17/11/2011

"Marivaudevilles" : Une comédie humaine multiple par Martin Veyron

 

Marivaudevilles, Martin Veyron, Dargaud, Amour propre

Marivaudevilles, Martin Veyron, Dargaud, Amour propreLe nouvel album de Martin Veyron est un petit bijou. Le type d'album qui vous étonne dans les premières pages puis vous scotche littéralement au récit. L'auteur de « L'amour propre » semblait avoir tiré un trait sur la BD. Il revient pourtant avec une idée simple et enthousiasmante. Les 48 pages de « Marivaudevilles de jour » forment un unique plan séquence dans lequel quantité de personnages vont entrer puis sortir. Cela débute au lit. Une jeune femme se réveille dans une chambre qu'elle ne reconnaît pas. Dans la pièce d'à côté un homme dort dans le canapé. Elle panique et lui demande : « Est-ce qu'on a fait l'amour ? ». La scène se déroule sous les yeux d'une autre femme, à sa fenêtre en petite tenue. Elle annonce à son ami qu'elle va le quitter. Lui part travailler et au passage pour piétons, il croise un aveugle qui va draguer ouvertement une passante qui « sent bon ». Plus loin, l'action se poursuit en terrasse, un gros gars timide aborde une gentille fille à lunettes... Sans cesse les couples vont se faire, se défaire, et parler de ce qui fait le sel de la vie selon Martin Veyron : l'amour, le sexe, l'amour et encore le sexe. L'exercice de haute volée est l'œuvre d'un virtuose du dialogue. La plus belle surprise BD de cette fin d'année.

 

« Marivaudevilles de jour », Dargaud, 13,95 €

 

16/11/2011

Mort, terre inconnue explorée par les Thanatonautes de Bernard Werber

 

Bernard Werber, Corbeyran, Taranzano, Albin Michel, Drugstore

Bernard Werber, Corbeyran, Taranzano, Albin Michel, DrugstoreLa mort, et après ? Cette question est à la base du roman « Les Thanatonautes » de Bernard Werber paru en 1994 chez Albin Michel. Aujourd'hui c'est une adaptation en bande dessinée qui est proposée par Drugstore. Corbeyran a assuré l'adaptation, Taranzano le dessin. Michael Pinson et Raoul Razorbak se connaissent depuis l'enfance. Ils se sont rencontré dans un cimetière et sont tous les deux passionnés par la mort. Après leurs études, ils se retrouvent pour collaborer à un projet gouvernemental top secret. Le président actuel, après un attentat qui l'a laissé pour mort quelques minutes, a eu l'impression de sortir de son corps et de s'élever. Intrigué, il veut savoir ce que cette expérience veut dire et il charge les deux jeunes scientifiques de trouver un moyen de maîtriser cet état. Pinson va longuement hésiter car les cobayes sont humains. Des condamnés à la prison à vie, tous volontaires. Les échecs se multiplieront. Mais Razorbak, le plus passionné, va sans cesse chercher le bon sujet, celui qui lui donnera la clé des cette nouvelle « terra incognita ». La BD est aussi passionnante que le roman et donne immédiatement l'envie de se plonger dans ce roman de Werber, pas le plus connu mais souvent le plus apprécié de ses lecteurs réguliers.

 

« Les Thanatonautes » (tome 1), Drugstore, 13,90 €

 

 

 

15/11/2011

Enquête méditerranéenne en 205 avant JC par Isabelle Dethan

Isabelle Dethan, Ombres du Styx, Delcourt, libye

Isabelle Dethan, Ombres du Styx, Delcourt, libyeLeptis Magna a longtemps été une grande cité impériale d'Afrique du Nord. Aujourd'hui il n'en reste que des ruines près de la ville de Homs en Libye. En 205, la ville est en émoi. Pour la troisième fois, le corps d'un enfant vient d'être retrouvé. Violé, assassiné et momifié à la façon des prêtres égyptiens. Si ce n'était que de simples esclaves, la communauté romaine n'en aurait pas fait grand cas, mais ce sont des fils de notables qui sont enlevés puis assassinés. L'affaire est suffisamment sérieuse pour que l'empereur Septime Sévère envoie de l'autre côté de la Méditerranée son meilleur enquêteur, Marcus Seïus Dento. Cet homme de bons sens, fin psychologue et enquêteur scientifique avant la lettre va tenter de débusquer le tueur en série. Il devra pour cela affronter la fronde des colons, persuadés que ce sont les religieux de la communauté égyptienne les responsables. Marcus devra mettre en balance toute son autorité impériale pour empêcher un massacre aveugle. Cette nouvelle série (prévue en trois tomes) est la dernière création d'Isabelle Déthan. Elle quitte l'Égypte pour l'empire romain. Mais sa reconstitution de la cité et des mœurs de l'époque sont toujours impeccables. Le suspense en plus.

