30/11/2016

Fantasy : Arleston à mots gourmets signe "Le souper des maléfices"

MALBOUFFE. Le scénariste de Lanfeust passe au roman de fantasy pour dénoncer nos dérives. Savoureux.

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Même si Zéphyrelle, la jeune espionne de ce roman de fantasy signé Christophe Arleston est mignonne et futée, si son acolyte Fanalpe, cuisinier émérite est un surdoué des sauces, le véritable héros reste la bonne chère. Une ode au bien manger qui dénonce la nourriture industrielle et les tentatives de modification des ingrédients de bas.

A coup de manipulations transgéniques dans la vraie vie, de magie dans le cas du « Souper des maléfices ». Slarance, ville commerçante prospère, est frappée par une double épidémie. Les habitants meurent dans d’atroces souffrances et tous les flics du dynarque, le gouverneur de la cité, sont victimes d’accidents. Mortels les accidents. Toujours. Il ne reste donc que la jeune Zéphyrelle, experte en déguisements mais pas du tout expérimentée. Pourtant, elle va découvrir qu’une mystérieuse compagnie céréalière a inondé le marché d’une étrange farine.

Un autre habitant de Slarance se pose aussi des question. Fanalpe, cuisinier chez un duc, ne supporte plus que son pain devienne si peu savoureux. Il se met en quête et constate que l’emprise de la compagnie céréalière va jusqu’à la fourniture de semences aux paysans du cru. Sur cette intrigue, parabole explicite des agissements mondiaux de Monsanto, Christophe Arleston, plus connu pour ses scénarios de Lanfeust et des Trolls (plusieurs millions d’albums de BD vendus à son actif) signe un roman savoureux. Il truffe ses scènes de recettes loufoques qui font saliver.

Zéphyrelle aussi est source de fantasmes car la belle semble l’archétype des héroïnes imaginées par le créateur de Sangre, Cixi et autre Moréa. Un charme qu’elle doit confronter aux deux autres belles du roman, l’insupportable pimbêche Fiollula et Ploutre, aussi effrontée que libertine. De quoi pimenter certaines scènes et recettes du roman.  

➤ « Le souper des maléfices », Christophe Arleston, ActuSF, 19€

 

27/09/2015

BD : De la rural fantasy fromagère

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Wilfrid Lupano, excellent scénariste des « Vieux fourneaux » chez Dargaud, tel un couteau suisse multitâches, peut écrire sur tout et n'importe quoi. Comme des défis qu'il se lancerait, histoire de renouveler des genres manquant cruellement de variétés. Prenez la fantasy. Rien de plus manichéen et finalement peu enchanteur que ces univers de trolls, dragons, mages et autres héros flamboyants. Avec Lupano, la fantasy entre dans une nouvelle ère, celle dite « rurale et fromagère ». Pistolin, paisible berger, vit du commerce de ses pécadous, fromages issus de la fermentation du lait de ses cornebiques. Un berger simple, dans tous les sens du terme. Pas très futé notre paysan. Quand des mercenaires déciment son troupeau (il ne lui reste plus qu'une seule et unique biquette, Myrtille), il fait le serment de se venger et de tuer tous les mages du royaume. Le voilà donc parti en vadrouille pour trouver une solution à son problème. Il rencontre dans son périple une gentille fée, Pompette, adorant la potion magique, surtout si elle est très alcoolisée. Dessinées par Relom (Andy et Gina), ces pérégrinations un peu foutraques sont aussi improbables que réjouissantes. De l'humour extrême servi par un dessinateur réaliste qui s'ignorait.

 

« Traquemage » (tome 1), Delcourt, 14,95 €

 

12/06/2015

Livre : Double dose de fantasy dans « L'héritage des Rois Passeurs »

Deux mondes, deux héroïnes, une ribambelle de Dieux et quelques dragons : le cocktail de « L'héritage des Rois Passeurs » de Manon Fargetton est subtilement dosé.

