20/01/2017

Roman : la catastrophe annoncée

La catastrophe annoncée Dans 100 jours, les Français votent. Début mai, ils auront un nouveau président de la République. Eric Pessan dans ce court roman, imagine le pire.

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A 20 heures, sur tous les écrans, l’extrême droite l’emporte. Immédiatement la ville s’embrase. David, cadre oppressé par un travail déshumanisé, n’ose pas rentrer chez lui. Mina, son ancienne compagne, a préféré anticiper et elle passe cette nuit sur un cargo à destination des Antilles. Mina, isolée mais aussi désespérée que David qui lui est au cœur de la tourmente. « La maladie a infecté la ville. C’est la nuit de la grande contagion généralisée. Attaqué par un virus, l’organisme élève sa température en dernier recours. » Conséquence, la voiture de David est incendiée par les mécontents. Si le roman a une trame amoureuse (Mina a quitté David mais le regrette), il est surtout intéressant par son analyse politique : « L’addition des crises et des promesses trahies, des dépressions et des chances ratées, des petitesses et des rancœurs, des ego et des arrivismes, plus la conviction profonde que le pire ne se produira jamais ont permis que cela advienne ». A lire avant d’aller voter…

➤ « La nuit du second tour » d’Eric Pessan, Albin Michel, 16 €

 

24/12/2016

Polar : Agatha Raisin n’a pas la main verte

L’héroïne de M. C. Beaton, présentée comme la nouvelle Miss Marple, amène de l’animation dans son village anglais.

La campagne anglaise, ses vertes pelouses, ses pubs, sa pluie, ses meurtres mystérieux et ses enquêtrices insoupçonnées. Il y a eu Miss Marple d’Agatha Christie et puis plus récemment Agatha Raisin de M. C. Beaton, autre grande dame de la littérature anglaise. Mais là où Miss Marple était sage et bienveillante, démasquant les meurtriers tout en parlant couture avec ses amies, Agatha est plus « cash ». Ses amies elle les retrouve au pub, aime bien boire, se met souvent en colère et en bonne ancienne Londonienne, a tendance à prendre d’un peu haut les provinciaux du village de Corsely dans les Cotswolds.

Pour sa troisième aventure publiée pour la première fois en français dans la collection dédiée à cette héroïne, le lecteur découvre toute la complexité des concours horticoles britanniques. Dans ce petit village, au mois d’août, tous les jardins sont ouverts au public. Le plus beau reçoit un prix décerné par un jury indépendant. Agatha Raisin, de retour sous la brume anglaise après des vacances au soleil (jeune retraitée elle profite de son temps libre) décide de se lancer dans l’aventure.

Mais elle a fort à faire face à une nouvelle arrivante experte en jardinage. Mary Fortune, toujours habillée en vert, encore jeune et au corps parfait, a de plus la mauvaise idée d’être devenue la meilleure amie de James Lacey, le célibataire le plus convoité du village.

■ Étrange plantation

Ce même James avec qui Agatha a résolu ses précédentes enquêtes et qu’elle aimerait bien mettre dans son lit pour pimenter les longues soirées d’hiver solitaires. Agatha est jalouse. Et vaniteuse. Elle ne remporte pas le concours, mais sa rivale non plus. « Quelqu’un avait planté Mary Fortune. Sa tête n’était pas visible : elle était dans la terre. On avait suspendu Mary par les chevilles, avant d’enfouir sa tête dans un grand pot en terre cuite. Ses pieds étaient accrochés par une corde à l’un des crochets plantés dans les poutres du plafond pour y suspendre des pots de fleurs. » Agatha Raisin revit. Enfin un nouveau meurtre dans le village et l’occasion de démontrer toute sa perspicacité pour démasquer le tueur. D’autant que ce drame la rapproche de James...

M. C. Beaton, d’une écriture simple et souvent pleine d’esprit, raconte essentiellement les rapports humains dans un petit village anglais. Un polar provincial en somme. Comme l’œuvre de cette romancière est gigantesque, deux nouveaux romans paraitront tous les trois mois (il y en tout plus de trente enquêtes de Miss Raisin). Après le jardinage, faites une promenade dans la verte campagne en découvrant « Mortelle randonnée ».

➤ « Pas de pot pour la jardinière » et « Randonnée mortelle », deux enquêtes d’Agatha Raisin par M. C. Beaton, Albin Michel, 14 €

 

25/08/2016

Rentrée littéraire : Le vilain canard et la belle endormie d'Amélie Nothomb

Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte pour une nouvelle fable sur la différence.

