13/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Police ! Game over !


Bibix se fait arrêter par la police par Gameblog

Etrange aventure que celle arrivée mardi soir à Hubert Skrzypek connu sous le petit nom de Bibix dans le monde des gamers, ces geeks fans de jeu vidéo au point de se montrer en direct sur la plateforme Twitch. Casque sur les oreilles, Bibix se bat contre une horde de zombies affamés. La tension est extrême quand on frappe à sa porte. Exactement, on défonce sa porte d'entrée. Le reste de la scène est enregistré et repris sur tous les réseaux sociaux. Ce ne sont pas des zombies venus boulotter le cerveau de Bibix mais plus prosaïquement une équipe de la BAC (brigade anticriminalité) en pleine intervention. Mis en joue, Bibix, forcé de mettre les mains sur la tête, est menotté derechef par les fonctionnaires de police. Interloqué, il demande quand même pourquoi on l'arrête. Pas de réponse. Et puis il percute enfin : un canular, il s'agit d'un simple canular. Pourtant les menottes semblent diablement réelles et les policiers excellents acteurs. Et pour cause, eux aussi sont des pigeons dans l'affaire. Bibix est le premier Français victime d'un « swatting ». Aux USA la mode fait des ravages. Le but de ce bête défi consiste à persuader la police d'intervenir en urgence dans un appartement où un crime serait en cours. Les fameux « Swatt » déboulent en force dans la maison. Que l'opération soit diffusée en direct sur le net rajoute un plus indiscutable. Dans le cas de Bibix, le pirate a usurpé son identité au téléphone et expliqué aux policiers qu'il venait de trucider sa femme... Des zombies d'accord, sa copine, jamais ! Moralité, si Bibix a la malchance d'être attaqué par de vrais méchants, son appel risque fort de passer à la trappe.  

DE CHOSES ET D'AUTRES : Autotestez votre sperme

Je ne sais pas si c'est la Saint-Valentin, le procès du Carlton ou la sortie du film « Cinquante nuances de Grey », mais il me semble que tout tourne autour du sexe ces derniers jours. Pas celui sibyllin des anges, mais bien de « l'amour propre », comme l'a si talentueusement dessiné Martin Veyron, même s'il « ne le reste jamais longtemps... ». Dernière information en date qui m'interpelle, la mise en vente dans les pharmacies françaises de SpermCheck, « le premier autotest rapide de fertilité masculine à réaliser chez soi en toute intimité ». Un peu comme un test de grossesse, mais en inversé. Déjà vendu aux USA et en Grande-Bretagne, ce produit coûte entre 35 et 39 euros (non rembousés) et semble d'un maniement enfantin. Il suffit de mélanger un peu de sperme à une solution spéciale, placer six gouttes sur le lecteur et attendre sept minutes (le timing doit être très précis pour en assurer la fiabilité) pour lire le résultat. Deux barres rouges, bingo, vous avez plus de 15 millions de spermatozoïdes par millilitres, vous êtes parfaitement fertile. Une seule, vos potentiels petits descendants sont beaucoup moins nombreux qu'ils ne devraient l'être. Mieux vaut consulter...

 

Simple certes, mais comment obtenir ce sperme à tester ? Il n'y a pas cinquante solutions me souffle M. Grey en poussant du coude DSK qui se marre... En réalité, la seule et véritable difficulté réside dans cette action qui, tout en étant éminemment naturelle depuis la nuit des temps, est souvent jugée immorale et contre nature.  

07:40 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sperme, test, fertilité

12/02/2015

Cinéma : les nouveaux petits génies de l'univers Disney

 

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Un gamin surdoué met au point de mini-robots révolutionnaires. Une invention qu’un méchant détourne de son but premier. Place aux « Nouveaux héros ».

 

 

Disney, après une mauvaise passe, revient dans le jeu des grandes et belles productions, capables de marquer durablement l’imaginaire de millions d’enfants. Après « La reine des neiges » et avant le retour de Starwars en décembre, place aux « Nouveaux héros », film en 3D issu de l’univers des comics Marvel. Dans un San Francisco transformé en ville japonaise, le jeune Hiro, surdoué des mathématiques, délaisse ses études pour construire des robots combattants. Il participe ainsi à des combats clandestins (et illégaux) qu’il remporte haut la main, tant ses inventions sont efficaces et surtout semblent inoffensives. Même chez les robots, l’apparence a son importance avant la bagarre, tout est une question de confiance...

Le grand frère de Hiro, désespéré de voir ce talent gâché, le convainc d’aller au moins une fois dans l’université où il fait ses études. Là, c’est le coup de foudre. Tant pour le professeur Callaghan, une sommité voire une légende en robotique, que pour les autres étudiants, tous plus bizarres les uns que les autres. Hiro va rencontrer aussi pour la première fois Baymax, le robot infirmier que son frère est en train de mettre au point. Cette grosse boule de baudruche se révèle rapidement le véritable personnage principal du film. Celui qui offre les plus de possibilités d’évolution pour porter l’intrigue vers un film plus palpitant et émouvant.

 

Baymax, mon héros...

Hiro va réussir à intégrer l’université, mais son bonheur sera de courte durée. En plus d’un deuil familial (spoiler à ne surtout pas révéler même s’il arrive assez tôt dans l’histoire), une de ses inventions, de mini-robots à l’efficacité démultipliée comme une colonie de fourmis, est dérobée par Yokaï, méchant absolu bien décidé à détruire la ville avec. Pour le contrer, Hiro va perfectionner Baymax et transformer ses amis étudiants en super-héros aux pouvoirs étonnants.

