08/09/2017

DVD et blu-ray : Aurore, splendide guerrière de 50 ans

 

 

Bouffées de chaleur, sautes d’humeur, crises de larmes : le corps d’Aurore (Agnès Jaoui) ne la laisse plus tranquille. Normal, cette mère de famille vient de franchir la cinquantaine et la ménopause vient de lui sauter dessus comme un obsédé sexuel sur un calendrier hot de Clara Morgane.
Un film sur la ménopause ? Les mauvaises langues vont immédiatement penser qu’il y a plus sexy à proposer au public. Tristes sires qui veulent se conformer à l’image trop souvent véhiculée dans l’imaginaire des hommes. Des femmes aussi. Car ce qui ressort après la vision de ce film de Blandine Lenoir d’une rare beauté et très engagé, c’est la beauté, la grâce et la force de cette femme que la vie n’a pas épargné. Oui on peut avoir 50 et rayonner de beauté et de volonté.


Pourtant Aurore doit encaisser quelques coups du sort. Comme le rachat du restaurant où elle est serveuse par un bobo branché qui dé- cide de la rebaptiser Samantha. Elle préfère démissionner et se retrouve au chômage à suivre des stages aussi inutiles que les conseillers de Pôle Emploi. Heureusement elle a ses deux filles. Mais l’une va bientôt accoucher et la seconde quitte le nid familial pour rejoindre un DJ dont elle est raide amoureuse. Et pour compliquer le tout, elle tombe par hasard sur un ancien amour d’enfance, son premier, celui qui hante encore ses nuits.
Agnès Jaoui, qui a collaboré au scénario, signe une performance en tous points parfaites. Elle porte avec fierté et bravade son âge et ses rondeurs. Elle est tout simplement merveilleuse.
➤ «Aurore», Diaphana Vidéo, 19,99 €

 

14/06/2017

DVD et blu-ray : L’Amérique du porte à porte

 


Comme dans tout film américain indépendant qui se respecte ces trois dernières années, il y a une référence à Donald Trump dans « American Honey », plongée grâce à la caméra mobile et virevoltante d'Andrea Arnold dans une jeunesse qui tente de survivre avec de petits boulots. Présenté à Cannes l’an dernier, il sort en vidéo alors que le milliardaire est entre temps arrivé au pouvoir.
Star (Sasha Lane) croise Jake (Shia LaBeouf) sur le parking d’un supermarché et trouve que ses habits ressemblent à ceux de maître du monde aux cheveux peroxydés. Par contre, le reste est très éloigné : longue tresse, percings aux sourcils,tatouages apparents.Pourtant Jake n’a qu’un but dans la vie, comme Trump, « faire de l’argent ». Il est vendeur de magazines, fait du porte à porte avec sa bande de démarcheurs tous plus barjots les uns que les autres, coachés par Crystal (Riley Keough), la patronne qui empoche 80% des ventes en échange du gîte, du couvert et du transport.



Ce road trip à travers les USA, des quartiers les plus huppés aux zones infâmes,repaires de fumeurs de crack, ne fait pas dans l’esthétique. Par contre, si vous êtes en manque d’une bouffée de réalisme social sans compromis, vous apprécierez ce long film (2 h 30) mais sans la moindre longueur tant on est immergé dans le quotidien de cette troupe hétéroclite. On apprécie l’attirance de Star pour Jake, les fractures de certaines vendeuses comme Pagan (Arielle Holmes) obsédée par Dark Vador ou QT, ancienne d’un gang du Panama.
Et puis il y a les rencontres. Émouvante avec un camionneur rêvant de bateau, décalée avec les trois cowboys qui ne savent plus quoi faire de leur fric ou si triste avec ces trois enfants laissés à l’abandon par une mère défoncée à la meth. Une Amérique sans masque ni maquillage,personnifiée par une majorité d’acteurs amateurs qui ont certainement connu les mêmes galères avant de se retrouver devant la caméra d’Andrea Arnold.
➤ « Américan Honey », Diaphana, 19,99 €

19/04/2017

DVD et blu-ray : Papa veuf et filles agitées


Cigarettes et chocolat chaud. Émouvant premier film de Sophie Reine.


