25/03/2017

BD : La vie avant les voyelles



Le titre de la série interpelle. Au début tout le monde lit Franck. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de « a ». Frnck : quel drôle de nom pour un héros. Au début de l’histoire, ce gamin d’une dizaine d’années, orphelin, a bien la voyelle dans son nom. Sur le point d’être adopté, il préfère s’enfuir et en pleine forêt, tombe dans un trou d’eau. Quand il émerge, il a changé d’époque. Il est à la préhistoire. Pour preuve il se retrouve nez à nez avec un tigre aux dents de sabre. Des sauvages le sauvent. Et c’est là qu’il constate qu’ils parlent sans la moindre voyelle. Entre fantastique et humour, cette série écrite par Olivier Bocquet et dessinée par Brice Cossu est particulièrement entraînante. Les tribulations de Frnck chez Cro Magnon font rire, même si on devine, en arrière-plan, une intrigue familiale plus complexe.
➤ « Frnck » (tome 1), Dupuis, 9,90 €

05/10/2016

BD : Le fabuleux roman de Joséphine Baker

josephine baket, catel, bocquet, casterman

Elle avait deux amours, son pays et Paris. Cette chanson a mondialement fait connaître Josephine Baker. La petite noire américaine, après des débuts difficiles dans le Sud des États-Unis, débarque en France en 1925. Danseuse de moins de 20 ans, elle fait sensation en apparaissant à moitié nue dans la Revue nègre. Le public parisien tombe amoureux de cette espiègle Vénus noire, cette dernière adopte ce pays où elle devient une reine de la nuit. José-Louis Bocquet et Catel racontent sur plus de 500 pages cette vie extraordinaire. Des brimades de sa jeunesse aux combats des dernières années, Josephine Baker semble avoir eu mille vies. Des hauts, des bas, des passions et des folies. Elle a connu les plus grands, inspirés les meilleurs et aimé sans limite. Reste trois films, des disques mais surtout une tribu, les 12 enfants qu'elle adopté et qui portent encore sa mémoire à travers le monde.

"Joséphine Baker", Casterman, 26,95 €

 

03/12/2015

BD : Fin du voyage glacé du Transperceneige

 
Il est des séries qui, une fois terminées, laissent comme un goût d'inachevé. Débutée au début des années 80, la saga du Transperceneige a connu un premier contretemps avec la mort de Jacques Lob, le scénariste. Un premier tome, une histoire laissée longtemps dans le vide, Rochette, le dessinateur, hésitant entre laisser le tout en l'état et la volonté de trouver un digne successeur. Il faudra attendre l'an 2000 pour que la « Sainte Loco » reprenne son périple sans fin. Benjamin Legrand, a imaginé deux tomes supplémentaires pour conduire les naufragés à bon port. Mais 15 ans plus tard, grâce au succès de l'adaptation ciné, le Transperceneige bouge de nouveau dans un énorme et ultime volume imaginé cette fois par Olivier Bocquet. Sur le point d'abandonner tout espoir, les personnages principaux décident finalement de chercher d'où vient l'énergie qui fait fonctionner cette radio jouant une étrange musique. Ils s'enfonceront au plus profond de la terre, dans un monde presque clément au niveau température, mais guère plus rassurant. On s'éloigne de la surface, des étendues glacées et des routes infinies pour un scénario angoissant, oppressant. Une suite qui vaut surtout pour les planches de Jean-Marc Rochette. En épurant son trait, en simplifiant la mise en page et en jouant beaucoup sur des couleurs dominantes, il signe peut-être son chef-d'œuvre.
« Le Transperceneige, terminus », Casterman, 25 €
 

 

 

08/09/2015

BD : Enquête en Suède autour du "Prédicateur"

 

lackberg, bocquet, bischoff, casterman

Les éditions Actes Sud, en publiant la trilogie Millénium, ont mis en avant le roman noir scandinave. D'autres auteurs ont émergé en France derrière le regretté Stieg Larsson. Camilla Läckberg a elle aussi remporté un beau succès avec les enquêtes du couple Erica et Patrick. Logiquement ses polars se retrouvent adaptés en bande dessinée, chez Casterman. Olivier Bocquet signe l'adaptation, Léonie Bischoff les dessins. Pour ce second titre, l'action se déroule toujours dans la petite ville suédoise de Fjallbacka. Erica est sur le point d'accoucher. Patrick tente de prendre quelques jours de vacances. Mais le flic ne reste pas longtemps inactif. Le cadavre d'une jeune fille est découvert en rase campagne. Et près du corps martyrisé, deux squelettes. Une enquête à cheval entre deux époques, avec des histoires de descendance dans une famille très religieuse, dominée par la figure du père, un pasteur surnommé « Le Prédicateur ». Les 128 pages permettent de conserver le souffle du roman original. Le dessin simple et efficace de Léonie Bischoff est parfaitement adapté à ce récit parfois dur. Il est vrai que le sérial killer sévissant dans les parages est d'une rare noirceur.