L’ensemble fonctionne parfaitement. Les décors somptueux savent laisser la place à l’émotion et surtout la bande qui se forme est pleine de promesses. De GoGo Tomaso, la fille aux rollers en passant par Wasabi, le rasta maniaque ou Fred, le nonchalant rêveur, chaque personnage secondaire a suffisamment de corps et de potentiel pour devenir à tour de rôle vedette d’une suite qui ne devrait pas tarder. Sans oublier Baymax (doublé par Kyan Khojandi), le gentil robot si doudou, idéal en produit dérivé et assurément future vedette au long cours de l’univers Disney.

 

 

 

 

Bref, je suis un robot infirmier

Dans la version française, la voix de Baymax, le gentil robot infirmier est confiée à Kyan Khojandi. Le créateur de la série « Bref » a beaucoup apprécié cette première collaboration avec l’univers Disney. « Mes deux films préférés sont Dumbo et le Roi Lion. En fait, Baymax est un humain qui a une voix de robot. Tout ce qu’il dit c’est avec bienveillance et gentillesse. » Le jeune réalisateur devenu acteur s’est parfaitement reconnu dans le rôle. « On peut obtenir beaucoup avec un “s’il te plaît” et un “merci”. C’est une philosophie que j’ai toujours appliquée. On devrait s’entraîner à sourire... » On trouve un peu la pâte Khojandi dans quelques improvisations comme le « Puka Puka Puk » qui a toutes les chances de devenir culte. De même, quand Baymax n’a quasiment plus de batterie, son élocution balbutiante est une pure improvisation.

Cette parenthèse refermée, Kyan Khojandi va retourner à ses premières amours. « Je travaille à l’adaptation ciné de “Bref”. Mais je fais également des apparitions dans des films de copains comme “Nous trois ou rien ”. »

11/02/2015

DVD : Emmanuelle n'a pas vieilli

emmanuelle, just, arsan, kristel, studiocanalAlors que sort sur grand écran « Cinquante nuances de Grey », Studiocanal propose la réédition en DVD et blu-ray de ce qui s'est fait de mieux dans le cinéma érotique : « Emmanuelle ». Sylvia Kristel y dévoile ses courbes et son appétit féroce pour les jeux de l'amour. Loin d'avoir vieilli, ce film de Just Jaeckin prouve que le sexe est par excellence un sujet qui traverse les époques. On remarquera d'ailleurs que comme Emmanuelle, Cinquante nuances de Grey est l'adaptation d'un roman. Les images c'est bien pour la libido basique, mais rien ne vaut un bon texte suggestif pour enflammer les sens...

 

« Emmanuelle », Studiocanal, 9,99 euros

 

10/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Facteurs à tout faire...

Il y a parfois des baffes qui se perdent dans certaines administrations chargées de penser le futur de la société française. Notamment dans le petit cercle des technocrates dont le seul but consiste à trouver de nouvelles occupations aux agents de la Poste. Comme le volume de courrier à distribuer est en diminution, les statistiques sont irréfutables, ils sont persuadés que les facteurs n'ont plus rien à faire. C'est oublier un peu vite que les tournées sont de plus en plus longues pour cause de réduction d'effectif. Mais ça, c'est une broutille pour ces génies de la prospective. Alors ils inventent. Tout et n'importe quoi. Comme confier aux facteurs l'examen du permis de conduire. Certes, ils sillonnent les routes sans arrêt, mais de là à remplacer des examinateurs assermentés, le gouffre est de taille. Localement, la Poste a décidé de transformer ses agents en « ambassadeurs du tri sélectif ». Logique vous me direz. Après avoir raflé certains marchés de distribution de prospectus publicitaires, la Poste va expliquer à ses usagers comment jeter immédiatement ces tonnes de papiers inutiles directement dans les poubelles jaunes. Une sorte de raccourci très symbolique d'une certaine conception du gaspillage made in France... Ne doutons pas que d'autres métiers secondaires vont se rajouter aux tâches des facteurs. Pourquoi ne pas relever les compteurs EDF, sortir les chiens pour qu'ils fassent leurs besoins, conduire les enfants à l'école, arroser les bacs à fleurs communaux... Le facteur français deviendra alors une sorte de « fonctionnaire couteau suisse » et au bout du compte, perdra son identité.

Chronique parue le 10 février en dernière page de l'Indépendant. 

09/02/2015

BD : Monde sauvage et primitif

 