« Les ombres du Styx » (tome 1), Delcourt, 13,50 €

14/11/2011

Twitte avec les stars

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Après la réalité augmentée, internet nous offre la télé commentée. Quand on regarde une émission, on ne peut s'empêcher de la commenter, critiques, louanges, voire moqueries. Jusqu'il y a peu, ces remarques se limitaient au cercle familial. Maintenant tout le monde peut en profiter grâce aux réseaux sociaux, Twitter notamment.

Samedi soir se déroulait en direct sur TF1 la demi-finale de « Danse avec les stars ». Et que ça twitte à tire-larigot. Deux mondes s'opposent radicalement. Les premiers degrés : « Baptiste il est trop beau » « Il faut sauver Sheila », et ceux qui mettent l'émission en perspective. Grâce à cette traduction simultanée, le show prend une tout autre saveur.

Ce samedi, le décolleté (plus que profond, abyssal...) de Sandrine Quétier, la présentatrice, fait beaucoup d'impression à Guy Birenbaum : « La dame qui présente est globalement à poil ». Pierre Courade redoute (avec le désir secret que cela arrive ?) « Faut qu'elle fasse attention Sandrine Quétier... On n'est pas loin d'un incident à la Sophie Marceau sur les marches de Cannes. »

Beaucoup se demandent aussi qui sont ces fameuses stars : « Les stars on les connais tellement pas qu'on prend les danseurs pour les vedettes. »

Et si la variété et la danse ne sont pas votre tasse de thé, rassurez-vous, selon @somebaudy, « Arte préparerait "Pense avec les stars" : BHL pensera avec Sophie Marceau, Michel Onfray avec Daniela Lumbroso, etc. » Alléchant !

Vous êtes licorne ou zombie ?

Un match littéraire oppose deux équipes de six auteurs. Les histoires de Zombies vont-elles terrasser les récits de licornes ? Un recueil de nouvelles original.

 

Holly Black, Justine Larbalestier, zombie, licorne, fleuve noir territoiresHolly Black, amoureuse des licornes, et Justine Larbalestier, fan de zombies, se sont lancé un formidable défi : convaincre le plus de lecteurs possible de rejoindre leur camp ! Deux équipes de six auteurs célèbres ont choisi leur créature préférée...

 

Ce recueil de nouvelles peut se lire de plusieurs façons. De façon linéaire, vous alternerez récits de zombies et histoires de licornes. Mais si vous avez une préférence déjà marquée, contentez-vous des six nouvelles concernant les morts-vivants ou les créatures de légende. Dernière possibilité, se contenter des dialogues de liaison entre Holly et Justine. Dans un style alerte et parfois moqueur, elles vantent leur équipe et dénigrent l'adversaire. Holly Black trouvant dans la nouvelle « Bougainvillées » de Carrie Ryan « l'une des caractéristiques des zombies les plus énervantes à mes yeux : ils ne s'arrêtent jamais, ils ne ralentissent jamais et ils finissent toujours par gagner. Je déteste ça ». Justine Larbalestier n'est pas en reste quand elle remarque, en préambule de la nouvelle « La troisième vierge » de Kathleen Duey, « Qui aurait cru que les licornes étaient des grosses pleurnichardes comme ça ? Les zombies, eux, ne perdent pas vraiment leur temps à gémir sur le prix à payer pour dévorer des cerveaux. » Ces dialogues de liaison apportent un intérêt supplémentaire à ce livre, qui pourtant n'en avait pas réellement besoin tant les auteurs sélectionnés signent des textes passionnants.

 

Côté licornes on passe du très classique « La plus haute justice » de Garth Nix au totalement déjanté « Princesse Petite-Culotte » de Meg Cabot. Dans le camp des zombies l'éclectisme aussi est de mise. Scott Westerfield par exemple imagine dans « Inoculata » un monde coupé en deux. D'un côté les humains, sains, de l'autre les Zèdes, malades, affamés de cervelles. Mais tout à coup apparaissent des porteurs sains. Plus tout à fait humains, pas complètement zombies. L'avenir de l'Humanité peut-être ?

