21/06/2017

Cinéma : Une vie parallèle kafkaïenne qui vous met "K. O."


K.O. Fabrice Gobert, créateur des Revenants, continue dans la veine du fantastique réel


Vous est-il parfois arrivé de vous réveiller avec la désagréable sensation de ne plus savoir qui vous êtes ? Comme une rupture dans univers cohérent pour basculer dans un monde parallèle, souvent kafkaïen. Cette perception de glissement de la réalité, Antoine Leconte (Laurent Lafitte) va la vivre intensément. Mais ne peut pas s’y habituer. Logique, ce qu’il dé- couvre est une inversion de son existence, un univers où il se retrouve à la place des hommes et femmes qu’il humilie au quotidien. Le second film de Fabrice Gobert, créateur de la série les Revenants pour Canal +, est assimilable à une longue errance dans un labyrinthe pour le personnage principal. Pour comprendre le cauchemar, il faut connaître vraie vie de cet homme brillant mais exécrable. Antoine est le directeur d’une chaîne de télévision. Il a réussi et méprise ceux qui n’ont pas su, comme lui, s’imposer dans ce monde de requins. Il a une horde de collaborateurs toujours prêts à accomplir ses moindres envies. Répondre illico à ses ordres implacables « Une cigarette ! », « trouve mon avocat ! ». Ses sentences expéditives « Vire-le ! ». Un roi à qui personne ne résiste. Le prototype du salaud incapable de la moindre empathie. Les 20 premières minutes permettent au spectateur de le cerner, de le détester. Mais il y a heureusement ceux qui lui résistent : un syndicaliste, sa femme ou un présentateur laissé en bord de route. Ce dernier craque. Il coince Antoine dans un ascenseur et lui tire dessus. Ecran noir pour le producteur télé...
■ A la météo
Quand il reprend ses esprits à l’hôpital, il quitte immédiatement cette chambre sinistre et rentre chez lui. Mais le code de la grille de son hôtel particulier ne fonctionne plus. Il crie, réclame qu’on lui ouvre. La police intervient, l’embarque. Antoine ne comprend pas. D’ordinaire tout le monde le reconnaît. A petit matin, il repart à la télévision. Les gens le reconnaissent mais ne semblent plus le redouter. Il prend alors conscience que tout à changé. Il est le présentateur météo. La direction de la chaîne est occupée par sa secrétaire, sa maîtresse est femme du patron, sa femme présentatrice vedette vivant avec l’animateur qui lui a tiré dessus. Après un moment d’abattement, il va tenter de reconquérir son empire. Mais ses envies de promotion sont balayées : présentateur météo tu es, présentateur météo tu resteras... On participe intensément à ce cauchemar éveillé, projeté dans ce personnage, obligé d’ouvrir les yeux sur sa vie d’avant, plus minable que brillante finalement. Un fantastique parfaitement maîtrisé, une narration linéaire mais aux multiples rebondissements, des acteurs au summum de leur art : « K. O. » redonne confiance dans l’avenir du cinéma fran- çais capable d’inventer, de surprendre et de proposer des idées nouvelles.
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Réminiscence des « Revenants »

Le créateur et réalisateur (13 des 16 épisodes) de la série « Les Revenants » Fabrice Gobert aime la veine fantastique. « Le fantastique me permet de traiter les choses de manière pas trop frontale, il permet ce petit pas de coté qui ouvre vers le spectaculaire, le ludique, le surprenant », explique Fabrice Gobert à l’AFP. « Le but, c’était de laisser au spectateur la possibilité de s’interroger sur l’histoire : Antoine Leconte se demande qui il est, il erre entre ses cauchemars, ses fantasmes, ses rêves, ses ambitions, ses peurs », dit le réalisateur. En plus de l’ambiance fantastique, « K. O. » permet au réalisateur de retrouver des comédiens qu’il a déjà dirigés dans la série composée de deux saisons et qui vient d’être adaptée aux USA. Clotilde Hesme joue une assistante de Leconte, toujours disponible. Pour tout. Car elle est aussi sa maîtresse. Mais en toute discrétion car le patron ne doit pas afficher ses préférences. Dans l’autre réalité, elle est à la tête de la chaîne, mariée et enceinte jusqu’aux yeux (comme dans la série...). L’occasion pour la comédienne de jouer deux personnages totalement différents, de la soumission à l’autoritarisme bon enfant. Autre acteur remarqué dans les Revenants et de retour dans K. O. : Jean-François Sivadier. Son air mystérieux fait merveille dans la seconde partie, quand il fait découvrir à Leconte le monde du combat clandestin à main nue. Juste pour de l’argent et avoir la possibilité de se défouler après une journée d’humiliations au travail. Violent mais si vrai...

