17/04/2012

Cargo maudit pour le 10e épisode de Tramp de Kraehn et Jusseaume

Tramp, cargo maudit, dargaud, Kraehn, jusseaume, yann Calec

Retour à terre pour Yann Calec. Après des aventures en Indochine, le jeune capitaine de cargo se met à son compte. Il vient de racheter un navire au Havre et est en train de former son équipage. Il naviguera sous pavillon libérien, une initiative qui n'est pas du goût des syndicalistes français. Mais le véritable problème semble être la malédiction frappant le navire. Un incendie l'a immobilisé et un meurtre est commis à son bord.

Le dessin de Patrick Jusseaume est toujours aussi racé et élégant. Le scénario de Kraehn est dense, ramassé. Un seul tome pour cette histoire se déroulant en France dans le milieu des dockers des années 50. Une série au long cours incontournable qui s'offre comme une pose avec l'histoire de ce « Cargo maudit ».

« Tramp » (tome 10), Dargaud, 13,99 €

16/04/2012

La petite « boche » racontée par Nathalie Hug

Dans « La demoiselle des tic-tac », Nathalie Hug raconte le quotidien d'une famille allemande en Lorraine, avant, pendant et après la guerre.

 

 

 

Nathalie Hug, Calmann-Lévy, Lorraine, roman« Vivre à la cave, au début, c'était l'aventure, un déménagement de plus, une nouvelle vie. A présent, je n'ai qu'une hâte : que M. Hitler gagne enfin la guerre pour que nous sortions de ce trou ». Fin 1944 dans ce village français de Moselle, la jeune Rosy est encore pleine d'illusions. Allemande, élevée dans le culte du Führer, elle croit encore qu'il va renverser la situation, redevenir l'homme fort qu'on lui a appris à vénérer. Rosy est Allemande, mais une partie de sa famille est restée en Moselle, redevenue française après 14 – 18. Dans le village, avec sa mère, la vie est dure. Ce sont « les sales boches » et mieux vaut qu'elles rasent les murs. Pendant l'occupation, elles goûteront cette nouvelle atmosphère mais ce sera de courte durée. En 1944, l'armée américaine progresse et les bombardements sont incessants. C'est aussi pour cela qu'elle vit avec sa mère Mutti dans la cave. Il existe bien des abris, mais en tant que « boches », elles sont personna non grata.

 

Dans cette cave, qu'elle ne quittent plus que la nuit, elles doivent cohabiter avec des rats et les araignées. Ce sont ces dernières qui terrorisent le plus Rosy. Notamment celles qui ont de très grandes pattes. Les tic-tac comme les surnommait son oncle.

 

Ensevelie

 

Second roman en solo de Nathalie Hug, « La demoiselle des tic-tac » est l'histoire poignante d'une jeunesse volée. Martyrisée par sa mère, détestée de sa grand-mère, sans père, Rosy ne trouve du réconfort qu'en compagnie d'Andy, un gamin, son seul ami.

 

Le roman alterne retours en arrière et scènes actuelles. Rosy et Mutti étaient dans la cave quand un obus frappe la maison de plein fouet. Tout s'écroule. Rosy est seule dans le noir, blessée. Bientôt sans eau. Pour tenir, elle se souvient des rares bons moments et les fait partager au lecteur. Le présent est impitoyable mais elle veut encore y croire. « Je m'autorise un sourire, histoire de profiter de ce bonheur minuscule avant de le ranger dans mes autres jardins pour le revivre, quand le soleil de ma rue fera éclore les fleurs au lieu d'abîmer les morts et que les herbes folles combleront les cratères. Ça ne peut pas être la guerre tout le temps. » Rosy va passer de longs jours enfermée dans la cave effondrée. Mais elle ne sera pas seule, le lecteur sera à ses côtés, vivant avec elle son affaiblissement inéluctable.

 

C'est dans cette partie, celle de l'enfermement inexorable, que l'on retrouve le style de Nathalie Hug, habituée à écrire des thrillers avec Jérôme Camut. Mais pour tout le reste du roman, on se croirait parfois dans ces romans de terroir historiques fleurant bon la tradition. Heureusement, le personnage de Rosy a quand même beaucoup plus d'épaisseur qu'une petite héroïne avec accent. Son récit vous émouvra car les victimes de la guerre ne choisissent jamais leur camp.

