21/12/2017

Des idées cadeaux de films, séries et coffrets...

L’hiver est terminé

Pour ceux qui ont raté le phénomène « Game of Thrones » ces dernières années, voilà l’occasion parfaite de tout découvrir d’un coup. Les sept saisons dans un gros coffret, pour des heures et des heures de plongée dans cet univers violent et inquiétant. Avec en plus quantité de bonus. Et si vous êtes attentif, vous pourrez reconnaître certains lieux de tournage, notamment Gérone en Catalogne.
➤ Coffret Game of Thrones, Warner home vidéo, environ 100 €
Parisiennes


Elles sont cinq. Cinq femmes dans Paris. Valeria Bruni-Tedeschi, Anaïs Demoustier, Naidra Ayadi, Lou Roy-Lecollinet, Zabou Breitman interprètent ces Parisiennes modernes qui vivent, aiment, jouissent et se posent des questions. Ludique et passionnant.
➤ "Paris, etc », Studiocanal
Frenchy-space


Tiré de la BD de Christin et Mézières, l’adaptation de Valérian par Luc Besson est une superbe réussite. Effets, spéciaux, humour, 3D, monstres... Le film n’a rien à envier aux superproductions américaines. A déguster dans son canapé à la vitesse de la lumière.
➤ « Valérian », EuropaCorp
Bébél éternel

Jean-Paul Belmondo (qui pourrait de nouveau tourner prochainement), a longtemps assuré ses cascades lui-même. Ce coffret reprend six de ses films les plus mouvementés dont « L’alpagueur » tourné en grande partie à Perpignan. Du cinéma efficace et spectaculaire.
➤ « Belmondo cascadeur », Studiocanal
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Entre cape, épée et comédie US

S on nom s’est peu à peu effacé de la mémoire collective mais André Hunebelle n’en reste pas moins un grand réalisateur français du XXe siècle. Si la trilogie Fantômas et OSS 117 sont ses films les plus populaires, le cinéaste a aussi révélé Louis de Funès (il lui a donné son premier rôle dans Taxi, Roulotte et Corrida), Bourvil, Jean Marais (avec qui il a tourné « Le Miracle de Loups » dans la Cité de Carcassonne) et même le scénariste et dialoguiste Michel Audiard. Pathé ressuscite deux de ses œuvres issues de sa période de cape et d’épée : « Les Trois Mousquetaires » et « Le Capitan ». Les Trois Mousquetaires est un véritable monument de la littérature française. En 1953, André Hunebelle en fait une adaptation drôle et musclée sur des dialogues de velours. Il faut dire que le scénario est signé Michel Audiard.
Un an après avoir réalisé Le Bossu, André Hunebelle signe Le Capitan en 1960, adapté du roman éponyme de Michel Zévaco, avec la même équipe à succès. Le réalisateur retrouve en effet Jean Marais et Bourvil dans des rôles similaires avec, en prime, Guy Delorme, éternel méchant des films de cape et d’épée, aussi bien chez Hunebelle que chez Bernard Borderie. Une fois encore, le casting est épatant. Jean Marais apporte une touche d’émotion et de justesse à son rôle. Coloré, historiquement fidèle et majestueusement décoré, Le Capitan est une pépite du genre. Vif, rocambolesque et rythmé, le film joue sur les scènes d’action et d’aventure qui se succèdent avec panache.

