29/07/2013

Livre : Mauvaise éducation dans la jeunesse dorée américaine

 

Plongée chez les jeunes surdoués américains pour les enquêteurs de Jonathan Kellerman. Mais être intelligent n'interdit pas de devenir tueur.

 

tricheurs, jonathan kellerman, seuil, polar, milo sturgis, alex delawareLe rêve américain où tout le monde peut réussir à force de travail est sérieusement écorné dans ce polar de Jonathan Kellerman, la 25e enquête d'Alex Delaware, le psychologue employé à temps partiel par la police de Los Angeles. Il est sollicité par le grand chef, surnommé carrément « Dieu » par ses hommes pour seconder l'enquêteur Milo Sturgis. Ce duo improbable (un scientifique et un flic de base, homo, boulimique et franc-tireur) est un des ingrédients des best-sellers de cet auteur connaissant la Californie et la société américaine comme sa poche. Pas de truand au générique du roman, mais une immersion dans le monde éducatif de la haute société. Toute l'enquête tourne autour d'une école privée, sorte d'institut réservé aux fils de millionnaires les préparant à l'examen d'entrée des grandes universités. Un monde à part où les règles ne semblent pas les mêmes que dans la vraie vie.

Avant d'arriver dans les jardins et beaux bâtiments de Windsor Prep, Milo se coltine plus classiquement un cadavre. Elise Freeman est professeur remplaçante dans cette fabrique de grosses têtes dorées. Elle est retrouvée morte, nue dans sa baignoire. On pourrait penser à un suicide si ce n'était les kilos de neige carbonique la recouvrant... Cela a tout l'air d'un crime, d'autant que la perquisition dans l'appartement de la belle prof met au jour un DVD dans lequel elle confie, face à la caméra, faire l'objet de harcèlement sexuel de la part de trois de ses collègues professeurs.

Milo a besoin du renfort d'Alex car le sujet est très sensible. A Windsor Prep, il n'y a que des rejetons de pontes de la haute société et de notables. Dont le propre fils du chef de la police qui demande ouvertement à Milo d'être le plus discret possible dans ses investigations. Ce n'est pas dans les habitudes du flic bourru, mais il s'exécute sachant parfaitement que c'est le prix à payer pour conserver sa liberté d'action.

 

Un troupeau de suspects

L'enquête débute donc avec trois suspects nommément désignés par la victime. C'est tout l'intérêt de ce polar, où les évidences sont souvent trompeuses. Milo va devoir développer des trésors de diplomatie pour obtenir le droit d'interroger les professeurs incriminés. Deux hommes et une femme qui ont effectivement pour point commun d'avoir couché avec la victime qui se révèle au fil des pages beaucoup moins blanche que prévu. Jonathan Kellerman glisse nombre de peaux de bananes sous les pieds de ces « intellectuels » qui mettent leur savoir au service des gosses de riches. Lors du troisième interrogatoire, après avoir dressé un topo de la situation, le suspect s'exclame « Mon Dieu, c'est kafkaïen ! » Alex, le narrateur, ne peut s'empêcher de remarquer que le précédent prof « avait employé le même terme. Sans les quelques histoires pondues par le Pragois tourmenté, comment les enseignants s'y prendraient-ils pour qualifier leur désarroi ? »

Les trois profs mis en cause par Elise Freeman, non seulement parviennent à se disculper, mais en plus donnent de nouvelles pistes aux deux enquêteurs. Le lecteur va suivre pas à pas les recherches de Milo, se lançant dans toute sorte de direction, de la famille à Elise en passant par son petit ami, ses élèves préférés et même le conseil d'administration de Windsor Prep. Il faudra beaucoup d'obstination à Milo et Alex pour finalement découvrir les coupables et surtout le véritable mobile de ce crime peu banal.

Michel LITOUT

 

« Les tricheurs » de Jonathan Kellerman, Seuil, 19,90 €