18/05/2017

Cinéma : Monica Bellucci se met à nue

 


Elle illuminera ce soir de sa grâce et de sa beauté la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes. Monica Bellucci est une icône du cinéma moderne. Une actrice internationale, une star dans toute sa splendeur. Mais derrière l’image parfaite, il y a une femme. Sensible. Intelligente.
Guillaume Sbalchiero, journaliste et écrivain, a voulu aller plus loin que les apparences. Un jour il a sollicité un entretien avec la comédienne. À son grand étonnement, elle a accepté. Elle s’est livrée un peu la première fois. Mais comme elle a accepté d’autres rendezvous (sept au total) elle a totalement cassé l’armure pour se livrer. « Rencontres clandestines » est le récit de ces entretiens, sur plusieurs années, avec quelques pages de liaison où l’interrogateur raconte les circonstances des rencontres et sa vision de ce travail de fond. Un texte magnifique, d’une grande profondeur parfois, qui nous apprend beaucoup sur cette femme libre, mère, épouse et muse de grands cinéastes.
Difficile de tirer des extraits tant tout est intéressant ; mais on peut mettre en lumière cette réponse sur une question portant sur son « raffermissement de caractère » : « Je souffre d’un sentimentalisme exacerbé. Je pardonne beaucoup. Trop... Certaines personnes en ont profité. J’essaie désormais d’être sentimentale sans tomber dans le piège du sentimentalisme ». Ou cette pirouette sur la vieillesse, sur l’âge qui fait que l’on est « moins désirée » : « Je ne sais pas... Il y a toujours de bons gérontophiles ! »
➤ « Rencontres clandestines » entre Monica Bellucci et Guillaume Sbalchiero, éditions l’Archipel, 15 €

17/05/2017

Ouverture de Cannes : le festival arrive presque chez vous avec la sortie du film d'Arnaud Desplechin

LES FANTÔMES D’ISMAËL. Le nouveau film d’Arnaud Desplechin en ouverture du festival et déjà à l'affiche dans les salles de la région.


Le festival de Cannes, en plus d’être le rendez-vous mondial du cinéma de qualité, est une opportunité forte pour mettre en lumière certains longs-métrages. Une sélection au festival, si elle se combine à une sortie dans la foulée dans les salles françaises, assure une visibilité maximale car ce sont des centaines de journalistes français qui couvrent l’événement. Avec un bémol, l’impossibilité de voir les œuvres avant leur première diffusion au Palais.
C’est le cas des « Fantômes d’Ismaël », film d’Arnaud Desplechin hors compétition mais qui a le grand honneur d’être présenté en ouverture, avant le début des choses sé- rieuses. Présenté ce mercredi soir, il est aussi à l’affiche dans des centaines de salles. Dans la région il est programmé au Castillet à Perpignan, au Colisée à Carcassonne et au Cinéma (théâtre) de Narbonne. On retrouve en tête de distribution trois vedettes françaises habituées des grands rendez-vous. D’abord la star incontestée, Marion Cotillard, souvent décriée pour ses apparitions dans les grosses productions américaines après le succès de « La Môme », mais qui gère avec une grande classe et un réel talent ses films d’auteurs (Mal de Pierres, Juste la fin du monde). Elle interprète la femme disparue, et qui revient on ne sait d’où. C’est elle qui va hanter Ismaël, le cinéaste qui a refait sa vie avec une femme plus jeune. Mathieu Amalric endosse l’habit du veuf (mais pas trop) torturé. Charlotte Gainsbourg est l’espoir, le renouveau, l’avenir. Un trio classique ? Pas du tout, Arnaud Desplechin est à la manœuvre et le réalisateur de « Trois souvenirs de ma jeunesse » n’est pas un adepte du vaudeville.


