27/05/2017

BD : Fourmille Gratule dans le sud profond d'Ekho

 


Des séries imaginées par Christophe Arleston après le succès de Lanfeust, « Ekho monde miroir » est sans doute la plus prometteuse, celle qui permettra au scénariste de multiplier les expériences et inventions. Fourmille Gratule, en route vers New York, a été projetée dans Ekho, le monde parallèle au notre. Là, la géographie est identique, mais la société a évolué différemment : pas d’électricité et beaucoup de magie. Devenue agent d’artistes, elle doit protéger Soledad, une célèbre chanteuse qui part en tournée dans le sud des Etats-Unis. Et malheureusement, dans ce monde miroir, la religion est aussi totalitaire que chez nous. Dans une chanson elle dit que les femmes doivent avoir le choix. Le choix de la maternité. Ce n’est pas au goût du révérend Fox, sorte de télévangéliste bas de gamme qui règne en maître au Texas et en Louisiane. Barbucci au dessin, rend Fourmille et Soledad très sexy, mais cela n’enlève rien au message politique fort de cette histoire qui résonne encore plus fort en ces temps où Trump a pris le pouvoir.
➤ « Ekho » (tome 6), Soleil, 14,50 €

De choses et d'autres : Jean-Christophe Averty, « morveux » de génie

 

Il a fait les beaux jours de la télévision, quand il n’y avait qu’une seule chaîne, que l’audimat n’existait pas et que l’imagination était (parfois) au pouvoir. Jean-Christophe Averty a secoué le PAF (paysage audiovisuel français) avant même la création de la TNT et la téléréalité. Voilà bien un genre qu’il ne devait pas porter dans son cœur à en juger par le titre de recueils d’entretiens avec Noël Herpe : « La réalité me casse les pieds ».
Pour France Culture, le réalisateur des « Raisins verts » et animateur des « Cinglés du Music-hall » revient sur cette immense carrière. Un bouquin terminé au début de l’année et qui parait quelques semaines après la disparition de l’interviewé, mort en mars dernier à 88 ans. Il n’est pas tendre pour lui, ni ses contemporains. Mais raconte avec faconde les grands moments de sa carrière. On retiendra notamment la réalisation du film « Autoportrait mou de Salvador Dali ». A la base, Fellini devait réaliser le film. Ce fut Averty. « Et pourtant, en 1966, entre Fellini et Averty il y avait une sacrée différence ! D’un côté un homme génial et de l’autre, le morveux que j’étais ». Le tournage sera épique. Comme toujours quand il s’agit de Dali. Averty pas encore complètement fou, et Dali qui l’était complètement, le résultat a été ébouriffant. « Au final, ce film sur Dali a été mon heure de gloire, estime Averty. Le reste a ressemblé à une lente décrépitude. »
Pourtant, il en manque aujourd’hui à la télévision des Averty en herbe, « des morveux ambitieux dans mon genre » selon sa terminologie.
 ➤ « La réalité me casse les pieds », Plein Jour, 14 €

26/05/2017

BD : Sommes-nous tous exceptionnels ?

 


Paul Baron est moyen. Parfaitement moyen. Taille, poids, QI, endettement… Il est dans la norme. Pas exceptionnel. Pourtant l’exceptionnel est son quotidien. Il est employé du Guide mondial des records, ce livre mis à jour chaque année qui permet à des anonymes d’être distingués en avalant trois hotdogs en 30 secondes ou en faisant tournoyer sept bâtons de majorette en même temps. Ce métier, il l’a aimé au début, mais depuis a perdu la flamme. Car pour un record validé, il y en a des centaines refusés et autant de déception pour ceux qui, un temps, se sont crus exceptionnels. Cette jolie fable écrite par Tonino Benacquista et dessinée par Nicolas Barral prend un tour tragique quand Paul reçoit une lettre d’un lecteur du guide désirant y faire son entrée en battant le record… du tueur de personnes qui le méritent. Une critique intelligente des dérives de notre société du spectacle, du surprenant et de la réussite érigés en règle absolue.
➤ « Le guide mondial des records », Dargaud, 14,99 €

De choses et d'autres : Amazing Trump

 

