28/09/2010

Les plaies de Manhattan

Le 11 Septembre 2001 a fait des milliers de victimes. Dans ce roman, Thomas B. Reverdy s'intéresse aux familles endeuillées.

 

REVERDY THOMAS-Jeremy Stigter 1.jpgL'action se déroule en août 2003 à New York. Autour de Ground Zero. Un des personnages, Simon, est un écrivain français venu donner des cours d'écriture. Il est également là pour écrire un roman sur le 11 Septembre. Rencontrer des témoins. « Il avait suivi un groupe de parole. Des victimes du 11 Septembre, des familles de victimes. »

Au fil des pages, Simon va croiser les autres protagonistes du roman, eux aussi marqués par ce jour noir de l'Amérique. Candice est serveuse dans un bar. Candice qui avait de grand projets avec Gregg. Mais Gregg n'est plus là. Il était dans les Twin Towers le jour de l'attaque. Il a disparu. Réduit en poussière. Dans les décombres, les secours ont retrouvé son portefeuille. Candice tente de survivre depuis. Difficilement.

Pete aussi a vu sa vie basculer après le 11 septembre. Policier à l'époque, il a participé aux premiers secours. Il s'est retrouvé, impuissant, au pied des tours. Voyant les corps tomber, les pompiers et certains de ses collègues se faire engloutir par les milliers de tonnes de béton et d'acier s'effondrant comme un château de cartes. Pete n'est plus policier. Il est guide. C'est lui qui conduit les groupes de touristes sur le site. Un chantier, un trou, où des ouvriers s'activent, déblaient, creusent. Un lieu de pèlerinage pour les familles des victimes. « Ce qui est frappant dans le cas de Ground Zero, c'est la nature même du site. Transitoire. Ground Zero n'est pas un site. C'est ce qui reste des tours jumelles et qui n'est pas encore la tour de la Liberté. Ground Zero n'existe pas. C'est une fiction. Entre le fantôme du World Trade et le rêve de la Freedom Tower, c'est le lieu de la disparition. » Le fameux « Envers du monde » donnant son titre au roman.

 

La prière du musulman

A ces vies en morceau, se greffe une enquête policière. Sur le chantier, le corps d'un ouvrier arabe est découvert. Chute ou meurtre ? Le commandant O'Malley va mener une enquête où nombre de plaies vont se rouvrir. Cet ouvrier, Pete l'avait déjà remarqué. A la pose, il s'était isolé et avait fait sa prière vers la Mecque. Pour le l'ex-policier américain, c'était un sacrilège. Quand il le croise, un soir, dans le bar de Candice, il explose. « J'suis un putain de patriote ! Un vétéran, moi ! » hurle Pete en déclenchant la bagarre se transformant en lynchage : « Ils donnent de formidables coups de pied dans la forme à terre, recroquevillée, sombre, qui ne bouge plus, mais tressaute et se déforme comme un sac de grains, sauf que c'est un sac de viande et d'os qui se brisent, avec le bruit d'un poulet qu'on désosse, un sac de chairs qui explosent et viennent teindre de sang la surface de la peau, les vêtements, comme des étoiles de feu d'artifice. » Un déchaînement de violence collective, comme pour tenter d'assouvir une vengeance qui ne viendra jamais.

Le roman de Thomas B. Reverdy explore les âmes éternellement blessées et torturées de ces hommes et femmes, victimes d'ennemis invisibles. Deux ans après les faits, le souvenir était vif. Aujourd'hui il est toujours aussi délicat, et la polémique autour du récent projet de mosquée dans le quartier donne un éclairage particulier à ce roman.

« L'envers du monde » de Thomas B. Reverdy, Seuil, 18 € (Photo Jeremy Stigter)