Dans la famille Patar, je veux le père. Les filles aussi. « Cigarettes et chocolat chaud » de Sophie Reine raconte les déboires de ce trio fusionnel, sorte de famille clown perdue dans un monde trop pragmatique. Comme toujours chez les clowns, il y a celui qui est triste. C’est Denis, le père (Gustave Kervern). Il y a trois ans, sa femme, la mère de ses deux filles, est morte. Depuis il tente de survivre et de donner le meilleur à ses enfants, une adolescente, Janine (Héloïse Dugas) et Mercredi (Fanie Zanini). Dans la maison, joyeux bordel mal rangé mais au charme indéniable, il est un papa très cool. Le samedi c’est pique-nique au supermarché, en semaine, si les filles ont encore envie de dormir, pas de problème, il les laisse se reposer et quand la petite montre trop d’agressivité, il l’inscrit à des cours de... catch. Lui cumule deux boulots pour rembourser les dettes, notamment l’enterrement de son amour de toujours.


■ Kervern et Cottin, opposés qui s’attirent
En journée il est caissier dans une grande jardinerie, la nuit, officiellement pour ses filles il est vétérinaire de garde, en réalité caissier dans un sex-shop. Consé- quence il n’est pas toujours là pour récupérer les enfants à la sortie de l’école. Malgré la gentillesse des policiers, habitués aux retards de Denis et charmés par l’espiègle Mercredi, ils sont obligés de faire un signalement. Et là, c’est le drame !
De comédie déjantée, le premier film de Sophie Reine, inspiré de sa propre famille, bascule dans le drame. Mais pas trop. Une assistante sociale se rend chez les Patar. Séverine (Camille Cottin), guindée, rigide, à cheval sur les principes, cache son horreur face à un tel délire. Denis est mis à l’amende. Il devra suivre un stage pour lui inculquer les bon principes qui font les bons parents. C’est bien un drame pour la famille car les deux filles risquent d’être confiées à une famille d’accueil. Et si ça se trouve même pas la même fait remarquer Robert (Thomas Guy), meilleur ami de Janine et par ailleurs un peu amoureux d’elle. Le challenge est rude pour Denis, un « insoumis » de la première heure, qui a rencontré sa future épouse dans les années 80, en manifestant contre la réforme Devaquet.


Mais Séverine, derrière ses airs de vieille fille coincée se laisse séduire. D’abord par les filles. Puis par Denis. Un « feel good movie », selon l’expression à la vogue, a cependant ce petit plus qui en fait surtout une ode à la différence, avec beaucoup de tendresse, de réels moments d’émotion et de la poésie trop rare dans nos vies formatées.
Gustave Kervern, en gros maladroit dépassé, est génial. Il sait faire rire mais aussi toucher la corde sensible des parents. Camille Cottin, à mille lieues de son rôle de « Conasse », se révèle excellente actrice, jouant avec subtilité la modification de sa vision première de cette famille hors normes.
Dans les bonus, un making of permet de mieux comprendre la démarche et le parcours de la réalisatrice, monteuse qui a franchi le pas et a tenté de mettre son univers si personnel sur pellicule. On a même droit à son premier court-métrage, les prémices des aventures de la famille Patar.
 « Cigarettes et chocolat chaud », Diaphana, 17,99 € le blu-ray, 14,99 € le DVD

01/03/2017

DVD et blu-ray : comment dire l'inacceptable ?


