13/04/2011

Soldats sacrifiés

Mike, Death Squad, Delcourt

La guerre, quelle idiotie. Cela vient peut-être du fait que les guerres sont l'œuvre de soldats. Et qu'y a-t-il de plus bête qu'un soldat ? Des soldats du Death Squad répond immédiatement Mike, le scénariste et dessinateur de ces strips ridiculisant les glorieux conquérants des planètes inconnues.

Les Death Squad sont généralement débarqués en milieu hostile. Leurs ennemis, des extraterrestres monstrueux, des virus virulents et autres plantes carnivores. Reste que les plus grandes pertes ce sont eux-même qui se les provoquent. Car dans le genre manchots avec des armes de destruction massive, difficile de faire pire. Carbonisés par un missile, transpercés de flèches, bouffés par un poulpe mutant à double mâchoires rétractiles, écrasés par un container de vivres ou dissous par une mine antipersonnel bactériologique : les troupes rétrécissent au fil des pages de ce recueil qui n'épargne rien à des militaires d'élite.

On admirera l'imagination de Mike pour créer des aliens originaux. Ils ont quand même souvent des points communs : de grandes dents et une méchanceté naturelle.

 

« Death Squad », Delcourt, 10,50 €

 

09:02 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mike, death squad, delcourt

12/04/2011

Jérôme et les braqueurs

Dodier, Jérôme K. Jérôme Bloche, Dupuis

Détective privé de proximité. Jérôme K. Jérôme Bloche a trouvé sa voie, sa spécialité. Le héros rêveur et maladroit de Dodier se spécialise dans les intrigues de la vie quotidienne. Ainsi, dans le 22e titre de la série, il accepte de rendre service à Madame Zelda, sa voisine. La voyante est inquiète : une de ses amies ne donne plus signe de vie. Jérôme enfourche son Solex et va sonner à la porte de ce petit pavillon de banlieue. A travers une fenêtre, il aperçoit la vieille dame étendue au pied des escaliers. Il entre par effraction et appelle les secours. Cinq secondes plus tard il est maîtrisé par des hommes du GIGN. Une nouvelle fois, Jérôme plonge dans les ennuis. Cette vieille dame est la mère de Mathias, l'ennemi public numéro un des années 80. Il vient de s'évader avec la complicité de son fils. La police le recherche... ses anciens complices aussi. Jérôme prendra pas mal de coups dans ces 56 pages rondement menées. Mais malgré l'adversité il n'abdiquera pas et démêlera cette histoire de magot caché, permettant même l'arrestation de quelques méchants...

« Jérôme K. Jérôme Bloche » (tome 22), Dupuis, 11,95 €

11/04/2011

Les quatre vérités de Madame Wolinski

Maryse Wolinski, avant de devenir une romancière reconnue, a été surtout la femme du dessinateur. Des années d'amour et quelques secrets.

 

Georges si tu savais.jpgMaryse Wolinski, féministe convaincue, a la particularité de vivre depuis quarante ans avec un des plus affreux misogyne de Paris. Georges Wolinski, dessinateur de presse et de BD, était déjà tout auréolé de succès quand la jeune journaliste stagiaire du Journal du Dimanche le croise dans les couloirs du quotidien. Maryse Wolinski, dans ce récit plein de sincérité, d'amour et de tendresse, revient sur cette rencontre et les premières années de vie commune. Et l'auteur s'adresse directement à son homme. Wolinski avait la réputation d'être un veuf joyeux. Sa femme, morte dans un accident de la circulation, lui avait laissé deux petites filles. Il collectionnait les conquêtes. Pourtant, il reconnaît rapidement que Maryse sera la femme de sa vie. La petite fille blonde, copie conforme des personnages qu'il dénudait sans vergogne dans ses BD, mettra du temps à l'apprivoiser.

