26/03/2017

BD : L’écrivain et son double

 


Rodolphe au scénario, Griffo au dessin : ce sont des valeurs sûres de la BD qui signent le premier tome de « Dickens & Dickens ». Dans le Londres du milieu du XIXe siècle, Charles Dickens, journaliste et romancier, aime se promener de nuit dans Londres. Il remarque un homme qui le suit. Un inconnu qui lui ressemble étrangement. Intrigué il demande à deux détectives, peu regardant sur les manières utilisées, de lui faire comprendre que cette filature doit cesser. Retrouvés égorgés, Dickens prend peur. À juste titre car l’inconnu n’est autre que lui. Réinventant le mythe du double fantôme (doppelganger) et de Dr Jeckyll et M. Hyde, l’histoire imaginée par Rodolphe permet à Griffo de dessiner des ambiances troubles avec fog et redingotes.
➤ « Dickens & Dickens » (tome 1), Vents d’Ouest, 14,50 € 

16/02/2017

BD : Le tour de passe-passe du Messie



Grande nouvelle à Jérusalem : le corps de Jésus, crucifié trois jours auparavant, a disparu. Un événement transformant la ville pas encore sainte en ruche bourdonnante. Qui a fait le coup ? Pourquoi ? A qui profite le crime ? Il n’est pas encore question de résurrection, simplement de rapport de force entre colonisé, colonisateur et les religions avec pignon sur rue. En six volumes, au rythme d’un titre par mois, ce feuilleton humoristico-religieux est écrit pat Nicolas Juncker et dessiné par Chico Pacheco. Parmi les protagonistes les apôtres, Barabbas, Judas le Galiléen (meneur de l’indépendance des Palestiniens) et Ponce Pilate, consul romain sentant la situation lui échapper. Bourré de références contemporaines, cette BD joue avec les faits. On apprécie particulièrement les petites guerres entre apôtres opposant les zélateurs du messie à ceux, plus réalistes, qui sont déjà passés à autre chose (en gros imposer la nouvelle religion avec l’aide des Romains). Le second tome sort la semaine prochaine et même si on connaît le fin mot de l’Histoire, l’interprétation déjantée proposée par les auteurs fait que l’on attend avec impatience les épisodes suivants.
➤ « Un jour sans Jésus » (tomes 1 et 2), Vents d’Ouest, 11,50 €

14/06/2016

BD : Lennon : du rêve au cauchemar

Nouvelle collection thématique. Sur le concept simple de "J'ai tué... », des scénaristes se penchent sur les grands faits divers d'hier et d'aujourd'hui. Après Marat ou Abel, Rodolphe raconte comment Mark Chapman, un jour de décembre 1980 a tiré sur une légende vivante de la musique. "J'ai tué John Lennon" se focalise sur les derniers jours de ce gros Américain, horriblement frustré, devenu un meurtrier juste pour devenir aussi célèbre que sa victime. Gaël Séjourné s'est chargé de l'illustration de cette descente aux enfers, inéluctable. Chapman est un tueur en puissance qui fait régulièrement des rêves de gloire. Il s'imagine membre des Beatles. Adulé par les fans, riche, l'égal de John Lennon... Rêves qui se transforment en cauchemar. Il n'est rien. Et décide donc de se venger.

"J'ai tué John Lennon", Vents d'Ouest, 14,50 euros

 

16/12/2015

BD : Double fin du monde dans "Le Grand Mort"

 

Triple récit pour une double fin du monde : « Le grand Mort », série écrite par Régis Loisel et Jean-Blaise Djian, dessinée par Vincent Mallié, s'affirme de plus en plus comme le feuilleton BD le plus passionnant de ces dernières années. En plus du trait élégant du repreneur graphique de « La Quête de l'oiseau du temps », l'histoire, sur trois plans différents, est de plus en plus prenante. Et les rebondissements se multiplient. On suit Gaëlle et et Pauline, fuyant Paris en plein chaos pour rejoindre la Bretagne. A pied, elles rejoignent un groupe qui leur prête des vélos. Mais il faut se méfier des rencontres hasardeuses dans ce monde en pleine déliquescence, frappé par une série de séisme qui a détruit toute civilisation. Erwann, de son côté, découvre les pouvoirs de Blanche, la petite métis issue de ses amours avec la prêtresse Macare du Petit Monde. Blanche, sans coeur, tue comme elle respire. Troisième arc narratif, la révolte dans l'autre monde. Les bouleversements sur Terre ne sont pas sans conséquence dans les villages. Tout en s'attachant aux différents personnages, on tremble de plus en plus pour leur avenir, de plus en plus compromis dans ce récit d'apocalypse.

