10/05/2009

Mes BD Souvenirs (10)

Cela fait plus de 30 ans que je lis des BD. Trois décennies au cours desquelles j'ai pu voir l'évolution de certains dessinateurs. Ils sont reconnus et ont du succès aujourd'hui, mais cela n'a pas toujours été vrai. Les débuts ont parfois été durs pour certains. La maîtrise n'était pas complète.
fredericjoubertpl.jpgExemple le plus frappant : Christian Rossi. Je découvrais sa signature dans Circus durant les années 80. Il dessinait les aventures de Frédéric Joubert sur un scénario de Filippini. Il tentait de faire du réaliste. Mais j'avais toujours l'impression que quelque chose clochait dans ses dessins. Problème de perspective ou d'anatomie, tout paraissait faux et bancal. A côté d'un Giraud ou d'un Blanc-Dumont, je le trouvais nul. Mais il ne s'est pas découragé. Et à force de travail, il a trouvé les clés pour rendre son dessin plus aérien et juste. Une bascule évidente dans la série « Le chariot de Thespis ». Ensuite il s'est imposé comme un des plus grands de Jim Cutlass à WEST. Il n'est pas le seul à avoir un trait maladroit à ses débuts. Prenez les premiers Bernard Prince. Hermann avait un trait noir et foncé, trop encré, avec des héros aux muscles hypertrophiés. Il faudra des planches et des planches pour qu'il acquière cette dextérité incomparable.

modeste_griffo.jpgCertains dessinateurs ont également eu des problèmes à leurs débuts pour des erreurs de castings. En clair, leur première série n'était pas du tout ce qu'ils pouvaient dessiner de mieux. Une sorte d'apprentissage, presque de bizutage. Ainsi comment imaginer que Griffo, dessinateur de SOS Bonheur, Giacomo C. , Sade ou Ellis Group a débuté en reprenant... Modeste et Pompon. Cette série de gags, imaginée par Franquin et animée durant de nombreuses années par Mittéi était orpheline. Griffo, postulant à la rédaction de Tintin, en a signé une petite trentaine. Un petit galop d'essai avant de s'imposer comme dessinateur réaliste dans les pages de Spirou.

Franz aussi a longtemps hésité entre dessin réaliste et humoristique. Alors même qu'il se lançait sur les traces de Jugurtha, il amusait les lecteurs de Tintin avec Korrigan, des histoires complètes écrites par Vicq. Frais, sans prétention, cette série a rencontré un joli succès. Mais il a fallu que Franz choisisse. Son amour des chevaux et des belles femmes a certainement fait pencher la balance vers Jugurtha et Lester Cockney.

Autre débutant des années 70 devenu un dessinateur reconnu aujourd'hui : Renaud. Sa première série a surtout marqué les esprit par la complexité du scénario. Aymone, héroïne sortie de l'imagination de Jean-Marie Brouyère, évoluait dans des décors enneigés au milieu de nombreux militaires. Une belle jeune femme, toute en formes. Renaud a continué dans cette voie, dénudant de plus en plus ses personnages féminins, notamment la sublime Jessica Blandy sur un scénario de Jean Dufaux.

korrigan01_01102003.jpgCes débuts hésitants de dessinateurs ont parfois été réédités en album bien des années après leurs publications dans les revues. Certains sont totalement introuvables comme les gas de Modeste et Pompon. Heureusement, le site officiel de Griffo a exhumé ces planches que l'on peut visionner dans un « musée des antiquités ». Pour ma part, toutes ces BD sont encore bien présentes dans ma mémoire tant elles m'avaient marqué, par leurs défauts ou leurs différences.

A l'inverse, la vieillesse a parfois joué des tours à certains auteurs qui ont lentement perdu leur coup de crayon. Exemple avec Raymond Macherot. Son trait, très classique, au sommet de sa carrière, est devenu tremblant et hésitant dans les dernières années. Il n'a pas su s'arrêter à temps. Mais parfois, les dessinateurs n'ont pas le choix, même si leur santé est chancelante, ils doivent continuer à produire pour assurer les fins de mois. Ils sont rares ceux qui peuvent arrêter une série et profiter d'une retraite méritée. Berck (Sammy) et Deliège (Bobo) en font partie. Et pour ces deux derniers, on regretterait presque ce retrait du monde de la BD tant ils sont partis au sommet de leur art.

