15/04/2017

BD : L’amour malgré la maladie

 


Comment faire rire avec la maladie ? Le cancer en plus. Le cancer des enfants... Mais pourquoi pas ? Quand Zidrou a écrit le premier tome de « Boule à zéro » il se doutait qu’il prenait des risques. Le sujet est sensible, difficile et grave. Mais en équilibrant à la perfection, rire, émotion et explications médicales, il a non seulement séduit le public, mais fait beaucoup pour ces enfants condamnés à rester dans une chambre d’hôpital, entre chimio et douleurs. Ernst, au dessin, a trouvé le trait épuré parfait pour rendre ces petits malades et le personnel hospitalier (celui qui fabrique de la dette !) aux petits soins, plus que sympathiques. Dans cet album intitulé « Le grand jour », il est question de sortie. Qui sera le premier guéri ? Zita a encore des chances. Mais n’est pas dans le peloton de tête. Par contre Pierrot semble en complète rémission. Mais cela ne fait pas spécialement plaisir à Zita, car c’est son amoureux. Et s’il part de l’hôpital, ne va-t-il pas complètement l’oublier ? Un vrai bonheur de lecture, pour petits et grands, valides et malades.
➤ « Boule à zéro » (tome 6), Bamboo, 10,90 €

02/02/2017

De choses et d'autres : Marketing fumeux

tabac, santé, touraine, cancer, cigarettesOn ne plaisante plus dans la lutte contre le tabagisme en France. Après les paquets neutres et les fortes augmentations de prix, le ministère de la Santé s’attaque au marketing. Marisol Touraine a annoncé l’interdiction pure et simple de certaines « marques qui sont attractives, qui donnent le sentiment que fumer ces cigarettes c’est chic. » Sont visées les Fine, Corset, Allure et autres Vogue. Beaucoup plus longues et étroites que les classiques elles ne sont pas moins nocives, au contraire, mais plus classes, plus élégantes au bout des doigts des femmes modernes. Les cigarettiers avaient trouvé cette astuce pour dédiaboliser un produit accusé de causer des milliers de morts chaque année. Une trouvaille marketing décriée par le gouvernement qui sort l’arme fatale de l’interdiction. De la marque seulement, pas du produit. Mesdames vous pourrez toujours griller avec élégance votre clope « slim » mais elle portera un autre nom. Les équipes sont à la recherche d’autres appellations.

Je ne suis pas un très bon publicitaire mais pourquoi ne pas proposer des termes explicites, tout en rappelant avec délicatesse le bon goût et le luxe à la française. Craquez pour la « Goudron N° 5 », un maximum de saleté dans vos poumons, mais avec la délicieuse fragrance d’un grand parfum. Ou l’« Insane-Laurent », pour l’achat de dix cartouches vous aurez droit à une petite robe noire, celle que vous porterez dans votre cercueil, une fois morte d’un cancer. 

17/06/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Mélanges malencontreux

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Il y a des jours où l'on mélange tout. Une confusion tenace s'installe telle une crise aiguë d'Alzheimer précoce. C'est ce qui a dû arriver hier à la personne chargée d'écrire les « urgents » en bas de l'écran de BFMTV. En pleine affaire de fuites des sujets du bac sur Twitter, une dépêche AFP annonce la sortie de Michaël Schumacher du coma consécutif à son accident de ski. Un coup de shaker plus tard, on peut lire cette incrustation qui bat toutes les précédentes fautes de français collectées sur un site internet : « Alerte info : Il n'y a pas eu de fuites des sujets de philosophie avant le début des épreuves, a affirmé Michael Schumacher. » On ne va pas jeter la pierre au pauvre malheureux, victime d'un court-circuit cérébral durant son opération de copier-coller. Cela peut arriver à tout le monde.

Par exemple, moi, hier matin. Je reçois deux courriers administratifs. Le premier du centre de dépistage du cancer du colon. Le second d'une société de convention d'obsèques. D'un côté ils ne veulent pas que je meure. De l'autre ils me disent clairement qu'il n'y a aucun espoir et qu'il vaut mieux que je prépare mes funérailles dès maintenant. La lecture attentive des modalités pratiques pour expédier, par la poste, un échantillon de mes « selles (caca) » (sic), me provoque un fou rire incoercible. Conséquence, moi aussi j'ai tout mélangé. Voilà pourquoi les croque-morts ont failli recevoir pour unique réponse à leur proposition de convention... des petites languettes recouvertes d'excréments.