 

bragelonne, manon fargetton, rois passeurs, fantasyLes amateurs de fantasy, toujours plus nombreux après les succès mondiaux du « Seigneur des Anneaux » puis de « Game of Thrones », peuvent depuis quelques années consommer français. Le genre, bien que marqué par l'inventivité des anglo-saxons, bénéficie de l'apport d'auteurs francophones de plus en plus talentueux. Manon Fargetton, après quelques romans pour la jeunesse, se lance dans le monde de la fantasy pour adultes. Une première incursion parfaitement maîtrisée, avec des personnages féminins forts et bon nombre d'inventions dans les mondes décrits.

Ravenn est voltigeuse. Cette jeune sauvageonne fait partie d'une horde chargée de chasser le dragon dans les territoires du Sud. Souple et téméraire, c'est elle qui est chargée de donner le coup de grâce aux animaux de légende. Ses compagnons harcèlent la bête. Quand elle est coincée au sol, accaparé par les lances et flèches, Ravenn lui saute dessus, se glisse sous son ventre et l'éventre d'un coup d'un seul.

Enora est comédienne. Exactement elle tente de percer dans ce milieu compliqué. Elle quitte Paris au guidon de sa puissante moto pour rejoindre la maison familiale en province. Elle va y fêter son anniversaire. Avec son frère jumeau.

 

Personnages secondaires prometteurs

Ce roman de Manon Fargetton bénéficie de deux préambules bien distincts. D'un côté notre réalité avec Enora, de l'autre le fantastique et la sauvagerie dans le sillage de Ravenn. Les deux jeunes femmes vont pourtant constater que leur destin est à un tournant. Ravenn va devoir retourner au chevet de sa mère, mourante. Enora va voir toute sa famille se faire massacrer par une bande d'hommes en noir armés d'énormes épées. Passé ces deux événements, le roman bascule dans l'exceptionnel. Ravenn, en réalité, est l'héritière du royaume. Sa mère sur le point de s'éteindre, c'est elle qui va devoir reprendre la charge. Mais ce n'est pas du goût de son père et de la caste des magiciens. Enora, paniquée, se met à creuser dans la pelouse du jardin familial. Et elle découvre un passage vers un autre monde, celui d'Ombre, où Ravenn va peut-être régner.

Loin de se contenter de ces deux personnages forts, l'auteur multiplie les personnages et les intrigues. On retrouve des dieux manipulant les humains, des magiciens ambitieux, des hommes fidèles et des femmes passionnées. Sans dévoiler la fin du roman, on se doute cependant que cette première histoire au cœur du royaume d'Ombre en appellera d'autres. On devrait y retrouver la peintre (et magicienne) Jana, maîtresse de Ravenn, cette jeune reine à la sexualité libre et débridée. On espère aussi recroiser le chemin du jeune Lïam, sauvageon à l'intelligence fine et sans limite. Quant aux dieux, comme ils sont immortels, on ne doute pas que Manon Fargetton les réutilisera dans ses prochaines histoires que l'on souhaite aussi inspirées, passionnantes et abouties que ce premier essai.

 

« L'héritage des Rois Passeurs », Manon Fargetton, Bragelonne, 20 €

 

07/05/2015

DVD : Équarrisseur de sorcières

Adapté du roman “L’épouvanteur”, “Le septième fils” est une mine d'effets spéciaux.

septième fils, jeff bridges, julianne moore, barnes, fantasy, alicia vikander, universalMaître Gregory (Jeff Bridges) est l’épouvanteur. Ce chevalier combat les forces du mal. Essentiellement les sorcières, véritable malédiction de ce monde médiéval très fantasy. Ses armes, en plus du fameux bâton de sorbier, sont de la limaille de fer, un filet d’argent et quantité de sabres, épées et autres haches au fil tranchant. Il n’agit pas seul. En plus de son fidèle Tusk, guerrier troll peu bavard mais très efficace et quasi indestructible, il a toujours un apprenti avec lui. Au début de ce film à grand spectacle, il est interprété par Kit Harrington, vedette montante au rôle marquant dans la saga « Game of Thrones ». Mais les apprentis de Maître Gregory ne durent jamais bien longtemps. Au cours d’un combat avec Mère Malkin (Julianne Moore), reine des sorcières et méchante absolue, il se fait trucider. Maître Gregory se met en quête d’un nouvel apprenti, le septième fils d’un septième fils. Il le trouve au foyer Ward.