Le premier voyage à l’étranger de Donald Trump est une mine pour les observateurs un peu critiques et prêts à relever toutes les gaffes, bévues et autres incongruités que le nouveau président ne manque pas de commettre. Après l’Arabie Saoudite il rejoint Israël. Dès la descente d’avion il se fend d’une déclaration et le fort vent qui souffle sur Tel Aviv suscite les pires craintes pour sa chevelure péroxydée. Baste, grâce à une couche de laque aussi performante qu’un bouclier anti-missiles et de la colle (peut-être la même que pour le dentier), sa coiffure bouge mais ne rompt pas.
On rit beaucoup moins quand il se rend au mémorial de la Shoah après un détour par le mur des Lamentations où tous les visiteurs de marque laissent un message dans le livre d’or. En 2008, Barack Obama avait rempli une page d’un texte poignant, où il insistait sur le besoin de se souvenir de ceux qui ont péri. Trump se contente de quatre lignes et d’une conclusion un peu abrupte et sans la moindre profondeur selon tous les observateurs : « So amazing + Will never forget » soit « C’est dingue + je n’oublierai jamais ! » Le « amazing » est pour le moins déplacé.
Suite du voyage au Vatican. Là, pas de déclaration mais des photos qui interpellent. Entre sa femme et sa fille, vêtues de noir, un crêpe sur les cheveux blonds, et un pape François taciturne, il est hilare. Le contraste entre son sourire et la gravité du pape est frappant. Enfin il rejoint la Belgique pour une réunion de l’Otan. Là aussi il en a sorti une belle, se déclarant particulièrement heureux de découvrir « cette belle ville qu’est la Belgique ».
Hier il a reçu pour la première fois en tête à tête Emmanuel Macron. S’il continue sur sa lancée, Trump pourrait, au choix, croire que Macron est toujours conseiller à l’Élysée, chercher Sarkozy dans la délégation ou draguer Sylvie Goulard la ministre des Armées françaises. 
(Chronique parue le 26 mai en dernière page de l'Indépendant)

De choses et d'autres : Amazing Trump

 

Le premier voyage à l’étranger de Donald Trump est une mine pour les observateurs un peu critiques et prêts à relever toutes les gaffes, bévues et autres incongruités que le nouveau président ne manque pas de commettre. Après l’Arabie Saoudite il rejoint Israël. Dès la descente d’avion il se fend d’une déclaration et le fort vent qui souffle sur Tel Aviv suscite les pires craintes pour sa chevelure péroxydée. Baste, grâce à une couche de laque aussi performante qu’un bouclier anti-missiles et de la colle (peut-être la même que pour le dentier), sa coiffure bouge mais ne rompt pas.
On rit beaucoup moins quand il se rend au mémorial de la Shoah après un détour par le mur des Lamentations où tous les visiteurs de marque laissent un message dans le livre d’or. En 2008, Barack Obama avait rempli une page d’un texte poignant, où il insistait sur le besoin de se souvenir de ceux qui ont péri. Trump se contente de quatre lignes et d’une conclusion un peu abrupte et sans la moindre profondeur selon tous les observateurs : « So amazing + Will never forget » soit « C’est dingue + je n’oublierai jamais ! » Le « amazing » est pour le moins déplacé.
Suite du voyage au Vatican. Là, pas de déclaration mais des photos qui interpellent. Entre sa femme et sa fille, vêtues de noir, un crêpe sur les cheveux blonds, et un pape François taciturne, il est hilare. Le contraste entre son sourire et la gravité du pape est frappant. Enfin il rejoint la Belgique pour une réunion de l’Otan. Là aussi il en a sorti une belle, se déclarant particulièrement heureux de découvrir « cette belle ville qu’est la Belgique ».
Hier il a reçu pour la première fois en tête à tête Emmanuel Macron. S’il continue sur sa lancée, Trump pourrait, au choix, croire que Macron est toujours conseiller à l’Élysée, chercher Sarkozy dans la délégation ou draguer Sylvie Goulard la ministre des Armées françaises. 
(Chronique parue le 26 mai en dernière page de l'Indépendant)