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Rendez-vous incontournable de la rentrée littéraire, le nouveau roman d'Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte. En intitulant son roman « Riquet à la houppe », elle plante clairement le décor. Deux héros aux prénoms bizarres, comme toujours avec la romancière belge. Déodat, laid et savant. Trémière, belle et mutique.

Le livre se déroule de leur naissance à leur rencontre. Bébés, puis obligés d'aller à l'école, source de toutes les brimades. Premier sujet de plaisanterie : leur prénoms. Déodat devient dans la bouche des caïds vulgaires de la cour de récré « Déodorant ». Trémière, pour les petites pestes, futures lectrices de magazines spécialisés dans les ragots, se transforme en « la crémière ». Mais il en faut plus à ces deux introvertis pour être déstabilisés. Leur force intérieure est bien supérieure aux mesquineries du quotidien.

Surdoué, Déodat s'intéresse à tout, jusqu'au jour où un événement cocasse lui fait lever les yeux aux ciel et qu'il découvre l'existence des oiseaux. Il se passionne, ne vit plus que par eux, devient de fait un ornithologue renommé.

La trop belle Trémière

Malgré sa laideur, comme dans le conte de Perrault, il plait beaucoup aux femmes. Femmes dont il ne comprend pas toujours les demandes d'attention quand elle sont amoureuses. « A la réflexion, l'insatisfaction et la vulgarité pouvaient s'interpréter comme les versions féminines et masculine d'une force identique : le désir. Celui-ci constituait le socle, la définition, le magma originel. » Visage ingrat et de plus quasi bossu. Heureusement la médecine moderne le redresse, au prix de quelques années coincé dans un corset métallique et de deux années de massages par une charmante kinésithérapeute qui malheureusement n'est pas sensible aux charmes de celui qui est surnommé « Riquet à la huppe » par ses facétieux collègues.

A l'opposé du jeune homme, Trémière paraît idiote. Sa mère la confie à la grand-mère, cartomancienne fascinée par les bijoux et les pierres précieuses. Trémière, belle mais bête ? Non, simplement contemplative, passive. C'est comme ça qu'elle supporte les moqueries de ses méchantes camarades, par l'indifférence. Car souvent, la trop grande beauté est tout aussi moquée que la laideur.

Le roman d'Amélie Nothomb est construit comme un double miroir inversé. Les itinéraires parallèles de Déodat et Trémière finissent par se rejoindre et la fin de l'histoire, si elle avait fait partie de la Comédie humaine de Balzac, serait dans la petite minorité (6 % des cent quarante sept ouvrages) mise en lumière par Amélie Nothomb qui parvient une nouvelle fois à nous distraire tout en nous apprenant quantité de choses sur l'art, la vie et l'amour.

« Riquet à la houppe » par Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,90 €.

 

01/07/2016

Thriller : L'île maudite de Viveca Sten

 

 

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Le nouveau thriller de Viveca Sten (déjà quatre titres parus chez Albin Michel) se passe comme d'habitude sur l'île de Sandhamn. On retrouve les deux héros récurrents de cet univers adapté à la télévision, Thomas, policier et Nora, avocate. Quand Thomas est chargé d'une enquête sur le suicide suspect d'un étudiant, il ne se doute pas que son enquête va le ramener vers son île natale. Exactement sur le rivage duquel on aperçoit, Korsö, la base militaire chargée de défendre Stockholm d'une hypothétique invasion maritime. Dans ces baraquement, il y a quarante ans, l'élite de l'armée suédoise formait ses recrues. Avec parfois des pertes. L'intrigue mêle passé et présent, avec une série de meurtres inexpliqués. A force de travail et de recherches, Thomas parviendra à les relier et se lancera sur les traces d'un tueur particulièrement rancunier.

« Les secrets de l'île », Viveca Sten, Albin Michel, 22 euros

 

 

13/05/2016

Roman : Castes du futur dans "Newland" de Stéphanie Janicot

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Dans quelques siècles, l'humanité se divisera en trois castes. L'amour n'existera plus dans le "Newland".