20/06/2017

Livre : l’érotisme selon nos ancêtres catalans

 


Le plaisir sexuel, contrairement à une idée trop souvent répandue, n’est pas une découverte récente. Depuis très longtemps, l’homme et la femme ont compris qu’en plus d’assurer la descendance, faire l’amour est une source in- épuisable de plaisir.
Et pour ceux qui en doutent, plongez dans la réédition dans une nouvelle traduction du « Miroir du foutre » connu également sous le nom de « Kamasutra catalan ». Ce manuscrit anonyme du XIVe siècle est conservé à la bibliothèque nationale de Madrid. Une première version parue avant les années 2000 avait déjà mis en relief ce petit traité expliquant en plusieurs chapitres que faire l’amour est bénéfique à se maintenir en santé. Surtout, il expliquait des remèdes pour être performant, décrivait des positions et s’intéressait même au plaisir féminin, décrivant le « godemiché en forme de pénis, rembourré de coton et recouvert de cuir doux, qu’elles s’introduisent dans le sexe jusqu’à ce qu’elles soient satisfaites. »
Car dans ce texte, s’il est beaucoup question des solutions pour avoir un « membre fort et vigoureux », il n’est pas occulté le rôle de la femme notant qu’il est « frustrant que les deux plaisirs n’arrivent pas ensemble. Lorsque l’homme jouit avant la femme, celle-ci est lésée. » Comme quoi, rien n’a changé réellement dans la tête des « mâles ». 
➤ « Miroir du foutre », Mare Nostrum, 12 €

Livre : l’érotisme selon nos ancêtres catalans

 


Le plaisir sexuel, contrairement à une idée trop souvent répandue, n’est pas une découverte récente. Depuis très longtemps, l’homme et la femme ont compris qu’en plus d’assurer la descendance, faire l’amour est une source in- épuisable de plaisir.
Et pour ceux qui en doutent, plongez dans la réédition dans une nouvelle traduction du « Miroir du foutre » connu également sous le nom de « Kamasutra catalan ». Ce manuscrit anonyme du XIVe siècle est conservé à la bibliothèque nationale de Madrid. Une première version parue avant les années 2000 avait déjà mis en relief ce petit traité expliquant en plusieurs chapitres que faire l’amour est bénéfique à se maintenir en santé. Surtout, il expliquait des remèdes pour être performant, décrivait des positions et s’intéressait même au plaisir féminin, décrivant le « godemiché en forme de pénis, rembourré de coton et recouvert de cuir doux, qu’elles s’introduisent dans le sexe jusqu’à ce qu’elles soient satisfaites. »
Car dans ce texte, s’il est beaucoup question des solutions pour avoir un « membre fort et vigoureux », il n’est pas occulté le rôle de la femme notant qu’il est « frustrant que les deux plaisirs n’arrivent pas ensemble. Lorsque l’homme jouit avant la femme, celle-ci est lésée. » Comme quoi, rien n’a changé réellement dans la tête des « mâles ». 
➤ « Miroir du foutre », Mare Nostrum, 12 €

De choses et d'autres : Cachez ce pied


Si vous avez la chance (le malheur pour certains) d’habiter près d’un lycée, vous les avez remarqués depuis quelques semaines. Pas les handspinners, mais le combo improbable des claquettes portées avec des chaussettes. Pas la tong accrochée entre le gros orteil et le reste des doigts de pied mais la claquette simple, souvent utilisée dans les vestiaires de sportifs ou à la piscine. Une claquette toute simple, qui dé- voile 80 % du pied. Si on a la bonne idée de ne pas mettre des chaussettes. Or la mode, lancée notamment depuis le titre «Claquettes-chaussettes» du rappeur Alrima. Une chanson que les Inconnus, à l’époque n’aurait pas reniée. 
Pour le Huffington Post, l’artiste se souvient du déclic qui l’a poussé à écrire et enregistrer ce chef-d’œuvre de l’esthétique, version Cité : «On a pris ça comme un défi. C’était quitte ou double: soit la chanson fonctionne, soit on passe pour des guignols.» Si pour les gens ayant un minimum de sens artistique, l’association est rédhibitoire, pour les autres, les jeunes notamment, c’est génial. 
Constat d’Alrima : « Au final, personne ne regrette». On ne le remerciera jamais assez de rendre possible ce que plus personne n’osait faire par crainte de ridicule (ou pire, d’être pris pour un touriste hollandais ou allemand) : porter des chaussettes avec des sandales ouvertes, en pantacourt. Ce qui était encore le comble de la ringardise l’été dernier, devient à la mode par la magie de YouTube (3 millions de vues en deux mois). 
Et à l’occasion cela permet de cacher les ongles incarnés ou mangés par d’horribles champignons comme il n’en existe que dans les pubs pour médicaments anti mycoses. 
En bonus, la vidéo...

