13/07/2017

DVD et blu-ray : Plusieurs invités surprise au « Dîner des vampires »

 

Les Anglais maîtrisent à merveille le contre-pied cinématographique. Quand ils se lancent dans un film de genre, de vampires en l’occurrence, ils ne peuvent s’empêcher de détourner le propos pour le transformer en une vaste rigolade épinglant, au choix, l’isolationnisme de la Grande-Bretagne, son rapport avec l’armée et même comment il est bon d’accueillir les migrants. Une ribambelle de sujets tous plus sérieux les uns que les autres, abordés dans ce film de vampires, par ailleurs désopilant, car ce n’est pas parce qu’on saigne à tout va que l’on doit se priver de rigoler un peu avant avec la nourriture.
« Le dîner des vampires » («Eat local » dans sa version originale) débute comme un reportage sur la situation de l’Angleterre en plein débat sur le Brexit. Cinq personnes, assises autour d’une table, discutent sur des « quotas » à respecter, des «migrants » à accueillir et de la possibilité de transgresser les consignes « continentales ».Il faut quelques minutes au spectateur pour comprendre qu’autour de cette table, il n’y a que des vampires, plus que centenaires, qui sont très à cheval sur les règles. Au point qu’ils font le procès, en quelques minutes, d’un des leurs ayant osé dépassé son quota d’humain, s’attaquant même à des enfants.

■ Attaque de militaires
Sentence : la mort. Immédiate. Et son remplacement dans la foulée.Ça tombe bien Vanessa (Eve Myles, déjà vue dans Torchwood, Dr Who et Broadchurch) a ramené ce soir-là un Rom, jeune, gentil et débrouillard. Serait-il intéressé à devenir Immortel ? Mais va falloir qu’il se décide vite car au même moment une armée de militaires attaque la ferme isolée où se dé- roule le dîner pour abattre cette sale engeance de vampires. Un peu pour rendre service au Vatican, beaucoup pour donner des échantillons à des sociétés de cosmétiques à la recherche de nouveaux produits pour assurer la jeunesse éternelle aux femmes modernes.
Un film très réjouissant de mauvais esprit, signé Jason Flemyng, première réalisation de cet acteur qui a déjà des dizaines de rôles à son actif.
➤ « Le dîner des vampires », Marco Polo Productions, 12,99 € le DVD et 14,99 € le blu-ray

09:28 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diner vampires, marco polo

12/07/2017

DVD et blu-ray : « Split » ou la horde qui est en nous

 


A la base, « Split », film horrifique de M. Night Shyamalan,est une réflexion médicale assez élaborée sur le trouble dissociatif de l’identité. Le scénario est basé en grande partie sur les relations entre un patient(James McAvoy) et sa psychiatre (Betty Buckley). Le malade souffre de ce fameux trouble, mais puissance 23. Quand le docteur le reçoit,il est parfois Dennis ou Patricia à moins qu’il n’ait endossé l’identité de Hedwig, Kevin ou Barry Ils sont 23 au total, une véritable horde. Pour en faire un film passionnant, ce qui est le cas, il fallait trouver un ressort particulier et surtout un acteur hors normes. L’idée c’est que parmi les multiples identités qui se disputent la même enveloppe charnelle, se trouve un vrai psychopathe. Au dé- but du film, trois jeunes filles, après un anniversaire, se font raccompagner chez elles par un parent. Mais l’adulte n’a pas le temps de pénétrer dans l’habitacle que Dennis prend sa place.Trois coups de gaz somnifère et les filles se réveillent enfermées dans une pièce sans fenêtre, meublée de lits de camps.
■ Formidable James McAvoy
Un long cauchemar va débuter pour le trio car si Dennis n’ose pas trop les toucher, il n’en va de même de Patricia. Mais parfois c’est Helwig qui vient apporter les repas aux prisonnières. Helwig,de son propre aveu, est un gamin de 9 ans. Il va nouer une relation plus poussée avec Casey (Anya Taylor Joy), celle des trois qui comprend le plus vite ce qui leur arrive. Casey introvertie, taciturne, dure. Un traumatisme dans l’enfance l’a transformée. Elle saura manipuler Helwig pour tenter de s’échapper.
Le nouveau film de M. Night Shyamalan est un petit bijou de précision et d’intelligence. On pourrait lui reprocher d’être très bavard, voire beaucoup trop, mais les longs dialogues entre le malade et son toubib donnent toute leur intensité aux différents changements de personnalités. James McAvoy, dans ce rôle totalement fou, a été salué par la critique et le public car avec simplicité, il parvient parfaitement à passer d’homme à femme, d’adulte à enfant, de lettré à brute épaisse. Le final, avec un soupçon de fantastique, est expliqué dans les bonus parle réalisateur qui en une simple phrase dévoile son idée de départ. Mais on n’en dira pas un mot ici car dans les films de ce réalisateur talentueux mais parfois inégal, la fin est toujours surprenante, voire multiple puisqu’une alternative est proposée dans les suppléments.

