21/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Au bagne !

Dernière idée de Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la France : créer un Guantanamo national. Et tant qu'à faire dans le symbole, autant rouvrir le bagne de Cayenne pour y emprisonner les apprentis jihadistes !

Il l'a affirmé très sérieusement hier sur Sud Radio. Beaucoup seront tentés de répondre « pourquoi pas ? » Attention, ne nous emballons pas. N'oublions pas, pour les ignares en géographie, Cayenne est est le chef-lieu de la Guyane, département d'outre-mer qui accueille également la base spatiale de Kourou. Embastiller des terroristes à proximité de la pépite de la recherche européenne n'est peut-être pas l'idée du siècle. Entre sabotage et détournement, les évadés potentiels pourraient y trouver matière à réflexion.

Non, quitte à éloigner les jihadistes, autant choisir une destination encore plus éloignée de nos frontières. Pourquoi pas Mururoa ? Cet atoll du Pacifique Sud est désert depuis l'arrêt des essais nucléaires. De plus, en cas d'évasion, les prisonniers seront faciles à retrouver. Inutile de s'embêter avec les bracelets électroniques, un compteur geiger fera l'affaire. Mais des esprits chagrins trouveraient quand même à critiquer : soleil, cocotiers et lagon pour des terroristes, et pourquoi pas le club Med tant qu'on y est !

Reste la solution finale, la dernière extrémité : les Kerguelen. Question éloignement, on ne peut pas faire mieux. Côté climat, rude est un doux éphémisme. Et les évadés devront pagayer longtemps avant d'atteindre une terre ferme. Reste le problème des surveillants, pas sûr qu'ils n'unissent pas leurs forces à celles des condamnés pour échapper à cet enfer.

20/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Philae, un robot-chien ?

 Philae, si l'on met de côté la somme astronomique consacrée à assurer son développement et son envoi sur la comète Tchouri, est une formidable information positive comme on n'en a que trop peu ces derniers temps. D'autant plus que cette incroyable épopée à des millions de kilomètres de notre bonne vieille terre peut satisfaire aussi bien les esprits les plus pointus que les plus futiles ou farfelus.

Moi, par exemple, je décroche très vite à la relation d'expériences scientifiques expliquées par les spécialistes avec des termes dont j'ignorais l'existence. Par contre leur récit par des vulgarisateurs attire toute mon attention.

L'atterrissage d'abord. Philae a littéralement rebondi sur la comète et fait un vol plané de deux heures avant de ricocher et de se caler en équilibre instable contre une paroi rocheuse. Même si on n'a pas d'images, on se représente parfaitement le petit robot en train de se faire chahuter sur cette comète noire et hostile, si loin de ses créateurs et de sa mère nourricière, Rosetta, restée en orbite. Mais une fois stabilisé, il a tiré le maximum de sa position inconfortable. Pour notamment "renifler" des molécules organiques. Car tel un robot-chien, Philae bénéficie de certains sens. S'il est quasi aveugle, son flair est intact ainsi qu'une partie de son toucher puisqu'il a pu effectuer un petit forage. Epuisé, le bon toutou de l'espace s'est couché dans sa niche, cherchant à recouvrer des forces grâce à ses panneaux solaires.

Mais le temps presse car en août 2015, ce même soleil sera fatal à Philae. La comète se situera à moins de 190 millions de kilomètres de l'astre solaire, une proximité fatale pour le robot européen.

Livre : Rennes contre pétrole

La mer de Barents pourrait devenir le nouvel eldorado des compagnies pétrolières. Mais exploiter l'or noir n'est pas sans danger pour la région.

 

rennes, pétrole, truc, laponie, mer de barents, klemet, ninaLa Norvège est l'un des pays les plus riches du monde. La découverte de gisements pétroliers dans ses eaux a transformé cette zone rude en machine à pétrodollars. Les richesses en hydrocarbures de la Mer du Nord sont considérables mais restent quantité négligeable face aux nouvelles découvertes dans la Mer de Barents, encore plus au nord, pas loin du cercle arctique. Dans cette région, où les nuits sont sans fin en hiver et les jours interminables en été, Olivier Truc lance ses deux enquêteurs atypiques sur la piste d'une nouvelle affaire. Klemet et Nina sont affectés à la police des rennes. Cette structure, un peu assimilable aux garde-chasses dans nos contrées, est chargée de régler les différents entre éleveurs Sami, le nom local des Lapons, premiers habitants de la région. Sur ces vastes étendues, les troupeaux bougent au gré des saisons. Pas de propriété, juste des habitudes ancestrales. Au printemps, époque où se déroule ce roman, les hordes de rennes rejoignent les terres du nord en train de se libérer de la neige. Parmi les difficultés rencontrées par les éleveurs, le passage de certains détroits.

Le roman d'Olivier Truc, journaliste français installé en Norvège depuis de longues années, débute au détroit du Loup. Il sépare la toundra de l'île de la Baleine. Une zone très prisée pour ses immenses prairies. Pour l'atteindre, les troupeaux composés de centaines de bêtes, doivent se jeter à l'eau et rejoindre la rive malgré les courants. Erik, jeune éleveur, est caché derrière des rochers. Il observe son troupeau. Pour l'instant tout se passe parfaitement « concentrés sur la rive opposée, les rennes nageaient en une longue file indienne qui ressemblait à la pointe d'une flèche. » Mais tout à coup, un homme surgit et leur fait délibérément peur. « Les rennes de tête s'étaient mis à tourner en rond, au milieu du détroit. Une ronde mortelle. Plus les rennes y seraient nombreux, plus le tourbillon généré serait violent. Plus ils risquaient d'être aspirés et de se noyer. » Le jeune Sami tente d'intervenir en barque, mais il est pris dans la panique et meurt englouti dans les eaux glaciales.

