12/10/2010

Sauvageries

 

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Qui de l'homme ou de l'animal est le plus sauvage ? Cette interrogation est en filigrane de cette nouvelle série de Sokal. Le créateur de Canardo abandonne son dessin caricatural pour un académisme parfaitement maîtrisé. L'histoire croisée entre Kraa, l'aigle et Yuma le jeune indien. Kraa vient d'apprendre à voler. Ses parents l'ont abandonné et il doit chasser seul. Yuma l'observe et l'admire. Yuma qui parvient à lire les pensées de cet animal fier et orgueilleux. Dans cette vallée perdue, les jours s'écoulent calmement. Mais l'arrivée d'hommes blancs va tout changer. Ils veulent construire un barrage, inonder la vallée. La famille de Yuma résiste. Elle est exterminée. Le jeune indien prend la fuite et jure de se venger. Il sera aidé par Kraa qui lui aussi a du affronter les hommes blancs. Âpre et violente, cette bande dessinée, si l'on oublie son côté parfois un peu trop manichéen, est passionnante. On s'imagine dans ces contrées vierges, admirant la complicité entre l'enfant et le rapace.

« Kraa », Casterman, 18 €

09:03 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sokal, kraa, casterman

11/10/2010

Amitié d'été

 

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Les vacances viennent à peine de débuter. Léopold arrive enfin. Il saute de la voiture de ses parents et se précipite vers la plage. Il sait que c'est là qu'il retrouvera Garance, sa copine d'été. Deux enfants, le soleil, la mer, des journées d'insouciance : « Garance » est un album jeunesse simple et fort écrit par Séverine Gauthier, dessiné par Thomas Labourot et mis en couleur par Christian Lerolle. Les premières planches montrent la joie des retrouvailles entre les deux amis. Une belle complicité qui va les conduire très loin. Car Garance a un secret. Elle affirme pouvoir marcher sur l'eau. Elle tient ce pouvoir de son père, un géant vivant sur une île, loin dans l'océan. C'est lui, en battant des pieds dans l'eau qui fabrique les vagues. Léopold est émerveillé par cette histoire, même s'il sait parfaitement que le papa de Garance est mort... Un matin, ils décideront de rejoindre le géant. A bord d'une petite barque. Histoire de vacances émouvante, dessins simples, couleurs lumineuses : une belle réussite.

« Garance », Delcourt, 9,40 €

10/10/2010

Famille féroce

Roman extrême, « Féroces » de Richard Goolrick plonge le lecteur dans une famille américaine des années 50. Famille aux secrets sordides.

 

Féroces.jpgIl est des romans qui vous laissent des souvenirs profonds, comme des blessures qui mettront des semaines à cicatriser. Et des années plus tard, vous aurez toujours cette marque superficielle, réminiscence de l'histoire vous ayant touché. « Féroces » de Richard Goolrick est ce ces œuvres. On ne sort pas intact de ce récit, apparemment décousu, de son enfance et sa vie d'adulte, avant que l'écriture ne le libère de tous ses démons.

Pour se raconter, Robert Goolrick commence par présenter ses parents. Ce qu'ils sont devenus. Notamment les obsèques de son père. Un vieux monsieur, alcoolique, sale, dont la maison était infestée de rats. Sa femme était morte six années auparavant. Elle aussi « parce qu'elle buvait trop. »

 

Beaux et intelligents

L'auteur se souvient ce son enfance. Quand ses parents étaient littéralement adulés dans cette petite ville du sud profond des USA, dans les années 50. « Non seulement mon père et ma mère étaient doués pour l'organisation des fêtes, avec leur générosité et leur intelligence, mais ils étaient aussi doués pour aller aux fêtes. On les adorait pour leur sens de l'humour et leur charme, pour leur beauté et leur minceur. » Richard aurait donc tout eu pour vivre une enfance heureuse en compagnie de son frère et de sa sœur. Mais les membres de sa famille étaient « féroces ».