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Quand on parle d'enfant sauvage, on ne retient que l'histoire de Victor, le jeune découvert en Aveyron et dont François Truffaut a transformé l'existence (et surtout le retour à la vie civilisée) en chef-d'œuvre du cinéma. Mais il existe plusieurs cas similaires. Ce gros roman graphique de plus de 200 pages est la biographie de Marie-Angélique Le Blanc, née en 1712 aux Amériques et morte en 1775 à Paris. Morvan et Bévière, les scénaristes, se sont librement inspirés du livre de Serge Aroles. Gaëlle Hersent assure la mise en images. En Champagne, des chasseurs découvrent au bord d'une rivière le cadavre d'une jeune Noire. A ses côtés, ce qu'ils prennent pour un démon. En réalité c'est une fillette retournée à l'état sauvage. Quelques jours plus tard, la faim la pousse à s'approcher des habitations. Capturée, elle est confiée au noble du village. Celle qui n'a pas de nom (elle ne sait pas parler) devient la sauvageonne qui mange de la viande crue qu'elle chasse à main nue (lapin, grenouilles...) et dort à même le sol. Mais en 1731, toute créature de Dieu doit recevoir un enseignement religieux. Elle est placée dans un couvent et sous la férule de rigides sœurs, acquiert des rudiments de langage et de maintien. Par contre, côté alimentation, elle ne supporte pas les aliments cuits et dépérit dès qu'elle n'ingurgite plus sa ration de chair saignante. D'où vient-elle ? Par quelles épreuves est-elle passée ? Les auteurs alternent avec brio les scènes actuelles avec les retour sur le passé de celle qui se nomme en réalité Louve quand elle était dans une tribu indienne au Canada puis Marie-Angélique après son adoption par des colons français. Passionnante, cette vie de souffrance et d'errance donne matière à une BD d'une exceptionnelle densité. Au dessin, Gaëlle Hersent, pour sa première réalisation, place la barre très haut. Elle alterne les ambiances et les époques avec une même constance : rendre cette femme aussi mystérieuse qu'attachante, aussi sauvage que torturée par un secret inavouable.

« Sauvage », Delcourt, 24,65 € 

 

DE CHOSES ET D'AUTRES : Titres pas tristes

Samedi, ceux qui n'ont pas mis le nez dehors ont raté chez les marchands de journaux le meilleur titre de la presse de ces dernières années. Pour décortiquer la conférence rémunérée de Nicolas Sarkozy à Abou Dhabi, le lendemain de la législative partielle dans le Doubs, où l'UMP ne s'est pas qualifiée pour le second tour, Libération a titré « Sarkozy : l'errance d'Arabie ». La presse écrite peut en présenter de deux types : les informatifs et les incitatifs. Les premiers sont simples à trouver, les seconds plus vicieux car souvent à double tranchant et pas forcément compréhensibles par la majorité. Libé reste le champion du titre tordu. Souvent imité, jamais égalé. Ainsi le 18 janvier 2008, la manchette du quotidien annonce la « Mort du chanteur d'Oasis ». Comment, un des frères Gallagher est décédé et vous l'aviez manqué ? Non, le chanteur d'Oasis, pour Libé, c'est Carlos, le barde jovial tendance Obélix de la chanson française, interprète de cette publicité chantée pour une boisson fruitée... Quand Manuel Valls remplace Jean-Marc Ayrault à Matignon, le remaniement se résume en un « Ayrault valse » court et percutant. Et puis il y a les unes nécrologiques. La rédaction y a trouvé un filon. Coup de maître à la mort de Hergé, tous les articles d'actualité du numéro sont illustrés de vignettes extraires des albums des aventures de Tintin. Un collector régulièrement réédité. Avant, les lecteurs avaient appris que « Brassens a cassé sa pipe » ou que « Tout fou Lacan ». Trenet, le fou chantant a droit à un bien triste « Y'a eu d'la joie ». Libé va mal. Dommage, ses titres nous manqueront s'il cesse de paraître. 

Chronique parue lundi 9 février en dernière page de l'Indépendant.

08/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Radio déjantée

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Europe 1 a fêté cette semaine ses 60 ans. La radio « périphérique » selon l'expression de l'époque, a révolutionné le genre. Pub et bonne humeur ont rapidement conquis les auditeurs. Et Louis Merlin, directeur de ces années-là, lance le premier mercato des ondes en débauchant Pierre Dac et Francis Blanche de la Chaîne Parisienne. Leur mission : imaginer un feuilleton loufoque capable de tenir la France en haleine. Ce sera « Signé Furax » diffusé entre octobre 56 et janvier 60. Ce chef-d'oeuvre de drôlerie, véritable phénomène de société, est à redécouvrir avec la parution dans la collection Omnibus de la première saison intitulée « Le Boudin sacré ». Près de 800 pages de péripéties incroyables avec un héros, Furax, clone de Fantômas et d'Arsène Lupin et les ping pong verbaux des inspecteurs Black & White, interprétés à l'antenne par leurs propres créateurs. Alors si les saillies de Cyril Hanouna ne vous font pas rire, si Ruquier vous désole et que Nagui vous indiffère, plongez dans cette saga en 125 épisodes où les Babus, adorateurs du boudin sacré, tentent de dominer le monde en dérobant les plus beaux monuments de Paris.

 

« Signé Furax, le Boudin sacré », Omnibus, 24 euros.

 

07/02/2015

BD : Pour les amis du mystère

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Serge Lehman multiplie les séries BD depuis quelques années. Après « La brigade Chimérique » et « Masqué », il se lance dans une nouvelle aventure avec Gess au dessin : Théo Sinclair est « L'œil de la nuit ». Jeune aristocrate souffreteux, il est plus habitué aux bibliothèques qu'aux champs de bataille. Comment s'est-il alors transformé en justicier de la nuit ? Les auteurs le dévoilent en partie dans le premier (et copieux, 96 pages) tome de ce récit entre histoire et fantastique. Au début du 20e siècle, la France ne parle que de l'invasion martienne de 1898. Les écrivains de l'époque, Maurice Leblanc, Gaston Leroux ou La Forge, le meilleur ami de Théo, se transforment en journalistes pour raconter les voyages spatiaux. Théo, accompagné de sa fiancée, assiste à la conférence de Camille Flammarion au cours de laquelle il dévoile la momie d'une nouvelle race de martiens. Un prélude qui permet de planter l'ambiance avant de plus personnaliser le récit. Théo, pour tenter de sauver son père, un savant, va se lancer sur les traces de l'Internationale de la Terreur, une organisation clandestine menée par la redoutable (et « merveilleuse » de l'aveu de Théo) Sonia Volkoff. Un récit dense, plein de trouvailles et surtout de suspense digne des meilleurs feuilletonistes de la grande époque.