 

Le courage des plongeurs

Un début de roman dramatique au cœur d'une région que les lecteurs du précédent livre d'Olivier Truc, « Le dernier Lapon », commencent à bien connaître. Les traditions des Sami, les tribus autochtones, sont mises à mal par les autorités norvégiennes. Le partage des terres pose problème, celui des richesses de la mer aussi. Car ce polar, après cette mise en bouche naturaliste, se déroule ensuite en grande partie dans le milieu de l'exploitation pétrolière. Des enjeux financiers considérables qui attisent les appétits de certains. Les éleveurs de rennes sont parfois un obstacle au développement. C'est le cas de la ville d'Hammerfest, capitale de l'île de la Baleine et base avancée des prospecteurs. Une île artificielle a déjà vu le jour au large pour exploiter le gaz. Les recherches se poursuivent, à de très grandes profondeurs, grâce au courage des plongeurs.

Ce milieu très particulier est radiographié par l'auteur qui retrouve ses réflexes de journalistes. Mais il parvient également à développer l'intrigue (il y aura d'autres morts violentes) tant policière que personnelle. Notamment la sauvage Nina, fille du Sud, fascinée par le grand Nord et qui aura l'occasion de renouer des liens avec son père, retiré au bout du bout du monde. En plus de la bonne dose de dépaysement, ce roman est aussi (et surtout) prenant par la psychologie des deux personnages récurrents que l'on espère retrouver prochainement dans une nouvelle aventure.

Michel Litout

 

« Le détroit du Loup », Olivier Truc, Métailié, 19 €

19/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : "Too manys cooks", la sitcom sans fin

too many cooks, sitcom, gore, parodie,humour

Amateurs de sitcom et autres séries américaines humoristiques, vous devez absolument visionner ce court-métrage en accès libre sur Youtube.

Devenu mondialement célèbre, en moins d'une semaine, avec 3,3 millions de vues, "Too many cooks" (trop de cuisiniers) débute comme un générique de ces séries montrant la vie d'Américains moyens. Un plan sur la maison, proprette, jardin ouvert pelouse fraîchement tondue et drapeau des USA en façade. Puis chaque protagoniste est présenté sur une musique entraînante. Le père en plein travail, la mère qui sort ses cookies du four, les enfants (une adolescente écoute de la musique, un garçon à franges s'exerce aux mini-haltères, une fillette à lunettes révise ses cours) enfin la grand-mère avec le petit dernier sur les genoux. Des scènes de quatre secondes où ils font comme si de rien n'était puis regardent la caméra et sourient alors que leur nom apparaît en incrustation jaune.

On croit que l'épisode va commencer, mais une dizaine d'autres personnages sont présentés. Le chapelet s'égrène sans fin avec même l'arrivée d'un chat en peluche. La séquence dure ainsi plus de 11 minutes et la sitcom change de genre. Style policier : une fliquette sexy et un chef de la police, gros et noir ; science-fiction : aliens à la peau verdâtre, jusqu'à l'arrivée d'un psychopathe, armé d'un grand couteau. Il découpe quantité de personnes puis les cuisine pour en faire un festin. De classique, le générique devient totalement barré et réservé aux adultes.

Ce succès prouve que si la majorité des Américains consomme ces programmes bêtes et affligeants, il en reste quelques-uns à s'en moquer.

BD : La fin de la prohibition

 

 

gouverneur, amazing ameziane, légal, cannabis, politique, drogue, casterman

Ceux qui pensent lire un roman graphique copieux sur la fin de la prohibition de l'alcool aux USA dans les années 30 en seront pour leur frais. « Legal » de Cédric Gouverneur (scénariste) et Amazing Ameziane (scénario et dessin) est en fait un ouvrage de politique fiction. Les deux auteurs imaginent comment la légalisation du cannabis en France pourrait radicalement transformer notre société. Un nouvel accident vient endeuiller la ville de Nanterre. Après de multiples règlements de comptes entre bandes rivales pour la maitrise du trafic de drogue, c'est un go-fast qui est à l'origine d'une collision. En percutant un bus scolaire, des dizaines de jeunes meurent en victimes collatérales de cette course sans fin à l'approvisionnement. Le maire de gauche, soutenu par l'Élysée, tente une expérience de légalisation du cannabis dans sa commune pour mettre fin au trafic. La BD alterne entre plongée dans les dédales du grand banditisme mondial et les arcanes de la politique locale. C'est parfois très documenté mais aussi passionnant car l'intrigue repose sur le parcours de trois « héros » : une jeune conseillère en communication du maire, un dealer un peu révolutionnaire et un ex-tautard prêt à tout pour s'en sortir et ne pas plonger. Étonnant, mais en refermant le bouquin on se surprend à l'interroger « Pourquoi pas ? »

« Legal », Casterman, 22 €

 

 

 

18/11/2014

Livre : La révélation du plaisir

De l'enfant innocent à l'adulte manipulateur, Ismaël Jude retrace dans « Dancing with myself » toute l'éducation sensuelle et sexuelle d'un garçon d'aujourd'hui.

 

ismael jude, verticalesChaque homme, chaque femme, découvre de façon différente les tourments de la sexualité. Ismaël Jude, dans son premier roman, s'intéresse à la naissance de ce trouble dans l'enfance. Le narrateur, un jeune enfant d'à peine dix ans, joue encore aux cow-boys et aux indiens dans sa province reculée. Ses parents tiennent une discothèque, un dancing exactement, lieu de débauche pour les « ploucs » des environs. Un jour, c'est l'effervescence au village et à la discothèque. Bella Gigi, strip-teaseuse parisienne est en représentation. Pour l'enfant, ce n'est qu'une femme comme une autre. Certes elle sent meilleur et a de plus gros lolos, mais c'est une femme. Sa différence tient au fait qu'elle « montre sa chatte » comme le fait remarquer un client et des copains de classe. Et l'enfant de s'imaginer un animal dressé qu'elle exhibe devant les hommes.

Le premier roman d'Ismaël Jude débute donc par un terrible malentendu. Trop jeune, trop tendre, le narrateur est encore insensible aux charmes du sexe dit faible. Ensuite vient l'adolescence et les nuits plus agitées. Il partage sa chambre avec sa cousine de trois ans plus âgée. Toujours attiré par ces mystères féminins, il tente de l'apercevoir nue dans la salle de bain. Il découvre l'excitation, l'érection, la masturbation.