C'est un jeune adulte traumatisé, profondément dépressif, qui tente de s'émanciper. Sans détour, il explique comment la vie lui est devenue impossible. « Je vivais seul. Je m'étais toujours senti seul, isolé des gens réels, même lorsque j'étais impliqué dans l'une de mes histoires d'amour chaotiques, des histoires qui échouaient du fait de ma propre lassitude, des cruautés ineptes des hommes et femmes que j'avais choisi d'aimer. »

 

La lame du salut

Il passe son temps à faire semblant, cherchant un échappatoire. Il croit le trouver en faisant l'acquisition d'une lame de rasoir. Et de se faire mal pour faire baisser la pression : « La peau céda facilement, et le sang s'écoula le long de mon bras jusque dans ma main repliée, puis sur les draps. La douleur était atroce. » Il recommencera, jour après jour, jusqu'à l'obsession. « Mon bras gauche était saturé. Il n'était plus que de la viande hachée. J'attaquais le bras droit, avec le vertige de la chair neuve. Mes bras n'étaient qu'un entrelacs de blessures. Une toile d'araignée sanguinolente. »

Des passages difficiles qui ont pourtant le pouvoir de nous envoûter. Robert Goolrick, a froid, se met à nu et amène le lecteur vers ce qui a tout déclenché dans sa petite enfance. Un traumatisme donnant une dimension supplémentaire à ce roman déjà exceptionnel. Et d'y consacrer tout un chapitre intitulé « Comment j'ai pu continuer ? ». Finalement il a survécu. Et un écrivain majeur est né.

« Féroces », Richard Goolrick, Anne Carrière, 20,50 €

PS : Ceci est ma 1500e note-chronique sur le blog. Question symbole, cela tombe bien car ce roman est certainement un de ceux qui m'aura le plus bouleversé ces dernières années.

09/10/2010

Etat tueur

 

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Avec Sisco, flic des services secrets de l'Elysée, ça ne plaisante pas. Après avoir éliminé un conseiller mettant en danger la réputation du président, il se lance à la poursuite d'une journaliste en possession d'une preuve de ce crime d'Etat. Le premier tome allait à 100 à l'heure, le second est encore plus frénétique. Sisco localise la journaliste, mais au moment où il va l'abattre, il est lui même la cible d'un collègue. Blessé, il parvient à s'enfuir et se transforme de chasseur en gibier. Benec, le scénariste, plonge le lecteur au cœur d'un service occulte où tous les coups sont permis. Lutte de pouvoir et secret d'Etat semblent donner tous les droits à ces officines totalement en marge de la légalité. Thomas Legrain, le dessinateur, au trait encore un peu trop photographique, est entièrement au service du récit. On devine pourtant un talent qui ne demande qu'à éclater, avec notamment quelques cases très réussies dignes d'un Gigi ou d'un Gillon de la meilleure époque.

« Sisco » (tome 2), Le Lombard, 10,95 €

08:14 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : benec, legrain, sisco, lombard

08/10/2010

Shérif mentaliste

 

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Andrew Barrymore a des petits airs de « Mentalist », la série policière qui cartonne actuellement sur les petits écrans. Avec une bonne dose d'humour en plus. Andrew est un jeune citadin (il sort d'une école de détective de San Francisco) débarquant à Old Creek Town, petite bourgade perdue au fin fond du far-west. Il sera l'adjoint de Jim Patherson qui n'a pas inventé la poudre mais sait se faire respecter. Andrew va rapidement pouvoir faire ses preuves car le lendemain de son arrivée l'épicier du village est retrouvé assassiné dans son magasin. Le crâne fracassé, le coffre-fort ouvert et vide. A force d'observations et de déductions Andrew va démasquer le coupable avant de se raviser et démontrer que la solution est plus complexe. Une nouvelle série écrite par Délestret très à l'aise dans cette histoire bourrée d'énigmes. Valambois, au dessin, apporte une touche très personnelle à une BD très classique sur le fond mais particulièrement originale sur la forme.

