18/05/2013
BD : Dragons chinois par Taduc et Le Tendre

Taduc fait partie de ces dessinateurs si doués qu'on ne peut qu'être séduit par ses nombreuses séries. Il a déjà fait ses preuves dans le western avec Chinaman, a étonné en troquant son trait académique pour du « gros nez » dans « Mon pépé est un fantôme » : il va devenir une référence de l'héroic-fantasy avec les aventures de « Griffe blanche ». Cette guerrière chinoise aux cheveux blancs va devoir protéger sa maîtresse des agissements d'envahisseurs. Au passage, elle sauvera Taho-le-Vif, jeune braconnier protecteur de l'œuf d'un dragon royal. Des dragons omniprésents dans cette première partie scénarisée par Serge Le Tendre.
« Griffe Blanche » (tome 1), Dargaud, 13,99 euros
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03/04/2013
BD : Les cases déstructurées de Fred et Marc-Antoine Mathieu
Mise à jour : Cette chronique, parue il y a trois semaines dans l'Indépendant,parle du dernier album de Fred. Le grand dessinateur vient de s'éteindre, à 82 ans. Les hommages sur Facebook sont légion. Des ses collègues, amis. Lecteurs aussi. Philémon a fait rêver plusieurs générations. Une ouverture sur la poésie essentielle. Fred, sans faire de bruit, a participé à l'éducation artisitique et culturelle de millions de personnes. Oui, il faut relire tout Philémon. Chapeau l'artiste !
La bande dessinée souffre d'une image trop formatée. Cases, planches, pagination : longtemps les auteurs devaient se fondre dans un moule, brider leur créativité pour des raisons pratiques, matérielles. Mais certains ont littéralement explosé ces contraintes, dynamitant un principe de narration trop linéaire. Fred, au milieu des années 60, a été un pionnier avec Philémon. Marc-Antoine Mathieu un digne héritier en lançant Julius Corentin Acquefacques dans le monde des rêves.

« Le train où vont les choses » est le 16e et dernier tome des pérégrinations de Philémon dans le monde des îles-lettres de l'Océan Atlantique. Débuté à la fin des années 80, cette histoire de Lokoapattes embourbées par manque d'imagination était un peu symbolique de l'état d'esprit du créateur. 20 pages et puis plus rien... Des idées noires, un manque d'envie. Fred a changé d'univers pour mieux se retrouver. Mais il avait quand même le désir de boucler la boucle. C'est chose faite, au minimum. Un épilogue sous forme de bande de Moëbius puisqu'on retrouve en scène finale les premières pages du premier album. Un monde meurt, un univers magique se referme. Mais il sera toujours là, grâce aux albums, pour ouvrir celui des générations futures.

« Le décalage », 6e titre des aventures (même si c'est un bien grand mot) de Julius Corentin Acquefacques, débute... à la page 7. La couverture est en fin de volume et les personnages, pour accélérer leur errance dans le grand rien, ont même arraché des pages au cœur du récit. Julius, en ratant le début de l'aventure, se retrouve dans le rôle du témoin impuissant. Un album de Marc-Antoine Mathieu c'est avant tout des trouvailles techniques. Scénographe réputé, il n'a pas son pareil pour jouer avec les codes de la narration. Un peu comme Fred, mais à la puissance 1000. Fred que l'on retrouve d'ailleurs dans les remerciements, placés au cœur de la BD, décalage oblige.
« Le train où vont les choses », Fred, Dargaud, 13,99 euros
« Le décalage », Marc-Antoine Mathieu, Delcourt, 14,30 euros
09:55 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fred, philémon, dargaud, marc-antoine mathieu, julius, delcourt, décalage
30/03/2013
BD : L'abbé Shelton en mission en Argentine

Wayne Shelton, héros aventurier imaginé par Jean Van Hamme, a le profil rêvé pour être au centre d'histoires mouvementées et dépaysantes. Millionnaire, prêt à tout pour augmenter sa fortune, Wayne, malgré ses tempes blanches est encore très vert. Et cela ne date pas d'hier. Dans sa jeunesse, il a traversé l'Amérique latine en moto. Heureusement pour le lecteur il n'a pas finit comme le Che. Mais ce passé de liberté et d'insouciance lui revient en pleine figure quand il il est accusé par la police argentine d'avoir violé une jeune héritière. C'était il y a 30 ans, mais ce pays très catholique sait se souvenir quand il y a l'honneur d'une famille en jeu. Wayne est victime d'un complot. La belle qui a succombé à ses charmes a aujourd'hui besoin de notre héros pour récupérer le ticket gagnant à la loterie nationale. Pour assurer sa liberté, Wayne endosse l'habit de prêtre et va au fin fond des montagnes retrouver un curé peu scrupuleux. Dessinée par Denayer, toujours aussi efficace, cette aventure est légère, pleine d'humour et de bons sentiments. Rien de bien transcendant pour certains. En fait de la belle ouvrage, ce qui fait le succès de la BD depuis des décennies, devenu malheureusement trop rare de nos jours.
« Wayne Shelton » (tome 11), Dargaud, 11,99 €
10:02 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : van hamme, denayer, wayne shelton, dargaud, argentine, loto
10/03/2013
BD : Luisa Casati, la muse égoïste

