23/07/2012

Vive la colo de Aré, Muller et Ghorbani !

 

Aré, Muller, Ghorbani, colonie de vacances, vents d'ouest

Glissez cette BD dans la valise de vos enfants s'ils partent en colonie de vacances. Il y trouveront certainement l'occasion de relativiser leur malheur. Du moins au début. Les colonies de vacances c'est toujours pénible les premiers jours et trop court à la fin. Aré et Muller, les scénaristes, ont puisé dans leurs souvenirs pour fournir un gag par page à Ghorbani, le dessinateur. Ils ont entre 8 et 12 ans, pas encore adolescents, plus tout à fait bébé, ils vont passer quinze jours dans un centre aéré de la côte basque. Cet enchaînement de gags est construit chronologiquement. Découverte des enfants, voyage en train, installation, premières sorties... le lecteur est plongé au corur de la vie de cette colonie de vacances. Le ressort comique est essentiellement fourni par les animateurs : un directeur très autoritaire, un adjoint obséquieux et des moniteurs particulièrement cool, bien décidés de profiter aux aussi des vagues de l'Atlantique et des veillées autour d'un feu. C'est très sympa, distrayant, efficace et bien vu. De la belle ouvrage.

 

« Trop bien la colo ! » (tome 1), Vents d'ouest, 10,45 €


 

22/07/2012

Jeunesse violente dans ce thriller de Jussi Adler Olsen

Carl Morck, policier danois, rouvre une affaire de double meurtre. Un faux coupable se serait dénoncé pour couvrir les agissements violents de plusieurs fils de bonne famille.

 

 

 

Jussi Adler Olsen, danemark, thriller, albin michel, profanationQuand on est riche et de bonne famille, se distraire est parfois compliqué. Internes dans une institution privée, six amis vont découvrir que la violence est un excellent fournisseur d'adrénaline. Tabasser des faibles, tuer des animaux, pour eux, c'est un loisir comme un autre... Bénéficiant d'une quasi impunité grâce aux millions et aux relations de leurs parents, ils vont aller crescendo dans leur dérive jusqu'à tuer plusieurs personnes. C'est le double meurtre d'un frère et d'une sœur qui a failli les faire tomber. Mais l'un d'entre eux se dénonce et depuis quelques années croupit en prison et paye pour toute la bande.

 

Affaire classée ? Pas pour Carl Morck dont c'est justement le fond de commerce. Ce flic danois d'élite est à la tête du plus petit service du pays. Il doit se contenter d'un assistant, Assad, un Syrien, touche exotique dans un thriller très noir.

 

Le premier roman policier de Jussi Adler Olsen, « Miséricorde » paru en 2011, présentait ce duo peu banal. On les retrouve dans leur bureau au sous-sol, plongé dans cette affaire apparu par enchantement sur leur bureau.

 

Morck est le prototype du flic bourru et qui n'en fait qu'à sa tête. Il aime travailler en solitaire. Il ne voit pas d'un très bon œil l'arrivée d'une secrétaire dans son service. D'autant que Rose est assez atypique : « Une coiffure ébouriffée ultra-courte et noire, des yeux de jais et des vêtements plus sombres que sombres. La créature que Morck avait devant lui était effarante. » Mais comme elle n'a pas sa langue dans sa poche et qu'elle est particulièrement débrouillarde, elle va autant séduire qu'exaspérer son chef.

 

 

 

La folie de Kimmie

 

Malgré les ordres de sa hiérarchie lui ordonnant de ne pas enquêter sur ce double meurtre, Morck va creuser et retrouver les jeunes étudiants suspectés à l'époque. Ils sont tous devenus des notables, riches et très influents. Un styliste, le patron de plusieurs cliniques, un trader... Morck s'attaque à forte partie. Manque Kimmie, la seule fille de la bande. Elle a disparu depuis dix ans. Elle vivrait dans la rue. Kimmie personnage principal, pivot du roman dont l'auteur décrit longuement la lente descente aux enfers. Kimmie, la seule s'étant repentie, la plus humaine malgré sa folie irrémédiable.

 

L'humanité, c'est un concept inconnu aux trois rescapés. Ils se retrouvent régulièrement pour des chasses spéciales dans le domaine de l'un d'entre eux. Ils massacrent des faisans et surtout ont à chaque sortie un gibier exceptionnel qui sort de l'ordinaire. « Tous retinrent leur souffle avec le tireur tandis qu'il épaulait son arme et appuyait sur la gâchette. Il tira un peu bas, ce qui rompit le cou de la bête et la décapita. Il pensait que l'animal tomberait raide mort, mais il continua à courir sans sa tête pendant quelques secondes avant que son cadavre ne trébuche sur le sol inégal. Un spectacle désopilant. » Une ultime partie de chasse compose le final du roman dans laquelle chasseurs et gibiers s'affrontent dans un déchaînement de violence.

 

« Profanation » fait partie de ces thrillers qui vous tiennent en haleine du début à la fin. Entre scènes d'action et parties plus psychologiques, il est d'une rare richesse. Morck, Assad et Rose reviendront dans une nouvelle enquête. Car pour couronner le tout, Jussi Adler Olsen maîtrise parfaitement le côté feuilleton de son œuvre.