25/05/2017

De choses et d'autres : la vigne rescapée


L’été est quasi là. Je m’en rends compte tous les jours en allant au travail au guidon de mon scooter. La visière relevée, je profite du paysage et des odeurs. Cinq minutes dans la campagne, cinq autres dans la ville avant de me garer en face du journal.
A ma gauche, des genets d’ordinaires discrets éclatent d’un jaune presque fluorescent. A droite des prairies fraîchement fauchées commencent déjà à sentir le foin sec. Les acacias ont perdu leurs grappes de fleurs blanches, mais le parfum des tilleuls de l’avenue d’Espagne arrivent à surpasser les relents de gaz s’échappements dus aux embouteillages.
Et puis il y a les vignes. Vertes, resplendissantes, aux longues tiges encore intactes et non disciplinées. Enfin les rares qui restent dans cette zone péri-urbaine de Perpignan. La semaine dernière, une nouvelle parcelle a été « traitée » définitivement. Un énorme tracteur, des socs et un rouleau. Déracinés tous ces ceps sans doute trop anciens. Longtemps il ont fourni le raisin avec lequel on confectionne ces vins râpeux, pas forcément goûteux ni distingués mais qui ont fait vivre des générations de viticulteurs. Tous arrachés. Tous sauf un pied, un miraculé, seul au milieu de ces « cadavres » qui déjà font le bonheur des particuliers venus les ramasser pour se chauffer dans deux ou trois hivers. Un petit pied rescapé, vaillant, comme un symbole de ce monde agricole en pleine mutation. Ou disparition penseront les plus pessimistes. 
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 25 mai. Malheureusement le pied de vigne rescapé a disparu quelques jours pus tard...)

BD : Presque mieux que du Jules Verne


Prêts pour la grande aventure au fond des mers ? Embarquez à bord du Fulgur, ancêtre du sous-marin inventé par un savant français et financé par un riche Américain. Avec équipage et explorateurs, ils décident de plonger à plus de 4 000 mètres pour explorer des fosses marines mystérieuses. Mais ce n’est pas la science qui guide le promoteur de l’expédition mais l’appât de l’or. Il compte renflouer un bateau chargé de tonnes du métal précieux. Mais rien ne se passe comme prévu et le Fulgur, pris dans un tourbillon, est englouti dans des cavernes. Le reste du récit raconte sa dérive, dans des cavernes gigantesques, à chercher une sortie tout en affrontant des animaux monstrueux, du calamar géant au requin préhistorique. Une série prévue en quatre tomes, écrite par Christophe Bec en hommage à Jules Verne et dessinée par le serbe Nenadov.
➤ « Le Fulgur » (tome 1), Soleil, 15,50 €

09:03 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fulgur, verne, bec, nenadov, soleil

24/05/2017

BD : "Ter", la « Main d’or » du futur


Dans un futur que l’on imagine très éloigné, quand la civilisation se sera écroulée sur elle-même, une petite communauté survit sur un bout de terre. Pip, adolescent qui améliore l’ordinaire en pillant des tombes la nuit venue, découvre dans un caveau un homme nu. A son contact, il se réveille. Ne sait pas parler, n’a pas de mémoire. Seule indication : il a tatoué sur l’épaule droite le sigle « Main d’Or 1 ». Pip lui donne le nom de Mandor et le ramène à la maison. L’homme a la particularité de savoir réparer les objets cassés. Et même de connaître leur utilité, chose que Pip et sa sœur Yss ne savent souvent pas. Un récit de science-fiction signé Rodolphe, dessiné par Christophe Dubois, éclatant d’imagination dans les costumes ou les bestioles dangereuses qui vivent sur Ter. Un zeste de religion et nous voilà embarqués dans une saga prometteuse d’autant que la dernière image rebat toutes les cartes.
➤ « Ter » (tome 1), Daniel Maghen éditions, 16 €

09:54 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ter, maghen, rodolphe, dubois

23/05/2017

Roman : La fin des Ferrailleurs

 