L'amour Z

S'il est question de zombies pirates, partant à l'assaut de l'île de Curaçao dans le très pessimiste « Bougainvillées », ne manquez surtout pas la première nouvelle zombie, « Love will tear us apart » d'Alaya Dawn Johnson. Une splendide histoire d'amour. Grayson est un zombie qui peut passer inaperçu. Mais pas se priver de manger. Donc, régulièrement, l'adolescent s'inscrit dans des universités américaines et puise dans ce vivier inépuisable de cervelles. Et puis un jour il croise la route de Jack, jeune rebelle sous l'influence de son père, violent, ancien de la CIA. Le coup de foudre peut-il changer Grayson ? Et lui, peut-il séduire Jack ? Presque une histoire à l'eau de rose, virant au rouge vif.

 

Enfin, si ces deux genres littéraires vous sont inconnus, les liaisons entre les nouvelles sont un excellent mémo. Holly Black et Justine Larbalestier répondent à diverses questions, sur les couleurs des licornes, leurs pouvoirs et faiblesses, les origines des zombies, leur alimentation et autres caractéristiques médicales. Plus prosaïquement ce recueil répond à des interrogations terre à terre comme : Savez-vous comment élever un bébé licorne ? Certains people seraient-ils des zombies ? Une licorne peut-elle vous débarrasser de votre ex ?

 

 

« Zombies contre licornes », Fleuve Noir collection Territoires, 16,90 €

 

13/11/2011

Vendre, acheter... rire avec les petites annonces les plus délirantes du net

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L'arrivée des sites de petites annonces gratuites est une véritable mine pour les pourfendeurs de fautes. La mise en ligne directe, sans aucune relecture, transforme certaines annonces en poèmes surréalistes. Depuis quelques semaines, le site « LOL annonces » les compile. Allez-y, le fou rire est assuré.

Vous cherchez des marque-pages de collection ? Une annonce en propose 25 pour 4 euros. Mais pour y arriver, vous devrez préciser que ce sont des « marco page colecsion ». Chance pour vous ils n'ont jamais servi car « ce ke de neuv ». A l'inverse, si vous cherchez « 3 mousquetaires violés » (on ne vous demandera pas pourquoi), vous serez déçu en découvrant la photo de trois moustiquaires violettes...

Parfois une simple faute de frappe change le sens de l'annonce. Non, à Aix-en-Provence, ce vendeur ne fait pas dans le proxénétisme en vous proposant une « cagole très chaude ». Il a simplement oublié le U de sa cagoule.

On vend de tout sur internet, même un cercueil. Le texte explicatif est digne d'entrer au panthéon de l'humour noir : « Suite à guérison maladie grave je vends mon cercueil tout neuf, jamais servi. » Pour le prix, « j'étudie toutes les propositions car je suis complètement fauché. Comme je devais mourir, j'ai dépensé tout mon fric. »

Tout aussi étonnant ce « A vendre femme ou moto » : « Ma femme m'a demandé de choisir entre elle ou la moto... Je commence donc par proposer ma femme... » Mais là c'est volontairement humoristique, car en photo il n'y a que la moto.

12/11/2011

Le billet énigmatique de Caroline Baldwin

 

Caroline Baldwin, Taymans, Casterman

Caroline Baldwin, Taymans, CastermanLa quinzième aventure de Caroline Baldwin, la privée imaginée par André Taymans, s'intitule « L'ombre de la chouette ». Problème, de chouette, je n'en ai pas vu la moindre plume dans les 45 planches de l'album. Mais en dehors de ce titre énigmatique, l'album se laisse lire. Il est même assez rapidement passionnant, Taymans sachant parfaitement structurer ses histoires pour faire monter la pression. Les premières scènes n'ont pas de lien entre elles : découverte d'un cadavre ayant la carte de visite de Caroline dans son portefeuille, mission d'Adam Scott (l'amant de Caroline), en France sur une affaire de blanchiment d'argent puis tentative de démasquer des fanatiques religieux d'un nouveau genre : malades incurables, ils veulent contaminer le plus de personnes possibles, la présidente des USA en priorité. Le détail commun sera découvert par Caroline quand elle voudra payer une nouvelle tournée (l'héroïne aime un peu trop le scotch...) à un ami policier. Première partie d'un nouveau diptyque, cet album laisse plus de questions que de réponses. Mais c'est tout l'intérêt de ces séries feuilletonnantes.