 

« Le prédicateur », Casterman, 18 €

 

10/03/2014

"La princesse des glaces", un polar culte en BD

 

princesse des glaces, lackberg, bocquet, bischoff, actes sud, casterman

Si les éditions Dupuis adaptent en BD Millénium, les éditions Casterman on jeté leur dévolu sur l'autre best-seller du polar suédois : « La princesse des glaces » de Camilla Läckberg. En un seul gros volume de 130 pages, Olivier Bocquet (scénario) et Léonie Bischoff (dessin) reprennent à leur compte cette histoire de famille complexe et violente. Erica, biographe, découvre dans sa maison de vacances, le cadavre de son amie d'enfance. Nue dans la baignoire, les veines coupées, la mort remonte à plusieurs jours, l'eau s'est transformée en glace. Nous sommes dans une petite ville côtière de Suède. La police ne croit pas au suicide. Et rapidement, un peintre alcoolique, amant de la morte, fait figure de principal suspect. Mais Erica va mener l'enquête de son côté et comprendre que cette mort est beaucoup plus énigmatique qu'il n'y paraît. Elle devra remonter dans ses souvenirs d'enfance pour mettre à jour les véritables motivations. Il y a un peu d'ambiance à la Simenon, un peu de romance et beaucoup de non-dits. Plus une ville est petite, plus tout se sait, mais personne ne parle....

 

« La princesse des glaces », Casterman, 19 €

 

06/03/2013

BD : la colère d'un fantôme masqué

fantomas, colère, bocquet, rocheleau, dargaud

100 ans. 100 ans que la figure de Fantomas a commencé à hanter les nuits de lecteurs aimant se faire peur. Le personnage, premier super méchant avec cape et collant, redevient l'abominable monstre de ses origines. Oubliés les films comiques et autres dérives ringardes, la BD retrouve la force du feuilleton et la noirceur du personnage. « La colère de Fantomas » est plus qu'un hommage, c'est une continuation parfaite de l'esprit d'origine. Tueur et manipulateur, Fantomas est toujours dans la surenchère. L'histoire débute en plein procès. Le fantôme masqué est accusé du meurtre de Lord Beltham. Il se défend seul. Et prouve que l'arme du crime est d'une rare efficacité. Décapité au petit matin, il ne nuira plus. A moins que... Juve et Fandor sont invités à assister à une pièce reprenant les exploits du criminel. C'est là qu'il réapparait et annonce son intention de se venger. Fantomas est en colère ! Une histoire de Bocquet mis en images par Julie Rocheleau, une dessinatrice canadienne jouant parfaitement des couleurs pour recréer cette ambiance du début du XXe siècle.

« La colère de Fantomas » (tome 1), Dargaud, 13,99 €


06/11/2011

Hergé à nu dans une biographie dessinée par Stanislas chez Dargaud

 

Hergé, Stanislas, Bocquet, Fromental, Dargaud

Hergé, Stanislas, Bocquet, Fromental, DargaudSon héros connait enfin la consécration sur grand écran : Hergé serait certainement très content de l'adaptation de Steven Spielberg. La réédition de la biographie illustrée de Georges Rémi, écrite par Bocquet et Fromental et dessinée par Stanislas, revient sur l'accord signé entre le créateur de Tintin et le réalisateur d'ET. En 72 pages on en apprend beaucoup sur la vie d'Hergé, de ses débuts chez les scouts (un carnet de croquis à la main), à ses derniers jours, beaucoup plus intéressé par l'art abstrait que la BD. Entre, il y a une œuvre ponctuée de rencontres, d'amour, de fâcheries et de dépression. La vie d'Hergé n'est pas aventureuse, elle n'en demeure pas moins passionnante.

 

« Les aventures d'Hergé », Dargaud, 15,95 €


 

20/04/2010

Premiers polars, premiers prix

« Et on dévora leur cœur » de Sylvain Blanchot et « Turpitudes » d'Olivier Bocquet : deux premier romans primés pour des auteurs prometteurs.

 

Turpitudes.jpgLe premier vient d'être publié par les éditions du Masque car il a remporté le prix du premier roman au festival de Beaune. Le second intègre la collection thriller de Pocket après avoir séduit de milliers d'internautes qui ont voté pour son manuscrit en ligne. Sylvain Blanchot et Olivier Bocquet sont des débutants surdoués qui devraient compter dans les années à venir.

La découverte de nouveaux talents est souvent une des motivations premières de certains éditeurs. Ainsi il existe plusieurs filières pour tenter de mettre la main sur la perle rare. Une des plus originale a été lancée l'an dernier : un concours qui mettait à contribution les internautes pour donner leur avis et désigner le manuscrit gagnant. Thriller Mania a permis à 40 000 personnes de désigner les résumés les plus prometteurs puis de juger sur pièce en découvrant les premier chapitres.