 

 

03/05/2009

Mes BD souvenirs (9)

 

BdpForumLogo.gifLe site BD Paradisio propose régulièrement des forums pour les fondus de 9e art. Récemment, l'un d'entre eux m'a interpellé : « Les BD qui vous quittent... » Intrigué par ce titre, il faisait en fait le pendant du forum, beaucoup plus fréquenté, des BD récemment achetées. C'est le problème numéro 1 des collectionneurs : la place. A moins d'habiter un palace (ou d'avoir un immense grenier), il arrive un moment où les albums envahissent tout l'espace vital. Ce problème est devenu encore plus énorme quand j'ai régulièrement signé des chroniques BD dans les divers titres qui m'ont employé. Un collègue m'a fait découvrir les services de presse. J'ai commencé à recevoir des albums. Gratuitement. De plus en plus. Comme je continuais à en acheter par ailleurs, mes étagères ont vite été complètes. En fait, après avoir mis en place un système de comptage et de classement rudimentaire, je décidais qu'il était inutile d'avoir plus de 2000 BD.

IMG_2394.JPGJ'ai revendu pas mal de titres à des bouquinistes. Mais impossible de me séparer de certaines séries. Par exemple, pour rien au monde je ne me séparerai de ma collection de Spirou. Et je continue en achetant les intégrales Franquin. Par contre je n'ai plus un seul Tintin... Hermann, impossible de m'en séparer. Même si, comme le fait remarquer un membre du forum, on peut bazarder tous les titres scénarisés par son fils, Yves H. C'est vrai que ce n'est pas génial, mais le dessin reste toujours aussi merveilleux.

IMG_0028.JPGJ'ai également beaucoup donné de titres à des enfants de la famille, notamment les séries Dupuis comme l'Agent 212, les Tuniques Bleues ou Sammy. Il y a trois ans et demi, déménageant une nouvelle fois, pour la Martinique cette fois, je réduisais encore mon fond. 1000 albums. Là, j'avoue, j'ai eu du mal. Et aujourd'hui encore je regrette certains titres, notamment de chez Delcourt ou la série complète des Valérian. Mais qu'importe, comme le faisait remarquer un autre habitué de BD Paradisio, il faut qu'une collection vive. En recevant une trentaine d'albums en service de presse chaque mois, je ne serai jamais à court de lecture. Au contraire, je suis toujours en retard, ratant quelques beaux titres. Je vends beaucoup moins. Et aujourd'hui j'ai à nouveau plus de 2 000 albums dans mon minuscule appartement. Près de la moitié sont dans des cartons dans le garage. Un jour, peut-être...



12/04/2009

Mes BD souvenirs (8)

La collectionite est une redoutable maladie. Je l'ai donc attrapée à la fin des années 70. Mon virus : les magazines BD. En fait, au début, elle était très limitée, comme mes finances... Encore lycéen, mineur de surcroit, je n'avais pas de revenu. Tout mon argent de poche passait dans l'achat épisodique des mensuels (Pilote, Métal, Fluide, L'Echo, Charlie, Circus, A Suivre...). Pour les hebdos, j'étais abonné. Dès que j'ai travaillé l'été, je suis monté en puissance.

joujrnal illustre.jpgQuand je suis rentré à la fac (rentrée 1980), j'avais suffisamment d'argent pour tout acheter. Une passion que j'ai logiquement transformé en sujet de mémoire à la fin de mes études de journalisme... Les piles n'étaient pas encore très hautes, mais de plus en plus nombreuses. D'autant qu'à l'époque les lancements étaient nombreux. C'était l'âge d'or de ce type de presse. En plus des grands classiques déjà cités sont apparus des titres plus ciblés comme Vécu (BD et histoire), Gomme (mensuel pour adolescents de Glénat), Psikopat (que du Carali au début), Métal aventure, Rigolo (les Humanos au service de l'humour, de Margerin à Jano), Corto ou le très expérimental « Journal illustré le plus grand du monde ». Ce titre avait tenté de révolutionner le concept en imprimant sur du papier journal dans un format gigantesque. Ce n'était pas extraordinaire sauf la prépublication d'une histoire de Comanche. En noir et blanc et surtout au format original des planches de Hermann. J'adorais son trait. Le voir en grand le magnifiait encore plus. Il n'y a eu que cinq numéros en 1982 et 1983. Je les avais tous achetés.