 

Amour et soumission

Un jour, allant à l'encontre de toutes les bonnes résolutions prises par Maryse, féministe désirant vivre libre, il accepte de l'épouser. Un mariage presque clandestin, mais qui marque, paradoxalement, un véritable tournant dans la vie du couple. Après la cérémonie, « des amis nous avaient envoyé des corbeilles de fleurs que nous avons étalées dans un champ près d'une maison que tu louais. Nous nous sommes allongés au milieu et nous avons fait l'amour jusqu'à ce que les étoiles nous avertissent que la nuit était tombée. » Cette relation, passionnelle, charnelle, n'empêche pas parfois de grosses fâcheries. Maryse ne supporte pas la vulgarité de certains dessins, notamment quand les femmes ne sont que des objets du désir. Elle a même souvent été tentée de partir, de quitter cet homme pouvant devenir épouvantable. Peine perdue : « Malgré mes résolutions, j'étais prise au piège de l'amour et de la soumission. »

 

Libido et virilité

Véritable confession parfois très personnelle, ce texte de Maryse Wolinski atteint l'universel quand il aborde le problème du désir et de la vieillesse. Tout couple se reconnaîtra en partie dans ces inquiétudes sur la virilité de monsieur ou la perte de libido de madame... Car la romance, commencée il y a quarante ans, a moins d'intensité qu'aux premiers jours. Georges est devenu un vieux monsieur. Toujours amoureux, mais vieux. Maryse fait tout pour contrer les ravages du temps. Sans grand succès. « Notre amour est aussi inoxydable que ma génération vers laquelle je t'entraîne en t'interdisant gentiment de vieillir. Mais je le sais aussi, dès que j'ai un moment d'inattention, tu en profites pour vieillir un peu. » Reste que si le corps de Georges Wolinski a vieilli, sa main continue de dessiner sa femme sous la forme d'une jeune fille blonde, peu vêtue. La preuve en image avec la couverture de ce livre réellement bouleversant par moment.

« Georges, si tu savais... », Maryse Wolinski, Seuil, 16 €

07:33 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wolinski, seuil

06/04/2011

L'amour ambulant

Turf, Magasin sexuel, Delcourt

Turf a définitivement tiré un trait sur sa Nef des fous et s'est lancé dans une nouvelle aventure, plus actuelle mais toujours empreinte d'une douceur et d'une poésie trop souvent absentes des productions BD actuelles. « Magasin sexuel » a pour cadre le petit village des Bombinettes. 234 âmes, une spécialité alcoolisée (la Bombinette) et un maire récemment divorcé et très vieux jeu. Raymond Orloff (comme le rôti), belles moustaches de Gaulois, crâne dégarni, ventre rebondi, veille à la tranquillité de sa petite communauté. Il est presque victime d'une attaque quand il constate, le lundi, jour de marché, qu'un nouvel étal fait son apparition : un sex-shop ambulant. Passé son premier effroi, il tombe sous le charme la vendeuse, Amandine, jeune et réaliste, pas spécialement portée sur le sexe mais avouant qu'au moment d'entrer dans le monde du travail, « entre vendre des sextoys ou des courgettes, j'ai vite fait mon choix ! ». Adorable Amandine qui donne tout son charme à cette BD. Une héroïne comme on aimerait en rencontrer plus souvent dans la vraie vie.

 

« Magasin sexuel » (tome 1), Delcourt, 14,95 €

06:49 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : turf, magasin sexuel, delcourt

05/04/2011

fete du vin

L’édition 2011 de la Fête de la Vigne et du Vin aura lieu samedi 4 juin, lors du week-end suivant le jeudi de l’Ascension.

A cette occasion, 30 vignerons, d’Argelès-sur-Mer à Leucate, en passant par Thuir, Canet-en-Roussillon ou Maury, ouvrent leur porte au grand public pour la journée.

Au programme, visite du vignoble, rencontre avec les vignerons et découverte de leur savoir-faire au travers d’animations à la fois pédagogiques et ludiques :

- dégustations de vins accompagnés de produits du terroir ;

- visites commentées du vignoble et des chais ;

- expositions d’outils de la vigne ;

- animations musicales ;

- activités pour enfants ;

- balades et circuits découvertes dans les vignes ;

- « repas vignerons » ;

- grillades ;

- buffets campagnards.