« Les enquêtes d'Andrew Barrymore » (tome 1), Dargaud, 11,50 €

07:50 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : délestret, valambois, dargaud

07/10/2010

Pastiche hilarant

 

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« La guerre des étoiles » est devenue en quelques décennies une référence absolue en matière de conte et de quête. Parfois imitée, souvent pastichée, la saga de Georges Lucas a bâti l'imaginaire de nombre de créateurs actuels. Bourhis et Spiessert y sont allé de leur parodie dans cet album intitulé « Naguère les étoiles ». En reprenant presque scène par scène, les auteurs transposent l'histoire dans un moyen âge de pacotille. Luke Skywalker devient Jean-Luc Haut-le-Cœur et il croise sur sa route le seigneur Salvador, la princesse Leica, Maître Yoga et Yann Kersolo. Les deux robots sont des druides et le vaisseau de Yann un véritable faucon, millénaire... Tout en étant une histoire à suivre, chaque séquence est formée d'un gag d'une demi-planche. A la fin de l'album, vous aurez rit ou sourit 92 fois, notamment grâce à des dialogues aux petits oignons. Le tome deux est annoncé pour novembre et comme l'original, il y aura trois épisodes.

« Naguère les étoiles » (tome 1), Delcourt, 10,50 €

08:04 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bourhis, spiessert, delcourt

06/10/2010

Rêver à bord du Léviathan

Leviathan.jpgAvec « Leviathan », première partie de sa nouvelle trilogie, Scott Westerfeld fait encore plus fort que ses précédentes séries, « Uglies » et « Midnighters ». Il retrouve un genre qu'il apprécie particulièrement, la science-fiction tendance uchronie. L'action se déroule en 1914 en Europe. Le continent est toujours partagé en deux grands empires, Anglais Français et Russes d'un côté, Allemands, Autrichiens et Turcs de l'autre. La grande différence ce sont les technologies. Le premier bloc est darwiniste, le second clanker. Les savants darwinistes ont fait des croisements d'animaux pour les mettre au service des humains. Les clankers ont construit des machines. Deux conceptions totalement différentes de la vie, comme deux évolutions parallèles de notre société. Ce roman pour la jeunesse (plutôt les adolescents) a pour héros deux fortes personnalités. Alek, héritier de l'empire austro-hongrois, en fuite après l'assassinat de ses parents par des rebelles serbes et Deryn, jeune fille se faisant passer pour un garçon pour réaliser son rêve, devenir pilote dans l'air service britannique. La fuite d'Alek se fera à bord d'un mécanopode, « l'appareil dépassait le toit des écuries, ses deux pieds métalliques plantés dans la terre meuble du paddock. Il ne s'agissait pas d'une machine d'entraînement mais d'un véritable engin de guerre. Avec un canon ventral, et les museaux épais de deux mitrailleuses Spandau de part et d'autre de son énorme tête. »

Deryn, de son côté, sera affectée sur le Leviathan, « le premier des grands souffleurs d'hydrogène » conçu à partir d'une baleine dont les gaz remplissent des poches lui permettant de voler. « La créature était colossale. De forme cylindrique, elle ressemblait à un zeppelin, mais ses flancs hérissés de cils palpitaient doucement, et une nuée de chauve-souris et d'oiseaux symbiotiques l'environnait. » Une histoire palpitante, des personnages attachants, des inventions qui font rêver : ces 440 pages se dévorent comme un roman de Jules Verne.

« Léviathan », Scott Westerfeld, Pocket Jeunesse, 19 €

05/10/2010

Soldats, bouffons !

Amélie Nothomb parvient encore à nous surprendre avec son sujet de prédilection : les problèmes de compulsions alimentaires.

 

Une forme de vie.jpgA chaque rentrée littéraire, Amélie Nothomb sort une nouveauté et se retrouve en tête des ventes. Même si cette année elle doit partager les premières places avec Michel Houellebecq et Virginie Despentes, l'excentrique romancière a toujours son lot de fidèles. Et les habitués ne seront pas dépaysés puisqu'elle centre une nouvelle fois son histoire sur les rapports de l'homme avec la nourriture. Elle s'essaye également à l'autofiction puisqu'elle se met directement en scène.

Amélie Nothomb met un point d'honneur à répondre à toutes les lettres qu'elle reçoit. Et ce matin-là, dans son courrier, elle est interpellée par un pli en provenance d'Irak. C'est un soldat américain, Melvin Mapple, basé à Bagdad, qui « souffre comme un chien » et a « besoin d'un peu de compréhension. » Intriguée, Amélie lui répond et une véritable correspondance va se mettre en place entre la romancière et le militaire.