Qui se souvient de Preston Sturges ? Pas assez de cinéphiles malheureusement alors voilà l’occasion de se replonger dans l’œuvre de ce grand maître de la comédie hollywoodienne, artiste avant-gardiste enfin célébré à sa juste valeur par un objet d’exception ! Ce coffret reprend six trésors restaurés et présentés pour la première fois en HD. Sarcastique dans « Le Gros Lot » avec Dick Powell, Jimmy MacDonald rêve de remporter le gros lot du concours de slogans. Ses collègues lui font croire qu’il a gagné… Il se lance alors dans de folles dé- penses pour ravir sa famille et sa fiancée. Romance dans « Un cœur pris au piège » avec Barbara Stanwyck et Henry Fonda. Après un voyage en Amazonie, Charles Pike, riche héritier, rencontre sur le bateau du retour une femme fatale en quête de mari, Jean Harrington. Elle va bientôt jeter son dévolu sur lui.
Dans le coffret vous retrouverez un livre exclusif grand format (24x30cm à l’italienne) de 188 pages, rassemblant à la fois un texte in- édit de Philippe Garnier (ainsi que des textes sur chacun des films), la biographie de Preston Sturges signée Marc Cerisuelo et un album photo dédié à chacun des films, tiré d’archives rares.
➤ Coffret Hunebelle, Pathé.
➤ Coffret Preston Sturges, Wild Side Vidéo

20/12/2017

DVD et blu-ray : Cette blonde, c’est de la bombe

 


Charlize Theron en «Atomic Blonde » c’est de l’action toutes les 30 secondes, du charme toutes les minutes et des rebondissements tous les quarts d’heure. Un film survitaminé, sorte d’ovni à base d’espionnage, se déroulant entre Berlin Ouest et Est, les trois jours au cours desquels l’Histoire a basculé et le Mur abattu. Reste que sur place, les différents services secrets sont toujours actifs et en plein chambardement. Une liste, recensant tous les agents en poste à Berlin, des deux côtés, est mise à prix. Tous la veulent, des Britanniques aux Russes en passant par les Français et bien évidemment les Américains.
Le meilleur agent anglais abattu, le MI décide d’y envoyer Lorraine Broughton (Charlize Theron) pour récupérer la liste et surtout démasquer un agent double. Le film de David Leitch en plus de nous plonger dans le Berlin de la fin des années 80 (avec la bande originale top de chez top, de David Bowie à The Clash en passant par Nena et son 99 luftballons), film Charlize Theron sous toutes les coutures, habillée, peu vêtue, entièrement nue. Belle ou amochée. Car l’espionne prend beaucoup de coups au cours du film et plus on approche du dénouement, plus ses jolis yeux sont cernés, ses lèvres explosées et ses jambes couvertes de bleus.
De l’action et un beau retournement de situation dans les dernières minutes. Du grand art. 
➤ « Atomic Blonde », Universal vidéo, 14,99 € le DVD, 17,99 € le blu-ray

06/12/2017

Cinéma : "Les Gardiennes", femmes et piliers de la civilisation

 

 


LES GARDIENNES. Xavier Beauvois raconte la guerre 14-18 des femmes restées à l’arrière.


En pleine célébration du centenaire de la guerre 14-18, les films sur cette immense boucherie se multiplient. Après « Au revoir là- haut » de Dupontel, place aux « Gardiennes » de Xavier Beauvois. Point commun entre les deux films, il s’agit d’adaptations de romans et ce ne sont pas les combats qui sont au centre de l’histoire, mais leurs conséquences.


Quand des millions de Français ont rejoint le front, la fleur au fusil, à l’arrière seules les femmes et les anciens sont restés pour faire tourner les fermes et entreprises. Persuadés d’une victoire rapide, cette situation s’est compliquée quand les poilus se sont enlisés dans les tranchées. Le film raconte comment des femmes ont dû se retrousser les manches et faire le travail des absents. Dans cette grosse exploitation agricole avec culture de céréales et élevage de vaches laitières, il ne reste plus que deux femmes pour tout faire. Hortense (Nathalie Baye) et sa fille Solange (Laura Smet) labourent, sèment et récoltent. Un travail harassant qui est normalement effectué par le fils d’Hortense et le mari de Solange. Mais ils sont tous les deux mobilisés.
Alors la patronne se résout à embaucher. Mais plus un seul homme valide n’est disponible. Elle prend donc la jeune et serviable Francine (Iris Bry). Elle deviendra essentielle à la bonne conduite de la ferme. Orpheline, elle a l’impression de se découvrir une famille. D’autant que quand le fils revient pour une permission, ils tombent amoureux. Mais la guerre n’est pas terminée et les trois femmes vont encore rester longtemps seules à gérer la ferme.