(Chronique parue le 20 juin en dernière page de l'Indépendant)

19/06/2017

Livre : Fées et autres mitounes de France

 


Remarquable travail de recherche de Marie-Charlotte Delmas pour ce copieux « Dictionnaire de la France merveilleuse ». Spécialiste des croyances populaires, elle a déjà signé trois volumes du « Grand légendaire de France ». Dans ce dictionnaire portant sur le surnaturel, les êtres fantastiques, les apparitions et les lieux enchantés elle détaille en quelques pages nombre de légendes. Notre région est riche en histoires de ce genre, comme la création du pic de Bugarach, issu de l’action de deux lutins, Buch et Arach, réquisitionnés pour protéger les habitants du cers. De longs chapitres sont consacrées aux enchantées ou aux mitounes. Ce sont des fées. Les premières, lavandières, avaient la réputation de porter chance. Quant aux secondes, elles sont clairement malfaisantes et ont longtemps terrorisé les Audois.
➤ Omnibus, 30 €

De choses et d'autres : les premiers de la vague


Les vagues, ils connaissent parfaitement en Polynésie française. Ce territoire du Pacifique sud composé de petites îles tropicales réparties sur une superficie maritime aussi étendue que l’Europe est réputé pour son lagon et quelques spots vénérés par les surfeurs du monde entier. Des vagues, il y en a de très belles du côté de Teahupoo (le plus connu et redoutable) ou Taapuna, mais samedi c’est un rouleau très différent qui a déferlé sur l’archipel. Décalage horaire oblige, c’est là que les premiers résultats des législatives ont été connus. Et avant même que les rares électeurs de métropole encore assez motivés ne se persuadent qu’il faut aller voter, même si c’est la quatrième fois en deux mois, qu’il fait très beau et que le dimanche c’est fait pour se reposer, les trois députés de Polynésie française fêtaient leur victoire. Et sur les trois, deux étaient étiquetés majorité présidentielle. 
En gros comme en métropole : une majorité historique des deux tiers. Comme un tsunami, la vague En marche ! s’est propagée à la surface du globe et avant d’arriver sur nos rives et pénétrer tous les départements, elle a touché les côtes de la Martinique (1 élu), de la Guadeloupe (3 élus), de la Guyane (1 élu, certainement l’un des plus jeunes de l’Assemblée à 25 ans), et Saint-Pierre et Miquelon (1 élue, ministre des Outremers gagnante de peu).
Le problème des vagues c’est que certains peuvent y surfer, mais d’autres y boire la tasse. D’autant qu’objectivement, vu la participation catastrophique, c’est plutôt une vaguelette qui a tout emporté sur son passage. 
(Chronique parue le 19 juin en dernière page de l'Indépendant)

18/06/2017

Roman : le Capcir façonne « La maison Bataille » d'Olivier Szulzynger


Roman rural et familial, « La maison Bataille » d’Olivier Szulzynger, connu pour avoir longtemps coordonné les scénarios de « Plus belle la vie », est un regard assez cru sur la désertification de la montagne catalane. A cause de la crise agricole mais aussi et surtout de la mésentente dans certaines familles obligées de fuir la misère et incapables de trouver un terrain d’entente pour assurer une transmission d’héritage sereine.

« La maison est ramassée sur elle-même. La façade est en pierre sèche. Il n’y a pas d’ouverture au rez-de-chaussée, et seulement une rangée de quatre fenêtres au premier et au deuxième étage. Les fenêtres, étroites comme des meurtrières, sont fermées par des volets verts en bois. La peinture s’écaille. Le noir rouille des ardoises contraste avec le gris jaunâtre du mur. Pierres contres pierres. Minéral. » Telle est la maison Bataille plantée sur les hauts de Camporeils dans ce Capcir si redoutable en hiver.
Frédéric, compositeur atteint d’une tumeur au cerveau, compte se retirer dans cette demeure familiale qu’il n’a fréquentée que de rares étés. C’est là qu’a débuté la saga des Bataille. Maniant à la perfection la narration avec une quantité importante de personnages, l’auteur, dont c’est le premier roman, fait le pari de délaisser la chronologie pour multiplier les allers-retours aux différentes époques.

■ Regard lucide
Il y a André, le patriarche, celui qui a imposé les Bataille comme les maîtres du Capcir dans l’entre-deux-guerres. Puis ses enfants, Jeanne, Marie, Pierre et Louis. Enfin les petits enfants dont André, Sylvie et Frédéric. C’est ce dernier qui sert de pivot au roman. Son retour à Camporeils et ses souvenirs de son père et de ses tantes.


L’essor des Bataille débute par une déception. André, en 1920, veut quitter ces montagnes pour l’Argentine et ses immenses plaines propices à l’élevage de masse. Son père refuse. Il reste donc sur l’exploitation et transforme sa frustration en ambition politique. Elu maire, il rayonne sur la région, envisage d’avoir des responsabilités nationales. La seconde guerre le fauche en pleine gloire.
Sa fille, Jeanne reprend le flambeau. Mariée à un employé de banque, elle va œuvrer en coulisses pour sa promotion, devenant une cadre du Crédit Agricole, de ces responsables qui ont œuvré pour la modernisation de l’agriculture fran- çaise. A l’opposé, Marie vivote à Narbonne, ne revenant à la maison familiale qu’en été, pour les vacances d’été. Une écriture concise, précise, donne toute sa force à cette saga qui pourrait s’étaler sur des heures à la télévision. Mais Olivier Szulzynger sait faire court et direct. Exemple avec le sentiment de Frédéric, partagé entre sa réussite artistique et ses attaches paysannes : « En sautant d’un monde à l’autre, on court le risque de trébucher et de tomber dans le vide. »
Histoire d’une maison, d’une famille, d’une région, ce roman est un regard lucide sur l’évolution des mentalités d’une génération à l’autre.
➤ « La maison Bataille », Olivier Szulzynger, Editions de l’Aube, 22 € 

