qui normalement est évident pour les intelligences moyennes du XXIe siècle.
Par contre cette « Data Life » imaginée par le magazine NEON m’a bien plu. Car en plus d’apprendre quantité de choses (souvent futiles, mais notre vie ne l’est-elle pas la plupart du temps), on se marre souvent. Savez-vous par exemple qu’il y a dans les 5 saisons de Game of Thrones, 122 scènes de nudité, 25 plans de foufounes, 39 paires de fesses et 58 poitrines ? Et je repense au salarié qui a visionné ces centaines d’heures de fiction, cochant méticuleusement son tableau quand apparaissaient les fameuses foufounes. Vous parlez d’un sale boulot...
➤ « Data Life », by NEON, Hugo, 16,50 €

11:21 Publié dans Chronique, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : data, hugo image, life, neon

30/05/2017

De choses et d'autres : un sou est un sou


Ma femme, qui gère les comptes et donc à ce titre se charge de toutes les dépenses du foyer (façon diplomatique de reconnaître que c’est elle qui fait les courses dans 80 % des cas), s’est étonnée au moment de payer par carte bancaire d’un message sur le lecteur. Il lui proposait d’arrondir le montant à l’euro supérieur et de ce fait reverser le surplus, soit quelques centimes, à une association partenaire de l’enseigne.
Hasard de son shopping, elle a été confrontée à deux reprises à ce phénomène, d’abord à Maisons du Monde puis chez Jules. « L’arrondi » est un programme lancé depuis quelques années par la start-up Microdon. Et justement les deux enseignes viennent de rejoindre le mouvement depuis février dernier. L’objectif, louable, est « d’offrir la possibilité aux Français de faire des microdons de manière spontanée à partir des actes de la vie courante. »
Quand on achète donc mais aussi chaque mois quand on perçoit son salaire ou que la banque fait le décompte mensuel. Dans ces deux autres cas, l’arrondi se fait à la baisse. Les entreprises, après accord des salariés, au lieu de verser, par exemple dans le cas d’un smic, 1480,27 euros au salarié, n’en vire que 1480, les 27 centimes sont collectés pour une association. Individuellement cela ne représente pas grand-chose, mais si l’entreprise est importante, cela chiffre rapidement. Microdon a ainsi collecté 1M€ en 2014 redistribués à 250 associations participantes. Une façon simple de faire des bonnes actions. L’ancêtre de la boîte à centimes en quelque sorte dans laquelle nous mettions toute notre ferraille et qui, une fois l’an, était donnée au plus méritant des enfants pour convertir le tout en bonbons pour les plus frivoles, en livret A pour les plus prévoyants. 

29/05/2017

De choses et d'autres : aux mamans oubliées

Hier, des millions d’enfants ont souhaité une bonne fête à leur maman. Une tradition vivace malgré son origine douteuse (imposée par Pétain et son triste « travail, famille, patrie ») et sa récupération mercantile. Ces réserves n’empêchent pas les jeunes et moins jeunes de penser à leur mère au moins un jour par an. Et pour ceux qui ont tendance à l’oublier, les écoles sont là pour maintenir l’habitude. Combien de vases informes en argile ou terre cuite, de dessous de plats en pinces à linge et, champion toutes catégories des cadeaux confectionnés avec amour mais qu’on n’osera jamais porter en public : le collier de nouilles. Des macaronis pas cuits évidemment, peints de toutes les couleurs, enfilés sur une ficelle et transformés dans les yeux des petits en gracieux bijou. Laid et inutile, mais ce ne sont pas les agriculteurs du Lauragais, spécialisés dans le blé dur utilisé dans la confection des pâtes qui s’en plaindront. Rien qu’en colliers de nouilles, ce sont deux exploitations qui écoulent une bonne partie de leur production chaque année. 
Des cadeaux pour les mamans, sauf pour celles des élèves de l’école Singelijn en Belgique. Après deux années de réflexion, les professeurs ont décidé de ne pas bricoler les fameux colliers ni d’autres parures en matériaux récupérés. L’explication officielle me semble un peu fumeuse : selon la presse locale, « les classes sont composées de familles hétérogènes : monoparentales, parents décédés, parents qui ne voient plus leurs enfants, couples homosexuels, etc. La confection des cadeaux pouvait donc générer des souffrances chez certains enfants. » En réalité, je suspecte un enseignant brimé qui par ce refus, se venge de sa maman. 