 

Voyeur assumé

Ce qui n'est qu'un jeu innocent d'enfant, devient beaucoup plus malsain quand il atteint l'âge adulte et rejoint Paris pour ses études. Il ne cherche pas à conquérir les jeunes étudiantes, se contente de les observer à la dérobée, de saisir les fugaces images de cuisses qui se découvrent, d'une bretelle de soutien-gorge ou du blanc d'une petite culotte. Il a 18 ans et se voit ainsi : « Tout ce qui intéresse le coureur de jupons m'indiffère : arracher un baiser, ramener une femme chez moi, attirer son regard, son attention. Ma pratique consiste bien au contraire à ne pas l'attirer du tout afin de jouir en contrebande. J'aime les femmes à leur insu. C'est peu dire que je me complais dans cet anonymat, l'anonymat est une condition nécessaire à la survie de mon espèce paradoxale. Moins elles me remarquent, plus je jouis. »

Entre voyeur et exhibitionniste, il n'y a souvent qu'une mince frontière. La dérive va aller en s'accentuant, le texte d'Ismaël Jude passant, de chapitre en chapitre, de roman d'éducation à brûlot pornographique. La rencontre d'un autre étudiant, adeptes de soirées bisexuelles, va changer la donne. Tout en entretenant sa perversion de voyeur exhibitionniste, il accepte de franchir le pas et de donner du plaisir à ses partenaires qui deviennent multiples et variées.

On ne sait pas exactement où l'auteur veut conduire son héros et les derniers chapitres sont parfois difficilement supportables par leur crudité et hardiesse. Mais paradoxalement c'est la touche finale essentielle et nécessaire au simple portrait d'un mâle du siècle.

 

« Dancing with myself », Ismaël Jude, Verticales, 16,50 euros

 

08:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ismael jude, verticales

17/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le jeu de la Révolution

assassin's creed unity, mélenchon, ségolène royal, robespierre, milady, manga

Pas content Jean-Luc Mélenchon ! On ose s'attaquer au symbole de la Révolution française dans un vulgaire jeu vidéo ! La nouvelle version d'Assassin's Creed a pour cadre le Paris de la fin du XVIIIe siècle. Après les croisades, la saga imaginée par Ubisoft Montréal s'intéresse à la France. Durant cette période où la violence est partout, les Assassins et les Templiers continuent eux aussi à se combattre.

En vérité, le jeu n'accorde que peu de place aux événements historiques réels. Mais dans la bande-annonce de présentation de l'adaptation BD, Robespierre y est décrit comme "bien plus dangereux que n'importe quel roi". Mélenchon, alerté je ne sais comment (je l'imagine mal s'intéressant de lui-même aux gamers), se fend d'une de ces déclarations à l'emporte-pièce qui lui taillent son succès médiatique : "Je suis écœuré par cette propagande". De tels emportements n'aideront pas le Front de gauche à se défaire de son image de parti politique préhistorique.

On pourrait en rire si l'argument n'était pas tout simplement pathétique… Comme, en 1989, quand Ségolène Royal voulait interdire les mangas en France pour cause d'ultra violence…

Je ne joue pas à Assassin's Creed, mais j'ai lu l'adaptation en roman parue chez Milady. Il y est surtout question d'amour. Quant à la royauté : "Le couple royal, pendant qu'il festoyait, piétina solennellement une cocarde révolutionnaire (…) Un acte arrogant. Et stupide. Le peuple avait faim et le roi organisait des banquets. Pire, il piétinait le symbole de la Révolution". Avouez, le message antirévolutionnaire ne saute pas yeux…

BD : Mutations planétaires dans "La couleur de l'Air" de Bilal et "Sillage" de Morvan et Buchet

bilal, morcan, buchet, sillage, couleur de l'air, casterman, delcourtEt si notre bonne vieille planète, lasse de souffrir sous nos coups de boutoirs polluants, décidait elle-même de se réinitialiser. Comme une intelligence supérieure qui aurait donné sa chance aux humains, en vain. Ce scénario de science-fiction est au centre de la troisième et dernière partie de la trilogie initiée par Enki Bilal. Après Animal'z puis Julia & Roem, « La couleur de l'air » marque la fin de cette étonnante utopie naturaliste. Dans un zeppelin devenu incontrôlable, cohabitent un homme, le narrateur, une femme, un garde de la sécurité et deux fillettes, des jumelles. Devenu incontrôlable, l'engin dérive au dessus d'une terre en pleine mutation. Les villes sont englouties, certains continents se rapprochent les uns des autres, des montagnes s'effacent, des volcans naissent. Ils voient tout cela de la-haut, en traversant des nuages opaques aux effets surprenants, les fillettes se mettant à réciter des extraits d'oeuvres de philosophes. On retrouve également les personnages des deux précédents albums, Kim et Bacon dans leur villa luxueuse, le groupe des « shakespeariens » ou le couple aux mains d'un cannibale de la pire espèce, préfigurant l'évolution inéluctable de l'espèce humaine si rien n'est fait. Sans oublier toute une arche de Noé. Les poissons et mammifères marins se mettent à voler dans les airs, d'autres espèces (du lézard au gorille en passant par le crocodile) ont trouvé refuge sur le zeppelin. Cet album, très attendu, ne décevra pas les amateurs de Bilal. Il a multiplié les immenses cases format scope, comme pour nous faire regretter les moyens techniques trop limités du cinéma. Il joue avec les couleurs, du gris à l'arc-en-ciel en passant par un passage dans le noir complet que ne désavouerait certainement pas Soulages. Du grand art, bien au-delà de la simple bande dessinée.

bilal, morvan, buchet, sillage, couleur de l'air, casterman, delcourtLe 17e tome de la série Sillage est elle beaucoup plus classique dans sa forme. Cela n'enlève rien au talent de Philippe Buchet, le dessinateur. Le scénario de Morvan envoie l'héroïne, Navis, dernière humaine dans le convoi des mondes extra-terrestres, sur la planète Tri-JJ 768. Elle est parfaite dans cette mission (dérober un mystérieux objet) car elle connaît parfaitement le terrain. Elle y a déjà fait un séjour (Engrenages, tome 3) et a même eu un enfant avec un autochtone, Clément Vildieu, devenu chef de la rébellion. Un album particulièrement rythmé avec l'arrivée d'un nouveau personnage, Jules, neveu de Clément, petit génie intrépide mais pas aussi net qu'il y paraît. Il faudra donc attendre le tome 18 pour tout savoir sur les dessous cachés de cette mission périlleuse.