 

« Caroline Baldwin » (tome 15), Casterman, 11,95 €

 

11/11/2011

La chute de l'ange, second tome de la 6e heure, BD fantastique de Pona et Ferreyra

 

Pona, Ferreyra, 6e heure, soleil, secrets du Vativan

Pona, Ferreyra, 6e heure, soleil, secrets du VativanEn quelques années, la collection « Secrets du Vatican » de chez Delcourt a fait son chemin et trouvé son public. Une quinzaine de séries, plus de trente albums, les amateurs de machination religieuse ou de fantastique à base d'écritures bibliques ont trouvé de quoi lire, dans la lignée du succès du « Da Vinci Code » ou de la recherche du trésor perdu des Templiers. Nicolas Pona, jeune plume talentueuse (scénariste de Déluge et Le cycle d'Ostruce) s'est emparé de cet univers pour raconter, à sa façon, le retour sur terre des trois Parques. Le second tome de « La 6e heure » débute par le suicide d'un haut dignitaire religieux. La chute de l'ange, direct du balcon de sa luxueuse villa au toit de sa voiture. En parallèle, les policiers enquêtent sur le meurtre de toute une triade chinoise par une jeune femme muette. Elle est accompagnée d'une vieillarde aveugle et d'une fillette espiègle et sarcastique. Ces trois femmes, les Parques, seraient de retour pour tuer un dieu secret. Une religieuse va se mettre en travers de leur route et le récit s'animer. On débute avec des personnages secondaires humoristiques, puis le suspense va crescendo pour finir dans une apothéose d'hémoglobine dessinée par Ferreyra, un Argentin au trait classique déjà rodé par des années de collaboration chez DC Comics aux USA.

 

« La 6e heure » (tome 2), Soleil, 13,50 €

 

10/11/2011

"Sous l'entonnoir", asile intérieur raconté par Sibylline et dessiné par Natacha Sicaud chez Delcourt

 

Sibylline, Natacha Sicaud, Sous l'entonnoir, Delcourt, Mirages

Sibylline, Natacha Sicaud, Sous l'entonnoir, Delcourt, MiragesIl y a quelques années, Sibylline, adolescente, a fait une tentative de suicide. Sa famille a demandé à ce qu'elle soit soignée dans une clinique psychiatrique. Durant un mois elle va découvrir l'enfermement, les malades et les médicaments qui assomment. Un mois qu'elle raconte dans cette BD dessinée par Natacha Sicaud. Pour bien comprendre l'origine du mal, elle explique comment, à 7 ans, elle a appris que sa mère ne viendrait jamais plus la chercher à la sortie de son cours de danse. Suicidée d'un coup de carabine dans le ventre. Forcément, cela laisse des traces sur la fillette élevée par ses grands-parents. Serait-elle un terrain sensible à la dépression ? Cette crainte est renforcée après une première tentative de suicide. Une TS comme disent ceux qui en font régulièrement...

Dans la clinique, elle raconte les matinées interminables, les crises des uns, les silences des autres. Ce petit monde clos, image même de la folie, elle l'analyse et nous le fait ressentir. Les dessins réalistes de Natacha Sicaud, surtout les visages, donnent un relief encore plus terrifiant à cette chronique d'un enfermement. Aujourd'hui, Sibylline va mieux, elle n'est plus « sous l'entonnoir »...

 

« Sous l'entonnoir », Delcourt, 17,50 €

 

09/11/2011

Indignation en direct

indignés, bambuser, défense, violence policière

La grande force d'internet, c'est l'immédiateté. Et l'absolue liberté.

Saviez-vous que depuis vendredi soir, à l'image des Américains campant devant Wall Street, des centaines d'Indignés français occupent le parvis de la Défense ? L'information n'a pas fait les gros titres des médias traditionnels, mais est de plus en plus présente sur le net via les réseaux sociaux. La vie sur ce campement de fortune, fait de tentes, de duvets et de cartons, démonté sans ménagement (détruit plus exactement...) par des cohortes de gendarmes mobiles, est diffusée en direct sur le site de partage Bambuser.com. Les smartphones des Indignés sont autant de caméras quand ils sont connectés sur la page. Ils retransmettent les assemblées générales, l'arrivée des nouveaux manifestants et... les charges des forces de l'ordre.

« C'est de la vraie téléréalité ! » s'enthousiasme un commentateur de ce live. Pas sûr à 100 % car il faut reconnaître un talent théâtral certain aux manifestants quand, traînés par les pieds, ils crient : « on est pas méchant, on fait rien de mal ! ».

Des images encore plus étonnantes en journée. Au loin, les gendarmes surveillent, au milieu, les manifestants se réveillent (ils dorment sur place à même le sol), tout autour, la cohorte de cadres pressés marche vers les bureaux du plus grand quartier d'affaires parisien. Plusieurs mondes s'opposent sur cette immense scène de la vie moderne. Et internet nous permet d'en être le témoin direct.