27/05/2017

De choses et d'autres : Jean-Christophe Averty, « morveux » de génie

 

Il a fait les beaux jours de la télévision, quand il n’y avait qu’une seule chaîne, que l’audimat n’existait pas et que l’imagination était (parfois) au pouvoir. Jean-Christophe Averty a secoué le PAF (paysage audiovisuel français) avant même la création de la TNT et la téléréalité. Voilà bien un genre qu’il ne devait pas porter dans son cœur à en juger par le titre de recueils d’entretiens avec Noël Herpe : « La réalité me casse les pieds ».
Pour France Culture, le réalisateur des « Raisins verts » et animateur des « Cinglés du Music-hall » revient sur cette immense carrière. Un bouquin terminé au début de l’année et qui parait quelques semaines après la disparition de l’interviewé, mort en mars dernier à 88 ans. Il n’est pas tendre pour lui, ni ses contemporains. Mais raconte avec faconde les grands moments de sa carrière. On retiendra notamment la réalisation du film « Autoportrait mou de Salvador Dali ». A la base, Fellini devait réaliser le film. Ce fut Averty. « Et pourtant, en 1966, entre Fellini et Averty il y avait une sacrée différence ! D’un côté un homme génial et de l’autre, le morveux que j’étais ». Le tournage sera épique. Comme toujours quand il s’agit de Dali. Averty pas encore complètement fou, et Dali qui l’était complètement, le résultat a été ébouriffant. « Au final, ce film sur Dali a été mon heure de gloire, estime Averty. Le reste a ressemblé à une lente décrépitude. »
Pourtant, il en manque aujourd’hui à la télévision des Averty en herbe, « des morveux ambitieux dans mon genre » selon sa terminologie.
 ➤ « La réalité me casse les pieds », Plein Jour, 14 €

26/05/2017

De choses et d'autres : Amazing Trump

 

Le premier voyage à l’étranger de Donald Trump est une mine pour les observateurs un peu critiques et prêts à relever toutes les gaffes, bévues et autres incongruités que le nouveau président ne manque pas de commettre. Après l’Arabie Saoudite il rejoint Israël. Dès la descente d’avion il se fend d’une déclaration et le fort vent qui souffle sur Tel Aviv suscite les pires craintes pour sa chevelure péroxydée. Baste, grâce à une couche de laque aussi performante qu’un bouclier anti-missiles et de la colle (peut-être la même que pour le dentier), sa coiffure bouge mais ne rompt pas.
On rit beaucoup moins quand il se rend au mémorial de la Shoah après un détour par le mur des Lamentations où tous les visiteurs de marque laissent un message dans le livre d’or. En 2008, Barack Obama avait rempli une page d’un texte poignant, où il insistait sur le besoin de se souvenir de ceux qui ont péri. Trump se contente de quatre lignes et d’une conclusion un peu abrupte et sans la moindre profondeur selon tous les observateurs : « So amazing + Will never forget » soit « C’est dingue + je n’oublierai jamais ! » Le « amazing » est pour le moins déplacé.
Suite du voyage au Vatican. Là, pas de déclaration mais des photos qui interpellent. Entre sa femme et sa fille, vêtues de noir, un crêpe sur les cheveux blonds, et un pape François taciturne, il est hilare. Le contraste entre son sourire et la gravité du pape est frappant. Enfin il rejoint la Belgique pour une réunion de l’Otan. Là aussi il en a sorti une belle, se déclarant particulièrement heureux de découvrir « cette belle ville qu’est la Belgique ».
Hier il a reçu pour la première fois en tête à tête Emmanuel Macron. S’il continue sur sa lancée, Trump pourrait, au choix, croire que Macron est toujours conseiller à l’Élysée, chercher Sarkozy dans la délégation ou draguer Sylvie Goulard la ministre des Armées françaises. 
(Chronique parue le 26 mai en dernière page de l'Indépendant)