 

Michel LITOUT

 

« Profanation » de Jussi Adler Olsen (traduction de Caroline Berg), Albin Michel, 22,90 €


 

21/07/2012

Bretons à pédales

Vélomaniacs, Garréra, Julié, Bamboo, cyclisme, bretagne

Avant le début de la saison, le coach des cyclistes des Vélomaniacs décide d'un stage de remise en forme. Direction la Bretagne, le pays du vélo par excellence. Des mouettes, des averses, des menhirs et des Bigoudines aussi... Jean-Luc Garréra, le scénariste, a exploité au maximum ce déplacement en terre celte, multipliant les gags sur l'opposition entre des cyclistes habitués au soleil et un milieu humide, voire carrément aquatique. Il est beaucoup question de marée dans ces planches toujours dessinées par Alain Julié. Et quelle soit montante ou descendante, elle surprend toujours les Vélomaniacs et les met dans des situations périlleuses. Un album thématique et régionaliste pour donner un coup de fouet à une série qui est pourtant loin de tourner en rond.

« Les Vélomaniacs » (tome 8), Bamboo, 10,60 €

20/07/2012

Les Jeux olympiques à la sauce Simpson

 

Jeux olympiques, simpson, groening, jungle

Si vous vous posez des questions sur l'origine des jeux olympiques, vous n'apprendrez pas grand chose dans cet album hors série des Simpson, mais la version Bart et Homer ne manque pas d'intérêt. Bart est aculé. Il risque de passer ses vacances en classe de soutien s'il n'obtient pas une très bonne note à son dernier devoir : « Raconte l'histoire des Jeux Olympiques de façon créative ». Trop fainéant pour se documenter, il décide de se tourner vers son père, le roi de la débrouille. Le devoir va prendre la forme d'une vidéo, tournée avec l'aide de la famille. Ils y répondront à des questions incongrues comme « Pourquoi les premiers athlètes concouraient tous nus ? » ou « Le bowling a-t-il été une épreuve olympique ? » Les réponses, totalement délirantes, sont dans le ton de l'univers créé par Matt Groening. Bonus, vous trouverez au centre de l'album une double page de Sergio Aragonès présentant la ville de Londres cet été en plein Jeux Olympiques.

 

« Les Simpson en route vers l'or », Jungle, 10,45 €


 

19/07/2012

Cauvin et Bercovici : sportifs, mais pas trop...

 

Cauvin, Bercovici, sports de compétition, dupuis

Quand Cauvin et Bercovici, les créateurs des Femmes en blanc, décident de s'attaquer aux sports de compétition, on est sûr que le grand gagnant sera le rire. Scénariste prolixe ayant exploré quasiment tous les univers, Raoul Cauvin se tourne vers le sport vers le tard. Fringant septuagénaire, il passe au crible de son humour acerbe quelques disciplines sportives parmi les plus en vue. A tout seigneur tout honneur, il débute par le football. Il analyse notamment les blessures causées par ce sport, de l'entorse à la pubalgie (« qui contraint la victime à imiter la démarche de John Wayne ») en passant par le célèbre coup de boule, peu commun mais toujours spectaculaire... Parmi les sports à éviter, la boxe et le rugby en prennent plein les dents. Des histoires courtes, sur un comique de répétition, mis en images par Bercovici, l'homme aux 100 albums en 35 ans de carrière... Il se serait dopé lui, que cela n'étonnerait personne !

 

« Sports de compétition », Dupuis, 10,60 €


 

18/07/2012

Anquetil, idole mal aimée

Paul Fournel signe un portrait subjectif et passionné de Jacques Anquetil, un géant du cyclisme mondial.

 

 

 

Paul Fournel, Jacques Anquetil, Seuil, cyclisme, poulidorLa Caravelle. Jacques Anquetil, dans les années 50 et 60, a hérité de ce surnom. Ce cycliste français filiforme, spécialiste du contre la montre, allait vite, très vite. Aussi vite que cet avion, fierté de la technologie française de l'époque. Paul Fournel a une dizaine d'années quand il découvre ce coureur d'exception. Le gamin vient de trouver son idole, son modèle. Paul Fournel a doublement fait du vélo, ses jambes pédalent, son esprit et son imagination réécrivent les exploits d'Anquetil. 60 ans plus tard, il raconte dans cette biographie très subjective le parcours hors norme de ce sportif de légende, imbattable mais toujours devancé dans le cœur des Français par son malheureux rival, Poulidor.

 

Alors que le Tour de France après une première semaine très roulante va aborder la première épreuve de vérité (un contre la montre, ce lundi), ce livre de Paul Fournel parle d'une époque où les cyclistes étaient les seigneurs de la route. Des idoles, faisant vibrer des milliers de spectateurs. Dans les années 50, ce sport va se professionnaliser. Les équipes nationales vont être abandonnées au profit des marques. La France est à la pointe, notamment depuis l'arrivée sur le circuit de Jacques Anquetil. Ce Normand, grand, blond, dur à l'effort, aime par dessus tout l'épreuve du contre la montre. Sa légende il va la construire dans le Grand Prix des Nations et quelques étapes du Tour de France. Son secret : repousser les limites de la souffrance. Pour lui, s'entraîner c'est avoir mal. Et pour gagner, il faut encore aller plus loin dans la douleur.

 

 

 

« Pédalant comme un forcené »

 

Paul Fournel, gamin de dix ans déjà passionné de vélo, est « petit et rond ». L'opposé d'Anquetil. Il s'identifie pourtant au cycliste. « La Caravelle a traversé mon enfance cycliste dans une mystérieuse majesté. Trop jeune pour comprendre, j'étais bien assez vieux pour admirer. Je dévorais des yeux ce champion avec ses allures d'étoile sur pointes et je faisais d'inlassables tours de la maison pédalant comme un forcené avec mes jambes grassouillettes, les pieds en canard. » Ce livre hommage retrace les grandes étapes de la carrière d'Anquetil, analyse son rapport avec la compétition, les médias, le dopage. Rien n'est laissé dans l'ombre. Ce n'est pas un panégyrique, le temps a fait son office. Et Paul Fournel a quand même beaucoup mis de lui dans ce texte parfois aussi sec et brutal qu'un démarrage de finisseur.