■ Trois femmes, trois parcours
Trois femmes sont au centre de ce film réalisé par un homme, mais coécrit avec sa femme, Marie-Julie Maille, également monteuse et actrice. La plus vieille, gardienne des traditions, n’a qu’un but : que tout redevienne comme avant. Sa fille, dont le mari est prisonnier, incarne ces femmes qui, face à l’adversité, s’affirment et prennent de l’assurance. C’est elle qui va moderniser l’exploitation, abandonnant les bœufs pour des tracteurs. Une moderne qui s’ignore. La troisième, Iris, est celle qui va le plus s’affirmer. Naïve, confiante, elle devra pourtant assumer ses choix, se moquant du « qu’en dira-t-on » pour s’épanouir. Le film est ancré dans cette terre de France, parfois féconde, trop souvent boueuse. Réalisation classique, naturaliste, exceptées deux scènes remarquables : le rêve d’un Poilu lors de sa permission, tuant des ennemis sans visages et le ballet de deux mains amoureuses sur les pierres millénaires d’un dolmen. Le tout sur la musique de Michel Legrand.
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Xavier Beauvois dans le texte

Sur la différence entre comédien et acteur : « Le comédien c’est celui qui a fait des études qui a pris des cours de théâtre et qui va se branler la tête à la cantine pour savoir comment il va jouer son personnage. Tandis que l’acteur c’est quelqu’un qui va être le personnage. Moi quand j’ai affaire à un comédien il dégage, je ne veux que des acteurs. Un mec comme Depardieu il va toucher les couilles du photographe de plateau mais dès qu’on dit « Moteur », il va être son personnage. C’est pour ça que je ne vais jamais au théâtre. »
Sur l’adaptation des romans au cinéma. « Si j’ai lu un livre, je ne vais pas voir l’adaptation. Chacun de nous devient metteur en scène en lisant un roman. On va imaginer une fille qui n’aura rien à voir avec celle proposée par le cinéaste. Forcément quand vous allez voir le film vous êtes confronté avec quelqu’un qui a un autre fantasme qui ne va pas forcément vous plaire. En général, on est déçu. »
Le roman qu’il aimerait adapter : « Les mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar. L’intelligence des Romains c’est que quand ils envahissaient un pays, un type du pays pouvait devenir empereur. Hadrien était Espagnol. Ils amenaient du progrès les Romains, ils étaient beaucoup plus malins que ces crétins de Français en Algérie. »
Sur la lenteur de ses films : « Faut pas compter sur moi pour mettre la caméra à l’épaule et faire semblant de la branler pour faire jeune. Ça non, ça va pas le faire. Je ne supporte pas. Le pire pour moi c’est Jason Bourne. Le mec il est à Berlin, on cligne des yeux il est à Rome puis Istambul. Insupportable. »
Tourner avec sa fille de 5 ans : « Elle me disait ‘Oui chef, oui patron’, elle se foutait clairement de ma gueule. »
 ➤ « Les Gardiennes », drame, de Xavier Beauvois (France, 2 h 14) avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry

02/12/2017

DVD : l'amour éternel en colle

« Deux heures de colle ! » Qui n’a jamais entendu cette phrase durant sa scolarité ? Des retenues interminables...


Au sens propre pour Benjamin (Arthur Mazet) qui découvre que ces deux heures se répètent éternellement. Ce film d’Alexandre Castagnetti lorgne vers deux films cultes : « Un jour sans fin » et Breakfast Club ». Tourné dans un lycée désaffecté, il offre une jolie palette à l’acteur principal, entouré de jeunes talents et épaulé par Thomas VDB en pion taré. Le côté fantastique est rapidement gommé pour laisser la place à plus d’humanité. Sans oublier une rafale de gags.
Et si vous hésitez encore à acheter ce DVD, sachez que Sonia Rolland, dans un petit rôle d’infirmière sexy, y exhibe ses seins !
➤ « La colle », Universal, 14,99 €

