24/01/2017

Roman : Virée dans Barcelone la nocturne avec Hélène Couturier

Bienvenue à Barcelone, ses rues typiques, ses ramblas, ses quartiers chauds. Très chauds.

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Mathilde, 50 ans, est responsable d’une agence immobilière dans la capitale catalane. Depuis plus de 15 ans elle vit avec Jo, un pur Catalan. Elle l’aime d’amour fou, mais ne peut pas s’empêcher d’aller « s’amuser » avec d’autres beaux garçons, généralement jeunes et moins sérieux que Jo, cadre dans une entreprise spécialisée dans les statistiques. Mathilde insouciante, est mise sur le gril par son compagnon. Une question qu’il répète à l’envi et qui donne le titre au roman d’Hélène Couturier : « Combien de fois m’as-tu trompé ? » Habituée aux mensonges, la belle volage cherche une parade. Mais c’est peine perdue. Car si Jo a décidé de crever l’abcès, ce n’est pas par hasard. Il a rencontré une autre femme et veut quitter Mathilde.

De cette classique scène de ménage entre un couple équilibré, Hélène Couturier, connue pour ses romans noirs, plonge son héroïne dans une découverte du Barcelone by night. Car Mathilde, malgré ses 50 ans, croque la vie à pleines dents. Elle ne veut pas se contenter de ce que son âge l’autorise : « au-dessus de quarante ans les sorties semblent réduites au dîner dans les restaurants lounge concept avec éclairage bougies qui atténuent les rides de chacun mais requièrent lunettes pour déchiffrer le menu s’il n’est pas rédigé grand format sur une ardoise ».

Direction les quartiers interlopes pour tenter de mettre la main sur son dealer attitré. Introuvable, elle se rabat sur un « Paki » qui lui propose de la MD. Avec une précision presque journalistique, la romancière raconte ces quartiers déshérités, où la misère est la norme. Où les téléphones portables volés aux touristes deviennent presque une monnaie parallèle aux euros. Mathilde, pour oublier ses amours défuntes, décide de se donner au premier bel homme qu’elle croise. Ce sera un Martiniquais, rasta au corps sculptural. Mais il est plus intéressé par les croyances religieuses de la Blonde occidentale que par ses avances.

L’errance dans Barcelone occupe une grande partie du roman. Comme si se perdre dans cette ville aux multiples visages allait lui permettre d’oublier cette vie qu’elle semble gâcher. Notamment dans le quartier de Poblenou et « ses avenues bordées de vaisseaux de pierre et de béton qui fendent le ciel.» Quartier découvert par Jo (elle résidait avant à Gracia) endroit qu’elle ne quitterait pour rien au monde. Cela tombe bien, Jo est en train de reprendre ses livres. Il laisse l’appartement à Mathilde. Mathilde, seule face à Barcelone. 

➤ « Il était combien de fois » d’Hélène Couturier, Le Dilettante, 15 €

 

26/03/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Ferrari land

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Les amateurs de sensations fortes se frottent les mains : d'ici deux ans, Ferrari ouvrira un immense parc d'attractions à proximité de Port Aventura au sud de Barcelone. Plutôt réservé aux enfants, ces parcs à thème remportent de plus en plus de succès. Le projet du Ferrari Land catalan, sur une surface de 75 000 m2 pour un investissement de 100 millions d'euros, est typique de la diversification du secteur. Les célèbres voitures rouges, inaccessibles au commun des mortels, représentent de formidables usines à rêves. Durant votre séjour vous pourrez accélérer en Ferrari, manger en Ferrari et même dormir en compagnie du cheval cabré. Vous n'irez pas jusqu'à conduire une véritable Formule 1, mais il y a fort à parier que les attractions vedettes du premier parc construit à Abou Dhabi seront reproduites. Vous pourrez ainsi faire l'expérience de l'accélération maximale soit atteindre la vitesse de 240 km/h en cinq secondes sur les montagnes russes les plus rapides du monde. Les moins téméraires (ceux qui tiennent à garder le contenu de leur repas) se contenteront des simulateurs de conduite et les plus jeunes des mini bolides. Pour manger, ce sera au choix pâtes... ou pizza, ambiance italienne oblige. Et même les hôtels arboreront les couleurs de l'écurie si souvent championne du monde. Espérons simplement que les lits soient plus confortables qu'un baquet de F1. Ce parc futuriste deviendra terriblement rétro dans 50 ans : à l'heure de la voiture électrique hégémonique, il sera le seul endroit où l'on pourra encore entendre le bruit caractéristique d'un moteur à essence.

