18/05/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le Goncourt ? Non, merci !

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Les rebelles et autres énervés qui vilipendent notre société mercantile ont peut-être trouvé leur nouveau héraut. Âgé de 31 ans et vivant en Normandie, Joseph Andras vient de publier chez Actes Sud « De nos frères blessés », l'histoire vraie du militant communiste Fernand Iveton, seul Européen condamné à mort par la justice française durant la guerre d'Algérie. A peine sorti, le livre est immédiatement apprécié, notamment par le jury Goncourt qui lui décerne le prix du premier roman.

Cela n'a pas l'heur de plaire à Joseph Andras. Il publie un communiqué pour refuser son prix. Explication : « La compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à l'écriture et à la création. » Boum, prends ça dans les dents Goncourt ! Une posture pour attirer encore plus les regards vers lui, pensez-vous. Grave erreur. Joseph Andras, qui refuse toute sollicitation des médias (pas une interview et encore moins de détails sur sa vie privée) se place bien au-dessus de la société de consommation classique : « Seulement le désir profond de s'en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés » précise-t-il dans le communiqué pour justifier son refus du pourtant très renommé (et encore plus rémunérateur) prix Goncourt.

Il ne risque pas de se faire d'amis dans le milieu parisien de l'édition. Par contre, chez les militants de gauche et autres idéalistes qui passent leur « Nuit Debout », sa cote va monter en flèche. Même si cet écrivain, vu ses débuts tonitruants, ne semble pas du tout « récupérable » par quelque bord que ce soit.

 

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10/03/2014

"La princesse des glaces", un polar culte en BD

 

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Si les éditions Dupuis adaptent en BD Millénium, les éditions Casterman on jeté leur dévolu sur l'autre best-seller du polar suédois : « La princesse des glaces » de Camilla Läckberg. En un seul gros volume de 130 pages, Olivier Bocquet (scénario) et Léonie Bischoff (dessin) reprennent à leur compte cette histoire de famille complexe et violente. Erica, biographe, découvre dans sa maison de vacances, le cadavre de son amie d'enfance. Nue dans la baignoire, les veines coupées, la mort remonte à plusieurs jours, l'eau s'est transformée en glace. Nous sommes dans une petite ville côtière de Suède. La police ne croit pas au suicide. Et rapidement, un peintre alcoolique, amant de la morte, fait figure de principal suspect. Mais Erica va mener l'enquête de son côté et comprendre que cette mort est beaucoup plus énigmatique qu'il n'y paraît. Elle devra remonter dans ses souvenirs d'enfance pour mettre à jour les véritables motivations. Il y a un peu d'ambiance à la Simenon, un peu de romance et beaucoup de non-dits. Plus une ville est petite, plus tout se sait, mais personne ne parle....

 

« La princesse des glaces », Casterman, 19 €

 

07/08/2009

Une "Résolution à méditer"

desobis.JPGExercice périlleux que celui de Pierre Mari. Dans ce premier roman, il tente de raconter la restructuration, vue de l'intérieur, d'une grande entreprise. Le héros et narrateur, jeune cadre dynamique aimant relever les challenges, se retrouve propulsé dans le service des ressources humaines. Il a en charge une cellule d'évaluation du personnel pour proposer formation et reclassement en fonction des compétences de chacun. Tâche exaltante dans les premiers temps - elle permet de donner une seconde chance à certains employés enfermés dans une routine- elle devient de plus en plus ingrate en fonction des mauvaises nouvelles distillées par la direction sur la santé de l'entreprise.  Des investissements non maîtrisés mettent la trésorerie en difficulté. Les entretiens d'évaluation se transforment rapidement en antichambre, au mieux d'une retraite anticipée, au pire d'un reclassement non souhaité.

L'ambiance se détériore, les collègues parlent de plus en dans son dos, les règlements de compte laissent quelques cadavres au cours de réunions houleuses. Lui-même se pose de plus en plus de questions et sombre dans un profond découragement face au gâchis évident à mettre à l'actif de la direction.

Roman social, parfois ardu en raison des thèmes assez pointus, "Résolution" de Pierre Mari montre que personne n'est à l'abri des conséquences d'un accident industriel.