 

Parmi les grands exploits, les records de l'heure. En 1956, à Milan, le Français s'attaque au plus beau des titres. « Anquetil va tourner en rond, en cage, pendant une heure, sans bouger, au bout de la souffrance. Une heure à fond dans l'absolu du vélo. Pour Jacques, rien n'est plus beau que le record de l'heure. On ne peut pas y faire deuxième. C'est tout ou rien. »

 

De l'éternel deuxième il en est aussi beaucoup question dans ce livre. Poulidor ne gagne pas. Mais Poulidor est adulé des foules. Anquetil gagne, mais n'est pas aimé. Paradoxe français, qui place Paul Fournel, à l'époque, dans le « mauvais camp »...

 

Ce livre permet aussi de remettre à sa place un coureur peut-être un peu trop intelligent. Il n'a pas caché qu'il courrait pour l'argent. C'est riche et sa famille à l'abri du besoin qu'il a quitté la compétition. Là aussi il était un précurseur salué par la plume de Paul Fournel.

 

Michel Litout

 

« Anquetil tout seul », Paul Fournel, Seuil, 16 €


 

17/07/2012

La grande évasion d'Esteban

 

Esteban, Terre de feu, Matthieu Bonhomme, Dupuis

Esteban est la série fétiche de Matthieu Bonhomme. Ce dessinateur réaliste virtuose s'est illustré en illustrant les aventures du Marquis d'Anaon sur des scénarios de Vehlmann. Là, c'est seul qu'il anime les péripéties de cet Indien de Patagonie, embarqué sur un baleinier au début du siècle. Alors que les trois premiers titres sont réédités, le quatrième, la nouveauté, se déroule presque exclusivement à terre, dans un pénitencier à l'extrême sud de l'Amérique. L'équipage du baleinier est emprisonné. Esteban décide de faire évader ses compagnons. Il va réussir à se faire embaucher comme gardien dans cette zone de non droit. Il devra tromper la vigilance des soldats pour mettre au point un plan d'évasion. Les marins, habitués aux rudesses des éléments, supportent les brimades. Esteban a plus de difficulté à endosser l'uniforme de tortionnaire. Une superbe leçon de vie par un auteur à suivre que l'on retrouvera à la rentrée dans un tout autre exercice : un western avec Lewis Trondheim au scénario !

 

« Esteban » (tome 4), Dupuis, 12 €


 

16/07/2012

Super héros négatifs dans "Dakota" de Dufaux et Asamov

 

dakota, super héros, adamov, Jean dufaux, Glénat

Dans un futur proche, Jean Dufaux imagine un monde parfait. Un monde dominé par les super héros. Ils ont pris le pouvoir après avoir protégé la piétaille. Et leur pouvoir leur est monté à la tête, transformant la terre en vaste apartheid. D'un côté les quelques mutants, invincibles et quasi immortels, de l'autre les collapses, nom générique donné à tout humain banalement normal. Cela pourrait être le Paradis, c'est un véritable enfer. Pour maintenir ce nouvel ordre, la Direction territoriale veille. Tout collapse voulant sortir du rang est sanctionné d'une crise cardiaque foudroyante. Dakota, blonde, belle, athlétique, est sergent à la DT. Elle traque les collapses rebelles. Mais parfois elle doit faire face à des super héros rejetant cet ordre établi. Dans ce premier titre dessiné par Adamov, elle croise la route de Flaming Lips (femme fatale aux baisers enflammés) et Dragman (son pouvoir, c'est la séduction...). Ils militent pour l'extermination pure et simple des collapses. Mais s'ils disparaissaient, les super héros deviendraient inutiles... Une série de science-fiction loin des clichés des comics américains. Dufaux parvient encore et toujours à étonner le lecteur.

 

« Dakota » (tome 1), Glénat, 13,90 €


 

15/07/2012

Trolls bien !

 

trolls de troy, arleston, mourier, soleil

Petit troll deviendra grand. Et grand troll deviendra petit... Dans le précédent album des aventures des Trolls de Troy, les personnages imaginés par Arleston et Mourier, victimes d'un sort, sont devenus minuscules. Tous sauf Roken, le plus idiot des trolls, et c'est peu dire. Ils sont donc en position très délicate dans les premières pages de ces 46 planches très denses. Sur des dragons, dans la forêt, perdus dans le carnaval d'Eckmul, sur une grande roue... les décors varient, l'esprit reste le même : gags, jeux de mots et situations cocasses. On retrouve tout ce qui a fait le succès de cette série : la duplicité des méchants, la bêtise de certains trolls et les réflexions absolument irrésistibles de Waha, la jeune humaine persuadée d'être une troll. A deux reprises, elle tire ses amis d'un mauvais pas en se creusant la tête, « C'est la magie de quand on réfléchit, ça ». Et cela marche à tout les coup « avec un peu de concentritude... » Dommage, la fin est un peu bâclée (dix pages de plus auraient évité certaines ellipses). Par contre niveau dessin, Mourier est au top. Je ne sais pas quelle potion magique il prend, mais ce dessinateur est un génie.

 

« Trolls de Troy » (tome 16), Soleil, 13,95 €


 

14/07/2012

Livres de poche : 10/18, un demi-siècle d'originalité

Le format poche n'est pas réservé aux reprises. 10/18 a construit son succès en publiant des textes originaux.