« La couleur de l'air », Casterman, 18 €

 

« Sillage » (tome 17), Delcourt, 13,95 €

 

16/11/2014

Cinéma : "Respire" de Mélanie Laurent, une amitié étouffante

Charlie, lycéenne timide, se découvre une nouvelle amie, Sarah, aussi exubérante qu'elle- même est effacée. Mélanie Laurent, pour son 2e film, explore les amitiés destructrices.

 

 

Tourné dans la région de Béziers, dans un lycée sans âme, des pavillons de banlieue ternes et un camping désert pour cause d’arrière-saison, « Respire » n’a rien du film qui se justifie par la promotion touristique de la région d’accueil. Le décor, tout en ayant une certaine importance, est banalisé pour accaparer toute l’attention des spectateurs sur les tourments de ces deux adolescentes.

Charlie (Joséphine Japy), n’a pas la vie facile. Côté amour c’est le calme plat avec son « petit ami » officiel. A la maison, elle n’en peut plus des disputes incessantes entre sa mère et son père. Finalement il part. Soulagement pour Charlie. Grosse déprime pour la mère (Isabelle Carré) qui lui pardonne tout dès qu’il refranchit le seuil de la maison familiale. Charlie ne sait plus sourire.

 

respire, mélanie laurent, lou de laage, joséphine japy, gaumont

 

Elle rejoint le lycée en traînant les pieds, récupérant au passage sa meilleure amie, Victoire (Roxane Duran, spécialisée dans le rôle de la bonne copine insignifiante de l’héroïne). Ce quotidien terne s’illumine quand Sarah (Lou de Laâge) fait son apparition. Nouvelle élève, elle est installée à côté de Charlie. Sarah, belle, sexy, passionnante. Sa vie est un véritable roman. Elle habite chez sa tante, sa mère, responsable d’une ONG en Afrique, ne devant la rejoindre que dans quelques mois. Charlie tombe presque amoureuse de Sarah (on se demande même à un moment du film si on n’assiste pas à la redite de la Vie d’Adèle).

Sarah qui vient régulièrement chez elle et qui est même invitée à passer une semaine de vacances en novembre dans un camping quasi désert au bord de l’étang de Thau. Ces moments de détente, seules dans une caravane, va encore plus rapprocher les deux jeunes femmes. Mais Charlie constate également que Sarah, parfois, sait se montrer dure. Elle sait qu’elle est belle et comme pour rendre Charlie Jalouse, elle drague ouvertement tous les hommes du camping.

Mythomane ?

Tout bascule quand Charlie surprend Sarah en plein mensonge à propos de sa famille. Une anecdote insignifiante comme elle en a des centaines, mais en totale contradiction avec une précédente histoire. Et si Sarah était une mythomane ? Dès que Charlie se pose la question, son amie, sur la défensive, se met à la harceler et se transforme en redoutable ennemie. Peur, angoisse, recrudescence des crises d’asthme pour Charlie qui se retrouve littéralement étouffée par son ancienne amie.

Mélanie Laurent signe une réalisation sobre et efficace, glaciale par moments, s’appuyant sur un duo d’actrices idéales dans leurs rôles respectifs. Joséphine Japy, tout en intériosité, parvient à faire passer cette passivité implacable, directement héritée de sa mère, femme humiliée mais toujours amoureuse. Lou de Laâge, dans une composition plus classique, passe sans difficulté de la flamboyance à l’obscurité, de la séductrice irrésistible à la redoutable ennemie. Un vrai film d’actrices, dans tous les sens du terme.

 

_________________________________________

Actrice confirmée, réalisatrice affirmée

 

 

respire, mélanie laurent, lou de laage, joséphine japy, gaumont

Mélanie Laurent, à peine 30 ans, a déjà une longue carrière derrière elle. Cette jolie blonde a débuté très jeune comme actrice. Quelques petits rôles puis la révélation dans « Je vais bien, ne t’en fais pas » qui, lui permet de décrocher le césar du meilleur jeune espoir féminin en 2006. Elle multiplie les tournages, dont quelques premiers rôles comme « La chambre des morts » tirés d’un roman de Frank Thilliez ou les participations à des projets américains comme « Inglorious Bastards » de Quentin Tarantino. Mais tout en restant régulièrement devant les caméras, elle tente aussi une carrière derrière. Elle réalise « Les adoptés » où elle interprète également le premier rôle, une histoire familiale dont elle a écrit le scénario. Cela lui ouvre les portes pour « Respire », ce second film, plus abouti, sobre et efficace. La jeune réalisatrice avoue qu’il y a un peu d’elle dans le personnage de Charlie. Durant ses années lycée, elle est tombée sous l’influence d’une camarade nocive, une perverse narcissique comme Sarah. Heureusement, elle a su s’en éloigner avant qu’elle ne prenne trop d’emprise sur elle, ce que Charlie n’arrive pas à faire malgré les brimades, humiliations et harcèlements incessants. Mélanie Laurent ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle entend mener sa carrière sur les deux fronts, même si elle avoue une préférence pour la réalisation. Elle débutera en 2015 le tournage de « Plonger », son troisième film tiré du roman de Christophe Ono-dit-Biot.

15/11/2014

Livre : Organes de l'enfer

Lucie et Sharko, les héros récurrents des thrillers de Franck Thilliez, s'effacent un peu pour laisser libre cours à l'histoire de Camille et Nicolas, sur fond de trafic d'organes.

