22/02/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : La tombe de la voiture

Pourquoi se simplifier la vie quand on peut la compliquer ? L'histoire de ce chauffard en Argentine pourrait être hilarante s'il n'y avait pas à la clé la mort de trois innocents. Dans cette bourgade du nord du pays, carnaval bat son plein. Au retour d'une fête, le conducteur d'une voiture fauche un groupe de six personnes. Trois meurent sur le coup.

Le chauffard, pris de panique, ne s'arrête pas et rentre chez lui. Conscient de la gravité de ses actes, au lieu de faire face, il décide de camoufler son crime. L'arme du crime exactement. Il décide donc d'enterrer sa voiture au fond du jardin. Comment lui est venue cette drôle d'idée ? Mystère... Peut-être dans un polar où le meurtrier, pour ne pas laisser de traces, enterre son pistolet ou son couteau. Ni vu, ni connu.

Les policiers, qui ont retrouvé sa trace grâce à des témoins, découvriront stupéfaits la carcasse de l'auto sous deux mètres de terre. Certes la panique est souvent mauvaise conseillère, mais creuser un trou de la dimension d'une piscine pour y faire disparaître sa voiture reste la solution la plus bizarre (et invraisemblable) qu'aurait imaginée un romancier.

Malgré tout le chauffard aurait pu faire plus compliqué. De la même manière que certains tueurs démembrent leur victime pour l'évacuer en petits morceaux dans les poubelles, il aurait pu démantibuler son auto, pièce par pièce. Et d'ailleurs, il a poussé le vice jusqu'au bout : dans un coin du garage, les policiers ont retrouvé le moteur, proprement démonté. Pour cet affreux, tuer trois personnes ne justifie visiblement pas la perte d'un bon moteur.

19/03/2014

Livre : Graine de détective

Apprenti détective, Sigmundo Salvatrio va devoir résoudre une énigme se déroulant au cœur de jardins virtuels inspirés de l'Atlantide.

 

pablo de santis, argentine, métailiéS'il est Argentin et que ses intrigues se déroulent à Buenos Aires, Pablo de Santis a tout du romancier français, tendance feuilletoniste de la fin du XIXe siècle. L'époque dans laquelle évolue son héros, apprenti détective. Sigmundo Salvatrio était le meilleur élève de l'agence Craig. Pour elle, il est même allé à Paris résoudre l'énigme du « Cercle des douze ». De retour en Amérique du Sud, il se retrouve seul dans l'agence en compagnie de Mme Craig. Le mentor, le mari, vient de mourir. Alors qu'il pense se retrouver au chômage sous peu, on propose à Salvatrio de résoudre une nouvelle affaire, la première où il devra agir en solo sans les conseils judicieux de son regretté maître.

Un antiquaire a disparu. Sa femme ne croit pas à la fuite amoureuse (malgré les certitudes des policiers). Un de ses amis, poète et journaliste, charge Salvatrio de retrouver sa trace. Enquêtant méticuleusement, il remarque quelques éraflures au bord d'un bassin d'eau d'un jardin d'intérieur, à l'arrière de la boutique. Bingo ! Affaire résolue. L'antiquaire est retrouvé. Mort, mais retrouvé. Alors que la police, toujours aussi peu performante, conclue à un accident, plusieurs amis de l'antiquaire suspectent un crime. Nouvel engagement pour Salvatrio qui doit cette fois découvrir le meurtrier.

 

Jardiner les mots

Pablo de Santis semble prendre un malin plaisir à compliquer les pistes à explorer. La graine de détective est en plein doute existentiel : il est attiré par la veuve Craig, aime toujours une certaine Greta, devenue assistante d'un autre détective, et déteste Troy, son rival dans la reprise des affaires de l'agence Craig. Malgré ces difficultés, il doit se plonger dans les vieilles histoires de ce cercle d'amis qui se réunissaient pour tenter d'élaborer le jardin parfait. Plusieurs théories s'opposent entre jardin à la française, strict et discipliné et celui, libre et désordonné prôné par les Anglais.