30/11/2017

Cinéma : Le stand-up pour réussir sa vie


Tous les chemins mènent au stand-up. Et souvent, le stand-up mène au cinéma. Parcours classique donc pour Nawell Madani, révélée au Jamel Comedy Club et devenue depuis une abonnée des théâtres complets. L’envie de faire un film, elle la porte depuis toujours. Comme une évidence.
Mais avant d’atteindre le graal, comme le personnage qu’elle interprète dans «C’est tout pour moi », la route est longue, semée d’embûches, de faux amis et, parfois, de mentor. « Mon histoire est universelle » tient-elle à préciser lors d’une rencontre au Méga Castillet de Perpignan, juste avant une avant-première dans une salle pleine à craquer.


Son histoire adaptée, modifiée, édulcorée parfois, c’est celle de Lila, jeune Belge d’origine maghrébine qui rêve de devenir danseuse. Mais le père, taximan, refuse cette voie. Alors elle s’entête, s’imagine en haut de l’affiche, rêve de Paris et de ses lumières.
Elle part à l’aventure, dans sa voiture, faisant croire au paternel qu’elle a été admise dans une grande école de commerce. Mais tout en étant douée, la compétition est rude. Surtout les mauvaises rencontres nombreuses. Et elle tombe sur un escroc lui aussi très doué dans sa partie. Résultat, le rêve se transforme en cauchemar et Lila se retrouve en prison.
Le film prend alors une certaine gravité. Entre ces quatre murs, la jeune danseuse va devoir se forger une nouvelle personnalité. Et se découvrir des talents dans l’improvisation pour mettre en boîte ses codétenues quand la tension monte trop. Elle participe aussi à un atelier avec un metteur en scène réputé (François Berléand) et décide de tout faire pour devenir vedette de stand-up.
Il y a beaucoup de vrai dans le film. Si l’épisode de la prison semble inventé (même si Nawell laisse toujours un peu planer un doute), la partie concurrence entre humoristes semble directement tirée de son expérience du Jamel Comedy club. Et l’esprit régnant dans ce milieu ne semble pas des plus sympa, entre machisme et vol de blagues. Mais la force première du film reste la relation entre la fille et son père. Une thématique qui résonne encore plus fort dans son milieu d’origine. Comment faire comprendre à son père que l’on n’est pas fait pour ce qu’il nous destine ? Comment renouer le dialogue après un reniement ?
Cette épreuve, Nawell Madani l’a véritablement vécue. Et la fin du film est directement inspirée de sa propre expérience, comme pour rejouer et graver à jamais ce déclic qui lui a permis de retrouver sa famille, se faire accepter dans son métier et aussi retrouver une sérénité. Depuis elle est rayonnante, a réalisé son premier film malgré les difficultés financières, l’a présenté à des milliers de spectateurs en avant-première et espère que cela va marcher. Même l’incorrigible pessimiste (qui va de pair avec le perfectionnisme) avoue que « ce film a tout à prouver. Il faut qu’il fasse écho et qu’on en parle autour de soi. »
➤ « C’est tout pour moi », comédie dramatique de Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin (France et Belgique, 1 h 43) avec Nawell Madani, François Berléand.

29/11/2017

"La Villa" de Robert Guédiguian : Quel héritage ou trace laisse-t-on ?

LA VILLA. Robert Guédiguian retrouve sa bande et les calanques de Marseille pour un film émouvant.


Un concentré de sentiments et d’émotions fortes. Le nouveau film de Robert Guédiguian est une réussite, signe que le réalisateur marseillais est devenu une référence incontournable du 7e art français. Une évidence en sortant de la projection de ce film simple dans sa facture mais aux ressorts multiples et allant crescendo dans les remises en cause intellectuelles des protagonistes. Impression confirmée quand Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, deux fidèles de la bande, admettent que c’est son meilleur film, celui où, âge et expérience aidants, il casse la carapace et se confie le plus.