« L'œil de la nuit » (tome 1), Delcourt, 15,95 €

 

 

 

10:25 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lehman, gess, sinclair, delcourt

06/02/2015

Cinéma : Romain Goupil se met en abyme dans "Les jours venus"

 

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Un cinéaste, proche de la retraite, est la vedette du film « Les jours venus », entre réflexion sur la création et grosse rigolade sur le temps qui passe et la mort.

 

 

Le pitch est le suivant : un cinéaste, chaque fois qu’il déclenche sa caméra, il provoque une catastrophe. Il va filmer en Islande, dès son premier plan un volcan se réveille et paralyse le ciel européen. Au Rwanda, il provoque un génocide. Partout, filmer implique un drame. Il se demande alors comment profiter personnellement de cette particularité. Pourquoi ne pas aller filmer des dictateurs pour les faire mourir ? Ou dans la chambre des coffres d’une banque ? L’idée est bonne, séduisante, mais à 60 ans, le réalisateur a d’autres soucis. La retraite !

Romain Goupil, réalisateur à part dans le cinéma français, ne va pas arranger son image de marque dans un milieu peu enclin à dévoiler les coulisses de la création. « Les jours venus » est clairement une autobiographie, avec de vrais morceaux d’histoire, des images tirées de la vidéothèque de vacances familiales et des scènes jouées, mais ancrées dans la réalité. Un patchwork étonnant et surtout réjouissant car Romain Goupil, contrairement à son image d’intellectuel de gauche, ne se prend pas au sérieux. Ou ne se prend plus...

 

Séducteur malgré lui

Goupil se filme du début à la fin. Présent dans tous les plans, il fait partager au spectateur sa vie de tous les jours dans un désordre très travaillé. Parisien baguenaudant dans les rues, il échappe à plusieurs catastrophes. Des chutes de pianos. Trois fois... Dans son courrier, un formulaire pour activer ses droits à la retraite. Il fait remarquer perfidement à sa femme, Sanda, et ses deux enfants, de grands adolescents, eux au moins ont pensé à son anniversaire. Ce nouveau film, celui de la caméra catastrophe, il tente de le vendre à une productrice (Noémie Lvovsky) qui boit ses paroles avec un plaisir évident. Entre une réunion des locataires de son immeuble et un passage éclair aux Assedic, il prend rendez-vous avec sa banquière (Valeria Bruni Tedeschi). Pas pour parler finances, mais pour repérer la salle des coffres. « Et vous m’y embrasserez... » dit-elle en minaudant. Romain Goupil joue à la perfection le séducteur malgré lui. Sa femme l’adore, tous les autres personnages féminins également. Dont la jeune artiste (Marina Hands) locataire du même immeuble qu’il tente de former à la manipulation d’une assemblée en bon ancien trotskiste qu’il est toujours.

Ces scènes de la vie d’un intello parisien pourraient vite être rébarbatives s’il n’y avait pas avant tout une bonne dose d’humour et d’autodérision. Et ceux qui en doutent doivent absolument rester jusqu’à la fin. Une mise en abyme du film et de l’obsession de Romain Goupil à prévoir à la virgule près les modalités de ses obsèques. Car après 60 ans, de quoi peut-on mieux rire si ce n’est de sa propre mort ?

 

 

Une femme, des admiratrices

 

romain goupil, valeria bruni, berroyer, hands, mai68Si l’on excepte Jackie Berroyer pour un petit rôle de gueulard aigri, le reste de la distribution des « Jours venus » est exclusivement féminine. Pour la première fois à l’écran, l’épouse de Romain Goupil dans son propre rôle. De nos jours, mais aussi au moment de leur rencontre dans une Sarajevo dévastée par la guerre. Sa beauté est sans cesse magnifiée, en jeune maman ou en épouse attentive. Pourtant on a l’impression que le réalisateur n’a pas perdu son appétence pour les belles femmes. Elles sont trois à marcher sur les plates-bandes de Sanda. Marina Hands, la plus jeune, tombe sous le charme de cet homme « vieux et marié ». Or elle ne peut aimer que ce type de personnage...

La banquière, Valeria Bruni Tedeschi (photo), joue un rôle plus pervers. On sent bien que c’est elle qui a envie d’aller plus loin avec cet homme si intelligent, attachant. Lui se laisse désirer. Avec la productrice, c’est un peu différent. On devine une vieille complicité. Comme des amants de longue date, se connaissant parfaitement et un peu lassés mais jamais repus de préliminaires faisant la part belle à l’intellect. Quatre femmes pour un seul homme. Le veinard, même si cela ne reste que du cinéma... 

DE CHOSES ET D'AUTRES : La cravate et les notaires

Révolution financière ou vestimentaire ? L'arrivée d'Alexis Tsipras à la tête de la Grèce pourrait marquer le fin du diktat des financiers sur les politiques économiques des États. Le parcours sera long et semé d'embûches.

Par contre, le nouveau Premier ministre grec a déjà fait souffler un vent de modernisme et d'audace sur la classe politique européenne particulièrement compassée. En ne portant pas de cravate, il indique clairement qu'il n'appartient pas à leur "caste" selon le terme mis à la mode par un autre iconoclaste de gauche, Iglesias (Pablo, pas Julio...) leader de Podemos en Espagne. Tsipras, Iglesias font partie de la tendance "chevelu décontracté".