Mais c'est surtout la notion intellectuelle de jardin qui est débattue entre l'antiquaire (mort), un chasseur, un médecin, le journaliste et le riche entrepreneur. Ce dernier explique à Salvatrio qu'un « jardin doit être comme un livre : on ne commence jamais par le milieu ou par la fin. Tailler une plante ou arracher une fleur fanée, c'est comme corriger un poème, comme biffer les mots qui n'ont plus de vie ». De poésie il en sera aussi question dans les indices disséminés par le meurtrier.

Le jeune enquêteur, avant de démasquer le tueur et découvrir ses motivations, va devoir visiter nombre de jardins et subir les explications savantes de spécialistes. Ce qui lui provoque cette réflexion : « Pourquoi alourdir les arbres de paroles, alors que ce qu'il y a de merveilleux dans les plantes c'est qu'elles ne parlent pas, ne grognent pas, n'aboient pas ? » Ce polar botanique aux multiples rebondissements ancre Salvatrio dans le cercle fermé des détectives qui comptent, ceux qui ont toujours une longueur d'avance sur les assassins. Et les lecteurs.

Michel LITOUT

 

« Crimes et jardins », Pablo de Santis, Métailié, 20 €

31/03/2013

BD : Entraide fasciste

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La seconde guerre mondiale, en Europe, a coupé la France en deux. On oublie trop souvent que durant les années d'occupation, une importante partie de la population française, au lieu de choisir la Résistance, a été fidèle au gouvernement officiel, celui de Pétain. Un choix parfois motivé par la politique. Ainsi à l'époque, la peur du communisme a poussé de nombreux citoyens dans les bras de partis nationalistes. Et beaucoup ont même fait le forcing pour s'engager dans le combat pour prêter main forte aux nazis dans leur conquête de Moscou. Michel Dufranne ouvre ce dossier noir dans « Odessa », série complète en deux volumes.

Un résistant part à la recherche de son frère, supposé disparu sur le front de l'Est alors qu'il portait l'uniforme vert de gris. Il va plonger dans ces milieux fascistes, très efficaces quand il a fallu « exfiltrer » certaines têtes pensantes vers l'Amérique latine.

De Bruxelles aux plaines russes en passant par la pampa argentine, un périple peu glorieux illustré par Peka, dessinateur au trait très comparable à celui de Kas.

« Odessa » (tomes 1 et 2), Casterman, 12,95 € chaque volume


30/03/2013

BD : L'abbé Shelton en mission en Argentine

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Wayne Shelton, héros aventurier imaginé par Jean Van Hamme, a le profil rêvé pour être au centre d'histoires mouvementées et dépaysantes. Millionnaire, prêt à tout pour augmenter sa fortune, Wayne, malgré ses tempes blanches est encore très vert. Et cela ne date pas d'hier. Dans sa jeunesse, il a traversé l'Amérique latine en moto. Heureusement pour le lecteur il n'a pas finit comme le Che. Mais ce passé de liberté et d'insouciance lui revient en pleine figure quand il il est accusé par la police argentine d'avoir violé une jeune héritière. C'était il y a 30 ans, mais ce pays très catholique sait se souvenir quand il y a l'honneur d'une famille en jeu. Wayne est victime d'un complot. La belle qui a succombé à ses charmes a aujourd'hui besoin de notre héros pour récupérer le ticket gagnant à la loterie nationale. Pour assurer sa liberté, Wayne endosse l'habit de prêtre et va au fin fond des montagnes retrouver un curé peu scrupuleux. Dessinée par Denayer, toujours aussi efficace, cette aventure est légère, pleine d'humour et de bons sentiments. Rien de bien transcendant pour certains. En fait de la belle ouvrage, ce qui fait le succès de la BD depuis des décennies, devenu malheureusement trop rare de nos jours.