A ceux qui se plaignent sans cesse de la déshumanisation de notre société, lisez donc "Newland" de Stéphanie Janicot avant d'endosser votre rôle de pleureuse sur la mort du libre-arbitre et de chouiner sur l'air du "c'était mieux avant". L'Europe décrite par la romancière semble un paradis, mais c'est l'enfer. Face aux conflits religieux, à l'explosion démographique et l'épuisement des ressources, les états du vieux continent ont pris des mesures drastiques. Limitation de la population, découpage en 100 territoire autonomes, mise en place d'un système de castes. A l'adolescence, chaque individu est affecté à un rôle précis, en fonction de ses gènes. Les Blancs, l'élite, seront les décideurs et fourniront semence et ovocytes pour perpétuer l'espèce. Les Bleus, stérilisés, seront chargés d'élever les enfants. Les Noirs, la majorité, eux aussi stérilisés avant même la puberté, s'occuperont du fonctionnement de la société dans un semblant de liberté.

Marian, la Noire

Pour comprendre ce fonctionnement à la Orwell, Stéphanie Janicot suit le parcours de Marian, brillante jeune fille, persuadée qu'elle sera Blanche et qui se retrouve versée chez les Noirs. Elle va se rebeller et mettre son intelligence au service de sa vengeance. Marian, à l'origine mystérieuse (elle cherche qui sont ses parents, un tabou dans cette société), peut-elle changer de caste, devenir la première Noire à avoir du pouvoir ? Elle séduira hommes et femmes pour atteindre son but, passant même par la case voyage dans le temps, un passage qu'apprécie Stéphanie Janicot qui sort d'une immense saga sur les civilisations, "La mémoire du monde". Marian va-t-elle changer ce monde ? Plus facilement qu'elle ne le croit car "on avait beau lisser l'humain, lui retirer ses aspérités, ses imprévisibilités, sa sexualité, ses humeurs, on ne parvenait pas à l'apaiser complètement." La morale du roman ? Tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir. Donc n'oubliez pas d'en profiter tant que c'est encore possible.

 

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13/04/2016

Polar : Les Poulets sont lâchés

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Comme dans toutes les professions, il y a des bons et des mauvais policiers. Ceux qui se retrouvent affectés à la brigade d’Anne Capestan font, en théorie, partie de la seconde. En réalité ce sont de bons flics, mais qui ont connu un problème dans leur carrière. Au bout de quelques semaines de cure de repos, ils sont mis au placard dans cette unité spéciale. Cela donne une dizaine de spécimens bizarres, dans la veine d’un Bérurier, avec l’efficacité en plus. Leur première enquête a connu un beau succès (“Poulets grillés” vient de sortir au Livre de Poche) et Sophie Hénaff remet le couvert, avec une histoire de flic abattu en pleine rue. Son ex-beau-père aussi. Ce qui explique qu’elle hérite de l’enquête. 

« Rester groupés» de Sophie Hénaff, Albin Michel, 18,50 euros.

 

28/12/2015

Livre : Tranches de vie new-yorkaises

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La meilleure nouvelle est peut-être celle intitulée “Hurler à la Lune”. Un jeune garçon raconte comment il est intégré dans sa nouvelle belle-famille. Sa mère, après le décès du père, refait sa vie avec un divorcé qui a déjà trois enfants, plus grands. « Ça fait un drôle d’effet de rencontrer des gens plus âgés que vous et d’apprendre qu’ils font partie de votre famille, que vous allez vivre avec eux, et qu’il ne faudra ni les détester ni les ignorer, et encore moins tomber amoureux de l’un d’eux. » Un superbe portrait d’une mère tentant de retrouver une complicité oubliée avec son fils.

 

« Les lumières de Central Park », Tom Barbash, Albin Michel, 22,90 euros

 

 

18/09/2015

Livres : Noblesse belge en perdition

Amélie Nothomb dans « Le crime du comte Neville » dresse un portrait étonnant de la noblesse belge actuelle, entre tradition et décrépitude.

 

amélie nothomb, noblesse, neville, albin michelLes temps sont durs pour les nobliaux du plat pays. Prenez les Neville. Le comte, Henri, n'arrive plus à joindre les deux bouts. Malgré son travail bien rémunéré, ses finances sont un gouffre sans fin. La faute au domaine du Pluvier, dans la famille depuis des siècles mais beaucoup trop cher à entretenir. La retraite approchant, le pauvre comte doit se résoudre à faire l'impensable : vendre.

Comme chaque fin août, depuis une vingtaine d'années, Amélie Nothomb nous gratifie d'un nouveau roman assuré de ventes conséquentes. Une tradition devenue immuable, comme la chute des feuilles en automne ou l'achat d'un nouveau cartable pour le petit dernier. Chaque année on se laisse avoir par ce petit livre (à peine 130 pages) qui ne nous prend que deux heures de notre précieux temps mais qui parvient quand même à nous en mettre plein la vue. La faute à ce style simple et efficace, entre rédaction de 3e et brillantes envolées lyriques bourrées de références.

