25/03/2017

BD : La vie avant les voyelles



Le titre de la série interpelle. Au début tout le monde lit Franck. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de « a ». Frnck : quel drôle de nom pour un héros. Au début de l’histoire, ce gamin d’une dizaine d’années, orphelin, a bien la voyelle dans son nom. Sur le point d’être adopté, il préfère s’enfuir et en pleine forêt, tombe dans un trou d’eau. Quand il émerge, il a changé d’époque. Il est à la préhistoire. Pour preuve il se retrouve nez à nez avec un tigre aux dents de sabre. Des sauvages le sauvent. Et c’est là qu’il constate qu’ils parlent sans la moindre voyelle. Entre fantastique et humour, cette série écrite par Olivier Bocquet et dessinée par Brice Cossu est particulièrement entraînante. Les tribulations de Frnck chez Cro Magnon font rire, même si on devine, en arrière-plan, une intrigue familiale plus complexe.
➤ « Frnck » (tome 1), Dupuis, 9,90 €

21/02/2017

BD : Et si nous avions deux vies ?

 


Baudouin s’est longtemps rêvé guitariste et chanteur d’un groupe de rock. Mais les impératifs de la vie l’ont poussé à entreprendre des études de droit. Résultat, à trente ans, il est juriste dans une grosse société à la Défense, le crédit de son appartement sur le dos, célibataire et presque sans amis. Une situation qui désole son frère aîné, médecin pour une ONG humanitaire en Afrique. Lors d’un de ses retours à Paris, il tente de persuader Baudouin de mieux profiter de la vie. En vain. C’est une petite boule sous le bras qui va le pousser à tout remettre en question. Une tumeur. Et d’après un ami cancérologue du grand frère, il ne sert à rien de tenter de la soigner. C’est trop tard. Mieux vaut essayer de profiter des derniers mois qu’il lui reste à vivre. Baudouin part au Bénin avec son frère et va commencer sa seconde vie. Car comme l’a dit Confucius « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une ». Une très belle histoire de Fabien Toulmé maîtrisant à merveille narration et coup de théâtre final de ce roman graphique de plus de 270 pages.
➤ « Les deux vies de Baudouin », Delcourt, 27,95 €

08:49 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bd, baudouin, toulmé, delcourt

23/03/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Attentats de Bruxelles, si loin, si impuissants

bruxelles, BD, attentatsLes attentats d'hier à Bruxelles me touchent directement. Plus que ceux de Paris pour cause de famille. Mon épouse est belge, de ce fait mes liens, déjà étroits avec le pays (passion pour la BD), n'en sont que renforcés. Nous apprenons qu'une explosion s'est produite dans l'aéroport de Zaventem, nos premières pensées vont vers Thierry, beau-frère et pilote de ligne.

Et lorsque sur Twitter le mot métro revient en boucle, nous imaginons tous nos amis et proches susceptibles d'appartenir aux dizaines de blessés. Réseaux sociaux et SMS permettent de nous rassurer au compte-goutes.

Comme nous l'écrit Vincent qui travaille à la Commission européenne, "tout le monde est safe". Il en est quitte pour rentrer chez lui à pied. Cynthia, en formation à Bruxelles, a pris le métro avant l'explosion. Elle a pu rassurer sa mère qui durant de longues minutes n'a pu s'empêcher de penser au pire.

Margaux, au travail depuis 6 heures du matin dans un supermarché, se prépare à de longues heures d'embouteillages. En réunion toute la matinée, Marie-Hélène n'a pas du tout suivi les événements. Elle nous répond vers midi après avoir contacté mari et enfants : "Tout va bien. C'est très stressant mais personne à Bruxelles".

Isabelle (la sœur de ma femme) est la dernière à donner des nouvelles : Thierry n'était pas à Zaventem ce matin, ses enfants pas dans le métro.

Paradoxalement, l'épicentre des explosions est plus éloigné de notre région, mais nous nous sentons encore plus proches, plus concernés, plus menacés. Nous sommes si loin et si impuissants.