Le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis fait plutôt dans le "musclé rasé". Lui non plus ne porte pas de cravate. Mais en plus il voyage en classe économique, porte un blouson de cuir et a des airs de garde du corps peu conciliant. En bon universitaire spécialisé en économie, il commence à perdre ses cheveux. Mais au lieu de rabattre ses dernières mèches sur le haut du crâne à la Giscard, il opte pour la boule à zéro façon Bruce Willis.

Soit ces politiques grecs d'un nouveau genre sont réellement "simples", soit ils ont tout compris de notre société basée sur l'apparence. Des contestataires décontractés sembleront toujours plus proches des gens et seront plus populaires auprès de la majorité que des notaires cravatés. Ces derniers, en s'accrochant à leurs privilèges du passé symbolisés par leurs costumes stricts, ne parviendront jamais à se faire aimer. Encore moins à se faire plaindre...

BD : Silas Corey combat l'argent des armes

 

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En novembre 1918, la France est en liesse. Une longue guerre vient enfin de s'achever. Le peuple est dans la rue, les députés entonnent la Marseillaise à l'Assemblée nationale. Pourtant Silas Corey, dandy et détective privé, n'a pas le cœur à la fête. «Voir tous ces gens danser au-dessus d'un charnier... ça me travaille les nerfs » confie-t-il à Nam, son valet homme à tout faire. Alors il boit, fume, joue et se bat... Comme pour s'empêcher de penser. Mais la réalité le rattrape. Un collègue vient mourir devant sa porte. Il décide de le remplacer dans son enquête. Le mort était chargé de retrouver l'héritier d'une richissime industrielle. Et Silas de recroiser la route de Madame Zarkoff, riche à million après avoir vendu des tonnes de bombes aux Français et aux Allemands qui viennent de s'étriper durant quatre ans. Il aurait envie de la tuer, mais au contraire va lui sauver la vie. Pour retrouver le potentiel héritier, il va aller en Suisse puis en Allemagne, pays en proie à d'énormes troubles après la défaite du Kaiser. Entre démocrates, rouges et premiers nazis, les tensions sont fortes. Scénario palpitant de Fabien Nury, dessin plein d'énergie de Pierre Alary, Silas Corey est une série à suivre.

 

« Silas Corey », (tome3), Glénat, 14,95 €

 

09:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : silas corey, nury, alary, glénat

05/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Philippins sans pain

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Chers lecteurs végétariens, ne lisez pas les lignes qui suivent. Les Philippins n'aiment pas le pain. Ils se retrouvent du coup champions d'un hot dog bien chargé en calories (et c'est un euphémisme). La chaîne de restauration rapide KFC teste une version de ce sandwich... sans pain. La saucisse chaude reste toujours d'actualité, mais servie entre deux tranches de poulet frit. Le « Double down dog » est garanti 100 % viande.  

Les « carnassiers » européens -aussi nombreux soient-ils- n'auront pas la chance de le déguster dans les KFC locaux. Ce hot dog, testé durant deux jours en janvier dans quelques points de vente, a finalement intégré définitivement la carte de tout le réseau philippin en raison de son succès. Car si tous les diététiciens de la planète s'insurgent contre cette hérésie (une recette infaillible pour faire exploser diabète, obésité, goutte et maladies cardiaques ces prochaines années dans l'archipel de 100 millions d'habitants), les clients, eux, en redemandent.

Mais à bien y réfléchir, est-il plus irresponsable de vendre ces « total look viande » que de proposer des buffets libres, pratique de plus en plus courante dans la région ? Ils s'avèrent certainement plus problématiques pour qui n'arrive pas à se raisonner. Sans compter le gaspillage généré par cette nourriture proposée à volonté.

La défense de KFC aux Philippines se positionne de toute manière sur un autre terrain : le hot dog à la viande serait un peu moins calorique qu'un double cheeseburger. En vente libre, partout dans le monde, depuis des décennies. Doublement effrayant.

DVD : Le grand écart entre "Trafic" de Jacques Tati et "N'importe qui" de Rémi Gaillard

trafic, jacques tati, rémi gaillard, n'importe qui, ferroni, studiocanal, wild side videoJacques Tati, dans sa courte filmographie, a sacrifié à un exercice étonnant : le road trip. Mais avec Monsieur Hulot, pas de grands espaces américains ni de vitesse excessive. Son voyage va de Paris à Amsterdam, dans un vieux camion qui se démarre à la manivelle. Trafic, réalisé en 1971 après l'échec de Playtime, a un budget moindre. Au centre de ce périple, une petite voiture se transformant en camping car bourré de trouvailles en forme de gadget. Monsieur Hulot est chargé de convoyer ce prototype au salon de l'automobile d'Amsterdam. Il accompagne la chargée des relations publiques (Maria Kimberly). Ce qui aurait du n'être q'une formalité se transforme en périple sans fin, semé de difficultés. Dès le départ, le convoi prend du retard. Sur l'autoroute, le camion crève. Puis il tombe en panne d'essence. L'occasion pour Tati de déambuler dans la campagne nordiste à la recherche d'une petite station comme il n'en existe plus nulle part ailleurs. A la frontière, les policiers hollandais font du zèle et confisquent de camion. De plus en plus en retard, le prototype n'arrive finalement à bon port que le lendemain de la fermeture... Quasiment muet, ce film est aussi un regard sur le comportements des automobilistes. Quelques scènes volées les montre comme absents, occupés à farfouiller au plus profond de leurs narines dans les embouteillages... Il manque un peu de maîtrise, mais on retrouve toute la douce folie de M. Hulot dans cette version restaurée par les Films de Mon Oncle.