 

livre de poche, 10/18, pocketUn demi-siècle. En cette année 2012, deux acteurs majeurs de l'édition poche fêtent leurs 50 ans. Si Pocket se contente de proposer des reprises de succès, tous genres confondus, 10/18 a su trouver une voie différente. Originalité et originaux sont les deux forces de cette marque chère à de nombreux lecteurs. L'arrivée en 1980 de Jean-Claude Zylberstein à la direction éditoriale va renforcer l'image de 10/18. Il créé le Domaine étranger où seront proposés les meilleurs textes d'aujourd'hui et d'hier en provenance de toute la planète.

 

Il permet également à des auteurs populaires français de trouver un second public. La réédition des Nouveaux mystères de Paris de Léo Malet remet Nestor Burma à la mode. Dans le même genre, 10/18 ressortira les polars d'André Héléna, l'écrivain populaire audois, notamment la très culte trilogie noire.

 

Surtout, la collection Grands détectives a proposé des textes inédits, offrant aux lecteurs de nouveaux horizons. Anne Perry dans l'Angleterre victorienne, Arthur Upfield dans le Bush australien, Alexander McCall Smith au cœur de l'Afrique Australe (avec les enquêtes de Mma Ramotswe) ou Tarquin Hall dont les polars se déroulent en Inde...

 

Et le succès aidant, les auteurs français ont fait leur apparition dans la collection. On relèvera notamment le succès de la série de Claude Izner se déroulant dans le Paris de la fin du 19e siècle.

 

10/18, plus qu'une simple marque de livres de poche, est une véritable maison d'édition. Pour preuve, depuis deux ans, quelques titres sortent... en grand format. Le chemin inverse du parcours habituel d'un livre.

 

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Pocket : auteurs en fête

livre de poche, 10/18, pocket50 ans, cela se fête. Les éditions Pocket ont célébré leur demi-siècle la semaine dernière à Paris dans une prestigieuse réception au Couvent des Récollets. En 1962, Presses de la Cité se lance dans le livre de poche. Presses Pocket va rapidement s'imposer pour devenir aujourd'hui le numéro 1 du secteur. Pocket jeunesse, une filiale, est également un acteur incontournable du genre.

 

Des dizaines d'auteurs étaient présents (de Jean Teulé à Maxime Chattam pour ne citer que les plus gros tirages) pour saluer le dynamisme de la marque. Des auteurs mais également tous ceux qui sont du début à la fin de la chaîne, fabricants, correcteurs, commerciaux, diffuseurs... Et tous ont pu repartir avec un souvenir personnalisé : un photomaton en noir et blanc du plus bel effet.

 

 

 

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13/07/2012

L'immense succès du petit livre de poche

 Apparu en 1953 en France, le livre de poche, de petite révolution des habitudes de lecture, est devenu un mode incontournable de consommation de la littérature. Pratique, peu encombrant, pas cher : le concept est plébiscité par toutes les générations depuis un demi-siècle. Et à l'heure du numérique, il fait plus que de la résistance.

 

 

 

A la plage, dans les transports en commun ou les salles d'attente : avoir un livre de poche avec soi c'est tromper l'ennui, transformer des heures inutiles en vaste découverte des histoires du monde. Facile à glisser dans un sac ou une poche, peu fragile, d'un coût réduit : le concept est originaire des USA et été popularisé en France au début des années 50 par Hachette. Un lancement laborieux (il était suspecté de « tuer » la littérature), puis un succès éclatant, multipliant les tirages de romans devenus véritablement accessibles par tous. Rapidement les autres maisons d'édition ont voulu occuper le marché. J'ai Lu, Presses Pocket, Folio : le secteur a ses propres marques et couvre plus de 50 % de la production grand format. Avec l'avantage d'un prix divisé par quatre et beaucoup plus de points de vente, notamment toutes les grandes surfaces.

 

Le livre de poche a radicalement modifié la façon de choisir ses lectures. Le prix modique permet de se décider plus facilement. C'est aussi l'apparition de couvertures accrocheuses, composées comme des affiches de films. Le résumé en dernière page a tout de l'appel publicitaire pour encourager l'achat. Mais le livre de poche n'est pas une simple opération commerciale mettant l'accent sur le packaging. Sinon, le succès ne serait toujours pas au rendez-vous plus de 50 ans plus tard. Le format de poche c'est un peu la seconde vie d'un roman. L'occasion pour une œuvre de trouver d'autres lecteurs et parfois de relancer la carrière d'un auteur passé inaperçu.

 

Enfin l'apparition du livre de poche a été une bénédiction pour les gros lecteurs. A budget égal, vous avez quatre fois plus à lire et côté encombrement (les collectionneurs), c'est la solution idéale.

 

Le seul bémol contre ce format vient avec l'âge : les caractères sont forcément plus petits et donc plus difficiles à lire. Mais même à ce niveau des progrès ont été réalisés. Souvent les éditeurs font le choix d'augmenter la pagination...

 

Michel Litout

 

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LES TOPS DE L'ETE

 

 

 

« Les carnets secrets de Miranda » de Julia Quinn (J'ai Lu)

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelAlors que la petite Miranda se désolait de ses taches de rousseur et de sa grande bouche, Nigel, le frère aîné de son amie Olivia, a su lui rendre confiance en elle. Ce jour-là, la fillette est tombée éperdument amoureuse... Dix ans plus tard, Miranda, qui fait ses débuts dans le monde, est toujours convaincue qu'il est l'homme de sa vie. Mais comment toucher ce cœur claquemuré dans la haine ?