pavillon rouge.jpgLes années 90 ont été redoutables pour toute cette presse. Les titres ont disparu les uns après les autres. N'ont survécu que Fluide et le Psikopat. D'autres ont tenté de prendre la suite. J'avais beaucoup aimé « Pavillon Rouge » de chez Delcourt. Lanfeust continue (mais est de moins en moins présent dans les kiosques), Tchô surfe sur le succès de Titeuf. Par contre je n'ai jamais accroché aux revues « d'analyses ». Notamment Bodoï, Bédéka et plus récemment « Casemate ». Pourtant, dans les années 80, j'achetais régulièrement « Les cahiers de la BD ».
Durant ces années 80, je ne jurais que par les revues, dédaignant les albums que je trouvais trop chers. C'est en décrochant mon premier job et des salaires corrects que j'ai pu additionner les deux. En plus de compléter mes collections de revues dans les bouquineries, je me suis mis à acheter une dizaine d'albums par mois. Résultat, mon problème (que j'ai toujours d'ailleurs) a été de trouver de la place pour ranger ces milliers de titres.
(A suivre dimanche prochain)

05/04/2009

Mes BD souvenirs (7)

metal_noel.jpgEn cette année 1976, j'ai multiplié les chocs graphiques. Et découvert des univers que je ne soupçonnais pas. Exemple les BD publiées dans Métal Hurlant. Le mensuel de science fiction, créé par Moebius, Druillet et Dionnet, alternait déjà récits classiques, souvent en hommage à un âge d'or révolu, et séries résolument futuristes et novatrices. Là aussi c'est une couverture de Solé, un Père Noël évidemment, qui m'a donné l'envie de posséder le numéro de décembre 1976. J'avais feuilleté un peu les précédents numéros, mais de savourer tranquillement ces 100 pages a radicalement changé ma vision de la BD. C'était l'époque où Moebius laissait dériver son imagination au gré des errances de Jerry Cornélius. Un Garage Hermétique qui l'était souvent pour moi aussi mais à la virtuosité graphique inégalée. Et cette pointe de folie qui donnait l'impression qu'on comprenait où l'auteur voulait nous conduire alors qu'en fait ce dernier ne le savait pas du tout...

masse.jpgIl y avait déjà Serge Clerc (mais pas encore Chaland), Montellier, Margerin, Pétillon et Masse. Les histoires de ce dernier me laissaient très perplexe. Dessiné avec une application laborieuse, tout en gros nez et lunettes rondes, ces récits complets présentaient des mondes inquiétants, en marge, où tout un chacun se questionnait. J'étais très réceptif à ces personnages tortueux car très mal à l'aise dans ma peau à l'époque. Masse a toujours été un auteur incompris. Il a d'ailleurs depuis arrêté la BD. Il a également collaboré à (A Suivre) (voir la couverture ci-contre datant de 1984). Certaines de ses histoires se passaient dans une foule compacte où les protagonistes, serrés comme des sardines, suivaient le mouvement, perdant totalement leur libre arbitre. Je me reconnaissais complètement dans ces personnages et cette situation. Depuis, j'ai horreur de la foule.