➤ « Split », Universal Pictures Video, 14,99 € le DVD, 17,99 € le blu-ray


21/06/2017

Cinéma : Une vie parallèle kafkaïenne qui vous met "K. O."


K.O. Fabrice Gobert, créateur des Revenants, continue dans la veine du fantastique réel


Vous est-il parfois arrivé de vous réveiller avec la désagréable sensation de ne plus savoir qui vous êtes ? Comme une rupture dans univers cohérent pour basculer dans un monde parallèle, souvent kafkaïen. Cette perception de glissement de la réalité, Antoine Leconte (Laurent Lafitte) va la vivre intensément. Mais ne peut pas s’y habituer. Logique, ce qu’il dé- couvre est une inversion de son existence, un univers où il se retrouve à la place des hommes et femmes qu’il humilie au quotidien. Le second film de Fabrice Gobert, créateur de la série les Revenants pour Canal +, est assimilable à une longue errance dans un labyrinthe pour le personnage principal. Pour comprendre le cauchemar, il faut connaître vraie vie de cet homme brillant mais exécrable. Antoine est le directeur d’une chaîne de télévision. Il a réussi et méprise ceux qui n’ont pas su, comme lui, s’imposer dans ce monde de requins. Il a une horde de collaborateurs toujours prêts à accomplir ses moindres envies. Répondre illico à ses ordres implacables « Une cigarette ! », « trouve mon avocat ! ». Ses sentences expéditives « Vire-le ! ». Un roi à qui personne ne résiste. Le prototype du salaud incapable de la moindre empathie. Les 20 premières minutes permettent au spectateur de le cerner, de le détester. Mais il y a heureusement ceux qui lui résistent : un syndicaliste, sa femme ou un présentateur laissé en bord de route. Ce dernier craque. Il coince Antoine dans un ascenseur et lui tire dessus. Ecran noir pour le producteur télé...
■ A la météo
Quand il reprend ses esprits à l’hôpital, il quitte immédiatement cette chambre sinistre et rentre chez lui. Mais le code de la grille de son hôtel particulier ne fonctionne plus. Il crie, réclame qu’on lui ouvre. La police intervient, l’embarque. Antoine ne comprend pas. D’ordinaire tout le monde le reconnaît. A petit matin, il repart à la télévision. Les gens le reconnaissent mais ne semblent plus le redouter. Il prend alors conscience que tout à changé. Il est le présentateur météo. La direction de la chaîne est occupée par sa secrétaire, sa maîtresse est femme du patron, sa femme présentatrice vedette vivant avec l’animateur qui lui a tiré dessus. Après un moment d’abattement, il va tenter de reconquérir son empire. Mais ses envies de promotion sont balayées : présentateur météo tu es, présentateur météo tu resteras... On participe intensément à ce cauchemar éveillé, projeté dans ce personnage, obligé d’ouvrir les yeux sur sa vie d’avant, plus minable que brillante finalement. Un fantastique parfaitement maîtrisé, une narration linéaire mais aux multiples rebondissements, des acteurs au summum de leur art : « K. O. » redonne confiance dans l’avenir du cinéma fran- çais capable d’inventer, de surprendre et de proposer des idées nouvelles.
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Réminiscence des « Revenants »

