09/02/2017

BD : Undertaker, la renaissance du westernt

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Après un tome 2 se passant exclusivement dans une mine désaffectée au cœur du désert (sorte d’hommage à Blueberry), Jonas Crow, l’Undertaker met le cap au Nord vers l’Oregon, là où la civilisation prend fin. Ce croque-mort, accompagné de son vautour apprivoisé, se lance sur les traces de l’ogre de Sutter Camp, un chirurgien derrière qui se cache un redoutable tueur en série. Jonas n’est pas seul, il a gagné dans ses précédentes aventures deux associées : la jolie nurse britannique mais très torturée Rose, et Madame Lin, une Chinoise qui cache bien son jeu (experte en armes et redoutable en négociations pécuniaires). Changement de décors pour Ralph Meyer, le dessinateur de la série écrite par Dorison. Forêts humides, boue, petit village et surtout beaucoup de sang sur la piste du « méchant ». Rose sera une proie de choix pour ce sadique d’anthologie. Une des meilleures séries de ces dernières années, qui réinvente le western et rencontre un immense succès tout à fait mérité.

➤ « Undertaker » (tome 3), Dargaud, 13,99 €

 

 

06/02/2017

BD : "Le projet Bleiberg" ou le surhomme à travers les âges

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A la base, « Le projet Bleiberg » est un thriller en trois parties écrit par David Khara. Adapté par Serge Le Tendre, il devient une BD dans l’air du temps avec complot nazi et guerre des services secrets. Le personnage principal a tout pour être haï. Jeremy Corbin est un trader américain. Jeune, millionnaire, il tue un bébé avec sa décapotable. Il évite les poursuites mais déprime. La mort de son père va bouleverser sa vie. Ce militaire US était au centre d’un secret datant des années 40, quand les Nazis tentaient de créer un surhomme pour purifier la race aryenne. Jeremy, après de multiples tentatives d’assassinat, reçoit la protection d’une belle espionne américaine et d’un géant du Mossad. Album palpitant et remuant, dessiné par un Frédéric Peynet au sommet de son art.

➤ « Le projet Bleiberg » (tome 1), Dargaud, 13,99 € 

 

28/01/2017

Angoulême, un festival de nouvelles bandes dessinées

BANDE DESSINÉE. Dans moins d’une semaine Angoulême va se transformer en capitale mondiale de la BD. Petit tour d’horizon des nouveautés d’un secteur en pleine expansion.

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Les grands anciens sont toujours à la mode. Après Blake et Mortimer, Tintin ou Lucky Luke, Spirou est en vedette en ce mois de janvier. Pas le héros « officiel » de Vehlmann et Yoann mais celui de la collection parallèle donnant carte blanche à des auteurs confirmés pour proposer leur vision du héros rendu si populaire par Franquin. « Le maître des hosties noires » est la suite de « La femme léopard » de Yann et Schwartz. Les deux auteurs ont décidé de replonger le jeune groom vêtu de rouge dans le Bruxelles d’après-guerre, dans un style rappelant celui de Jijé. Spirou et Fantasio sont au Congo. Accompagnés de la jeune et très jolie Aniota, Africaine qui ne laisse pas Fantasio indifférent, ils veulent rejoindre la province de l’Urungondolo, là où vit la tribu des femmes-léopards. Mais en 1947, peu de temps après la fin de la guerre en Europe, un dictateur local entre en rébellion contre l’ordre colonial belge. Il enrôle un sorcier capable d’animer des fétiches, les transformant en robots-gorilles indestructibles.

Il a également un grand projet : rayer la Belgique de la carte de l’Europe. Pour cela il demande à des savants allemands en fuite de lui construire une bombe avec l’Uranium extrait des mines de sa province.

Autour de cette intrigue dramatique, Yann laisse libre cours à son humour décapant. Il dynamite avec un plaisir évident l’esprit colonial et la folie des nazis. Sans compter les dizaines de clins d’œil à la fameuse BD franco-belge. Un style dans lequel Olivier Schwartz excelle. Il actualise le trait de Jijé, avec un soupçon de Chaland et des compositions de planches d’une clarté exceptionnelle.

■ Un trio pour le Grand Prix

Olivier Schwartz présent à Angoulême le week-end prochain sera sans doute très sollicité par les fans. Son album devrait rapidement gravir les échelons dans les classements des meilleures ventes. Il n’est cependant pas dans la sélection finale dans la compétition du meilleur album de l’année. Une compétition très ouverte, même si deux titres se détachent du lot, « Shangri-La » de Mathieu Bablet chez Ankama et « La légèreté » de Catherine Meurisse aux éditions Dargaud.