fete-vign-vin-flyer--1.pdf

Le Découpeur frappe

Gaudin, Trichet, Soleil

Jean-Charles Gaudin, s'il n'a pas le succès d'Arleston, est tout de même un des scénaristes les plus productifs des éditions Soleil. Et ses séries durent, preuve que le public est au rendez-vous. Meilleur exemple avec les Arcanes de Midi-Minuit qui en est à son 8e titre, presque un exploit chez l'éditeur toulonnais particulièrement prompt à interrompre la vie d'un héros ne touchant pas rapidement un large public. Jim et Jenna, les héros de ces histoires entre SF et fantasy, ont la particularité de ne jamais être vus ensemble. En fait il s'agit d'une seule et même personne, pouvant laisser la place à son double simplement grâce à un miroir. Si cette trouvaille était mise en avant dans les premières enquêtes, c'est moins vrai pour cette « Affaire Trinski ». Les deux agents sont envoyés dans une province du Royaume victime du coup d'Etat du chef des armées. Il terrorise la population. De même que le Découpeur, tueur sanguinaire armé de deux sabres et exterminateur de la résistance. Jim et Jenna auront fort à faire pour mettre hors d'état de nuire ces deux terreurs. Trichet, au dessin, aime les femmes sensuelles aux courbes généreuses. Un vrai plaisir pour les yeux...

« Les Arcanes du Midi-Minuit » (tome 8), Soleil, 13,50 €


08:09 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaudin, trichet, soleil

04/04/2011

Au sommet du 9e art

Ahlalaaas.jpg

Buddy Longway, Red Road : Derib s'est imposé dans le monde du 9e art avec des sagas réalistes au long cours. Pourtant cet auteur suisse a débuté dans la plus pure tradition de la BD franco-belge pour enfants, avec gros nez et jeunes héros positifs. En s'imposant dans le western social, il n'a pas totalement oublié ses premières amours et les éditions du Lombard nous donnent l'occasion de redécouvrir ce talent caché en rééditant « L'impossible ascension », première et seule aventures des Ahlalâââs. Ces microscopiques personnages, poilus et au langage limité, ont fait leur apparition dans le bref mais très remarqué Achille Talon Magazine. Le crâne lisse d'Achille Talon, tel est l'objectif de ces alpinistes experts. Ils vont, en 46 pages pleines de rebondissements, s'attaquer à ce sommet de la BD humoristique. Ils devront affronter une mite, un moustique, une coulée de blanc d'œuf et les mains de leur hôte qui n'apprécie guère ces démangeaisons. Étonnante et farfelue, cette BD prouve que Derib a plus d'une corde à son arc. Dommage que la suite, l'ascension du mont Lefuneste, autrement plus abrupt que son voisin tout en rondeurs, n'ai jamais vu le jour...

« Les Ahlalâââs », Le Lombard, 19,95 €

08:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : derib, lombard

02/04/2011

Carré de dames

Quatrième enquête pour le commissaire Martin imaginé par Alexis Lecaye. Il est aux prises avec le gourou d'une secte et un ennemi invisible.

 

 

Alexis Lecaye, Dame de trèfle, Le MasqueIl les aura toutes faites. Débutant par la « Dame de cœur », Alexis Lecaye boucle son carré avec la « Dame de trèfle ». Quatre romans policiers pour imposer un style et des personnages. Le lecteur retrouve donc le commissaire Martin, son équipe et ses emmerdes. Car ce flic de haut vol, plus près de la cinquantaine fatiguée que de la quarantaine épanouie, accumule les ennuis personnels. Un métier prenant, des horaires impossibles et une réticence à entrer dans un moule auront eu raison de son couple. Marion l'a quitté. Avec le bébé. C'est cet enfant qui a tout compliqué. Déjà père d'une Isabelle âgée aujourd'hui de 20 ans et elle aussi jeune maman, Martin semble avoir paniqué face à ces nouvelles responsabilités. C'est dans cet état d'esprit que le lecteur fidèle retrouve son héros. Car ne nous y trompons pas, la série des « Dames » s'apparente fort au feuilleton, même si les « méchants » changent à chaque titre.

 

Fugitive et stripteaseuse

La « Dame de trèfle » c'est peut-être Camille, à moins que ce ne soit Armony. La première, caissière dans un petit magasin parisien, s'enfuit dès qu'elle aperçoit sur le trottoir Jean-René, un Canadien, père de sa fille. Dans sa fuite, elle monte durant quelques instants, par la force, dans la voiture d'Armony. Cette stripteaseuse n'a pas la vie facile en ce moment. En plus de se produire dans un peep-show, elle vit dans sa voiture, expulsée de son appartement dont elle n'arrive plus à payer le loyer. Camille lance un SOS à Armony. Elle lui confie les numéros de téléphone de ses enfants et de son avocat. Puis elle quitte la voiture. Les destins de ces deux femmes vont désormais être liés, pour le meilleur et le pire.

