05/03/2014

Cinéma : Une nuit pour sauver Paris dans "Diplomatie" de Volker Schlöndorff

Face à face tendu entre un général allemand et un consul suédois. En jeu : la destruction de Paris. Diplomatie, film de Volker Schlöndorff, raconte cette nuit d'août 1944.

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Les guerres, pour s'achever, ont besoin de diplomates. Oubliés quand les combats font rage, ils réapparaissent lorsque la défaite a choisi son camp. En août 1944, le débarquement allié a repoussé les défenses allemandes loin à l'intérieur du pays. Les divisions anglaises, américaines, canadiennes et françaises sont à quelques kilomètres de Paris. Les Allemands tiennent toujours la capitale, mais les renforts se font attendre. A la tête de ces quelques centaines d'hommes, jeunes et inexpérimentés, se trouve le général Von Choltitz (Niels Arestrup), gouverneur du Grand Paris. En poste depuis quelques semaines, il est investi d'une mission qu'il entend accomplir en bon militaire obéissant aux ordres sans discuter. Au balcon de sa suite de l'hôtel Meurisse, il fume une cigarette et admire la ville lumière. Le Louvre, la Tour Eiffel, Notre Dame. Ces monuments, célèbres de par le monde, ne seront plus que ruines dans quelques heures.

 

 

 

Von Choltitz est chargé de raser Paris. Les Alliés, en arrivant dans la capitale, ne découvriront qu'une scène de désolation. Des dizaines de charges sont placées sur tous les ponts et monuments. Tout explosera au même moment. Même la Tour Eiffel, lestée de quatre torpilles sous-marines à chaque pied s'écroulera tel un château de cartes. Ce scénario apocalyptique est l'œuvre de l'ingénieur français Lanvin. Sa parfaite connaissance de la capitale lui permet d'optimiser la destruction. La main tremblante, la voix cassée, il explique le plan à Von Choltitz, froid et imperturbable. Il ne reste plus qu'à relier toutes les charges entre elles et ordonner la mise à feu, centralisée dans les sous-sols de l'Assemblée nationale.

 

Éloge de l'insoumission

En un petit quart d'heure, le spectateur est plongé dans ce véritable cauchemar. Qui n'a pas eu lieu mais qui fait encore froid dans le dos. Un quart d'heure, c'est le temps qu'il faut à Raoul Nordling (André Dussollier), consul de Suède à Paris, pour entrer en jeu. Alors que les canons tonnent au loin et que l'électricité se coupe par moment, la suite est plongée dans le noir. Quand la lumière revient, le général allemand n'est plus seul. Tel un fantôme, Raoul Nordling a fait son apparition près de l'imposante bibliothèque. Voilà quelques heures qu'il observe Choltitz derrière une glace sans tain. Il est vrai que cette suite regorge de secrets. Dont un passage souterrain qu'il a utilisé. Le diplomate vient remettre un message du général Leclerc. Il finira en miettes dans la poubelle, sans même avoir été lu. Nordling va alors abattre ses cartes une à une. Dans un baroud d'honneur, pour sauver ce décor merveilleux, il va tenter de culpabiliser le militaire, essayer de lui faire comprendre que sa décision le fera entrer dans l'Histoire : « Les généraux ont souvent le pouvoir de détruire, rarement celui d'édifier ». Un duel où chacun tentera de persuader l'autre.

Adapté d'une pièce de théâtre de Cyril Gély, ce long dialogue, avec Paris en toile de fond, permet à deux acteurs d'exception de montrer toute l'étendue de leur talent. Le réalisateur, Volker Schlöndorff, semble avoir rajouté quelques scènes en extérieur presque à contrecœur, comme si l'essentiel se déroulait entre ces quatre murs d'un hôtel de luxe. Deux vies face à face pour une ville. Mais quelle ville.

 

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Niels Arestrup l'insoumis

 

« DIPLOMATIE » Un film de Volker SCHLÖNDORFFDes deux rôles de cette pièce de théâtre jouée plus de 200 fois avant d'être adaptée au cinéma, celui du général allemand est le plus risqué. Niels Arestrup s'en tire plus qu'avec les honneurs. Vainqueur du César du meilleur second rôle vendredi dernier pour « Quai d'Orsay », il pourrait sans difficulté rafler celui du meilleur acteur l'année prochaine pour son interprétation du général von Choltitz dans « Diplomatie ». Il a parfaitement endossé cet uniforme de dignitaire nazi pourtant difficile à porter. Sec, abrupt, désabusé il s'impose comme le plus humain de tous les protagonistes même si c'est à lui que revient « l'honneur » de donner l'ordre de destruction de Paris. Toute la force de Niels Arestrup est de faire ressortir et interpréter au fil des heures le doute qui s'immisce dans l'esprit de cet homme. Il faudra des trésors d'ingéniosité au diplomate, interprété par André Dussollier, forcément plus ambigu, pour emporter la décision. Niels Arestrup rend sa dignité à un homme, militaire intransigeant, qui, pour la première fois de sa longue carrière, découvre les bienfaits de l'insoumission.