Frédéric Dard, dernière ! Entretiens inédits avec Francis Gillery et François Rivière

Plus de 10 ans après la mort de Frédéric Dard, Francis Gillery et François Rivière publient des entretiens inédits avec le père de San-Antonio.

 

San-Antonio, Frédéric Dard, Fleuve Noir, François Rivière, Béruruer, PinaudSerial-écrivain ayant des centaines de titres à son actif, Frédéric Dard a longtemps vécu dans l'ombre de son personnage vedette, San-Antonio. Ils sont pourtant nombreux a avoir tenté de casser la carapace et de comprendre l'homme, le romancier, le raconteur d'histoires. En 1995, Francis Gillery et François Rivière se sont longuement entretenus avec Frédéric Dard dans le cadre de la préparation d'un documentaire télévisé. Ce sont ces passages, non retenus dans le montage final, qui sont repris dans ces 200 pages 100 % Dard.

 

Famille, origines, amours : on en apprend beaucoup en lisant de livre. De ses racines paysannes et lyonnaises, Frédéric Dard conserve surtout cet amour pour sa grand-mère. C'est elle qui lui a donné l'envie de raconter des histoires. Comme quand il a imaginé qu'un avion s'était posé dans un champ près de la ferme. Au début c'est un petit mensonge, puis cela devient une véritable histoire, l'aviateur a même un nom.

 

 L'écriture, un véritable vice

 De son enfance à Lyon, Frédéric Dard se souvient de la pauvreté de ses parents. Pourtant il est heureux. Et en ces temps difficiles (c'est la seconde guerre mondiale), il trouve du travail dans un journal local. Apprenti journaliste il y rencontrera les premiers personnages qui lui inspireront les Bérurier, Pinaud et autres Félicie. Le jeune homme ne se reconnaît qu'un seul vice ; l'écriture. Il a besoin, chaque jour, de passer plusieurs heures derrière sa table de travail à imaginer des histoires. Plusieurs romans paraîtront grâce à un éditeur lyonnais. Sans grand succès.

 Après la Libération, marié, père de famille, il décide de « monter à Paris » pour réussir. Il se donne six mois. Ce sera effectivement le temps qu'il lui faudra pour convaincre un éditeur, Armand de Caro, le créateur des éditions Fleuve Noir.

 Réussite enivrante

La mode est aux héros américains. Il donnera le nom d'une ville texane à son personnage principal. San-Antonio est né. Une première histoire était parue à Lyon, Armand de Caro veut que Frédéric Dard continue dans la même veine. Mais l'éditeur impose ses conditions : « Il faut une programmation, explique-t-il à Frédéric Dard. Alors vous allez entrer en San-Antonio comme d'autres rentrent en religion et vous allez me pondre des San-Antonio et moi je me charge du reste. » Rapidement les tirages explosent, le commissaire devient une légende, chaque nouvelle aventure est attendue par des milliers de fans. Et Dard de se souvenir de cette époque : « c'était quelque chose de grisant, vraiment de grisant parce que toute réussite est enivrante. » Le succès, la fortune mais le doute aussi, « sincèrement, ça me culpabilisait presque. » Conséquence, une période noire, qu'il évoque entre les lignes, notamment ce jour où il a tenté de se suicider.

 Ensuite il y a eu la Suisse, son nouvel amour (avec la fille de son éditeur), et une sorte d'équilibre avec des romans plus ambitieux venant casser la routine des San-Antonio. Ces entretiens, réalisés 5 ans avant sa disparition, montrent un homme apaisé, conscient de son œuvre, heureux de vivre, enchanté surtout de se souvenir de sa jeunesse simple et gaie dans l'ombre protectrice d'une grand-mère aimante.

« Je me suis raconté des histoires très tôt », propos inédits de Frédéric Dard recueillis par Francis Gillery et François Rivière, Fleuve Noir,13 €

08/11/2011

Que la Force les pardonne

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Rickie Latouche a basculé du côté obscur de la Force. Ce Britannique, fan de Star Wars depuis sa petite enfance, vient d'être condamné à la prison à vie pour le meurtre de sa femme. C'est en découvrant qu'elle venait de détruire intentionnellement ses figurines de Dark Vador et Luke Skywalker qu'il a craqué. A défaut de sabre laser sous la main, il l'a étouffée avec un coussin...

Avec internet, pour les passionnés, les univers imaginaires surfent à la limite de la réalité. Star Wars est un must du genre. Vous pouvez même participer à l'élaboration de la saga en contribuant à Wiki Star Wars, une encyclopédie interactive entièrement consacrée au monde créé par Georges Lucas. Les personnages sont entrés dans l'imaginaire populaire.