Tom (Ben Barnes), paysan chargé de nourrir les porcs, devient donc le second de Gregory. Content de quitter la fange de sa campagne, inquiet car il se doute que cette existence est pleine de dangers. Le début de l’histoire se déroule comme une classique initiation. Il y a un peu du Luke Skywalker dans Tom et du Yoda dans Gregory. Jeff Bridges, vieux routier du cinéma américain, semble très à l’aise dans ce rôle de tueur de sorcières, alcoolique, vénal et ne se faisant plus d’illusions depuis très longtemps. Malgré le poids des ans, il se débrouille dans les scènes d’action et reste crédible dans toutes les situations. Côté féminin, si Julianne Moore en fait parfois des tonnes dans son interprétation de la grande méchante, Alicia Vikander, « gentille » et sensuelle sorcière est plus convaincante. Dommage que son personnage manque un peu de profondeur. Il aurait sans doute fallu rallonger le film d’un bon quart d’heure pour mieux utiliser le potentiel de la jeune actrice suédoise.

Dans le blu-ray (dont une version en 3D), les bonus donnent une petite idée de ces variantes. La fin alternative par exemple est plus positive, moins sombre que la version retenue. On peut également voir près de 30 minutes de scènes coupées ou modifiées, comme si ce film avait à un moment donné changé de direction. Plus classique, le making of notamment sur les effets spéciaux. Un bon divertissement au final, qui offre en plus l’avantage de reformer le couple Bridges/Moore de « The Big Lebowski ». Rien que pour cela, et la scène de la taverne où Gregory se bat avec un gobelet dont pas une goutte ne se renverse, ce « Septième fils » mérite que l’on s’attarde sur lui.

« Le septième fils », Universal, 16,99 euros le DVD, 20 euros le blu-ray.

 

04/12/2013

Livre : tout savoir sur les Orcs, Elfes et autres Nains, héros de la littérature Fantasy

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A quelques jours de la sortie du second opus de l'adaptation au cinéma du Hobbit par Peter Jackson, une petite révision de vos bases de Fantasy s'impose. Chance, le Livre de Poche vient de sortir des fascicules complets, didactiques et passionnants sur trois des races vedettes de ce pan de la littérature de l'imaginaire. Den Patrick, Anglais de bon aloi, se partage entre l'écriture et la lecture. Il a aussi été critique burlesque, éditeur de BD et libraire. Il a surtout beaucoup lu de Fantasy pour en tirer ces trois petits livres (richement illustrés par Andrew James) véritables bréviaires pour fan de fantasy en première année. Sur les Elfes, il développe leur « Art de la guerre ». Gracieux, intelligents, nobles, ce sont les danseuses de ce monde rude et guerrier. Mais ils sont redoutables au combat, courageux et dignes. Les Nains, avares et travailleurs, sont avant tout tenaces. Et il en faut de la ténacité pour survivre dans un monde où la moindre créature fait deux fois votre hauteur.

Enfin avouons un faible pour les Orcs. Brutes épaisses à éviter en toute circonstance, ils n'ont qu'une philosophie : « La voie du saccage ». Prétentieux, bagarreurs, cruels ils ne sont que violence et mort. Amis avec personne, ils ont un dégoût absolu pour les Humains qui « ne sont bons à rien. Il y a quelque chose de pathétique, chez eux, qui les pousse à se rendre quand ils sont encerclés. Les humains n'ont vraiment aucune fierté. » Donc les Orcs pillent régulièrement leurs fermes car « la viande des hommes est savoureuse, assez proche de celle d'un bon cochon. » Présenté comme des études anthropologiques, ces trois bouquins grouillent de clés pour ceux qui sont un peu dépassés dans les rapports compliqués entre les différentes races de cette Fantasy de plus en plus à la mode.

« Les Orcs », « Les Nains » et « Les Elfes », Le Livre de Poche, 10,50 € chaque volume.