De « Juste la fin du monde » de Xavier Dolan, on retiendra une ambiance moite et trouble dans une famille à fleur de peau. Le fils prodige, Louis (Gaspard Ulliel, césar du meilleur acteur la semaine dernière) revient au pays après avoir connu la célébrité. Il y retrouve sa mère (Nathalie Baye), son frère aîné (Vincent Cassel), sa jeune sœur (Léa Seydoux) et sa belle-sœur (Marion Cotillard). Retrouvailles explosives pour un week-end. Ils ont tous beaucoup à se dire. Beaucoup à se reprocher aussi. Cris, pleurs, rires… La vie. Pourtant si Louis est revenu c’est pour leur annoncer l’inacceptable : il est malade, condamné. Dans quelques semaines il sait qu’il sera mort. Formidable adaptation d’une pièce de théâtre, « Juste la fin du monde » en DVD c’est la possibilité de revoir les performances des acteurs, notamment de Gaspard Ulliel, un peu négligée lors de la sortie du film, mais qui est essentielle pour l’équilibre de l’ensemble. Un grand moment. Mais c’est devenu une habitude avec les films du jeune Canadien surdoué qu’est Xavier Dolan.
➤ « Juste la fin du monde », Diaphana, 19,99 €

13/01/2017

DVD : Le blues des soldats après les batailles

 

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Engagez-vous, vous verrez du pays » vantaient de vieilles publicités pour l’armée fran- çaise. Ce fameux « Voir du pays » est au centre du film de Delphine et Muriel Coulin. Pourtant, les militaires français dont l’histoire est racontée n’en ont pas beaucoup vu de la région où ils ont combattu. Depuis une base reculée en Afghanistan, ils ne verront que quelques montagnes enneigées, des villages déserts... À la fin de leur séjour de six mois, ils connaîtront mieux Chypre, île où se déroule le film.

Avant de revenir dans leur famille, les militaires passent par un « sas » de trois jours dans un hôtel 5 étoiles. Pour se réhabituer à la vie simple et insouciante. Les réalisatrices suivent deux jeunes femmes, engagées et combattantes. Aurore (Ariane Labed) et Marine (Soko) sont amies depuis l’enfance. La première est heureuse de quitter le champ de bataille. D’autant qu’elle a été prise dans une embuscade, a été blessée et a vu mourir trois de ses camarades. L’autre, taciturne, perpétuellement énervée, à fleur de peau, redoute ce sas. Car en plus de la détente (sorties touristiques, plage et boîtes de nuit), les gradés procèdent à un débriefing et une évaluation psychologique. Les militaires du rang doivent notamment raconter et revivre, en réalité virtuelle, leurs traumatismes. Ce sera très dur pour Aurore. Encore plus pour Marine qui n’est pas allée l’aider, la défendre, sous le feu ennemi.

Les actrices, dans deux caractères opposés, sont particulièrement crédibles. Des rôles physiques, éprouvants, mais qui n’occultent pas le côté humain. Un film à montrer à tous les jeunes tentés par un engagement dans l’armée française.

➤ « Voir du pays », Diaphana Vidéo, 19,99 € le DVD

 

05/01/2017

DVD et blu-ray : « Divines » ces filles de la banlieue

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Coup de cœur de nombreux festivaliers lors de la dernière édition de Cannes, « Divines » de Houda Benyamina a finalement remporté la Caméra d’or. Le film a des airs de documentaire. Pourtant ce sont bien des actrices professionnelles qui portent cette histoire forte et prenante. Dounia (Oulaya Amamra) est surnommée la Bâtarde. Sa mère, vivant dans un camp de roms, multiplie les aventures. L’adolescente de 16 ans, pour survivre à cette réalité, se forge une carapace. Dure, méchante, intransigeante, elle est le plus souvent habillée comme un garçon, tête cachée par une capuche.