Dernier exemple en date avec ce spot publicitaire où un gamin déguisé en mini Dark Vador tente d'utiliser la Force pour influencer son entourage. Sans effet sauf sur la voiture qu'il parvient à démarrer à distance... avec l'aide de son père qui a la télécommande en main.

Beaucoup croient à l'existence de la Force, mais elle ne leur sera d'aucun secours contre le ridicule. Tel cet adolescent américain, un peu enrobé, qui, prenant le manche d'un balai et le faisant tournoyer dans tous les sens comme une majorette épileptique, se transformera en un seigneur Jedi expert en maniement de sabre laser. Tout au plus sera-t-il la risée des 23 millions d'internautes qui ont visionné la vidéo...

16:19 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stars war, force

Jonathan au Japon sur les traces d'Atsuko, avec Cosey

 

Cosey, Jonathan, Atsuko, Japon, Lombard

Cosey, Jonathan, Atsuko, Japon, LombardJonathan, voyageur infatigable imaginé par Cosey, nous revient pour un périple au Japon. C'est au cœur de montagnes enneigées qu'il va retrouver Atsuko, une jeune femme rencontrée quelques semaines plus tôt en Birmanie. Il désire lui remettre un carnet intime tenu par sa tante et contenant une mystérieuse touffe de cheveux. En 54 pages d'une beauté lumineuse, l'auteur suisse conte une histoire de famille déchirante, avec des haïkus en toile de fond. La parution de ce 15e tome des aventures de Jonathan correspond à la sortie du beau livre « Une autobiographie imaginaire en BD », entre monographie, art book et carnet de voyage.

 

« Jonathan » (tome 15), Le Lombard, 11,95 € (édition grand format avec 16 pages d'aquarelles à 15,95 €)

09:51 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cosey, jonathan, atsuko, japon, lombard

07/11/2011

La cage aux Chevènement

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Donc, Jean-Pierre Chevènement est candidat à l'élection présidentielle. « Pour faire bouger les lignes » à gauche a-t-il déclaré sur France 2. A 72 ans, l'ancien CERES (un courant du PS à ne pas confondre avec CRS, même s'il a brillé au ministère de l'Intérieur), veut faire entendre sa voix.

Une annonce qui n'a pas révolutionné le net. Au contraire, le réveil de cet ancien éléphant est devenu une attraction dans la nuit de samedi à dimanche sur twitter. Les utilisateurs du réseau social ont lancé un de ces jeux destiné à dégommer une personnalité. Frédéric « Zadig et Voltaire » Lefebvre en avait fait les frais en son temps.

Samedi, il était proposé de « remplacer un mot dans un titre de film par Chevènement ». Si certaines propositions tombaient à plat, d'autres se révélaient réellement hilarantes : « Comment réussir quand on est con et Chevènement », « Un Chevènement dans un jeu de quilles », « Autant en emporte le Chevènement », « On achève bien les Chevènement »... La palme revient à « La Vérité si Chevènement ? » suivi de près par « La vie est un long Chevènement tranquille » et « Le cercle des Chevènement disparus ».

Au final, je ne sais pas si le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen fera « bouger les lignes » et s'il gagnera beaucoup de voix en faisant campagne sur le net, mais il est sûr que côté moqueries, il est habillé pour l'hiver.

Spirou et Fantasio sur la Lune, prisonniers de Zorglub !

 

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Spirou, Fantasio, Zorglub, Dupuis, Vehlmann, YoannZorglub est une nouvelle fois au centre de la 52e aventure de Spirou et Fantasio. Kidnappés par le méchant emblématique de la série, les deux héros, animés désormais par Vehlmann et Yoann, se réveillent sur la Lune. Ils découvrent, sur sa face cachée, les laboratoires de Zorglub et un parc d'attraction réservé aux Terriens les plus riches. Spirou, malgré son habit de groom, charmera une vedette internationale et surtout perdra de sa gentillesse légendaire après une exposition prolongée aux rayonnements d'une explosion solaire. Très inventive dans la première partie, cette BD est plus classique dans le final avec un affrontement digne des duels de légende. Tout en restant dans la charte de la série, les auteurs amènent ce soupçon de modernité qui fait de Spirou un héros d'aujourd'hui... depuis plus de 70 ans.