Le créateur et réalisateur (13 des 16 épisodes) de la série « Les Revenants » Fabrice Gobert aime la veine fantastique. « Le fantastique me permet de traiter les choses de manière pas trop frontale, il permet ce petit pas de coté qui ouvre vers le spectaculaire, le ludique, le surprenant », explique Fabrice Gobert à l’AFP. « Le but, c’était de laisser au spectateur la possibilité de s’interroger sur l’histoire : Antoine Leconte se demande qui il est, il erre entre ses cauchemars, ses fantasmes, ses rêves, ses ambitions, ses peurs », dit le réalisateur. En plus de l’ambiance fantastique, « K. O. » permet au réalisateur de retrouver des comédiens qu’il a déjà dirigés dans la série composée de deux saisons et qui vient d’être adaptée aux USA. Clotilde Hesme joue une assistante de Leconte, toujours disponible. Pour tout. Car elle est aussi sa maîtresse. Mais en toute discrétion car le patron ne doit pas afficher ses préférences. Dans l’autre réalité, elle est à la tête de la chaîne, mariée et enceinte jusqu’aux yeux (comme dans la série...). L’occasion pour la comédienne de jouer deux personnages totalement différents, de la soumission à l’autoritarisme bon enfant. Autre acteur remarqué dans les Revenants et de retour dans K. O. : Jean-François Sivadier. Son air mystérieux fait merveille dans la seconde partie, quand il fait découvrir à Leconte le monde du combat clandestin à main nue. Juste pour de l’argent et avoir la possibilité de se défouler après une journée d’humiliations au travail. Violent mais si vrai...

13/06/2017

Cinéma : Une famille unie autour du vin

 


Une année. Il faut une année complète pour « fabriquer » un vin. Mais il en faut beaucoup plus dans cette Bourgogne pour que le breuvage gagne ses lettres de noblesse. Il existe des crus où le vin doit être vite bu, d’autres où il ne gagne ses galons de grand cru qu’à l’issue de longues années de maturation, en fûts puis en bouteilles. Dans l’exploitation familiale au cœur d’une région devenue riche à force de faire des breuvages d’exception, le temps de la relève est venu. Le patriarche, malade, est hospitalisé depuis des années. Juliette (Ana Girardot) a pris la relève, un peu contrainte et forcée. Son jeune frère, Jérémie (François Civil), l’aide un peu, mais il est fort occupé par la naissance de son fils et le travail sur l’exploitation de son épouse.



Tout change quand Jean (Pio Marmai) est de retour. Jean, l’aîné, le grand frère protecteur ayant préféré faire le tour du monde que de rester les pieds collés à cette terre collante quand il pleut trop. Cela fait plus de quatre ans qu’il n’a pas donné signe de vie. Installé en Australie à la tête d’un immense vignoble, il revient du jour au lendemain, à quelques jours du début des vendanges. Du décès du père aussi. Mais la vigne, elle, se moque de la mort. Le raisin est arrivé à maturité. Il faut lancer la récolte. Un beau symbole de la suprématie totale et absolue, quoi qu’il arrive, de la vie sur la mort, de la continuité face à l’abandon.
Ce film « agricole » du réalisateur du « Péril Jeune» ou de « L’auberge espagnole » s’intéresse avant tout aux trois enfants, perdus face à l’enchaînement des difficultés. Car en plus des vendanges, il faut gérer l’héritage. Et les lois françaises font que pour conserver le domaine en l’état, il faut payer 500 000€ de droits de succession. Or les frères et la sœur, s’ils ont des problèmes de riches, n’en ont pas les moyens.
■ Réconciliations
De plus, Jean est partagé entre ces racines et sa nouvelle vie. Car s’il est revenu tenter de se réconcilier avec son père mourant, il a laissé en Australie une compagne et un petit garçon de 4 ans. Pour lui, il est évident qu’il faut vendre. Mais Juliette, pourtant toujours en admiration devant ce grand frère qui l’a aidé, éduqué et protéger, ne veut pas qu’il décide pour elle. Jérémie, hésitant, va tenter d’oublier les rancœurs contre son frère qui n’est même pas venu aux obsèques de leur mère.
Le film montre aussi, sur une année complète au fil des travaux de la vigne (de la taille aux vendanges) comment ces trois, éloignés par la force des choses, vont se retrouver et gagner en complicité. C’est au final le véritable intérêt de plus de « Ce qui nous lie », qui bascule de film ancré dans la réalité viticole pré- sente vers une histoire universelle sur la famille, ses joies, séparations et retrouvailles. Notamment quand, dans l’adversité, les trois, comme dans leur enfance heureuse, s’unissent et font face à toutes les difficultés.
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De la vigne au vin
 


