23/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Moche et puant

moche, gueules cassées, camembert, céréales, gaspillageAprès les fruits et légumes "moches" vendus 30 % moins chers dans certaines grandes surfaces, d'autres initiatives du même acabit fleurissent en France. La mode du moche à outrance semble bien partie. Tant mieux, car il s'agit avant tout de lutter contre le gaspillage alimentaire. Sous l'appellation générique des "Gueules cassées", vous pourrez bientôt petit déjeuner avec des céréales savoureuses mais qui ont pour seul petit défaut d'avoir une tête qui ne correspond pas exactement à l'emballage.

Vendues à moins d'un euro le paquet de 400 grammes, elles ont le même goût et la même valeur énergétique que les originales, les "jolies". Pour cause de couleur, grosseur ou forme déficientes, les fabricants jettent près de 30 % de leur production. L'idée est de récupérer ce rebut et de le commercialiser. L'autre avantage consiste évidemment à proposer des produits à moindre prix. Toujours appréciable en cette période de budgets serrés.

Vous pourrez également prochainement manger du camembert "gueule cassée" car pas assez... lisse. En vieillissant, certains fromages prennent des rides inacceptables. Ils ne partiront plus directement à la décharge comme c'est la règle habituellement mais finiront dans votre assiette, comme leurs collègues lisses et parfaits.

Les gourmets apprécieront car un camembert digne de ce nom doit, non seulement être moche mais en plus puant. Personnellement, le seul "calendos" qui n'a aucune chance de finir dans mon estomac, est celui qui ne sent pas à dix mètres à la ronde...

DVD : Annabelle, experte en cauchemar

annabelle, horreur, poupée, warner brosVéritable phénomène de société lors de sa sortie en salles, le film d’horreur Annabelle de John R. Leonetti (produit par James Wan) arrive en DVD et blu-ray pour vous terroriser à domicile. Annabelle c’est le nom de cette poupée aux yeux gigantesques et aux pouvoirs démoniaques. Durant son exploitation en salles, certains passages ont provoqué de véritables scènes d’hystérie. Une fois dans votre salon, le film perd un peu de sa puissance, mais reste quand même un futur classique.

John (Ward Horton) et Mia (Annabelle Wallis) vont avoir un bébé. Une nuit, un couple de satanistes massacre leurs voisins et les attaque. La femme se réfugie dans la chambre et se suicide avec la poupée Annabelle sur les genoux. Quelques mois plus tard, le cauchemar reprend...

 

 

« Annabelle », Warner Bros, 19,99 euros le DVD, 24,99 euros le blu-ray.

 

22/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Canard ou connard ?

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« Mon connard » livre sous-titré « Canard ou connard ? La différence ne tient pas qu'à deux lettres », est écrit par des femmes, pour des femmes. Alors messieurs, passez votre chemin à moins que vous n'acceptiez de lire quelques considérations peu flatteuses envers le sexe dit fort. A la base, les textes courts repris dans ce volume pratique et hilarant ont été publiés par des internautes sur le site MonConnard.com créé par Jessie Navega et Hajar Bouraqia, deux trentenaires bien dans leur peau.

Elles ont eu l'idée de partager quelques galères sentimentales d'anthologie. Avec la possibilité pour les visiteurs du site de participer en décidant si l'homme au centre de l'anecdote est un canard « homme romantique, attentionné et généreux » ou un connard « homme déplaisant, goujat, sans scrupules ».

Pour nombre d'histoires, la question ne se pose pas, tant l'outrecuidance du mâle en cause est flagrante. Exemples : « Le mec qui me largue le jour du nouvel an en me disant Bonne année, mais pas avec toi ! » ; « Le mec qui te drague au bar pendant que sa nana est aux toilettes »...  Ces situations classées par thèmes, de baratin à goujaterie en passant par infidélité et bien entendu sexe, prêtent souvent à rire. Elles sont aussi désespérantes tant les hommes ont cette propension à démontrer sans cesse leur manque total de tact et de respect.

Je ne sais pas si les canards sont nombreux, mais les connards ne sont pas près de disparaître de la surface de la planète...