metal_voss.jpgDans Métal Hurlant, les dessinateurs de grand talent pullulaient. Si je n'ai jamais accroché à Druillet, par contre je restais des heures devant les planches de Caza, Voss, Macedo ou Jeronaton. Des spécialistes d'un certain réalisme académique, au service d'une imagination débridée. J'ai été un fidèle inconditionnel de la revue. Suivant tous les délires de Philippe Manœuvre. J'avais même réussi à compléter ma collection. Quand la revue a cessé de paraître, en 1987 au numéro 133, il ne m'en manquait qu'une poignée. Métal en quelques années et à peine plus de 100 numéros avait durablement marqué la BD européenne. Je les avait tous regroupés dans un gros carton. Il y a trois ans, au cours d'un énième déménagement, vers la Martinique cette fois, n'ayant pas pu mettre ce carton dans le container, je le laissais en dépôt dans le studio d'un ami. Ce dernier, devant déménager dans l'urgence, sans ouvrir le carton, l'a déposé dans la rue pour s'en débarrasser. D'autres cartons ont suivi, notamment ceux contenant mes fascicules de Tintin des années 1974 à 1980. Quand il m'a appris cela au téléphone, j'ai quasiment tourné de l'œil. Aujourd'hui, près de quatre ans plus tard, j'ai fait mon deuil. Et je me dis qu'un jour, chez un bouquiniste, je trouverai un très beau lot de Métal ou de Tintin, en parfait état...
Si c'est avec Métal Hurlant que je suis véritablement devenu un collectionneur, par la suite ce sont de très nombreux titres que je suivais régulièrement, grossissant sans cesse les cartons de mes déménagements...
(A suivre dimanche prochain)

29/03/2009

Mes BD souvenirs (6)

echo biceps sein.jpgEncore adolescent de la campagne, sans conscience politique ni ouverture au monde, j'ai en grande partie découvert la vie dans les BD. Pour jeunes dans un premier temps. Du premier degré, très agréable, idéal pour mon envie d'évasion d'un quotidien qui me semblait forcément étroit. Interne, dans un lycée technique donc fréquenté par 98 % par des mâles acnéiques, rapidement les discussions ont porté essentiellement sur le sexe. Un sujet sur lequel j'avais tout à apprendre. Et ce n'est pas auprès des nombreux obsédés avec qui je partageais le dortoir que je me suis éveillé mais en lisant des revues dont je n'imaginais même pas l'existence trois mois plus tôt : L'Echo des Savanes, Pilote ou Fluide Glacial.
Le mercredi, je trainais dans les librairies et maisons de la presse. Pour acheter Spirou et découvrir quantité d'autres titres. Certains, au début, me brûlaient les doigts car les couvertures étaient particulièrement suggestives. Gros seins, verges en érection, les mœurs étaient libres et s'affichaient. Premier gros choc avec l'Echo des Savanes. Je me décidais d'acheter un exemplaire en cette fin d'année 76 en raison d'un dessin de Solé. Un body-builder, tous muscles dehors, gonflait un biceps en forme de sein. A l'intérieur, tout me semblait extraordinaire.
malice.jpgL'œil attiré par les dessins plus classiques, je dévorais une parodie d'Alice au pays des merveilles de Wallace Wood. « Malice au pays des merveilles » mettait en scène une héroïne aux formes de femme épanouie, entièrement nue. Quand elle se penchait pour cueillir une fleur, un lapin libidineux au sexe énorme la prenait par derrière. J'apprenais par la suite le parcours compliqué et la fin tragique de ce dessinateur talentueux de Mad. Marcelé aussi dessinait des femmes aux formes épanouies, moins fermes mais tout aussi suggestives. Au sommaire également une histoire complète de Jack Palmer, première époque. Dans les numéros suivants, je plongeais dans l'histoire la plus parano de toute la BD : « L'hôpital » de Ted Benoit. Il était loin de Blake et Mortimer à l'époque. Un malade, hospitalisé pour un petit bobo, en sortait, plusieurs mois plus tard, amputé de divers membres. J'avoue n'avoir rien compris aux BD de Mandryka, le rédacteur en chef de l'époque.
echo punk.jpgL'Echo des Savanes qui l'année suivante ouvrait ses pages aux punks de Bazooka. Là non plus ne je comprenais pas tout (voire rien du tout, car finalement il n'y avait peut-être rien à comprendre...) mais cela me plaisait. Je m'intéressais à autre chose qu'à la ligne claire... Au lycée, loin de la cellule familiale, je lisais ces BD underground, audacieuses, dures et osées. De retour à la maison, les week-ends, je reprenais mon habit de petit garçon, rêvant sur des histoires plus classiques, presque plus de mon âge. Je ne les rejetais cependant pas, ce n'était pas un style à la place d'un autre. En fait je cumulais, rallongeant sans cesse mes lectures (je continuais à lire un ou deux romans par semaine), découvrant alors que mon nom me collais de plus en plus à la peau : oui je serai celui qui « lit tout ».
En même temps que l'Echo des savanes, je découvrais les autres titres de Bd adultes. Chacune dans son genre, toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Avec une petite préférence pour Métal Hurlant et sa SF très novatrice.
(A suivre dimanche prochain)