 

La graisse contre les armes

Ce dernier lui explique qu'il s'est mis à grossir pour ne plus aller au combat. Pesant 180 kilos, il est quasi immobile, devenu inutile dans cette armée d'occupation. Dans des lettres de plus en plus longues, il explique ses motivations à la romancière qui se passionne de plus en plus pour ce cas extraordinaire. Melvin prétend que « de toutes les drogues, la bouffe est la plus nocive et la plus addictive. Il faut manger pour vivre paraît-il. Nous, nous mangeons pour mourir. C'est le seul suicide à notre disposition. Nous semblons à peine humains tant nous sommes énormes, pourtant ce sont les plus humains d'entre nous qui ont sombré dans la boulimie. » Melvin va tout raconter à Amélie. Allant jusqu'à lui envoyer une photo de lui, nu.

Les lettres mettant du temps pour franchir la distance entre Bagdad et Paris, Amélie Nothomb « meuble » en détaillant sa vie d'auteur de best-sellers. Relatant sa rencontre avec « une jeune romancière de talent », elle constate qu'elle « était tellement chargée en Xanax que la communication fut brouillée ». Et de revenir sur sa passion épistolaire : « Malgré la sympathie qu'elle m'inspirait, je me rendais compte que j'aurais préféré une lettre d'elle à sa présence. Est-ce une pathologie due à l'hégémonie du courrier dans ma vie ? Rares sont les êtres dont la compagnie m'est plus agréable que ne le serait une missive d'eux – à supposer, bien sûr, qu'ils possèdent un minimum de talent épistolaire. »

Ce roman, aérien malgré la lourdeur du personnage principal, va cependant changer totalement de direction dans le dernier tiers. Une pirouette comme seule Amélie Nothomb sait les fabriquer, rendant crédibles l'ultime rebondissement et la chute finale.

« Une forme de vie », Amélie Nothomb, Albin Michel, 15,90 €

04/10/2010

Jeunes du passé

 

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1936. Le Front Populaire bouleverse la France. Fernand, jeune paysan provençal, monte à Paris pour y suivre des études de médecine. Il sera hébergé par la famille d'un riche industriel. Il s'est lié d'amitié avec André, le fils passant ses vacances dans le Sud. Dans la capitale, Fernand va découvrir les luttes politiques, les femmes et les bonnes manières. Ce sont surtout les femmes qui vont le changer, de la chanteuse de cabaret à la voisine, bourgeoise mariée, mais si belle. Côté politique, il va s'engager à gauche, avec André, militant pour l'intervention en Espagne où les Républicains sont en danger. Cette première œuvre de Jean-Sébastien Bordas, décrit une jeunesse française entre insouciance et grandes causes.

« Le recul du fusil » (tome 1), Soleil Quadrants, 11,50 €

03/10/2010

Coiffeur et rêveur

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Chronique sociale de notre époque, « Les gens honnêtes » est l'exemple type de ces BD sans prétention qui vous laissent longtemps rêveur et ragaillardi une fois terminée. Philippe, au chômage, abandonné par sa femme, se laisse vivre au gré des rencontres. Un libraire amateur de bon vin, une serveuse au bar du TGV... il va tenter de se relancer dans la vie active. Pourquoi ne pas utiliser le temps du trajet en train entre Paris et Bordeaux pour coiffer les passagers. Il ouvre son salon nomade et après des débuts difficiles, remporte un beau succès. Cette BD, entre Paris et Bordeaux avec des escales à Sauternes, est écrite par Gibrat. Durieux, au trait réaliste élégant et sans effet, donne encore plus de vie à ces gens honnêtes et surtout attachants.

« Les gens honnêtes » (tome 2), Dupuis, 14,50 €

02/10/2010

Noirs souvenirs

 

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Deux scénaristes (et pas des moindres) se sont associés pour cette histoire de vengeance et de culpabilité. Frank Giroud et Denis Lapière, sur plusieurs années, ont écrit de concert ce long thriller magnifié graphiquement par Ralph Meyer. Kerry, jeune journaliste américaine, tente d'obtenir l'interview de Carson McNeal, l'écrivain à succès dont on ne connait ni le visage si son lieu de résidence. La rusée blondinette va le localiser et le séduire. Elle découvrira les premiers chapitres de son nouveau roman, l'histoire d'Afia, une rescapée libanaise recherchant les assassins de sa famille. Un double récit (avec deux techniques de dessins radicalement différentes) qui finira par s'imbriquer et se confondre. Si vous avez décidé de n'acheter qu'un seul album pour cette rentrée, « Page noire » est celui-ci.