 

lucie, sharko, thilliez, fleuve noirPas facile de conserver son statut de policiers baroudeurs quand on vient d'avoir des jumeaux. En choisissant d'orienter ses romans vers le genre du feuilleton, Franck Thilliez prend un risque. Sharko, le flic de cinquante ans, tombé fou amoureux de sa collègue Lucie, 20 ans de moins, tente de se remettre de ses malheurs. Il a perdu femme et enfants dans une précédente aventure. Comme Lucie, radicalement changée depuis l'assassinat de ses deux petites filles. Leur monde est noir, plein de tueurs en série et de monstres pour qui le mal est le seul moteur pour avancer. Comme pour conjurer cette malédiction ils ont décidé de retenter l'aventure d'être parents. A la fin du précédent roman, Lucie accouche de jumeaux. Sharko est aux anges, ses grosses mains maladroites se transformant en puits de tendresse pour Jules et Adrien. Image de bonheur et de paix. Thilliez sait parfois être tendre avec ses personnages. Mais jamais longtemps...

Par chance pour Sharko et Lucie, il va donner les premiers rôles d'« Angor », son nouveau roman, à deux personnages plus jeunes. Durant les premiers chapitres on suit les pas de Camille Thibault. Cette jeune gendarme, affectée dans le Nord de la France, a subi un gros coup du sort. Une maladie cardiaque la condamnait. Heureusement elle a bénéficié de la transplantation d'un cœur. Depuis, malgré la prise régulière et à heure fixe de plusieurs médicaments, elle mène une vie quasi normale. Si l'on excepte son obsession pour découvrir l'identité du donneur. En France, le secret médical interdit au greffé de connaître le passé de l'organe qui lui permet de rester en vie. Camille utilise toutes ses entrées pour tenter de savoir à qui appartenait ce cœur qui bat dans sa poitrine et semble lui parler. Le roman est proche du fantastique quand la gendarme se réveille en sueur, avec l'image d'une femme enchaînée qui l'appelle à l'aide. Qui est cette femme ? La donneuse ? Une victime ?

 

Coup de foudre

En parallèle à la quête de la greffée, le lecteur découvre les débuts d'une nouvelle enquête du service de Sharko. Le vieux commissaire a abandonné ses responsabilités pour les confier au jeune et brillant Nicolas Bellanger. Ils se déplacent dans une forêt. Sous un arbre arraché par l'orage, une cavité abritait une femme, sauvage et aveugle. Elle était enfermée dans le noir depuis des années. Durant le premier tiers du roman, les deux histoires se déroulent en parallèle. Camille finit par découvrir l'identité de son donneur qui est aussi l'homme qui retenait prisonnière la femme inconnue. Nicolas croise la route de Camille. Coup de foudre.

Si Nicolas s'abandonne, Camille reste sur la défensive. Elle vient d'apprendre que son cœur de substitution est en train de lâcher. Il ne lui reste que quelques semaines à vivre. C'est récurrent dans les romans de Franck Thilliez, les amours sont toujours très compliquées...

Ce pavé de plus de 600 pages est quand même très éloigné de la bluette à l'eau de rose. Le lecteur suit les héros en Espagne, en Argentine, et dans les catacombes de Paris, au-delà du Styx, le fleuve des enfers. Et croise le chemin de quelques psychopathes de la pire espèce, adeptes du maniement du bistouri à vif.

 

 

« Angor », Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90 €

 

14/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Je suis un faux gentil

gentillesse, journée, hollande, sarkozy, usap, hanouna, philae, rosetta

François Hollande m'épate. Voilà un président de la République sûr de lui et d'une grandeur tout à l'honneur de notre beau pays. Bien entendu, la voie était toute tracée après les cinq années de bonheur passées sous la houlette de Nicolas Sarkozy. Dommage que la vraie vie ne soit pas comme à l'école des Fans, ces deux-là auraient mérité d'être déclarés ex-aequo. Le pays ne s'en serait que mieux porté, même s'il est impossible de trouver nation où l'herbe y est plus verte.

Chaque jour je regarde religieusement l'émission de Cyril Hanouna, le plus grand animateur télé de ces cinq dernières décennies. Son humour, ses réparties, son rire ensoleillent mes avant-soirées. Mais que faisait-on pour se distraire avant l'éclosion de son talent ?

Comment ne pas vibrer en assistant à un match de l'USAP ? Même plongée dans les profondeurs de la ProD2, l'équipe reste vaillante, engagée, courageuse et fidèle à ses valeurs centenaires. Toutes les autres formations de la région devraient en prendre de la graine.

Extraordinaire l'exploit des chercheurs européens. Poser un robot sur une comète, voilà des millions d'euros judicieusement dépensés pour un projet essentiel et vital. Et dire que cet argent aurait pu bêtement servir à trouver un vaccin contre le paludisme.

Voilà, c'était ma contribution à la journée de la gentillesse (chaque année le 13 novembre). Vous aurez compris qu'en fait, je ne pense pas une miette de toutes ces mièvreries... Mais une fois par an, je fais un effort.

13/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Pub subliminale

En surfant sur le net, me voilà pris d'un doute effroyable. Les publicitaires sont-ils déjà capables de lire dans mes pensées ? Comment en suis-je arrivé à me poser cette question peu cartésienne ? Explications.

Invité chez des amis, j'admire leur cheminée à feu ouvert. Les premiers frimas arrivent, ils viennent de l'allumer. Petites flammes, braises, odeur, bruit du bois qui craque... Dans mon panthéon de la nostalgie ultime, le feu de cheminée occupe la première place. Souvenirs d'une jeunesse jamais ennuyeuse si j'arrivais à me caler face à la cheminée, un bon bouquin entre les mains.