17/06/2017

BD : Moth, enfant et esclave

 


Très compliquée la vie dans le Haut Palais quand on est un enfant esclave de dix ans. Destiné à devenir couvreur sous la responsabilité de la jeune et autoritaire Fless, il a été repéré par Cael Extat, l’intendant du clan des Aldercrest. Un homme tout puissant maniant la magie. Moth, vendu par sa mère pour permettre de subvenir aux besoins des autres enfants, a le cœur lourd. La nuit, dans le dortoir commun des esclaves, il pleure et cauchemarde. Surtout quand Obsidian, une mystérieuse entité prisonnière des lieux le contacte. Moth, de simple esclave va-t-il devenir un élu ? Une histoire fantastique écrite par l’Anglais Mike Carey et dessinée, dans un style très franco-belge, par l’Américain Peter Gross.
➤ « Le Haut Palais » (tome 1), Glénat, 14,95 € 

10:31 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haut palais, carey, gross, glénat

De choses et d'autres : visites et clics


J’ai un problème. Si cette chronique suscite quelques commentaires positifs (négatifs aussi...) de certains lecteurs, sa version sur internet passe presque totalement inaperçue. Pourtant tous les matins elle paraît en ligne, gratuitement, souvent agrémentée d’une illustration, sur lindependant.fr. Je la reprends aussi en décalé sur un blog. Mais je dois me rendre à l’évidence, je suis loin, très loin des records de clics obtenus par un fait divers sordide, un orage de grêlons ou le dernier dérapage de Hanouna. Logique. Mais que le compte-rendu d’un match de tennis de table dans un village isolé de l’Aude ou la fête de l’école communale d’un hameau de la montagne catalane me passe devant, c’est forcément un peu vexant. Pas que je me considère supérieur, mais en théorie, mes chroniques s’adressent à un plus large lectorat que ces niches ultralocales. 
Alors que faire ? La raison devrait me pousser à me résigner. Le public du net n’a rien à voir avec les acheteurs ou abonnés d’un quotidien papier. Mais j’ai ma fierté. 
Comme certains je pourrais «acheter» une réputation numérique. Facile et pas si cher. Pour quelques poignées de dollars vous pouvez acquérir des milliers de clics à des usines installées en Thaïlande. 
L’une d’entre elles vient d’être démantelée. L’activité est tout ce qu’il y a de plus légale,mais c’était des Chinois sans contrat de travail qui œuvraient derrière les écrans. Trois employés qui depuis leur ordinateur commandaient à 500 smartphones et 400 000 cartes SIM. Imaginez, un seul ordre sur un de mes articles et je multiplie par 100 000 mon audience. Malhonnête, mais une récente étude démontre que 50 % des clics sont générés par des robots. Tout bien considéré, mon taux de visibilité n’est peut-être pas si mauvais que cela.

De choses et d'autres : visites et clics


J’ai un problème. Si cette chronique suscite quelques commentaires positifs (négatifs aussi...) de certains lecteurs, sa version sur internet passe presque totalement inaperçue. Pourtant tous les matins elle paraît en ligne, gratuitement, souvent agrémentée d’une illustration, sur lindependant.fr. Je la reprends aussi en décalé sur un blog. Mais je dois me rendre à l’évidence, je suis loin, très loin des records de clics obtenus par un fait divers sordide, un orage de grêlons ou le dernier dérapage de Hanouna. Logique. Mais que le compte-rendu d’un match de tennis de table dans un village isolé de l’Aude ou la fête de l’école communale d’un hameau de la montagne catalane me passe devant, c’est forcément un peu vexant. Pas que je me considère supérieur, mais en théorie, mes chroniques s’adressent à un plus large lectorat que ces niches ultralocales. 
Alors que faire ? La raison devrait me pousser à me résigner. Le public du net n’a rien à voir avec les acheteurs ou abonnés d’un quotidien papier. Mais j’ai ma fierté. 
Comme certains je pourrais «acheter» une réputation numérique. Facile et pas si cher. Pour quelques poignées de dollars vous pouvez acquérir des milliers de clics à des usines installées en Thaïlande. 
L’une d’entre elles vient d’être démantelée. L’activité est tout ce qu’il y a de plus légale,mais c’était des Chinois sans contrat de travail qui œuvraient derrière les écrans. Trois employés qui depuis leur ordinateur commandaient à 500 smartphones et 400 000 cartes SIM. Imaginez, un seul ordre sur un de mes articles et je multiplie par 100 000 mon audience. Malhonnête, mais une récente étude démontre que 50 % des clics sont générés par des robots. Tout bien considéré, mon taux de visibilité n’est peut-être pas si mauvais que cela.