Il existe des livres qui sont un peu plus qu’un assemblage de feuilles de papier remplies de mots. En les ouvrant, on a immédiatement l’impression non pas de pénétrer dans une histoire mais de plonger dans un monde. La saga des « Ferrailleurs » d’Edward Carey interpelle. Gros, il alterne chapitres courts, dialogues inventifs et dessins en noir et blanc. « La ville », troisième et dernier titre de la série, raconte comment les Ferrailleurs, lignée maudite, parviennent à étendre l’obscurité sur la ville de Londres. La capitale anglaise vit dans la peur. Des gens disparaissent, des objets se modifient : rien n’est plus comme avant.
Cela intrigue la jeune Eleanor, d’autant qu’elle voudrait savoir qui sont les nouveaux voisins. Elle va oser frapper chez les Ferrailleurs et croiser la route de Clod. Dernier de la lignée, il sera peut-être le sauveur de la ville. Du moins s’il parvient à échapper à la surveillance de son cousin Rippit. « Rippit le coasseur, le croasseur, l’éructeur, le brailleur qui s’égosillait sous mon nez, avec sa voix perçante, sa voix de porte qui grince, Rippit qui me crie dans les oreilles, s’infiltre dans mes pensées, dans mon esprit affligé, ses yeux jaunes fixés sur moi. Mon fidèle compagnon, mon cousin, mon crapaud de cousin. »
Un roman fantastique, dans tous les sens du terme.
➤ « La ville » (troisième et dernière partie de la saga des Ferrailleurs), d’Edward Carey, Grasset, 23 €

De choses et d'autres : tourner en bourrique

Depuis quelques semaines, le net regorge d’articles sur les « hand spinners », sortes de toupies manuelles en pleine invasion des cours de récréation. Sceptique sur ces modes souvent dictées par un mercantilisme de bas étage (un hand spinner coûte de 3 à 15 € dans le commerce), j’ai pris conscience du phénomène en croisant trois collégiens à la sortie des cours. Tout en discutant, ils faisaient tournoyer frénétiquement leur petit bidule. Le hand spinner, de virtuel, devenait tout à coup réel sous mes yeux ébahis.
Ces jouets, formés d’un roulement à bille central et de trois branches, sont à la base des objets destinés à certains autistes. Ils agissent comme « un exutoire moteur aux tensions et désirs de mouvement » pour les « enfants et adultes hyperactifs ou ayant des troubles de l’attention et de la concentration. » En le faisant tourner le plus longtemps possible et si possible en équilibre sur un doigt, on apprend, en théorie, « dextérité, agilité, motricité et force cinétique.
Problème, aux USA d’où vient la mode, plusieurs écoles ont interdit le hand spinner et en France certains profs aussi commencent à en avoir ras-le-bol. Car loin de se limiter aux récréations, la toupie virevolte en cours. Résultat les élèves n’écrivent plus, écoutent encore moins et quand le jouet tombe, cela déclenche un brouhaha immédiat. A mon avis, le hand spinner ne présente qu’un avantage : il oblige son utilisateur à choisir entre lui et son portable. Moins d’écran ne peut pas nuire à la jeunesse… 
(Chronique parue le 23 mai en dernière page de l'Indépendant)

22/05/2017

Livres de poche : trois balades au cœur des villes américaines

 


Quatre fillettes mystérieusement disparues, quatre poupées en porcelaine, sosies des enfants, envoyées à leurs parents un mois plus tard. À Crystal Lake, petite ville paisible sous le coup d’un hiver glacial, non loin de Chicago, Joe Lasko est prêt à tout pour retrouver sa fille de quatre ans, Lieserl. Il engage son amour de jeunesse devenue détective privée pour mener leur propre enquête mais, aidés de la célèbre profileuse Hanah Baxter et son inséparable pendule, ils sont loin d’imaginer l’ampleur des secrets liés à ces disparitions. Ce thriller de Sonja Delzongle surfe entre frisson et fantastique. Le nouveau titre de cet auteur française, « Récidive », toujours avec Hannah Baxter en vedette, vient de paraître chez Denoël.
➤ « Quand la neige danse », Folio Policier, 8,20 €


Eté 1915, New Jersey. Constance Kopp est devenue l’une des premières femmes shérifs adjoints du pays. La terreur des voyous et des scélérats, avec arme et menottes… mais toujours sans insigne. L’époque, la loi et l’opinion publique résistent encore à sa nomination. Au point que le shérif se voit contraint de la déchoir provisoirement de ses fonctions. La voilà reléguée gardienne de prison, trépignant dans l’ennui routinier de la cage à poules en attendant que les critiques se tassent. Jusqu’à ce qu’un étrange Allemand, confié à sa garde, ne prenne la poudre d’escampette. Et que Constance ne se lance dans une chasse à l’homme, bien décidée à retrouver son prisonnier enfui et son honneur perdu.
➤ « La femme à l’insigne », inédit, 10/18, 8,40 €