De choses et d'autres : Amazing Trump

 

Le premier voyage à l’étranger de Donald Trump est une mine pour les observateurs un peu critiques et prêts à relever toutes les gaffes, bévues et autres incongruités que le nouveau président ne manque pas de commettre. Après l’Arabie Saoudite il rejoint Israël. Dès la descente d’avion il se fend d’une déclaration et le fort vent qui souffle sur Tel Aviv suscite les pires craintes pour sa chevelure péroxydée. Baste, grâce à une couche de laque aussi performante qu’un bouclier anti-missiles et de la colle (peut-être la même que pour le dentier), sa coiffure bouge mais ne rompt pas.
On rit beaucoup moins quand il se rend au mémorial de la Shoah après un détour par le mur des Lamentations où tous les visiteurs de marque laissent un message dans le livre d’or. En 2008, Barack Obama avait rempli une page d’un texte poignant, où il insistait sur le besoin de se souvenir de ceux qui ont péri. Trump se contente de quatre lignes et d’une conclusion un peu abrupte et sans la moindre profondeur selon tous les observateurs : « So amazing + Will never forget » soit « C’est dingue + je n’oublierai jamais ! » Le « amazing » est pour le moins déplacé.
Suite du voyage au Vatican. Là, pas de déclaration mais des photos qui interpellent. Entre sa femme et sa fille, vêtues de noir, un crêpe sur les cheveux blonds, et un pape François taciturne, il est hilare. Le contraste entre son sourire et la gravité du pape est frappant. Enfin il rejoint la Belgique pour une réunion de l’Otan. Là aussi il en a sorti une belle, se déclarant particulièrement heureux de découvrir « cette belle ville qu’est la Belgique ».
Hier il a reçu pour la première fois en tête à tête Emmanuel Macron. S’il continue sur sa lancée, Trump pourrait, au choix, croire que Macron est toujours conseiller à l’Élysée, chercher Sarkozy dans la délégation ou draguer Sylvie Goulard la ministre des Armées françaises. 
(Chronique parue le 26 mai en dernière page de l'Indépendant)

25/05/2017

De choses et d'autres : la vigne rescapée


L’été est quasi là. Je m’en rends compte tous les jours en allant au travail au guidon de mon scooter. La visière relevée, je profite du paysage et des odeurs. Cinq minutes dans la campagne, cinq autres dans la ville avant de me garer en face du journal.
A ma gauche, des genets d’ordinaires discrets éclatent d’un jaune presque fluorescent. A droite des prairies fraîchement fauchées commencent déjà à sentir le foin sec. Les acacias ont perdu leurs grappes de fleurs blanches, mais le parfum des tilleuls de l’avenue d’Espagne arrivent à surpasser les relents de gaz s’échappements dus aux embouteillages.
Et puis il y a les vignes. Vertes, resplendissantes, aux longues tiges encore intactes et non disciplinées. Enfin les rares qui restent dans cette zone péri-urbaine de Perpignan. La semaine dernière, une nouvelle parcelle a été « traitée » définitivement. Un énorme tracteur, des socs et un rouleau. Déracinés tous ces ceps sans doute trop anciens. Longtemps il ont fourni le raisin avec lequel on confectionne ces vins râpeux, pas forcément goûteux ni distingués mais qui ont fait vivre des générations de viticulteurs. Tous arrachés. Tous sauf un pied, un miraculé, seul au milieu de ces « cadavres » qui déjà font le bonheur des particuliers venus les ramasser pour se chauffer dans deux ou trois hivers. Un petit pied rescapé, vaillant, comme un symbole de ce monde agricole en pleine mutation. Ou disparition penseront les plus pessimistes. 
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 25 mai. Malheureusement le pied de vigne rescapé a disparu quelques jours pus tard...)