16/06/2017

BD : Entre deux Spirou, Yoann dessine les Captainz

 


Commencée il y a près de dix ans, la première aventures des superhéros « Les Captainz » vient juste d’être achevé par Yoann. Entre-temps le dessinateur a délaissé le scénario de Texier pour se lancer dans la reprise de Spirou. Une trentaine de planches attendaient donc une conclusion récemment réalisées. Place donc aux Captain Mystérieux, Wawa, Déprime et Bisou. Sans oublier Mégahertz, capable de se déplacer à travers les ondes. Avouons avoir un petit faible pour Déprime dont le seul pouvoir est pousser les gens au suicide. Wawa est un petit chine, supérieurement intelligent, vivant dans un exosquelette de robot invincible. Bisou tient son sobriquet du fait qu’il se transforme en monstre destructeur dès qu’une femme l’embrasse. Reste Mystérieux, ado attardé complètement ignare. Le plus marrant de cette équipe d’étonnants bras cassés.
➤ « Les Captainz », Le Lombard, 12 €

09:48 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bd, captainz, yoann, texier, le lombard

De choses et d'autres : Un minimum de courtoisie


Depuis quelques semaines une campagne fait rage sur les réseaux sociaux. Des femmes ont décidé de fustiger, photos à l’appui, les hommes qui dans le métro ont les jambes largement ouvertes, ne laissant qu’une place minime aux femmes obligées de se serrer dans le peu de place qui reste. L’opération a pris pour nom «manspreading» et a particulièrement pris de l’importance dans le métro de Madrid. Au point que la société en charge des rames a décidé d’accoler des logos dans les wagons pour interdite aux hommes d’écarter les jambes. En France, une première alerte avait été lancée en 2014 par «Osez le féminisme». Mais à l’époque le logo a été refusé par la RATP. Un pictogramme accompagné de quelques lignes particulièrement ironiques : «L’ouverture des cuisses n’est pas utile. La fermeture des cuisses est préférable car les testicules ne sont pas en cristal, elles ne risquent pas d’exploser». Et de poursuivre, sur le même ton, «Vous pourrez ainsi laisser plus de place à vos voisines et vous ne polluerez plus leur champ visuel.» 

Bon, on l’admet volontiers, nous les hommes, on a souvent tendance à prendre nos aises. L’écartement des cuisses est presque inconscient, un geste naturel. A l’opposé, les femmes ont tendance à croiser les jambes. Mais ce problème est plus général. Il montre surtout que la courtoisie, cette vertu si importante dans la vie en société, a du plomb dans l’aile. Car certains, non seulement écartent les jambes,mais en plus ne cèdent jamais leur place à une personne prioritaire. Goujats jusqu’au bout ! 
(Chronique parue le 16 juin en dernière page de l'Indépendant)

15/06/2017

BD : "Les beaux étés" pour parfaitement se préparer aux vacances


Même les voitures ont droit à des petits noms. Par exemple, la Renault 4L de la famille des « Beaux étés » a été affublée, dès le premier grand voyage vers le sud, du sobriquet de « Mam’zelle Estérel ». Comment et dans quelles circonstances ? On l’apprend dans le troisième titre de la série écrite par Zidrou et dessinée par le Catalan surdoué Jordi Lafebre. La famille belge des Faldérault, en 1962, prend enfin deux semaines de vacances. Pierre, le père, rêve de Méditerranée. Mais comme il doit emmener avec lui les parents de sa femme, ce sera Saint-Etienne, ses églises et ses musées. Sans compter son hôtel, tenu par des Belges... Bonjour le dépaysement. On retrouve avec un plaisir évident le dessinateur doué mais manquant de reconnaissance et surtout d’un succès en librairie pour voir sa carrière décoller. Sa femme rêve d’émancipation, mais avec maman dans les jupes, ce n’est pas facile. Des deux enfants du couple, elles sont surtout passionnées par la bonhomie du papy, si gros, si doux. Un instantané bourré de nostalgie dans lequel on retrouve forcément un peu de notre vie.
➤ « Les beaux étés » (tome 3), Dargaud, 13,99 €

De choses et d'autres : Animal, on est mal

 


Personne ne les a vus venir. Ils ont fait patte de velours et à l’arrivée ce sont eux les grands gagnants de ces législatives. Pas les Marcheurs de Macron chaussés des bottes de sept lieux pour écraser la concurrence. Je parle des animaux, ou plus exactement des candidats du parti animaliste. Une formation toute jeune (2014) qui pour la première fois se lançait dans le bain du suffrage universel. Quelques centaines de candidats (dont trois dans les circonscriptions de l’Aude et des Pyrénées-Orientales) et à l’arrivée suffisamment de voix pour toucher la fameuse subvention d’aide aux partis politiques représentatifs. Il faut pour en bénéficier, avoir au moins 50 représentants dépassant les 1 %. Emmanuel Cousty dans la 1re desPO (373 voix et 1,14%) et Patricia Dandeu dans la 1re de l’Aude (573 voix et 1,17 %) ont apporté leur pierre à l’édifice. Moins concluant pour Pierre Martinez dans le 2e de l’Aude (311 voix et seulement 0,52 %). 
Mais au final cela suffit pour empocher plus de 90 000 euros de financement public par an. Un sacré pactole qui confirme la domination des chatons sur le monde. Car le parti animaliste n’avait qu’une seule et unique affiche pour faire campagne : celle d’un petit chat tout mignon qui regarde l’électeur droit dans les yeux. Ils sont 63 637 Français et Françaises à avoir craqué dimanche dernier. 
(Chronique parue le 15 juin en dernière page de l'Indépendant)

