15/03/2017

De choses et d'autres : France 2, télé frileuse


Ça ne rigole plus sur France 2. Plus du tout même pour Mathieu Madénian et Thomas VDB. Les deux compères, présents depuis octobre dans la défunte émission de fin d’après-midi AcTualiTy, devaient continuer leur programme court tous les soirs après le journal télévisé. Une exposition maximale pour une pastille humoristique très appréciée sur internet. Et puis patatras. Au dernier moment, la direction décide de les déprogrammer. Et quand je dis au dernier moment, c’est véritablement dans l’urgence car la décision a été prise deux heures avant la première diffusion, directement par Delphine Ernotte, la présidente de France Télé- vision.
Les deux copains ne se démontent pas et publient un sketch sur Twitter, dans l’esprit de ce qu’ils font habituellement. Ils s’y étonnent que l’argument principal de leur éviction serait que la direction ignorait qu’ils parlent politique et qu’en cette période de campagne électorale, mieux vaut ne pas prendre le risque de se fâcher avec un candidat. Surtout celui ou celle qui pourrait dans six semaines se retrouver à l’Elysée, serais-je tenté d’ajouter.
À se poser des questions sur le management de la chaîne. Car la politique, Madénian et Thomas VDB l’abordent deux fois sur trois dans les 120 messages déjà diffusés à l’antenne, sans le moindre problème jusqu’à présent. Réponse sèche sur Twitter de la PDG (même si elle est agrémentée d’un smiley clin d’œil) : « Je vous dois la vérité : vous ne me faites pas rire... » Peut-être préfère-t-elle Jean Roucas et le Bébête Show ? 

07/03/2017

De choses et d'autres : Peinture politique


L’affaire prête à rire tant elle est anecdotique face aux véritables scandales de cette campagne présidentielle. Pourtant elle est symptomatique d’une certaine ambiance, d’un bruit de fond lancinant sur une défiance généralisée envers les politiques, tous les politiques.
A Paris, dans le 8e arrondissement, la mairie organise dans ses locaux un salon des artistes. Parmi les nombreuses toiles présentées, un portrait signé Marie Dague. Celui d’un jeune homme de face, petite mèche, yeux bleus et nez aquilin. Plusieurs visiteurs reconnaissent Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! L’artiste proteste. Ce visage est issu de son imagination. Il y a certes un petit air de ressemblance mais rien de flagrant. Cela devient plus croquignolesque quand une adjointe à la maire Les Républicains décide de faire du zèle et ordonne qu’on retire le tableau des cimaises, comme s’il s’agissait d’un vulgaire affichage sauvage ou de pub subliminale. Les antagonismes sont tels en ce moment que même un portrait présentant un vague air de déjà-vu avec un candidat (pas de son camp, cela va de soi), pousse de zélés censeurs à s’arroger le droit de décrocher, ne pas montrer, de cacher, une œuvre d’art. 
Oui on en est là... aujourd’hui, en 2017 en France. Et il reste encore sept semaines de campagne avant le premier tour. 50 jours de coups fourrés, peaux de bananes et autres boules puantes certainement conservées en réserve par certains. Sans compter les bourdes et dérapages des candidats eux-mêmes. 

06/01/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : L'amour gagne toujours

L'intrigue de Roméo et Juliette a encore de beaux jours devant elle. Indémodable. Depuis toujours et pour longtemps encore, l'amour s'affranchit des races, clans, religions et autres différences.

Dernier exemple en date en Israël. A la nuance près qu'il ne s'agit pas d'un véritable amour mais d'une simple histoire, un roman. Dans le rôle de l'empêcheur de roucouler en paix on trouve le ministère de l'éducation. Le roman, intitulé Borderlife en anglais, vient d'être exclu du programme de littérature des lycéens israéliens. En cause les sentiments partagés entre Liat, une traductrice israélienne et Hilmi, un artiste palestinien. Ils tombent amoureux à New York. Une love story banale jusqu'au moment où ils doivent rentrer à Tel-Aviv et Ramallah, en Cisjordanie occupée. Selon la presse israélienne "la peur de l'assimilation entre juifs et Palestiniens" aurait poussé les responsables éducatifs à prendre cette décision.