 


 

« La demoiselle des tic-tac » de Nathalie Hug, Calmann-Lévy, 15 €


 

15/04/2012

Cyril Bonin dessine une image transparente

Cyril Bonin, l'homme qui n'existait pas, futuropolis, marcel Aumé

Cyril Bonin, après des années d'apprentissage sur les scénarios des autres (Fog avec Seiter, Quintett avec Giroud), a fait le grand saut de l'auteur complet. Il écrit des histoires parfaitement adaptées à son style de dessin, élégant, discret, tout en ambiances. « L'homme qui n'existait pas » fait penser à une nouvelle de Marcel Aymé. Un jeune homme, programmateur informatique, passionné de cinéma, est allergique aux gens. Il les fuit. Tant et si bien qu'un jour, en sortant d'un cinéma, il s'aperçoit qu'il a perdu toute consistance physique. Tel un fantôme impuissant, les gens ne le voient plus et lui ne peut plus agir sur la réalité. Errant dans Paris, sa passion du cinéma va le conduire sur un tournage au Champ de Mars. Il va alors constater qu'il arrive, progressivement cette fois, la même chose à l'actrice principale.

Une très belle fable sur la place de tout un chacun dans la société, sur le choix de la solitude et de l'importance de notre rapport aux autres.

« L'homme qui n'existait pas », Futuropolis, 16 €

14/04/2012

Armes secrètes et uchronies : Wunderwaffen chez Soleil

Wunderwaffen, Nolane, Maza, Soleil, Hitler, armes secrètes, V2

Et si le débarquement en Normandie n'avait pas été un succès en 1944 ? C'est en réécrivant cette ligne de l'Histoire que Richard D. Nolane a imaginé une série militaire et guerrière hors du commun dessinée par Maza. Donc la guerre est plus longue que prévue. Les Nazis ont eu le temps de développer des armes secrètes pour contrer les bombardements alliés. Les avions à réaction sont au point et leur donnent une suprématie des airs. Aux commandes d'un Lippish P13, premier chasseur en forme d'aile delta, le major Munau accumule les victoires. Surnommé le Pilote du diable, il n'est pourtant pas en odeur de sainteté parmi les dirigeants allemands. Hitler en personne le déteste, le suspectant d'être juif.

A Londres, le général de Gaulle est toujours en exil et a un atout dans sa manche, un prisonnier français ayant travaillé sur les prototypes allemands avant de parvenir à s'évader. Le premier tome plante le décor et les personnages. Parfois avec un peu trop d'admiration pour la technologie nazie. Mais on devine en filigrane que le pire se passe à Auschwitz, dans ce camp qui ne fume plus mais qui fait toujours aussi peur.

« Wunderwaffen » (tome 1), Soleil, 14,30 €


13/04/2012

Art à déguster par Cornette, Frisen et Witko

 

Cornette, Frisen, Witko, Alexandre Pompidou, art moderne, lombard

Dans le genre déjanté, « Lard moderne », premier tome des aventures d'Alexandre Pompidou, écrase tous ses concurrents. Les deux scénaristes, Jean-Luc Cornette et Jerry Frisen semblent s'être renvoyé la balle pour compliquer des situations déjà sévèrement alambiquées. Alexandre Pompidou, fils de boucher, est très fier d'avoir obtenu son diplôme des Beaux-Arts. Il est un artiste et veut le prouver immédiatement au monde entier en exposant dans la célèbre galerie Aurochs-Lascaux. Mais il va multiplier les maladresses, vexant la fille du richissime galiériste et manquant de tuer sa femme en la faisant poser nue dans la chambre froide de la boucherie transformée en atelier. Les péripéties se poursuivent en Tunisie, dans les piscines des hôtels de luxe et les souks. Witko, le dessinateur, est moderne et classique dans son trait, juste ce qu'il faut pour servir l'histoire sans trop la rendre banale. Souvent absurde, il y a quand même une réelle réflexion sur l'art contemporain et l'ego surdimensionné d'artistes ayant encore tout à prouver.