09:11 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bruxelles, bd, attentats

01/02/2015

Benoît Peeters : « Les auteurs de BD vivent de façon très précaire »

angouleme, peeters, bd, ande dessinée, casterman

Le succès du festival d'Angoulême cache une réalité plus sombre pour les auteurs de bande dessinée. Benoît Peeters, scénariste , revient sur un secteur de l'édition « fragilisé ». 

La bande dessinée en France est-elle réellement menacée ?

Benoît Peeters. Artistiquement, la bande dessinée en France n’est pas du tout en crise ni en danger. Elle regorge de talents et d’excellents albums. Par contre la situation du marché et plus précisément des auteurs est elle beaucoup plus problématique, fragilisée. Il y a quelques vedettes qui gagnent très bien leur vie, notamment en vendant des planches originales à des niveaux très élevés, mais à côté, l’écrasante majorité des auteurs vit de plus en plus mal avec un niveau de revenus en dessous du smic. Cette situation est en dégradation accélérée avec une réforme brutale et sans concertation de la retraite complémentaire qui prive les auteurs d’une année à l’autre d’un mois de revenus. Pour ceux qui sont en dessous du smic, alors qu’ils travaillent continûment, ce peut être le coup fatal qui pourrait les conduire à arrêter. Et contrairement aux écrivains, il n’est pas possible aux dessinateurs d’avoir un autre métier en parallèle. La BD c’est aussi un artisanat, c’est extrêmement exigeant en terme de temps et les éditeurs attendent des auteurs, surtout ceux qui font une série, qu’ils publient au minimum un album par an.

De quand date cette dégradation du métier ?

Le premier grand changement s’est produit avec la disparition des magazines de bande dessinée (Pilote, A SUIVRE...). Quand les histoires étaient publiées régulièrement dans ces titres, elles assuraient aux auteurs un revenu, notamment pour ceux qui étaient au début de leur carrière. Il y a 20 ans on avait 700 albums par an et aujourd’hui 5 000. La plupart de ces albums sont envoyés au casse-pipe avec une visibilité minimum et des ventes très faibles. L’éditeur est déçu mais l’auteur se retrouve dans une situation encore plus difficile. Ce marché aurait besoin de nouvelles règles et les états généraux que nous avons lancé vont étudier de façon très objective et scientifique toutes les facettes du problème pour essayer d’apporter des petits éléments de solution. Le public, celui que se fait dédicacer des albums par exemple, n’a pas conscience que des auteurs vivent de façon très précaire : pas de congé maladie, pas de congé maternité, une cotisation retraite pour laquelle on est lourdement ponctionné déjà avec un résultat très faible.

La protection sociale des auteurs peut-elle être assurée par un régime comparable à celui des intermittents du spectacle ?

Il est certain que le régime des intermittents apporte un certain nombre d’avantages, mais la situation des auteurs de BD est un peu différente et surtout on sait toutes les difficultés qu’il y a à maintenir ce régime. Donc je ne suis pas sûr que l’État ait envie d’y faire entrer une nouvelle catégorie d’auteurs.

Auteurs en crise, mais chiffre d’affaires du secteur en hausse chaque année. Un paradoxe ?

En fait le chiffre d’affaires du secteur de la BD s’est maintenu ou a très légèrement progressé. Mais maintenir son chiffre global quand on multiplie par sept le nombre de titres cela veut dire que chaque album, individuellement, a beaucoup baissé. C’est donc une illusion. Certains éditeurs, pour maintenir leur chiffre, ont augmenté de façon effrayante le nombre de titres, sans donner leurs chances à ces nouveautés. C’est un trompe-l’œil. Faire + 1 % alors qu’on a augmenté sa production de 10 % c’est vraiment un échec.

Le numérique peut-il sauver la BD ?

Pour l’instant, c’est plus une menace qu’une chance car il ne génère pratiquement aucun revenu aux auteurs ni même aux éditeurs. Il ne faut pas du tout se faire d’illusion et en plus les « bouquets numériques illimités » ne laisseraient que quelques centimes pour l’auteur car les œuvres ne seraient plus que des flux.