La marquise Luisa Casati a toujours baigné dans le monde des arts. Cette richissime héritière italienne a dilapidé sa fortune et est morte en étant quasiment à la rue. Mais avant, quelle vie, quel faste, que de jouissances ! La vie de cette extravagante, que certains comparent à Lady Gaga, a toujours été dans l'excès. Mariée très jeune, elle trompe allègrement son triste mari avec un poète. Puis elle rejoint Paris et accumule les conquêtes et les tenues extravagantes. Sans pudeur, elle devient un modèle de choix pour les peintres les plus en vogue. Son corps se retrouve sur les tableaux de Dali, les photos de Man Ray et sert de base pour les créations du styliste Poiret. Ce biopic est l'œuvre de Vanna Vinci, dessinatrice italienne certainement inspirée par cette Casati, muse égoïste à la chevelure flamboyante.
« La Casati », Dargaud, 16,45 euros
14:56 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : casita, man ray, dali, vanna vinci, dargaud
06/03/2013
BD : la colère d'un fantôme masqué

100 ans. 100 ans que la figure de Fantomas a commencé à hanter les nuits de lecteurs aimant se faire peur. Le personnage, premier super méchant avec cape et collant, redevient l'abominable monstre de ses origines. Oubliés les films comiques et autres dérives ringardes, la BD retrouve la force du feuilleton et la noirceur du personnage. « La colère de Fantomas » est plus qu'un hommage, c'est une continuation parfaite de l'esprit d'origine. Tueur et manipulateur, Fantomas est toujours dans la surenchère. L'histoire débute en plein procès. Le fantôme masqué est accusé du meurtre de Lord Beltham. Il se défend seul. Et prouve que l'arme du crime est d'une rare efficacité. Décapité au petit matin, il ne nuira plus. A moins que... Juve et Fandor sont invités à assister à une pièce reprenant les exploits du criminel. C'est là qu'il réapparait et annonce son intention de se venger. Fantomas est en colère ! Une histoire de Bocquet mis en images par Julie Rocheleau, une dessinatrice canadienne jouant parfaitement des couleurs pour recréer cette ambiance du début du XXe siècle.
« La colère de Fantomas » (tome 1), Dargaud, 13,99 €
08:47 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fantomas, colère, bocquet, rocheleau, dargaud
26/02/2013
BD : le futur stylisé des "Souvenirs de l'empire de l'atome"

Comment devient-on écrivain de science-fiction ? Thierry Smolderen répond en partie à cette interrogation dans « Souvenirs de l'empire de l'atome », roman graphique illustré par Alexandre Clérisse. Paul, dans son enfance au cœur des années 50, a été fasciné par les nouvelles et romans de SF diffusés dans les magazines. Tellement imprégné de cet univers qu'il s'est construit un double imaginaire, Zarth Arn, héros du futur. Depuis l'âge de 14 ans, il est persuadé de pouvoir communiquer avec lui par télépathie. Impossible de résumer cet album aux multiples ramifications. Sachez que parmi les thèmes évoqués vous aurez droit aux drogues hallucinogènes, à l'hypnose, à un hommage à Franquin et même à l'Exposition universelle de 58 à Bruxelles. Et le plus incroyable, c'est que cet immense fourre-tout est d'une cohérence redoutable.
« Souvenirs de l'empire de l'atome », Dargaud, 19,99 euros
08:39 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : empire de l'atome, smolderen, clérisse, dargaud
23/02/2013
BD : Chasse au Krakken pour Asgard et Seiglind

Asgard Pied-de-fer, le chasseur de Krakken, accepte de défier un serpent géant terrorisant une partie des mers du Nord. A la fin de la première partie de cette BD écrite par Nury et dessinée par Meyer, le lecteur est quasi persuadé que le monstre est mort. Dès les premières pages du second tome, il revient, blessé et encore plus agressif. Un combat définitif s'engage avec les survivants. Dans la neige, les eaux glacées, les fjords sauvages, Asgard et la belle Seiglind vont lutter contre les éléments et le serpent-monde. 60 pages d'une rare tension. La preuve est faite que la BD, loin d'être un média immobile, peut parfaitement retranscrire le mouvement avec quelques traits judicieusement placés dans une mise en page dynamique. Mieux que du cinémascope !
« Asgard » (tome 2), Dargaud, 13,90 euros
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26/01/2013
BD : triste voyage en famille