 

 

 

« Les vacances d'un serial killer » de Nadine Monfils (Pocket)

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelEn quittant sa fabrique de boulettes sauce lapin pour l'été, Alfonse s'imaginait pépère au soleil de la mer du Nord... On n'a pas fait 100 bornes que sa femme, mégère aux fausses allures de starlette, et ses gosses, deux ados décérébrés, lui tapent sur le pompon. Et que dire de sa belle-mère et de sa roulotte pourrie qui casse l'esthétique de la bagnole ? Roman hilarant, à déguster obligatoirement en vacances !

 

 

 

« L'impossible pardon » de Randy Susan Meyers (Le Livre de Poche)

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelMalgré l’interdiction formelle de sa mère, Lulu, dix ans, ouvre la porte à son père. L’homme, ivre et hors de lui, poignarde sa femme et blesse la petite Merry, six ans. Alternant les récits des deux sœurs sur une trentaine d'années, ce roman bouleversant aborde avec force et nuance les questions de la survie, de la culpabilité et de la lente reconstruction de ces enfants meurtries.

 

 

 

« Les heures secrètes » de Elisabeth Brami (Points)

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelPierre n’y croit plus vraiment. Veuf, il a fermé sa librairie de la rue Mouffetard et doute de sa capacité à redonner du sens à sa vie. Seules les visites à Léa, son imprévisible belle-mère, illuminent sa vie. En toute complicité, en l’aidant à affronter les blessures de son enfance, l’énergique vieille dame parviendra-t-elle à le convaincre qu’il n’est jamais trop tard pour aimer ?

 

 

 

 

 

« Nous, les noyés » de Carsten Jensen (10/18)

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelDu port de Marstal, les hommes libres se lancent à la conquête des furies océanes. Contre les flots noirs et les terres proscrites, contre le deuil, trois générations de marins affrontent depuis 1848 leur destinée épique. Au seuil de leurs limites, de leurs forces et de leurs rêves, ils gravent, de continent en continent, l'horizon flamboyant d'une odyssée humaine. Une saga danoise par un auteur prometteur.

 

 

 

« Just kids » de Patti Smith (Folio)

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelC’était l’été de la mort de Coltrane, l’été de l’amour et des émeutes, quand une rencontre fortuite à Brooklyn guida deux jeunes gens dans la vie de bohème, sur la voie de l’art. Patti Smith et Robert Mapplethorpe avaient vingt ans ; elle deviendrait poète et performeuse, il serait photographe. Avec pudeur et émotion, Patti Smith retrace l'ascension de deux gamins inséparables qui insufflèrent la même énergie à leur vie qu’à leur art.

 

 

 

« Les talons hauts rapprochent les filles du ciel » d'Olivier Gay (Le Masque)

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelUn serial killer rôde dans les rues de Paris. Plusieurs filles sont retrouvées assassinées de manière atroce dans leur appartement. Leur seul point commun ? Elles fréquentaient toutes le milieu de la nuit et les clubs à la mode. John-Fitzgerald, parasite par excellence, dragueur paresseux et noctambule, va se retrouver au cœur d'une enquête de plus en plus dangereuse, avec l'aide de ses conquêtes d'un soir et de ses amis toxicomanes.

 

 

 

« Meurtre en la majeur » de Morley Torgov (Babel)

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelQuand l'un des nombreux parasites qui constituent l'entourage de Robert et Clara Schumann est assassiné dans d'étranges circonstances, l'inspecteur Hermann Preiss de Düsseldorf tente de résoudre le mystère, ainsi que l'énigme d'un "la" qui s'obstine à sonner faux sur le piano du maestro. Un roman policier canadien de la collection Babel Noir dans laquelle vous pourrez aussi retrouver « Millénium ».

 

 

 

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Folio, 40 ans, 5000 titres

 

 

 

 

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Parution en poche a souvent été synonyme de littérature populaire. Avec souvent une arrière-pensée péjorative. Le format a acquis ses lettres de noblesses en 1972 avec le lancement de Folio par les éditions Gallimard. La maison d'édition était du lancement du Livre de Poche en 1953. Mais à la recherche effrénées d'une totale indépendance, la famille Gallimard a repris les titres de son catalogue pour les proposer dans une collection de poche jouant ouvertement la qualité littéraire. Résultat des tirages mirobolants pour des œuvres faisant partie du patrimoine français. Record absolu pour « L'étranger » de Camus avec 6,6 millions d'exemplaires. Une quinzaine de titres (de Ionesco à Gide en passant par Orwell ou Goscinny) dépassent les 2 millions d'exemplaires.

 

En 40 ans, le catalogue Folio ne cesse de s'enrichir. Aujourd'hui ce sont plus de 5000 titres qui ont connu une version poche. Dans tous les genres c'est le meilleur qui est publié. Car à côté de la collection générale (reprenant des romans français et étrangers), on peut retrouver des polars (avec nombre de « Série Noire »), la science-fiction (tout le catalogue Denoël) et la littérature jeunesse (Folio Junior). Dernière création en date, Folio 2€ proposant des livres à petits prix, dont certains inédits.

 

Depuis janvier, Folio fête ses 40 ans. Chaque mois un titre du catalogue est réédité sous une élégante jaquette anniversaire accompagné d'un bonus. En mars, par exemple, « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire paraît dans une édition exceptionnelle illustrée par Quentin Blake. La trentaine de dessins, en noir et blanc et en couleurs, n'étaient parus jusqu'ici que dans une édition de luxe au Royaume-Uni. Et ne manquez pas en juin « Sa majesté des Mouches », le chef-d'œuvre de William Golding, est accompagné, dans cette édition au tirage limité, d'une préface inédite de Stephen King.