Martin intervient le lendemain, quand Camille est retrouvée, grièvement blessée au pied d'un pont dans une mare de sang. Suicide ? Jeannette, l'adjointe de Martin a des doutes. Ils sont rapidement confirmés par le fait que le sang n'est pas d'elle. La machine policière se met en marche pour identifier la victime de ce qui semble être une tentative de meurtre.

Quasiment au même moment, après une journée d'hésitation, Armony se décide enfin à contacter la police car personne ne répond aux numéros de téléphone. Mais elle n'a décidément pas de chance puisqu'elle tombe sur un jeune flic mal luné, qui met en doute ses déclarations et qui, pour couronner le tout, la met en garde à vue. Armony, au bout du rouleau, tente de se suicider dans sa cellule crasseuse.

 

Secte et ennemi invisible

L'avancée d'une enquête policière dépend parfois de peu de choses. Cette fois c'est Jeannette qui va relier le témoignage d'Armony et la tentative de meurtre sur Camille. Un peu trop tard malheureusement. Armony s'est évaporée dans la nature. Et il n'y a pas que les policiers qui la recherchent, le Canadien, gourou d'une secte, est sur sa piste lui aussi. Il sait qu'elle seule pourra lui livrer un indice pour récupérer les enfants.

Un roman policier captivant à plus d'un titre. L'intrigue est prenante mais on est surtout fasciné par les différents personnages. Armony en premier lieu, Jeannette aussi alors que le Canadien fait froid dans le dos. Pour la bonne bouche gardons le commissaire Martin. Il est un peu moins efficace car submergé de doutes. Il aime toujours Marion mais n'hésite pas à répondre aux avances d'une amie de sa première femme. Un piège en fait, fomenté par un mystérieux ennemi. Martin va devoir enquêter tout en étant lui même suspecté par la Police des polices de tentative de meurtre. Pas facile, mais pas insurmontable pour un héros digne de ce nom...

« Dame de trèfle », Alexis Lecaye, Le Masque, 20 €

31/03/2011

Le Sud désolé

 

Lepage, FuturopolisEmmanuel Lepage, formidable dessinateur de BD est également un peintre aimant croquer ses sujets in-situ. Ses aquarelles, notamment de l'Amazonie, sont très cotées. Ce Breton de 44 ans, aimant les voyages, s'est embarqué sur le Marion Dufresne pour deux mois de voyage aux Terres australes françaises. Cet album de plus de 150 pages raconte ce périple. Une partie reprend les dessins exécutés à bord du navire et sur ces confettis glacés uniquement peuplés d'animaux. Ils sont intégrés dans une BD plus classique racontant le voyage, les rencontres, la vie à bord et sur ces bases coupées de tout. Un reportage dessiné se transformant en témoignage sur la passion d'hommes et de femmes sacrifiant beaucoup pour cette zone de la planète jadis surnommée les îles de la Désolation.

« Voyage aux îles de la Désolation », Futuropolis, 24 €

15:52 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lepage, futuropolis

30/03/2011

L'imagination des voyous

Pellos, Pieds Nickelés, Vents d'OuestSi les Belges aiment les jeunes scouts, en France ce sont plutôt les voyous qui avaient de nombreux fans. Le trio le plus connu reste les fameux Pieds Nickelés qui ont vécu des centaines d'aventures sous la plume de Pellos. Depuis quelques années les éditions Vents d'Ouest reprennent dans de gros volumes de 350 pages en noir et blanc les meilleures aventures de ces bandits toujours sans le sou mais jamais avare d'imagination pour extorquer bijoux, argent et autres valeurs à des bourgeois pingres. Ce 9e titre est malheureusement le dernier de la collection. Vous y retrouverez des titres allant de 1967 à 1980 et mettant en scène nos héros sur les tréteaux, à l'ORTF, artisans, et l'énergie, aux grandes manœuvres, au cirque et dans le Grand Nord.