Paradoxe car tout le monde souhaite la paix dans cette région du monde et l'amour a toujours été le meilleur vecteur de la bonne entente entre les peuples. Même en plein apartheid sud-africain, toute la propagande gouvernementale ne parvenait pas d'empêcher (en cachette bien sûr) la formation de couples "dominos".

En occultant le roman des programmes scolaires, les technocrates ont tout faux. Car si les romans parviennent parfois à édulcorer la vie, ils reflètent surtout la réalité. Et des histoires d'amour entre une Liat et un Hilmi, il y en a tous les jours de nouvelles. Ainsi va la vie.

17/04/2015

Cinéma : Téhéran, ses rues, sa censure

 

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Le réalisateur Jafar Panahi, plante clandestinement ses caméras dans son taxi. Dans « Taxi Téhéran », il filme le quotidien d'un pays où la censure est omniprésente.

Si aller au cinéma et réaliser des films est une évidence dans la majorité des pays, il n’en est rien dans certaines dictatures. L’Iran et son régime religieux strict imposent une censure intransigeante aux créateurs locaux. Leur talent est bridé. Mais paradoxalement, cette chape de plomb leur donne encore plus de raisons de faire des œuvres engagées en faveur de la liberté d’expression et de la défense des droits de l’Homme.

Parfait exemple avec Jafar Panahi. Condamné en 2011 à la prison, il lui est interdit de pratiquer son métier et de quitter le pays. Il est donc contraint de monter des projets clandestins, avec peu de moyens, sans avoir la moindre certitude qu’ils parviendront à leur fin.

Dans un taxi, il constate que la parole se libère. Quand plusieurs passagers utilisent la même voiture, ils communiquent, osent se dévoiler. Le réalisateur décide donc de poser des caméras miniatures dans un taxi et de filmer une journée de maraude dans les rues de la capitale. Il se met au volant car il doit tout gérer seul pour rester discret. Cela fait parfois l’impression d’un film à sketches. Il y a tout d’abord la confrontation entre une institutrice et un voleur à la tire, la première appelant à plus de libertés et de tolérance alors que le second, au contraire, couperait quelques têtes s’il était au pouvoir, pour décourager les voyous. Panahi accueille aussi un homme accidenté et sa femme en pleurs pour les conduire à l’hôpital. On revient au cinéma avec le client suivant, un nain transportant dans un immense sac des dizaines de DVD piratés. Des films occidentaux interdits en Iran. Un client, qui reconnaît le réalisateur au volant du taxi, lui demande conseil. Réponse de Panahi « Tout film mérite d’être regardé ».

 

L’avocate aux roses rouge sang

La fin du film, récompensé de l’Ours d’or au dernier festival de Berlin, est plus politique. Notamment quand le taxi charge une femme avec un bouquet de roses rouge sang. Il s’agit de l’avocate Nasrin Sotoudeh dans son propre rôle. Elle a été rayée du barreau mais continue à défendre les prisonniers politiques. Elle a en commun avec le réalisateur de bien connaître les geôles du régime. Nasrin quitte la voiture en demandant à Panahi de ne pas diffuser ses propos au risque de leur attirer de nouveaux ennuis.

De toute manière, Panahi ne se fait pas d’illusion, jamais ses films ne seront « diffusables » en Iran. Sous ce qualificatif se cache toute une panoplie de règles pour formater les longs-métrages. Une censure absolue qui ne veut pas dire son nom mais que le spectateur découvre à travers le personnage de la jeune nièce de Panahi. Elle doit réaliser un court-métrage pour son école mais constate qu’il est quasiment impossible de filmer le réel car il est toujours très éloigné du politiquement correct iranien. Voilà la triste réalité du cinéma iranien aujourd’hui : engoncé dans un carcan empêchant toute création et originalité. Heureusement quelques brûlots parviennent à quitter le pays comme ce « Taxi Téhéran » de Panahi.