______________________________________

Droit d’auteur en danger

Forte mobilisation des auteurs de bande dessinée lors de ce 42e festival d'Angoulême. Les états généraux, pourtant lancés il y a à peine trois mois, ont fait le plein et devraient déboucher sur des propositions très concrètes.

Cette association, présidée par Benoît Peeters, scénariste, universitaire et conseiller éditorial, soutient également la marche des auteurs qui s'est déroulée hier après-midi et fonde de grands espoirs sur son entrevue ce dimanche avec Fleur Pellerin, ministre de la Culture.

Les sujets d'inquiétude, en plus de la paupérisation des auteurs, sont multiples. « Il y a d'autres menaces qui pèsent sur nous, notamment au niveau européen où le principe même du droit d'auteur est remis en question assez fortement, explique Benoit Peeters. Il y a une alliance étrange entre les tenants du tout gratuit comme le Parti Pirate et les majors américaines comme Google ou Amazon qui trouveraient leur compte dans cette illusion de gratuité. »

Le secteur reste dynamique et porteur, mais cet équilibre est fragile. « C'est important, dans le cadre des états généraux, souligne Benoît Peeters, de montrer qu'auteurs, éditeurs et libraires ont des intérêts communs, qu'il ne faut pas les opposer frontalement l'un à l'autre. Parfois les analyses divergent. Mais il ne faut pas oublier quand même que l'auteur, à lui seul, tient ce que l'on appelle la chaîne du livre. Si les auteurs lâchent, les éditeurs, les libraires et les lecteurs en souffriront aussi. »

La BD, sans un vivier d'auteurs novateurs, risque de devenir un simple robinet à histoires formatées. Ce serait vraiment dommage de se priver de cette exception (et excellence) culturelle.

24/02/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le coup de la panne entre WhatsApp et Facebook

 

facebook,whatsapp,sms,bd,voiture,occasion,arnaque

Mark Zuckerberg, Pdg et créateur de Facebook, ne sait plus quoi faire de son argent. La semaine dernière il a déboursé 16 milliards de dollars pour acheter "WhatsApp", une application pour envoyer des SMS gratuits depuis son smartphone. Cela fait un peu cher le bidule qui, a priori, ne rapporte pas un kopeck puisque son succès est dû à sa gratuité et son absence totale de publicité. On se doute que le jeune entrepreneur, potentiellement homme le plus riche de la Terre (voire de la galaxie) a une idée derrière la tête.

Encore faut-il qu'il ne se soit pas fait tout simplement escroquer. Trois jours après l'annonce de cette acquisition, WhatsApp tombe en panne ! Non seulement ça coûte un bras, mais en plus c'est cassé. On ne va pas le plaindre. Il s'est fait avoir, comme tout un chacun à un moment ou un autre.

Dans le genre, je suis un spécialiste, mais heureusement dans un autre ordre de grandeur question finances. Ma première voiture, une 204 Peugeot achetée d'occasion à Montpellier et au comptant avec toutes mes économies, a roulé 200 kilomètres. Pas plus... Juste assez pour rallier Rodez, devant chez moi.

Sur les vide-greniers, mon enthousiasme me perd souvent. Trop content de trouver un lot de revues de BD des années 70 (mon péché mignon), j'achète. Les yeux fermés. Cruelle désillusion arrivé à la maison, le propriétaire de l'époque a consciencieusement découpé les quatre pages de la meilleure série à suivre...

En conclusion, Mark, avant de sortir ton carnet de chèques, vérifie au moins que ce que tu achètes fonctionne encore !

11/02/2014

DE CHOSES ET D'AUTRE : François Hollande à San Français-sco

françois hollande, san francisco, obama, usa, laurel, jeux vidéo, BD

Demain, François Hollande clôture sa visite officielle aux USA par une escale à San Francisco. Il y rencontrera des représentants de l'importante communauté française installée près de la Silicon Valley. Des entrepreneurs dans les nouvelles technologies, souvent obligés de s'expatrier pour se trouver au plus près des innovations et des décideurs. Ne pensez pas que cette communauté ne compte que des techniciens surdiplômés et fortunés. La conquête de l'Ouest est ouverte à tous. Il suffit d'un peu de talent, de pas mal de volonté et de bonnes idées.