trafic, jacques tati, rémi gaillard, n'importe qui, ferroni, studiocanal, wild side videoSi Tati a toujours fait du grand cinéma, ce n'est pas véritablement le cas pour la première apparition sur grand écran de Rémi Gaillard, le trublion du net. Les intentions sont bonnes, le résultat beaucoup moins convaincant. Rémi Gaillard, dans son propre rôle, revient sur son succès sur le net. Un milliard de vues pour des sketches où il « fait n'importe quoi pour devenir n'importe qui ». Mais cette soudaine notoriété le coupe de sa fiancée (Nicole Ferroni, excellente dans ce rôle de fille à papa amoureuse et terriblement terre à terre) et ses amis. S'en suit une grave dépression. Gavé d'antidépresseur, Rémi devient représentant de commerce. Une vie insipide peuplée de cauchemars. Heureusement, sa folie reprend le dessus et reprend le chemin des tournages clandestins avec les policiers en victimes récurrentes. En truffant le film d'extraits de ses délires, Rémi Gaillard sauve l'ensemble.

« Trafic », Studiocanal, 19,99 euros le DVD, 21,99 le blu-ray

 

« Rémi Gaillard est n'importe qui », Wild Side Vidéo, 14,99 euros

 

04/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Argent caché

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Dis-moi ce que tu me caches et je saurai comment tu m'aimes. Le fonctionnement d'un couple n'est jamais évident. L'amour aide à faire passer bien des pilules, mais ne résout pas tous les problèmes. L'argent, par exemple, reste un sujet délicat. Le coup de foudre n'implique pas forcément le partage des richesses.

Je suis toujours étonné du nombre de couples, même relativement âgés, qui, tout en vivant ensemble depuis des années, a conservé deux comptes bancaires distincts. Comme si les finances étaient hermétiques à la passion. Et même après, quand ils fusionnent leurs avoirs sur un seul et unique compte joint, la tentation de l'individualisme est forte. Un sondage réalisé par Ipsos pour la banque ING, montre que « 42% des Français n'ont pas de problème avec l'idée d'avoir des secrets dans leur couple en matière d'argent ». L'étude étant européenne, on découvre que nous sommes les champions de la dissimulation dans ce domaine.

Reste à savoir à quel degré se placent ces petites « trahisons ». Si les quelques euros dissimulés par monsieur servent à acquérir un bouquet, madame ne s'en offusquera pas. A moins bien sûr que les fleurs ne soient destinées à la maîtresse...

De même, monsieur ne reprochera pas à madame d'acheter un peu de lingerie fine dans un magasin spécialisé. Mais quelle serait sa réaction s'il découvrait que ces bouts de tissus affriolants n'étaient qu'un prétexte et la couverture pour acquérir ce sextoy tant désiré ?

Alors oui, on se ment. Mais ces jardins secrets ne sont-ils pas aussi les gardiens de la flamme entre amoureux ?

16:59 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finances, couple, mensonge

BD Les gaffes du papa Guy Delisle

 

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Connu pour ses chroniques lointaines (Palestine, Corée du Sud, Birmanie), Guy Delisle se révèle un parfait gagman dans ses nouvelles BD. L'auteur canadien vivant en France, raconte le quotidien d'un « mauvais père ». En l'occurrence lui... Des scènes du quotidien qui montre toute la difficulté de se glisser dans la peau d'un adulte responsable quand on n'a qu'une envie : faire les pires bêtises avec ses bambins, voire les dépasser. Comme il a la chance de travailler à domicile, Guy Delisle est très présent et se charge de l'essentiel des tâches ménagères et du suivi des devoirs. C'est lui aussi qui va chercher les petits à l'école. Un parfait père au foyer, moderne et cool. Un peu trop parfois. On rit quand il tente de faire exploser un briquet dans les dernières braises d'un barbecue, on se reconnaît quand il constate qu'il est incapable de faire fonctionner le dernier jouet électronique offert à son grand alors que ce dernier le manie avec dextérité, instinctivement. Mais le meilleur récit reste celui où il explique comment il va réussir à dégoûter son fils des jeux vidéos. Une idée géniale, pas forcément couronnée de succès dans toute les familles, mais qui vaut quand même le coup d'être essayée...

« Le guide du mauvais père », Delcourt, 9,95 euros.

 

 

 

03/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Super boules

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Dans mon éternelle quête de ne pas mourir idiot, j'ai décidé dimanche soir de regarder le Super Bowl. Le football américain m'a toujours intrigué. Au niveau des règles mais surtout de la fascination des spectateurs pour ces armoires à glace casquées et rembourrées comme des bonshommes Michelin.

A minuit, confortablement installé dans mon canapé, je participe enfin au rêve américain. Au diable le régime, j'ouvre une bière, un paquet de chips et réchauffe des ailes de poulet. Menu classique d'un soir de match. Les statistiques sont formelles : pas moins de 1,25 million d'ailes de poulet sont consommées ce jour-là et 11 millions de livres de chips...

