02/02/2013

Livre : Affrontement de dames sous la plume d'Alexis Lecaye

 

Alexis Lecaye prolonge ses histoires de « Dames ». Jeannette, la policière, va affronter d'autres femmes, parfois pires qu'un tueur en série.

dame d'atout, alexis lecaye, martin, jeannette, le masque, polar, france 2

Le commissaire Marin, héros récurrent des romans policiers d'Alexis Lecaye, a fort à faire dans ce nouvel opus de ses enquêtes. Outre une histoire de tueur d'enfants, il doit faire face à des femmes toutes plus redoutables les unes que les autres. Jeannette, sa collègue, Marion, sa compagne et Jessica, une mère prête à tout pour protéger son fils. Martin qui, par la force des choses, est obligé de laisser la place à cet affrontement de dames.

Comme dans tous les bons feuilletons, « Dames d'Atout » exploite les faits seyants des précédents épisodes. Le fil rouge cette fois est la possible remise en liberté de Vigan, un serial killer de la pire espèce, un tueur de femmes. Confondu par Jeannette (voir les autres romans), il va passer en appel. Mais les preuves manquent et l'avocate de Vigan semble avoir des éléments nouveaux capables de le disculper. Notamment le meurtre d'une femme blonde, exactement comme les précédentes. Et on retrouve sur le cadavre un cheveu de l'ancien amant de Jeannette, tué par Vigan mais dont on n'a jamais retrouvé le corps. La défense va tenter de démontrer que Vigan est innocent et que le véritable tueur sévit toujours.

Par ailleurs, l'intrigue principale du roman porte sur les agissement d'un certain Charlie. Ce fils de bonne famille est un pervers de la pire espèce. Pédophile violent, il a déjà violé et assassiné des fillettes. Depuis, sur l'injonction de sa mère, Angela, une ancienne top-model, il prend des médicaments, sorte de castration chimique annihilant ses instincts sexuels. Problème, Charlie cesse de prendre ses cachets. Aussi, quand il croise deux petites filles dans la rue, il les enlève et les cache dans une cave sous sa maison. Rapidement, il assassine l'une d'entre elle.

 

Mère protectrice

Paniqué, il appelle au secours un ancien proxénète l'ayant déjà aidé, dans le passé à se débarrasser d'un corps. Un prélude raconté sans détour par Alexis Lecaye, comme pour mieux démontrer la complexité d'une enquête policière. Le corps est retrouvé près d'une autoroute. Martin va lancer son équipe un peu au hasard en l'absence de piste sérieuse. Enquête de voisinage, surveillance des alentours, visionnage des enregistrements de caméras de surveillance : le travail de policier est souvent ingrat. Et puis tout s'accélère quand un premier indice semble plus intéressant que les autres. D'autant que Martin découvre que ce sont deux fillettes qui ont disparu. Il va remonter jusqu'au proxénète, mais en croyant faussement qu'il est le tueur. Charlie lui continue à basculer dans la folie la plus complète, toujours protégé par Angela, froide et égoïste, dont la seule faille est ce fils, monstre absolu mais qu'elle aime plus que tout.

Entre le personnage d'Angela et celui de Jeannette, on trouve comme des similitudes. Une femme, quand elle aime, est capable de tout. Quel que soit l'être aimé. Un polar parfois un peu trop linéaire. Heureusement la double intrigue permet de relancer l'intérêt du lecteur. Sans compter sur les déboires et doutes sentimentaux de Martin, flic terriblement humain, parfois plus fragile que les nombreuses femmes de son entourage.

Michel Litout

« Dame d'atout » d'Alexis Lecaye, Editions du Masque, 18 €


 

02/04/2011

Carré de dames

Quatrième enquête pour le commissaire Martin imaginé par Alexis Lecaye. Il est aux prises avec le gourou d'une secte et un ennemi invisible.

 

 

Alexis Lecaye, Dame de trèfle, Le MasqueIl les aura toutes faites. Débutant par la « Dame de cœur », Alexis Lecaye boucle son carré avec la « Dame de trèfle ». Quatre romans policiers pour imposer un style et des personnages. Le lecteur retrouve donc le commissaire Martin, son équipe et ses emmerdes. Car ce flic de haut vol, plus près de la cinquantaine fatiguée que de la quarantaine épanouie, accumule les ennuis personnels. Un métier prenant, des horaires impossibles et une réticence à entrer dans un moule auront eu raison de son couple. Marion l'a quitté. Avec le bébé. C'est cet enfant qui a tout compliqué. Déjà père d'une Isabelle âgée aujourd'hui de 20 ans et elle aussi jeune maman, Martin semble avoir paniqué face à ces nouvelles responsabilités. C'est dans cet état d'esprit que le lecteur fidèle retrouve son héros. Car ne nous y trompons pas, la série des « Dames » s'apparente fort au feuilleton, même si les « méchants » changent à chaque titre.

