28/09/2008

La fuite américaine

Lisa déteste sa mère, Véra. Après des années d'absence, elle part aux USA participer à son repas d'anniversaire. En cachette.



Dans le genre « mère fille, l'amour impossible », Aude Walker signe un premier roman ne faisant pas dans la dentelle. Des rapports d'autant plus conflictuels que les deux protagonistes aiment l'excès, tous les excès. Une sorte de compétition à celle qui semblera la plus folle. Ou la plus destructrice pour son entourage.
Lisa est la fille de Véra. Cette riche héritière américaine a épousé, sur un coup de tête, un petit journaliste français. Lisa est le fruit de cette union. Le couple bat rapidement de l'aile et le mari préfèrera prendre la fuite, avec la fillette, trouvant refuge en France. Un peu avant, Lisa avait hérité d'un petit frère, Assan, d'un père Libanais. Mais Véra n'en est pas sûre. Elle le dira crument à Assan lors d'une soirée arrosée : « Mais mon pauvre amour, je n'ai jamais su de quelle nationalité il était, ton père. Qu'est-ce qu'on en a foutre qu'il soit serbe, turc ou béninois ? J'étais raide défoncée. Je ne connais même pas son prénom, à ton père ». Une citation qui donne un aperçu du personnage, outrancier à l'extrême.

« Elle ne m'a pas reconnue »
Pourtant, elle est encore très belle, Véra. Lisa est obligée de le constater alors qu'elle la revoit pour la première fois après des années d'absence. C'est à Paris. Lisa est employée dans un palace. « Ce soir, j'ai croisé ma mère et elle ne m'a pas reconnue. Je suis une simple serveuse », explique la jeune narratrice qui la décrit ainsi : « Un tailleur-pantalon écru. Une ligne parfaite. Ses chevilles bercées par des talons d'une dizaine de centimètres. Sa bouche prune, sacrée baiser originel. Elle venait de New York pour vendre ses voitures aux enchères, chez Christie's. Ou pour se faire baiser à la française. »
Cette reprise de contact entre la fille et la mère va déclencher une succession d'événements qui ne seront pas sans conséquence pour l'équilibre déjà très fragile de cette famille éclatée et hors norme. Lisa va tout plaquer, travail, mari et vie tranquille pour traverser l'Atlantique et être dans la grande maison familiale pour l'anniversaire de cette mère qui ne la reconnaît plus. Invitée surprise, pas véritablement appréciée, d'une petite fête tragique, sur fond d'ouragan.
Avant le grand jour, Lisa va reprendre contact avec le seul membre de la famille avec qui elle avait une grande complicité, Assan : « Sur la plage, tout près des vagues, je reconnais immédiatement mon frère. Ses pieds de bison plantés dans le sable mouillé, Assan, à moitié nu, s'époumone comme un damné, dans le froid, les bras ouverts. Des cris droits, sans bavure. A chaque exclamation, sa tête semble être sur le point de se détacher pour aller rouler, loin, se perdre dans l'écume et voguer à jamais dans la sphère abyssale, en paix, enfin. »

Joyeux... anniversaire
Assan, jeune homosexuel dépressif, véritable électron libre de la famille. Il protège Lisa quand arrivé la confrontation avec Véra. Ce sera au cours d'un repas d'anniversaire d'anthologie. Il représente près du tiers du roman et offre quelques scènes fortes à Lisa, entre la méchanceté de la grand-mère, la fatuité du beau-père, la lâcheté du beau-frère et l'innocence du neveu. Un roman à vif, comme un coup de scalpel qui n'en finirait pas. Un règlement de compte en famille, mais pas dans la joie.
« Saloon », Aude Walker, Denoël, 17 €


06:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Aude Walker, Denoël