Tout en consacrant l’essentiel de l’intrigue aux personnages, le film de Cédric Klapisch prend parfois des allures de documentaires quand il est question de la vigne et du vin. Les premières images montrent ces vignobles aux couleurs changeantes au fil des saisons. De l’austère dépouillement de l’hiver à vert tendre du bel été en passant par l’or de l’automne. La vigne, filmée sous toutes ses coutures, est presque un personnage à part entière, aux humeurs changeantes mais toujours au rendez-vous des saisons. Que cela soit la taille ou les vendanges, les propriétaires l’arpentent inlassablement, surveillant chaque cep et guettant le moindre signe de maladie jusqu’au jour du début des vendanges. En quelques scènes joyeuses, le réalisateur capte la dureté de cette période mais aussi sa joie liée au travail de groupe.
Ensuite vient le travail dans le chai. Le pressage, l’assemblage et le vieillissement. C’est aussi là, dans cette fraîcheur ancestrale que le vin est élaboré par petites touches personnelles, habitudes et goût des vignerons.
Sans verser dans la démonstration un peu trop pédagogique, on sort de ce film avec un savoir supplémentaire. Surtout on apprend que certains goûteurs-testeurs, dont ceux de la famille de Jean, Juliette et Jérémie, ne crachent pas. Au contraire, ils dégustent jusqu’au bout et profitent de cette ivresse divine provoquée par l’alcool. La fonction première du vin que des aristocrates de la dégustation ont trop souvent tendance à occulter.

31/05/2017

Cinéma : "Lou Andreas-Salomé", une femme libre vers les sommets

LOU ANDREAS-SALOMÉ. Biopic de la psychanalyste qui a connu Nietzsche, Rilke et Freud.


Certaines vies sont plus passionnantes que des scénarios recherchés et originaux mais qui manquent de ce petit plus qu’est la réalité. Lou Andreas-Salomé était une femme en avance sur son temps. Une intellectuelle qui durant toute sa vie a tenté de mettre en accord ses convictions philosophiques avec sa vie quotidienne. Mais s’il n’existe quasiment plus d’interdit pour les femmes de nos jours dans nos civilisations occidentales, ce n’était pas du tout le cas il y a encore un siècle.



Ce sont ces obstacles à une vie choisie qui sont racontés dans le film de Cordula Kablitz-Post. Née à Saint-Pétersbourg en 1861 dans une famille bourgeoise et aisée, seule fille au milieu de plusieurs garçons, elle a rapidement voulu être l’égal de ses frères. Premier symbole avec l’ascension d’un cerisier couvert de fruits. Ses petites ballerines et sa robe ample l’empêchent de cueillir les fruits défendus. Elle tombe alors qu’elle veut atteindre le sommet de l’arbre. Mal préparée et peu équipée dans ce monde d’hommes, elle prend conscience de la difficulté de sa tâche. Adolescente, son père meurt. Elle renie sa foi et se lance dans des études philosophiques. Obligée de s’exiler en Suisse, seul pays qui autorise les femmes à mener des études universitaires, elle prolonge son périple vers l’Italie.