■ Cinq films en un
Dans des notes de production, seules indications sur le film résumé par la phrase sibylline « À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu… », Arnaud Desplechin explique que « Les Fantômes d’Ismaël » est un film comprenant cinq films. « C’est le portrait d’Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. C’est le portrait d’Ismaël, un réalisateur de film qui traverse sa vie sans n’y rien comprendre non plus. C’est le retour d’une femme, d’entre les morts. C’est aussi un film d’espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock. Ismaël est frénétique. Et le scénario est devenu frénétique avec lui ! Pourtant, Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction… »
Les autres films de Cannes, notamment les étrangers, ne sont pas encore programmés. Par contre deux autres créations hexagonales seront diffusées en salles le jour même de leur présentation au jury présidé par Pedro Almodovar.
Mercredi 24 mai (au Castillet et au Cinéma (théâtre) de Narbonne), découvrez le « Rodin » de Jacques Doillon avec Vincent Lindon et Izia Igelin. Un biopic du célèbre sculpteur dans lequel on retrouvera avec curiosité Séverine Caneele, la jeune Nordiste, ouvrière en usine, qui a débuté sa carrière cinématographique dans « L’Humanité » de Bruno Dumont en remportant, à la surprise générale, le prix d’interprétation féminine.
Enfin à partir du 26 mai (programmé au Castillet) place à « L’amant double » de François Ozon. En compétition, il pourrait faire beaucoup parler de lui pour son côté sulfureux, écopant même d’une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. Chloé (Marine Vacth), une jeune femme fragile et dé- pressive, entreprend une psychothérapie et tombe amoureuse de son psy, Paul (Jérémie Rénier). C’est peu de dire que nous sommes impatients de découvrir la nouvelle pépite du réalisateur toujours novateur de « Frantz » (en noir et blanc) ou « Une nouvelle amie » (avec Romain Duris en travesti).

14/04/2017

De choses et d'autres : Cannes en séries

Le cinéma a-t-il pris du plomb dans l’aile ? Hier, lors de la présentation de la sélection officielle du prochain festival de Cannes (du 17 au 28 mai), en plus des films d’habitués comme Michael Haneke ou Doillon, Ozon et Coppola (Sofia), les organisateurs ont annoncé la projection en exclusivité de deux séries télé. Loin des « Sous le soleil » ou « Riviera », abominations tournées dans les parages, les deux œuvres n’ont rien à envier en qualité aux films primés ces dernières années. Première à entrer en scène : Jane Campion. La saison 2 de « Top of the Lake » y sera présentée en intégralité. Cette histoire policière très sombre, tournée dans la Nouvelle-Zélande profonde, a remporté quantité de prix et un beau succès d’audience lors de sa diffusion sur Arte, co-productrice. En présence de son créateur David Lynch, la projection aux festivaliers chanceux des deux premiers épisodes de la saison trois de « Twin Peaks » représentera l’autre événement « télévisuel ». Considérée comme la première série qui casse les codes, « Twin Peaks » perd l’effet de surprise, mais le gé- nie de Lynch devrait toujours accomplir des merveilles. C’est dans la longueur, par définition, que les séries peuvent dépasser les films. Longueur pour développer la psychologie des personnages, pour mieux exploiter les décors ou les seconds rôles. Une série entre les mains d’un bon cinéaste c’est simplement plus de rêve, d’émotion, de surprises ou de rires.

30/03/2017

De choses et d'autres : une photo de Claudia Cardinale, retouchée pour l'affiche du festival de Cannes, fait polémique

 
Et si pour une fois on ne se penchait pas sur ce qui va se passer le 7 mai mais plutôt le 17. Ce jour-là, après des mois à s’interroger sur l’identité du locataire de l’Élysée, plus personne ne s’y intéressera. Le 17 mai débute le 70e festival de Cannes. Strass, paillettes, fêtes auront pris le dessus sur les affaires, costumes et autres trahisons. Même s’il faut se méfier des certitudes. Premier problème, le président du jury Pedro Almodovar ne cache pas sa passion pour la corrida. Et les « vegans » de demander son boycott. De plus, comme cette année 2017 semble définitivement placée sous le signe de l’embrouille, la présentation de l’affiche officielle a immédiatement dé- généré en polémique. On y voit Claudia Cardinale, jeune, virevoltant dans une large jupe fendue. Une photo prise en 1959 sur un toit de Rome.
Photo connue qui a fait tiquer certains. En effet, si l’on compare le document original et l’affiche, on constate que la star a perdu une taille après un rabotage des cuisses et des hanches grâce aux pinceaux électroniques d’un logiciel de retouche photographique.
Le culte de la maigreur a atteint de tels sommets en ce XXIe siècle, qu’un « créatif » s’octroie le droit de modifier la perfection. Car n’en déplaise à ces néo-esthètes, les courbes de Claudia Cardinale incarnent l’idéal de la beauté.
Alors par pitié, trafiquez tous les mannequins anorexiques que vous voulez (et qui provoquent de toute manière plus d’effroi que de rêve), mais laissez les légendes intactes. 