 

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Point.2, l'autre format poche

 

 

 

livre de poche, points, folio, pocket, 10/18, babelDepuis avril 2011, un nouveau format de livre de poche a fait son apparition dans certaines librairies. « Point Deux » (ou Point.2) est, selon le slogan de l'éditeur, « le plus portable des livres ». D'un format deux fois plus petit qu'un poche normal, l'innovation vient du fait que les pages ne se tournent plus de droite à gauche, mais de bas en haut. Papier ultra léger, reliure flexible au point qu'il reste naturellement ouvert quand il est posé, il tient dans une seule main. L'encombrement est véritablement minimal. Une cinquantaine de titres sont déjà proposés. Un nouveau concept de lecture, comme pour prouver que les éditeurs croient toujours à l'avenir du papier...

 

 

 

12/07/2012

Zen au soleil

 

Callède, Charlot, Campoy, Karma salsa, Dargaud

Peut-on être zen tout en écoutant de la salsa ? Cette étonnante interrogation vient à l'esprit du lecteur de « Karma Salsa », écrit par Callède et Charlot et dessiné par Campoy. Dans un pays imaginaire des Caraïbes, brûlé par le soleil, Ange, sort de prison. 20 années d'enfer pour le meurtre d'un flic. Ils sont nombreux à l'attendre car il aurait dérobé 2 millions à un caïd de la pègre locale. Mais Ange a bien changé. De tueur sans foi ni loi il est devenu une sorte de moine bouddhiste. Zen en toute circonstance. Enfin presque. Quand il apprend que la femme qu'il aimait est morte et qu'il a une fille de 19 ans, il change ses plans et va tenter de récupérer le magot pour lui assurer un avenir radieux. Nerveux, violent, dépaysant : un album idéal pour les vacances.

 

« Karma Salsa » (tome 1), Dargaud, 13,99 €


 

11/07/2012

Une saga islandaise par Dufaux et Aouamri au Lombard

 

Jean Dufaux, Saga Valta, Islande, Aouamri, Lombard

L'Islande, pays froid et rustre, est le cadre de la nouvelle série fantastique de Jean Dufaux. Une saga pleine de magie, de bravoure, de félonie et de morts. Pour illustrer cet ambitieux projet, le scénariste de Giacomo C, Murena ou Djinn s'est adressé à un virtuose du muscle et de l'action. Mohammed Aouamri abandonne pour quelques temps la belle Pelisse de la Quête de l'oiseau du temps pour se consacrer aux aventures du Viking Valgar de Valta. A la recherche de sa femme bien aimée, il va tomber dans un piège fomenté par Hildegirrd. C'est cette dernière, belle et ensorcelante, qui donne tout son sel à cet album promis à un beau succès.

 

« Saga Valta » (tome 1), Le Lombard, 13,50 € (il existe une édition luxe en noir et blanc à 20,50 €)


 

10/07/2012

Violette, la pin-up burlesque de François Amoretti

Violette, Grrrl, François Amoretti, Ankama, pin-up

Attention messieurs, si vous ouvrez cette BD de François Amoretti, vous avez toutes les chances de tomber raide amoureux de Violette, le personnage principal. Cette blonde aux yeux langoureux est bassiste dans un groupe de rock. Petite amie du chanteur et compositeur de Grrrl spécialisé dans le rockabilly, elle est pulpeuse et tatouée. Deux atouts dans son autre métier, plus alimentaire, celui de mannequin pour dessous féminins. Violette crève l'écran et la scène. Elle est en couverture et quasi présente dans toutes les planches. Et de moins en moins vêtue car elle se lance dans une troisième carrière : stripteaseuse. Rien de graveleux dans cet album. Au contraire, tout en étant très sexy cela reste étonnamment classe.

« Burlesque Girrl » (tome 1), Ankama, 11,90 €


09/07/2012

Derniers excès de Sade

La Sibylle, la voyante de la Révolution imaginée par Nicolas Bouchard rencontre le marquis de Sade, vieux et malade mais toujours très imaginatif...

 

Sybille, Sade, Nicolas Bouchard, lattès, BarrasMarie-Adélaïde Lenormand, la voyante de la Révolution française, surnommée communément la Sibylle, est impliquée malgré elle à la préparation du coup d'État du 18 fructidor an V mené par Barras. Le président du Directoire écarte les derniers royalistes. Sans verser le sang selon l'Histoire officielle. Il en va de toute autre manière dans ce roman de Nicolas Bouchard. Mêlant personnages de fiction et véritables célébrités de l'époque, le romancier français utilise son intrigue pour décrire avec minutie les mœurs de l'époque. Corruption, violence et libertinage forment la sainte trinité de ces temps heurtés.

Le marquis de Sade, après des années d'exil et d'emprisonnement, a retrouvé la liberté. Il a sauvé sa tête, mais le libertin sait que les hommes dirigeant le Directoire ne l'apprécient guère. Quasiment ruiné, il rentre à Paris en compagnie de sa maîtresse du moment, Constance, une ancienne actrice. Il a tenté, vainement, de vendre ses dernières propriétés en Provence pour payer ses dettes. C'est donc un homme fatigué, ayant énormément grossi et vivant au jour le jour qui retrouve sa maison de Saint-Ouen.