Entièrement tourné dans une calanque préservée près de Marseille, « La villa » débute par l’accident du père. Un AVC qui le laisse tel un lé- gume dans son lit, maintenu en vie par les appareils mais avec des dommages cérébraux irrémédiables. L’occasion pour ses enfants de se réunir dans cette villa qu’il compte leur léguer. Armand (Gérard Meylan) vit toujours sur place, repreneur du restaurant populaire monté par son père. Joseph (Jean-Pierre Darroussin), professeur à la retraite, arrive en compagnie de sa très jeune fiancée (Anais Demoustiers). Quant à Angèle (Ariane Ascaride), elle revient dans cette calanque après des années d’absence. Cette célèbre actrice de théâtre a voulu gommer de sa mémoire ce père et ce lieu après un drame.
■ Réunion de famille
Sur cette thématique de la réunion de famille, Robert Guédiguian va essentiellement parler de transmission, d’héritage, d’éducation. De l’idéal du père il ne reste plus grandchose. Juste ce petit restaurant et surtout celle villa et son balcon en arrondi qui surplombe la baie, vue paradisiaque qui fait bien des envieux parmi les nouvelles fortunes. Il est aussi beaucoup question de mort dans « La villa ». Physique comme ce couple de retraités qui se donne la mort, main dans la main, serein, persuadé que le monde n’est plus pour eux. Intellectuelle aussi pour le personnage de Jean-Pierre Darroussin, reniant son passé installé pour retourner à la source, dans cette calanque inspirante pour le livre qu’il a toujours rêvé d’écrire.
Mais il ne faut pas forcément tenter de tout comprendre dans le film, l’analyser. La meilleure façon de profiter de cet univers, c’est encore de se laisser couler dedans. Et de se laisser entraîner par le tourbillon d’émotions. Alors on comprend pourquoi on est sur terre et on garde longtemps en tête le prénom nom de cet enfant qui va, avec ses trois frères et sœurs, donner toute son humanité à ce très grand film.
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Paroles du réalisateur et de son actrice
 



Robert Guédiguian, sur la genèse du projet : « On est parti sur une histoire autour du constat que notre monde est en train de disparaître mais qu’on essaie à garder ce qu’il a de bon. Pendant qu’on écrivait, il y a eu le Bataclan. On a été, comme la terre entière, secoué par cette tragédie. Et je me suis dit qu’il est impossible de faire un film sans parler du problème des réfugiés. La question des attentats m’a renvoyé à se qui se passe aujourd’hui dans le monde d’une façon générale. »
Ariane Ascaride, sur le métier de comédienne : « Moi je cherche à retrouver l’aisance totale que j’avais sur une scène quand j’étais enfant. J’étais d’une liberté inimaginable. Le théâtre français est un théâtre bourgeois et ma représentation n’est pas celle de la bourgeoisie, que je le veuille ou non. Et encore j’ai fait des progrès parce que ça fait longtemps que je vis à Paris. C’est un métier très cruel. Moi j’appelle ça l’endurance du coureur de fond. Un truc très solitaire. » Sur le film : « C’était comme un studio à ciel ouvert. On habitait tous dans la calanque donc le soir on mangeait tous ensemble. C’est le seul film où je me suis levée le matin en pyjama et où je suis passée de ma maison en pyjama à la loge sans m’habiller puisque j’allais mettre mon costume. » Sur Robert Guédiguian et le théâtre « il l’a fait une fois mais c’était très mauvais. ça l’emmerde les répétitions, il n’aime pas ça. Il préfère le cinéma, ça va beaucoup plus vite. » 
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 ➤ « La villa » de Robert Guédiguian (France, 1 h 47) avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan.

08/09/2017

DVD et blu-ray : Aurore, splendide guerrière de 50 ans

 

 

Bouffées de chaleur, sautes d’humeur, crises de larmes : le corps d’Aurore (Agnès Jaoui) ne la laisse plus tranquille. Normal, cette mère de famille vient de franchir la cinquantaine et la ménopause vient de lui sauter dessus comme un obsédé sexuel sur un calendrier hot de Clara Morgane.
Un film sur la ménopause ? Les mauvaises langues vont immédiatement penser qu’il y a plus sexy à proposer au public. Tristes sires qui veulent se conformer à l’image trop souvent véhiculée dans l’imaginaire des hommes. Des femmes aussi. Car ce qui ressort après la vision de ce film de Blandine Lenoir d’une rare beauté et très engagé, c’est la beauté, la grâce et la force de cette femme que la vie n’a pas épargné. Oui on peut avoir 50 et rayonner de beauté et de volonté.