Le match débute. Avec ces horripilants temps morts de mise en place. En fait, chaque séquence de jeu ne dépasse jamais 12 secondes... Le premier quart-temps semble interminable et se termine par un 0 à 0 peu enthousiasmant. Je m'embête. Me venge sur les chips et le poulet frit. Et puis les Patriots marquent. D'un coup d'un seul. Retour à la guerre de position.

A 1 h 20, je commence à cligner des yeux. Quand je les rouvre, je crois que la partie est finie. Mais ce n'est que la mi-temps et le spectacle de Katy Perry. La démesure, comme toujours. Le jeu reprend, serré. Mais pas au point de m'empêcher de sombrer une seconde fois dans les bras de Morphée.

Quand j'émerge, deux heures plus tard, le cou cassé, c'est vraiment terminé. Je ne connais même pas le gagnant, ni le score. Un tour sur le net pour savoir que les Patriots ont gagné 28 à 24. Bon, dodo maintenant. Je frôle l'indigestion. C'est malin.

En bonus, le spectacle de la mi-temps

Livre : Aux sources des légendes hollywoodiennes

Dans « Hollywood Monsters », Fabrice Bourland revisite le Los Angeles des années 1930, celui de l'âge d'or du cinéma américain.

 

bourland, singleton, hollywood, universal, 10/18 Les amateurs de cinéma américain d’avant-guerre vont adorer ce roman policier de Fabrice Bourland. Ses deux héros, dont c’est déjà la 6e aventure, quittent le smog londonien pour le soleil californien. Singleton et Trelawney, sortes de Holmes et Watson des années folles, délaissent la riviera française (où les bruits de bottes de Mussolini font résonnent un peu trop fort) pour un séjour réparateur au bord du Pacifique. Dans la capitale mondiale du septième art, ils vont croiser la route d’un loup-garou sur la Mulholland Highway à quelques centaines de mètres des rives du Malibu Lake. Ils se retrouvent plongés dans une enquête policière hors du commun où la victime, une jeune femme, cache dans son corsage un secret inavouable.

Perdus sur cette petite route, un brouillard dense limitant la visibilité, les deux amis ont la peur de la vie quand ils manquent de percuter un homme surgit des fourrés. « L'espace de quelques instants, le visage de celui que j'avais pris au premier abord pour un être humain fut à quelques pouces du mien » raconte Singleton. « c'était une sorte de créature fantastique, mi-homme mi-bête, échappée tout droit d'un conte populaire. Sa face tout entière, ses oreilles, son cou, de même que l'extrémité de ses membres, tout chez lui était recouvert d'une épaisse fourrure. Des poils bruns, longs et drus, pareils à ceux d'un chien... ou d'un loup. » A-t-il un lien avec le meurtre ? Que fuyait-il ? Les questions sont nombreuses et le formidable esprit de déduction des deux détectives va faire merveille au pays de flics dus à cuire.

 

Quelques stars du passé

Ce polar dense, aux entrées multiples, ne se contente pas de broder sur l’intrigue policière. On devine surtout l’envie de l’auteur de faire revivre une époque qu’il connaît sur le bout des doigts. Des tournages des films d’horreur des studios Universal, aux cabarets de freaks en passant par les soirées arrosées regorgeant de starlettes, « Monsters Hollywood » est une plongée dans un monde où l’insouciance, la joie et l’extravagance étaient les seuls mots d’ordre d’un milieu privilégié.

En plus de quelques monstres bien réels, on croise d’autres monstres sacrés comme Katharine Hepburn ou Dorothy Lamour dans ce roman qui prend parfois des airs de reportage dans le passé.

 

« Hollywood Monsters » de Fabrice Bourland, 10/18, 7,50 €

 

02/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Mariages ratés

Je ne me lasserai jamais de lire les faits divers. Pas le banal chien écrasé, mais le rare, l'exceptionnel, l'incongru. Tous les jours, des histoires de ce type font le régal de sites spécialisés tel le succulent « Fées divers ». Petit florilège amoureux avec deux histoires de demandes en mariage qui tournent mal et une tentative de réconciliation ratée.

Un Bulgare, installé à Ibiza, invite sa petite amie pour quelques jours. Il choisit ce séjour pour la demander en mariage. Mais pour rendre le moment encore plus inoubliable, il décide de faire sa déclaration dans un cadre grandiose : des falaises surplombant la Méditerranée. La jeune femme, folle de joie, se met à sauter d'allégresse. Avec un peu trop d'enthousiasme. La falaise s'écroule, la future mariée chute de 20 mètres... et meurt. Fin de la belle histoire d'amour avant même qu'elle ne débute.

Quelques mois plus tôt, c'est aux Pays-Bas que la demande en mariage a viré à la catastrophe. Le soupirant loue un camion grue. Devant la fenêtre située au premier étage, il clame son amour à sa dulcinée. Le camion, mal garé, bascule et éventre la maison voisine. Pas de blessés heureusement. Et une fiancée peu rancunière puisqu'elle accepte de devenir la femme de ce Pierre Richard en puissance.

 

Quant à cette dame, qui croit visiblement encore au Père Noël, elle tente de reconquérir le coeur de son ex... en essayant de se glisser, nue, par le conduit de la cheminée. Résultat elle y reste coincée deux heures. Comble de la honte : son exploit a été immortalisé sur les réseaux sociaux par les pompiers venus la secourir.

01/02/2015

Benoît Peeters : « Les auteurs de BD vivent de façon très précaire »

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Le succès du festival d'Angoulême cache une réalité plus sombre pour les auteurs de bande dessinée. Benoît Peeters, scénariste , revient sur un secteur de l'édition « fragilisé ». 