 

« Alexandre Pompidou » (tome 1), Le Lombard, 12 €


 

12/04/2012

"Insane" de Le Galli et Besse : lignée de psychopathes

 

Le Galli, Besse, Insane, Casterman, Tueur en série

Ambiance lourde et sanglante tout au long des 48 pages de « Insane », récit complet écrit par Michaël Le Galli et dessiné par Xavier Besse. Beaucoup de meurtres et de cadavres parsèment cette histoire se déroulant en Louisiane entre les deux guerres. Betty, une fillette internée dans une clinique psychiatrique, s'évade grâce à Clarence, un dandy obèse. Ce drôle de couple part à la rencontre du père de Betty. John Kettenbach est un meurtrier. Il vient de sortir de prison. Betty, petite fille candide, aux prises à des crises de délires, est très impatiente de rencontrer cet homme qui a abandonné sa mère dès qu'il a su qu'elle était enceinte. Clarence de son côté joue un jeu plus trouble. Il a déjà croisé la route de John. C'est lui qui a égorgé ses parents. Mais il ne lui en veut pas. Assistant aux crimes, il y a pris du plaisir et est même devenu un tueur lui aussi... Que va-t-il se passer quand les trois vont de retrouver ? C'est tout l'intérêt de cette BD aussi affûtée qu'une lame de rasoir.

 

« Insane », Casterman, 13,95 €


 

11/04/2012

Un Dieu parasite règne dans "Le livre de Skell" de Mangin et Servain

 

Skell, Mangin, Servain, Soleil, Quadrants,

Skell est une exécutrice. Elle est chargée de tuer les hérétiques qui refusent de se dévouer au dieu Steh-Vah. Entre fantastique et science-fiction, cette BD écrite par Valérie Mangin et dessinée par Servain, plonge le lecteur dans un monde totalement dominé par la religion. Un culte aliénant, passant par la greffe à l'arrière du crâne, d'une sorte de parasite censé faire partie du dieu. Les hérétiques, pour abolir son influence, boivent une drogue permettant de retrouver son libre contrôle. Skell vient de remporter une bataille contre Azolah et ramène le coffre maudit contenant des livres que les prêtres ont condamné. Mais les cauchemars de Skell sont de plus en plus fréquents. Elle va sans même s'en apercevoir basculer du côté des hérétiques et faire une découverte sidérante. Une série permettant à Servain de développer un monde nouveau et cohérent. Son imagination alliée à son trait font des merveilles.

 

« Le livre de Skell » (tome 1), Soleil Quadrants, 13,95 €

 

08:11 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : skell, mangin, servain, soleil, quadrants

10/04/2012

Lutte de magiciens dans Black Stone de Corbeyran et Chabbert

 

Corbeyran, Chabbert, Black Stone, Glénat, Magiciens

Fin du 19e siècle à Paris. Dans une roulotte misérable, trois amis tentent de survivre grâce à l'habileté de leurs mains. Nelson et Jacques sont des magiciens. De ces tricheurs qui font disparaître les pièces ou mélangent les cartes à leur convenance. Nelson, désespéré de ne pas rencontrer le succès qu'il estime mériter, abandonne Jacques et part à Londres avec sa fiancée, Jenny. C'est sur scène qu'un événement va faire basculer leurs vies. Nelson fait véritablement disparaître un enfant. A la place il trouve une pierre noire aux pouvoirs magiques. Presque lynché par le public, il parvient à s'enfuir et recommence à zéro en Amérique. Mais seul car Jenny est restée aux mains des policiers et est condamnée. Corbeyran signe une nouvelle histoire très originale, totalement différente de ses scénarios précédents. Au dessin on retrouve Chabbert, un complice habituel avec qui il a déjà signé une partie de Uchronie(s).