Exemple avec Laurel. Cette dessinatrice de BD originaire de Metz, aurait tout à fait pu vivre de ses albums et illustrations dans la presse jeunesse. Sa rencontre avec Adrien a changé sa vie. Il l'aime, elle l'aime. Mais là n'est pas le sujet, même si Laurel doit sa notoriété à son blog largement autobiographique. Le jeune informaticien cogite sur la conception d'un nouveau jeu vidéo. Laurel se charge d'en dessiner l'univers. Une première version remporte un joli succès. Limité. Le couple décide alors de faire le grand saut. Depuis près d'un an ils ont créé une société près de San Francisco et travaillent d'arrache-pied sur de nouvelles créations. L'idée, le talent, la volonté : la trilogie magique pour réussir aux USA. Je ne sais pas si Laurel et Adrien feront partie des Français conviés à rencontrer le président Hollande, mais ils le mériteraient.

D'autant que Laurel, sur son blog (bloglaurel.com) compare la vie en France et aux USA. Pour l'instant, à part le système de couverture santé, les States mènent largement...

08/06/2013

BD : "Cutting Edge", l'avant-garde

cutting edge, dimitri, alberti, delcourt, bd, italie

Les meilleurs. Une compagnie financière aux moyens illimités décide de recruter les meilleurs éléments de différents spécialités pour leur confier des missions à haut risque.

Le premier tome de cette série écrite par Francesco Dimitri et dessinée par Mario Alberti débute par la présentation des membres du Cutting Edge. Il y a un mathématicien japonais, un playboy américain, une riche héritière italienne, une jeune photographe animalière et Mark, expert en psychologie sociale.

Cinq jeunes intrépides et complémentaires. Ils s'attendent à recevoir une mission à la hauteur de leur ambition. Perdu. Leviathan, leur nouvel employeur, les charge de retrouver un vieux jazzman disparu de la circulation. De Barcelone à la côte italienne ils vont remonter la piste et localiser le musicien. Il passe toutes ses nuits à tenter de composer la chanson d'amour parfaite.

Mais pourquoi Leviathan veut-il le retrouver ? Pour quel véritable motif ? Une contre enquête, très dangereuse, va sceller l'union du groupe.

 

« Cutting Edge » (tome 1), Delcourt, 13,95 €


07/06/2013

Chronique : Auto punition par Castigo.fr, tueur de maman

 

castigo,ers,zidrou,borecki,bd,dupuis,tueurs de mamans

Des auteurs de bande dessinée l'ont imaginé, de petits rigolos l'ont fait. On ne sait pas encore s'il ne s'agit que d'une opération promotionnelle ou l'œuvre de véritables fous, mais l'histoire mérite d'être racontée.

castigo,ers,zidrou,borecki,bd,dupuis,tueurs de mamansEn mai dernier paraît le premier tome de « Tueurs de mamans », une série écrite par Zidrou et dessinée par Ers et Borecki aux éditions Dupuis. Une bande de copines adolescentes ont pour point commun leur absence de père. Et des mères un peu trop intrusives à leur goût. Elles n'en peuvent plus d'être punies. La geek de la confrérie dégote un site internet particulier : il vend de la vengeance en ligne. « Ils vous tourmentent ? Nous les châtions ! » promet la page d'accueil de Castigo.fr. La suite de la BD devient dramatique : les jeunes achètent des « missions » qui une fois réalisées ou sur le point de l'être, se révèlent violentes, excessives.

Fin mai, les éditions Dupuis ont publié un communiqué pour dénoncer la création par des plaisantins du site Castigo.fr. « Nous ne pouvons que vous exhorter à ne pas aller sur ce site ! Chaque visite encourage ce genre d’initiatives déplorables ! »

Curieux et téméraire, je désobéis et me trouve dans la position du punisseur. Oui, mais si j'ai affaire à  de vrais fous ? Vais-je prendre le risque ? Non. Je choisis l'auto-punition (parce que je le vaux bien). Aujourd'hui, un tueur de Castigo doit m'infliger une correction mémorable. Maintenant, j'ai les jetons.