« Page noire », Futuropolis, 18 €

01/10/2010

Feu les souvenirs

 

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Parmi les très (trop ?) nombreuses nouveautés de la rentrée, ne manquez par cette ambitieuse série mêlant science et fantastique. « Phoenix », en plus d'une intrigue prenante et palpitante de Jean-Charles Gaudin, bénéficie du dessin exceptionnel de Frédéric Peynet. Après avoir fait l'étalage de toute son imagination dans le Feul, histoire d'Heroic-fantasy, ce dessinateur montre sa dextérité dans une histoire contemporaine criante de vérité. Tout débute sur une petite île du Pacifique. Cinq enfants ont bravé le couvre-feu et se retrouvent au centre d'une expérience qui va modifier leur vie. 20 ans plus tard, un de ces enfants, Jonathan Caldwell, souffre de maux de tête se transformant parfois en hallucinations. Entre les USA et Paris où il se rend pour son travail de traducteur, il va lentement mais sûrement entrer de plain-pied dans un cauchemar sans fin. Il y a un petit côté « Lost » dans cette série jouant à fond le feuilleton avec révélations et rebondissements aux moments clés de l'histoire.

« Phoenix » (tome 1), Soleil, 13,50 €

10:52 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaudin, peynet, phoenix, soleil

30/09/2010

L'enfer du bureau

 

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A l'heure du débat sur l'âge de la retraite et de la pénibilité de certains emplois, cet album vient éclairer d'un regard nouveau le travail de bureau. Certes, il n'est pas difficile physiquement de faire des photocopies, mais la pression morale peut parfois faire encore plus de dégâts que des tonnes de parpaings à transporter. James dans sa série de gags « Dans mon Open Space » décrit avec une acuité redoutable ces petit désagréments du quotidien. Et tout en faisant œuvre de critique sociale, il nous fait rire en brocardant le machiavélisme de certains chefs ou directeurs. Dans cette entreprise de textile, le thème de la délocalisation est bien évidemment abordée, de même que la protection de l'environnement. Les solutions prônées sont parfois radicales : « On va lancer une nouvelle ligne de lingerie 100 % recyclable, en toile de jute. On n'en vend pas, on n'en produit pas... on sauve la planète ! ». La séquence sur la venue d'un trader en phase de désintoxication de bonus colle particulièrement à l'actualité. Une BD à faire lire dans toutes les écoles de commerce.

« Dans mon open space » (tome 3), Dargaud, 10,95 €

07:50 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : james, open space, dargaud

29/09/2010

Punk et escroquerie

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Londres, 1977. La capitale anglaise est sous tension. Alors que la Reine va fêter son jubilé, quelques énergumènes vont faire scandale sur la Tamise. Les Sex Pistols, groupe phare de la scène punk, prônent l'anarchie. La brigade fluviale est réquisitionnée pour empêcher tout débordement. Toute la brigade fluviale. Une bonne occasion pour des trafiquants de drogue voulant profiter de ce moment pour vendre des centaines de kilos d'héroïne en toute tranquillité sur les quais. Ce quatrième album de la série « Le Casse » est écrit par Fred Duval et dessiné par Christophe Quet. Autour des différents personnages, un flic malade, un jeune dealer, des truands de la vieille école et quelques flics ripoux à la solde de politiques encore plus corrompus, c'est une machiavélique machination qui est décrite avec minutie. Un plan très élaboré où les victimes seront nombreuses, dans tous les camps. Un regard décalé sur cette période de la vie londonienne, le désespoir de la jeunesse annonçant les années Thatcher. Le dessin sombre et charbonneux de Quet donne une dimension dramatique supplémentaire à cette histoire noire, très noire.

« Le casse » (tome 4), Delcourt, 13,95 €

 

28/09/2010

Les plaies de Manhattan

Le 11 Septembre 2001 a fait des milliers de victimes. Dans ce roman, Thomas B. Reverdy s'intéresse aux familles endeuillées.