Pour le Grand Prix, décerné par l’ensemble de la profession, après un premier vote pour ne garder que les « meilleurs », il ne reste plus que trois noms pour succéder à Hermann (lire ci-dessous). Trois immenses auteurs à la tête d’œuvres ambitieuses et reconnues de tous. Le choix sera particulièrement difficile entre Chris Ware, Cosey et Manu Larcenet.

Ware est le génial américain qui ne se prive d’aucune expérience comme dans « Building Stories » récompensé du prix du Jury en 2012. Cosey, déjà sélectionné l’an dernier dans le trio final, est de nouveau de la partie. Il a signé un étonnant album avec Mickey en vedette l’an dernier. Reste Larcenet, le petit prodige qui a débuté avec des histoires absurdes dans Fluide Glacial puis est devenu un des maîtres du noir et blanc. Sa trilogie, « Blast », est devenue un classique du roman graphique.

Qui sera président ? Réponse le mercredi 25 janvier, à la veille de l’ouverture du 44e festival d’Angoulême.

➤ « Le maître des hosties noires », Dupuis, 14,50 €

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■ LES ALBUMS PHARES DU FESTIVAL

Bouzard dépoussière Lucky Luke

Après Mathieu Bonhomme, c’est Guillaume Bouzard qui a eu carte blanche pour imaginer une aventure décalée de Lucky Luke le cowboy créé par Morris. On retrouve tout ce qui fait le charme de la série, avec l’absurde en plus. Le cow-boy solitaire se brouille avec son cheval, les Dalton lui demandent son aide et Averell... veut se faire poser un anneau gastrique. Du grand n’importe quoi, finement dessiné dans ce style inimitable de jeté-lâché propre au dessinateur de Plageman et Mégabras.

➤ « Jolly Jumper ne répond plus », Lucky Comics, 13,99 €

Puppy, le petit chien zombi

Après avoir illustré Albert Cohen, Luz continue ses recherches tous azimuts. Il signe un très étrange album de plus de 250 pages grand format, entièrement muet. Dans un cimetière pour animaux, une patte sort de terre. C’est Puppy, chien récemment enterré dans ce lieu si tranquille. Puppy ne comprend pas, il perd la tête (au propre) et court après sa truffe. Le chien zombi explore les différentes tombes, redoute les chats errants et va tenter la grande aventure chez les humains. D’une grande beauté, cet album est une nouvelle pierre à la carrière en mouvement de Luz, ancien de Charlie qui a définitivement tourné la page du dessin d’humour.

➤ « Puppy », Glénat, 19,50 €

Série noire à la suédoise

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Tout dessinateur en rêve : une collection à son nom. Philippe Berthet a obtenu cette faveur et puise parmi les meilleurs scénaristes du moment pour signer des histoires complètes très noires. Sylvain Runberg lui a écrit un polar suédois aux airs très américains. Une partie de l’intrigue se déroule au cours du Motorcity, festival mêlant vieux groupes de rock et voitures américaines des années 60. Un milieu que connaît bien l’héroïne, une policière fraîchement sortie de l’école.

➤ « Motorcity », Dargaud, 14,99 €

Amours multiples à Montréal

Julie Maroh a frappé un grand coup dans le monde de la BD souvent très masculine avec son « Le bleu est une couleur chaude ». Succès de librairie devenu film culte sous le titre de « La vie d’Adèle ». Militante de la cause LGBT, elle revient avec un gros recueil d’histoires courtes ayant pour point commun l’amour. L’amour sous toutes ses formes. Dans une préface explicative elle s’insurge contre le cliché « un homme une femme » et va beaucoup effectivement plus loin dans les combinaisons. Beaucoup de tendresse dans ces récits se déroulant à Montréal, ville libre et joyeuse, quelle que soit la période de l’année.

➤ « Corps sonores », Glénat, 25,50 €

L’Afrique de Jean-Denis Pendanx

Pour son premier album en solo, Jean-Denis Pendanx plante ses pinceaux dans cette Afrique qu’il aime tant. Sur plus de 110 pages on suit l’initiation de Kémi, très loin, vers le delta du Niger, un périple étourdi de croyances et de fétichisme, une quête magnifique et tourmentée.