08/12/2016

Cinéma : Corruption à tous les étages dans "Baccalauréat"

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Bienvenue en Roumanie, ses villes grises et dé- pressogènes, sa délinquance, ses chiens errants. Et sa corruption. Surtout sa corruption, au centre du nouveau film de Cristian Mungiu. Roméo (Adrian Titieni), mé- decin dans une petite ville de province, ne vit que pour sa fille Eliza (Maria Dragus), lycéenne sur le point de passer son baccalauréat.

Pour cette surdouée, bosseuse et brillante, ce ne sera qu’une formalité. Mais il faut qu’elle ait au minimum 18 dans toutes les matières pour confirmer sa bourse universitaire. Pas n’importe laquelle : celle qui lui permettra d’intégrer l’université de Cambridge, la porte pour une vie forcément meilleure loin de cette Roumanie, plus communiste mais toujours horriblement étriquée et gangrenée par la corruption.

Pour Roméo, il n’y a plus d’avenir dans ce pays. Étudier en Angleterre c’est sortir du ghetto. La veille du bac, en allant au lycée pour les dernières révisions, Eliza est agressée. Un homme tente de la violer. Elle se défend. Se blesse au poignet. Roméo voit l’œuvre de sa vie s’écrouler. Si Eliza ne peut pas passer son bac, c’en est terminé de Cambridge. Bien que traumatisée, elle va aux examens, mais son poignet luxé ne lui permet pas d’écrire aussi vite.

Roméo, en se confiant à un ami policier chargé de l’enquête, va mettre le doigt dans l’engrenage de la corruption. Car en Roumanie, avec quelques appuis, tout est possible. Il suffit de rendre service à la bonne personne pour que cette dernière fasse le nécessaire pour arranger vos affaires. Roméo s’est battu toute sa vie contre ces pratiques. Mais pour sa fille, pour son avenir, il va faire une exception. Le film de Cristian Mungiu, d’une logique extrême, démontre que parfois, même les honnêtes gens n’ont pas le choix. Roméo le résume par cette métaphore « pour se battre, parfois, il faut utiliser les mêmes armes que les autres ». En l’occurrence cette corruption présente partout, à tous les niveaux de la société.

Le metteur en scène, déjà primé à Cannes, a de nouveau été récompensé cette année avec le prix de la mise en scène. Adian Titieni, présent sur 90 % des plans, aurait pu obtenir celle de l’interprétation masculine tant son personnage, plein de doute, dé- chiré dans ses convictions, marque cette œuvre d’un réalisme implacable. 

01/12/2016

Cinéma : « Ma’ Rosa » face à la corruption

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Une mère de famille a quelques heures pour rassembler une grosse somme qui lui permettra de sortir de prison. La corruption aux Philippines, sans le moindre filtre.

 
   
   
    Ma' Rosa
   

 

 

 

 

Film engagé, violent et sans concession, « Ma’ Rosa » de Brillante Mendoza dresse le portrait des Philippines actuelles. On comprend mieux dès lors pourquoi un populiste comme Duterte a été élu à la surprise générale uniquement en promettant d’éradiquer corruption et trafic de drogue. La vie est dure pour Ma’ Rosa (Jaclyn Jose, prix d’interprétation féminine à Cannes), épicière dans un quartier populaire. Son labeur permet de faire vivre toute sa petite famille, son mari et ses quatre enfants. Mais vendre des soupes en sachet, des bonbons et quelques cigarettes ne suffit pas. Bien malgré elle, elle est devenue revendeuse de drogue. De petites quantités de cristal fournies par un plus gros trafiquant.

Tout bascule quand, sur dénonciation, la police débarque dans son échoppe et l’arrête avec son mari. Les policiers, en civil, saisissent la drogue, l’argent liquide et menacent le couple s’il ne donne pas son fournisseur. La mère, qui a laissé les enfants seuls à la maison s’inquiète et accepte le marché.