 

Sérieuse et Cléophas

Ce roman nous touche également par ses personnages aux prénoms improbables. La fille du comte, 17 ans, vient de faire une fugue. Elle s'appelle Sérieuse... Une voyante, partie la nuit cueillir des herbes spéciales, lui vient en aide. Le lendemain, elle contacte le comte pour qu'il récupère sa progéniture. La voyante fait alors une révélation au père : il tuera un invité lors de sa prochaine réception au château. Comment va-t-il réagir ? « Si l'un de ses amis s'était vu adresser une prophétie semblable et l'avait raconté à Henri, celui-ci aurait éclaté de rire et lui aurait dit avec la dernière conviction de ne pas croire à ces histoires de bonne femme. Malheureusement, il était presque comme tout le monde : il ne croyait les prédictions que si elles le concernaient. Même le sceptique le plus cartésien croit son horoscope. » Cette annonce perturbe au plus haut point le comte car la prochaine réception, où il compte dépenser ses dernières économies, devait être somptueuse, flamboyante. Pour une bonne raison : il n'y en aurait plus d'autres.

Toute la subtilité du roman consiste à raconter l'étonnant cheminement de l'esprit du comte et de sa fille Sérieuse. Tuer un invité lui est égal. D'autant que certains méritent amplement la mort comme ce Cléophas de Tuynen, odieux parmi les odieux. Par contre que l'infamie retombe sur ses proches lui est insupportable. Devenu meurtrier, il ira en prison mais surtout sa femme et ses enfants seront exclus du petit milieu de la noblesse belge. Sérieuse a alors une idée pour tirer son père de l'embarras.

La suite du roman se résume à ce tête-à-tête entre le père et sa fille. Des dialogues d'une extraordinaire force, au déroulé implacable et à la fin prévisible. A moins qu'Amélie ne nous sorte de son chapeau une astuce, un revirement, un rebondissement digne des romans d'Agatha Christie. En inversé puisque l'on sait qui est le meurtrier mais que l'identité de la victime est incertaine jusqu'à la dernière page. Et voilà comment, une fois de plus, Amélie Nothomb, par sa voix singulière, parvient à charmer anciens et nouveaux lecteurs.

 

« Le crime du comte Neville », Amélie Nothomb, Albin Michel, 15 €

 

08/08/2015

DVD : Morck et Assad, flics danois atypiques du Département V

Jussi Adler-Olsen, assad, morck, danemark, albin michel, wild sideAdaptés des thrillers de Jussi Adler-Olsen, 'Miséricorde' et 'Profanation' sont deux enquêtes du Département V.Affaire classée ? Pas pour Carl Morck (Nikolaj Lie Kaas) dont c'est justement le fonds de commerce. Ce flic danois d'élite est à la tête du plus petit service du pays. Il doit se contenter d'un assistant, Assad (Fares Fares), un Syrien, touche exotique dans un thriller très noir. Les romans de Jussi Adler-Olsen, parus en France chez Albin Michel, ont rapidement rencontré un grand succès auprès des lecteurs amateurs de littérature policière scandinave.

Logiquement, cette autre pépite nordique, comme Millénium, a intéressé des producteurs de cinéma. C'est Mikkel Norgaard, jeune réalisateur danois, qui a hérité du projet. Il s'est plongé dans les romans et après de longues réflexions (racontées en détail dans le making-of), il s'est approprié cet univers. Résultat les lecteurs seront un peu déboussolés car si les personnages et les intrigues sont respectés, les caractères sont un peu modifiés.

L'autre Assad

Morck reste le flic détruit par une grosse bavure qui a causé la mort d'un collègue et provoqué la paralysie de son meilleur ami. Dépressif, alcoolique, totalement asocial, il hérite du département V, un service chargé de classer les affaires non résolues. Sa feuille de route est simple : clôturer trois affaires par semaine. Mais ce limier, infatigable chercheur de vérité, à l'encontre de sa hiérarchie, préfère rouvrir des dossiers mal ficelés. Dans Miséricorde, le premier volet, il tente de tirer au clair la disparition d'une jeune femme politique. Il y a cinq ans, Merete Lynggaard (Sonja Richter), prend un ferry avec son frère handicapé mental. À l'arrivée, elle a disparu. Les policiers concluent à un suicide. Morck n'y croit pas et va finalement retrouver Merete.