Pendergast est contacté par Percival Lake, un sculpteur à qui on a volé une collection de vins rares. En compagnie de Constance Greene, Pendergast se rend à Exmouth, petit village de pêcheurs situé au nord de Salem, dans le Massachusetts. En examinant la cave pillée, Pendergast découvre, derrière les rayonnages, une niche secrète ayant abrité un corps. Le vol des précieux flacons ne serait donc qu’un leurre destiné à masquer la disparition du squelette. Quelques meurtres plus tard, le héros imaginé par Preston et Child se trouve face à des sabbats d’adorateurs de Lucifer et du démon Morax… Les amateurs des enquêtes de Pendergast peuvent retrouver leur héros préféré dans « Noir Sanctuaire » qui vient de paraître à l’Archipel.
➤ « Mortel sabbat », J’ai Lu, 8 €

De choses et d'autres : la barbe !

La recomposition politique ne présente pas que des avantages. Prenez le nouveau Premier ministre Edouard Philippe, homme de droite passé par le PS, fils spirituel de Juppé, énarque, maire du Havre et… barbu. Ne croyez pas que cet ornement soit anecdotique.
Au contraire, dès le lendemain de sa nomination nombre d’analystes politiques ont relevé ce détail, comme si désormais ses joues plus ou moins velues prenaient autant d’importance que le fond de sa pensée. Signe de virilité assumée pour certains, de paternité bienveillante pour d’autres, ces quelques poils ont beaucoup fait parler d’eux. Jusqu’à dire n’importe quoi sur l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs plus au goût du jour, dans le coup. Pas des hipsters ni des métrosexuels, mais des hommes politiques qui se soucient simplement de leur apparence et ne se rasent pas tous les matins minutieusement en pensant au futur poste important qu’ils espèrent conquérir.
La réalité est peut-être moins belle. Edouard Philippe porte la barbe depuis qu’il est devenu maire du Havre en 2010 à la place d’Antoine Rufenach. Pour se vieillir. Il l’a reconnu. Également pour changer de tête. Dans son parti quelques mauvaises langues trouvaient qu’avec sa calvitie naissante et ses joues lisses, il ressemblait de plus en plus à son mentor Alain Juppé. Car malgré ses 46 ans, le Premier ministre a désormais le cheveu rare. Bref, il utilise sa barbe pour détourner les regards de son crâne lisse. Pour l’instant, le subterfuge fonctionne à merveille. 
(Chronique parue le 22 mai en dernière page de l'Indépendant)

21/05/2017

BD : La petite Louve à la manœuvre



Quand Yann, scénariste des Innommables, de Bob Marone ou de Sambre, se lance dans la réinterprétation du monde de Thorgal, il truffe ses récits de références aux légendes et dieux nordiques. Avec Roman Surzhenko (un dessinateur Russe parfait continuateur de la période au trait de Rosinski) il a imaginé la jeunesse de Thorgal et des aventures spécifiques à sa fille, Louve. Cette dernière série est très riche. Déjà le 7e album et peut-être la fin. La petite fille, accompagnée du nain Tjahzi, se rend dans l’entre-deux-mondes pour persuader le serpent Nidhog de l’aider à chasser les Alfes noirs. Une mission impossible dont elle réchappe de justesse. Pour finalement tomber dans griffes du mage Azzalepston. L’intervention d’Aaricia sera-t-elle suffisante ? Comme souvent pour satisfaire les Dieux et obtenir des faveurs de leur part, il faut faire de grands sacrifices…
➤ « Louve » (tome 7), Le Lombard, 12 € 