■ La solidarité à la rescousse

Mais les policiers, qui semblent agir en dehors de tout contrôle de leur hiérarchie, veulent plus. Un gros pot-de-vin et tout rentrera dans l’ordre. Ce bref résumé du début du film semble un portrait à charge d’un pays en totale déliquescence. Les pauvres, de plus en plus pauvres, oublient en se défonçant. Les commerçants ne s’en sortent qu’en participant au trafic. Quant à la police, elle s’engraisse odieusement sur cet état de fait, préférant rançonner les dealers que de les emprisonner et les juger. Pas sûr que l’office du tourisme des Philippines apprécie.

Heureusement il y a beaucoup plus dans ce film à ne pas prendre au premier degré. Car derrière cette noirceur, il existe des solidarités réelles. Les enfants vont tout faire pour récolter la somme demandée. Solliciter les parents éloignés, payer de leur personne, vendre leurs biens les plus précieux. Cette course contre la montre donne un rythme et une force indéniables au film. Il paraît que les Philippines changent. Espérons que ce formidable esprit d’entraide et de solidarité n’en pâtisse pas trop. 

10/11/2016

Cinéma : L’insécurité sévit aussi en Iran selon "Le client", film primé à Cannes

 

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LE CLIENT. Sélectionné à Cannes et doublement primé, en course pour les Oscars, le nouveau film d’Asghar Farhadi raconte la vie quotidienne en Iran, entre problème de logement et insécurité.

 

 

Prix du scénario et prix d’interprétation masculine à Shahab Hosseini, Asghar Farhadi, une nouvelle fois, n’aura pas fait le voyage pour rien au dernier festival de Cannes. Déjà primé à Cannes pour « Le Passé » en 2013, il avait connu la consécration internationale en 2011 avec «Une séparation », Ours d’or à Berlin et Oscar du film étranger. En grand habitué des festival, il a pourtant tourné « Le client » en raison du blocage temporaire de son grand projet espagnol avec Penelope Cruz et Javier Bardem. Mais visiblement ce retour au pays («Le Passé» avait été tourné en France) l’inspire. Il filme la ville de Téhéran avec une grande acuité. Une ville tentaculaire, en pleine mutation.

C’est d’ailleurs le point de départ de l’histoire. Un matin, tous les habitants d’un immeubles doivent évacuer la bâtisse. Des travaux dans la rue ont fragilisé les fondations, les murs se fissurent, les vitres éclatent. Emad (Shahab Hosseini) et Rana (Taraneh Alidoosti), jeune couple, doivent eux aussi trouver un autre logement. Ils sont hébergés par des amis puis une connaissance d’Emad, professeur qui fait également du théâtre, lui propose un appartement dans un ensemble moderne. Seul problème, une pièce est toujours occupé par les affaires de l’ancienne locataire. Un soir, quelqu’un pénètre dans l’appartement et agresse Rana.

■ Réalité iranienne

Au ton intimiste et réaliste, ce film donne une vision bien différente de l’Iran trop souvent fantasmé par l’Occident. Les gens y vivent, s’aiment et parfois souffrent exactement pour les mêmes raisons que chez nous. Il y a certes quelques notes diffé- rentes comme cette énième réunion avec les autorités pour « couper » certains passage de la pièce que la troupe d’Emad joue. Un classique contemporain pourtant, « Mort d’un commis voyageur » d’Arthur Miller. Quand Emad découvre l’agression de sa femme, il n’a qu’une idée en tête : se venger. Trouver le coupable et faire justice.

La piste va le conduire vers l’ancienne locataire et les clients qu’elle recevait chez elle. Une partie enquête policière oppressante, en parallèle au retour à la maison de Rana, terrorisée, incapable de rester seule dans ces murs. Mais il semble si difficile de se loger à Téhéran.

Asghar Farhadi, avec un recul étonnant, montre des faits sans jamais juger. Il laisse ce luxe à ses interprètes. Si Shahab Hosseini est impressionnant de détermination, la composition de Taraneh Alidoosti est éblouissante. Et on découvre que la prétendue violence de la société iranienne ne semble pas s’appliquer à tout le monde. A moins que le pardon soit une valeur sacrée partagée par toutes les religions. On sort cependant du film avec un certain malaise. Comme si l’agression était excusable, presque normale. On veut bien tenter de comprendre une mentalité différente, mais dans ce cas, jamais on ne pourra se mettre à la place d’une femme iranienne.