■ Nietzsche amoureux
C’est là qu’elle rencontrePaul Rée, étudiant en philosophie comme elle, et surtout un certain Nietzsche. Fascinée par ce grand esprit, elle va le persuader d’étudier et de vivre avec lui. Mais en toute amitié. Car Lou a décidé,très tôt, qu’elle ne se marierait pas, n’aurait pas d’enfant et resterait chaste pour ne pas distraire son esprit. Une situation qui rendra à moitié fou Nietzsche, amoureux de la femme dont il a toujours rêvé, alliant beauté et intelligence.
L’essentiel du film se déroule quand Lou est adulte.Elle est interprétée par Katharina Lorenz, actrice qui a compris toute la fougue de cette femme. La pression de la société devenant trop forte, elle accepte d’épouser un homme de 15 ans son aîné,Friedrich Carl Andreas. Un mariage blanc qui ne sera jamais consommé.
Devenue reconnue et célèbre, elle découvre les poèmes d’un jeune auteur: Rainer Maria Rilke. Pour la première fois, à 35 ans révolus, elle tombe amoureuse et cède aux plaisirs physiques dans les bras du poète. Son seul amour, suivi de plusieurs rencontres, uniquement sexuelles.Quand elle tombe enceinte, c’est à nouveau vers un arbre qu’elle se tourne. Elle grimpe à son sommet et saute. Un tournant dans sa vie qui correspond à sa rencontre avec le Dr Freud. De philosophe, elle va devenir psychanalyste jusque dans les années 30.
Sans doute la partie la plus troublante du film. Lou, âgée de 72 ans et interprétée par Nicole Heester, raconte son incroyable vie à un biographe. Et décide de brûler une bonne partie de ses manuscrits et journaux intimes avant les Nazis. Nous sommes en 1933 et les autodafés se multiplient, notamment contre la psychanalyse considérée comme une « science juive ». Ce film, basé sur ses écrits, extrapole aussi certains passages définitivement perdus dans les flammes de la folie du XXe siècle.

20/05/2017

DVD et blu-ray : Insomnies cauchemardesques avec "Nocturnal animals" de Tom Ford


Les scènes d'ouverture ou les génériques de certains films sont déstabilisants, voire répulsifs. Ne tombez pas dans le panneau des premières minutes de « Nocturnal animals » de Tom Ford avec Amy Adams et Jake Gyllenhall. On découvre avec effroi un happening artistique que l’on peut considérer, au mieux de grotesque, au pire, comme le personnage joué par Amy Adams, de médiocre. Médiocre cet art contemporain exposé par une galeriste qui a réussi. Médiocre comme sa vie privée, entre villa de luxe, personnel pléthorique, mari gravure de mode dans la finance et fille prometteuse. Des symboles de réussite qu’elle rejetait du temps de son premier mariage avec un jeune écrivain. 20 ans plus tard, en plein doute existentiel, elle reçoit le nouveau manuscrit de cet homme qu’elle a toujours aimé. Une histoire violente, de viol et de vengeance, dans laquelle elle se reconnaît.


Film troublant et parfois glauque, cette réalisation de Tom Ford, entre thriller et expérience artistique fait partie de ces œuvres qui provoquent plus de questionnement au sein du public que de réponse. Une noria de pistes, de références et de croisement des situations qui en font une œuvre unique, forte et pleine de ces interrogations existentielles qui, malgré tout, nous font mieux comprendre la vie.
 ➤ « Nocturnal Animals », Universal, 19,99 €


17/05/2017

Ouverture de Cannes : le festival arrive presque chez vous avec la sortie du film d'Arnaud Desplechin

LES FANTÔMES D’ISMAËL. Le nouveau film d’Arnaud Desplechin en ouverture du festival et déjà à l'affiche dans les salles de la région.