"Résolution", Actes Sud, 15 €

06:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre mari, actes sud

22/08/2006

Ecrits croisés

La mort est perpétuellement présente en filigrane des ces lettres composant le troisième roman de Cécile Ladjali.

medium_louis_et_la_jeune_fille.jpgLouis est un soldat français vivant l'enfer des tranchées en 1916. Lorette, en 1951, est une jeune apprentie dactylo découvrant la vie et l'amour dans le bouillonnement de Saint-Germain-des-Près. Louis et Lorette écrivent beaucoup. Presque chaque jour. Louis à sa mère, son frère, ses amis. Lorette à son père, ses amies, son amant ou dans son journal intime. Au total ce sont 66 lettres qui composent ce roman de Cécile Ladjali. 66 occasions pour le lecteur de mieux comprendre le quotidien des deux personnages principaux de ces histoires parallèles n'ayant rien en commun si ce n'est, durant un bref laps de temps, la mère de Lorette qui fut confidente de Louis.

Les mensonges de Louis
D'un côté les tranchées, la mort, la folie. De l'autre la fraîcheur d'une jeune femme mordant dans la vie à pleines dents. Si Louis raconte la vérité à ses amis, il ment à sa mère, pour ne pas l'inquiéter. A Ferdinand, un camarade, Louis explique le 16 janvier 1916, « Hier on a joué au rugby, et pas pour rire. Le sergent lançait le ballon en cuir sous la mitraille et il fallait courir après. Marquer un essai ou se faire déchiqueter par un obus. La guerre avait des faux airs de jeu. Une espèce de cirque antique dans les résurgences du carnage. »Lorette, en plus de ses cours, tape des lettres pour quelques amies rencontrées dans le quartier. Elle tient régulièrement au courant son père, rédacteur en chef d’un journal en province, de ses améliorations. Et puis un soir, dans une boite de jazz, elle tombe sur Jack, un musicien anglais. Coup de foudre. Quelques jours plus tard elle confie à son journal intime : « Jack était joli comme le Baron noir. On a fait l’amour toute la nuit avant son départ pour l’Angleterre et papa ne le saura pas ». Plus loin elle remarque qu’elle « tousse beaucoup ». Quelques analyses après, le verdict est redoutable : tuberculose.

La lassitude de Lorette
Louis a de plus en plus de difficulté pour cacher à sa mère la réalité de sa condition. « Petite maman, écrit-il fin mars, il faut que je cesse de te mentir car cela va me porter la poisse. Je te fais croire depuis des mois que les choses vont bien, or elles sont atroces. (…) Le présent, l’atroce présent, nous fait regretter tout acte passé et nous conduit à détester l’avenir. On maudit toujours ce que l’on ne connaîtra pas. L’envie rétrécie l’âme. J’ai l’âme rétrécie, maman. » Louis a perdu beaucoup de camarades au front. Il a eu beaucoup de chance, mais un jour, un jour comme les autres, il est lui aussi blessé et fait prisonnier par les Allemands. Cela ne l’empêche pas de continuer à écrire à ses proches. Des missives poignantes et pathétiques.
Lorette va se soigner sur la côte d’Azur. Elle se sent de plus en plus faible, assiste impuissante à l’agonie de ses nouvelles amies, n’a plus de nouvelles de Jack. Ses lettres ont perdu la fraîcheur du début, la lassitude gagne, le découragement s'installe.
Les destins de Louis et Lorette s’accomplissent inexorablement sous les yeux du lecteur qui, au fil des lettres, pénètre de plus en plus dans l’intimité, voire l’inconscient des deux personnages. Cécile Ladjali semble avoir totalement habité ses deux créatures de papier, tant et si bien que l’on se surprend à douter de leur non-existence…

« Louis et la jeune fille », Cécile Ladjali, Actes Sud, 17,50 €

07:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ladjali, actes sud

05/06/2006

L’homme qui s’évada

En 1928, les reportages et livres d’Albert Londres sur le bagne de Cayenne en Guyane ont provoqué un vaste mouvement d’indignation. Il décrivait, avec ce sens du détail humain caractéristique du plus grand reporter français de tous les temps, l’enfer quotidien promis aux bagnards. Et dans les condamnés, il y avait des innocents comme Dieudonné, simple militant anarchiste ayant payé lourdement son amitié avec des membres de la bande à Bonnot. Dieudonné rencontré une première fois en prison, puis au Brésil, après son évasion. De ce récit, Laurent Maffre en a tiré un gros album noir et blanc de 128 pages. La première partie décrit la vie des bagnards et la seconde, la plus longue et passionnante, la cavale de Dieudonné et de ses compagnons. Ils ont du affronter les maladies, les bêtes sauvages, les chasseurs de primes et les escrocs avant de pouvoir enfin espérer reprendre une vie normale au Brésil. Un témoignage poignant sur la liberté. Et ce n’est pas si vieux, moins d’un siècle… (Actes Sud BD, 22 €)