14/06/2017

DVD et blu-ray : Mariage, tromperies et mensonges

 


Le genre de la comédie française a encore de beaux jours devant lui. La preuve avec « Faut pas lui dire », film de Solange Cicurel avec une pléiade de bonnes actrices, de Jenifer Bartoli (la chanteuse, excellente) à Camille Chamoux en passant par Stéphanie Crayencour et Tania Garbarski. Quatre cousines préparent le mariage de la plus jeune. Mais l’une des demoiselles d’honneur découvre que le futur marié la trompe. Que faire ? « Faut pas lui dire ! » décident-elles à l’unisson, provoquant une cascade de quiproquos et de situations ambiguës. Une vision très joyeuse et ouverte de notre société amoureuse.
➤ « Faut pas lui dire », Orange Vidéo, 14,99 €

DVD et blu-ray : L’Amérique du porte à porte

 


Comme dans tout film américain indépendant qui se respecte ces trois dernières années, il y a une référence à Donald Trump dans « American Honey », plongée grâce à la caméra mobile et virevoltante d'Andrea Arnold dans une jeunesse qui tente de survivre avec de petits boulots. Présenté à Cannes l’an dernier, il sort en vidéo alors que le milliardaire est entre temps arrivé au pouvoir.
Star (Sasha Lane) croise Jake (Shia LaBeouf) sur le parking d’un supermarché et trouve que ses habits ressemblent à ceux de maître du monde aux cheveux peroxydés. Par contre, le reste est très éloigné : longue tresse, percings aux sourcils,tatouages apparents.Pourtant Jake n’a qu’un but dans la vie, comme Trump, « faire de l’argent ». Il est vendeur de magazines, fait du porte à porte avec sa bande de démarcheurs tous plus barjots les uns que les autres, coachés par Crystal (Riley Keough), la patronne qui empoche 80% des ventes en échange du gîte, du couvert et du transport.



Ce road trip à travers les USA, des quartiers les plus huppés aux zones infâmes,repaires de fumeurs de crack, ne fait pas dans l’esthétique. Par contre, si vous êtes en manque d’une bouffée de réalisme social sans compromis, vous apprécierez ce long film (2 h 30) mais sans la moindre longueur tant on est immergé dans le quotidien de cette troupe hétéroclite. On apprécie l’attirance de Star pour Jake, les fractures de certaines vendeuses comme Pagan (Arielle Holmes) obsédée par Dark Vador ou QT, ancienne d’un gang du Panama.
Et puis il y a les rencontres. Émouvante avec un camionneur rêvant de bateau, décalée avec les trois cowboys qui ne savent plus quoi faire de leur fric ou si triste avec ces trois enfants laissés à l’abandon par une mère défoncée à la meth. Une Amérique sans masque ni maquillage,personnifiée par une majorité d’acteurs amateurs qui ont certainement connu les mêmes galères avant de se retrouver devant la caméra d’Andrea Arnold.
➤ « Américan Honey », Diaphana, 19,99 €

13/06/2017

Cinéma : Une famille unie autour du vin

 


Une année. Il faut une année complète pour « fabriquer » un vin. Mais il en faut beaucoup plus dans cette Bourgogne pour que le breuvage gagne ses lettres de noblesse. Il existe des crus où le vin doit être vite bu, d’autres où il ne gagne ses galons de grand cru qu’à l’issue de longues années de maturation, en fûts puis en bouteilles. Dans l’exploitation familiale au cœur d’une région devenue riche à force de faire des breuvages d’exception, le temps de la relève est venu. Le patriarche, malade, est hospitalisé depuis des années. Juliette (Ana Girardot) a pris la relève, un peu contrainte et forcée. Son jeune frère, Jérémie (François Civil), l’aide un peu, mais il est fort occupé par la naissance de son fils et le travail sur l’exploitation de son épouse.