« Wayne Shelton » (tome 11), Dargaud, 11,99 €


09/12/2012

BD : Le Che à l'Eden hôtel

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L'engagement politique du Che débute en pleine seconde guerre mondiale. Le jeune Argentin fait partie, avec son père, de Action Argentina, une organisation dénonçant les agissements de l'Allemagne fasciste en Amérique du Sud. Sur cette base historique, Diego Agrimpau imagine une « folle rencontre » près des ruines de l'Eden Hôtel dans la province de Cordoba. Cet hôtel est la tête de proue de la communauté allemande de la région. Depuis les années 30, on y vénère le culte du Fuhrer. Le Che va infiltrer cette communauté pour le compte des Alliés. Il y nouera une brève histoire d'amour avec l'autre héroïne de l'histoire, Helena Werber, sublime jeune fille sous le pinceau de Gabriel Ippoliti, le dessinateur de cette brillante fiction historique.

« Eden Hôtel », Casterman, 13,50 €


26/01/2011

L'Amérique du Sud attise les violences

« Hotel Argentina », second roman de Pierre Stasse, fait découvrir au lecteur un Buenos Aires où la violence transpire par toutes les pores.

 

Hotel argentina.jpgLa jeunesse n'est pas éternelle. Cette merveilleuse période au cours de laquelle on se détache de sa famille sans encore se stabiliser, est une opportunité à ne pas manquer pour ceux qui sont en mal de voyages et de découvertes. Simon Koëtels, le héros de ce roman de Pierre Stasse, est dans cet état d'esprit quand il prend l'avion à Roissy, en plein hiver, pour rejoindre Buenos Aires. Il a finit ses études, en a assez de vivoter sur le salaire qu'il gagne dans le restaurant de sa mère. Il part donc pour trois mois. Sans véritable point ce chute si ce n'est l'adresse d'un vieil ami de la famille.

 

« Une ville totale »

Pour Simon, « le temps était venu de disparaître. » Plus simple à dire qu'à faire. Le premier contact avec la ville est détonnant. « Buenos Aires au mois de janvier cuisait les esprits ». Simon va se mettre à rechercher un appartement, du travail, une raison de continuer. Au cours de ses nombreuses promenades, il s'arrête régulièrement à des terrasses de café. C'est là que le destin bascule. Une charmante « adolescente andine » l'aborde. Il est sous le charme. Pas très longtemps car cette dernière ne s'intéresse pas à lui pour ses beaux yeux. « L'adolescente saisit ma sacoche et bondit de table. J'attrapai par réflexe son bras lorsqu'un homme dans mon dos m'anesthésia la mâchoire d'un coup de poing. » Plus de papiers ni d'argent, il ne se laisse pourtant pas abattre. « Je léchais le sang tiède contre ma joue lorsque la serveuse apporta le cocktail sucré. Une ville totale. »

 

Métamorphose

Le miracle arrive le lendemain. Un homme se présente au domicile de l'ami et lui annonce que la sacoche de Simon a été retrouvée. Elle lui sera rendue si Simon accepte de le suivre. Circonspect et intrigué, Simon accepte. Le jeune Français va pénétrer pour la première fois dans l'Hôtel Implicite, propriété d'Esteban Menger, millionnaire argentin parlant parfaitement le français. La sacoche a été volée par Suiri, servante employée à l'Hôtel.

En dédommagement, Esteban propose une suite à Simon. Pour le temps qu'il voudra. Le quotidien de Simon va changer radicalement. Il se retrouve comme un coq en pâte, profitant des installations de cet établissement luxueux. Il va également sympathiser avec Esteban et son frère, Juan Pablo. Simon, qui avait quitté Paris pour fuir sa famille, va s'en accaparer une nouvelle, pas toujours respectable malgré les apparences. La fortune des Menger date de la guerre et Esteban est souvent à la limite de la légalité. Il va d'ailleurs embaucher Simon pour une première mission occasionnant à ce dernier bien des problèmes avec les douanes américaines.

Ce roman, imprégné de la moiteur d'une ville que l'on devine excédée de chaleur, verra la violence monter au fil de l'apprentissage de Simon. Jusqu'à un paroxysme marquant la métamorphose du jeune homme de mouton français à loup argentin...

« Hotel Argentina », Pierre Stasse, Flammarion, 18 €