A peine arrivé, il est sollicité par trois mystérieuses et riches bourgeoises. Membres d'une société de gens de lettres, Les Bellas Almas, elles expliquent à Sade admirer ses écrits, « surtout lorsque ceux-ci s'éloignent des sentiers battus. Vous ne manquez pas d'originalité dans vos idées ni de vigueur dans votre style. » Et elles lui commandent une pièce de théâtre avec comme simple directive : « N'hésitez pas à donner libre cours aux dérèglements de votre imagination. Que la débauche et le stupre s'exposent sur la scène dans toute leur abomination ! » Sade, méfiant, craint un piège. Mais la confortable avance finit par le convaincre. Le marquis se met au travail, trouve un théâtre et un compositeur, les acteurs et actrices étant choisis par les Bellas Almas.

 

Meurtres déjà écrits

Alors que les préparatifs vont bon train, la Sibylle est assaillie de visions dans son cabinet de voyance. Visions cauchemardesques de meurtres. Et systématiquement, elle constate la présence d'un homme gros et menaçant. Marie-Adélaïde sait que son don est infaillible. Les rêves deviennent réalité. La police découvre des femmes horriblement mutilées après avoir subies les derniers outrages. Seules, mais aussi parfois en compagnie de leur amant. Des mises en scène rappelant étrangement certains passages d'un livre attribué à Sade et encore inédit : « Les 120 journées de Sodome ».

Troisième volet des aventures de la Sibylle, ce roman est parfois aussi sulfureux que l'œuvre de Sade. Nicolas Bouchard pour les besoins de l'intrigue a du décrire certaines scènes quasi insoutenables. Sade, assagi depuis ses années de prison, n'est pas le monstre que l'on croit. Il s'alliera temporairement à la Sibylle pour tenter de sauver sa tête. Et par certains aspects, il est diablement sympathique. Il est vrai que sa philosophie de vie, le plaisir avant tout, dénotait en ces temps où complots et manigances laissaient peu de temps à l'amusement.

Michel Litout

« La Sibylle et le marquis », Nicolas Bouchard, Belfond, 19,50 €


28/06/2012

Secrets de famille chez Lloyd Singer alias Makabi

Lloyd Singer, alias Makabi, a de gros problèmes familiaux. Le héros imaginé par Luc Brunschwig et dessiné par Olivier Martin (il prend la suite de Neuray, créateur de la série) se retrouve dans le cabinet d'une psychiatre pour une thérapie familiale dont il se serait bien passé. En jeu, la vie de sa sœur, Esther. Souffrant d'anorexie mentale aiguë, ils vont tous ensemble tenter de découvrir d'où vient ce rejet de toute nourriture. Une façon détournée pour le scénariste pour s'intéresser à l'enfance de Lloyd et à l'émergence de Makabi, le justicier qu'il devient la nuit pour traquer les « méchants ». Dans cette famille juive, Lloyd, seulement âgé de 14 ans, a du remplacer du jour au lendemain ses parents morts dans un accident de la circulation. Une lourde responsabilité pour un adolescent plutôt gringalet. Et il ressort que si le père était aimé de tous, la mère des quatre frères et sœurs était d'une humeur plus changeante. Un épisode moins mouvementé mais qui replace parfaitement le héros dans ce qu'il a de plus attachant : son humanité.

 

« Lloyd Singer » (tome 7), Bamboo Grand Angle, 13,90 €


 

27/06/2012

Edith Hardy à la recherche des diamants de la honte

 

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Edith Hardy, ravissante détective privée parisienne des années 50, poursuit ses aventures avec toujours Christin au scénario et Goetzinger au dessin. Double récit dans ce septième album. Alors que Victor, le jeune employé d'Edith décide de partir pour l'Algérie afin de retrouver sa fiancée, reporter pour un journal de gauche, Edith est contactée par un riche joaillier. Il la charge de retrouver qui vient de remettre sur le marché un diamant venant de la collection des Lévy-Sanders. Des pierres disparues en même temps que leurs propriétaires, exterminés par les nazis dans les camps de la mort. L'histoire va conduire Edith dans les bidonvilles de la banlieue parisienne, en pleine reconstruction mais encore très pauvre. En parallèle, Victor aura bien des difficultés à retrouver la jolie Rosa, prisonnière des factions d'extrême-droite, de plus en plus actives dans une Algérie en pleine guerre, même si les autorités ne veulent surtout pas utiliser ce terme.

Une série à découvrir, alliant élégance et intelligence, deux qualités devenues très rares dans la production BD actuelle...

 

« Agence Hardy » (tome 7), Dargaud, 11,99 €


 

26/06/2012

"Motherfucker" de Ricard et Martinez : noir et radical

 

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Si Barack Obama est aujourd'hui président des USA, il y a moins de 50 ans, l'égalité des droits entre Blancs et Noirs était encore un sujet brûlant. Dans les années 60, le Black Panther Party militait de façon radicale contre la ségrégation raciale. C'est un peu l'histoire de ce mouvement que retracent Sylvain Ricard et Guillaume Martinez. Le premier écrit un scénario articulé autour des revendications du parti, le second les met en images dans un noir et blanc aux multiples nuances. Vermont Washington, jeune Noir, est au centre du récit. Son grand-père a été victime du Ku Klux Klan. Il est né à Watts en Californie et vit actuellement à Detroit. Mais même dans ces états du Nord, le racisme est encore fort. Difficulté de trouver du travail, un logement, d'éduquer ses enfants : le sort des Noirs était peu enviable. Vermont veut faire changer les choses. Mais la radicalité du parti semble plus figer la situation que de permettre de la faire évoluer. Et il doit en plus se battre contre sa propre famille, plus habituée à courber l'échine qu'à protester. Une BD politique très forte, sur une Amérique qui longtemps a été tout sauf exemplaire...