« Mon connard », éditions Hugo Desinge, 10 euros

BD : L'arbre magique de Corbeyran et Alice Picard

 

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Un arbre magique, abritant des milliers d'esprits comme autant de dieux. La base du scénario de cette nouvelle série de fantasy écrite par Corbeyran a des airs de roman vintage signé Julia Verlanger (Gilles Thomas au Fleuve Noir). Dans ce royaume où la noblesse vit dans le luxe et l’opulence, le peuple ne veut pas des nouvelles croyances. En secret, il continue à vénérer cet arbre magique. Alors pour asseoir définitivement son pouvoir, le roi (et surtout sa femme) décide de faire abattre ce symbole du passé. Mais pour que cette destruction soit efficace, il demande de l'aide à un sorcier qui recommande de sacrifier un des princes. Ce sera Noor, le plus rebelle, le plus éduqué et sensible aux anciennes croyances. Noor va être expédié dans le monde des esprits. Une « presque mort » qui lui permet de contrer la mort de l'arbre. Le récit s'étale sur plusieurs années, avec une fin inéluctable. Cet album, en plus de l'intrigue très plaisante, donne la possibilité à Alice Picard, la dessinatrice, de briller dans ce qu'elle maitrise à merveille : la couleur directe. Certaines planches sont d'une richesse étonnante, notamment toutes les scènes oniriques se déroulant dans ce fameux monde des esprits.

« La légende de Noor » (tome 1), Delcourt, 14,95 €

 

 

09:29 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noor, arbre, magie, corbeyran, picard, delcourt

21/02/2015

Livre : Il pleuvait des oiseaux

 

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Dans les forêts du grand Nord, une photographe découvre deux ermites octogénaires. Un roman tendre et émouvant sur l'oubli, la fin de vie et la solitude. La solitude se mérite. Elle se choisit aussi. « Il pleuvait des oiseaux », premier roman publié en France de la québécoise Jocelyne Saucier se lit comme une retraite spirituelle quand on se retire dans une cabane perdue au fond des bois. Ces forêts, immenses, hostiles, sauvages, sont omniprésentes dans le récit. Le texte, sensible, fait la part belle aux souvenirs, au temps qui passe, inexorablement. On ne sort pas indemne d'un récit où l'on ne peut que se projeter en fonction du nombre théorique d'années que l'on pense encore passer sur terre. (Folio, 7 €)

 

10:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : canada, vieux, saucier, folio

20/02/2015

BD : Bourreau, triste métier

 

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Stakhanoviste du gag, Cazenove, tel un Cauvin au faîte de sa gloire, délaisse ses nombreuses séries comiques le temps d'un album de 48 pages, avec une intrigue, des personnages plus profonds et beaucoup de rires (on ne se débarrasse pas du naturel aussi facilement...) Dans un Moyen âge idéalisé, le jeune Piik aime traîner dans la nature en compagnie de son jeune renard apprivoisé. S'il n'a plus sa maman, morte peu de temps après sa naissance, il lui reste son papa. Pour son plus grand malheur. Ce n'est pas qu'il soit méchant avec son fils, au contraire. Simplement Piik redoute le moment où il va devoir prendre la relève de son père. Un métier qui se transmet de génération en génération : bourreau. Pour éviter cette malédiction, l'enfant multiplie les ruses. Cela donne un éventail considérable de gags récurrents où la pâte de Cazenove fait merveille. Le salut de Piik passera peut-être par un message de sa mère. Encore faut-il qu'il apprenne à lire. Dessinée par Cécile, cette première aventure de Piik a des airs de « Royaume » de Féroumont. Un dessin rond et efficace, au service du récit.

 

« Le livre de Piik », Bamboo, 10,60 €

 

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DE CHOSES ET D'AUTRES : Les vieux se rebiffent

Encore deux jours à tenir. Trois dans le pire des cas. Deux jours avant que vos enfants ne viennent récupérer leurs chérubins confiés aux bons soins de papy et mamy durant les vacances scolaires.

On a longtemps cru que les grands-parents acceptaient de jouer les baby sitters de secours avec plaisir. Un sondage réalisé par OpinionWay pour Belambra (le "seul Club de vacances à proposer un Club enfants dès 3 mois") permet de connaître tous les sons de cloches. D'une façon générale, 83 % des Français estiment que les grands-parents apprécient de partir en vacances avec leurs petits-enfants. Mais ce même sondage fait ressortir que 67 % des plus de 65 ans estiment qu'il vaudrait parfois mieux "les avoir en photos" que de les garder plusieurs jours d'affilée.

Papy et mamy en ont assez de jouer les parents de substitution. Et ils éprouvent un réel soulagement de voir repartir ces gentils bambins, certes, mais pas toujours sur la même longueur d'onde. Sans compter que l'agenda du "troisième âge" d'aujourd'hui s'avère souvent bien rempli. Et peu gratifiant le rejet ou l'indifférence quasi systématiques à leurs propositions.

Une partie de petits chevaux ? Ah non papy, plutôt une bonne baston dans "Call of duty". Une sortie au musée ? Quitte à faire une sieste, autant rester dans le canapé. Et au cinéma, "La famille Bélier" ça te dit ? A choisir, je préfère "Cinquante nuances de Grey". "Pas possible, répond Papy. Tu es trop jeune et de toute manière Mamy l'a déjà vu avec ses copines... »

Dans deux jours ce sera du passé. Vous pourrez reprendre une vie normale. Et penser : vivement Pâques...

19/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Passagers clandestins

mocrobes, bactéries, avion, transportChaque moyen de transport collectif a son type spécifique de passager clandestin. Du désespéré qui se glisse dans le train d'atterrissage d'un Jumbo en passant par le malin qui saute au-dessus des tourniquets du métro, ils sont toujours plus nombreux.

Pourtant il est bien une catégorie de voyageurs embusqués que l'on retrouve partout et en nombre beaucoup plus important mais qui passent toujours inaperçus : les bactéries. Une étude américaine vient de démontrer que les redoutables E. coli et staphylocoque doré peuvent survivre de 96 à 168 heures dans certains éléments des cabines d'avion comme les accoudoirs, les poches situées sur les dossiers, ou encore les tablettes.

Vu l'utilisation intensive des appareils, ces bactéries se paient à peu de frais un joli tour du monde. Si encore elles restaient bien planquées au fond de la pochette... Mais elles ont la fâcheuse habitude de ne pas rester en place. Séduites par les multiples passagers (qui eux ont payé très cher le droit de s'ankyloser dans ces sièges exigus), elles circulent de corps en corps, contaminant sans fin la planète.

Voilà comment, après une semaine de farniente sous les tropiques, vous revenez avec une tourista carabinée. Logiquement vous accusez la nourriture trop épicée et l'hygiène douteuse de l'hôtel trois étoiles. Erreur ! Ce que vous ramenez à la maison vous a été légué par le passager précédent qui a utilisé votre siège. Plutôt que de se laver les mains après un tour au petit coin, il a préféré "s'essuyer" sur l'accoudoir.

Prendre l'avion comporte bien sûr certains risques, même si le véritable danger ne consiste pas à s'écraser d'une hauteur de 10 000 mètres.

BD : Retour aux sources pour les descendants de pieds-noirs

 

Burton, Mahi Grand, algérie, Steinkis

Fille de pied-noir. Longtemps Olivia Burton a souffert de cette étiquette forcément péjorative dans la bouche de ses amis, plutôt urbains et de gauche. Ce passé, elle a préféré l'oublier, l'occulter. Mais il refait surface dès qu'elle se retrouve en famille et à la mort de sa grand-mère, l'envie de retourner sur la terre des ses ancêtres est plus forte que la peur de se retrouver dans une zone désertique et peu sûre. En 2011 elle prend l'avion et avec pour seul bagage une adresse et un contact, va découvrir un pays qui saura la séduire car il est « beau comme l'Amérique ». Olivia Burton a mis sur papier ce périple et c'est Mahi Grand qui s'est chargé de l'illustrer, d'un trait simple en noir et blanc, hormis les reproductions de quelques photos aux couleurs si vivantes. Mais là où le récit devient passionnant, c'est quand Olivia doit composer avec son guide, un Algérien, lui aussi déraciné car vivant en France depuis des décennies. Deux parcours, deux découvertes pour une relation qui fait des étincelles mais apporte tout son sel au voyage. Une très belle BD, entre éducation politique et douce nostalgie.  

 

« L'Algérie c'est beau comme l'Amérique », Steinkis, 20 €

 

07:56 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : burton, mahi grand, algérie, steinkis

18/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Aux ploucs de province

capdevielle, macron, parlement, paris, ploucsL'unité nationale a vécu. Même dans les rangs des députés socialistes, elle vole en éclat. L'extrême difficulté pour le gouvernement de faire adopter la loi Macron en est le dernier exemple.

Mais le psychodrame était pourtant prévisible. Certaines interventions d'élus de gauche au moment des débats donnaient déjà le ton. Pas forcément les frondeurs, les jusqu'auboutistes qui rêvent d'un destin à la Syriza. Non, il suffisait d'écouter les élus de la base, les anonymes plus souvent dans leurs permanences que sur les plateaux de télévision. Colette Capdevielle est députée des Pyrénées-Atlantiques. A priori, elle est favorable à cette loi Macron. Par contre, elle n'a pas du tout supporté la façon dont certains ténors ont présenté les choses.

Dans son intervention, reprise par La Chaîne Parlementaire, elle a mis toutes ses tripes de provinciale exaspérée par ces bêtes caricatures. "Je suis un petit peu fatiguée que l'on vienne me dire aujourd'hui ce que doit être mon dimanche". Et de lister les activités préconisées par certaines bonnes consciences comme "la spiritualité, la vie associative, culturelle, familiale, politique et sportive". "Je suis un petit peu fatiguée également, poursuit la parlementaire basque, que l'on vienne me dire qu'aller au marché n bio, bien sûr n le dimanche, c'est tout à fait convenable. Par contre, ces provinciaux et ces ploucs de province, eux, ils vont dans les jardineries et les supermarchés, et ce ne serait pas bien. Franchement, je le dis, j'en ai assez, véritablement assez d'entendre cela."

Rassurez-vous Mme Capdevielle, vous n'êtes pas la seule !


Travail du dimanche : le coup de gueule de... par LCP

17/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : La petite mort sucrée

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Dimanche, des millions de personnes dans le monde ont perdu leur pire ennemi. Leur meilleur ami aussi, parfois. Michele Ferrero est mort à 89 ans. Ce richissime italien, inventeur du Nutella, a mis au point la recette et inondé le monde entier de sa pâte à tartiner que beaucoup comparent à une drogue dure.

Normalement il est recommandé de ne pas abuser des bonnes choses. Mais comment résister à la tentation de manger du Nutella à la petite cuillère, voire à la grosse en cas d'énorme déprime ?

Ferrero disparu, le problème reste entier pour les millions de personnes qui prennent plusieurs kilos par mois en noyant leur tristesse ou leur désespoir dans ce produit miracle. Sur le moment, ça marche du feu de Dieu. Onctueux, chocolaté, fondant dans la bouche : le Nutella semble être la matérialisation même du bonheur sur terre. Méfiez-vous des apparences.

Tous les diététiciens vous diront qu'une seule bouchée est bourrée de sucre et de matières grasses. Et pas des plus nobles. Comme la fameuse huile de palme responsable de 80 % de la déforestation de la planète et suspectée de favoriser les maladies cardio-vasculaires. Elle n'aurait pas acquis ses lettres de noblesse si elle n'intervenait pour beaucoup dans la recette originale. Taper sur le Nutella est devenu une mode qui résistera à la disparition de son créateur.

Pourtant ce n'est pas le produit qui est en cause, mais notre incapacité à mettre en pratique le sempiternel "avec modération". A moins que les détracteurs de cette réussite agroalimentaire ne soient que des jaloux, envieux de la fortune colossale de feu Michele Ferrero...

DE CHOSES ET D'AUTRES : De la cuisson d'un œuf

chilmie, oeuf, urée, cuisson, cruAvancée majeure dans la recherche scientifique. Des chimistes ont découvert comment décuire un œuf. Cette trouvaille ne semble pas essentielle au premier abord, mais risque de modifier bien plus que nos habitudes culinaires.

Après avoir cuit un œuf durant 20 minutes, de cru il est devenu dur. Les chercheurs américains et australiens ont trouvé une méthode pour redonner l'aspect mou et liquide au jaune et au blanc. Les mauvais cuisiniers ont désormais la certitude d'obtenir des œufs coque parfaits quoi qu'il arrive. Vous avez dépassé les fatidiques 3 minutes ? Pas de problème, cette découverte permettra de faire marche arrière dans la cuisson. Et si le procédé fonctionne pour les œufs, pourquoi pas pour la viande ? Votre steak, demandé bleu, arrive carbonisé. Vous pourrez le renvoyer sans état d'âme en cuisine, où il sera modifié pour retrouver son aspect initial.

En extrapolant un minimum, on peut même imaginer les conséquences éthiques qui pourraient découler de ce "retour à l'état initial". Le steak, de cuit, redevient cru, puis carrément vivant. Et si en voulant décuire un œuf, les chercheurs avaient mis le doigt sur le philtre d'immortalité ?

Avant de vous enthousiasmer outre mesure, il convient peut-être de se pencher sur l'ingrédient principal utilisé dans l'expérience. Afin de reconditionner les protéines composant l'œuf cuit, il faut le recouvrir… d'urée. Un produit présent en quantité dans notre urine. Alors certes, l'œuf est à nouveau cru, mais si vous avez l'intention de l'utiliser pour monter une mayonnaise, ne vous étonnez pas de ce drôle d'arrière-goût.

08:57 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chilmie, oeuf, urée, cuisson, cru

16/02/2015

Cinéma : Des « Merveilles » italiennes fantasmagoriques et oniriques

 

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Une famille se décompose face aux défis du futur.

 

Récompensé du Grand Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, « Les Merveilles » d’Alice Rohrwacher est un film hors du temps, gracieux, onirique et fantasmagorique. Un diamant à l’état brut, qui brille dans l’obscurité, aveugle même en plein soleil. De ces œuvres qui restent longtemps dans les mémoires, comme des souvenirs enfouis au plus profond de notre mémoire mais qui jamais ne s’effacent complètement. Il y est question de merveilles mais surtout de mémoire, du temps passé, de l’oubli et de la perte d’identité. Une somme de thématiques, toutes abordées avec cette subtilité italienne si efficace quand elle est utilisée à bon escient.

 

 

La maison est délabrée. Toute la famille y vit un peu entassée, comme les anciennes tribus. Il y a le père (Sam Louwyck), la mère (Alba Rohrwacher, sœur de la réalisatrice) et leurs trois filles. La plus grande, Gelsomina (Maria Alexandra Lungu) devrait profiter de son adolescence. Mais elle est sans cesse réquisitionnée par son père pour les travaux de l’exploitation. La famille vit du miel produit par quelques dizaines de ruches disséminées dans cette campagne de la région d’Ombrie. Il faut le collecter puis, à la ferme, l’extraire et le conditionner. Un travail quasi 24 heures sur 24 qui obsède Gelsomina.

Ce quotidien parfaitement réglé, loin de l’agitation de la ville et de la vie moderne, est brouillé par deux événements. Pour gagner un peu plus d’argent, le père accepte d’accueillir un jeune délinquant allemand placé par une association. Martin, silencieux et casanier, en plus de rapporter une petite somme, sera parfait pour réaliser les travaux de force dans l’exploitation. Au même moment, une équipe de télévision vient faire des repérages dans cette campagne préservée pour tourner une émission de téléréalité sur la richesse de ce terroir préservé. Gelsomina et sa sœur Marinella sont subjuguées par la présentatrice, Milly Catena (Monica Bellucci), sorte de déesse des temps anciens à la tunique immaculée et aux longs cheveux blonds.

 

La réalisatrice va lentement dérouler son intrigue, entre hésitations des filles, renoncement du père, et envie d’émancipation de la mère. Comme si la conjugaison de tous ces événements marquait la fin d’une époque, d’une vie. Les images sont d’une rare beauté, notamment quand interviennent les milliers d’abeilles, symboles de cette campagne en pleine déliquescence pour cause de modernité. Un film beau, tout simplement.

BD : La Terre contre la Lune selon Stefan Wul

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La collection consacrée aux romans de Stefan Wul s'enrichit d'un nouvel opus. Adapté par Thierry Smolderen et dessiné par Laurent Bourlaud, il s'agit du premier roman écrit par ce Français, pharmacien de province dans le civil, devenu en moins de dix ans un formidable conteur à l'imagination foisonnante. Jâ Benal, espion à la solde du gouvernement de la terre, est envoyé sur la Lune devenue depuis trois siècles une gigantesque prison. Ce savant a pour mission de découvrir comment le gouvernement lunaire entend détruire la Terre. Entre espionnage, romance et pure science-fiction, cette première réalisation de Stefan Wul a intéressé Smolderen par son côté feuilletonesque. Sans aucune expérience, l'écrivain en devenir s'est lancé dans l'écriture sans le moindre plan ni idée de fin. Il s'est simplement laissé guider par les personnages et les événements. Un côté naïf et un peu foutraque qui pourtant fonctionne relativement bien. L'intérêt assez limité de cette œuvre de jeunesse est rehaussé par la réalisation graphique très novatrice de Laurent Bourlaud. Cela fait penser parfois au constructivisme soviétique, avec des morceaux de Brick Bradford, archétype de la science-fiction américaine des années 30. Un album un peu déroutant au début, notamment en comparaison avec les autres titres de la collection, plus classiques, mais parfaitement adapté au ton du récit entre grandiloquence et réflexion humaniste.

 

« Retour à zéro », Ankama, 14,90 €

 

15/02/2015

BD : Le rôle de Pinkerton dans l'horreur de la guerre civile américaine

 

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En décidant de retracer les aventures d'Allan Pinkerton, Rémi Guérin (scénario) et Damour (dessin) racontent en fait les pages noires et cachées de la création des États Unis d'Amérique. Ce nouveau dossier porte sur le « massacre d'Antietam ». Bataille cruciale dans la guerre de Sécession, elle est connue comme la plus sanglante de l'histoire du pays. Les blessés se comptent par dizaines de milliers et 3 600 hommes perdirent la vie en ce 17 septembre 1862. Les auteurs imaginent que Pinkerton est au centre de ce fait d'arme fédérateur pour la victoire du Nord. Ses agents, infiltrés dans le camp du général Lee, subtilisent ses plans de bataille. Un avantage de taille mais qui n'est pas exploité par les officiers nordistes, vexés qu'un civil soit plus efficace qu'eux. Il reste que Lincoln, ami de Pinkerton, a profité de cette demi-victoire pour enfin abolir l'esclavage dans le pays, donnant un nouvel élan à son camp. Très bien documentée, cette BD donne également l'occasion à Damour de dessiner des scènes de bataille spectaculaires. On devine dans son trait toute la violence de ces affrontements fratricides.

 

« Pinkerton » (tome 3), Glénat, 13,90 €

 

14/02/2015

BD : Holly Ann, Détective de Louisiane

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La Nouvelle-Orléans, son bayou, ses musiciens, ses légendes. Pour connaître tous les secrets de cette ville multiethnique, il faut obligatoirement passer par Holly Ann. Cette jeune femme, une quarterone (un quart de sang noir dans les veines) d'une rare beauté comme le sont souvent les métisses, est officieusement la meilleure détective privée de la ville. Le récit se déroule à la fin du 19e siècle et les tensions entre communautés sont encore très vives. Un riche fermier est au désespoir. Son fils a disparu. Holly Ann se rend sur place et se renseigne. Rapidement elle découvre que l'enfant n'est pas seul à avoir déserté la plantation : un jeune noir, chargé de sa surveillance et de celle de sa jeune sœur, est lui aussi porté manquant. La découverte du cadavre de l'enfant, victime d'un rituel vaudou, va rapidement mettre la ville en effervescence. Écrit par Kid Toussaint, cette enquête policière est dessinée par Stéphane Servain. Son trait fluide et puissant s'adapte parfaitement aux ambiances chaudes et angoissantes de ce monde secret. Quant à Holly Ann, présentée comme une nouvelle Adèle Blanc-Sec, elle a tout pour séduire de nombreux lecteurs.

 

« Holly Ann » (tome 1), Casterman, 13,50 €

 

13/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Police ! Game over !


Bibix se fait arrêter par la police par Gameblog

Etrange aventure que celle arrivée mardi soir à Hubert Skrzypek connu sous le petit nom de Bibix dans le monde des gamers, ces geeks fans de jeu vidéo au point de se montrer en direct sur la plateforme Twitch. Casque sur les oreilles, Bibix se bat contre une horde de zombies affamés. La tension est extrême quand on frappe à sa porte. Exactement, on défonce sa porte d'entrée. Le reste de la scène est enregistré et repris sur tous les réseaux sociaux. Ce ne sont pas des zombies venus boulotter le cerveau de Bibix mais plus prosaïquement une équipe de la BAC (brigade anticriminalité) en pleine intervention. Mis en joue, Bibix, forcé de mettre les mains sur la tête, est menotté derechef par les fonctionnaires de police. Interloqué, il demande quand même pourquoi on l'arrête. Pas de réponse. Et puis il percute enfin : un canular, il s'agit d'un simple canular. Pourtant les menottes semblent diablement réelles et les policiers excellents acteurs. Et pour cause, eux aussi sont des pigeons dans l'affaire. Bibix est le premier Français victime d'un « swatting ». Aux USA la mode fait des ravages. Le but de ce bête défi consiste à persuader la police d'intervenir en urgence dans un appartement où un crime serait en cours. Les fameux « Swatt » déboulent en force dans la maison. Que l'opération soit diffusée en direct sur le net rajoute un plus indiscutable. Dans le cas de Bibix, le pirate a usurpé son identité au téléphone et expliqué aux policiers qu'il venait de trucider sa femme... Des zombies d'accord, sa copine, jamais ! Moralité, si Bibix a la malchance d'être attaqué par de vrais méchants, son appel risque fort de passer à la trappe.  

DE CHOSES ET D'AUTRES : Autotestez votre sperme

Je ne sais pas si c'est la Saint-Valentin, le procès du Carlton ou la sortie du film « Cinquante nuances de Grey », mais il me semble que tout tourne autour du sexe ces derniers jours. Pas celui sibyllin des anges, mais bien de « l'amour propre », comme l'a si talentueusement dessiné Martin Veyron, même s'il « ne le reste jamais longtemps... ». Dernière information en date qui m'interpelle, la mise en vente dans les pharmacies françaises de SpermCheck, « le premier autotest rapide de fertilité masculine à réaliser chez soi en toute intimité ». Un peu comme un test de grossesse, mais en inversé. Déjà vendu aux USA et en Grande-Bretagne, ce produit coûte entre 35 et 39 euros (non rembousés) et semble d'un maniement enfantin. Il suffit de mélanger un peu de sperme à une solution spéciale, placer six gouttes sur le lecteur et attendre sept minutes (le timing doit être très précis pour en assurer la fiabilité) pour lire le résultat. Deux barres rouges, bingo, vous avez plus de 15 millions de spermatozoïdes par millilitres, vous êtes parfaitement fertile. Une seule, vos potentiels petits descendants sont beaucoup moins nombreux qu'ils ne devraient l'être. Mieux vaut consulter...

 

Simple certes, mais comment obtenir ce sperme à tester ? Il n'y a pas cinquante solutions me souffle M. Grey en poussant du coude DSK qui se marre... En réalité, la seule et véritable difficulté réside dans cette action qui, tout en étant éminemment naturelle depuis la nuit des temps, est souvent jugée immorale et contre nature.  

07:40 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sperme, test, fertilité

12/02/2015

Cinéma : les nouveaux petits génies de l'univers Disney

 

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Un gamin surdoué met au point de mini-robots révolutionnaires. Une invention qu’un méchant détourne de son but premier. Place aux « Nouveaux héros ».

 

 

Disney, après une mauvaise passe, revient dans le jeu des grandes et belles productions, capables de marquer durablement l’imaginaire de millions d’enfants. Après « La reine des neiges » et avant le retour de Starwars en décembre, place aux « Nouveaux héros », film en 3D issu de l’univers des comics Marvel. Dans un San Francisco transformé en ville japonaise, le jeune Hiro, surdoué des mathématiques, délaisse ses études pour construire des robots combattants. Il participe ainsi à des combats clandestins (et illégaux) qu’il remporte haut la main, tant ses inventions sont efficaces et surtout semblent inoffensives. Même chez les robots, l’apparence a son importance avant la bagarre, tout est une question de confiance...