07:56 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : panahi, taxi, téhéran, censure, berlin

04/04/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Prudence dans le métro

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Le respect strict de la laïcité a parfois bon dos. Dernier exemple en date la censure de l'affiche d'un concert du groupe « Les Prêtres » en juin à l'Olympia. Un récital dont les bénéfices serviront à venir « en aide aux Chrétiens d'Orient ». Une mention de trop pour la régie publicitaire des transports parisiens qui a exigé que ce bandeau soit retiré des affiches. Motif invoqué : Elle ne souhaite pas « prendre parti dans un conflit de quelque nature que ce soit ». Donc, la RATP refuse de choisir entre le groupe État islamique (ces terroristes qui eux font de la propagande en diffusant des décapitations d'otages) et leurs victimes innocentes, exterminées malgré l'intervention de la coalition menée par les USA à laquelle la France participe activement. La RATP, contrairement à l'immense majorité des états, l'ONU et même la Ligue arabe, considère qu'il n'est pas possible d'apporter son soutien aux victimes de ce qui a tout l'air d'un génocide. Une prudence pour le moins malvenue car il ne s'agit pas de faire l'apologie du Christianisme mais juste de promouvoir une manifestation culturelle pour aider des groupes de personnes persécutées. Cette façon de s'abriter derrière un principe de neutralité, de non ingérence, fait furieusement penser à ceux qui, il y a un peu plus de 70 ans, trouvaient normal de ne pas s'immiscer dans la politique allemande de déportation de millions de Juifs vers les camps de la mort. C'était leur problème, pas le nôtre... Les historiens ont jugé. Mais sur le cas précis des Chrétiens d'Orient, la RATP ne risque pas de passer à la postérité.  

30/01/2014

BD : regretté temps du politiquement très incorrect de Reiser et du Hara Kiri de Cavanna et Choron

Notre bonne société n'a pas toujours été policée et aseptisée. Dans les années 60, 70 et 80, l'humour n'avait pas de limites. Exemples avec ces deux beaux livres sur la revue Hara Kiri et l'un de ses piliers, Reiser.

 

reiser, hara kiri, humour, sexe, politique, censureSi le samedi soir vous vous gondolez en découvrant les faux reportages du Groland sur Canal+, sachez qu'ils n'ont rien inventé. Ce sont les dignes héritiers des « horribles » de Hara Kiri. Le journal « bête et méchant », dans une époque où la censure veillait encore sur le contenu des journaux, a brisé un nombre considérable de tabous. Car la meilleure façon de combattre le racisme, la violence faite aux femmes ou l'extrémisme religieux (voire la religion tout court...) reste et restera toujours d'en rire.

Cette époque bénie du temps du politiquement incorrect vous pouvez en revivre la substantifique moelle dans un ouvrage luxueux de 330 pages paru cette semaine chez Glénat. Une petite préface de Cavanna (le grand créateur avec Choron) pour contextualiser le tout et place aux dessins. Fred, Gébé, Chaval, Topor, Wolinski.

La ligne éditoriale oscille entre provocation gratuite et poésie absurde. Les journaux sont vendus presque à la sauvette. Au début des années 60, le Gaullisme impose une chape de plomb sur l'information. Heureusement les mœurs évoluent, Hara Kiri est à la pointe. L'arrivée de Reiser ou de Cabu donnent un coup de fouet aux dessins d'humour, caustiques, acides. Ensuite cela va aller crescendo dans la provocation. Willem, Kamagurka vont apporter une vision étrangère.

A côté des fausses pubs regorgeant de femmes nues, le dessin d'humour va un peu perdre de son importance. Mais c'est quand même dans ces croquis ou histoires courtes que l'on retrouve toute la méchanceté du titre.

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Reiser, le meilleur

On y retrouve bien sûr quantité de dessins de Reiser. Il signe la couverture de ce beau livre sur Hara Kiri mais aussi celle ce celui qui lui est entièrement consacré. Cela fait 30 ans que l'inventeur du Gros dégueulasse a lâché la rampe. Un foutu cancer. Il a dessiné durant plus de 20 ans. Et comme il produisait énormément, Jean-Marc Parisis, son biographe, a dû beaucoup éliminer pour ne garder que le plus parlant de l'œuvre si diversifiée d'un génie : du Reiser visionnaire et écologiste avant l'heure (il vénérait le Soleil et son énergie) au Reiser fou des femmes, sachant si bien rendre toute leur beauté, en un trait rond et simple, à des fesses plus vraies que nature. Anarchiste avant tout, il aimait la vie. On découvre aussi le Reiser intime et torturé dans des croquis jamais publiés, bribes d'idées, symptômes dépressifs d'un homme inquiet. Et puis comme c'est un beau livre, au format généreux et à la réalisation soignée, ne manquez pas les pages en couleurs. Il posait sa peinture comme il dessinait : rageusement. Des aquarelles d'une rare beauté, même si ce sont deux chiens qui forniquent...