23/05/2017

De choses et d'autres : tourner en bourrique

Depuis quelques semaines, le net regorge d’articles sur les « hand spinners », sortes de toupies manuelles en pleine invasion des cours de récréation. Sceptique sur ces modes souvent dictées par un mercantilisme de bas étage (un hand spinner coûte de 3 à 15 € dans le commerce), j’ai pris conscience du phénomène en croisant trois collégiens à la sortie des cours. Tout en discutant, ils faisaient tournoyer frénétiquement leur petit bidule. Le hand spinner, de virtuel, devenait tout à coup réel sous mes yeux ébahis.
Ces jouets, formés d’un roulement à bille central et de trois branches, sont à la base des objets destinés à certains autistes. Ils agissent comme « un exutoire moteur aux tensions et désirs de mouvement » pour les « enfants et adultes hyperactifs ou ayant des troubles de l’attention et de la concentration. » En le faisant tourner le plus longtemps possible et si possible en équilibre sur un doigt, on apprend, en théorie, « dextérité, agilité, motricité et force cinétique.
Problème, aux USA d’où vient la mode, plusieurs écoles ont interdit le hand spinner et en France certains profs aussi commencent à en avoir ras-le-bol. Car loin de se limiter aux récréations, la toupie virevolte en cours. Résultat les élèves n’écrivent plus, écoutent encore moins et quand le jouet tombe, cela déclenche un brouhaha immédiat. A mon avis, le hand spinner ne présente qu’un avantage : il oblige son utilisateur à choisir entre lui et son portable. Moins d’écran ne peut pas nuire à la jeunesse… 
(Chronique parue le 23 mai en dernière page de l'Indépendant)

22/05/2017

De choses et d'autres : la barbe !

La recomposition politique ne présente pas que des avantages. Prenez le nouveau Premier ministre Edouard Philippe, homme de droite passé par le PS, fils spirituel de Juppé, énarque, maire du Havre et… barbu. Ne croyez pas que cet ornement soit anecdotique.
Au contraire, dès le lendemain de sa nomination nombre d’analystes politiques ont relevé ce détail, comme si désormais ses joues plus ou moins velues prenaient autant d’importance que le fond de sa pensée. Signe de virilité assumée pour certains, de paternité bienveillante pour d’autres, ces quelques poils ont beaucoup fait parler d’eux. Jusqu’à dire n’importe quoi sur l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs plus au goût du jour, dans le coup. Pas des hipsters ni des métrosexuels, mais des hommes politiques qui se soucient simplement de leur apparence et ne se rasent pas tous les matins minutieusement en pensant au futur poste important qu’ils espèrent conquérir.
La réalité est peut-être moins belle. Edouard Philippe porte la barbe depuis qu’il est devenu maire du Havre en 2010 à la place d’Antoine Rufenach. Pour se vieillir. Il l’a reconnu. Également pour changer de tête. Dans son parti quelques mauvaises langues trouvaient qu’avec sa calvitie naissante et ses joues lisses, il ressemblait de plus en plus à son mentor Alain Juppé. Car malgré ses 46 ans, le Premier ministre a désormais le cheveu rare. Bref, il utilise sa barbe pour détourner les regards de son crâne lisse. Pour l’instant, le subterfuge fonctionne à merveille. 
(Chronique parue le 22 mai en dernière page de l'Indépendant)

20/05/2017

De choses et d'autres : le vert ne sied pas aux travestis

La parité est une des revendications des écolos. Pour les élections législatives, le parti vert se veut exemplaire. Mais parfois cela pose des problèmes comme dans cette circonscription parisienne. La candidate, Douchka Marcovic, a pour suppléant Thierry Schaffauser. Avant le lancement de la campagne, ils passent par la case photo officielle. Et Thierry, fervent défenseur des minorités, arrive dans ses plus beaux habits... de femme. Ce membre du Strass (syndicat des travailleurs du sexe), souriant, un chien dans les bras, se présente aux électeurs sous son apparence de tous les jours : en travesti. Sympa mais pas du goût des responsables du parti pas si progressiste quand il y a un risque de passer sous les 5 %, la barre du remboursement des frais de campagne. Dans un premier temps ils demandent à refaire la photo. Puis retirent carrément l’investiture au « fautif ». Moralité : le vert ne va pas du tout aux robes des travestis.
(Chronique parue le 20 mai en dernière page de l'Indépendant)