25/05/2017

De choses et d'autres : la vigne rescapée


L’été est quasi là. Je m’en rends compte tous les jours en allant au travail au guidon de mon scooter. La visière relevée, je profite du paysage et des odeurs. Cinq minutes dans la campagne, cinq autres dans la ville avant de me garer en face du journal.
A ma gauche, des genets d’ordinaires discrets éclatent d’un jaune presque fluorescent. A droite des prairies fraîchement fauchées commencent déjà à sentir le foin sec. Les acacias ont perdu leurs grappes de fleurs blanches, mais le parfum des tilleuls de l’avenue d’Espagne arrivent à surpasser les relents de gaz s’échappements dus aux embouteillages.
Et puis il y a les vignes. Vertes, resplendissantes, aux longues tiges encore intactes et non disciplinées. Enfin les rares qui restent dans cette zone péri-urbaine de Perpignan. La semaine dernière, une nouvelle parcelle a été « traitée » définitivement. Un énorme tracteur, des socs et un rouleau. Déracinés tous ces ceps sans doute trop anciens. Longtemps il ont fourni le raisin avec lequel on confectionne ces vins râpeux, pas forcément goûteux ni distingués mais qui ont fait vivre des générations de viticulteurs. Tous arrachés. Tous sauf un pied, un miraculé, seul au milieu de ces « cadavres » qui déjà font le bonheur des particuliers venus les ramasser pour se chauffer dans deux ou trois hivers. Un petit pied rescapé, vaillant, comme un symbole de ce monde agricole en pleine mutation. Ou disparition penseront les plus pessimistes. 
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 25 mai. Malheureusement le pied de vigne rescapé a disparu quelques jours pus tard...)

28/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le salon où on rigole

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La dernière scène à la mode ne se trouve pas là où on le croit. Les cafés théâtres ou scènes de stand-up sont dépassés. Le nouveau comique français s'est donné rendez-vous cette semaine au salon de l'agriculture. Comme si la proximité des bêtes à concours provoquait une alchimie génératrice de traits d'humour et de sentences assassines. François Hollande a bénéficié de la la rude tâche de passer en premier. Une inauguration un peu tristounette. Point de saillie mémorable comme celle de l'an dernier quand il a répondu à un gamin à la recherche de Nicolas Sarkozy, que ce dernier ne viendrait plus... Justement cette bête de scène qu'est l'ancien président a fait son come back depuis. Au salon, il a connu l'un de ses plus beaux succès d'improvisation avec un « Casse-toi pov' con » d'anthologie. Cette année il s'est contenté de charrier le président et sa nouvelle promesse non tenue. Les deux stars ont du mourron à se faire, les petits jeunes poussent derrière. Un certain Fillon, François de son prénom, a tenté la déclaration fracassante. A la question quel est votre projet pour les agriculteurs, il s'est contenté d'un laconique « Moins les emmerder. » Mais la vedette cette année est sans conteste un petit taureau ibérique. Il a fait fort en s'enquillant une quantité astronomique d'alcools plus ou moins forts. Tout rouge et transpirant, il en a perdu sa rigidité quasi cadavérique. S'égosillant à la recherche de Le Foll, son ministre et guide, il a carrément sauté une barrière de sécurité pour s'inviter en direct sur le plateau d'une émission. Retenez son nom, il a un bel avenir dès qu'il se lâche : Manuel Valls

 

 

 

 

16/01/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Camembert-de alors !

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Voilà un nouveau sujet susceptible de mobiliser le peuple de France dans un bel élan d'unité nationale : le dernier fabriquant indépendant de camembert, une ferme sise dans le village du même nom, risque d'être racheté par des capitaux étrangers. Vous ne rêvez pas, le symbole de la gastronomie française et des fromages qui puent pourrait passer à l'ennemi. Quand les époux Durand qui depuis 30 ans produisent du camembert artisanal (moulé à la louche) issu du lait de leurs 70 vaches décide de passer la main et de vendre leur exploitation agricole, ils ne se doutent pas que les candidats à la reprise seront si nombreux. Pas moins de 300 candidatures en quelques mois. Les unes sérieuses, certaines farfelues et d'autres venues de très loin. Comme pour les grands crus girondins, un Chinois a fait une offre. Il y a même un acheteur potentiel originaire des Emirats arabes unis. Alors, un camembert aura-t-il un jour le goût des nems ou sera-t-il coupé au lait de chamelle ? Voilà de quoi battre le rappel dans les hautes sphères intellectuelles et culinaires françaises. Je vois déjà Jean-Pierrre Coffe s'offusquer « C'est de la merde ! » ou Jean-Luc Petitrenaud grimacer en engloutissant un demi-claquos bien coulant. Heureusement, aucune candidature ne provient des USA. Normal, leur guerre aux fromages au lait cru est totale et sans pitié. Ils seraient capables de raser le village de Camembert avec leur armée de drones. Mais le pire serait une reprise par des capitaux de Hollande. Pas notre président, mais la nation qui se prétend l'autre pays du fromage. Imposteurs !

Chronique "De choses et d'autres" parue le 16 janvier en dernière page de l'Indépendant.