 

REVERDY THOMAS-Jeremy Stigter 1.jpgL'action se déroule en août 2003 à New York. Autour de Ground Zero. Un des personnages, Simon, est un écrivain français venu donner des cours d'écriture. Il est également là pour écrire un roman sur le 11 Septembre. Rencontrer des témoins. « Il avait suivi un groupe de parole. Des victimes du 11 Septembre, des familles de victimes. »

Au fil des pages, Simon va croiser les autres protagonistes du roman, eux aussi marqués par ce jour noir de l'Amérique. Candice est serveuse dans un bar. Candice qui avait de grand projets avec Gregg. Mais Gregg n'est plus là. Il était dans les Twin Towers le jour de l'attaque. Il a disparu. Réduit en poussière. Dans les décombres, les secours ont retrouvé son portefeuille. Candice tente de survivre depuis. Difficilement.

Pete aussi a vu sa vie basculer après le 11 septembre. Policier à l'époque, il a participé aux premiers secours. Il s'est retrouvé, impuissant, au pied des tours. Voyant les corps tomber, les pompiers et certains de ses collègues se faire engloutir par les milliers de tonnes de béton et d'acier s'effondrant comme un château de cartes. Pete n'est plus policier. Il est guide. C'est lui qui conduit les groupes de touristes sur le site. Un chantier, un trou, où des ouvriers s'activent, déblaient, creusent. Un lieu de pèlerinage pour les familles des victimes. « Ce qui est frappant dans le cas de Ground Zero, c'est la nature même du site. Transitoire. Ground Zero n'est pas un site. C'est ce qui reste des tours jumelles et qui n'est pas encore la tour de la Liberté. Ground Zero n'existe pas. C'est une fiction. Entre le fantôme du World Trade et le rêve de la Freedom Tower, c'est le lieu de la disparition. » Le fameux « Envers du monde » donnant son titre au roman.

 

La prière du musulman

A ces vies en morceau, se greffe une enquête policière. Sur le chantier, le corps d'un ouvrier arabe est découvert. Chute ou meurtre ? Le commandant O'Malley va mener une enquête où nombre de plaies vont se rouvrir. Cet ouvrier, Pete l'avait déjà remarqué. A la pose, il s'était isolé et avait fait sa prière vers la Mecque. Pour le l'ex-policier américain, c'était un sacrilège. Quand il le croise, un soir, dans le bar de Candice, il explose. « J'suis un putain de patriote ! Un vétéran, moi ! » hurle Pete en déclenchant la bagarre se transformant en lynchage : « Ils donnent de formidables coups de pied dans la forme à terre, recroquevillée, sombre, qui ne bouge plus, mais tressaute et se déforme comme un sac de grains, sauf que c'est un sac de viande et d'os qui se brisent, avec le bruit d'un poulet qu'on désosse, un sac de chairs qui explosent et viennent teindre de sang la surface de la peau, les vêtements, comme des étoiles de feu d'artifice. » Un déchaînement de violence collective, comme pour tenter d'assouvir une vengeance qui ne viendra jamais.

Le roman de Thomas B. Reverdy explore les âmes éternellement blessées et torturées de ces hommes et femmes, victimes d'ennemis invisibles. Deux ans après les faits, le souvenir était vif. Aujourd'hui il est toujours aussi délicat, et la polémique autour du récent projet de mosquée dans le quartier donne un éclairage particulier à ce roman.

« L'envers du monde » de Thomas B. Reverdy, Seuil, 18 € (Photo Jeremy Stigter)

27/09/2010

Arnaque, bananes et cacahuètes

 

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Sorte de remake allumé de la Planète des singes, « Monkey Bizness » est le sombre avenir que l'on réserve aux générations futures. Mais El Diablo (scénario) et Pozla (dessinateur) préfèrent l'humour aux grandes théories inquiétantes. L'Humanité s'est donc auto-détruite et les animaux, après avoir évolué, ont pris le pouvoir. Dans la ville de Los Animales, Jack Mandrill le babouin et Hammerfist le gorille profitent de la vie : poker, alcool, filles faciles. A leurs ennemis, ils répondent par la violence... Ces histoires courtes sont une occasion rêvée pour critiquer les travers de notre société actuelle. Une BD animalière enrichie à la conscience politique.