 

« Black Stone » (tome 1), Glénat, 13,90 €

 

09/04/2012

Le choix de l'enfer expliqué par Olivier Grenson au Lombard

Olivier Grenson, La douceur de l'enfer, Lombard, Guerre de Corée, marines américain

La guerre de Corée a laissé beaucoup moins de traces dans l'Histoire des USA que celle du Vietnam. Pourtant elle a elle aussi profondément blessé des familles. Olivier Grenson a placé cette guerre oubliée au centre de ce diptyque où il assure pour la première fois, scénario et dessin. Dans cette seconde partie, on retrouve Billy Summer, un jeune Américain, parti en Corée du Sud récupérer les restes de son grand-père disparu au cours des combats durant les années 50. Mais Billy va découvrir que le récit officiel n'est que mensonge. Un mystérieux vieillard lui donne rendez-vous dans la zone tampon entre les deux Corée. C'est là qu'il va apprendre la trahison du soldat américain, devenu un cacique du pouvoir dictatorial après s'être remarié avec une jeune Coréenne.

Ce roman graphique, alternant moments de tension en tête à tête et grand espaces de la fuite, est une passionnante réflexion sur le souvenir, la fidélité et le renoncement. Une belle parabole sur la deuxième chance.

« La douceur de l'enfer » (tome2), Le Lombard, 16,45 €


08/04/2012

Un exercice de style "made in internet"

Raymond Queneau, Exercices de style, Folio

« Dans l'S, à une heure d'affluence, cet autobus n'avait pas du tout la rapidité des autoroutes de l'information surfant sur les réseaux en fibre optique. Au contraire, il faisait penser à un minitel démodé avec sa plateforme. Un passager, vieux geek de 23 ans, au long cou et chapeau mou, tel une caricature des Sim's, s'énerve. A chaque arrêt, son voisin le dérange. Une scène cocasse, vue plusieurs milliers de fois sur Youtube grâce à la caméra de vidéosurveillance du transport en commun. Finalement, il change de place avec précipitation, comme d'autres migrent d'Orange à Free appâtés par la nouveauté. Deux heures plus tard, on le retrouve sur un site de discussion en ligne. Il utilise son smartphone. La géolocalisation permet de savoir qu'il est devant la gare Saint-Lazare, cour de Rome exactement (Latitude : 48.8757482, Longitude : 2.3247553). Sur un forum consacré à la mercerie, il parle chiffons avec un ami rencontré sur Facebook. Faut-il mettre un bouton supplémentaire à son pardessus ? Il pose la question à la cantonade, attend les réponses de connectés. Un des abonnés à son compte Twitter publie une photo pour qu'il voie exactement où rajouter ce bouton (à l'échancrure) et pourquoi. »

Le vendredi 13 avril est parue une nouvelle édition des «Exercices de style» de Raymond Queneau dans la collection Folio qui fête ses 40 ans. Cette chronique, parue en dernière page de l'Indépendant, est un hommage à ce chef-d'oeuvre de la littérature française.


07/04/2012

"Paradise Island", une île triple X

Lu Ping, Teufel, Paradise island, échangisme, BD porno, Drugstore, Réservé aux adultes

Tout le monde rêve, un jour, de gagner un voyage tout frais payer vers une destination exotique. Tom et Chloé, en participant à une émission télé, ont la chance de remporter un séjour sur Paradise Island, « une ode aux cinq sens ». Arrivés sur place, le jeune couple découvre une île où tout est permis. Un royaume du libertinage et de l'échangisme. Un peu réticents au début, ils vont se laisser prendre par l'ambiance et découvrir de nouvelles expériences. Mais à quel prix au final ? Cela débute comme une BD classique, aux dessins léchés et aux filles pleines de classe. Mais rapidement cela prend une tournure beaucoup plus osée avec des images d'un réalisme très cru. Cette histoire de Lu Ping, dessinée par Teufel, est strictement réservée aux adultes.

« Paradise Island », Drugstore, 15,50 €


03/04/2012

Interview de Belya Dogan et Philippe Bringel, créateurs de Jed-Kan

02/04/2012

Les maladies de l'Afrique dans "Les fantômes du delta" d'Aurélien Molas

Plongée dans l'Afrique contemporaine, celle des famines, des réfugiés, des politiques corrompus et des humanitaires avec « Les fantômes du delta ».