20/05/2017

DVD et blu-ray : Insomnies cauchemardesques avec "Nocturnal animals" de Tom Ford


Les scènes d'ouverture ou les génériques de certains films sont déstabilisants, voire répulsifs. Ne tombez pas dans le panneau des premières minutes de « Nocturnal animals » de Tom Ford avec Amy Adams et Jake Gyllenhall. On découvre avec effroi un happening artistique que l’on peut considérer, au mieux de grotesque, au pire, comme le personnage joué par Amy Adams, de médiocre. Médiocre cet art contemporain exposé par une galeriste qui a réussi. Médiocre comme sa vie privée, entre villa de luxe, personnel pléthorique, mari gravure de mode dans la finance et fille prometteuse. Des symboles de réussite qu’elle rejetait du temps de son premier mariage avec un jeune écrivain. 20 ans plus tard, en plein doute existentiel, elle reçoit le nouveau manuscrit de cet homme qu’elle a toujours aimé. Une histoire violente, de viol et de vengeance, dans laquelle elle se reconnaît.


Film troublant et parfois glauque, cette réalisation de Tom Ford, entre thriller et expérience artistique fait partie de ces œuvres qui provoquent plus de questionnement au sein du public que de réponse. Une noria de pistes, de références et de croisement des situations qui en font une œuvre unique, forte et pleine de ces interrogations existentielles qui, malgré tout, nous font mieux comprendre la vie.
 ➤ « Nocturnal Animals », Universal, 19,99 €


De choses et d'autres : le vert ne sied pas aux travestis

La parité est une des revendications des écolos. Pour les élections législatives, le parti vert se veut exemplaire. Mais parfois cela pose des problèmes comme dans cette circonscription parisienne. La candidate, Douchka Marcovic, a pour suppléant Thierry Schaffauser. Avant le lancement de la campagne, ils passent par la case photo officielle. Et Thierry, fervent défenseur des minorités, arrive dans ses plus beaux habits... de femme. Ce membre du Strass (syndicat des travailleurs du sexe), souriant, un chien dans les bras, se présente aux électeurs sous son apparence de tous les jours : en travesti. Sympa mais pas du goût des responsables du parti pas si progressiste quand il y a un risque de passer sous les 5 %, la barre du remboursement des frais de campagne. Dans un premier temps ils demandent à refaire la photo. Puis retirent carrément l’investiture au « fautif ». Moralité : le vert ne va pas du tout aux robes des travestis.
(Chronique parue le 20 mai en dernière page de l'Indépendant)

19/05/2017

Série Télé : « The Code », l’Australie entre nature et technologie

Série australienne imaginée par Shelley Birse, « The Code » plonge le spectateur dans les deux facettes de l’Australie contemporaine. D’un côté Lindara, petite localité perdue au milieu du bush et de l’autre Canberra, la capitale de cette fé- dération d’états. Le contraste est d’autant plus grand qu’à Lindara, il y a essentiellement des paysans, souvent métissés avec des aborigènes alors que l’intrigue dans la capitale se déroule dans le bâtiment du gouvernement, avec rivalités entre ministres, presse d’investigation et secrets de conseillers très ambitieux.

Tout commence par la mort d’une adolescente. La voiture a eu un accident. Son fiancé ne se souvient de rien si ce n’est d’un camion croisé en pleine nuit. L’institutrice des deux adolescents veut que la vérité éclate et contacte un journaliste de Canberra. Ce dernier, véritable hé- ros de la série, a un frère autiste, passionné d’informatique qui a déjà été plusieurs fois inculpé de piratage.
On aime dans cette série les paysages gigantesques de Lindara et la beauté glacée de Canberra, stricte et moderne. Les acteurs sont inconnus mais excellents, notamment Ashley Zukerman qui interprète le hacker et la jeune et très belle Adele Perovic, petite amie de ce dernier mais au rôle plus trouble qu’il n’y paraît. Une première saison de six épisodes qui verra sa conclusion dans la saison 2, de six chapitres également et qui sera mise en vente mi juillet.
 ➤ « The Code », Universal, coffret de deux DVD, 15 €