 

« Le grand mort » (tome 6), Vents d'Ouest, 14,50 €
 

16/08/2015

BD : Des zombies à la pelle

 

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Jean-Luc Istin, grand spécialiste des légendes celtes, abandonne son terrain de prédilection pour se lancer dans l'adaptation du chef-d'œuvre de Romero, « La nuit des morts-vivants ». Classique du cinéma d'horreur, première apparition des zombies, la BD ne garde que la trame du long-métrage. Du jour au lendemain, les morts se relèvent et attaquent les vivants. Quelques rescapés tentent de survivre. Istin a imaginé en fil rouge la tentative de réunification d'une famille séparée. D'un côté le mari et ses deux enfants, dans une grande ville de l'est des USA, de l'autre la mère, bloquée dans un hôtel isolé dans la montagne. La seconde partie est plus angoissante. Pendant que des hordes de zombies tentent de pénétrer dans le bâtiment, les quelques réfugiés s'observent. Lizbeth, la plus normale, prend d'énormes risques pour lancer le groupe électrogène. A l'intérieur le directeur de l'hôtel, fou mégalomane, s'amuse avec son fusil alors que Mandy, psychopathe échappée d'un asile, entend des voix qui lui ordonnent de tuer tout ce qui bouge autour d'elle. Bonetti, au dessin, parvient à distiller une ambiance trouble et inquiétante. Vous n'avez pas fini de faire des cauchemars...

 

« La nuit des morts-vivants » (tome 2), Vents d'Ouest, 14,50 €

 

25/05/2015

BD : Les francs-tireurs de Sherlock Holmes

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On ne dira jamais assez comme il est important de laisser le temps à une série pour s'installer. « Les quatre de Baker Street », scénarisée par Djian et Legrand et dessinée par Etien aurait pu disparaître au terme des deux albums classiques de ce genre de production. Par chance, les aventures de ces trois gamins des rues (et leur chat) dans le Londres de Sherlock Holmes a séduit suffisamment de lecteurs pour qu'elle se prolonge au-delà. Non seulement les histoires en ont gagné en qualité, mais le dessin d'Etien s'est affirmé pour atteindre une qualité irréprochable. Dans ce tome 6, les trois amis se cachent toujours dans le grenier de Sherlock, lui-même devenu invisible car se faisant passer pour mort. Le détective se dissimule pour terminer de démanteler le réseau de Moriarty. Il a dans son viseur l'homme du Yard, le superintendant Blackstone. Mais ce dernier est lui aussi à la manœuvre et comprend que la meilleure façon de faire sortir Holmes de sa cachette est de débusquer Billy, Charlie et Tom. L'histoire se déroule en grande partie dans le quartier irlandais de Londres, dans ce ghetto où la police n'est pas la bienvenue. Les Anglais non plus...

 

« Les quatre de Baker Street » (tome 6), Vents d'Ouest, 14,50 €

 

26/04/2015

BD : Retour à Belle-Ile

 

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Vanessa Blue est une vedette. De ces actrices au succès insolent, phénomène de mode irrationnel. La jeune femme a débuté dans une telé réalité. Son naturel a séduit le public. Un producteur a décidé de lui donner sa chance dans un feuilleton quotidien. Vanessa est adulée, mais bizarrement insatisfaite. Très inconstante dans ses amours, elle vient de flasher sur un écrivain à la mode. Une sorte de Houellebecq, moins destroy, plus intéressé. Il la persuade d'interpréter le rôle principal de sa future pièce de théâtre « intello ». Elle décide donc de se mettre en congé pour quelques mois de la série et part travailler son rôle dans une retraite paisible sur l'île de Belle-île en Mer. Ce roman graphique de Patrick Weber rend hommage à une île, mais aussi à la quête d'identité de Vanessa. Son choix de villégiature n'est pas innocent. C'est sur cette île qu'elle a vécu ses premières années. Mais sa mère a quitté ce bout de Bretagne quand le père de Vanessa s'est suicidé. Dessiné par Nicoby, le plus Breton des illustrateurs, ce roman graphique met également en parallèle la célébrité factice de notre époque à celle, mondiale et justifiée, de Sarah Bernhardt, la première a avoir popularisé la destination de Belle-île.