➤ « Au bout du fleuve », Futuropolis, 20 €

 

14/01/2017

BD : Femme exigeante, homme affligeant

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A quoi rêvent les femmes de plus de 30 ans ? Réponse en partie dans « Idéal standard », roman graphique de 150 pages signé Aude Picault. Claire, le personnage principal, cherche l’amour. Infirmière dans un service de grands prématurés, elle passe ses journées avec des bébés fragiles. Un bébé, elle y pense souvent. Encore faut-il trouver le bon père. Généralement, ses amourettes ne durent pas plus de trois mois. Elle vient de se faire larguer par un ronfleur. Pourtant elle y croyait cette fois. Déprimée, elle fait une croix sur ses ambitions de bonheur. Jusqu’à sa rencontre avec Franck. Très poilu, mais très sympa. Du moins durant les premiers mois de leur relation. Car rapidement le naturel revient au galop. D’une grande finesse psychologique, cette BD ressemble un reportage intelligent sur la vie des trentenaires d’aujourd’hui. Leurs espoirs et découragements. Claire tient le coup grâce à ses amies. Certaines lui donnent des conseils judicieux. D’autres montrent ce qu’il ne faut pas faire. Difficile pourtant de trouver sa voie, son équilibre. Tous les sujets sont abordés sans tabou, du plaisir sexuel féminin à l’IVG en passant par les relations compliquées avec les parents d’une autre génération. Pas toujours gai, « Idéal standard » se termine pourtant sur une note résolument positive.

➤ « Idéal standard », Dargaud, 17,95 €

 

 

02/01/2017

BD : Deux Anglais (Blake & Mortimer) et Shakespeare

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Le nouvel album de Blake et Mortimer signé Yves Sente (scénario) et André Juillard (dessin) va ravir tous les passionnés de Shakespeare. Nos deux héros se retrouvent lancés dans une course contre la montre trépidante. Si l’aventure débute à Londres, l’intrigue principale se déroule à Venise. Quelques riches lettrés, lors d’une soirée, tentent de résoudre un mystère lié à la vie de Shakespeare. Blake et Mortimer s’y retrouvent mêlés en raison de leur amitié pour Sarah Summertown, par ailleurs présidente de la William Shakespeare Defenders Society. Le professeur va notamment enquêter en Italie, pays qui aurait une importance capitale dans la vie et l’œuvre du grand dramaturge anglais. Si l’album manque un peu d’actions spectaculaires et d’inventions étonnantes, il est cependant passionnant, un peu dans la lignée de « L’affaire du collier », avec un gros volet historique tout à fait crédible, bien qu’entièrement inventé par Sente. Juillard au dessin, est toujours aussi fidèle et Jacobs, tout en arrondissant, voire humanisant ces personnages désormais immortels.

➤ « Les aventures de Blake et Mortimer » (tome 24) , éditions Blake et Mortimer, 15,95 €.

 

29/12/2016

BD : Léo de retour au pays

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Léo, dessinateur et scénariste formidable créateur de mondes (Aldébaran, Bételgeuse...), s’il a fait l’essentiel de sa carrière en France, est originaire du Brésil. Un pays qui n’est désormais plus totalement absent de son œuvre puisqu’il signe avec Rodolphe au scénario et Marchal au dessin, un troisième cycle de « Kenya » se déroulant en Amazonie. Kathy Austin, membre des services secrets anglais, rentre juste de ses pérégrinations africaines qu’elle doit repartir pour l’Amérique du Sud. Un pasteur vivant dans un dispensaire loin de toute civilisation, a recueilli un photographe mourant. Sur sa dernière pellicule, la photo d’un immense humanoïde à la peau blanchâtre. Un extraterrestre ? C’est la mission de la belle et intrépide Kathy qui retrouve sur son chemin le pilote d’avion américain Hank Grabble mais également quelques anciens nazis (l’histoire se déroule en 1949) et un consul anglais pittoresque au langage incroyablement grossier. Un premier tome très prometteur, entre science-fiction et espionnage.

➤ « Amazonie », Dargaud, 11,99 €

 

25/12/2016

BD : Prise de tête physique 

 

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Si vous regrettez les gags signés Claire Brétécher ou les dessins de Reiser, précipitez-vous sur ces « Scènes de la vie hormonale » signées Catherine Meurisse. La dessinatrice de Charlie Hebdo excelle dans ces petites tranches de vie où parfois elle se met en scène. Et si ce n’est pas elle, cela y ressemble... Après l’attentat, la rescapée a mis longtemps avant de réapprendre à vivre. Un long combat contre elle-même raconté dans « La légèreté ». Et puis elle s’est remise à dessiner et raconter ces petites histoires tournant toujours autour du sexe. Ce pourrait être simple, c’est forcément compliqué. Les trentenaires d’aujourd’hui sont passés à la moulinette de son regard aiguisé. Des femmes toujours insatisfaites aux amants de passage en passant par celles qui se veulent mère et maîtresse, les relations sont toujours prétexte à réflexion. On rit beaucoup par la justesse. On croit parfois qu’elle Exagère, mais trop souvent ces personnages existent bel et bien. 80 pages qui résument fidèlement l’état de désir physique d’une certaine France, celle des bobos et autres hipsters des grandes villes. A lire comme un livre d’anthropologie...