22/03/2009

Mes BD souvenirs (5)

En quittant le collège, j'abandonnais également la campagne. Terminé le collège de Langon, gros bourg du bordelais à 10 km de Sauternes, le village que nous habitions à l'époque, pour Talence, banlieue sud de Bordeaux. Surtout, je devenais interne, ne revenant chez mes parents que le week-end, après les cours du samedi matin. Ce fut un choc. A tous les points de vue. Inscrit dans une filière technique, le niveau ne volait pas très haut. Mais je ne boudais pas mon plaisir d'une certaine indépendance. Je découvrais une grande ville en ce mois de septembre 1976. Bus de ville, train, bibliothèque... et librairies. A la bibliothèque, le mercredi après-midi, j'empruntais des classiques à tour de bras que je dévorais le soir au cours des interminables heures d'études. Et en chemin, je m'arrêtais dans les diverses maisons de la presse. Et je découvrais qu'il n'y avait pas que Tintin, loin de là.
dr poche spirou 201.jpgSpirou était systématiquement présenté à côté de mon hebdomadaire favori. Je n'ai pas résisté à le feuilleter. En deux ou trois librairies, je lisais l'exemplaire en entier. C'était devenu mon rituel du mercredi après-midi. Et dès que j'ai pu, je l'ai acheté. Mon maigre argent de poche allait prioritairement dans l'hebdo de Marcinelle qui venait de franchir le cap du numéro 2000. Et le sommaire était particulièrement riche et prestigieux. Un Spirou, bien évidemment (l'Ankou de Fournier) et d'autres séries comme Isabelle, Tif et Tondu, Natacha, Archie Cash ou les Tuniques Bleues qui m'ont également marqué. Mais le gros choc, le déclencheur, ce fut le Docteur Poche de Wasterlain. C'était sa première histoire. Le dessin de Wasterlain était à l'opposé des autres BD, très rondes et soignées. On avait parfois l'impression que sa plume avait accroché le papier, le trouant presque. Et l'histoire, fantastique, mystérieuse, poétique, me fascinait, notamment les mannequins prenant vie. J'ai pris l'histoire en cours (débutée en août) mais j'ai adoré.
Côté gags, j'avais l'occasion de redécouvrir les vieux Gaston (Le coin des classiques), les premiers Agent 212 et Boule et Bill. Les récits complets étaient déjà trustés par Cauvin qui signait les Mousquetaires (Sandron) et Boulouloum et Guiliguili (Mazel). Mais tout n'était pas exceptionnel. Je n'arrivais pas à accrocher au dessin laborieux de Devos et de son Génial Olivier. Je passais sans les lire les Paul Foran et autres séries espagnoles...
bidouille et violette.jpgJe devenais cependant fidèle et au fil des mois j'ai eu d'autres coups de cœur. En priorité pour Bidouille et Violette. Cette petite histoire d'amour contrariée, un peu en décalage avec les autres séries, me parlait car j'avais pile poil l'âge et le physique du héros. Je n'ai pas pleuré (on ne peut pas pleurer quand on vit en internat), mais l'émotion était bien réelle. J'ai une admiration sans borne pour Bernard Hislaire. Par la suite, j'ai acheté les albums, mais il m'en manque un (le tome 2, Les jours sombres) et je n'ai jamais trouvé l'intégrale parue chez Glénat (quand elle est sortie, j'étais en Polynésie, loin de tout...)
J'ai découvert Spirou dans les librairies, mais il y avait quantité d'autres revues BD à l'époque. Dites adultes, ce que je n'étais pas. Mais les couvertures de Solé (pour Pilote, Métal, Fluide Glacial ou l'Echo des Savanes) attirèrent mon œil. J'allais me déniaiser avec des récits de Franc, Wallace Wood, Pétillon ou Lauzier.
(A suivre dimanche prochain)