La bande dessinée en France est-elle réellement menacée ?

Benoît Peeters. Artistiquement, la bande dessinée en France n’est pas du tout en crise ni en danger. Elle regorge de talents et d’excellents albums. Par contre la situation du marché et plus précisément des auteurs est elle beaucoup plus problématique, fragilisée. Il y a quelques vedettes qui gagnent très bien leur vie, notamment en vendant des planches originales à des niveaux très élevés, mais à côté, l’écrasante majorité des auteurs vit de plus en plus mal avec un niveau de revenus en dessous du smic. Cette situation est en dégradation accélérée avec une réforme brutale et sans concertation de la retraite complémentaire qui prive les auteurs d’une année à l’autre d’un mois de revenus. Pour ceux qui sont en dessous du smic, alors qu’ils travaillent continûment, ce peut être le coup fatal qui pourrait les conduire à arrêter. Et contrairement aux écrivains, il n’est pas possible aux dessinateurs d’avoir un autre métier en parallèle. La BD c’est aussi un artisanat, c’est extrêmement exigeant en terme de temps et les éditeurs attendent des auteurs, surtout ceux qui font une série, qu’ils publient au minimum un album par an.

De quand date cette dégradation du métier ?

Le premier grand changement s’est produit avec la disparition des magazines de bande dessinée (Pilote, A SUIVRE...). Quand les histoires étaient publiées régulièrement dans ces titres, elles assuraient aux auteurs un revenu, notamment pour ceux qui étaient au début de leur carrière. Il y a 20 ans on avait 700 albums par an et aujourd’hui 5 000. La plupart de ces albums sont envoyés au casse-pipe avec une visibilité minimum et des ventes très faibles. L’éditeur est déçu mais l’auteur se retrouve dans une situation encore plus difficile. Ce marché aurait besoin de nouvelles règles et les états généraux que nous avons lancé vont étudier de façon très objective et scientifique toutes les facettes du problème pour essayer d’apporter des petits éléments de solution. Le public, celui que se fait dédicacer des albums par exemple, n’a pas conscience que des auteurs vivent de façon très précaire : pas de congé maladie, pas de congé maternité, une cotisation retraite pour laquelle on est lourdement ponctionné déjà avec un résultat très faible.

La protection sociale des auteurs peut-elle être assurée par un régime comparable à celui des intermittents du spectacle ?

Il est certain que le régime des intermittents apporte un certain nombre d’avantages, mais la situation des auteurs de BD est un peu différente et surtout on sait toutes les difficultés qu’il y a à maintenir ce régime. Donc je ne suis pas sûr que l’État ait envie d’y faire entrer une nouvelle catégorie d’auteurs.

Auteurs en crise, mais chiffre d’affaires du secteur en hausse chaque année. Un paradoxe ?

En fait le chiffre d’affaires du secteur de la BD s’est maintenu ou a très légèrement progressé. Mais maintenir son chiffre global quand on multiplie par sept le nombre de titres cela veut dire que chaque album, individuellement, a beaucoup baissé. C’est donc une illusion. Certains éditeurs, pour maintenir leur chiffre, ont augmenté de façon effrayante le nombre de titres, sans donner leurs chances à ces nouveautés. C’est un trompe-l’œil. Faire + 1 % alors qu’on a augmenté sa production de 10 % c’est vraiment un échec.

Le numérique peut-il sauver la BD ?

Pour l’instant, c’est plus une menace qu’une chance car il ne génère pratiquement aucun revenu aux auteurs ni même aux éditeurs. Il ne faut pas du tout se faire d’illusion et en plus les « bouquets numériques illimités » ne laisseraient que quelques centimes pour l’auteur car les œuvres ne seraient plus que des flux.

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Droit d’auteur en danger

Forte mobilisation des auteurs de bande dessinée lors de ce 42e festival d'Angoulême. Les états généraux, pourtant lancés il y a à peine trois mois, ont fait le plein et devraient déboucher sur des propositions très concrètes.

Cette association, présidée par Benoît Peeters, scénariste, universitaire et conseiller éditorial, soutient également la marche des auteurs qui s'est déroulée hier après-midi et fonde de grands espoirs sur son entrevue ce dimanche avec Fleur Pellerin, ministre de la Culture.

Les sujets d'inquiétude, en plus de la paupérisation des auteurs, sont multiples. « Il y a d'autres menaces qui pèsent sur nous, notamment au niveau européen où le principe même du droit d'auteur est remis en question assez fortement, explique Benoit Peeters. Il y a une alliance étrange entre les tenants du tout gratuit comme le Parti Pirate et les majors américaines comme Google ou Amazon qui trouveraient leur compte dans cette illusion de gratuité. »

Le secteur reste dynamique et porteur, mais cet équilibre est fragile. « C'est important, dans le cadre des états généraux, souligne Benoît Peeters, de montrer qu'auteurs, éditeurs et libraires ont des intérêts communs, qu'il ne faut pas les opposer frontalement l'un à l'autre. Parfois les analyses divergent. Mais il ne faut pas oublier quand même que l'auteur, à lui seul, tient ce que l'on appelle la chaîne du livre. Si les auteurs lâchent, les éditeurs, les libraires et les lecteurs en souffriront aussi. »

La BD, sans un vivier d'auteurs novateurs, risque de devenir un simple robinet à histoires formatées. Ce serait vraiment dommage de se priver de cette exception (et excellence) culturelle.