 

« Le meilleur des Pieds Nickelés » (tome 9), Vents d'Ouest, 17,99 €


29/03/2011

Scouts sympas

Mitacq, Charlier, castors, dupuis

Cela fait plus d'un demi-siècle que les membres de la Patrouille des Castors ont fait leurs premiers pas dans les pages du journal de Spirou. Ecrites par Charlier, dessinées par Mitacq, des enquêtes bon enfant ont marqué plusieurs générations. Les éditions Dupuis remettent ce patrimoine au goût du jour en publiant le premier tome de cette intégrale chronologique. Vous retrouverez dans ces 240 pages les quatre premières aventures, du « Mystère de Grosbois » à « Sur la piste de Mowgli ». Le copieux dossier d'ouverture est signé Gilles Ratier et nous fait découvrir les débuts méconnus du jeune dessinateur Michel Tacq. Un album et une série incontournables pour les nostalgiques d'une époque où les jeunes garçons avaient un certain savoir vivre et un sens de l'honneur totalement disparu de nos jours.

« La Patrouille des Castors » (Intégrale 1), Dupuis, 28 €

08:12 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mitacq, charlier, castors, dupuis

26/03/2011

Nuit singulière

Appollo, Oiry, Futuropolis, Barjot

Le bac en poche, Mathieu, 18 ans, s'apprête à rejoindre Paris pour y poursuivre ses études. Il va quitter cette ville de province et tous ses copains. L'album de Appollo (récit) et Oiry (dessin) relate cette dernière nuit. Il erre, à pied, en compagnie de son pote Christophe, idéaliste qui aimerait devenir écrivain culte et de Jean-Mohamed, surnommé Barjot. Ce dernier a élaboré une théorie qu'il a érigé en mode de vie « La vie est une saloperie. Et il n'y a qu'un moyen de lutter contre cette pute. C'est d'être con. Si tu es un bon gros débile, tu est plus fort que la chierie de la vie ! ». Barjot fait rire Mathieu, mais parfois il va un peu trop loin. Notamment quand Mathieu se met à la recherche de Noémie, la petite brune piquante dont il est amoureux secrètement. Un roman graphique frais, plein de dérision, d'espoir et d'amour. Sa lecture ne peut que vous faire du bien...

« Une vie sans Barjot », Futuropolis, 16 €

09:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : appollo, oiry, futuropolis, barjot

25/03/2011

L'œil du monde

Hub, Michalak, Weytens, Delcourt, Aslak

Une BD de vikings, avec une jolie capitaine de drakkar, un jeune conteur naïf, un guerrier fort et émotif... Ce qui frappe dans le premier tome de « Aslak », nouvelle série écrite par Hub et Weytens et dessinée par Michalak, c'est la richesse des différents personnages. Leur complexité et leur fort potentiel. Waldemar, le roi, veut se distraire. Il en a assez d'entendre toujours la même histoire. Il donne une année à deux frères conteurs pour revenir avec de nouvelles quêtes. Skeggy et Sligand partent à la recherche du maître conteur. Mais Skeggy, le fourbe, s'associe avec Roald le Borgne et tente d'assassiner son jeune frère. Ce dernier trouvera aide auprès de la belle Brynhild (qui lui louera son drakkar) et Almarik, un guerrier. C'est ce dernier qui donne tout son sel à l'album. Fort et courageux, il ne supporte pas la vue du sang (il tombe direct dans les pommes). Il a donc tendance à se battre les yeux fermés. Cela provoque pas mal de dégâts collatéraux et semble une source inépuisable de gags.

 

« Aslak » (tome 1), Delcourt, 13,95 €

08:46 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hub, michalak, weytens, delcourt, aslak

24/03/2011

Le désir et la violence

Dufaux, Renaud, Jessica Blandy, Dupuis

Jean Dufaux doit certainement être secrètement amoureux de Jessica Blandy. Cette héroïne de BD, qui est pour beaucoup dans sa notoriété en tant que scénariste, avait été mise au placard. Il a décidé, avec l'accord de Renaud, le dessinateur, de la remettre au goût du jour. Pour une trilogie dont « Le désir et la violence » est l'épilogue. Jessica est pourchassée. Par deux tueurs (un père et sa fille) et une infirmière. Avec son fils, bel adolescent, elle trouve refuge dans une communauté religieuse très stricte. A côté, les Mormons font figure de pornographes. La belle romancière va devoir reprendre les armes pour se défendre et finalement inverser cette tendance. Ce ne sont plus ses amis qui vont mourir, mais ses ennemis. Un album grand format qui permet à Renaud de donner toute sa plénitude à son travail entièrement en couleurs directes. Il a modifié sa technique depuis ses premières armes. C'est beaucoup plus beau. Comme sa redoutable héroïne, toujours aussi désirable.