19:33 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ferrari, barcelone

21/09/2014

Livre : Blanès et ses fantômes

Un dimanche passé à Blanès, ville balnéaire près de Barcelone, change radicalement la vie d'Éva Elle va y retourner et s'y installer pour tenter de comprendre.

 

blanes, gallimard, jeanmart, barcelone, BolanoLes premiers romans sont souvent (toujours ?) autobiographiques. Hedwige Jeanmart est Belge. Installée depuis quelques années à Barcelone, elle s'est certainement inspirée de sa propre vie pour écrire ce roman. Est-elle Éva, le personnage principal et narratrice ? A moins qu'elle ne ressemble plus à Yvonne, une autre jeune fille vivant dans un camping à Blanès ? En lisant ces lignes, on se pose forcément la question. Du moins au début. Car rapidement l'atmosphère énigmatique, presque fantastique, du roman nous happe. On se retrouve alors avec Éva, dans les ruelles de la cité catalane à la recherche d'une mystérieuse maison et à guetter l'apparition de fantômes.

Tout commence un week-end. Éva demande à son compagnon Samuel s'il est d'accord pour passer la journée à Blanès. Un dimanche hors saison, à déambuler le long de la mer et manger dans un petit restaurant. Puis retour à Barcelone. Sauf que ce soir-là, Samuel est mort. Disparu, volatilisé, envolé... Éva tombe dans un état de prostration. Dans sa jolie maison de Barcelone, elle se coupe du monde. Ne sort plus, ne répond pas au téléphone. Surtout elle s'interroge, tente de trouver des explications à cette mort soudaine. A force de questionnement intérieur, elle parvient à la déduction que c'est la journée à Blanès qui est la cause de tout. Sur un coup de tête elle retourne dans la petite ville, s'installe dans une pension et se remémore sa dernière journée avec Samuel pour tenter de découvrir l'élément déclencheur.

 

Au bord de la folie

La jeune femme décrite dans le roman d'Hedwige Jeanmart a tout de la folle. Ou du moins de l'esprit obsédé par un événement irrationnel. Lors du dernier repas avec Samuel, ce dernier lui a lu un extrait d'un texte de Bolaño. Cet écrivain d'origine chilienne est la célébrité locale. Il semble exercer une fascination très forte sur toute une faune qui s'est installée à Blanès, sur ses traces. Éva va en croiser plusieurs, devenir leurs amis et sans tomber dans leur dévotion, découvrir les charmes vénéneux de Blanès. Son séjour, qu'elle pensait court, se prolonge, s'éternise presque. Elle est comme prisonnière : « Cette appropriation des lieux à ce point désincarnés, où je n'éprouvais absolument rien sinon une solitude et une désespérance sans fond, me dérangea : et si la question n'était plus tant de comprendre ce qui s'était passé mais ce qui était en train de se passer ? Je m'installais à Blanès où tout m'était désagréable et je m'y complaisais. C'était comme si j'acceptais de souffrir d'une maladie et que cette maladie devenait tout pour moi, que je ne pouvais plus m'en passer. » Éva cherche notamment une maison décrite dans un livre de Bolaño.

En sillonnant les petites rues, elle découvre qu'elle n'est pas seule dans ce cas. Il y a par exemple Yvonne, une jeune Belge vivant à l'année sous une tente dans un des campings de Blanès. Un serveur de restaurant aussi, d'origine népalaise. Et d'autres quasi fantômes à la recherche du spectre de Bolaño.

Voyage initiatique, au bord de la folie, ce premier roman est souvent déconcertant. L'auteur semble parfois dépassée par son sujet. Mais cela ne dure pas. Elle reprend les commandes de son héroïne. Même si on a presque l'impression que cette dernière, comme dotée d'une propre vie, tente de nouveau de s'échapper par des chemins de traverse. Reste au final beaucoup d'interrogations et l'envie urgente d'aller visiter Blanès et rencontrer son étrange population. Avec cependant la crainte de se retrouver envoûté par le fantôme de Bolaño.

Michel LITOUT

 

« Blanès », Hedwige Jeanmart, Gallimard, 18,50 €

04/05/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : La politique de la banane positive

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Comment un simple petit geste de quelques secondes peut-il clouer le bec à tous les racistes ? Demandez à Dani Alves, joueur de foot au Barça, il connaît la réponse.

La semaine dernière, au cours du match contre Villarreal, le défenseur brésilien s'approche du poteau de corner pour tirer un "coup de pied de coin". Un supporter local lui jette une banane. Le geste est synonyme de racisme. Cela a commencé en Italie. On fait des bruits de singe quand un joueur noir a le ballon et on lui lance des bananes. Alves, tout en plaçant la balle, se saisit du fruit. Recule de deux pas, l'épluche, en mange un morceau et tire le corner. Cela dure quatre secondes. Quatre secondes pour ridiculiser un raciste et surtout lancer le coup d'envoi d'une campagne planétaire.