 

« Spirou et Fantasio » (La face cachée du Z, tome 52), Dupuis, 10,45 € (édition collector grand format à 19 €)

 

06/11/2011

Hergé à nu dans une biographie dessinée par Stanislas chez Dargaud

 

Hergé, Stanislas, Bocquet, Fromental, Dargaud

Hergé, Stanislas, Bocquet, Fromental, DargaudSon héros connait enfin la consécration sur grand écran : Hergé serait certainement très content de l'adaptation de Steven Spielberg. La réédition de la biographie illustrée de Georges Rémi, écrite par Bocquet et Fromental et dessinée par Stanislas, revient sur l'accord signé entre le créateur de Tintin et le réalisateur d'ET. En 72 pages on en apprend beaucoup sur la vie d'Hergé, de ses débuts chez les scouts (un carnet de croquis à la main), à ses derniers jours, beaucoup plus intéressé par l'art abstrait que la BD. Entre, il y a une œuvre ponctuée de rencontres, d'amour, de fâcheries et de dépression. La vie d'Hergé n'est pas aventureuse, elle n'en demeure pas moins passionnante.

 

« Les aventures d'Hergé », Dargaud, 15,95 €


 

05/11/2011

Pariez sur le flic de Monplaisir avec Brunschwig et Ricci chez Futuropolis

 

Urban, Monplaisir, Brunschwig, Ricci, Futuropolis

Urban, Monplaisir, Brunschwig, Ricci, FuturopolisDans un futur proche, un parc de loisirs pour adultes remporte un succès phénoménal. Sur plus de 300 000 hectares, Monplaisir permet à ses visiteurs d'assouvir tous leurs vices autour des jeux. Avant d'y entrer, on choisit un déguisement (de Dark Vador à Mickey en passant par Godzilla) et place au rêve. C'est cher, mais on ne regrette pas. Car en dehors de Monplaisir, même si ce n'est pas montré dans la BD de Brunschwig et Ricci, la vie n'est pas rose. C'est d'ailleurs ce marasme qui pousse Zacchary Buzz à quitter sa campagne. Mais il n'arrive pas dans le parc de loisirs avec un déguisement de client mais un uniforme d'apprenti d'Urban Interceptor, les flics privés de cette principauté du bonheur. Car à Monplaisir aussi il y a des faits divers. Des vols (réglés par des robots) et des délits plus graves réservés aux UI. Quand c'est un meurtre, le coupable, grâce aux multiples caméras de surveillance, est rapidement identifié. Il a cependant une chance de s'en tirer s'il remporte son duel avec le meilleur UI du moment. Une chasse en direct se transformant en jeu car il est possible de parier sur le vainqueur. Brunschwig, plus que la justice spectacle, invente la justice distraction. Le tout est dessiné par Roberto Ricci, jeune dessinateur excellant dans les couleurs directes et les ambiances à la Blade Runner.

 

« Urban » (tome 1), Futuropolis, 13 €

 

04/11/2011

« L'astrolabe de glace » ou à la recherche d'un livre rare

 

Luca Blengino, Antonio Palma, Astrolabe de glace, Dencourt

Luca Blengino, Antonio Palma, Astrolabe de glace, DencourtTrois personnes, aux parcours totalement différents, se retrouvent à Rome, en 1527, à la recherche d'un livre rare, « Les éphémérides perdues », seule clé permettant de faire fonctionner l'astrolabe de glace. Il y a le musulman Bashir el Hassad, astrologue à moitié fou; Rolf le Borgne, lansquenet au service du général Von Frundsberg et Fiamma, la prostituée chiromancienne, actuelle détentrice du livre tout à fait par hasard. Trois univers, trois quêtes différentes dans un pays en plein bouleversement. Le Vatican, replié à Rome qui a perdu de sa superbe, doit faire face à la montée de l'Islam (déjà...) et aux mercenaires des Luthériens. Pourtant Rome est toujours la plus riche de toutes les cités d'Europe et le pape, lui aussi à la recherche du livre, est confiant dans sa puissance. Le contexte historique est parfaitement détaillé dans le scénario de Luca Blengino, mais la première partie de cette nouvelle série italienne vaut surtout pour les dessins d'Antonio Palma. Ce jeune peintre romain est un visagiste virtuose. Tous ses personnages ont des « tronches » qui donnent encore plus de violence à cette BD. Chaque case est un petit tableau, l'album formant au total une superbe exposition rehaussée d'un cahier graphique avec de très belles recherches au fusain.