« La route Jessica » (tome 3), Dupuis, 13,95 €

 

08:25 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dufaux, renaud, jessica blandy, dupuis

23/03/2011

Quand le rouge était symbole politique

 En découvrant l'histoire de sa mère, un commerçant toulousain plonge dans l'histoire contemporaine européenne, de l'URSS à la guerre d'Espagne.

 

Gleize, Albin MichelUn étonnant grand écart : c'est le premier sentiment que le lecteur a en refermant ce roman de Georges-Patrick Gleize. Tout oppose les deux personnages principaux de « Rue des Hortensias rouges ». Maxence, le riche commerçant toulousain et Mathilde, sa mère, pasionaria rouge qui a abandonné sa famille par amour et idéal. Maxence c'est le côté grand bourgeois, Mathilde celui de la lutte des classes.

Georges-Patrick Gleize, professeur d'histoire, est devenu en quelques années un spécialiste du roman de terroir. Il plante ses intrigues dans le Sud, toujours près de l'Ariège, département où il vit. Une bonne partie de son dernier roman se déroule à Ax-les-Thermes dans les années 30. Mais tout débute à Toulouse. Maxence, riche commerçant toulousain, reçoit la visite d'un enquêteur missionné par un notaire bordelais. Il vient s'assurer qu'il est bien le fils de Mathilde Auzeral. Son unique héritier aussi. Mathilde vient de mourir à Bègles dans la petite maison où elle vivait seule, rue des Hortensias rouges.

 

Arme et lingots d'or

Sa mère, Maxence ne l'a pas connue. Il était encore au berceau quand elle a abandonné le domicile conjugal. Tout ce qu'il en sait, de la bouche de sa grand-mère, c'est qu'elle « était une écervelée qui l'avait abandonné pour courir le guilledou avec un aventurier de passage. » Intrigué, comme pour retrouver cette maman qu'il n'a jamais connu, il accepte de se rendre à Bordeaux pour s'occuper de la succession. Il découvre le petit intérieur de ce qui semblait être une vieille dame rangée. Elle vivait chichement, entretenant avec soin de superbes hortensias rouges.

La dernière formalité consiste à ouvrir un coffre qu'elle avait à la banque. Maxence y découvre, stupéfait, plusieurs lingots d'or et un révolver de fabrication russe. Et une lettre, d'un certain Fédor, envoyé de Riga. Maxence, voulant absolument tirer toute cette histoire au clair, se rend en Lettonie. Il y rencontre Fédor, un vieillard vivant dans un petit appartement. Il est usé par les années passées dans les camps de Sibérie. Il parle français et se souvient bien de Mathilde. C'est par son récit que Maxence va découvrir la véritable histoire de sa mère.

 

Bourgeoise et révolutionnaire

Milieu des années 30, Mathilde, fille de bourgeois toulousain, a épousé Jean Auzeral, de 20 ans son aîné. Malade des bronches, la jeune mariée part en cure à Ax-les-Thermes dans les pyrénées ariégeoises. C'est là qu'elle rencontre Fédor Valkas. Ce militant communiste qui a tout sacrifié à sa cause, tombe sous le charme de la jeune Française. Un coup de foudre raconté avec beaucoup de sensibilité par Georges-Patrick Gleize. Mathilde, seule, loin de son mari qu'elle n'aime plus, accepte de déjeuner avec Fédor. « Suspendue à ses lèvres, la jeune femme, les yeux brillants, se gorgeait de ses paroles comme on boit aux sources de la vie. » « Dans les bras de Fédor, Mathilde Auzeral avait dansé jusqu'à l'ivresse. » « Elle avait résisté jusqu'au deuxième tango pour succomber lorsque le souffle de Fédor avait effleuré ses lèvres. » Mathilde découvrait un nouveau monde, fait d'amour et de combat politique.

Elle hésitera longuement avant de quitter le domicile conjugal et rejoindre Fédor, combattant en Espagne. Mathilde sera à Barcelone quand les troupes de Franco mettent en déroute les Républicains. L'auteur raconte la Retirada, cet exode d'Espagnols se réfugiant en France. Puis il y a la guerre, la France envahie par les Allemands, la poursuite du combat de Fédor en URSS. Cette histoire de l'Europe, qui semblait si lointaine à Maxence, se révèle être passionnante car sa mère, loin d'être la dévergondée décrite par la grand-mère, était une pasionaria rouge qui n'a jamais renié ni son amour de Fédor, ni ses idéaux de justice. Un splendide portrait de femme libre.