 

 

 

Aurélien Molas, Les fantômes du delta, albin michel, nigéria, médecins sans frontièresUne catastrophe écologique et humanitaire est en cours en Afrique. De tous les pays à l'agonie, le Nigeria a pourtant nombre d'atouts. Mais l'exploitation à outrance de ses richesses, naturelles et humaines, condamne ce géant. Ce cauchemar est au centre du second roman d'Aurélien Molas, jeune écrivain français. « Les fantômes du delta » plonge le lecteur dans cette Afrique où vivre est parfois si compliqué que la mort fait figure de délivrance, presque de chance. Remarquablement documenté, ce thriller suit le parcours de Benjamin, médecin français et Megan, infirmière américaine. Après des vies chaotiques dans leurs pays respectifs, ils ont fait le choix de l'humanitaire. Pour Médecins sans frontières, ils tentent de parer au plus pressé face à une catastrophe humanitaire sourde et implacable.

 

 

 

Pollution et misère

 

Le Nigeria souffre de sa richesse en pétrole. Le delta du Niger est surexploité. Des dizaines de plateformes pour extraire cet or noir pouvant se transformer en cauchemar. Les fuites incessantes ont transformé cette zone humide en véritable bouillon de culture invivable. C'est dans ce delta, là où les pêcheurs ne peuvent plus attraper que des cadavres de poissons, que la rébellion a pris naissance. Le MEND (Mouvement d'émancipation du delta) réclame une meilleure répartition des richesses. Et pour se battre efficacement, il faut des fonds.

 

Le roman débute par une opération commando dans un hôpital. Alors que Benjamin est en train de faire une inspection des conditions de vie des enfants, des hommes armés investissent les lieux. Ils sont à la recherche d'une petite fille, Naïs, supposée leur rapporter des millions de dollars.

 

Une fillette que Benjamin avait rencontré quelques minutes plus tôt, dans une chambre à l'écart. « Ses yeux noirs le fixaient avec une intensité peu commune chez une enfant de cet âge ». « Il remarqua la perfusion dans son bras et l'appareil à dialyse rangé dans un coin de la chambre ». Benjamin est intrigué par cette enfant qui a épinglé sur le mur ses dessins. « Quelque chose de malsain suppurait de ces gribouillis, comme si les émotions emprisonnées sous les traits figés de la fillette avaient jailli pêle-mêle sur le papier avec une brusquerie hystérique. » Durant quelques semaines, Benjamin va vivre près de Naïs car il est enlevé avec elle par les révolutionnaires. C'est un des attraits de ce roman, sans temps mort, mais se permettant quand même d'approfondir les profils psychologiques des différents personnages.

 

Camp de réfugiés

 

Megan, intervient en cours de roman. Elle a quitté son confort américain pour tenter de donner un sens à son métier d'infirmière. Pour oublier ses plaies aussi. Quand elle débarque dans ce camp de réfugiés, le décor est encore plus abominable qu'elle ne le redoutait. « Le choc fut violent, bien plus intense que ce qu'elle avait imaginé. Et durant les dix premières minutes, Megan se demanda si sa venue en Afrique n'était pas sa plus grande erreur. » Mais la demande et l'attente des populations locales sont tellement grandes que le temps du doute ne dure pas longtemps. Et Megan aussi va croiser la route de Naïs, clé de voute de ce roman. Son secret la transforme en gibier pourchassé par plusieurs équipes de mercenaires prêts à tout pour la « vendre » au plus offrant.

 

Ce thriller est de la veine de ceux qui vous captive du début à la fin. Une fois ouvert, vous ne pouvez plus quitter ce delta, cette lutte pour la vie. Naïs et ses secrets vous fascinent. Benjamin et Megan, écorchés de la vie vous touchent. Et même les « méchants » aux parcours si complexes sont une raison supplémentaire de dévorer ces 500 pages d'une traite.