Léa est belle. Léa est jeune. Léa a du succès. Auprès des hommes, du public de son émission à la télé. Léa a tout pour être heureuse. Jusqu'à ce jour osa tante lui annonce la mort de son père. Durant quelques jours, Léa va mettre sa vie entre parenthèses et tenter de comprendre pourquoi rien n'a jamais marché entre elle et ce père, médecin généraliste, toujours absent. Elle va fouiller dans la grande maison de famille, y retrouver des traces de son enfance et cette piscine, a jamais abandonnée aux grenouilles. Une histoire émouvante de Zidrou, mis en images, avec simplicité et rigueur, par Benoît Springer.
« Le beau voyage », Dargaud, 14,99 €
08:34 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le beau voyage, zidrou, springer, dargaud
15/01/2013
Chronique : le cri du coeur de Manu Larcenet : "Ne votez pas pour moi !"

Iconoclaste jusqu'au bout du pinceau, Manu Larcenet, auteur de bande dessinée, se distingue toujours par quelque action d'éclat. Il débute dans Fluide Glacial dans le domaine de l'humour, mais devient célèbre avec « Le combat ordinaire » et « Blast », des romans graphiques salués par la critique et le public. Sur son blog, « Epais et tordu », il s'en prend régulièrement aux critiques BD, aux forums, aux éditeurs, à ses collègues... Souvent sans nuance, limite méchant. La marque du génie, sans doute.
Ce week-end il poste un nouveau texte sur le festival d'Angoulême. La grand-messe du neuvième art (40e édition du 31 janvier au 4 février) modifie l'élection du « grand maître de l'année ». Les professionnels de la BD sélectionneront trois noms dans une liste de 16 auteurs proposés par les organisateurs. Quant aux précédents Grands Prix, ils choisiront l'heureux élu parmi ces trois noms. 16 auteurs dont Manu Larcenet fait partie. Dans son billet, le créateur de Bill Baroud demande clairement de ne pas voter pour lui ! On reconnaît dans cette prise de position toute la modestie d'un dessinateur majeur. Enfin modeste, mais quand même pas au point de laisser ses collègues décider seuls. « Dieu lui-même me l’a dit : Votez Cosey. Et pas Larcenet, surtout. Et ne me faites pas de coup en douce, hein, je vérifierai chaque bulletin avec Dieu » écrit-il sur son blog.
Si j'étais auteur de BD, rien que pour l'embêter, je voterais Larcenet. D'autant qu'il le mérite largement ce titre de grand maître !
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant.
11:01 Publié dans BD, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : larcenet, angoulême, festival, bd, cosey, dargaud, fluide glacial
12/12/2012
BD : Yves Sente, le serial-repreneur
Quel est le point commun entre Blake et Mortimer et XIII ? La première est une série mythique des années 50, la seconde un feuilleton d'espionnage dans l'Amérique contemporaine. Outre des tirages astronomiques, Blake et Mortimer ont le même scénariste, Yves Sente. Un spécialiste de la reprise. Il sait parfaitement se couler dans un univers mis en place par un autre. Entre hommage et véritable innovation, il est parvenu à imposer son style à ces monuments de la BD.
« On ne fait pas du Jacobs, on fait du Blake et Mortimer, c’est une nuance de taille. Jacobs, il n’y a que lui pour en faire » (1), déclarait-il en 2008. L'arrivée de Yves Sente dans le monde du scénario de bande dessinée est un peu dû au hasard. Ce Bruxellois, diplômé aux USA, devient directeur éditorial des éditions du Lombard. Chargé de relancer le catalogue de la vieille maison d'édition belge, il écrit, sous le couvert de l'anonymat, le scénario d'un Blake et Mortimer en prévision de la reprise de ces personnages par Van Hamme et Ted Benoit. Ce sera « La machination Voronov » dessinée par Juillard. Coup d'essai, coup de maître. Rapidement les titres se multiplient et les ventes s'envolent. « Ces ventes sont pour moi le reflet de ce besoin qu’on les gens de prolonger l’enfance, de prolonger leurs rêves d’enfants » explique Yves Sente. « Nous ne sommes pas là pour soigner notre égo mais pour se mettre au service de la série. »
Un état d'esprit qu'il ne quitte pas pour donner une suite aux aventures de XIII avec Jigounov au dessin ou de Thorgal. Ce serial-repreneur est l'assurance de solides intrigues pour des héros en ayant déjà vu de toutes les couleurs.
Derniers albums parus : « Le serment des cinq lords » (Blake et Mortimer 21), 15,25 €. « L'appat » (XIII 21), Dargaud, 11,99 €.
(1) : entretien paru sur « La Marque Jaune », site dédié à l'univers de Jacobs. http://www.marquejaune.com/
07:35 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sente, balke et mortimer, xiii, dargaud