Quelques heures plus tard, Neymar, autre joueur de foot brésilien, publie sur son compte Twitter une photo où il mange une banane avec cette légende "Nous sommes tous des singes". En moins de 24 heures, le coup de la banane de Dani Alves est repris des centaines de fois. Par des célébrités, mais aussi des anonymes. Même les politiques s'en mêlent. Le président du conseil italien pose en train d'en déguster une en compagnie du sélecteur national. Le "manger de banane" s'exporte aussi sur les plateaux de télévision et en une de Marca, le quotidien sportif espagnol qui a remplacé le premier A de son logo par trois fruits entrecroisés. 

La morale de cette histoire, c'est Dani Alves qui la résume : le racisme, "on ne va pas réussir à changer ça donc il faut prendre les choses en riant et se moquer d'eux… » Bravo !

Chronique "De choses et d'autres" parue samedi en dernière page de l'Indépendant. 

23/02/2014

Regards : Smartphone, le nouvel esclavage

Entre le « 22 à Asnières » de Fernand Raynaud et le « Allô, quoi... » de Nabilla, la communication téléphonique a vécu une révolution en accéléré. Si le principe est le même, permettre la communication entre deux personnes éloignées, les outils n'ont plus rien à voir. Comme si le progrès entre l'invention de la roue et du moteur à explosion s'était concentré sur une génération.

 

Le règne des smartphones est une évidence. Au début, on ne l'utilise que comme un téléphone portable. Et puis il s'impose par sa polyvalence. Internet, SMS, musique, vidéo, jeux, information... on peut tout faire avec ce couteau suisse des nouvelles technologies. Avec l'avantage de pouvoir le personnaliser transformant ces composants électroniques en « prolongement de notre vie intérieure » selon l'expression de Joëlle Menrath, sociologue. On peut parfois oublier ses clés ou son portefeuille. Jamais son téléphone portable. Il est devenu trop essentiel dans notre quotidien. Regardez dans la rue, ces jeunes, écouteurs dans les oreilles, dans les transports en commun, plongés dans la vision de la dernière vidéo qui fait le buzz ou en train de composer des SMS. Au bureau ou en regardant la télévision, le smartphone est devenu le second écran pour se distraire ou donner son avis. Le smartphone, en devenant aussi précieux que la prunelles de ses yeux, aiguise les appétits. Commerciaux mais surtout sécuritaires. Dans Big Brother de Orwell, des caméras surveillaient chaque citoyen. Aujourd'hui c'est encore plus simple, la caméra étant individuelle et déclenchée volontairement par chaque individu. Avec les services de géolocalisation, vous êtes parfaitement traçable par les autorités. Les faits divers ne cessent de raconter les histoires de ces voleurs trahis par leur téléphone. A quoi bon mettre des gants pour ne pas laisser d'empreintes quand on a dans la poche un téléphone qui signale sa présence dans le secteur toutes les minutes ? On est souvent fier de montrer son smartphone. Comme une chaine en or arborée en signe de réussite. Mais un bijou synonyme d'esclavage.  

12/07/2010

Virginie Despentes n'ira pas en vacances à Barcelone

Fin août, début septembre se déroule la traditionnelle rentrée littéraire. J'ai la chance de recevoir les livres avant leur parution. Malgré l'interdiction d'en parler avant sa parution, je ne peux m'empêcher de vous donner à lire cet extrait du roman de Virginie Despentes « Apocalypse bébé » (Editions Grasset, le 18 août dans toutes les bonnes libraires) qui se déroule en grande partie dans la capitale catalane. Page 169, un des personnages y donne ses impressions sur Barcelone et ses habitants : « Elle n'est pas faite pour la Catalogne. (...) Elle pensait s'installer dans la ville la plus californienne d'Europe, et elle se retrouve entourée de paysannes mal refaites, inaptes à l'élégance qui parlent fort dans leurs portables et ne savent pas se maquiller. » Et quelques lignes plus loin, ce sont les hommes qui en prennent pour leur grade : ils sont « courtauds, après vingt ans ils perdent leurs cheveux. Ils ne sont ni séducteurs, ni beaux parleurs ni dragueurs et ils sont ventrus avant quarante ans.. l'addition est lourde au final. »

Cet extrait, sorti de son contexte, ne donne pas du tout une réelle idée du roman (beaucoup plus profond et sérieux que ces considérations superflues), mais contribue à l'idée de plus en plus répandue que Barcelone n'est plus la ville à la mode.