 

« L'astrolabe de glace » (tome 1), Delcourt, 13,95 €

 

03/11/2011

Feuilles volantes pour un hors-série des Fonctionnaires chez Bamboo

 

Bloz, Béka, Fonctionnaires, Bamboo

Bloz, Béka, Fonctionnaires, BambooEn cette période de crise économique et de coupes sombres dans les budgets de l'Etat, ce nouveau recueil de gags des Fonctionnaires pourrait avoir de graves conséquences sur la fonction publique. Il suffit qu'un ministre découvre comment travaillent certains de ses administrés pour qu'il décide de réduire les fournitures en élastiques, post-it et autres trombones. Car pour Juste, Mélissa ou Riboulet, quelques uns des personnages récurrents de la série de Bloz (dessin) et Béka (scénario), ces ustensiles servent essentiellement aux pauses (qui sont très nombreuses, il faut le reconnaître). La caricature de cette corporation depuis toujours tête de Turc des Français (ceux qui sont persuadés de travailler plus, ce qui est rarement le cas...) remporte un beau succès. Certainement car elle n'est pas trop au vitriol. Au final, ils sont tous très sympathiques ces fonctionnaires, un peu tire-au-flanc, mais pas méchants et souvent investis dans leur mission, comme quand Juste est fier d'avoir bouclé un dossier en moins d'une heure. Un record qui dans d'autres conditions lui permettrait de remporter une distinction bien méritée. En cadeau, un cahier reprenant quelques perles de l'administration, véridiques cette fois, comme ce laconique « Notre réponse affirmative est donc non ! »

 

« Les Fonctionnaires » (hors série), Bamboo, 10,50 €

 

09:56 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bloz, béka, fonctionnaires, bamboo

02/11/2011

Betty l'ensorceleuse, polar à la Simenon d'Arnaldur Indridason chez Métailié

Dans la froideur de l'Islande, le machiavélisme d'une femme trop belle fait plusieurs victimes. Un polar « à la Simenon » par Arnaldur Indridason.

Betty.jpgDepuis « La cité des jarres », son premier polar publié en France, Arnaldur Indridason s'est imposé comme un maître du polar nordique. Il ne vient pas de Suède mais d'Islande, un pays encore plus dur et froid. L'hiver arctique sans fin a des conséquences très néfastes sur le moral des habitants de cette vaste île volcanique perdue dans l'Atlantique Nord. Son héros récurrent, par exemple, le commissaire Erlendur Sveinsson, est l'exact opposé d'un joyeux boute-en-train. Dans « Betty », polar écrit en 2003 soit avant l'apparition d'Erlendur, Arnaldur Indridason semble vouloir rendre un hommage à Simenon, maître du roman policier sombre, aux ambiances lourdes de sous-entendus, de non-dits et de machiavélisme.

 

Betty, une apparition

Le narrateur est en garde à vue. La police l'accuse de meurtre. Il reste muré dans son silence. Refuse de collaborer. Et se souvient. Le texte alterne courtes scènes d'interrogatoire et longs retours en arrière pour planter le cadre de ce drame. Tout débute quand Betty fait son apparition dans une salle de conférence. Il y était question de quotas de pêches européens, la spécialité du narrateur après ses études juridiques. Betty est la femme d'un riche armateur islandais. Betty est ensorcelante. « Elle avait une robe moulante avec de minces bretelles qui laissaient voir ses gracieuses omoplates, son abondante chevelure brune lui retombait sur les épaules et ses yeux étaient enfoncés, bruns avec une pointe de blanc qui étincelait. Et quand elle souriait... » Le coup de foudre est immédiat, la suite de plus en plus torride, « J'essayais de feindre l'indifférence, plus exactement j'essayais de ne pas la fixer. Ses seins étaient petits et on devinait les mamelons qui pointaient sous la robe. » Betty est là pour proposer un travail, se mettre au service de son mari, pêcheur ambitieux, malheureusement limité quand il s'agit de négocier des quotas avec les instances de la communauté européenne.

Femme fatale

La femme au service du mari se révèle être aussi une femme battue. Et au bout de quelques semaines elle va tomber dans les bras de ce narrateur qui aujourd'hui semble vouloir la défendre tout en la haïssant. Que s'est-il passé exactement entre ce trio classique ? Le lecteur le découvre par petites touches, avec une prouesse de l'auteur qui parvient à placer un coup de théâtre au milieu de son texte. Une petite révélation qui renverse toutes les suppositions que l'on commençait à envisager. Betty se révèle alors véritablement machiavélique.

Ce roman policier de jeunesse est beaucoup plus classique que les suivants signés par Arnaldur Indridason. On n'y retrouve pas la rudesse du pays qui fait tout le « charme » de la série des Erlendur. Mais cela reste une intrigue efficace, parfaitement menée, totalement dépendante du personnage de Betty. Une femme fatale qui risque d'être longtemps présente dans vos rêves, avant que ces derniers ne se transforment en cauchemars.

« Betty » de Arnaldur Indridason, Métailié Noir, 18 €