Pourtant Aurore doit encaisser quelques coups du sort. Comme le rachat du restaurant où elle est serveuse par un bobo branché qui dé- cide de la rebaptiser Samantha. Elle préfère démissionner et se retrouve au chômage à suivre des stages aussi inutiles que les conseillers de Pôle Emploi. Heureusement elle a ses deux filles. Mais l’une va bientôt accoucher et la seconde quitte le nid familial pour rejoindre un DJ dont elle est raide amoureuse. Et pour compliquer le tout, elle tombe par hasard sur un ancien amour d’enfance, son premier, celui qui hante encore ses nuits.
Agnès Jaoui, qui a collaboré au scénario, signe une performance en tous points parfaites. Elle porte avec fierté et bravade son âge et ses rondeurs. Elle est tout simplement merveilleuse.
➤ «Aurore», Diaphana Vidéo, 19,99 €

 

07/09/2017

DVD et blu-ray : "Get out", nuit noire dans une famille blanche

 

Non, Chris n’aurait pas du aller passer un weekend chez les parents de sa petite amie. Non seulement ils vivent dans une grande maison isolée dans les bois et au bord d’un lac, mais ils sont Blancs. Or, Chris (Daniel Kaluuya), photographe new-yorkais, est un pur produit de cette Amérique d’Obama qui a donné sa chance aux Noirs. Il a hésité avant de partir, mais sa copine, Rose (Allison Williams, vue dans la série «Girls» de Lena Dunham) le rassure. Ils ne sont pas racistes. Le père aurait même voté Obama une troisième fois s’il avait pu. Reste que l’ambiance est un peu particulière dans cette vaste demeure bourgeoise. D’autant que les domestiques, une cuisinière et un jardinier, sont Noirs. Bienvenue dans l’Amérique des clichés.
Mais Chris commence vraiment à flipper quand la mère de Rose veut l’hypnotiser. Pour lui faire passer son envie de fumer...
Autant critique sociale des USA que film d’horreur maî- trisé de bout en bout, «Get Out» de Jordan Peele fait peur dans tous les sens du terme. Et même sans la fin alternative proposée dans les bonus du DVD, beaucoup plus noire que celle retenue dans la version finale
➤ «Get Out», Universal Vidéo, 16,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray

 

06/09/2017

Cinéma : A la recherche du père perdu

ÔTEZ-MOI D’UN DOUTE. De l’importance de la filiation dans le film de Carine Tardieu. 



Pas facile, quand à 40 ans passé, alors qu’on est sur le point de devenir grand-père, on découvre que l’on a deux pères. Erwan (François Damiens) découvre le pot aux roses lors d’une consultation médicale. Son père, étant porteur d’une maladie rare héréditaire, des analyses sont nécessaires avant la naissance de la fille de Juliette (Alice de Lencquesaing). Mais au moment du compte-rendu final, le généticien révèle que l’enfant ne peut pas être porteur de la maladie pour la bonne et simple raison qu’il n’y a aucun lien de filiation entre Erwann et son père.