■ Gentille Maimouna

Sa meilleure amie, Maimouna, (Déborah Lukumuena) cache elle aussi ses cheveux. Mais pas pour la même raison. Cette grande et forte noire, à la candeur touchante, fille d’imam, va régulièrement à la mosquée vê- tue de la burqa. Mais au lycée, en situation d’échec comme 80 % de ses camarades, elle se dévergonde, notamment au contact de Dounia, obsédée par l’envie de gagner de l’argent. Beaucoup d’argent, le signe de réussite ultime dans les quartiers. Ce ne sera pas avec son BEP d’hôtesse d’accueil qu’elle pourra se payer des vacances à Phuket. Alors elle regarde autour d’elle et constate que certains s’en sortent plutôt pas mal. Comme Rebecca (Jisca Kalvanda), plus grosse dealeuse de la région. Au culot, avec le renfort de Maimouna, elle propose ses services à cette femme tigresse, collectionnant les amants « bogosse » aux abdos de fer comme d’autres les pin-up aux lèvres refaites. Le film raconte dans le détail cette plongée dans la délinquance, l’argent facile et les risques inhérents. Dounia prendra beaucoup de coups dans l’aventure, mais ne déviera jamais de son but. Même l’amour (Dounia tombe sous le charme d’un jeune danseur) ne parvient pas à la remettre sur le « droit » chemin. Les bonus du DVD, en plus de quelques scènes coupées dont une longue balade amoureuse dans un supermarché vide, donnent beaucoup la parole à la réalisatrice qui explique sa démarche. 

➤ « Divines », Diaphana vidéo, 19,99 €

 

17/11/2016

DVD : Vacances partagées et agitées en "Juillet Août"

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Les familles recomposées sont une nouvelle fois au centre d’une comédie française. Comme si le divorce était devenu une étape obligée dans la vie d’un couple.

 

 

Diastème s’empare du sujet pour le transformer en une tranche de vie tendre et émouvante portée par des acteurs en état de grâce. Elles sont deux sœurs. Inséparables, mais à cette période de la vie où on a plus l’occasion de se crier dessus que de partager ses bonheurs. Joséphine (Alma Jodorowsky) a 18 ans, est sérieuse tout en étant bien décidée de profiter de ces dernières vacances d’été avant sa rentrée en fac de Lettres. Laura, 14 ans, aimerait en avoir quatre de plus. Gamine qui se veut femme, elle rejette en bloc cette enfance qu’elle ne supporte plus. Comme chaque année depuis la séparation de leurs parents, c’est juillet en Provence et août en Bretagne. Juillet avec la mère (Pascale Arbillot) et août en compagnie du père (Thierry Godard).

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Côté relation familiales, le film est en deux parties distinctes. Farniente au soleil du sud, au bord d’une grande piscine et villa de rêve dans un premier temps. Puis cours de voile sous la pluie et le vent quand le temps est venu d’aller en Bretagne. Dans le Sud, les filles sont libres. Très libres. Joséphine rencontre sur les quais trois jeunes vivant sur un bateau. Ils sont cools, mais pas si honnêtes que cela. Ce sera le fil rouge un peu « policier » qui permettra de faire le lien entre le Sud et l’ouest.

■ Petite musique

A côté ce sont les petites choses de la vie qui rythment cette période hors du temps. La menace de se retrouver en pension pour Laura qui multiplie les bêtises, la grossesse non désirée pour la mère, 44 ans, qui a refait sa vie avec un éditeur, beaucoup plus âgé et au bord de la faillite. Pour le père, il est fou amoureux d’une serveuse de restaurant, beaucoup trop jeune à son goût. Des moments savoureux et justes, ponctués de petites chansons résumant l’état d’esprit des différents protagonistes.

On relèvera au casting la présence de Lou Chauvain dans le trio des « bandits branquignols », actrice originaire de Perpignan déjà vue dans la série Peplum et plus récemment au générique du télé- film à succès « La main du mal ». Le DVD offre sept scènes coupées commentées par Diastème qui explique, en dé- tail, pourquoi elles n’ont pas été retenues au final dans le montage définitif.

➤ « Juillet Août », Diaphana, 19,99 €