 

« Belle-île en père », Vents d'ouest, 18,50 €

 

31/12/2014

BD : Aujourd'hui l'apocalypse dans "Le grand Mort" de Loisel, Djian et Mallié

 

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Nette montée en puissance de la série fantastique « Le grand mort ». Remarquée dès le premier épisode, elle ne cesse de conquérir de nouveaux adeptes. Un succès qui semble offrir l'opportunité aux auteurs de se donner du temps et de l'espace pour mieux charpenter leur univers. Il y a d'un côté notre monde réel et de l'autre celui du Grand Mort. Le seul passage entre ces deux dimensions est très fréquenté. Et pas sans conséquence. Blanche, la petite fille venue de l'autre côté de la porte, vit désormais avec Erwan, au prénom breton mais à la peau noire comme ses lointains ancêtres africains. Ils vivent retirés dans une masure aux cœur des bois. Quand ils décident d'aller au village se ravitailler (Blanche, tout en ayant des pouvoirs surnaturels, n'en demeure pas moins une fillette qui a faim et aime beaucoup les petits pains aux chocolats), ils découvrent une région dévastée. Un tremblement de terre à causé des milliers de morts. Un phénomène planétaire. Dans ce décor d'apocalypse, le duo tente d'aider les blessés alors que sur les routes, Pauline (la mère de Blanche) et Gaëlle, tentent de rejoindre la Bretagne en scooter dans un monde en pleine déliquescence. On retrouve au scénario de ce best-seller un vieux routier de la BD, Loisel, aidé par un jeune plein de promesses, Jean-Baptiste Djian. Un succès dû également au trait élégant et très expressif de Vincent Mallié qui a par ailleurs repris le dessin de la Quête de l'oiseau du temps d'un certain... Loisel.

 

« Le grand mort » (tome 5), Vents d'Ouest, 14,95 euros

 

25/10/2014

BD : Le début de l'épidémie de zombies

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La déferlante de zombies de ces dernières années n'aurait jamais eu lieu si un certain George A. Romero n'avait tourné, en 1969, un petit film d'horreur en noir et blanc et pour à peine 100 000 dollars, dans lequel les morts attaquaient les vivants. Si chaque série télé, film, livre ou BD utilisant des Zombies devaient lui verser un pourcentage, il serait assurément l'homme le plus riche du monde... Jean-Luc Istin, scénariste prolifique des éditions Soleil (notamment l'essentiel de la collection Celtic), avoue une véritable fascination pour ce film. Il s'est donc replongé lui aussi dans la « bible » du zombie et proposé sa vision de l'univers de Romero. Il a confié le dessin à Bonetti, un Italien habitué aux cadences infernales des comics américains. Une partie est fidèle : un frère et sa sœur vont fleurir la tombe de leurs parents et sont attaqués dans le cimetière. L'autre est plus imagée et spectaculaire : le mari et les enfants de la femme sont restés dans la grande ville et tentent de survivre dans une panique générale. Une BD terrifiante d'efficacité.

 

« La nuit des morts vivants » (tome 1), Vents d'Ouest, 14,50 €

 

09/10/2014

BD : La vengeance du cocu

 

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Pascal Rabaté aime les petites gens. Il n'a pas son pareil pour raconter des histoires anodines et pourtant passionnantes. Il écrit dessine, réalise... Un homme à tout faire qui regorge de projet, de récits, d'épopées. Le scénario du « Linge sale » il aurait pu le dessiner mais il a préféré confier la création graphique de ce cocu magnifique à Gnaedig. Le cocu c'est Pierre Martino. Ce gentil mari, quand il découvre sa Lucette dans les bras de Verron, pète les plombs. Il va chercher un fusil, s'engouffre dans la chambre d'hôtel adultère et tire sur le couple enlacé. Pas de chance, il s'est trompé de porte. Dans sa fuite il blesse un gendarme. 20 ans plus tard, il sort de la Santé et reprend son histoire là où il l'avait laissé. Mais entre temps Lucette s'est mariée avec Verron, a eu des enfants, qui eux même sont en couple... Pas grave pour Martino, il dégommera tout le monde ! Excellent de la première à la dernière page.

 

« Le linge sale », Vents d'Ouest, 19,50 €