A ce petit jeu, fin juin 2009, c'est Oliviou qui l'a emporté pour son histoire intitulée « Les minicrobes ». Quelques mois plus tard le pseudo a laissé la place à un véritable auteur : Olivier Bocquet. Publié dans la collection thriller entre Harlan Coben ou Maxime Chattam (qui faisait partie du jury), il propose « Turpitudes ».

Fin 2003, plusieurs phénomènes extraordinaires vont bousculer la quiétude de Fontainebleau. Meurtre sanglant, émeute et épidémie vont transformer la ville tranquille en nid de problèmes insolubles. Des événements qui semblent indépendants les uns des autres mais qui pourtant sont reliés secrètement.

C'est cet enchaînement de coïncidences qu'Olivier Bocquet va raconter avec brio, d'une plume alerte non dénuée d'humour et de fantaisie. On remarque en premier lieu dans ce premier roman la maîtrise de l'intrigue et le bon timing pour présenter les différents protagonistes. On surfe ainsi du maire ripoux à Rachel, sa fille désabusée, du prof opportuniste à la petite racaille flairant le bon coup. Un roman classique entrelardé de faits divers véritables (tirés de la presse locale) et d'extraits du journal intime de Rachel. Et comme tout thriller qui se respecte, ce n'est pas forcément politiquement correct.

A noter que le concours Thriller Mania vient de débuter pour une seconde saison. Vous avez jusqu'à la mi-août pour déposer en ligne (*) un résumé et le manuscrit de votre thriller. Après sélection du jury, dix projets seront soumis au vote des internautes à partir de septembre. Le nom du lauréat sera dévoilé mi novembre et édité en 2011 par Pocket.

 

A l'américaine

Plus classique est la désignation du prix du premier roman du festival du film policier de Beaune. Un jury, composé de professionnels (journalistes, scénariste, acteur et écrivain), sous la présidence de Jean-Christophe Grangé, choisit le manuscrit qui est édité dans la prestigieuse collection du Masque Jaune. Cette année c'est Sylvain Blanchot qui est distingué pour « Et on dévora leur cœur », un thriller digne des meilleurs romanciers américains. Il est vrai que l'action se déroule de l'autre côté de l'Atlantique et que la tension, omniprésente dans l'histoire, donne ce petit air très américain. Samuel Johnson, le héros, cherche à sauver sa peau. Il est poursuivi par les tueurs de Miguel Beaumont, l'homme à qui il a volé 50 000 dollars. Il se réfugie à Murton Caves, une petite localité au pied de la montagne. Mais sur place, il va devoir affronter un danger encore plus grand.

Particulièrement abouti, ce premier roman est plus que prometteur. Son auteur a de fortes chances pour rejoindre la petite légion des auteurs de polar français qui comptent.

« Turpitudes », Olivier Bocquet, Pocket, 6,50 €

« Et on dévora leur cœur », Sylvain Blanchot, Le Masque, 6,50 €

 

(*) : Vous pouvez vous inscrire, pour déposer un manuscrit ou tout simplement donner votre avis sur les projets présentés, à l'adresse internet http://www.thrillermania.fr/


04/05/2008

A quatre, c'est mieux

f876adcc94019a53c7303d59a96605e8.jpgCatel, dessinatrice pour la jeunesse, a changé de registre en dessinant l'histoire de Kiki de Montparnasse sur un scénario de Jean-Luc Fromental. Elle reprend un peu cette veine en proposant « Quatuor », recueil de quatre récits mettant des femmes en vedette. Des nouvelles d'auteurs venant de divers horizons. Jacques Gamblin explore la danse, la valse exactement et sa communion entre les deux partenaires, José-Louis Bocquet nous entraîne a 100 à l'heure sur des routes sinueuses au volant de bolides, objets sexuels de plaisir ultime, Thierry Bellefroid raconte de façon détournée comment il est tombé amoureux du dos de la princesse Mathilde, future reine des belges et Pascal Quignard nous emmène dans une vieille histoire d'amour entre un tailleur et une belle brodeuse. Chaque histoire est en bichromie, rouge pour la danse, bleu pour les voitures, verte pour la princesse et jaune pour la brodeuse. L'ensemble, malgré l'impression de disparité est très cohérent. J'avoue avoir un faible pour l'histoire de Thierry Bellefroid. Ce journaliste à la RTBF a parfaitement rendu la fascination que l'on a parfois pour des personnages publics et totalement inaccessibles. Une histoire douce amère sur la passion, la fatalité et la résignation. Les illustrations de Catel se mettent au service de ces histoires que la dessinatrice a adapté elle même.
Catel et Jean-Luc Fromental (qui signe la préface) préparent une nouvelle biographie dessinée consacrée à Marie-Olympe de Gouges, l’une des figures marquantes du dix-huitième siècle, intellectuelle ayant beaucoup fait pour l'émancipation des femmes.
« Quatuor », Casterman, 17,95 €