Tout change quand Jean (Pio Marmai) est de retour. Jean, l’aîné, le grand frère protecteur ayant préféré faire le tour du monde que de rester les pieds collés à cette terre collante quand il pleut trop. Cela fait plus de quatre ans qu’il n’a pas donné signe de vie. Installé en Australie à la tête d’un immense vignoble, il revient du jour au lendemain, à quelques jours du début des vendanges. Du décès du père aussi. Mais la vigne, elle, se moque de la mort. Le raisin est arrivé à maturité. Il faut lancer la récolte. Un beau symbole de la suprématie totale et absolue, quoi qu’il arrive, de la vie sur la mort, de la continuité face à l’abandon.
Ce film « agricole » du réalisateur du « Péril Jeune» ou de « L’auberge espagnole » s’intéresse avant tout aux trois enfants, perdus face à l’enchaînement des difficultés. Car en plus des vendanges, il faut gérer l’héritage. Et les lois françaises font que pour conserver le domaine en l’état, il faut payer 500 000€ de droits de succession. Or les frères et la sœur, s’ils ont des problèmes de riches, n’en ont pas les moyens.
■ Réconciliations
De plus, Jean est partagé entre ces racines et sa nouvelle vie. Car s’il est revenu tenter de se réconcilier avec son père mourant, il a laissé en Australie une compagne et un petit garçon de 4 ans. Pour lui, il est évident qu’il faut vendre. Mais Juliette, pourtant toujours en admiration devant ce grand frère qui l’a aidé, éduqué et protéger, ne veut pas qu’il décide pour elle. Jérémie, hésitant, va tenter d’oublier les rancœurs contre son frère qui n’est même pas venu aux obsèques de leur mère.
Le film montre aussi, sur une année complète au fil des travaux de la vigne (de la taille aux vendanges) comment ces trois, éloignés par la force des choses, vont se retrouver et gagner en complicité. C’est au final le véritable intérêt de plus de « Ce qui nous lie », qui bascule de film ancré dans la réalité viticole pré- sente vers une histoire universelle sur la famille, ses joies, séparations et retrouvailles. Notamment quand, dans l’adversité, les trois, comme dans leur enfance heureuse, s’unissent et font face à toutes les difficultés.
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De la vigne au vin
 


Tout en consacrant l’essentiel de l’intrigue aux personnages, le film de Cédric Klapisch prend parfois des allures de documentaires quand il est question de la vigne et du vin. Les premières images montrent ces vignobles aux couleurs changeantes au fil des saisons. De l’austère dépouillement de l’hiver à vert tendre du bel été en passant par l’or de l’automne. La vigne, filmée sous toutes ses coutures, est presque un personnage à part entière, aux humeurs changeantes mais toujours au rendez-vous des saisons. Que cela soit la taille ou les vendanges, les propriétaires l’arpentent inlassablement, surveillant chaque cep et guettant le moindre signe de maladie jusqu’au jour du début des vendanges. En quelques scènes joyeuses, le réalisateur capte la dureté de cette période mais aussi sa joie liée au travail de groupe.
Ensuite vient le travail dans le chai. Le pressage, l’assemblage et le vieillissement. C’est aussi là, dans cette fraîcheur ancestrale que le vin est élaboré par petites touches personnelles, habitudes et goût des vignerons.
Sans verser dans la démonstration un peu trop pédagogique, on sort de ce film avec un savoir supplémentaire. Surtout on apprend que certains goûteurs-testeurs, dont ceux de la famille de Jean, Juliette et Jérémie, ne crachent pas. Au contraire, ils dégustent jusqu’au bout et profitent de cette ivresse divine provoquée par l’alcool. La fonction première du vin que des aristocrates de la dégustation ont trop souvent tendance à occulter.

DVD et blu-ray : « Seuls » face à ses propres cauchemars


Il n’est jamais facile d’adapter une bande dessinée au cinéma. Les ratages sont beaucoup plus nombreux que les réussites. Du bon côté il y a les grands classiques (Astérix, le Marsupilami), les héros de comics (Spiderman, XMen),les romans graphiques (Lulu femme seule) et les séries plus inclassables comme « Seuls » de Vehlmann et Gazzotti. Prépubliée dans les pages du journal Spirou depuis une quinzaine d’années, éditée par Dupuis,la série raconte comment cinq enfants se réveillent un matin seuls dans leur immense ville. Dix tomes sont parus donnants quelques explications sur ce qui leur est véritablement arrivé. Personnages forts et attachants,intrigue pleine de suspense et de rebondissements, virtuosité graphique de Gazzotti : la BD remporte un véritable succès. La richesse de l’univers imaginé par Vehlmann (par ailleurs scénariste des aventures de Spirou) a logiquement attiré des réalisateurs.


C’est David Moreau qui a été les plus convaincant. Il s’est lancé dans l’adaptation des cinq premiers albums. Première idée : vieillir un peu les protagonistes. Car certaines actions de ces survivants urbains sont délicates. Comment faire conduire une Maseratti à une fillette de 12 ans ? Seconde idée : changer de personnage pivot. Dodji (Stéphane Bak) dans la BD s’efface au profit de Leïla (Sofia Lesaffre). Troisième idée :instiller un embryon de romance entre Leïla et Dodji. Par contre on retrouve le personnage véritablement angoissant du Maître des couteaux.
Le film débute par quelques images de la vie d’avant de Leïla. Une fille très renfermée, un peu garçon manqué, en rupture avec sa famille et ses rares amis. Et puis, au petit matin, elle se réveille,plus personne dans l’appartement, rues désertes, même l’hôpital où son frère était soigné est abandonné. Elle rencontre d’autres jeunes et tente de survivre.
Le film bascule ensuite dans le thriller pur et dur, avec une fin très ouverte qui devrait permettre de donner une suite à cette première partie assez réussie dans l’ensemble.
 ➤ « Seuls », Studiocanal, 14,99 €