Remue-méninges dans la tête de ce veuf, propriétaire d’une société de déminage des bombes découvertes. Car son père (Guy Marchand) il l’adore. Vieux pêcheur qui refuse de partir à la retraite, il se désespère de le voir seul. Après bien des hésitations, Erwann contacte une détective privée. Dans un premier temps il veut qu’elle découvre qui est le père de l’enfant que porte sa fille (tout ce qu’elle sait de lui, c’est que c’était un soir de beuverie et qu’il était déguisé en Zorro...), mais finalement met aussi son cas personnel dans le contrat. Et rapidement il découvre que son géniteur est un ancien bénévole de la MJC fréquentée par sa mère, avant son mariage. Un certain Joseph (André Wilms), par ailleurs père d’Anna, médecin.
Le film de Carine Tardieu devient un extraordinaire sac d’embrouilles car Erwann et Anna ont récemment fait connaissance et le démineur a craqué pour la blonde toubib. Et comme cette dernière n’est pas insensible à son charme maladroit, la situation, de quasi vaudevilesque au début, se transforme en possible catastrophe incestueuse.
■ Beaucoup plus qu’une simple comédie
Alors simple comédie bourrée de quipropos ? Que nenni. La réaliatrice va beaucoup plus loin dans l’exploration des rapports familiaux. Car en plus de cet amour compliqué entre deux êtres qui pourraient avoir le même père, il y a aussi une belle et profonde ré- flexion sur le rôle de père.
Et dans l’affaire, il y en a quatre. Le supposé, qui sait mais n’a jamais rien révélé à cet enfantt qu’il a élevé comme s’il était de lui ; le probable, qui n’était au courant de rien et qui regrette le temps perdu ; Erwann en plein doute, ayant sacrifié sa vie sentimentale pour élever sa fille à la mort de sa femme et le dernier, le mystérieux, celui qui a mise enceinte Juliette décidée à élever son enfant seule.
Il y a beaucoup de pistes de réflexion dans ce film simple, interprété avec sensibilité par une distribution brillante et au diapason.
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Estéban, comique né
 
 
 

Le film de Carine Tardieu s’appuie sur trois couples. Un classique (Damiens - De France), un générationnel (Marchand -Wilms, les deux pères) et un improbable formé par la fille du démineur (Alice de Lencquesaing) et le stagiaire (Estéban). La fille d’Erwann, enceinte jusqu’aux yeux, travaille dans une association d’insertion de personnes en difficultés sociales. Le stagiaire, Didier, c’est elle qui l’a placé dans l’entreprise de son père.
A ses risques et périls, car il est une véritable catastrophe ambulante. Maladroit, lâche, idiot et à la dégaine rendant élégant Quasimodo, il a aussi une forte propension à aimer les déguisements. Il aime bien celui de Zorro. Or, la future mère n’a absolument aucune idée de l’identité du père si ce n’est qu’il a été conçu un soir de beuverie, avec un homme déguisé en Zorro...
Il est toujours difficle au cinéma d’interpréter les idiots. Pierre Richard a placé la barre très haut depuis le Grand Blond. Mais Estéban s’en tire à merveille. Ce jeune homme, à l’élocution si particulière (on dirait qu’il a deux fois trop de dents dans la bouche) et aux longs cheveux noirs aime tromper son monde. Si quand il fait du cinéma, il se fait appeller Estéban, quand il monte sur scène avec son groupe rock, il devient David Boring.
En réalité son véritable état-civil est plus simple. Pour l’administration il se nomme Michael Bensoussan. Et il a de qui tenir pusique son père n’est autre que le cinéaste Philippe Clair. Qui lui aussi a changé de nom pour signer la floppée de films mémorables dont «Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir» avec le regretté Jerry Lewis. Estéban, hillarant dans le film de Carine Tardieu, a hérité de son père cette dérision à toute épreuve.
➤ Comédie de Carine Tardieu (France, 1 h 40) avec François Damiens, Cécile de France, André Wilms

30/08/2017

Cinéma : La grosse déprime du "petit paysan"


La maladie frappe souvent à l’aveugle. Pour les humains mais aussi chez les animaux. Pierre (Swann Arlaud), la trentaine, a repris la ferme de ses parents qui vivent toujours sur place. Célibataire, il consacre tout son temps à son troupeau de vaches laitières. Quand il entend à la télévision que certains animaux en Belgique sont atteints d’une mystérieuse fièvre hémorragique (maladie aussi mystérieuse que la vache folle à ses débuts), il redoute le pire. Alors au moindre signe inquiétant, il appelle son vétérinaire pour être rassuré. Pascale (Sara Giraudeau) joue alors un double rôle. Elle rassure l’éleveur sur la santé de ses vaches et s’enquiert de sa propre santé, de son équilibre, les amours, la solitude car elle reste avant tout sa petite sœur.