Le festival de Cannes, en plus d’être le rendez-vous mondial du cinéma de qualité, est une opportunité forte pour mettre en lumière certains longs-métrages. Une sélection au festival, si elle se combine à une sortie dans la foulée dans les salles françaises, assure une visibilité maximale car ce sont des centaines de journalistes français qui couvrent l’événement. Avec un bémol, l’impossibilité de voir les œuvres avant leur première diffusion au Palais.
C’est le cas des « Fantômes d’Ismaël », film d’Arnaud Desplechin hors compétition mais qui a le grand honneur d’être présenté en ouverture, avant le début des choses sé- rieuses. Présenté ce mercredi soir, il est aussi à l’affiche dans des centaines de salles. Dans la région il est programmé au Castillet à Perpignan, au Colisée à Carcassonne et au Cinéma (théâtre) de Narbonne. On retrouve en tête de distribution trois vedettes françaises habituées des grands rendez-vous. D’abord la star incontestée, Marion Cotillard, souvent décriée pour ses apparitions dans les grosses productions américaines après le succès de « La Môme », mais qui gère avec une grande classe et un réel talent ses films d’auteurs (Mal de Pierres, Juste la fin du monde). Elle interprète la femme disparue, et qui revient on ne sait d’où. C’est elle qui va hanter Ismaël, le cinéaste qui a refait sa vie avec une femme plus jeune. Mathieu Amalric endosse l’habit du veuf (mais pas trop) torturé. Charlotte Gainsbourg est l’espoir, le renouveau, l’avenir. Un trio classique ? Pas du tout, Arnaud Desplechin est à la manœuvre et le réalisateur de « Trois souvenirs de ma jeunesse » n’est pas un adepte du vaudeville.


■ Cinq films en un
Dans des notes de production, seules indications sur le film résumé par la phrase sibylline « À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu… », Arnaud Desplechin explique que « Les Fantômes d’Ismaël » est un film comprenant cinq films. « C’est le portrait d’Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. C’est le portrait d’Ismaël, un réalisateur de film qui traverse sa vie sans n’y rien comprendre non plus. C’est le retour d’une femme, d’entre les morts. C’est aussi un film d’espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock. Ismaël est frénétique. Et le scénario est devenu frénétique avec lui ! Pourtant, Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction… »
Les autres films de Cannes, notamment les étrangers, ne sont pas encore programmés. Par contre deux autres créations hexagonales seront diffusées en salles le jour même de leur présentation au jury présidé par Pedro Almodovar.
Mercredi 24 mai (au Castillet et au Cinéma (théâtre) de Narbonne), découvrez le « Rodin » de Jacques Doillon avec Vincent Lindon et Izia Igelin. Un biopic du célèbre sculpteur dans lequel on retrouvera avec curiosité Séverine Caneele, la jeune Nordiste, ouvrière en usine, qui a débuté sa carrière cinématographique dans « L’Humanité » de Bruno Dumont en remportant, à la surprise générale, le prix d’interprétation féminine.
Enfin à partir du 26 mai (programmé au Castillet) place à « L’amant double » de François Ozon. En compétition, il pourrait faire beaucoup parler de lui pour son côté sulfureux, écopant même d’une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. Chloé (Marine Vacth), une jeune femme fragile et dé- pressive, entreprend une psychothérapie et tombe amoureuse de son psy, Paul (Jérémie Rénier). C’est peu de dire que nous sommes impatients de découvrir la nouvelle pépite du réalisateur toujours novateur de « Frantz » (en noir et blanc) ou « Une nouvelle amie » (avec Romain Duris en travesti).

12/05/2017

"Alien", la terreur ultime

On ne soulignera jamais assez combien « Alien » de Ridley Scott a marqué l’histoire du cinéma et toute une génération.

Sorti en 1979, ce film a révolutionné les films de science-fiction et d’horreur à la fois. Il a également permis à nombre de cinéastes de trouver une légitimité à soigner l’aspect artistique de leurs réalisations. Car contrairement aux séries B de l’époque ou les space-opéra de plus en plus en vogue, Alien est avant tout une œuvre picturale originale et unique. Avec beaucoup de suspense et d’angoisse, mais ce qui reste, c’est l’univers graphique d’ensemble. La créature et les décors du vaisseau à l’abandon, sont issus du cerveau torturé du peintre suisse Giger. Un mélange de vivant et de ferraille, avec bave et lames de rasoir. Un cauchemar vivant.
Mais il ne faut pas oublier que d’autres graphistes ont participé à la création des décors. Dont Moëbius, alias Jean Giraud responsable du design des scaphandres. Un premier film au succès mondial (près de 3 millions d’entrées en France) suivi de trois suites confiées à de grands réalisateurs (Cameron, Fincher et Jeunet). Ridley Scott, après nombre de tergiversations, a accepté de lancer la production d’un préquel (une histoire se déroulant avant le récit original).