15/03/2009

Mes BD souvenirs (4)

Abonné à Tintin, je recevais chaque semaine ma dose de BD que je dévorais consciencieusement. Le magazine arrivait plié, entouré d'une bande de papier où était notée l'adresse. Je les empilais dans un coin de ma chambre. Les couvertures me faisaient particulièrement rêver. J'avais pris l'habitude, tous les deux mois, d'étaler tous mes numéros sur le plancher de la pièce. Il me tardait que tout soit recouvert. Aujourd'hui, il me faudrait une sacrée surface...
t3001.jpg
En 1976, Tintin a été brièvement racheté par les propriétaire du Journal de Mickey. Une nouvelle formule qui a bénéficié de la prépublication de "Tintin et les Picaros" mais qui proposait également nombre de séries américaines. Une évolution de courte durée, les séries phares du Lombard reprenant le dessus, tout en gardant en permanence la présence de Tintin, en couverture et à l'intérieur avec la reprise des premières aventures du célèbre reporter.

tintin bernard prince objectif cormoran.jpgMon premier choc graphique aura été la découverte de Hermann. Notamment "Objectif Cormoran", aventure de Bernard Prince se passant en Méditerranée. Le héros, après avoir fui à la nage son bateau à la nage, tente d'escalader une falaise. Il se coupe la main. Une scène si réaliste que j'en ai frissonnais de douleur en la découvrant. Le dessin d'Hermann avait une incroyable force d'évocation. Un auteur que je suis toujours, sans jamais avoir été déçu. Comanche, toujours dans Tintin, puis les albums de Jeremiah ou de Bois Maury quand j'ai eu assez d'argent pour me les payer. J'ai quasiment toute sa production. Même les "Nic"...

Casseurs Int 1.jpgTintin proposait à cette époque du très bon (Jonathan, Rork, Bernard Prince) mais aussi des séries moins ambitieuses qui cependant me procuraient beaucoup de plaisir. Notamment les Casseurs de Duchâteau et Denayer. Ces deux flics américains, très inspirés des séries télé, étaient des casse-cou passionnés de bagnoles. Denayer prenait visiblement beaucoup de plaisir à dessiner ces bolides se fracassant les uns contre les autres. Et comme il dessinait vite, la série était présente presque à tous les numéros.

Les éditions du Lombard ont décidé de mettre en valeur ce fond du catalogue, source de nostalgie pour toute une génération. Le premier volume de l'intégrale vient de sortir le mois dernier. Ces intégrales redonnent une seconde vie à ces séries oubliées (Nahomi, Adler...) Souvent dotées de présentations détaillées et riches de dessins inédits, elles sont en plus économiques. Bref de très beaux objets qui deviennent de plus en plus indispensables dans toute bibliothèque BD digne de ce nom.

(A suivre dimanche prochain)

PS : Cette note est la millième du blog. L'occasion de remercier les nombreux lecteurs de ces chroniques.


08/03/2009

Mes BD souvenirs (3)