 

Fugitive et stripteaseuse

La « Dame de trèfle » c'est peut-être Camille, à moins que ce ne soit Armony. La première, caissière dans un petit magasin parisien, s'enfuit dès qu'elle aperçoit sur le trottoir Jean-René, un Canadien, père de sa fille. Dans sa fuite, elle monte durant quelques instants, par la force, dans la voiture d'Armony. Cette stripteaseuse n'a pas la vie facile en ce moment. En plus de se produire dans un peep-show, elle vit dans sa voiture, expulsée de son appartement dont elle n'arrive plus à payer le loyer. Camille lance un SOS à Armony. Elle lui confie les numéros de téléphone de ses enfants et de son avocat. Puis elle quitte la voiture. Les destins de ces deux femmes vont désormais être liés, pour le meilleur et le pire.

Martin intervient le lendemain, quand Camille est retrouvée, grièvement blessée au pied d'un pont dans une mare de sang. Suicide ? Jeannette, l'adjointe de Martin a des doutes. Ils sont rapidement confirmés par le fait que le sang n'est pas d'elle. La machine policière se met en marche pour identifier la victime de ce qui semble être une tentative de meurtre.

Quasiment au même moment, après une journée d'hésitation, Armony se décide enfin à contacter la police car personne ne répond aux numéros de téléphone. Mais elle n'a décidément pas de chance puisqu'elle tombe sur un jeune flic mal luné, qui met en doute ses déclarations et qui, pour couronner le tout, la met en garde à vue. Armony, au bout du rouleau, tente de se suicider dans sa cellule crasseuse.

 

Secte et ennemi invisible

L'avancée d'une enquête policière dépend parfois de peu de choses. Cette fois c'est Jeannette qui va relier le témoignage d'Armony et la tentative de meurtre sur Camille. Un peu trop tard malheureusement. Armony s'est évaporée dans la nature. Et il n'y a pas que les policiers qui la recherchent, le Canadien, gourou d'une secte, est sur sa piste lui aussi. Il sait qu'elle seule pourra lui livrer un indice pour récupérer les enfants.

Un roman policier captivant à plus d'un titre. L'intrigue est prenante mais on est surtout fasciné par les différents personnages. Armony en premier lieu, Jeannette aussi alors que le Canadien fait froid dans le dos. Pour la bonne bouche gardons le commissaire Martin. Il est un peu moins efficace car submergé de doutes. Il aime toujours Marion mais n'hésite pas à répondre aux avances d'une amie de sa première femme. Un piège en fait, fomenté par un mystérieux ennemi. Martin va devoir enquêter tout en étant lui même suspecté par la Police des polices de tentative de meurtre. Pas facile, mais pas insurmontable pour un héros digne de ce nom...

« Dame de trèfle », Alexis Lecaye, Le Masque, 20 €

12/03/2009

Cœurs de flics

Deux policiers tombent sous le charme d'un témoin et d'un suspect, transformant une enquête criminelle en affaire très personnelle.

Dame de carreau.jpg


Les flics aussi ont un cœur. Mais il est souvent difficile de concilier vie sociale et affective équilibrées avec un métier où l'on est toujours sur la brèche. Le commissaire Martin et son adjointe Jeannette vont en faire les frais dans ce polar d'Alexis Lecaye. Cet auteur français a déjà signé « Dame de cœur » et « Dame de Pique » avec les mêmes personnages. On les retrouve donc, avec leurs soucis quotidiens.
Martin vient de se faire plaquer par sa jeune compagne, Marion, avec qui il vient d'avoir un enfant. Le flic bourru prend presque comme un soulagement ce départ. Cela signifie dans les faits qu'il n'aura pas à assumer ses devoirs de père.

Enlevée et relâchée
Jeannette est elle aussi séparée du père de sa fille. Une enfant qui passe beaucoup de temps chez sa grand-mère car la policière est du genre stakhanoviste. Ces deux écorchés vifs, en pleine crise existentielle, se raccrochent donc à leur métier, leur devoir. Agressions dans la rue, femme battue... du menu fretin jusqu'à ce qu'une belle blonde d'une trentaine d'année, Véronique, vienne déposer plainte pour enlèvement. Un homme l'a kidnappée à son domicile. Il l'a attachée, dans un lieu clos, l'a déshabillée, l'a caressée et l'a finalement relâchée sans la blesser ni la violer. Des circonstances étonnantes qui interpellent Martin.
Jeannette, elle, se plonge dans les archives et fait un travail de fourmi de comparaison et de recoupement. Elle découvre qu'au cours des cinq dernières années six autres jeunes femmes blondes ont disparu, probablement enlevées alors qu'elles étaient seules chez elles. Le premier enlèvement aurait eu lieu dans les environs de Bordeaux. Le duo descend dont au Sud et rencontre le mari de la disparue. Un premier entretien qui sera suivi par ceux des proches des autres disparues, dans l'Est de la France et à Paris.