 

« Motherfucker » (tome 1), Futuropolis, 15 €


 

25/06/2012

Argent sale islandais au pied de la "Muraille de lave" d'Arnaldur Indridason

Erlendur en vacances, un de ses adjoints, Sigurdur Oli, va mener une difficile enquête dans cette Islande pourrie par l'argent facile.

 

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Ecrit en 2009, ce roman d'Arnaldur Indridason était prémonitoire. Il aborde le problème des taux de crédits irréalistes qui ont plongé le pays dans la faillite. Mais contrairement à la Grèce, les Islandais ont décidé de se remettre seuls en selle, balayant devant leur portes et n'hésitant pas à emprisonner ces banquiers indélicats. C'est un peu grâce à des romans policiers de ce genre que la prise de conscience a eu lieu. A méditer dans tous les pays d'Europe.

 

Dans le concert des nouveaux auteurs de polars européens, l'Europe du Nord se taille la part du lion, les Suédois mais également les Islandais, notamment Arnaldur Indridason. Il décrit avec un pessimisme rare l'évolution de la société islandaise. Son héros récurrent, Erlendur, de plus en plus découragé, décide de prendre quelques jours de vacances. Il quitte la capitale et se réfugie dans les hauts plateaux, là où la nature règne toujours en maître. Erlendur totalement absent de l'intrigue, l'auteur décide de mettre le focus sur un de ses adjoints, Sigurdur Oli.

 

 

 

Coup de main à un ami d'enfance

 

En plein divorce, Sigurdur est tiraillé entre sa volonté de respecter scrupuleusement la loi et son dégoût des délinquants. « S'il y avait une chose qu'il n'aimait pas dans son travail, c'était de se montrer courtois avec des rebuts tels que ce Kritjan, de prendre des pincettes avec des types qu'il méprisait profondément et de s'abaisser à leur niveau. (…) Ils n'avaient rien en commun, ce ne serait jamais le cas et ils ne pouvaient simplement pas discuter d'égal à égal. L'un était un multirécidiviste, l'autre un honnête citoyen. »

 

Libéral déclaré, admirant le modèle américain au point de passer ses nuits à regarder des matches de base ball, Sigurdur doit également supporter sa mère, très autoritaire et son père, malade et trop gentil. Un environnement qui pourrait en faire craquer plus d'un. Mais le flic islandais est solide et tenace. Un peu faible aussi. Quand un de ses amis d'enfance lui demande d'intervenir discrètement dans une affaire de chantage, Sigurdur ne sait pas dire non. Il se rend au domicile d'une femme, une échangiste, bien décidée à rembourser ses dettes en faisant chanter la belle-sœur de l'ami de Sigurdur adepte de ces parties fines. Sur place, le policier découvre la femme le crâne fracassé. Visiblement, il a été précédé par quelqu'un qui a trouvé une solution plus expéditive.

 

 

 

Nature hostile, éléments déchaînés

 

L'enquête va s'écarter des milieux libertins pour se diriger vers le métier de la victime. Expert-comptable, elle était régulièrement en relation avec des banquiers. Certains de ces « nouveaux Vikings », maniant les millions avec dextérité, profitent à plein des taux d'intérêt ridiculement bas dans leur pays pour lancer des OPA sur nombre de sociétés européennes. Tout viendrait d'une promenade tragique, quelques mois auparavant sur les falaises de Svörtuloft, la muraille de lave. Un homme y a trouvé la mort. Accidentellement selon les secours. « Dès le point du jour, les recherches avaient repris et on avait passé au peigne fin le bord de la muraille de lave en surplomb de la mer. C'était un à-pic vertigineux, l'océan se déchaînait sur la paroi de basalte et le vent soufflait avec une telle violence qu'on peinait à tenir debout. » Les sauvages paysages Islandais occupent une place importante dans ce roman, comme souvent dans l'œuvre d'Arnaldur Indridason.

 

Nature hostile, hommes refermés sur eux-mêmes... Ce polar au cours sinueux et multiple débute avec la violence d'un torrent pour s'achever avec la force d'un immense fleuve emportant tout sur son passage. Notamment le secteur bancaire du pays.

 

Michel LITOUT

 

« La muraille de lave », Arnaldur Indridason, Métailié Noir, 19,50 € (« La rivière noire » vient de sortir en poche chez Points)


 

24/06/2012

Les truands du réel héros de bande dessinée

 

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Les nouveaux héros ne sont pas forcément des « gentils ». Dans la série « Gangs » écrite par Bartoll, c'est même l'inverse. Les héros sont ces hommes et ces femmes « membres des gangs les plus dangereux de la planète. » « Ils sèment la terreur, bafouent les lois et font la une des médias ». Là aussi, le scénariste a choisi la solution des dessinateurs multiples. Branislav Kerac assure les exploits des « Pink Panthers » (anciens militaires serbes) alors que Andronik et Mavric règlent leur compte au MS13 (Mara Salvatrucha, des Salvadoriens). Les premiers se sont spécialisés dans le vol de bijoux dans des braquages éclairs et jamais violents. Des millions de pierres précieuses recyclées dans les ateliers de la mafia russe. Ils sont presque sympathiques ces voleurs ingénieux ne laissant jamais tomber leurs compagnons d'armes. Du côté de la MS13 c'est beaucoup plus violent. Peu de chance d'en réchapper, même si on est un flic d'élite infiltré. Des BD très documentées. Très sombres aussi, comme notre monde actuel...

 

« Gangs » (tomes 1 et 2), Jungle Thriller, 11,95 € chaque volume


 

09:53 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bartoll, gangs, pink panthers, ms13, jungle