12/06/2017

Thriller : Lucie et Sharko aux portes de l’Enfer


Couple de flics, Lucie Henebelle et Franck Sharko ont un passé douloureux derrière eux. Marqués, chacun de leur côté, par la perte d’êtres chers. Heureusement, ils se sont trouvés. Cette «romance» sert de fil rouge aux romans de Franck Thilliez. Des personnages attachants, plein de fêlures mais qui méritent eux aussi leur petite part de bonheur.
On les a laissés à l’équilibre, vivant ensemble, amoureux et jeunes parents de jumeaux. Tout pour être heureux... Sauf que leur vie ce n’est que faits divers, crimes et enquêtes. Officielles et même parallèles comme dans le cas de Lucie, sollicitée par sa tante pour achever l’enquête abandonnée par l’oncle gendarme, mort trop tôt. Une jeune fille disparue. Peut-être retenue prisonnière chez un suspect, Ramirez.
En pleine nuit, seule, la policière entre par effraction dans ce pavillon isolé. Persuadée qu’il n’y a personne, elle entend des cris dans la cave. Armée, sur ses gardes, elle dé- couvre un chat à l’agonie, tondu et le corps recouvert de sangsues. Elle n’a pas le temps d’être choquée que Ramirez lui saute dessus. Bagarre, strangulation et coup de feu. Lucie, flic d’élite du 36 quai des Orfèvres, se retrouve avec un cadavre sur les bras. En panique elle appelle le seul qui peut l’aider, son homme, Sharko.
Le début du roman est très déstabilisant. Par l’erreur de Lucie mais aussi la réaction de Sharko. Il va tout faire pour couvrir son amoureuse, la mère de ses enfants. Pour préserver ce petit bonheur, quitte à avoir ce meurtre sur la conscience toute sa vie. Il va maquiller la scène de crime et faire le nécessaire pour que l’enquête lui soit confiée. Un plan aussi futé que machiavélique. Tout va pour le mieux jusqu’à un appel de la gendarmerie de Dijon.
■ Vidé de son sang
L’homme tué par Lucie aurait quelques bricoles à se reprocher. Enlèvements mais aussi meurtres et tortures. Une de ses victimes est retrouvée au sommet d’un château d’eau désaffecté. Les résultats de l’autopsie étonnent les enquêteurs. «Le corps ne présentait plus une seule goutte de sang dans l’organisme. Vidé intégralement.» Et Nicolas, le collègue de Sharko, découvre qu’il était adepte d’une secte satanique. Un vampire des temps modernes ? En tout cas, Lucie, après une période de déprime, reprend le dessus car elle veut «résoudre l’énigme, retrouver la jeune femme, peut-être encore vivante. Parce que c’était son job, ses convictions. Parce que c’était dans son ADN de flic et que, si elle y parvenait, elle soulagerait peut-être sa conscience». Voilà donc dans quelle galère sont embarqués Sharko et Lucie. On va les suivre pas à pas dans leurs mensonges, leurs enquêtes et dé- couvertes, toutes plus horribles les unes que les autres.
 ➤ «Sharko» de Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90 €

De choses et d'autres : Merci, vous êtes "à vomir"

La défaite est parfois difficile à avaler. Dans le cas d’Henri Guaino, elle provoque de sérieux problèmes gastriques.

Pour preuve, dimanche soir, en direct sur un plateau télé pour commenter les résultats des législatives et de sa sévère défaite (4,5 % dans la 2e circonscription de Paris) il a cette saillie définitive : « L’électorat qui a voté est, à mes yeux, à vomir. »
Pas très sympa pour les forces vives de la démocratie. Certes, ne se sont déplacés, selon Henri Guaino, que les « bobos d’un côté qui sont dans l’entresoi » et « la bourgeoisie traditionnelle de droite qui va à la messe, envoie ses enfants au catéchisme » et vote pour un type qui « a triché par tous les moyens ».

  • Il se retire de la vie politique

Les électeurs « à vomir » ne le regretteront pas. A l’opposé, il y a les perdants qui ont compris que ce sont les choses de la vie. Parfois ça passe, d’autres ça casse. Prenez Élisabeth Guigou. Ancienne ministre, cadre du Parti socialiste, elle est éliminée dès le premier tour ?
Mais ce n’est pas une raison pour elle de fustiger les électeurs. Au contraire, elle constate tout simplement qu’une « page se tourne ». « Merci à tous les militants, électeurs et amis. Une page se tourne. Je suis fière de tout ce que nous avons accompli ensemble », a-t-elle tweeté.
Encore plus classe, Benoît Hamon. Déjà sèchement battu à la présidentielle, vilipendé part son propre camp, il n’a pas hésité à se lancer dans une nouvelle campagne éprouvante. Député sortant, élu local, il connaît bien sa circonscription. Mais cela n’a pas suffi. Les a-t-il vomis comme Henri Guaino ? Non il a tweeté « Ce fut un honneur de les représenter » pendant cinq ans. Contrairement à Guaino, il est jeune. On le retrouvera dans cinq ou dix ans.


(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 12 juin 2017)