Ambiguïté
Petit à petit Martin et Jeannette se persuadent qu'ils ont affaire à un même criminel. Ils progressent lentement mais sûrement. Leur vie sociale s'étant considérablement réduite, il n'est pas étonnant qu'ils tombent sous le charme de certaines de leurs rencontres professionnelles. Ainsi Martin craquera pour Véronique alors que Jeannette ne sera pas insensible à la mélancolie du mari de la première disparue, ce médecin bordelais passionné de voile.
Mais comment ne pas provoquer de conflit d'intérêt quand le chef de l'enquête couche avec un témoin que le meurtrier tente d'assassiner et que son adjointe finit sa nuit dans les draps du médecin girondin, par ailleurs suspect idéal ? Alexis Lecaye a construit tout son roman sur cette ambiguïté. Sans cesse, les deux enquêteurs, qui ont aussi un cœur, sont à la limite du hors jeu. Un thriller qui va aller en s'accélérant au fur et à mesure des découvertes du duo policier. L'un comme l'autre vont se retrouver en porte-à-faux, risquant même leur carrière et leur vie pour une enquête hors normes se transformant en affaire personnelle. Un roman policier français parfaitement maîtrisé par un auteur qui aime donner de l'épaisseur à ses personnages principaux.

« Dame de Carreau », Alexis Lecaye, Editions du Masque, 20 €


12/08/2006

Dame de pique gagnante

Le commissaire Martin, héros de ce polar français d'Alexis Lecaye, passe par tous les états dans ces 360 pages.
Zonant dans son appartement en vieux survêtement, le commissaire Martin est en pleine dépression. Dans sa précédente aventure ("Dame de coeur"), il avait failli mourir. Il garde encore des séquelles physiques de cet ultime afrontement. Mais c'est surtout au niveau du moral que cela dérape. L'arrêt maladie se prolonge. Pourtant côté vie privé il a tout pour être heureux. Sa compagne, Marion, attend un enfant de lui. Et sa fille est elle aussi enceinte et vit chez lui depuis quelques semaines. Deux femmes actives, énergiques, optimistes mais qui se trouvent totalement désarmées face aux noires pensées de leur "homme".

Tueuse implacable
Côté boulot, c'est l'adjointe de Martin, Jeannette, qui a pris les rênes du service. Et du boulot, il y en a. Les cadavres continuent de fleurir en différents lieux de la capitale. En premier lieu celui d'un détective privé retrouvé dans un chantier. Tué de deux balles. Des balles introuvables puisque retirées du corps avec des instruments chirurgicaux par le tueur. Une tueuse exactement. Le lecteur le sait puisqu'il a assisté à la scène. La jeune femme, sortie pour faire un jogging, a vite remarqué qu'elle était suivie. Ce que le détective ne pouvait pas savoir, c'est qu'il avait pris en filature une redoutable tueuse. Quand elle a découvert l'identité et la profession de sa victime, la tueuse a décidé de faire un peu de ménage. Forcément un "client" a payé le détective pour la suivre. Qui ? Elle ne le sait pas. Méthodiquement elle a recherché dans les archives du privé et a relévé nom et adresses des dix derniers contrats. Elle va torturer puis tuer ces hommes et femmes pour découvrir qui s'intéresse à elle. Chaque nuit elle part en chasse et laisse un cadavre dertrière elle.
Jeannette, la première parvient à identifier le premier cadavre et a l'intuition que ces morts sont liées entre elles. Une affaire qui a le don de redonner le goût de l'enquête à Martin. Du jour au lendemain il va faire une croix sur son état dépressif, remettre son bleu de chauffe et se lancer sur les traces de ce tueur mystérieux. Mais il sera stoppé dans son élan. Un soir, il discute avec la psychologue de la PJ. Le lendemain, elle est retrouvée dans le coma, sauvagement frappée dans son bureau. Or, il semble être le dernier à l'avoir vue et se retrouve très vite principal suspect. Malgré ses dénégations il est suspendu et devra, en dehors de tout cadre légal, tenter de se disculper et arrêter la tueuse.

Omniprésence féminine
Si le polar imaginé par Alexis Lecaye, dans sa structure et son intrigue, reste dans le classique, ce roman sort de l'ordinaire sur la dimension psychologique des personnages. Martin en premier lieu. Ses errements, doutes et remises en cause aportent une dimension principale à ce héros par ailleurs sans peur et sans reproche. Et il est presque le seul homme de cet univers dominé par les femmes. Celles qui ont le beau rôle comme Jeannette, Marion ou sa fille, et la "méchante" de service, tueuse implacable, froide, calculatrice, au passé trouble et traumatisant. Le lecteur, au fil des meurtres, découvre ses motivations. Et ne peut s'empêcher d'être attiré par cette beauté fatale.

"Dame de pique", Alexis Lecaye, Editions du Masque, 20 €