Aujourd'hui Hara Kiri n'existe plus et Reiser est mort, comme si notre envie de transgression avait disparue. L'époque est tiède. Alors en vieux combattants de l'immonde, savourons ce que les artistes et humoristes contemporains ne peuvent même plus imaginer réaliser !

Michel Litout

« La gloire de Hara Kiri », collectif, Glénat, 35 €

 

« Reiser », Glénat, 45,50 €

 

12/11/2013

NET ET SANS BAVURE : Prude pomme qui censure les BD trop chaudes...

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Les grands groupes américains de l'internet sont prudes. Facebook désactive votre compte à la vue du moindre téton, même s'il est tiré d'une œuvre d'art connue et reconnue.

Apple n'est pas en reste sur sa plateforme de vente en ligne. Iznéo, leader de la commercialisation des BD franco-belges sur le marché numérique, pense faire le bon choix en signant un contrat avec Apple. Mais les Américains trouvent quantité de planches un peu trop explicites. Aux USA, la barrière entre érotisme et pornographie est vite franchie. Résultat, Iznéo doit retirer pas moins de 1 500 BD sur les 4 000 titres du catalogue. Avec quelques best-sellers incontournables et parfaitement tout public comme XIII, Largo Winch et même Blake et Mortimer... La pomme sur les iPad ressemble de plus en plus à celle du Paradis, croquée par une Eve responsable de tous les malheurs de l'Humanité.

Ces problèmes de censure sont peut-être la raison cachée de la sortie le 15 novembre prochain de deux versions différentes du tome 9 de la série "Murena" chez Dargaud. L'édition de base, tirée à 100 000 exemplaires, est expurgée d'une scène torride entre un homme et deux femmes. Deux planches que l'on retrouve dans la version "complète", imprimée elle à 7 000 exemplaires sous une autre couverture. Cette modification (pour ne pas parler de censure) en accord avec les auteurs Jean Dufaux et Philippe Delaby, permettra de commercialiser la BD chez Apple. Quant à la version "hot", nul doute qu'elle deviendra rapidement un collector très recherché par les passionnés.

Chronique "Net et sans bavure" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant.


08/04/2013

Chronique : Sites sensibles et censure d'Etat

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Google et Wikipédia, deux mastodontes du net, ne peuvent pas faire n'importe quoi. Dans certains pays, les administrations se montrent plus que réfractaires au partage des informations. L'Inde voit d'un très mauvais œil Google Maps se lancer dans la cartographie précise du sous-continent alors qu'en France, ce sont les services secrets, la DRCI (Direction centrale du Renseignement intérieur) qui obtiennent l'effacement d'une page de l'encyclopédie participative sur une station hertzienne classée secret défense.

Après avoir interdit aux voitures de Google Street de sillonner les villes indiennes, l'Etat dépose plainte contre le géant américain. Pour étoffer son service Google Maps, la multinationale demande aux internautes de publier des informations sur les restaurants, boutiques ou hôpitaux. Illégal décide le gouvernement indien car susceptible de provoquer un risque pour la sécurité du pays : des terroristes pourraient découvrir des informations sur des sites sensibles... 

Même argument pour la DRCI en France contre Wikipédia. La page sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute située dans le Puy-de-Dôme diffuserait des informations militaires classifiées sans autorisation légale. Wikipédia supprime cette entrée. Mais la censure provoque un tel buzz que la page est recréée, traduite... et vue des milliers de fois. En voulant cacher des informations, la DRCI en a involontairement fait la promotion. L'arroseur arrosé...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant.

12:34 Publié dans Humeur, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : drci, wikipédia, censure, inde, google