12/05/2014

Livre : L'amour plus fort que la maladie grâce au roman "Dieu me déteste" d'Hollis Seamon

Richard, bientôt 18 ans, veut mordre la vie à pleine dent. Mais c'est la mort qui est au bout du couloir. Cancer en phase terminale. Roman fort et poignant signé Hollis Seamon.

 

dieu me déteste, phase terminale, cancer, hollis seamon, hôpital, anne carrièreÉcrire sur la maladie peut parfois devenir encore plus pénible que la maladie elle-même. Trop de morale ou de compassion détourne le lecteur du but premier. Car si l'on écrit sur la maladie, le cancer en particulier, c'est avant tout pour faire prendre conscience que cette menace devrait nous faire agir différemment. Il ne faut pas reporter au lendemain ces rêves un peu fou. C'est ici et maintenant.

Il suffit de se mettre dans la peau de Richard Casey, le jeune narrateur de « Dieu me déteste », roman d'Hollis Seamon. Cette enseignante a voulu dans ce premier roman rendre hommage aux jeunes malades qu'elle a croisé dans les couloirs des hôpitaux quand elle allait rendre visite à son propre fils. Richard est donc un « mix » de ces gamins pressés de profiter de la vie qui leur échappe chaque jour un peu plus.

Richard a presque 18 ans. Il a bon espoir de fêter son anniversaire. Par contre, il a déjà dit adieu à ses 19 ans. Il vient d'être transférer dans le service des soins palliatifs. Il sait parfaitement ce que cela veut dire : espérance de vie inférieure à un mois... Il est vrai qu'il n'est pas gaillard. Maigre, sous perfusion, bourré de morphine, il a toutes les peines du monde à se déplacer. Il arpente donc les couloirs de l'hôpital en chaise roulante. Mais au moins il peut bouger et n'est pas plongé dans un coma irréversible comme certains de ses voisins. Dans le service il y a essentiellement des personnes âgées. Sauf la chambre occupée par Sylvie. Le belle et rebelle Sylvie, elle aussi très affaiblie par la maladie. Comment l'amour peut-il s'inviter dans ce lieu de mort ? Tout simplement par l'envie de gamins taraudés par l'envie de connaître les joies de la vie, toutes les joies !

 

Papa jaloux

La force de ce texte réside dans les situations cocasses et crues. Richard reste un gamin comme les autres. Le soir d'Halloween, il n'a qu'une envie : c'est de quitter le service pour faire la fête avec les gens normaux. Par chance son oncle passe par là et l'emmène dans une virée mémorable. Première sortie en toute liberté (le terme de fugue est plus appropriée) pour un maximum de sensations nouvelles et inédites. Certes, il lui faudra deux jours pour se remettre, mais cela valait le coup. Car Richard est un grand philosophe. Il trouve toujours le bon côté des choses. « Une fois, j'ai fait la liste de tous les trucs dont je n'aurai pas à m'inquiéter – trouver un boulot, élever des enfants ingrats, divorcer, me faire opérer des dents de sagesse, surveiller mon cholestérol-, et maintenant je sais que je peux y ajouter avoir du bide et rabattre une longue mèche sur le crâne pour planquer les trous. Ça a beau être bizarre, ça me fait du bien. » Il oublie les mauvais côtés pour n'en garder que les bons.

Mais cela ne marche pas auprès de tout le monde. Quand le père de Sylvie apprend que Richard lui tourne autour, malade ou pas, le papa file une rouste au malotru. Mais ça aussi c'est gai pour Richard. Avoir l'impression d'être un garçon comme les autres. D'autant que Sylvie est de moins en moins indifférente à son charme si particulier.

Plus qu'une simple histoire d'amour entre deux corps souffreteux, « Dieu me déteste » est une formidable leçon de vie, sur la famille, le personnel soignant. La fatalité aussi...