18/05/2017

De choses et d'autres : le grand écart de Nicolas Hulot


Habitué à être sur le devant de la scène depuis ses aventures télévisuelles, Nicolas Hulot a finalement décidé de franchir le pas et de passer aux responsabilités. Longtemps agitateur d’idées, inlassable défenseur de la nature, écologiste pur et dur, il agissait dans l’ombre, avait d’excellents rapports avec les présidentes (Sarkozy puis Hollande), mais n’avait jamais osé se frotter au difficile rôle de ministre.
Emmanuel Macron (ou Édouard Philippe ?) a décroché la lune en persuadant ce « people » de rejoindre le gouvernement. Avec le titre de ministre d’État en plus. Mais avant de prendre les premières décisions, il va falloir qu’il fasse connaissance avec ses collègues. Il ne sera pas évident pour le ministre Hulot de trouver des points de convergence avec son chef direct, le Premier ministre « homme de droite » qui a longtemps travaillé pour Areva, le géant de l’industrie nucléaire.
De même, si l’ancien présentateur d’Ushuaia est sollicité pour soutenir certains candidats de « La république en marche », il pourrait se retrouver en meeting dans le Gard à faire l'article pour Marie Sara face à Gilbert Collard, la Torera qui « pique » des toros contre l’avocat qui défend les hommes. Un sacré grand écart pour ce pionnier de l’écologie médiatique.
Mais le pire serait qu’Emmanuel Macron, lui demande de se charger de la réouverture des chasses présidentielles, une des nombreuses promesses du candidat Macron quand il est intervenu devant les chasseurs français le 15 mars dernier. 
(Chronique parue le 18 mai en dernière page de l'Indépendant)

Cinéma : Monica Bellucci se met à nue

 


Elle illuminera ce soir de sa grâce et de sa beauté la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes. Monica Bellucci est une icône du cinéma moderne. Une actrice internationale, une star dans toute sa splendeur. Mais derrière l’image parfaite, il y a une femme. Sensible. Intelligente.
Guillaume Sbalchiero, journaliste et écrivain, a voulu aller plus loin que les apparences. Un jour il a sollicité un entretien avec la comédienne. À son grand étonnement, elle a accepté. Elle s’est livrée un peu la première fois. Mais comme elle a accepté d’autres rendezvous (sept au total) elle a totalement cassé l’armure pour se livrer. « Rencontres clandestines » est le récit de ces entretiens, sur plusieurs années, avec quelques pages de liaison où l’interrogateur raconte les circonstances des rencontres et sa vision de ce travail de fond. Un texte magnifique, d’une grande profondeur parfois, qui nous apprend beaucoup sur cette femme libre, mère, épouse et muse de grands cinéastes.
Difficile de tirer des extraits tant tout est intéressant ; mais on peut mettre en lumière cette réponse sur une question portant sur son « raffermissement de caractère » : « Je souffre d’un sentimentalisme exacerbé. Je pardonne beaucoup. Trop... Certaines personnes en ont profité. J’essaie désormais d’être sentimentale sans tomber dans le piège du sentimentalisme ». Ou cette pirouette sur la vieillesse, sur l’âge qui fait que l’on est « moins désirée » : « Je ne sais pas... Il y a toujours de bons gérontophiles ! »
➤ « Rencontres clandestines » entre Monica Bellucci et Guillaume Sbalchiero, éditions l’Archipel, 15 €

17/05/2017

Ouverture de Cannes : le festival arrive presque chez vous avec la sortie du film d'Arnaud Desplechin

LES FANTÔMES D’ISMAËL. Le nouveau film d’Arnaud Desplechin en ouverture du festival et déjà à l'affiche dans les salles de la région.


Le festival de Cannes, en plus d’être le rendez-vous mondial du cinéma de qualité, est une opportunité forte pour mettre en lumière certains longs-métrages. Une sélection au festival, si elle se combine à une sortie dans la foulée dans les salles françaises, assure une visibilité maximale car ce sont des centaines de journalistes français qui couvrent l’événement. Avec un bémol, l’impossibilité de voir les œuvres avant leur première diffusion au Palais.
C’est le cas des « Fantômes d’Ismaël », film d’Arnaud Desplechin hors compétition mais qui a le grand honneur d’être présenté en ouverture, avant le début des choses sé- rieuses. Présenté ce mercredi soir, il est aussi à l’affiche dans des centaines de salles. Dans la région il est programmé au Castillet à Perpignan, au Colisée à Carcassonne et au Cinéma (théâtre) de Narbonne. On retrouve en tête de distribution trois vedettes françaises habituées des grands rendez-vous. D’abord la star incontestée, Marion Cotillard, souvent décriée pour ses apparitions dans les grosses productions américaines après le succès de « La Môme », mais qui gère avec une grande classe et un réel talent ses films d’auteurs (Mal de Pierres, Juste la fin du monde). Elle interprète la femme disparue, et qui revient on ne sait d’où. C’est elle qui va hanter Ismaël, le cinéaste qui a refait sa vie avec une femme plus jeune. Mathieu Amalric endosse l’habit du veuf (mais pas trop) torturé. Charlotte Gainsbourg est l’espoir, le renouveau, l’avenir. Un trio classique ? Pas du tout, Arnaud Desplechin est à la manœuvre et le réalisateur de « Trois souvenirs de ma jeunesse » n’est pas un adepte du vaudeville.