Si demain il n'y a pas de chronique, c'est que la réalité a dépassé la fiction... 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant. 


23/04/2013

Chronique : Adopte un thon.com se moque des sites de rencontres

glénat,bd,linda corazza,asopte un thon,sites de rencontres

Les sites de rencontres n'ont pas fini de nous faire rire. Entre ce qu'il s'y passe véritablement et ce que les adhérents fantasment, les possibilités sont sans limites. Lynda Corazza, dessinatrice de BD plus glandouille que glamour, a testé la drague par internet. Elle ne nous épargne rien dans sa quête du « bogosse » dans son album intitulé « Adopte un thon.com » (Le Lombard, 12 euros). Chaque gag s'insère dans la chronologie d'une inscription normale. Et à chaque fois l'auteur se moque de son double de papier, une certaine Lola, brune, pas très grande et loin d'être remise de sa dernière rupture sentimentale. On se dit que c'est du déjà vu, mais rapidement la barre est placée très haut. Quand elle doit choisir un pseudonyme sur le site, Lola teste différentes possibilités. Girly est déjà pris (854 fois...), bellebrunepulpeuse est trop long, Zézette est un mot « interdit ». Comme elle fait ça avec ses amis, cela dérape. « Grosthon », tapé pour plaisanter après « Boudin » est libre : Lola a trouvé son pseudo. Reste à savoir si « Grosthon » pourra « pécho » sur le net. On rit, dans le désordre, des obsédés, des incultes, des prétentieux et des coincés. Finalement Lola trouvera un homme pour converser avec elle : il se présente comme « ex-détenu et homosexuel »... Mais si sa description est aussi fausse que celle du « Grosthon », tous les espoirs sont permis.  

Chronique "ça bruisse sur le net" parue mardi en dernière page de l'Indépendant. 

16/04/2013

BD - "La véritable histoire de Spirou" : Un pan de l'histoire européenne

spirou,bd,dupuis,belgique,marcinelle,jijé,rob-vel,bertrand pissavy-yvernaut

 

Si Spirou a plusieurs papas, il n'a qu'un seul et unique propriétaire : Dupuis. Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernaut, historiens reconnus de la BD franco-belge, ont lancé le chantier de « La véritable histoire de Spirou » il y a quelques années. Un travail colossal dont la première partie, portant sur les années 1937 à 1941, dresse autant le portrait du groom rouge que la famille Dupuis. L'imprimeur belge de Marcinelle, dans la banlieue de Charleroi, pour faire fonctionner ses presses dans les années 30, multiplie les journaux. Moustique (humour) et Bonnes Soirées (famille) remportent un succès croissant. Mais Dupuis est absent du marché de la jeunesse très prometteur. Il décide d'éditer un hebdomadaire. En plus de quelques bandes dessinées américaines, il veut que le personnage principal soit une création propre. Il embauche, Rob-Vel, un dessinateur français, pour animer Spirou. Un groom rouge, espiègle et intrépide chargé de propager le bonne parole catholique.

Ce beau livre, richement illustré de fac similés de l'époque, dresse plus le portrait de cette famille d'entrepreneurs belges que du personnage vedette. Il est vrai que les histoires de Spirou, les premières années, sont peu consistantes. Par contre la vie du journal, animé par Jean Doisy, résistant très actif dans un pays où le rexisme, forme belge du fascisme, avait pris le pouvoir, est exemplaire des difficultés traversées par l'Europe.

Après une période d'interdiction, Spirou revient sous forme d'almanach avec un nouveau papa : Jijé. Et dans son sillage ce qui deviendra au fil des ans la fine fleur de la BD de l'école dite de Charleroi : Morris, Will et Franquin. A la libération Rob-Vel est oublié, Spirou est de retour avec un nouveau compagnon, Fantasio. Les bases sont placées par Jijé, la route est toute tracée par Franquin. Mais ce sera pour le prochain volume de cette « Véritable histoire de Spirou ».

« La véritable histoire de Spirou », Dupuis, 55 €