« Rue des Hortensias rouges » de Georges-Patrick Gleize, Albin Michel, 18 €


 

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21/03/2011

Frangins... pour la vie

Gaston, Curd Ridel, Jungle

Difficile quand on déménage de se refaire des copains. Surtout quand on quitte des HLM de banlieue pour une gentille zone résidentielle. Dimitri et Luka sont frères. Ils se détestent mais pour l'occasion, trouveront un terrain d'entente. Dimitri est un adolescent en pleine crise existentielle (ses hormones le démangent), Luka, lui, est amoureux de son skate, et totalement dépendant de sa manette de jeux vidéo. Cette série de gags est écrite par Gaston qui a beaucoup fait pour la réputation des Lapins Crétins. Il s'est adjoint les services d'un vieux routier de la BD humoristique, Curd Ridel. Mais le créateur du Gowap et de Tandori a abandonné son style léché (à la Peyo) pour un trait plus lâche et brut, comme pour amplifier les horreurs imaginées par ces deux terreurs. Une BD très actuelle, pas toujours politiquement correcte, même si la dernière histoire pourrait faire couler une larme aux plus sensibles...

« Mon frère ce boulet ! » (tome 1), Jungle, 9,95 €

08:39 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaston, curd ridel, jungle

18/03/2011

Inénarrable Jean-Claude

Tronchet, Jean-Claude Tergal, Fluide Glacial

Prototype du demeuré congénital, Jean-Claude Tergal n'avait rien pour devenir un véritable « héros » de bande dessinée. Pourtant il vit dans ce long récit sa 10e aventure. C'est du moins le 10e album relatant ses exploits. Cette fois, « Jean-Claude Tergal ne rentre pas seul ce soir » prévient la couverture. Alors ça y est, le brave Jean-Claude va enfin se déniaiser ? Sans dévoiler l'issue de l'album, on peut simplement dire que Jean-Claude, à cause de la ligne Maginot, va rencontrer une femme dans un train. Il ne la quittera pas durant quelques heures, réussissant même à la glisser dans son lit. Tronchet a de plus en plus de sympathie pour son personnage. Certes il est complètement idiot, lâche et timide, mais il n'a pas son pareil pour dénoncer certaines injustices. Et puis il a cette extraordinaire propension à rendre complexes les choses simples du quotidien. Un clown burlesque, en liberté dans la vraie vie. Irrésistible de drôlerie.

« Jean-Claude Tergal » (tome 10), Fluide Glacial, 10,40 €

17/03/2011

Violence politique italienne

Thirault, Pagliaro, Mano, Dargaud

Très ambitieuse série que cette « Mano » écrite par Thirault et dessinée par Pagliaro. Les auteurs entendent raconter la montée de la contestation violente d'extrême-gauche dans l'Italie des années 60. Ce n'est pas une BD historique. Pour comprendre ce qui a provoqué les fameuses années de plomb, ils vont suivre le parcours de cinq jeunes amis, insouciants et idéalistes. Ils sont donc cinq, comme les doigts de la main. Leur première action, brûler la grange d'un propriétaire terrien qui exploite des travailleurs immigrés, leur permet de mettre la main sur une petite fortune. Ensuite, ils multiplieront les actions, symboliques quand ils lancent des bombes à eau sur un universitaire fasciste, plus radicales quand la voiture d'un contremaître sadique est détruite dans une explosion. Le groupe se séparera temporairement après avoir causé involontairement la mort d'un « ennemi ». En plus de la trame politique, Thirault greffe au récit des romances amoureuses complexes entres ces trois garçons et ces deux filles.

« La Mano » (tome 1), Dargaud, 13,95 €

07:58 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : thirault, pagliaro, mano, dargaud

16/03/2011

Fuir la folie rouge

Jean-Pierre Milovanoff a beaucoup écrit sur le Sud de la France. Cette fois il raconte ses racines russes. Où comment fuir un pays devenu fou.

