28/09/2012

Roman : l'amour vagabond par Robert Goolrick

Formidable roman d'amour et tragédie tout à la fois, « Arrive un vagabond » de Robert Goolrick confirme le génie d'un auteur essentiel.

 

arrive un vagabond, Robert Goolrick, Virginie, anne carrièreBrownsburg, Virginie. Une petite ville américaine tranquille. Charlie Beale débarque en plein été 1948 au volant de son pick-up. Il bivouaque durant près d'une semaine sur un terrain ombragé au bord d'une rivière. C'est un vagabond. Il erre de ville en ville depuis son retour de la guerre. A la recherche de l'endroit où il pourrait enfin se sentir chez lui. Ces quelques jours passés à la belle étoile sont comme un déclic. Charlie a deux valises avec lui. Une pour ses habits, l'autre remplie de billets. Vagabond mais pas pauvre. Il achète le terrain et décide de rester.

Reste maintenant à se faire accepter par les habitants de la ville. Première étape trouver du boulot. Charlie est boucher, un bon boucher même. Il se rend donc à la seule enseigne de la ville et demande du travail. Il propose de faire un essai gratuitement pour être jugé sur ses compétences. Essai concluant. Charlie, en quelques semaines, passe de vagabond à ouvrier émérite, agréable avec la clientèle.

 

L'ami de Sam

Sa bonne humeur, sa gentillesse lui permettent de s'intégrer. D'autant que son plus grand fan est Sam, un garçonnet de 5 ans, le fils du boucher. Sam passe quasiment tout son temps libre avec lui.

La vie semble simple, heureuse, à Brownsburg. Mais Robert Goolrick est un écrivain virtuose pour décrire, petit à petit, par minuscules touches, le côté sombre des choses. Tout en présentant Charlie, il dresse le portrait de la ville, de ses habitants. En façade cela semble être l'harmonie. En réalité le poids de la religion, de la ségrégation raciale et des différences entre riches et pauvres provoquent des tensions. Charlie s'en accommode, achète une petite maison. Mais il reste célibataire malgré les efforts d'entremetteuse de la femme du boucher et les œillades de quelques clientes.

La vie de Charlie prend un tout autre tour quand il croise Sylvan Glass. Dans une ville très conventionnelle, cette blonde semble sortie d'un film hollywoodien. Belle, presque surnaturelle, perdue dans ses pensées, Sylvan est la femme du plus gros propriétaire terrien de la région.

 

Étincelle du coup de foudre

A la seconde rencontre, ils se serrent la main. « Sylvan se tourna vers Charlie, retira ses lunettes de soleil de sorte que ses yeux verts étincelèrent au soleil, puis elle lui prit la main, sans un mot. Mais à la manière qu'il eut de laisser les doigts suspendus dans l'air un instant, là où ils avaient rencontré ceux de Sylvan, il était évident que quelque chose s'était passé entre eux, une reconnaissance puissante et immédiate. Si l'on avait été en hiver, il y aurait sans doute eu une étincelle d'électricité statique, un signe visible, mais c'était l'été. Il s'était dit quelque chose, et elle était la seule à savoir quoi. » Un coup de foudre. Réciproque. Mais un amour impossible.

Sylvan, encore mineure, a été littéralement achetée par son mari. Fille de fermiers très pauvres, elle s'est engagée à ne jamais fuir le domicile conjugal au moment de la vente. Alors Charlie et Sylvan vont s'éviter. Puis l'attirance trop forte les poussera dans les bras l'un de l'autre. Des rendez-vous secrets, avec cependant un témoin, le petit Sam. L'enfant devient la pierre angulaire de l'histoire, l'élément déclencheur de la tragédie.

Toute la force de ce roman réside dans cette vision de l'histoire par les yeux d'un enfant de 5 ans. Peut-il comprendre l'interdit ? Que ce que fait son meilleur ami est un péché ? Richard Goolrick reprend un de ses thèmes de « Féroces », son premier roman : la parole d'un enfant face aux secrets des adultes. Ce roman est moins dur que le précédent, à l'écriture plus fluide, parfois poétique. Mais au final on ne ressort pas indemne d'un roman de Robert Goolrick, sa plume a le tranchant et la précision d'un scalpel.

Michel LITOUT

« Arrive un vagabond » de Richard Goolrick, Anne Carrière, 21,50 €