Michel LITOUT

 

« Dieu me déteste », Hollis Seamon, Anne Carrière, 19 €

 

28/04/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Phase terminale

 

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Même le cancer, la "pire des saloperies de maladie" qui puisse exister sur terre peut se transformer en formidable message d'espoir. Stephen Sutton a 19 ans. Ce jeune Britannique est en phase terminale d'un cancer de l'intestin. Il y a un an, il a ouvert un compte Facebook où il a listé les 46 actions qu'il rêvait de réaliser avant de partir. En haut de la liste, recueillir 10 000 livres pour une association d'aide aux enfants cancéreux. Hier midi, il en avait collecté près de 3 millions... Et sur les 46 vœux, il en a concrétisé près de 40 comme sauter en parachute, assister à un match de foot à Wembley ou jouer de la batterie devant une foule immense. Son histoire, racontée dans un livre (un autre de ses souhaits) émeut toute l'Angleterre et est en train de se répandre partout dans le monde. Il lui reste peu de temps. Souhaitons-lui de tenir bon jusqu'à l'année prochaine puisqu'il a très envie d'assister au carnaval de Rio.

Cette histoire vraie a de nombreux points communs avec "Dieu me déteste"  un roman extraordinaire récemment paru chez Anne Carrière dans la collection "La belle colère". Hollis Seamon raconte dix jours de l'existence de Richard Casey. Hospitalisé aux soins palliatifs, ce gamin de 17 ans sait qu'il n'en a plus que pour un mois. C'est la règle dans ce service. Lui, son rêve, c'est de tomber amoureux. Par chance il a le coup de foudre pour Sylvie. Problème, elle est dans la chambre en face de la sienne et n'est pas plus vaillante que lui. Le roman prend aux tripes et quand on le referme, comme Stephen, on a envie de profiter de la vie et d'accomplir le plus vite possible tout ce que l'on reporte depuis trop longtemps.

24/03/2014

BD : Zita, joyeuse malade

 

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Si pour certains enfants, le langage médical équivaut à de l'hébreu, ce n'est pas le cas pour la petite Zita, surnommée Boule à zéro, héroïne touchante et attachante de la série Boule à zéro écrite par Zidrou et dessinée par Ernst. Zita a 13 ans, en paraît à peine 8 et vit dans cet hôpital depuis 9 ans. Elle souffre d'une sorte de leucémie et a tout subi, des ponctions lombaires, aux bombardements de protons en passant par les chimio. Le sujet est grave, les enfants malades, mais son traitement est particulièrement délicat. Juste ce qu'il faut d'émotion, quelques espiègleries (une spécialité de Zita quand sa maladie la laisse un peu en paix) et des personnages vrais, malades, docteurs, infirmières, visiteurs... Dans ce troisième volume de la série, Zita se fait une nouvelle amie. Evelyne, une gentille blonde. Plus pour longtemps. Son traitement lui fait perdre les cheveux par poignée. Il n'y a que Boule à zéro pour trouver cela marrant. Il est vrai que cheveux et poils ont déserté son anatomie depuis longtemps. Sa copine a une tumeur dans le cerveau. Pour la détruire, le combat va être épique. Avec Zita à ses côtés (elles sont dans la même chambre), ce sera compliqué et douloureux, mais amusant aussi.

 

« Boule à zéro » (tome 3), Bamboo, 10,90 €

 

23/06/2012

Deux nouveaux signes pour le Zodiaque de Corbeyran

 

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Corbeyran, fait partie avec Morvan, Giroud et Desberg de ces scénaristes prolixes, touche-à-tout et capables de mener des projets lourds avec plusieurs dessinateurs sur une période très réduite. Il vient de se lancer dans l'aventure Zodiaque. Une année, 12 titres sur chaque signe rythmant notre horoscope. Les deux premiers étaient particulièrement réussis, les deux suivants tout aussi concluants. L'idée est excellente, les récits sont indépendants tout en laissant une petite place au feuilleton, les différents protagonistes semblant tous se connaître d'un passé commun. Chaque personnage a un talisman lui donnant des pouvoirs surnaturels. Agatha, voyante du signe du gémeaux, a le don de localiser les disparus si elle est en possession d'un objet de la personne recherchée. Elle va se mettre au service d'une jeune femme malade, à la recherche de son frère jumeau. Dans « L'héritage du Cancer », Naomie, bouquiniste new-yorkaise, retrouve dans sa boutique inondée un vieux grimoire donnant le secret de la vie. Côté dessin, le Cancer, de Robin, est d'un très haut niveau.

 

« Zodiaque » (tomes 3 et 4), Delcourt, 13,95 € chaque volume