relfrh006.jpgLire des BD est devenu pour moi une véritable drogue. Notamment les BD franco-belges. Et en bon camé, je me souviens parfaitement de mon premier "fix". C'était aux Nouvelles Galeries de Langon, magasin peu sympathique et vieillot mais qui avait un petit rayon livres. Toujours fasciné par mon premier album de Tintin, je remarque dans le présentoir un gros album de Tintin. Mais pas des aventures du héros de Hergé. Un recueil de l'hebdomadaire. En couverture, la photo de Belmondo devant une vieille Rolls, dans le coin en bas à gauche un dessin de Michel Vaillant de Graton. A l'intérieur, ce sont une dizaine de numéros permettant de lire quatre grandes histoires à suivre. Une de Ric Hochet : "Le signe de la peur", Luc Orient : "Le 6e continent", Olivier Rameau : "L'oiseau de par-ci par-là" et Michel Vaillant. C'est surtout l'histoire de Luc Orient qui me marquera. Le héros était capturé par des hommes robots vivants au cœur d'une montagne comme des fourmis. Je me régalais également des gags. Robin Dubois était mon héros préféré (j'adorais les chevaliers teutoniques) avec Cubitus. Les récits complets complétaient mon mon bonheur, notamment ceux de Dani Futuro de Gimenez et Mora. Ce duo espagnol m'a initié à la science-fiction, genre que je ne connaissais pas du tout. Autre découverte, les histoires de Korrigan, dessiné par Franz dans sa période comique. Un immense dessinateur qui a mis du temps à s'affirmer, de Jugurtha aux Fous de Kaboul.
tintin rififi.jpgJ'ai passé des heures et des heures à lire ce recueil, le 6e de la série Hebdoptimiste. J'ai même réussi à persuader mes parents d'acheter le 7e. Avec là aussi quelques belles découvertes de Tounga à Rififi. Cette dernière série de Mouminoux m'a longtemps interpellé dans un gag que j'ai mis des années à comprendre. Rififi, toujours geignard et malheureux, acceptait de jouer à pile ou face. Et il perdait tout le temps. Car on lui annonçait : "Pile je gagne, face tu perds". J'étais naïf, pas très dégourdi. Et c'est en lisant ces BD que je me suis petit à petit ouvert au monde. Mon imaginaire s'est formé, s'est enrichi. Ces deux recueils étaient le début de ma collection. J'arrivais à argumenter pour que l'on m'abonne. Ce fut fait durant l'année 1975. Depuis je n'ai jamais cessé de recevoir Tintin chez moi chaque semaine jusqu'à la disparition de ce journal qui aura marqué bien des générations, dont la mienne.
Mais comme tout lecteur de Tintin, un jour j'ai été tenté de regarder ce que faisait le grand concurrent, Spirou. Pas de chance, j'ai adoré et doublé ma dose de drogue hebdomadaire.
(A suivre dimanche prochain)

PS : Je n'ai plus mes deux recueils de Tintin. Je raconterai par ailleurs comment je les ai "perdus"... Je me suis rafraîchi la mémoire grâce au site "BDoubliées" qui est la première adresse internet que je regarde chaque matin, pour la couverture du jour, celle d'un Tintin ou d'un Spirou, souvent des années 80. Un site idéal pour les nostalgiques et les collectionneurs.
Autre site très complet, notamment pour les couvertures : Le journal de Tintin

01/03/2009

Mes BD souvenirs (2)

temple du soleil.jpgMon premier album, je m'en souviens comme si c'était hier. Il est vrai que je l'ai lu et relu car pendant des années cela a été également son seul et unique album. Je devais avoir 11 ans à peine. Pour Noël, ma grande sœur Monique m'avait offert « Le Temple du Soleil » d'Hergé. Mon premier Tintin. Pas le plus mauvais, loin de là. Je ne me souviens pas des autres cadeaux de ce Noël, mais ce Tintin restera gravé à jamais dans ma mémoire.
Au début, je n'ai pas compris que c'était une suite. J'attendrai d'ailleurs des années avant de lire « Les 7 boules de cristal ». Je me contentais de cette histoire me faisant découvrir une Amérique du Sud mystérieuse entre jungle et montagne. J'ai beaucoup ri au lama fâché.
tintin_condor.jpgLa scène la plus spectaculaire reste, à mon avis, celle de l'attaque du condor. La progression dans la forêt vierge m'a émerveillé. Je pouvais rester des heures à détailler chaque dessin, parfois à tenter de les recopier. La galerie de portraits, en pages de garde, est resté longtemps un mystère pour moi qui n'avait pas lu les autres albums. Ce « Temple du Soleil » restera le plus beau cadeau de Noël de toute ma vie.
J'ai conservé cet album très longtemps, malgré son état de plus en plus détérioré. Il n'a cependant pas survécu à un énième déménagement (je dois approcher de la trentaine de changement d'adresse sur quatre continents différents...). Adulte, à l'aise économiquement, ma collection de BD a dépassé les 4000 titres, dont tous les Tintin. Aujourd'hui, je n'ai plus que 2000 albums. Et un seul Tintin classique : « L'affaire Tournesol », acheté il y a quatre mois... J'ai failli craquer cet hiver pour l'intégrale. Mais c'était cher (77 euros, 88 maintenant) et peu pratique. Je pense que je vais reconstituer la série des Tintin en sillonnant les vide-greniers de la région.
Tintin m'a fait découvrir la BD franco-belge. Quelques années plus tard, dans le rayon librairie des Nouvelles Galeries de Langon, j'ai réussi à convaincre ma mère de m'acheter un recueil de la revue Tintin (période Hebdoptimiste). Je plongeais une nouvelle fois dans un monde merveilleux qui a totalement changé mon existence
(A suivre dimanche prochain)