Le second film, Profanation, une bande de jeunes aisés, pour se procurer quelques pics d'adrénaline, laissent libre cours à leur violence. Passages à tabac puis meurtres les transforment en tueurs sans la moindre empathie. Devenus adultes, personnalités influentes, ils voient d'un très mauvais œil l'arrivée de Morck dans leurs affaires de jeunesse. Les films, un peu moins sombres que les romans, perdent un peu de leur saveur avec la modification des caractères d'Assad et Rose. Le premier, de petit, bedonnant et chauve, devient un grand flic baraqué, toujours musulman mais beaucoup plus sûr de lui. Quant à Rose (Johanne Louise Schmidt), exit la gothique provocatrice imaginée par Jussi Adler-Olsen. Elle laisse la place à une secrétaire timide et insipide, juste identifiée par une chevelure rousse là où l'originale avait "une coiffure ébouriffée ultra-courte et noire, des yeux de jais et des vêtements plus sombres que sombres.".

Les deux films sont cependant très efficaces, bien menés, avec un tempo haletant. Mais là où les films adaptés des romans de Stieg Larsson conservaient la force de l'original, ces enquêtes du Département V semblent beaucoup plus quelconques. Dommage, le duo Morck Assad aurait certainement pu devenir aussi célèbre que celui formé par Blomkvist et Lisbeth.

"Miséricorde" et "Profanation", Wild Side, 12,99 euros les DVD, 17,99 euros les blu-ray (sortie le 8 août).

 

25/07/2015

Nouvelles : Brèves existences

S'il y a bien quelques animaux dans ce recueil de nouvelles de David James Poissant, il y est surtout question d'histoires de famille, de pères notamment.

 

david james poissant, albin michel, usa, nouvellesUne nouvelle permet aux bons écrivains de délaisser les longueurs nécessaires pour la bonne compréhension d'un roman pour ne se concentrer que sur l'essentiel, l'humain. Exemple parfait avec « Le paradis des animaux » de David James Poissant. Il semble avoir sélectionné deux thèmes récurrents qui lui semblaient importants et les décline sous une dizaine de formes dans autant de nouvelles.

Il y a donc des animaux au programme. Et des pères. Exactement les relations entre un père et son fils. Si la première thématique semble la plus importante au vu du titre, en fait ce sont les rapports familiaux qui inspirent le plus le jeune auteur américain qui vit en Floride. Ainsi il raconte la rencontre entre un homme et un crocodile dans la maison du père décédé d'un ami. Une lutte presque au corps à corps pour sauver l'animal. Mais en filigrane, le narrateur pense surtout à son fils, jeune adulte qu'il a quasiment renié quand il a découvert son homosexualité. Et en transportant le reptile vers la liberté, il fait un examen de conscience : « J'aurais voulu lui dire : j'aimerais tant te comprendre. J'aurais voulu lui dire : je t'aime. Mais cela, je ne l'ai pas dit. Je ne supportais pas de dire ces mots à mon fils pour la première fois et de ne pas les entendre en retour. »

 

Surdoués cruels

Autre ambiance dans « Remboursement ». Un jeune couple a un enfant surdoué. Si la mère fait tout pour pousser son fils à briller, le père craint de lui gâcher son enfance. La bascule se fait lors d'une soirée entre parents de surdoués où, pour la première fois ils sont invités. La mère rayonne au milieu de ces gens distingués. Le père se tétanise, s'inquiète pour son fils. Les enfants sont à l'étage. Ils jouent. En théorie. Mu par une sorte de pressentiment, il va voir et découvre son gamin : « Assis sur l'abattant des toilettes, les bras ballants, il était en slip. Une épaisse couche de rouge à lèvres s'étalait sur son visage et deux ovales écarlates encerclaient ses mamelons. Il avait la poitrine et les jambes entourées de longs rubans de papier toilette. » Ainsi sont les surdoués : cruels. Le père décide alors de ne plus considérer son fils comme une personne plus intelligente que la moyenne mais comme l'enfant qu'il est, doué certes, mais qui recherche avant tout amour, tendresse et joies simples.

Il s'agit certainement du plus beau texte, le plus optimiste, contrairement à « Amputée », un amour fugitif entre un divorcé et une mineure (animal : gecko) ou « La fin d'Aaron », folie destructrice d'un esprit paranoïaque (animal : abeilles).

Selon son éditeur, « David James Poissant est depuis quelques années l'une des sensations de la scène littéraire américaine. Ses nouvelles ont été distinguées par de nombreuses récompenses. » Vraiment rien d'étonnant ! 

 

« Le paradis des animaux », David James Poissant (traduction de Michel Lederer), Albin Michel, 25 €