17/01/2009

Vilain petit campeur

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Les joies du camping, la vie au grand air, entre baignades, bronzette sur la plage et partage des douches communes, sont au centre de ce roman se passant sur la côte atlantique en été. Le Camping Atlantic : un petit paradis pour nombre de smicards heureux de passer quelques semaines loin de leur triste quotidien. Mais pour le bel Adonis, ce rituel immuable est devenu, avec les ans, totalement insupportable. Adonis qui a bien mérité son prénom. Il est beau à faire tourner les têtes. Toutes les filles remarquent cet adolescent en train de devenir un homme plein de charme et d'assurance. Adonis sait qu'il pourrait les séduire, mais il va utiliser toute sa "force de frappe" séductrice pour son frère aîné Nicolas.
Ariel Kenig décrit avec force détails les relations compliquées entre les deux hommes. Nicolas, émancipé, ayant un travail et une petite copine qu'il a même emmenée cette année au camping avec les parents. Adonis, toujours lycéen, sous la coupe de ses parents. Adonis qui a bien l'intention durant ces vacances de tout faire exploser, humilier les parents, ridiculiser la fiancée, brûler le camping et les idiots qui y vivent en été. Si parfois les rapports entre les deux frères déroutent le lecteur, parce qu'à la limite de l'homosexualité et de l'inceste, l'intérêt de ce roman réside surtout dans la description des faits et gestes des campeurs. Vus par les yeux d'Adonis, ils sont abjects. Ainsi le jeune rebelle constate que "c'est rassurant pour les vieux de savoir les jeunes avec les jeunes, les filles avec les filles, les malades avec les malades...
Les ploucs avec les ploucs, ce sont les étés au camping et les parents parfaitement intégrés, sont assurément confiants en l'avenir. Ils reviendront l'année prochaine".

Ce "Camping Atlantic" nous met en présence de deux mondes totalement opposés. Celui de la normalité, qui entend profiter au maximum de ces congés payés durement conquis, même si inconsciemment on reproduit la vie de tous les jours mais au soleil. A l'opposé, Adonis représente cette envie d'absolu, de changement, de jouissance immédiate. La médiocrité doit être combattue. Même si c'est au détriment de sa raison...
"Camping Atlantic" d'Ariel Kenig. Editions Denoël. 15 € (Le Livre de Poche, 4,80 €)




27/08/2008

Etranges années 80



Deux ados au milieu des années 80. « New Wave » est la naissance d'une amitié, autour de la musique, racontée par Ariel Kenig et Gaël Morel.

Plus on avance dans le temps, plus la nostalgie prend de l'ampleur. Bientôt 2010. Comment nommerons-nous cette décennie ? Ceux qui auront vécu les années 80 s'approcheront de la cinquantaine. Il n'y a pas longtemps, c'étaient des adolescents, comme Eric et Romain, les deux héros du roman d'Ariel Kenig, novellisation d'un film de Gaël Morel qui sera diffusé sur Arte, le 9 septembre, à 21 heures.
Eric, collégien dans son année de brevet, vit difficilement la condition misérable de ses parents. A quelques kilomètres de cette petite ville de province, ils habitent dans une ferme qui tombe en ruines. Il s'entend mal avec son père, a honte de sa mère, femme au foyer dénuée de toute ambition. La désillusion rythme ses journées, longues, très longues. A la rentrée, il n'est plus dans la classe de Thomas, son seul ami. Cela s'annonce mal. Jusqu'à l'arrivée de Romain.
Ce « nouveau » se fait remarquer d'emblée en arrivant en retard et surtout en le prenant avec beaucoup de désinvolture. Par hasard, il s'assied à côté d'Eric. Et quand Mlle Colinot, la professeur, essaie de le « coincer », persuadée qu'il n'écoutait pas, Romain répète mot à mot les consignes. Avec son look new wave faisant fi des convenances (yeux maquillés, cheveux crêpés, lacets de Converses dépareillés), il en impose immédiatement. « Il était trop tôt pour le confirmer, mais la riposte de Romain avait déterminé la classe à lui déléguer ses espoirs de rébellion tandis qu'Eric, par l'apostrophe de Mlle Colinot, jubilait de ce nouvel état de fait : en l'associant à son indiscipline, Romain l'avait adoubé. »

Le fils et la mère.
Pourtant les deux garçons n'ont que peu de points communs, mais une belle amitié, une amitié forte, va se construire au fil des trimestres. Cependant Eric ne veut pas brusquer les choses : « Une amitié comme celle-ci imposait peut-être le sacrifice de ne pas courir après. » Romain est l'archétype du gamin qui a tout ce qu'il exige. Sa mère, qu'il appelle par son prénom, Anna, aime à la folie son rejeton.
Eric découvrira avec étonnement le fonctionnement de cette femme aux allures d'éternelle enfant. Elle aime quand Romain est malade. Il reste à la maison, elle l'a en son pouvoir. Ariel Kenig, à côté des découvertes mutuelles de ces deux adolescents sensibles, donne de plus en plus d'ampleur au personnage d'Anna. On sent poindre un embryon de folie, de désespoir : « Les petits drames, seuls, comme l'alitement de son fils, offraient une chance de se montrer présente, à la hauteur, indispensable, indignement dégoûtée que cette maladie, finalement, ne fût plus grave. Le médecin diagnostiquerait une simple angine ; ce serait bien ainsi tristement. Car ce qu'elle désirait était certainement que le docteur décèle en elle, en elle seule, un terrible mal. Voilà ce qui retournerait enfin la situation et réparerait, par une exquise douleur, l'indifférence dont elle souffrait. »
Ariel Kenig, à partir du scénario de Gaël Morel, a mis en phrases un récit dramatique, beaucoup plus que ces années 80 marquées par une musique mélangeant allègrement mélancolie et modernité. Un livre à lire en écoutant les morceaux sélectionnés par les auteurs (la liste est en fin de volume), de Cure à Depeche Mode en passant par Etienne Daho ou New Order.

« New Wave », Ariel Kenig & Gaël Morel, Flammarion, 16 €