06:06 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tintin, casterman, hergé

22/02/2009

Mes BD souvenirs (1)

Quand j'essaie de me souvenir de mes plus jeunes années, les images les plus fortes sont souvent liées à des bandes dessinées. Très jeune j'ai été fasciné par ce mode d'expression. Et cette passion m'est restée. Aujourd'hui encore, je jubile autant en recevant la dernière nouveauté d'une nouvelle maison d'édition qu'en découvrant, dans un vide-greniers, un vieil exemplaire d'une revue des années 60 ou 70. Ces illustrés, dans toute leurs diversités, je les ai dévorés des journées durant, vivant par procuration, déjà.

akim 374.jpegComme beaucoup de gamins, au début des années 70, j'ai débuté en lisant les petits formats. Trois titres m'ont plus spécialement marqué : Akim, Zembla et Janus Stark. Mes rapports avec les petits formats ont débuté d'une façon très étrange. Sans argent de poche, je ne pouvais m'acheter le moindre titre. Mais un de mes copains m'a expliqué comment il lisait des dizaines de petits formats pour quelques centimes. Il fallait être patient et ne pas trop rêver sur les couvertures. Sa combine était de récupérer les invendus. Dans le minuscule village de Gironde que nous habitions, une sorte d'épicière vendait également un peu de presse. En fait, des invendus elle ne renvoyait que la couverture, arrachée sans ménagement, gardant tout le corps de la revue.

zembla 252.jpegCes petits formats, sans couverture, faisaient mon régal. Une fois tous les trois mois, je me rendais dans le magasin et en ressortais avec un carton plein. Je ne choisissais pas. Mais je me précipitais sur les Akim et Zembla, les deux héros qui me plaisaient le plus. Certainement en raison de l'exotisme des histoires. L'Afrique, les animaux sauvages, les tribus de "sauvages"... Les personnages secondaires étaient aussi assez réussis, notamment dans Zembla. Mais déjà je trouvais que certains dessins avaient l'air "ratés". Je tentais déjà de copier certaines cases, sans succès. Parfois, je trouvais les bras du héros trop maigres, ou les jambes disproportionnées par rapport au reste du corps. Je n'avais pas suivi de cours d'anatomie, mais mon œil repérait déjà ces imperfections.

janus strark 4.jpegLe seul héros qui m'a véritablement marqué reste Janus Stark. Cette BD anglaise, assez sombre, mieux dessinée que les productions italiennes, m'avait véritablement fasciné. Pas véritablement les intrigues, mais la capacité du héros de se déformer pour passer dans de minuscules ouvertures. Déjà gros, je devais inconsciemment rêver d'être tellement maigre que je pourrais passer sous une porte avec un peu de volonté.

Il va de soi que ces revues, sans couverture donc vite abimées, ne restaient que peu de temps entre mes mains. Je n'avais pas encore cette volonté de conserver, de collectionner. Je les échangeais avec les copains, voire les jetais après consommation. Les petits formats ont donc été mes premières BD. Pas chères, en noir et blanc, elles m'ont éduqué l'oeil, fait rêvé de contrées lointaines. Une bonne préparation avant de découvrir les maîtres absolus qui signaient dans les hebdos, plus chers mais en couleurs : Pif, Tintin et Spirou.

Des petits formats je n'en ai jamais acheté par la suite. Je feuilletais juste dans les librairies, étonné de leur médiocrité. Aujourd'hui ils n'existent plus du tout, si ce n'est quelques rééditions de Blek le Roc, le seul western qui ait trouvé goût à mes yeux. Le papier à jauni, comme nos souvenirs.
(A suivre dimanche prochain)