« Monkey Bizness », Ankama éditions, 14,90 €

25/09/2010

Le pont de Sépharée

 

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En se lançant dans l'adaptation de « Sept cavaliers » de Jean Raspail, Jacques Terpant prenait un risque. Le risque d'une certaine qualité littéraire et d'un classicisme absolu qui, à priori, ne sont pas dans les habitudes des lecteurs de BD. Mais le talent, associé à l'honnêteté et la foi, déplace des montagnes. Voici dont le troisième et dernier volet de cette série. La petite troupe continue de sillonner le pays dévasté par les envahisseurs et la révolte. Certains désespèrent, d'autres se révèlent. Et au bout du chemin, après le Pont de Sépharée, surgit la nouvelle réalité de ce monde. Poétique, épique, passionnant : une œuvre essentielle de ces dix dernières années.

« Sept cavaliers » (tome 3), Delcourt, 13,95 €

 

24/09/2010

Alerte aux Zorkons

 

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51e album et nouveau départ pour Spirou et Fantasio, la série phare des éditions Dupuis. Après l'intermède Morvan Munuera, les destinées de ces personnages ont été confiées à Yoann et Vehlmann. Ils s'étaient déjà frotté au mythe en inaugurant la collection parallèle « Une aventure de Spirou et Fantasio par... » Alerte aux Zorkons se déroule exclusivement à Champignac, mais le village est méconnaissable. Il s'est transformé en jungle hostile après une expérience malheureuse de Zorglub. Plantes carnivores, pieuvres végétales et singes ignares terrorisent les derniers habitants. Un album de 56 pages plaisant même si les fameux Zorkons risquent de faire cauchemarder les plus jeunes.

« Spirou et Fantasio » (tome 51), Dupuis, 9,95 €

08:58 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yoann, vehlmann, spirou, fantasio, dupuis

23/09/2010

La malédiction des Gitans

 

 

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Si les Gitans sont au centre de l'actualité depuis quelques mois, cela n'est cependant pas une nouveauté. Cette nouvelle série dessinée par Duval sur un scénario de Bonifay est parfaite pour rafraichir notre mémoire. Au 17e siècle, dans le Sud-Ouest, Nadau, un jeune ébéniste, tombe fou amoureux d'Angelina. Problème, Angelina est une Gitane. De plus, elle a un jumelle, Leane, qui lui ressemble trait pour trait. Régulièrement, elle aussi va se bécoter avec Nadau. Ce dernier devra braver les autres membres de la communauté pour prendre pour épouses les deux sœurs. Le reste de l'album conte l'errance de ce trio filant le parfait amour. Mais qui n'est jamais le bienvenu. L'Histoire bégaye... Ils partiront vers les Antilles et croiseront au cours de la traversée des pirates sanguinaires. Une BD où le vent de l'aventure souffle en tempête. Les deux Gitanes sont d'une rare sensualité. On envie ce chanceux de Nadau, même si les embûches sont nombreuses.

« Gitans des mers » (tome 1), Dupuis, 14,50 €

13:04 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gitans, duval, bonifay, dupuis

08/09/2010

Neige : l'origine

 

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Quand, au début des années 80, les premières planches de la série « Neige » parurent dans l'hebdomadaire Tintin, le choc a été grand pour nombre de lecteurs. Cette histoire de science-fiction, écrite par Convard et dessinée par Gine, était prémonitoire puisqu'elle abordait la problématique du dérèglement du climat. Dans ce futur proche, c'est un froid glacial qui s'est abattu sur toute l'Europe plongeant le vieux continent dans une ère de barbarie. On retrouve tous ces ingrédients dans « Neige Fondation », série qui va dévoiler l'origine du bébé découvert dans le premier tome originel. Si Convard chapeaute toujours le scénario, il est aidé par Adam et le dessin est assuré par Poli et Hostache. Durant le premières pages, on suit les membres du clan des Vol-ce-l'Est. Ils chassent dans les forêts, mais doivent rejoindre une ville car deux femmes sont sur le point d'accoucher. C'est là qu'ils seront aux prises avec les Croque-Mitaines, des brigands tuant les adultes, enlevant les enfants. Un prolongement de l'univers de Neige manquant un peu de saveur mais qui plaira aux nombreux inconditionnels en état de manque.

« Neige Fondation » (tome 1), Glénat, 13,50 €

 

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