Propriétaire depuis deux ans d'une maison de village, une superbe cheminée occupe un coin du salon. « Elle fonctionne » nous a assuré l'ancien propriétaire. Mais le conduit est bouché au plâtre. Un ami nous a conseillé de la déboucher et d'y installer un poêle. En revenant de chez nos amis, je regarde à nouveau cette cheminée où trône pour l'instant une plante verte. J'explore le conduit et l'envie de le déboucher, d'appeler un ramoneur et de faire une flambée à foyer ouvert me consume.

Et puis je retourne à mes occupations devant mon ordinateur. Je surfe sur les sites d'actualités tout en songeant à ma cheminée. Et là, mon sang se fige. Sur une fenêtre de pub, apparaît un message promotionnel pour Woodstock®, une entreprise de production de bûches de bois... Si j'avais fait une recherche pour acheter un poêle ou un insert, je comprendrais. Mais cette envie de cheminée n'a pas quitté mon esprit ni les frontières de ma pensée. Alors, n'y a-t-il pas là matière à s'interroger ?

BD : Tristes tropiques

 

london, pacifique, fils du soleil, nury, henninot, dargaud

Adapté de deux nouvelles de Jack London, ce récit au long-cours se déroule dans le Pacifique, au 19e siècle, quand les marchands allaient d'île en île profiter des richesses de ces poussières de terre à l'aspect paradisiaque mais qui souvent se transforment en véritable enfer pour ceux qui y vivent trop longtemps loin de toute civilisation. Fabien Nury a signé le scénario et confié cette histoire à Eric Henninot. Ce dessinateur, repéré dans Carthago (avec Bec au scénario) puis l'épisode Little Jones de la série XIII Mystery, est un grand du dessin réaliste. Son trait sûr, ses cadrages audacieux, ses compositions de page grandioses font de cet album une perle rare. David Grief a fait fortune aux îles Salomon. Navigateur, intraitable en affaires, il a installé plusieurs comptoirs dans le Pacifique Sud. Il vogue d'atoll en atoll, transportant coprah ou cacao. Il apprend que le vieux Parlay va prochainement organiser une vente aux enchères. Il n'est pas convié mais se rend quand même sur l'île de Hikihoho, royaume de Parlay. Ce négociant français y a pris le pouvoir après avoir épousé la fille du roi. Un passé tragique et commun rend toute communication impossible entre Grief et Parlay. Pourtant, ils auront une dernière explication.

 

« Fils du soleil », Dargaud, 19,99 €

 

12/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Jours fériés

Hier nous étions le 11 novembre, jour férié depuis près d'un siècle. Mai et novembre même combat : ce sont les mois cruciaux pour poser ses congés et RTT avec intelligence et transformer un jour de récupération en méga week-end de quatre jours.

Ce sport national est cependant moins pratiqué en novembre. La faute au temps maussade. Et puis sur les deux jours fériés de novembre plane cette sinistre image de la mort. La Toussaint, passée dans les cimetières et l'Armistice dont l'annonce ne permettra jamais d'oublier les millions de morts dans les tranchées.

Les jours fériés arborent différentes étiquettes. Festif le 14 juillet, symbole de renaissance printanière de Pâques à l'Ascension en passant par le 1er mai.

Après la grisaille de novembre, place aux deux jours préférés de l'année : Noël et le Premier de l'an. La fameuse trêve des confiseurs fait rêver petits et grands. Pourtant le temps y est souvent plus froid et mauvais encore, mais la magie des fêtes de fin d'année agit avec une étonnante régularité, malgré la crise. On couvre ses enfants de cadeaux à Noël. Surtout on fait bombance. Après s'être serré la ceinture durant de longs mois, toutes les folies gustatives sont autorisées. De la langouste aux fruits exotiques, du champagne aux grands crus. Certains se payent même des réveillons hors de prix.

Une frénésie de consommation, qui, si elle durait deux mois de plus, résoudrait tous les problèmes économiques juste par un surcroît de consommation. Vous aimez votre pays ? Vous voulez le sortir de l'ornière ? La solution est simple et pas du tout désagréable : prolongez les fêtes jusqu'en mars !

15:28 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fêtes, noel, mai, novembre, pont

DVD : Vengeance crescendo dans "Blue Ruin" de Jeremy Saulnier

Il veut venger ses parents, mais eux veulent venger leur frère : “Blue Ruin” vire rapidement au carnage.

 

Film au budget modeste, « Blue Ruin » de Jeremy Saulnier a beaucoup voyagé dans les festivals avant de sortir sur grand écran. Auréolé d’une critique unanime et de quelques prix, cette histoire de vengeance va crescendo dans la folie meurtrière.

blue ruin, saulnier, wild sideJeremy Saulnier n’est pas un débutant même si ce film marque véritablement sa première œuvre aboutie. Souvent directeur de la photo, il cumule dans Blue Ruin la réalisation, la production et le scénario. Au passage il donne le rôle principal à un ami d’enfance. Alors, film de copains sans ambition ? Les images léchées, les dialogues minimalistes et la performance des acteurs en font un petit bijou de noirceur sans espoir, à l’image de cette Amérique où les armes ont souvent le dernier mot.

Les premières minutes montrent la vie de vagabond de Dwight (Macon Blair), sale, barbe et cheveux longs, vivant dans sa voiture en bord de mer, se nourrissant en faisant les poubelles. Il évite ses congénères, sort la nuit, ne dit pas un mot. Comment est-il arrivé là ? On a la réponse par la bouche d’une policière qui annonce à Dwight que Hope, le tueur de ses parents, vient de sortir de prison. Dwight change radicalement, il remet sa voiture en état (une vieille américaine aux portières percées de balles) et se rend à la sortie de la prison. Le tueur est accueilli par ses frères et sœurs, venus le chercher dans une grosse limousine blanche. Dwight les suit, s’introduit chez eux et tue Hope. Les 20 premières minutes sont d’une virtuosité, d’une tension, rare pour des films de ce genre. Ensuite, la réalisation bascule dans une autre dimension, moins primitive, plus explicative. Dwight rejoint sa sœur, lui explique ce qu’il vient faire. Reprend aspect humain (barbe rasée, cheveux courts avec raie sur le côté) mais n’a pas le temps de se rendre compte de la situation que le reste de la famille de Hope décide de se venger. Qui de l’orphelin ou des frères et sœurs de Hope l'emportera au final ? Le carnage redouté a bien lieu...