➤ « Scènes de la vie hormonale », Dargaud, 17,95 €

 

05/11/2016

BD : Calvin Wax, méchant d’entre les méchants de "XIII Mystery"

 

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Pour faire vivre (entendre multiplier les sorties de nouveautés pour profiter du succès de la série) les éditions Dargaud ont lancé « XIII Mystery », série d’histoires indépendantes mettant en valeur les personnages secondaires de la série imaginée par Van Hamme et Vance. Loin d’êtres des œuvres alimentaires, ces albums, confiés à des scénaristes et dessinateurs confirmés, sont passionnants. Le 10e titre, consacré à Calvin Wax, est un des meilleurs. Il est vrai que cet homme de l’ombre, conseiller du président et foncièrement à droite, est un sujet de roman à lui seul. Fred Duval raconte les débuts de la grande conjuration pour rendre les USA à un pouvoir blanc et raciste. Calvin Wax est le numéro 2 du complot des Dix et on découvre comment il « nomme » le numéro 1. Son action est résumée lors de cet embryon de confession page 27 : « Chantage, pression, coercition, extorsion, pot-de-vin, trahison, j’ai embrassé et digéré toutes les faiblesses et perversions humaines pour les transformer une à une en avantages politiques... » Plus qu’un méchant, Calvin Wax est la pire saloperie que peut compter la planète terre. Il méritait bien un album rien que pour lui.

➤ « XIII Mystery » (tome 10), Dargaud, 11,99 €

 

02/10/2016

BD : L'envol des oiselles

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Une certaine France du passé, un peu rétrograde, est racontée dans "Filles des oiseaux", nouvel épisode des souvenirs de Florence Cestac. La dessinatrice, longtemps restée dans l'ombre à œuvrer pour les éditions Futuropolis, ose depuis quelques années la BD à la première personne. Son "Démon de Midi" a conquis des milliers de femmes. Place maintenant à la jeune, très jeune Florence Cestac. Normande, fille de paysans, son adolescence n'est pas de tout repos. Elle ne supporte plus les disputes de ses parents. Elle demande alors à être pensionnaire. Bingo ! Elle intègre le pensionnat des Oiseaux, tenu par des religieuses pour les jeunes filles de la grande bourgeoisie. Florence va découvrir un autre monde, plus rigide, mais aussi libre. Notamment quand elle devient la meilleure amie de Marie-Colombe, révolutionnaire avant l'heure. C'est la fin des années 60, mais le mois de mai n'a pas encore tout fait exploser. Ce sera le thème du prochain volume qui s'annonce encore plus subversif. Un regard fin et amusé sur la découverte de la vie et de la liberté par une adolescente.

"Filles des oiseaux", Dargaud, 13,99 euros

 

 

11/09/2016

BD : Un réactionnaire bien sympathique

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Marié, père de famille, Morgan Navarro a le malheur de ne côtoyer que des bobos, dangereux extrémistes de gauche et même, le pire parmi la lie de l'humanité avec qui il doit partager l'air qu'il respire : des féministes, lesbiennes, vegan et tatouées. Morgan Navarro, on l'a compris, n'est pas un homme de progrès, ouvert d'esprit. Sous sa calvitie bonhomme se cache un véritable réactionnaire, nostalgique du passé, celui de Pompidou, pas de Mitterrand. Il transforme ses colères et indignations en histoires courtes publiées sur la plateforme du Monde (Le Figaro doit se mordre les doigts). Cette opposition entre des hommes et femmes humanistes et partageurs et Morgan, indécrottable pessimiste, persuadé que le monde court à sa perte, se révèle un ressort comique inépuisable. Et tout le paradoxe de cette BD, au trait classique cela va de soit, est que le réac reste sympathique. Car il a conscience de ses dérives, pour preuve il se sent sans cesse obligé de demander à ses potes d'origines maghrébines s'il est raciste. La réponse, tout en lui faisant un peu honte, le rassure. Paradoxe d'un homme mal dans son temps mais qui n'a jamais perdu le sens de l'autodérision. Preuve au final, qu'il n'est pas si réac que cela finalement...

«Ma vie de réac", Dargaud, 17,95 €

 

 

08:46 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : morgan navarro, réac, droite, dargaud