■ Cinq films en un
Dans des notes de production, seules indications sur le film résumé par la phrase sibylline « À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu… », Arnaud Desplechin explique que « Les Fantômes d’Ismaël » est un film comprenant cinq films. « C’est le portrait d’Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. C’est le portrait d’Ismaël, un réalisateur de film qui traverse sa vie sans n’y rien comprendre non plus. C’est le retour d’une femme, d’entre les morts. C’est aussi un film d’espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock. Ismaël est frénétique. Et le scénario est devenu frénétique avec lui ! Pourtant, Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction… »
Les autres films de Cannes, notamment les étrangers, ne sont pas encore programmés. Par contre deux autres créations hexagonales seront diffusées en salles le jour même de leur présentation au jury présidé par Pedro Almodovar.
Mercredi 24 mai (au Castillet et au Cinéma (théâtre) de Narbonne), découvrez le « Rodin » de Jacques Doillon avec Vincent Lindon et Izia Igelin. Un biopic du célèbre sculpteur dans lequel on retrouvera avec curiosité Séverine Caneele, la jeune Nordiste, ouvrière en usine, qui a débuté sa carrière cinématographique dans « L’Humanité » de Bruno Dumont en remportant, à la surprise générale, le prix d’interprétation féminine.
Enfin à partir du 26 mai (programmé au Castillet) place à « L’amant double » de François Ozon. En compétition, il pourrait faire beaucoup parler de lui pour son côté sulfureux, écopant même d’une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. Chloé (Marine Vacth), une jeune femme fragile et dé- pressive, entreprend une psychothérapie et tombe amoureuse de son psy, Paul (Jérémie Rénier). C’est peu de dire que nous sommes impatients de découvrir la nouvelle pépite du réalisateur toujours novateur de « Frantz » (en noir et blanc) ou « Une nouvelle amie » (avec Romain Duris en travesti).

De choses et d'autres : Et vive l'Eurovision quand il y a des fesses !


Samedi dernier, des millions de personnes ont communié au son des chansons de l’Eurovision. Communié car on a parfois l’impression qu’il faut être un peu fanatique et sectaire pour apprécier ce dé- filé de chansons horriblement formatées, entre minets branchés, chanteuses à grosse voix et autres particularités régionales. Le seul intérêt, pour moi, résidait dans le long tour des capitales pour entendre les votes des différents pays, de « one point » à « twelve points »... Mais même ça, jugé trop long a été modifié.
Bref, samedi, je n’ai pas regardé. Et aujourd’hui je le regrette. Pas pour le vainqueur, un bellâtre portugais, coiffé comme Julien Doré. Ni la performance de la France, Alma se classant au final 12e, un excellent résultat comparé aux dix dernières années, ni les commentaires de Marianne James, Stéphane Bern et Amir, rarement pertinents et encore moins marrants. Je râle de ne pas avoir été devant la télévision juste pour la prestation de Vitali Sediouk. Un Ukrainien, qui s’est produit chez lui, devant son public. Il n’a pas chanté et son intervention a duré moins de 10 secondes, mais au final, on ne retiendra que lui du show de plus de trois heures. Vitali, à l’entracte, alors que la gagnante de l’an dernier s’époumonait, est monté sur scène, a soulevé le drapeau australien sur son dos et... baissé son pantalon. De belles fesses, en direct, devant des millions d’yeux éberlués. Oui, je regrette d’avoir manqué ce moment...

Alors pour le plaisir, le replay de l'action litigieuse...



(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 17 mai)