Pas véritablement présenté comme un film de la saga Alien, « Prometheus » sorti il y a cinq ans, est aussi une histoire de huis clos. Sur une planète, un vaisseau d’exploration est à la recherche des traces d’une civilisation extraterrestres. Ils réveillent quelque chose de véritablement inquiétant. Un film tourné en numérique et en 3D, visuellement parfait, éblouissant par bien des aspects mais avec pas mal d’interrogations au final. Normal car Prometheus n’est en réalité que la première partie des explications.
Il faut se projeter quelques années plus tard pour retrouver de nouvelles ruines et faire le lien avec Alien. « Covenant » est le chaînon manquant que tous les fans se délecteront de décrypter après avoir vu et revu, en DVD ou en VOD, les différents chapitres de la franchise. 

06/05/2017

Livre : Devenez incollable sur le cinéma

 


L’époque est au court. Au bref. Au succinct. On veut tout savoir, mais vite et sans se prendre la tête. Exemple avec ce gros livre de plus de 300 pages fourmillant d’informations utiles ou légères sur le 7e art. « Le zapping du cinéma » est organisé par thèmes, avec à chaque fois une dizaine d’entrées. Par exemple, au rang du « politiquement incorrect », on trouve les premières œuvres de Peter Jackson comme le film de marionnettes « Meet the Feebes » ou « Tueurs nés » d’Oliver Stone avec aussi le rare et bourré de violence gratuite « Rampage » de Uwe Boll, présenté comme le « pire réalisateur de tous les temps ».
En plus de nous faire réviser nos grands classiques, le Zapping déniche nombre de pépites injustement oubliées. Le tout dans une présentation très graphique et riche en illustrations.
➤ « Le zapping du cinéma », Larousse, 17,95 €

05/05/2017

DVD et blu-ray : Paterson, le conducteur poète roule dans les rues de Paterson


Un cahier, un stylo, quelques mots : la beauté. La vie de Paterson, chauffeur de bus dans la ville de Paterson dans le New Jersey, se résume à ces mots qu’il griffonne le matin avant de lancer le moteur de son véhicule et le soir sur sa minuscule table installée dans la cave de son domicile. Des mots qui, alignés avec grâce et intelligence, deviennent des poèmes, comme autant d’instantanés de la vie quotidienne. « Paterson » de Jim Jarmusch est un poème filmé, aux images épurées comme ces vers longtemps tournés et retravaillés dans l’esprit du héros. Une œuvre d’art.
Lundi matin. 6 h 15. Paterson (Adam Driver) se réveille à côté de sa fiancée, Laura (Golshifteh Farahani). Il déjeune d’un bol de corn-flakes et se rend au dépôt. Il échange quelques mots avec un superviseur qui croule sous les problèmes. Durant la journée, il écoute les conversations des passagers. Lors de sa pause, il regarde des chutes d’eau, déguste le sandwich préparé par Laura. Le soir, il rentre, en n’ayant pratiquement pas prononcé la moindre parole. Laura lui raconte ses envies, de devenir riche, célèbre, avant de lui demander de sortir Marvin, le chien. Paterson en profite pour boire une bière dans le bar de Doc (Barry Shabaka Henley) et de discuter avec lui de la renommée de la ville, de ses célébrités comme Lou Costello, la moitié du duo comique du siècle dernier.


Le lendemain il recommence. Inlassablement, infatigablement, avec juste la poésie pour le faire avancer. Des textes qu’il garde dans un carnet secret. Une semaine de la vie de Paterson, quelques poèmes sur une boîte d’allumettes ou la pluie.
Amateurs de courses poursuites à la « Fast & Furious » ou de dérision futuriste genre « Gardiens de la Galaxie », passez votre chemin. « Paterson » c’est bien mieux que cela. Un film qui parle à votre monde intérieur, celui que vous cachez ou que vous ne soupçonnez même pas posséder au plus profond de votre intelligence. Laissez-vous gagner par cette routine de la poésie. La vie n’en sera que plus belle. 
➤ « Paterson », Le Pacte Vidéo, 19,99 €

10:38 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paterson, jarmush, driver, le pacte