30/01/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Écrire la réalité sous l'oeil des caméras

Mars one, académie balzac, téléréalité, iacub, banon, angot

Les concepteurs de téléréalité ne manquent jamais d'imagination. Entre la nouvelle émission aux Pays-Bas qui observe un groupe de "naufragés" volontaires réinventer la vie en société ou le projet "Mars One" visant la colonisation de la planète rouge sous l'œil de caméras, le genre a de beaux jours devant lui.

Un nouveau projet est en gestation sur internet. Les éditions du Net organisent la première émission de téléréalité littéraire qui permettra de suivre en ligne vingt écrivains enfermés dans un château, 24h/24, afin de rédiger un roman collectif en 20 jours sur le thème de leur choix. Les postulants devront avoir déjà édité un livre et les sélections débutent le 1er février. Le choix passe par un vote en ligne sur le site academiebalzac.fr, du nom de l'émission. Programmation prévue : début octobre.

Pas sur TF1, toujours aussi à cheval sur le "mieux-disant culturel" qui lui colle aux basques depuis la privatisation. Et comme le remarque Kevin, fan de Secret Story depuis la première saison : "dans culturel y'a trop de turel et pas assez de... »

A moins que le casting en cours ne donne leur chance à des pointures de l'autofiction, friandes de transgressions. Marcella Iacub dans le même dortoir que Christine Angot ou Tristane Banon, en train de se faire des confidences sur leurs ex, voilà de quoi affoler l'audimat. Plus en tout cas que de mettre des caméras à l'Académie française pour filmer le travail des Immortels sur l'utile mais très austère dictionnaire.

Chronique "De choses et d'autres" parue ce jeudi en dernière page de  l'Indépendant. 

15/08/2007

"J'ai oublié de la tuer", violence cachée au quotidien

medium_J_ai_oublié_de_la_tuer.jpgL'authenticité domine "J'ai oublié de le tuer", roman de Tristane Banon, à peine 25 ans et déjà une histoire d'une rare densité. La petite Flore n'a pas de maman. Plus exactement, sa mère est une éternelle absente trop accaparée par son travail.
Le père a totalement disparu mais la mère fait encore quelques apparitions entre 20 heures et 21 heures. Le temps de donner des instructions à la bonne, Amira, qui élève Flore. Une bonne à la main leste qui devient rapidement le pire cauchemar de la petite Flore. Mieux vaut être adulte dans sa tête pour accepter les coups incessants censés vous remettre dans le droit chemin. Un roman sur l'incompréhension entre une fillette et sa mère, sur la violence quotidienne, sur le malheur : "Le malheur, c'est quelque chose de très organisé, c'est construit. Rien n'est si prévisible que le malheur, il n'y a que le bonheur qui vous tombe parfois dessus sans vous prévenir". Les mots de la fillette, puis de l'adolescente, résonneront longtemps dans la mémoire du lecteur quand elle écrit dans son journal intime : "Je veux partir. Tuer Amira d'abord, lui faire payer pour mon début de vie déjà raté. (...) Après je m'en vais. Maman ne s'en rendra pas compte tout de suite, de toute façon. Elle ne s'en rendra pas compte parce qu'elle ne sera sûrement pas là, comme tous les autres jours où elle n'est pas là."

"J'ai oublié de la tuer" de Tristane Banon. Anne Carrière. 15 €. Egalement au Livre de Poche, 4,5 €