 

 

« Les fantômes du delta », Aurélien Molas, Albin Michel, 22 euros


 

29/03/2012

"Bonneval Pacha" un étonnant ancêtre

Pacha Bonneval, gwen de bonneval, Hugues Micol, Dargaud

Le nouvel album de Gwen de Bonneval (Messire Guillaume, Gilgamesh) est directement inspiré de la vie de sa famille. Mais il ne s'agit pas d'autofiction. Il a trouvé beaucoup plus intéressant dans ses ancêtres. Le Bonneval Pacha a véritablement existé et c'est son histoire qui est au centre de cet album dessiné par Hugues Micol. Un premier tome qui explique comment ce noble français du 17e siècle, après une belle carrière dans la marine militaire, s'est exilé et est devenu, en Turquie, un Pacha. Une vie d'aventures, de duels et de séduction qui a longtemps alimenté l'imaginaire de la famille du scénariste. Peut-être est-elle même à l'origine de sa vocation...

« Bonneval Pacha » (tome 1), Dargaud, 13,99 €

28/03/2012

Les redresseurs du temps de Kris et Duhamel

 

Explorateurs du temps, uchronie, Kris, Duhamel, Dupuis

Depuis Valérian, rares étaient les auteurs de BD ayant osé affronter les paradoxes temporels. Kris au scénario et Bruno Duhamel au dessin ont relevé le défi, se consacrant uniquement aux méandres de l'Histoire sur terre. Dans un futur d'autant plus difficile à définir qu'il est très aléatoire, les Brigades du temps sont chargées d'empêcher toute déviation de la grande histoire de l'Humanité.

Le premier tome débute par l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique. Mais à peine un pied posé sur la terre ferme du Nouveau Monde, il est criblé de flèches. Finalement, l'Amérique ne sera pas découverte. Une altération du temps à corriger immédiatement. Sont envoyés dans le passé les deux héros : Montcalm Stuart, tout juste diplômé de l'université Ukronia et Kallaghan Dagobert, un vieux de la vieille.

Humour, aventure, imagination : une série plus que prometteuse.

 

« Les Brigades du temps » (tome 1), Dupuis, 10,45 €


 

27/03/2012

Pacco, père à mi-temps dans « Une semaine sur deux »

 

Maé, Pacco, Une semaine sur deux, Fluide G

Maé est une petite fille heureuse et comblée. Certes, chaque semaine son cœur se brise, mais le reste du temps elle profite pleinement de son statut de fille unique de parents divorcés ayant opté pour la garde alternée. Pacco, le créateur de la série est donc ce papa « Une semaine sur deux ». Il raconte dans des gags et histoires courtes cette vie branchée sur courant alternatif. Le calme des semaines de solitude, la tornade provoquée par la présence de Maé.

De l'humour mais aussi de la gravité dans ces instantanés de la vie familiale, typique des années 2000. Et au final, on se dit que Maé, malgré cette situation anormale, sera doublement une enfant équilibrée, heureuse et ouverte. Quant à Pacco, s'il n'est pas le meilleur papa du monde, il permettra à des milliers d'hommes de se reconnaître un peu dans ses doutes, enthousiasmes et renoncements.

 

« Une semaine sur deux », Fluide G., 14 €

 

26/03/2012

Les racines noires de l'héroïne de « L'appel des origines » de Callède et Séjourné

Callède, Séjourné, L'appel des origines, Vents d'Ouest

Changement complet de cadre et de décors pour le second tome de la série « L'appel des origines » de Callède (scénario) et Séjourné (dessin). Anna, l'héroïne métisse, après des aventures au cœur du Harlem des années 20, est cette fois au centre d'une intrigue se déroulant dans la savane africaine. Anna, découverte par Simon, producteur, est engagée comme actrice dans un grand film tourné en décors naturels. Cette expédition au Kenya a plusieurs objectifs. En plus du film qui pourrait être un succès planétaire, Anna tente de retrouver son père, un chasseur blanc disparu quelques années auparavant en pleine expédition. Une expédition de scientifiques qui auraient découverts les vestiges de la présence de l'homme en Afrique remettant en cause toutes les certitudes de l'époque.