Le film, qui s’ouvre par une scène de cauchemar, raconte dans un premier temps cette vie simple, près de la nature, si exigeante aussi. Mais la passion et l’osmose forte entre Pierre et son troupeau font qu’il se sent très à l’aise. Jusqu’au jour où une de ses bêtes se met à saigner du dos. Le premier signe de la fameuse maladie. Le monde de Pierre s’écroule, toute sa vie bascule. Fils de paysan (des éleveurs de vaches laitières), Hubert Charuel a directement puisé dans ses souvenirs pour écrire ce film, son premier.
Dans les années 90, quand des dizaines et des dizaines de troupeaux contaminés par la maladie de la vache folle étaient abattus en prévention, ses parents vivaient dans une tension permanente. Il raconte que sa mère, toujours en activité, lui a confié «Si ça arrive chez nous, je me suicide. » Le suicide dans le monde paysan. Cela aurait pu être le sujet particulièrement d’actualité ces dernières années de ce film.
■ Réalisme
Mais Hubert Charuel est un indé- crottable optimiste. Son héros, face à la maladie, ne veut pas baisser les bras. Il tente dans une sorte de pied de nez au destin de cacher la maladie de la vache. Il l’isole du troupeau, persuadé qu’il n’y aura pas de contagion. Inéluctablement, la vache meurt. Il fait disparaître la carcasse (les paysans solitaires sont pleins de ressources) et déclare simplement à la gendarmerie, comme c’est obligatoire, que sa vache s’est échappée. A la mort d’une seconde bête, il va jusqu’à voler un animal chez un voisin qui a totalement robotisé son exploitation.
Finalement ce sera sa sœur qui va réussir à lui faire entendre raison. La fin a des airs de documentaires. Comme certaines scènes pas simulées comme l’auscultation du cul d’une vache par Sara Giraudeau ou le vêlage délicat mené de main de maître par Swann Arlaud. Un film dans le concret, le réel, le difficile. Car l’agriculture traverse une grave crise. La seule solution pour s’en sortir reste la force morale des hommes et femmes qui la façonnent depuis des siècles. S’il est une « morale » à retenir de ce long-métrage qui a remporté la semaine dernière le grand prix au festival du film francophone d’Angoulême, c’est bien celle-là. 

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Petite entreprise et histoire familiales



Comment, quand on est fils de paysan, devient-on réalisateur de cinéma ? Facile. Il suffit d’avoir des parents cools et un réel talent. Hubert Charuel a donc réussi le concours de la Femis (école nationale du cinéma, section production) avec la bénédiiction de ses parents et a utilisé une partie de sa propre histoire pour ce premier film d’une forte humanité. Comme pour définitivement tirer un trait sur ce futur auquel il semblait promis comme trop de fils de paysan. Il a fait un autre choix.
Une histoire familiale qu’il assume et revendique. Pour preuve, quand il cherche un décor pour le film, il va naturellement dans la ferme de ses parents. Même si la salle de traite est très exiguë, au point de faire cauchemarder le directeur de photographie et encore plus le cameraman. De même c’est avec une sorte d’évidence qu’il a demandé à ses parents de jouer dans le film. Son père dans le rôle du père de Pierre, sa mère endosse le costume strict d’une contrôleuse de qualité. Le plus cocasse étant le grand-père, interprétant un vieux voisin qui semble un peu zinzin bien qu’il comprenne tout ce qui se passe dans l’exploitation de Pierre.
Pour interpréter ce dernier, Swann Arlaud a fait plusieurs séjours d’immersion dans des exploitations en activité. Il a découvert un monde inconnu mais a tiré son épingle du jeu, les éleveurs formateurs regrettant même son départ tant, en quelques jours, il était devenu efficace et travailleur. Conséquence, il a remporté le prix du meilleur acteur au festival du film d’Angoulême. 
➤ « Petit Paysan », drame de Hubert Charuel (France, 1 h 30) avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners.