05/04/2011

Le Découpeur frappe

Gaudin, Trichet, Soleil

Jean-Charles Gaudin, s'il n'a pas le succès d'Arleston, est tout de même un des scénaristes les plus productifs des éditions Soleil. Et ses séries durent, preuve que le public est au rendez-vous. Meilleur exemple avec les Arcanes de Midi-Minuit qui en est à son 8e titre, presque un exploit chez l'éditeur toulonnais particulièrement prompt à interrompre la vie d'un héros ne touchant pas rapidement un large public. Jim et Jenna, les héros de ces histoires entre SF et fantasy, ont la particularité de ne jamais être vus ensemble. En fait il s'agit d'une seule et même personne, pouvant laisser la place à son double simplement grâce à un miroir. Si cette trouvaille était mise en avant dans les premières enquêtes, c'est moins vrai pour cette « Affaire Trinski ». Les deux agents sont envoyés dans une province du Royaume victime du coup d'Etat du chef des armées. Il terrorise la population. De même que le Découpeur, tueur sanguinaire armé de deux sabres et exterminateur de la résistance. Jim et Jenna auront fort à faire pour mettre hors d'état de nuire ces deux terreurs. Trichet, au dessin, aime les femmes sensuelles aux courbes généreuses. Un vrai plaisir pour les yeux...

« Les Arcanes du Midi-Minuit » (tome 8), Soleil, 13,50 €


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04/04/2011

Au sommet du 9e art

Ahlalaaas.jpg

Buddy Longway, Red Road : Derib s'est imposé dans le monde du 9e art avec des sagas réalistes au long cours. Pourtant cet auteur suisse a débuté dans la plus pure tradition de la BD franco-belge pour enfants, avec gros nez et jeunes héros positifs. En s'imposant dans le western social, il n'a pas totalement oublié ses premières amours et les éditions du Lombard nous donnent l'occasion de redécouvrir ce talent caché en rééditant « L'impossible ascension », première et seule aventures des Ahlalâââs. Ces microscopiques personnages, poilus et au langage limité, ont fait leur apparition dans le bref mais très remarqué Achille Talon Magazine. Le crâne lisse d'Achille Talon, tel est l'objectif de ces alpinistes experts. Ils vont, en 46 pages pleines de rebondissements, s'attaquer à ce sommet de la BD humoristique. Ils devront affronter une mite, un moustique, une coulée de blanc d'œuf et les mains de leur hôte qui n'apprécie guère ces démangeaisons. Étonnante et farfelue, cette BD prouve que Derib a plus d'une corde à son arc. Dommage que la suite, l'ascension du mont Lefuneste, autrement plus abrupt que son voisin tout en rondeurs, n'ai jamais vu le jour...

« Les Ahlalâââs », Le Lombard, 19,95 €

08:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : derib, lombard

02/04/2011

Carré de dames

Quatrième enquête pour le commissaire Martin imaginé par Alexis Lecaye. Il est aux prises avec le gourou d'une secte et un ennemi invisible.

 

 

Alexis Lecaye, Dame de trèfle, Le MasqueIl les aura toutes faites. Débutant par la « Dame de cœur », Alexis Lecaye boucle son carré avec la « Dame de trèfle ». Quatre romans policiers pour imposer un style et des personnages. Le lecteur retrouve donc le commissaire Martin, son équipe et ses emmerdes. Car ce flic de haut vol, plus près de la cinquantaine fatiguée que de la quarantaine épanouie, accumule les ennuis personnels. Un métier prenant, des horaires impossibles et une réticence à entrer dans un moule auront eu raison de son couple. Marion l'a quitté. Avec le bébé. C'est cet enfant qui a tout compliqué. Déjà père d'une Isabelle âgée aujourd'hui de 20 ans et elle aussi jeune maman, Martin semble avoir paniqué face à ces nouvelles responsabilités. C'est dans cet état d'esprit que le lecteur fidèle retrouve son héros. Car ne nous y trompons pas, la série des « Dames » s'apparente fort au feuilleton, même si les « méchants » changent à chaque titre.

 

Fugitive et stripteaseuse

La « Dame de trèfle » c'est peut-être Camille, à moins que ce ne soit Armony. La première, caissière dans un petit magasin parisien, s'enfuit dès qu'elle aperçoit sur le trottoir Jean-René, un Canadien, père de sa fille. Dans sa fuite, elle monte durant quelques instants, par la force, dans la voiture d'Armony. Cette stripteaseuse n'a pas la vie facile en ce moment. En plus de se produire dans un peep-show, elle vit dans sa voiture, expulsée de son appartement dont elle n'arrive plus à payer le loyer. Camille lance un SOS à Armony. Elle lui confie les numéros de téléphone de ses enfants et de son avocat. Puis elle quitte la voiture. Les destins de ces deux femmes vont désormais être liés, pour le meilleur et le pire.

Martin intervient le lendemain, quand Camille est retrouvée, grièvement blessée au pied d'un pont dans une mare de sang. Suicide ? Jeannette, l'adjointe de Martin a des doutes. Ils sont rapidement confirmés par le fait que le sang n'est pas d'elle. La machine policière se met en marche pour identifier la victime de ce qui semble être une tentative de meurtre.

Quasiment au même moment, après une journée d'hésitation, Armony se décide enfin à contacter la police car personne ne répond aux numéros de téléphone. Mais elle n'a décidément pas de chance puisqu'elle tombe sur un jeune flic mal luné, qui met en doute ses déclarations et qui, pour couronner le tout, la met en garde à vue. Armony, au bout du rouleau, tente de se suicider dans sa cellule crasseuse.

 

Secte et ennemi invisible

L'avancée d'une enquête policière dépend parfois de peu de choses. Cette fois c'est Jeannette qui va relier le témoignage d'Armony et la tentative de meurtre sur Camille. Un peu trop tard malheureusement. Armony s'est évaporée dans la nature. Et il n'y a pas que les policiers qui la recherchent, le Canadien, gourou d'une secte, est sur sa piste lui aussi. Il sait qu'elle seule pourra lui livrer un indice pour récupérer les enfants.

Un roman policier captivant à plus d'un titre. L'intrigue est prenante mais on est surtout fasciné par les différents personnages. Armony en premier lieu, Jeannette aussi alors que le Canadien fait froid dans le dos. Pour la bonne bouche gardons le commissaire Martin. Il est un peu moins efficace car submergé de doutes. Il aime toujours Marion mais n'hésite pas à répondre aux avances d'une amie de sa première femme. Un piège en fait, fomenté par un mystérieux ennemi. Martin va devoir enquêter tout en étant lui même suspecté par la Police des polices de tentative de meurtre. Pas facile, mais pas insurmontable pour un héros digne de ce nom...

« Dame de trèfle », Alexis Lecaye, Le Masque, 20 €

31/03/2011

Le Sud désolé

 

Lepage, FuturopolisEmmanuel Lepage, formidable dessinateur de BD est également un peintre aimant croquer ses sujets in-situ. Ses aquarelles, notamment de l'Amazonie, sont très cotées. Ce Breton de 44 ans, aimant les voyages, s'est embarqué sur le Marion Dufresne pour deux mois de voyage aux Terres australes françaises. Cet album de plus de 150 pages raconte ce périple. Une partie reprend les dessins exécutés à bord du navire et sur ces confettis glacés uniquement peuplés d'animaux. Ils sont intégrés dans une BD plus classique racontant le voyage, les rencontres, la vie à bord et sur ces bases coupées de tout. Un reportage dessiné se transformant en témoignage sur la passion d'hommes et de femmes sacrifiant beaucoup pour cette zone de la planète jadis surnommée les îles de la Désolation.

« Voyage aux îles de la Désolation », Futuropolis, 24 €

15:52 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lepage, futuropolis

30/03/2011

L'imagination des voyous

Pellos, Pieds Nickelés, Vents d'OuestSi les Belges aiment les jeunes scouts, en France ce sont plutôt les voyous qui avaient de nombreux fans. Le trio le plus connu reste les fameux Pieds Nickelés qui ont vécu des centaines d'aventures sous la plume de Pellos. Depuis quelques années les éditions Vents d'Ouest reprennent dans de gros volumes de 350 pages en noir et blanc les meilleures aventures de ces bandits toujours sans le sou mais jamais avare d'imagination pour extorquer bijoux, argent et autres valeurs à des bourgeois pingres. Ce 9e titre est malheureusement le dernier de la collection. Vous y retrouverez des titres allant de 1967 à 1980 et mettant en scène nos héros sur les tréteaux, à l'ORTF, artisans, et l'énergie, aux grandes manœuvres, au cirque et dans le Grand Nord.

 

« Le meilleur des Pieds Nickelés » (tome 9), Vents d'Ouest, 17,99 €


29/03/2011

Scouts sympas

Mitacq, Charlier, castors, dupuis

Cela fait plus d'un demi-siècle que les membres de la Patrouille des Castors ont fait leurs premiers pas dans les pages du journal de Spirou. Ecrites par Charlier, dessinées par Mitacq, des enquêtes bon enfant ont marqué plusieurs générations. Les éditions Dupuis remettent ce patrimoine au goût du jour en publiant le premier tome de cette intégrale chronologique. Vous retrouverez dans ces 240 pages les quatre premières aventures, du « Mystère de Grosbois » à « Sur la piste de Mowgli ». Le copieux dossier d'ouverture est signé Gilles Ratier et nous fait découvrir les débuts méconnus du jeune dessinateur Michel Tacq. Un album et une série incontournables pour les nostalgiques d'une époque où les jeunes garçons avaient un certain savoir vivre et un sens de l'honneur totalement disparu de nos jours.

« La Patrouille des Castors » (Intégrale 1), Dupuis, 28 €

08:12 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mitacq, charlier, castors, dupuis

26/03/2011

Nuit singulière

Appollo, Oiry, Futuropolis, Barjot

Le bac en poche, Mathieu, 18 ans, s'apprête à rejoindre Paris pour y poursuivre ses études. Il va quitter cette ville de province et tous ses copains. L'album de Appollo (récit) et Oiry (dessin) relate cette dernière nuit. Il erre, à pied, en compagnie de son pote Christophe, idéaliste qui aimerait devenir écrivain culte et de Jean-Mohamed, surnommé Barjot. Ce dernier a élaboré une théorie qu'il a érigé en mode de vie « La vie est une saloperie. Et il n'y a qu'un moyen de lutter contre cette pute. C'est d'être con. Si tu es un bon gros débile, tu est plus fort que la chierie de la vie ! ». Barjot fait rire Mathieu, mais parfois il va un peu trop loin. Notamment quand Mathieu se met à la recherche de Noémie, la petite brune piquante dont il est amoureux secrètement. Un roman graphique frais, plein de dérision, d'espoir et d'amour. Sa lecture ne peut que vous faire du bien...

« Une vie sans Barjot », Futuropolis, 16 €

09:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : appollo, oiry, futuropolis, barjot

25/03/2011

L'œil du monde

Hub, Michalak, Weytens, Delcourt, Aslak

Une BD de vikings, avec une jolie capitaine de drakkar, un jeune conteur naïf, un guerrier fort et émotif... Ce qui frappe dans le premier tome de « Aslak », nouvelle série écrite par Hub et Weytens et dessinée par Michalak, c'est la richesse des différents personnages. Leur complexité et leur fort potentiel. Waldemar, le roi, veut se distraire. Il en a assez d'entendre toujours la même histoire. Il donne une année à deux frères conteurs pour revenir avec de nouvelles quêtes. Skeggy et Sligand partent à la recherche du maître conteur. Mais Skeggy, le fourbe, s'associe avec Roald le Borgne et tente d'assassiner son jeune frère. Ce dernier trouvera aide auprès de la belle Brynhild (qui lui louera son drakkar) et Almarik, un guerrier. C'est ce dernier qui donne tout son sel à l'album. Fort et courageux, il ne supporte pas la vue du sang (il tombe direct dans les pommes). Il a donc tendance à se battre les yeux fermés. Cela provoque pas mal de dégâts collatéraux et semble une source inépuisable de gags.

 

« Aslak » (tome 1), Delcourt, 13,95 €

08:46 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hub, michalak, weytens, delcourt, aslak

24/03/2011

Le désir et la violence

Dufaux, Renaud, Jessica Blandy, Dupuis

Jean Dufaux doit certainement être secrètement amoureux de Jessica Blandy. Cette héroïne de BD, qui est pour beaucoup dans sa notoriété en tant que scénariste, avait été mise au placard. Il a décidé, avec l'accord de Renaud, le dessinateur, de la remettre au goût du jour. Pour une trilogie dont « Le désir et la violence » est l'épilogue. Jessica est pourchassée. Par deux tueurs (un père et sa fille) et une infirmière. Avec son fils, bel adolescent, elle trouve refuge dans une communauté religieuse très stricte. A côté, les Mormons font figure de pornographes. La belle romancière va devoir reprendre les armes pour se défendre et finalement inverser cette tendance. Ce ne sont plus ses amis qui vont mourir, mais ses ennemis. Un album grand format qui permet à Renaud de donner toute sa plénitude à son travail entièrement en couleurs directes. Il a modifié sa technique depuis ses premières armes. C'est beaucoup plus beau. Comme sa redoutable héroïne, toujours aussi désirable.

« La route Jessica » (tome 3), Dupuis, 13,95 €

 

08:25 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dufaux, renaud, jessica blandy, dupuis

23/03/2011

Quand le rouge était symbole politique

 En découvrant l'histoire de sa mère, un commerçant toulousain plonge dans l'histoire contemporaine européenne, de l'URSS à la guerre d'Espagne.

 

Gleize, Albin MichelUn étonnant grand écart : c'est le premier sentiment que le lecteur a en refermant ce roman de Georges-Patrick Gleize. Tout oppose les deux personnages principaux de « Rue des Hortensias rouges ». Maxence, le riche commerçant toulousain et Mathilde, sa mère, pasionaria rouge qui a abandonné sa famille par amour et idéal. Maxence c'est le côté grand bourgeois, Mathilde celui de la lutte des classes.

Georges-Patrick Gleize, professeur d'histoire, est devenu en quelques années un spécialiste du roman de terroir. Il plante ses intrigues dans le Sud, toujours près de l'Ariège, département où il vit. Une bonne partie de son dernier roman se déroule à Ax-les-Thermes dans les années 30. Mais tout débute à Toulouse. Maxence, riche commerçant toulousain, reçoit la visite d'un enquêteur missionné par un notaire bordelais. Il vient s'assurer qu'il est bien le fils de Mathilde Auzeral. Son unique héritier aussi. Mathilde vient de mourir à Bègles dans la petite maison où elle vivait seule, rue des Hortensias rouges.

 

Arme et lingots d'or

Sa mère, Maxence ne l'a pas connue. Il était encore au berceau quand elle a abandonné le domicile conjugal. Tout ce qu'il en sait, de la bouche de sa grand-mère, c'est qu'elle « était une écervelée qui l'avait abandonné pour courir le guilledou avec un aventurier de passage. » Intrigué, comme pour retrouver cette maman qu'il n'a jamais connu, il accepte de se rendre à Bordeaux pour s'occuper de la succession. Il découvre le petit intérieur de ce qui semblait être une vieille dame rangée. Elle vivait chichement, entretenant avec soin de superbes hortensias rouges.

La dernière formalité consiste à ouvrir un coffre qu'elle avait à la banque. Maxence y découvre, stupéfait, plusieurs lingots d'or et un révolver de fabrication russe. Et une lettre, d'un certain Fédor, envoyé de Riga. Maxence, voulant absolument tirer toute cette histoire au clair, se rend en Lettonie. Il y rencontre Fédor, un vieillard vivant dans un petit appartement. Il est usé par les années passées dans les camps de Sibérie. Il parle français et se souvient bien de Mathilde. C'est par son récit que Maxence va découvrir la véritable histoire de sa mère.

 

Bourgeoise et révolutionnaire

Milieu des années 30, Mathilde, fille de bourgeois toulousain, a épousé Jean Auzeral, de 20 ans son aîné. Malade des bronches, la jeune mariée part en cure à Ax-les-Thermes dans les pyrénées ariégeoises. C'est là qu'elle rencontre Fédor Valkas. Ce militant communiste qui a tout sacrifié à sa cause, tombe sous le charme de la jeune Française. Un coup de foudre raconté avec beaucoup de sensibilité par Georges-Patrick Gleize. Mathilde, seule, loin de son mari qu'elle n'aime plus, accepte de déjeuner avec Fédor. « Suspendue à ses lèvres, la jeune femme, les yeux brillants, se gorgeait de ses paroles comme on boit aux sources de la vie. » « Dans les bras de Fédor, Mathilde Auzeral avait dansé jusqu'à l'ivresse. » « Elle avait résisté jusqu'au deuxième tango pour succomber lorsque le souffle de Fédor avait effleuré ses lèvres. » Mathilde découvrait un nouveau monde, fait d'amour et de combat politique.

Elle hésitera longuement avant de quitter le domicile conjugal et rejoindre Fédor, combattant en Espagne. Mathilde sera à Barcelone quand les troupes de Franco mettent en déroute les Républicains. L'auteur raconte la Retirada, cet exode d'Espagnols se réfugiant en France. Puis il y a la guerre, la France envahie par les Allemands, la poursuite du combat de Fédor en URSS. Cette histoire de l'Europe, qui semblait si lointaine à Maxence, se révèle être passionnante car sa mère, loin d'être la dévergondée décrite par la grand-mère, était une pasionaria rouge qui n'a jamais renié ni son amour de Fédor, ni ses idéaux de justice. Un splendide portrait de femme libre.

« Rue des Hortensias rouges » de Georges-Patrick Gleize, Albin Michel, 18 €


 

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21/03/2011

Frangins... pour la vie

Gaston, Curd Ridel, Jungle

Difficile quand on déménage de se refaire des copains. Surtout quand on quitte des HLM de banlieue pour une gentille zone résidentielle. Dimitri et Luka sont frères. Ils se détestent mais pour l'occasion, trouveront un terrain d'entente. Dimitri est un adolescent en pleine crise existentielle (ses hormones le démangent), Luka, lui, est amoureux de son skate, et totalement dépendant de sa manette de jeux vidéo. Cette série de gags est écrite par Gaston qui a beaucoup fait pour la réputation des Lapins Crétins. Il s'est adjoint les services d'un vieux routier de la BD humoristique, Curd Ridel. Mais le créateur du Gowap et de Tandori a abandonné son style léché (à la Peyo) pour un trait plus lâche et brut, comme pour amplifier les horreurs imaginées par ces deux terreurs. Une BD très actuelle, pas toujours politiquement correcte, même si la dernière histoire pourrait faire couler une larme aux plus sensibles...

« Mon frère ce boulet ! » (tome 1), Jungle, 9,95 €

08:39 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaston, curd ridel, jungle

18/03/2011

Inénarrable Jean-Claude

Tronchet, Jean-Claude Tergal, Fluide Glacial

Prototype du demeuré congénital, Jean-Claude Tergal n'avait rien pour devenir un véritable « héros » de bande dessinée. Pourtant il vit dans ce long récit sa 10e aventure. C'est du moins le 10e album relatant ses exploits. Cette fois, « Jean-Claude Tergal ne rentre pas seul ce soir » prévient la couverture. Alors ça y est, le brave Jean-Claude va enfin se déniaiser ? Sans dévoiler l'issue de l'album, on peut simplement dire que Jean-Claude, à cause de la ligne Maginot, va rencontrer une femme dans un train. Il ne la quittera pas durant quelques heures, réussissant même à la glisser dans son lit. Tronchet a de plus en plus de sympathie pour son personnage. Certes il est complètement idiot, lâche et timide, mais il n'a pas son pareil pour dénoncer certaines injustices. Et puis il a cette extraordinaire propension à rendre complexes les choses simples du quotidien. Un clown burlesque, en liberté dans la vraie vie. Irrésistible de drôlerie.

« Jean-Claude Tergal » (tome 10), Fluide Glacial, 10,40 €

17/03/2011

Violence politique italienne

Thirault, Pagliaro, Mano, Dargaud

Très ambitieuse série que cette « Mano » écrite par Thirault et dessinée par Pagliaro. Les auteurs entendent raconter la montée de la contestation violente d'extrême-gauche dans l'Italie des années 60. Ce n'est pas une BD historique. Pour comprendre ce qui a provoqué les fameuses années de plomb, ils vont suivre le parcours de cinq jeunes amis, insouciants et idéalistes. Ils sont donc cinq, comme les doigts de la main. Leur première action, brûler la grange d'un propriétaire terrien qui exploite des travailleurs immigrés, leur permet de mettre la main sur une petite fortune. Ensuite, ils multiplieront les actions, symboliques quand ils lancent des bombes à eau sur un universitaire fasciste, plus radicales quand la voiture d'un contremaître sadique est détruite dans une explosion. Le groupe se séparera temporairement après avoir causé involontairement la mort d'un « ennemi ». En plus de la trame politique, Thirault greffe au récit des romances amoureuses complexes entres ces trois garçons et ces deux filles.

« La Mano » (tome 1), Dargaud, 13,95 €

07:58 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : thirault, pagliaro, mano, dargaud

16/03/2011

Fuir la folie rouge

Jean-Pierre Milovanoff a beaucoup écrit sur le Sud de la France. Cette fois il raconte ses racines russes. Où comment fuir un pays devenu fou.

 

Tereur grande.jpgNovembre 37 dans une ville du sud de l'Ukraine. Deux fossoyeurs font des heures supplémentaires de nuit. Ils creusent des fosses communes pour les dizaines de cadavres charriés chaque nuit par la police. Staline est au pouvoir. La terreur règne. Une terreur que Jean-Pierre Milovanoff raconte dans ce court roman, témoignage d'un passé encore très proche et certainement présent dans la mémoire collective de toute la Russie et des anciennes républiques soviétiques.

L'idée de ce roman, presque un témoignage, un récit, l'auteur français l'a eu en retrouvant, dans les affaires de son père récemment décédé, « une mince brochure en anglais, « How I escaped the red terror », signée d'un certain MIKE. » Le père de Jean-Pierre Milovanoff a lui aussi fuit la Russie communiste. Mais bien avant que Staline ne transforme le pays en une vaste machine à dénoncer, à torturer, à emprisonner et à tuer.

Dans ce monde sans pitié, Anton Semionovitch Vassiliev est du bon côté. Membre de la police, le sinistre NKVD, il est craint et respecté. Il fait essentiellement du travail de bureau. Les dossiers des pseudos « espions » et « terroristes » passent tous entrent ses mains. C'est lui qui décide, d'un simple coup de tampon, s'ils iront croupir dix ans en Sibérie ou finiront une balle dans la nuque. Anton doit son statut à son père médecin. Il a soigné un général au bon moment. La famille est donc protégée par le régime. Ce n'était pas le cas de leurs voisins, les Milovanoff qui ont préféré fuir en France bien avant le début de la terreur. Anton complice mais pas convaincu. Ce n'est qu'une façon de se protéger, lui et sa mère. Mais quand il apprend que le général bienfaiteur vient d'être condamné à mort, il se doute que tout va basculer. Avec son jeune amant, lui aussi membre du NKVD, il décide de fuir. Ils vont, en quelques heures, mettre en place un plan ingénieux pour franchir ces frontières devenues totalement imperméables.

 

La cupidité des chefs

Le récit de Jean-Pierre Milovanoff est d'une dureté extrême. Il raconte notamment comment certains petits chefs font du zèle, pour assurer leur situation voire obtenir une promotion à Moscou. Avec l'espoir fou de se rapprocher de Staline. Ainsi le supérieur direct d'Anton, Romanenko, lâche et paranoïaque est devenu expert en la matière : « Avec l'acharnement des démons inférieurs, l'habile Romanenko avait aggravé le cas de l'accusée en impliquant plusieurs personnes de son quartier de manière à constituer à partir d'elle un réseau de terroristes. Le procédé était simple. Toute personne à qui la malheureuse avait adressé la parole un jour ou l'autre, fût-ce pour acheter une demi-livre de betteraves, devenait le membre actif d'une conspiration. » Des délateurs professionnels étaient même payés pour étayer les accusations. Des millions de personnes ont perdu la vie au cours de cette « terreur rouge ».

Et Jean-Pierre Milovanoff d'analyser cette dérive du régime : « Que serait l'histoire du monde sans la cupidité des chefs ? L'idéal de pauvreté des premiers bolcheviks n'a pas résisté à la réalité d'un pouvoir incapable de nourrir la population. » Un témoignage historique toujours d'actualité dans certaines dictatures vacillantes.

« Terreur grande », Jean-Pierre Milovanoff, Grasset, 14 €

09:10 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : milovanoff, grasset

15/03/2011

A fleur de peau

 

Lambour, Springer, Boussole, Quadrants, Soleil

Quand on est policier, face à des affaires d'enlèvement, tout est bon pour retrouver la victime. Tout, même le paranormal. Malika et Patrick sont un binôme classique d'inspecteurs de police. Moins classique est leur aide épisodique, Dan. Cet étudiant à un don. Il peut « sentir » où se trouvent les disparus. Comme une boussole attirée par le Nord. Il ressent également leurs émotions, souvent angoissantes et douloureuses. Écrites par Séverine Lambour, ces trois enquêtes autonomes sont illustrées par Benoît Springer. Le duo s'affirme comme un des plus novateurs dans les thèmes abordés, aimant tester les genres à tout va. Dan, surnommé la « Boussole » souffre beaucoup, mais il a un tel potentiel qu'il serait dommage que ses enquêtes s'arrêtent là.

« La boussole », Soleil Quadrants, 17 €

 

14/03/2011

Rencontre virtuelle

Arche de Noé.jpg

Charles Masson, médecin et auteur de BD, se contente du rôle de dessinateur pour cette étrange histoire de rencontre amoureuse sur le net. Le scénario est de Chloé von Arx, une comédienne belge qui signe là son premier album. Léa, décoratrice, désespère de trouver l'âme sœur. Elle écume les sites de rencontre et semble enfin avoir trouvé l'oiseau rare. Noé, coiffeur, a flashé sur elle. Le premier rendez-vous va être épique. Noé est venu accompagné de ses deux meilleurs amis : un ersatz du Che Guevara et un illuminé gothique. Bizarrement, Léa lui donne une seconde chance. Mais finalement elle devra se rendre à l'évidence : les fous pullulent sur internet. Un album qui laisse un petit goût d'inachevé malgré des personnages forts et attachants.

« L'arche de Noé a flashé sur vous », Futuropolis, 18 €

09:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0)

13/03/2011

Artiste oublié

Le Gouëfflec, Balez, le chanteur sans nom, Glénat

Qui se souvient de Roland Avellis ? Personne, car ce chanteur n'est jamais monté sur scène sous son vrai nom. Pourtant il a été extrêmement célèbre durant les années 30 et 40. Roland Avellis, alias « Le chanteur sans nom » faisait son tour de chant avec un loup sur les yeux. Tombé dans l'oubli, il est remis en lumière par Arnaud Le Gouëfflec dans ce roman graphique dessiné par Olivier Balez. Le scénariste se met en scène dans sa quête de renseignements, avec le fantôme de Roland à ses côtés. On découvre alors la véritable personnalité de ce forçat du music-hall, un peu toxicomane, beaucoup escroc. Après sa période de gloire, il a été comptable d'Edith Piaf et grand ami d'Aznavour. Une personnalité complexe qui donne toute sa saveur à cette BD très prenante.

« Le chanteur sans nom », Glénat, 20 €

PS : pour aller un peu plus loin, ce lien pour écouter un court extrait d'une chanson du fameux chanteur.

10/03/2011

Femme aventurière

André Benn, Dargaud, Valentine Pitié

André Benn, vétéran de la BD franco-belge, après avoir beaucoup oeuvré pour la jeunesse (Tom Appledie, Mic Mac Adam) s'est tournée vers des productions plus adultes. Un changement de ton et de graphisme atteignant son apogée avec le second tome des tribulations de Valentine Pitié. La jeune Canadienne, perdue dans le grand Nord, a survécu en étant adoptée par un chasseur inuit. Une initiation à la vie sauvage racontée dans le premier tome. Dans le second, la belle Valentine revient à la civilisation. Elle retrouve la maison familiale parisienne et découvre, en ce XXe siècle balbutiant, l'aviation. Elle tombe amoureuse d'un aviateur et de ses appareils. Jusqu'à devenir la première femme à voler. Un album hors normes, à la construction narrative très particulière, comme si le récit était fragmenté en touches de couleurs à la manière des impressionnistes. Une vie exceptionnelle marquée par l'indépendance et la tragédie. Une très grande BD d'un auteur à redécouvrir.

« Valentine Pitié » (tome 2), Dargaud, 13,95 €

09/03/2011

Femme du passé

Carin, Taymans, Jean-François Charles, Glénat

Ella Mahé, restauratrice de manuscrits anciens, est embauchée par un musée égyptien afin de remettre en état des livres retraçant la construction du canal de Suez. La jeune femme, avant de débuter son contrat, prend quelques jours de vacances et croise le chemin de Thomas Reilly, un archéologue. Elle découvrira dans le premier tome de cette série de Maryse et Jean-François Charles, l'existence d'une mystérieuse princesse des sables, aux yeux vairons, comme elle. Dans le second tome, dessiné cette fois par Francis Carin (le premier était de Taymans), elle en apprend plus sur la sépulture de cette guérisseuse sans visage. L'époque actuelle de l'histoire est dessinée par Charles, les souvenirs par Carin. Deux prochains titres sont prévus avant la fin de l'année. C'est l'occasion de raconter les mystères de cette Egypte disparue et qui a longtemps été une civilisation rayonnant sur tout le Moyen Orient. Ella est belle sous le pinceau de Charles, tout comme la princesse mystérieuse et envoutante sous les plumes des dessinateurs invités.

« Ella Mahé » (tome 2), Glénat, 13,50 €

08/03/2011

Femme et métisse

Callède, Séjourné, Vents d'Ouest

Superbe portrait de femme dans cette nouvelle série écrite par Joël Callède et dessinée par Gaël Séjourné. « L'appel des origines » raconte la vie d'Anna, jeune métisse cherchant sa place sans le Harlem des années 20. Elevée par sa tante, employée dans le restaurant familial, elle est une jeune fille sage la journée. La nuit, elle va s'encanailler avec des amis, dansant à n'en plus finir dans les boites de jazz. Mais sa différence de couleur, son père était blanc, l'empêche de totalement s'intégrer. Un père absent dont elle ne connaît pas l’identité. Jusqu'au jour où sa grand-mère lui apprend que c'est le « fameux chasseur de fauves Clarence T. Whitmore » récemment disparu en Afrique. Anna va tout faire pour le retrouver, quitte à se transformer en actrice et accepter d'aller tourner un film sur la terre de ses très lointains ancêtres. Anna, belle à couper le souffle, devra d'abord rompre tous les liens avec ses amis noirs. Séjourné dessine son héroïne avec amour, un peu à la façon de Gibrat dans « Le sursis ».

« L'appel des origines » (tome 1), Vents d'Ouest, 13,50 €