Un récit un peu trop romantique (Anna est d'une grande beauté qui ne laisse personne insensible) rattrapé par des dessins d'une extraordinaire beauté. Joël Callède ne fait que des crayonnés, comme pour garder la puissance et la finesse de son trait mis en couleurs par Jean Verney.  
« L'appel des origines » (tome 2), Vents d'Ouest, 13,90 €


25/03/2012

« Sian Loriel », la mécanique guerrière

Sian Lorel, Attinost, Mauro de Luca, Lombard,

Sian Loriel est un mercenaire, un soldat se vendant au plus offrant. Il manie parfaitement l'épée et combat dans une armure mécanique le transformant en géant d'acier. Une armure qui, telle une mécanique de précision, a besoin d'un servant pour l'entretenir, voire la dépanner en pleine bataille. La tâche incombe à Cass, une orpheline déguisée en homme. Elle est amoureuse de Sian. Lui est totalement insensible, uniquement intéressé à améliorer sa technique guerrière. Dans ce monde imaginaire, entre mécanique triomphante et magie ancestrale, la lutte pour le pouvoir fait de nombreuses victimes. C'est le ressort principal de l'intrigue de Benoit Attinost, grand spécialiste de jeux de rôles. Un premier tome plein de bruit et de fureur dessiné par Mauro de Luca, un Italien passé par Panini, Disney et la conception de décors de théâtre. Il s'était déjà fait remarqué en France avec son adaptation de Soltrois d'après le roman de Julia Verlanger. Avec Sian Loriel, il marque de nouveaux points. Ses guerriers sont spectaculaires, tout comme les machines qui leur permettent de combattre à l'abri derrière de redoutables plaques d'acier.

« Sian Loriel » (tome 1), Le Lombard, 14,45 €

24/03/2012

Algérie, première révolte dans les "Leçons coloniales" de Azous Begag et Defali

 

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Fin 44, le gouvernement français a décidé de scolariser tous les Français musulmans d'Algérie. Une décision politique très mal vue par les colons. Cet album de BD, écrit par Azouz Begag, écrivain et ancien ministre de Dominique de Villepin, et dessiné par Djillali Defali raconte la courte expérience d'une jeune institutrice pleine d'idéal. Marie arrive de métropole. Elle prend son poste à Sétif, dans l'arrière-pays. Cette femme seule, osant enseigner des rudiments d'arabes aux enfants de colons, est rapidement prise en grippe par la communauté pieds-noirs. Mais forte de la loi, elle insiste. Alors que la libération de la France donne des idées aux Algériens, dans sa classe, Marie constate que les élèves musulmans sont de plus en plus nombreux. Ils deviennent même majoritaires quand les parents européens décident de retirer leurs enfants en signe de protestation. Le 8 mai 45, une manifestation en faveur de l'indépendance dégénère. L'école détruite, Marie préfère rentrer en France, amère, déçue.

Sans manichéisme excessif, Azouz Begag a certainement puisé dans les souvenirs de ses parents, ouvriers agricoles à Sétif, pour raconter cette étape, une des premières dans les désirs d'indépendance de l'Algérie.

 

« Leçons coloniales », Delcourt, 16,95 €

 

23/03/2012

Tout l'or de l'Afrique convoité dans "L'expédition" de Marazano et Frusin

 

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L'Afrique, avant d'être ce continent affamé et spolié de toute part, a été une terre mystérieuse, théâtre des plus grandes aventures humaines. « L'expédition » écrite par Richard Marazano et dessinée par Marcelo Frusin se déroule en 719. A Thèbes, l'empire romain est malmené de toute part. Il lui faut encore et toujours chercher de nouveaux territoires à conquérir, de nouvelles richesses pour maintenir sa puissance. L'arrivée en barque d'un Nubien, mort, le corps chargé de bijoux en or, donne des idées à Caïus Bracca, un centurion. Il monte une expédition pour aller au delà des sources du Nil, à la recherche de cette civilisation si riche.

C'est Marcus Livius qui prend la tête de la colonne formée d'une dizaine de mercenaires. Ils devront affronter les tempêtes de sable du désert, les longues traversées sous un soleil de plomb, les maladies et les attaques. Finalement ils se retrouvent au cœur d'une forêt vierge et vont enfin approcher du but.

Cette série prévue en quatre tomes est d'une redoutable efficacité. Scénario sans temps mort, entre formation de la troupe, progression difficile et tension entre ses membres. Le dessin de Frusin, académique et détaillé, montre des soldats dans toute leur noirceur d'âme.

 

« L'expédition » (tome 1), Dargaud, 13,95 €