Le DVD offre quelques suppléments très instructifs, notamment le récit du financement du film par Jérémy Saulnier. Il a dû batailler pour trouver des producteurs. Le projet a failli être totalement abandonné, mais une première version, pourtant pas aboutie, a plu aux responsables du festival de Cannes. Une reconnaissance qui a permis à Blue Ruin de voir le jour dans des conditions confortables.

 

 

« Blue Ruin », Wild Side, 19,99 euros

 

07:09 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : blue ruin, saulnier, wild side

11/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Fautes professionnelles

A chaque métier sa faute professionnelle impardonnable. Celle qui vous discrédite complètement et annihile toute seconde chance. Parfois, elle est différente de ce qui semble évident.

Prenez un footballeur, par exemple. Pas un amateur mais un pro, de ceux qui gagnent des millions à chaque match. Ne croyez pas qu'il sera viré s'il marque contre son camp. Par contre, si par malheur il se coiffe normalement ou pire avec un peu d'élégance, cette faute de goût le mettra au ban de la société footballistique. Si, en plus, il parvient à formuler une phrase sans erreur d'accord avec des vrais mots du dictionnaire, alors il est bon pour Pôle emploi. Car depuis des années, mauvais goût capillaire et syntaxe approximative sont obligatoires pour mériter ce titre de footballeur.

Un homme politique perd-il toute crédibilité s'il ment à ses électeurs ? Non, ce petit jeu est autorisé (et même recommandé dans bien des cas). Le politique devient fautif au moment où il se fait prendre. Et encore, faut-il ensuite qu'il soit condamné.

top, modèle, mannequin, mode, couture, sourireChez les top-models qui défilent en ce moment pour les grands couturiers, ne croyez pas que manger un cassoulet et dix choux à la crème puisse leur porter tort. Par contre, si un seul de ces squelettes sur pattes avait la mauvaise idée de sourire, il serait lynché sur le champ par le public, ses collègues, les couturiers et les photographes…

Quant à moi, la faute professionnelle qui me pendait au bout du nez et qui aurait pu me mettre au placard pour de longues années je l'ai évitée, au terme d'un douloureux combat intérieur : ne pas parler une troisième fois d'affilée d'une certaine N…

BD : Jeunesse optimiste

 

merci, Zidrou, Arno Monin, bamboo

On trouve de tout chez les primo-délinquants. Du jeune de banlieue pour qui voler est aussi simple que de respirer mais aussi des adolescents qui extériorisent simplement un certain mal de vivre. Les juges doivent s'adapter en fonction de chaque cas. Et parfois faire preuve d'imagination pour offrir des solutions innovantes. Merci, une jeune gothique laissée en roue libre par une mère handicapée, a tagué une insulte sur le mur de son prof de maths et fait brûler une poubelle. Prise sur le fait, elle doit passer devant avec un juge pour enfants. Il demande des explications à la jeune fille renfrognée qui se plaint de l'absence d'activités pour les jeunes. Selon elle, les politiques s'occupent des très jeunes et des très vieux, mais rien pour les ados. Cela donne l'idée saugrenue au juge de l'obliger à faire un stage dans la municipalité de son village avec pour mission de développer un projet durable pour les adolescents. En moins de 20 pages, Zidrou, le scénariste pose le décor et le contexte de cette histoire originale. Un message d'espoir, qui veut prendre le contrepied de l'information négative. Pourquoi parler du train qui arrive en retard alors que tous les autres arrivent à l'heure ? Sans être trop manichéenne, cette histoire se termine bien et prouve qu'un peu de solidarité et d'ouverture d'esprit suffisent pour renverser des montagnes. Au dessin, Arno Monin (L'envolée sauvage) renforce l'aspect hautement sympathique de la petite Merci.

 

« Merci », Bamboo, 14,90 €

 

08:16 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : merci, zidrou, arno monin, bamboo

10/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Écartèlements

Chaque jour, au moment d'écrire cette chronique, j'hésite entre plusieurs sujets. Hier mon indécision était totale. D'un côté ma raison égrenait tous les thèmes autour desquels mon humeur pouvait vagabonder. De l'autre... Nabilla. Moi non plus je n'arrivais pas à me sortir cette histoire de la tête.

Joli match de l'équipe de France contre les Fidji. Une parabole entre le sursaut des sportifs et du pays ? Oui, mais Nabilla vient d'être présentée au juge d'instruction.

François Fillon a-t-il véritablement demandé à son ancien ministre Jean-Pierre Jouyet d'accélérer les poursuites judiciaires contre Sarkozy ? Je laisse le soin à nos éditorialistes de traiter l'info car, mazette, on vient d'apprendre que Nabilla avait déjà poignardé son compagnon en juillet.

Les cérémonies autour de la chute du Mur de Berlin battent leur plein. Deux millions de personnes vont célébrer ce symbole de la liberté. Certes, mais Nabilla, elle, vient de passer sa première nuit en prison.

Finalement j'avais opté pour une chronique décalée sur les bisbilles entre les deux candidats à la présidence de l'UDI. Il y a Jean-Christophe Lagarde, suspecté de clientélisme dans son département (40 % de ses voix du premier tour viennent du 93) et Hervé Morin, celui qui avait raconté son émotion d'enfant en voyant débarquer les Alliés en Normandie... alors qu'il est né en 1961. Non, franchement, tout le monde se moque de la menace d'implosion de l'UDI.

Et puis quand même, l'avocat de Nabilla a déclaré que sa cliente considérait son incarcération comme une « injustice ». Vous allez voir, dans trois jours, elle fait pleurer dans les chaumières !