18/10/2016

Cinéma : La toubib et « La fille inconnue »

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Parfois, on se demande vraiment si le jury du festival de Cannes a bien vu les mêmes films que ceux qui depuis quelques semaines sont à l'affiche dans les salles. Rien pour « Toni Erdmann », rien pour les acteurs de « Juste la fin du monde », rien pour « Aquarius ». Trois excellents films comme on en voit rarement. Et un quatrième grand oublié sort ce mercredi avec « La fille inconnue » des frères Dardenne. Ils auraient largement mérité une quatrième palme. Et Adèle Haenel un premier prix d'interprétation. Mais comme les trois autres films, à l'arrivée, « La fille inconnue » n'a rien obtenu... Franchement incompréhensible tant ce film d'une tension perpétuelle prend aux tripes.

Jenny Davin (Adèle Haenel), médecin généraliste remplaçante, découvre son métier dans un petit cabinet de Liège en Belgique. Le soir, harassée, quand on sonne au cabinet une heure après la fermeture, elle ne va pas ouvrir. Et interdit à son stagiaire Julien (Olivier Bonnaud) d'y aller.

Le lendemain, des policiers sont devant son cabinet. Ils veulent récupérer les images de la caméra de vidéosurveillance de l'entrée du cabinet. Une jeune femme a été retrouvée morte de l'autre côté de la rue. La tête fracassée sur un bloc de béton au bord du canal. Jenny découvre avec effarement que c'est elle qui a sonné la veille. Sur les images, la fille inconnue est en panique, comme poursuivie. On ne voit pas la cause de sa terreur. Prise d'une culpabilité à rebours, Jenny va tout faire pour que l'inconnue ait une sépulture descente. La police n'a aucun indice. L'enquête piétine. Alors la jeune médecin va interroger tous ses patients pour finalement trouver un embryon de piste. Le film, social, forcément social avec les Dardenne, est pourtant construit comme un thriller. Mensonges, intimidations, Jenny joue un jeu dangereux. Mais c'est le prix à payer pour qu'elle retrouve une dignité et confiance en soi. Le travail de l'actrice principale est remarquable. Elle porte tout le film sur ses interrogations, doutes et envie de vérité. Cassante au début du film (notamment avec son stagiaire), elle s'humanise et découvre le véritable pourquoi de sa vocation.

 

 

 

12/05/2016

Cinéma : faites votre propre festival de Cannes

Si les stars du cinéma sont à Cannes, quelques films présentés en exclusivités sur la croisette sortent dans la foulée. Woody Allen ce mercredi, Jodie Foster jeudi et le Bruno Dumont vendredi.

Jusqu'au 22 mai, la planète cinéma vivra sur le tempo imposé par le festival de Cannes. Des œuvres fortes, des auteurs originaux, des acteurs d'exception... Le tout réservé aux festivaliers. Enfin pas complètement car le Festival de Cannes, chaque année, permet à quelques films de profiter de cette exposition médiatique mondiale pour assurer une promotion à leur sortie française. Et cette année, le public est chanceux car de nombreux films, le jour même de leur présentation sur la Croisette, seront à l'affiche dans les salles.

Le film d'ouverture, hors compétition, sera le premier à ouvrir le bal dès aujourd'hui. "Cafe Society", de Woody Allen, se passe à Hollywood dans les années 30. Un jeune Américain, devenu coursier, tombe amoureux d'une starlette. Amours compliquées dans un milieu où tout est possible. Cette comédie au cours de laquelle Woody Allen retrouve les USA et l'époque bénie de la gloire du cinéma, met en vedette Jesse Eisenberg et Kristen Stewart. Du moins ce sont les têtes d'affiche jeunes et bankables présentées sur les marches. Dans le film, ce sont surtout Steve Carell et Blake Lively qui sont sur le devant.

Demain jeudi, nouvelle sortie décalée dans les cinémas de la région avec Monster Money, nouveau film de la très francophile Jodie Foster. Celle qui a fait ses premiers pas à Cannes dans les années 70, encore adolescente (notamment dans Taxi driver), revient présenter son film, lui aussi hors compétition. Casting de rêve pour ce film avec George Clooney et Julia Roberts. L'histoire d'un présentateur vedette de la télé américaine qui donne des conseils financiers à ses auditeurs. Mais l'un d'entre eux, ruiné, décide de prendre en otage en direct son mauvais conseiller. Le film a des airs de réquisitoire contre les médias et la finance. A découvrir dès demain.

