03/04/2016

Roman : la dégringolade de la petite fille

Pour quitter sa morne famille, Mona se vieillit et entre dans l'industrie porno californienne.

 

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A 25 ans seulement, Sacha Sperling signe un roman fort et âpre, où l'horreur de notre société, prête à tout pour quelques dollars, éclabousse tout, même les petites filles innocentes. Mona n'a que quinze ans quand elle décide de prendre le large. Mère dépressive, beau-père libidineux, petit ami sans ambition : rien de sa vie ne lui convient. Pourtant Mona a un amant qui pourrait être son père. Un homme marié, bien sous tout rapport mais qui a craqué pour cette Lolita effrontée. Est-ce qu'elle l'aime ? Un peu, mais pas trop. Car comme elle l'explique "Peu importe qui s'endort à côté de moi, je finis toujours par rêver seule." Terminé la petite vie étriquée dans la ville endormie, elle part à Los Angeles avec un but bien précis : devenir une star du porno.

Le plan de Mona

Racontée à la première personne, sa conquête de la Cité des Anges est décrite avec minutie par cet écrivain français mais au style très américain. Elle change de tête, de brune passe blonde. Aux yeux bleus avec des lentilles. Elle vole également des papiers et rattrape ces trois années qui lui manquent pour être majeure. Ensuite, il lui suffit de faire le vide, de se concentrer sur autre chose et les longues heures de tournage ne deviennent plus un problème.

Une question lancinante taraude le lecteur tout au long de ces scènes, parfois horribles et humiliantes : pourquoi fait-elle cela. On devine qu'elle a un plan, et c'est la grande force du roman. La petite fille, paquet de chair malmené, est une bombe à retardement. Mona, devenue Holly dans les vidéos, garde bien au creux de la main le détonateur. Et quand elle décide de se faire sauter, gare aux dommages collatéraux.

 

« Histoire de petite fille » de Sacha Sperling. Seuil. 18 euros

 

 

17/09/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Interdit de se bécoter dans les rues en Califormie...

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« Les amoureux qui s'bécotent sur les bancs publics, en s'foutant pas mal du r'gard oblique des passants honnêtes ». Une actrice américaine noire, Daniele Watts, vient de faire bien involontairement un remake de la chanson de Brassens.

Exactement, elle a « montré de l'affection » à son petit ami. Un Blanc, tatoué. Non pas sur un banc (public), mais dans sa voiture (privée). Le baiser n'est donc pas du goût d'un « passant honnête », lequel s'empresse de téléphoner à la police pour dénoncer ce qu'il croit être du racolage sur la voie publique. Illico presto, la police de ce quartier chic intervient. Deux flics intraitables. Daniele Watts, récemment vue dans « Django Unchained » de Quentin Tarantino, se retrouve menottée et conduite au poste. Il n'a fallu aux policiers que quelques minutes pour vérifier l'innocence des tourtereaux, mais le mal était fait. Tout un symbole.

Donc, en 2014, aux USA, pays démocratique dont le président élu est Noir, lorsqu'une jeune Noire embrasse un Blanc dans la rue, il se trouve de « bons citoyens » pour prévenir les policiers. Et ces derniers n'imaginent pas un instant qu'il puisse s'agir là d'un simple moment tendre entre amoureux.

Daniele Watts a vivement dénoncé cette arrestation arbitraire sur les réseaux sociaux. La photo et courte vidéo (prises par son ami) où on la voit menottée et en larmes a fait le tour du web. Les States cultivent les paradoxes : une Noire embrasse un Blanc dans la rue, suspect ! Des Noires en bikini se trémoussent sur des clips de rappeurs, rien de plus normal...