 

Tereur grande.jpgNovembre 37 dans une ville du sud de l'Ukraine. Deux fossoyeurs font des heures supplémentaires de nuit. Ils creusent des fosses communes pour les dizaines de cadavres charriés chaque nuit par la police. Staline est au pouvoir. La terreur règne. Une terreur que Jean-Pierre Milovanoff raconte dans ce court roman, témoignage d'un passé encore très proche et certainement présent dans la mémoire collective de toute la Russie et des anciennes républiques soviétiques.

L'idée de ce roman, presque un témoignage, un récit, l'auteur français l'a eu en retrouvant, dans les affaires de son père récemment décédé, « une mince brochure en anglais, « How I escaped the red terror », signée d'un certain MIKE. » Le père de Jean-Pierre Milovanoff a lui aussi fuit la Russie communiste. Mais bien avant que Staline ne transforme le pays en une vaste machine à dénoncer, à torturer, à emprisonner et à tuer.

Dans ce monde sans pitié, Anton Semionovitch Vassiliev est du bon côté. Membre de la police, le sinistre NKVD, il est craint et respecté. Il fait essentiellement du travail de bureau. Les dossiers des pseudos « espions » et « terroristes » passent tous entrent ses mains. C'est lui qui décide, d'un simple coup de tampon, s'ils iront croupir dix ans en Sibérie ou finiront une balle dans la nuque. Anton doit son statut à son père médecin. Il a soigné un général au bon moment. La famille est donc protégée par le régime. Ce n'était pas le cas de leurs voisins, les Milovanoff qui ont préféré fuir en France bien avant le début de la terreur. Anton complice mais pas convaincu. Ce n'est qu'une façon de se protéger, lui et sa mère. Mais quand il apprend que le général bienfaiteur vient d'être condamné à mort, il se doute que tout va basculer. Avec son jeune amant, lui aussi membre du NKVD, il décide de fuir. Ils vont, en quelques heures, mettre en place un plan ingénieux pour franchir ces frontières devenues totalement imperméables.

 

La cupidité des chefs

Le récit de Jean-Pierre Milovanoff est d'une dureté extrême. Il raconte notamment comment certains petits chefs font du zèle, pour assurer leur situation voire obtenir une promotion à Moscou. Avec l'espoir fou de se rapprocher de Staline. Ainsi le supérieur direct d'Anton, Romanenko, lâche et paranoïaque est devenu expert en la matière : « Avec l'acharnement des démons inférieurs, l'habile Romanenko avait aggravé le cas de l'accusée en impliquant plusieurs personnes de son quartier de manière à constituer à partir d'elle un réseau de terroristes. Le procédé était simple. Toute personne à qui la malheureuse avait adressé la parole un jour ou l'autre, fût-ce pour acheter une demi-livre de betteraves, devenait le membre actif d'une conspiration. » Des délateurs professionnels étaient même payés pour étayer les accusations. Des millions de personnes ont perdu la vie au cours de cette « terreur rouge ».

Et Jean-Pierre Milovanoff d'analyser cette dérive du régime : « Que serait l'histoire du monde sans la cupidité des chefs ? L'idéal de pauvreté des premiers bolcheviks n'a pas résisté à la réalité d'un pouvoir incapable de nourrir la population. » Un témoignage historique toujours d'actualité dans certaines dictatures vacillantes.

« Terreur grande », Jean-Pierre Milovanoff, Grasset, 14 €

09:10 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : milovanoff, grasset

15/03/2011

A fleur de peau

 

Lambour, Springer, Boussole, Quadrants, Soleil

Quand on est policier, face à des affaires d'enlèvement, tout est bon pour retrouver la victime. Tout, même le paranormal. Malika et Patrick sont un binôme classique d'inspecteurs de police. Moins classique est leur aide épisodique, Dan. Cet étudiant à un don. Il peut « sentir » où se trouvent les disparus. Comme une boussole attirée par le Nord. Il ressent également leurs émotions, souvent angoissantes et douloureuses. Écrites par Séverine Lambour, ces trois enquêtes autonomes sont illustrées par Benoît Springer. Le duo s'affirme comme un des plus novateurs dans les thèmes abordés, aimant tester les genres à tout va. Dan, surnommé la « Boussole » souffre beaucoup, mais il a un tel potentiel qu'il serait dommage que ses enquêtes s'arrêtent là.

« La boussole », Soleil Quadrants, 17 €