Le grand frère de Hiro, désespéré de voir ce talent gâché, le convainc d’aller au moins une fois dans l’université où il fait ses études. Là, c’est le coup de foudre. Tant pour le professeur Callaghan, une sommité voire une légende en robotique, que pour les autres étudiants, tous plus bizarres les uns que les autres. Hiro va rencontrer aussi pour la première fois Baymax, le robot infirmier que son frère est en train de mettre au point. Cette grosse boule de baudruche se révèle rapidement le véritable personnage principal du film. Celui qui offre les plus de possibilités d’évolution pour porter l’intrigue vers un film plus palpitant et émouvant.

 

Baymax, mon héros...

Hiro va réussir à intégrer l’université, mais son bonheur sera de courte durée. En plus d’un deuil familial (spoiler à ne surtout pas révéler même s’il arrive assez tôt dans l’histoire), une de ses inventions, de mini-robots à l’efficacité démultipliée comme une colonie de fourmis, est dérobée par Yokaï, méchant absolu bien décidé à détruire la ville avec. Pour le contrer, Hiro va perfectionner Baymax et transformer ses amis étudiants en super-héros aux pouvoirs étonnants.

L’ensemble fonctionne parfaitement. Les décors somptueux savent laisser la place à l’émotion et surtout la bande qui se forme est pleine de promesses. De GoGo Tomaso, la fille aux rollers en passant par Wasabi, le rasta maniaque ou Fred, le nonchalant rêveur, chaque personnage secondaire a suffisamment de corps et de potentiel pour devenir à tour de rôle vedette d’une suite qui ne devrait pas tarder. Sans oublier Baymax (doublé par Kyan Khojandi), le gentil robot si doudou, idéal en produit dérivé et assurément future vedette au long cours de l’univers Disney.

 

 

 

 

Bref, je suis un robot infirmier

Dans la version française, la voix de Baymax, le gentil robot infirmier est confiée à Kyan Khojandi. Le créateur de la série « Bref » a beaucoup apprécié cette première collaboration avec l’univers Disney. « Mes deux films préférés sont Dumbo et le Roi Lion. En fait, Baymax est un humain qui a une voix de robot. Tout ce qu’il dit c’est avec bienveillance et gentillesse. » Le jeune réalisateur devenu acteur s’est parfaitement reconnu dans le rôle. « On peut obtenir beaucoup avec un “s’il te plaît” et un “merci”. C’est une philosophie que j’ai toujours appliquée. On devrait s’entraîner à sourire... » On trouve un peu la pâte Khojandi dans quelques improvisations comme le « Puka Puka Puk » qui a toutes les chances de devenir culte. De même, quand Baymax n’a quasiment plus de batterie, son élocution balbutiante est une pure improvisation.

Cette parenthèse refermée, Kyan Khojandi va retourner à ses premières amours. « Je travaille à l’adaptation ciné de “Bref”. Mais je fais également des apparitions dans des films de copains comme “Nous trois ou rien ”. »

11/02/2015

DVD : Emmanuelle n'a pas vieilli

emmanuelle, just, arsan, kristel, studiocanalAlors que sort sur grand écran « Cinquante nuances de Grey », Studiocanal propose la réédition en DVD et blu-ray de ce qui s'est fait de mieux dans le cinéma érotique : « Emmanuelle ». Sylvia Kristel y dévoile ses courbes et son appétit féroce pour les jeux de l'amour. Loin d'avoir vieilli, ce film de Just Jaeckin prouve que le sexe est par excellence un sujet qui traverse les époques. On remarquera d'ailleurs que comme Emmanuelle, Cinquante nuances de Grey est l'adaptation d'un roman. Les images c'est bien pour la libido basique, mais rien ne vaut un bon texte suggestif pour enflammer les sens...

 

« Emmanuelle », Studiocanal, 9,99 euros