Drôles de flics

Vendredi, place à Ma Loute" de Bruno Dumont. Premier film en compétition qui sort le jour même de sa présentation au jury présidé par George Miller (lire ci-contre). Cannes synonyme de prise de tête ? Pas toujours puisque dimanche c'est "The Nice Gys" qui sera dévoilé et programmé dans la foulée dans les cinémas de la région.

Le film de Shane Black est une comédie qui s'annonce désopilante avec deux monstres du cinéma américain en contre-emploi : Ryan Gosling et Russel Crowe. Ils interprètent des détectives privés calamiteux chargés d'enquêter sur le prétendu suicide d'une starlette. Humour à tous les niveaux avec côté féminin la sublime Kim Basinger et la non moins charmante Margaret Qualley, vue dans Palo Alto et fille d'Andy McDowell.

Enfin mardi soir, sortie du nouveau Pedro Almodovar, "Julieta", également en compétition au festival. Mais nous en reparlerons la semaine prochaine...

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"Ma Loute", un Bruno Dumont burlesque

Certains réalisateurs, une fois primés à Cannes, reviennent régulièrement au festival. Cette année plusieurs habitués sont dans la sélection, de Xavier Dolan aux frères Dardenne en passant par Olivier Assayas et Bruno Dumont. Ce dernier, multiprimé avec La vie de Jésus, L'Humanité ou Flandres, change totalement de genre.

Vendredi "Ma Loute" sera diffusé pour la première fois et immédiatement programmé dans les cinémas de la région. Bruno Dumont, cinéaste du Nord (devenus "Hauts de France"...) plante une nouvelle fois ses caméras sur la côte d'Opale. Il abandonne le drame social pour le burlesque. Une seconde incursion après le feuilleton "Mon p'tit Quinquin" diffusé avec succès sur Arte. Dans les années 1910, il suit quelques extravagants bourgeois interprétés par Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valeria Bruni Tedeschi. Une histoire de passeurs, de belles maisons mais aussi de meurtre et d'enquête policière. Comme dans la série télé, les deux flics, interprétés par des acteurs amateurs, semblent totalement surréalistes. Un duo comique absolu où l'on retrouve toute l'originalité du réalisateur qui aime plus que tout les gueules cassées, sortant du cadre, du moule. C'est aussi le cas de Brandon Lavieville, incroyable interprète du personnage qui donne son nom au film. A ne pas manquer, dès vendredi dans vos salles !

29/04/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : TF1 en mode Ninja

tf1, ninja, warriors, beaugrand, cannes, brogniartLa télévision est parfois plus passionnante par ses coulisses que ses programmes. Prenez TF1, la chaîne la plus regardée en France. Un mastodonte de l'audiovisuel qui, pour la première fois depuis bien longtemps, est déficitaire sur les trois premiers mois de l'année.

Conséquence l'état-major a sonné le branle-bas de combat pour grappiller quelques parts de marché. Car même les valeurs sûres telles que Koh-Lanta (battu fin février par un match de rugby) ou The Voice donnent des signes de faiblesse. Alors il faut prendre des risques. Mais mesurés les risques. Face au buzz continuel autour de Cyril Hanouna et de son émission sur D8, TF1 ressort son atout maître : Arthur. Il lance une émission de distraction avec chroniqueurs autour d'une table, en hebdo dans un premier temps le vendredi soir, puis tous les jours à 17 heures. Nom de code : "5 à 7 avec Arthur". La grande déconnade assurée... entrecoupée d'un maximum de pubs.

Dans le même style, un nouveau programme va être diffusé. Rien de bien original puisqu'il s'agit de l'adaptation de "Ninja Warriors", jeu extrême de franchissement d'obstacles imaginé au Japon et déjà vu sur les chaînes de la TNT, à l'époque où elles achetaient n'importe quoi pour meubler l'antenne.

Retransmis en été mais tourné en une semaine sur le port de Cannes, il sera présenté par Christophe Beaugrand et Denis Brogniart, les Guy Lux et Léon Zitrone des temps modernes, avec Sandrine Quétier dans le costume de Simone Garnier. Que d'audace, la concurrence tremble.