BD : Sombre plongée dans "Sunlight" de Bec et Khattou chez Glénat

 

sunlight, bec, khattou, flesh bones, glénat

Nouvelle collection chez Glénat. « Flesh & Bones », comme son nom l'indique (de chair et d'os) est spécialisée dans l'horreur. Le premier titre donne la tonalité de l'ensemble : copieux (168 pages) et en noir et blanc pour plus d'efficacité dans la peur. Christophe Bec s'est associé avec son collègue dessinateur Tarnais Bernard Khattou pour une histoire se déroulant en grande partie sous terre. Trois jeunes, deux filles et un garçon, passionnés de plongée et de spéléo se retrouvent en boîte de nuit. Un « ami d'un ami » leur donne un tuyau de première main. Dans une mine abandonnée entre Salvetat et Saint-Dourdou (localités imaginaires mais qui semblent directement inspirées par les villages aveyronnais), des dizaines de galeries sont inondées. Un terrain de jeu idéal pour les trois amateurs de sensations fortes. Seule condition : ne rien dire à personne car tout accès à la mine est interdit. Ils partent donc un matin, en catimini, pour une journée de plongée qui va se transformer en cauchemar puis en horreur absolue. Une chute dans un puits non identifié, une blessure, des restes humains, la faim, la soif... Tout se ligue contre les trois naufragés du gouffre, aux prises avec leurs pires peurs au bout de quelques jours. Scénario digne d'un film d'horreur, dessin noir et ténébreux : ce premier titre a tout pour lancer sous de bons auspices cette prometteuse collection.

 

« Sunlight », Glénat, 15,50 €

 

09/11/2014

Cinéma : Toutes les facettes de la féminité dans le film de François Ozon avec Romain Duris et Anaïs Demoustier

 

ozon, duris, demoustiers, isild le besco, nouvelle amie, travesti

François Ozon aborde un sujet sensible dans son film « Une nouvelle amie » ou comment un veuf fait revivre son épouse, pour leur bébé et sa meilleure amie.

 

 

François Ozon n'a pas la réputation d'être un réalisateur consensuel. Au contraire, il aime déranger, interpeller, faire réagir son public par des sujets complexes voire tabous. Il ne déroge pas à ses bonnes habitudes dans « Une nouvelle amie », histoire d'un triangle amoureux joué à deux. Claire (Anaïs Demoustier) et Laura (Isild Le Besco) se connaissent depuis l'école élémentaire. Amie de classe, de cour de récréation, de vacances... Deux fillettes, l'une blonde l'autre rousse, inséparables qui se jurent une amitié éternelle. Devenues adultes et étudiantes, c'est ensemble qu'elles font tourner la tête des hommes. Quand Laura se marie avec David (Romain Duris), Claire est témoin. Elle échangent leur rôle quand la rousse se marie avec Gilles (Raphaël Personnaz). Laura tombe enceinte, donne naissance à une petite fille. Mais la grossesse se passe mal, la jolie blonde, malade, ne survit pas à ces neuf mois de douleur. Le film débute par l'oraison funèbre de Laura par Claire. La voix tremblante, l'amie de toujours réitère la promesse faite à la mourante : elle serait toujours présente pour aider sa fille et son mari.

 

Qui manipule qui ?

Après ce rapide résumé en images d'une amitié forte, François Ozon prend plus de temps pour planter l'ambiance. Claire n'arrive pas à surmonter son chagrin. Elle pose des congés, reste à traîner dans sa grande maison. Surtout, elle n'ose pas reprendre contact avec Gilles. Trop peur de raviver des plaies. Ce sont ses jambes lors d'une footing qui la conduisent inconsciemment devant la maison de Gilles. Claire hésite. Et finalement décide d'entrer. Sans frapper. Presque en intrus. Ce qu'elle découvre la fige sur place. Une certaine Virginia donne le biberon au bébé. Claire la connaît parfaitement tout en la voyant pour la première fois. Cette nouvelle amie, si différente, rencontrée par l'entremise de Gilles, va servir de factotum pour remplacer Laura. Ce sera le secret du veuf et de la meilleure amie. Un lourd secret qui va considérablement compliquer leur vie mais aussi leur permettre, à tous les deux, à sortir de la dépression et, qui sait, permettre à l'enfant de vivre avec une présence féminine forte malgré la mort de sa mère.

Une nouvelle fois François Ozon fait un film autour de la manipulation. Si au début, on a l'impression que c'est Romain Duris qui tire les ficelles, plus l'intrigue progresse et devient complexe, plus on se doute que Claire n'est pas la simple oie blanche du début. Chaque personnalité dévoile sa complexité et toutes ses facettes de sa féminité. Un film au sujet par excellence casse-gueule, mais parfaitement maîtrisé en ces temps obscurs de chasse à la théorie du genre.

 

_________________________________________________________

La promesse d'un César pour Romain Duris

 

ozon, duris, demoustier, isild le besco, nouvelle amie, travestiLa performance de Romain Duris dans ce film de François Ozon lui permettra certainement de décrocher un César lors de la prochaine cérémonie.

L'acteur fétiche de Cédric Klapish (lancé dans le Péril Jeune et personnage récurrent dans la trilogie de l'Auberge espagnole), intègre pour la première fois l'univers de François Ozon. Il abandonne donc sa peau de jeune minet, bourreau de coeurs et parfait pote, pour une composition beaucoup plus complexe. Un pari osé qu'il remporte haut la main en épousant parfaitement le corps et l'esprit de Gilles. Amoureux fou de sa femme, il sombre dans la dépression quand elle meurt après la naissance de leur premier enfant. Pourtant il faut bien s'occuper de ce bébé braillard. Et trouver des solutions pour le contenter, l'éduquer, lui offrir une vie normale. En homme torturé, écartelé entre raison et folie, image du père omniprésent et de la mère absente, Romain Duris marque les esprits. Nommé quatre fois aux Césars (deux fois en tant que meilleur espoir puis meilleur acteur dans « De battre mon coeur s'est arrêté » et « L'arnacoeur »), il n'a jamais remporté la moindre statuette symbole de l'excellence du cinéma français. Sa composition dans « Une nouvelle amie » pourrait enfin rendre justice à son immense talent. Reste à savoir dans quelle catégorie...