25/01/2017

Cinéma : Les Puissants passent à confesse

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Petit film italien, « Les Confessions » de Roberto Ando aborde la problématique du pouvoir des Puissants sur le devenir des peuples. Comment quelques économistes à la tête des ministères des 8 plus grandes puissances mondiales peuvent, dans le calme feutré d’un palace, jeter à la rue toute la population d’un pays ? Sans le dire ouvertement, ce faux thriller fait référence à la Grèce qui, un temps, a failli être éjectée de la zone euro, comme mise au ban des nations pour une faute originelle inacceptable dans ce monde de la finance : voter pour des hommes voulant faire de la politique autrement, contre les influences de l’argent, du capitalisme et de la spéculation.

 

 

En Allemagne, dans ce manoir isolé de tout et de tous, ce sont des hommes et des femmes sans cœur qui mettent les dernières touches à leur pacte pour remettre un peu d’ordre dans leur monde. Sous la houlette de Daniel Roché (Daniel Auteuil), directeur du Fond monétaire international, ils sont presque parvenus à un accord. Deux représentants rechignent encore : l’Italie et le Canada. Pour la première fois, en plus des négociations secrètes, Roché a désiré inviter à ce conclave des représentants de la société civile. Une romancière pour enfant mondialement célèbre, un chanteur de folk tout aussi connu dans le monde entier et... un prêtre italien ayant fait vœu de silence.

Le moine Roberto Salus (Toni Servillo) semble totalement incongru dans cet univers de luxe et de plaisirs. Lors du repas d’arrivée, il refuse les plats car il ne mange pas le soir. Ne dit pas un mot, évidemment, et à la fin des agapes, quand les ministres sirotent un digestif que l’on imagine fort et raffiné, il débarrasse la table, mettant dans l’embarras l’armée de serviteurs déboussolés par cette entorse au protocole. Salus, doux rêveur ou conscience éveillée ? Le spectateur se pose la question au début du film. À la fin aussi tant la mécanique de Roberto Ando est bien huilée.

■ Secret de la confession

Si Roché a invité Salus, c’est pour se confesser. L’homme considéré comme le plus puissant de la planète a-t-il quelque chose à se faire pardonner ? Mystère dans un premier temps. D’autant que le lendemain, Roché est retrouvé mort dans sa chambre, étouffé dans un sac plastique appartenant à Salus. Suicide ? Le moine est mis en examen. Début de l’enquête policière. Et des soupçons multiples et variés. Le refus de répondre aux questions du religieux, sous couvert de secret de la confession, complique sérieusement la donne. La ministre canadienne (Marie-Josée Croze) avait-elle une liaison avec Roché ? La romancière (Connie Nielsen), insomniaque, en sait-elle plus qu’elle ne le prétend ?

Le suspense n’est en réalité qu’un prétexte pour faire réfléchir sur la marche du monde. Et de l’importance de la spiritualité dans cette société ayant élevé l’argent au rang de Dieu planétaire. Le tout magnifié par des images léchées, au cadrage soigné et lumière très travaillée. Sans compter la qualité de tous les acteurs, Toni Servillo en tête. 

27/06/2016

Cinéma : L'argent facile et si rapide

Pascal Bonitzer, dans "Tout de suite maintenant" sous couvert d'un film sur la haute finance, s'intéresse surtout aux remords, regrets et autres motifs de culpabilisation.

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Nora (Agathe Bonitzer) est belle, ambitieuse et brillante. La jeune trentenaire, après deux années dans une banque, intègre une société de conseil financier spécialisée dans les fusions-acquisitions. La grande finance, dans des bureaux impersonnels. Pour son premier jour, elle passe devant les deux grands patrons de la boîte, les fondateurs. Barsac (Lambert Wilson) est le véritable décideur. Prévôt-Parédès (Pascal Greggory) n'est plus l'ombre de l'homme entreprenant de sa jeunesse. Nora, observatrice et calculatrice, se rend rapidement compte que les deux hommes affichent une certaine prudence face à la nouvelle recrue. Entre amitié et méfiance.

Obligée de travailler en binôme avec Xavier (Vincent Lacoste), elle obtient de très bons résultats. Et découvre que son père n'est pas étranger aux rumeurs qui circulent sur son sujet.

Fille de son père

Pascal Bonitzer, loin de centrer son récit sur l'ambition d'une working-girl dans un monde très macho, fait glisser l'intrigue vers les difficultés à échapper à sa famille. Son père Serge (Jean-Pierre Bacri) a fait des études avec les deux patrons. Des trois c'était le plus intelligent, le plus prometteur. Mais Serge a préféré l'enrichissement intellectuel à la bête réussite matérielle. Résultat il vivote dans un vieil appartement alors que Barsac profite d'une villa moderne et spacieuse. Barsac qui est marié à Solveig (Isabelle Huppert), une femme qui elle aussi faisait partie du cercle d'amis de Serge. Nora, dans ce panier de crabes, va tenter de comprendre et de sauver sa peau. Mais quand Serge apprend qu'elle travaille pour Barsac, il la rejette. Et devient encore plus misanthrope. La multiplication des personnages, des intrigues, des histoires d'amour (passées, ratées ou à venir), le réalisateur noie un peu le spectateur sous une profusion d'informations. Tous les personnages, très typés dans leurs différentes catégories, jouent des partitions personnelles. Que cherche Nora exactement en travaillant pour Barsac, Solveig peut-elle encore aimer Serge, Xavier va-t-il choisir entre amour et carrière, pourquoi Prévôt-Parédès est-il obsédé par les banians, des arbres d'Asie, au point de devenir suicidaire ?

Il n'y a pas de véritable morale quand on sort de la salle. Simplement la constatation qu'un banal poème écrit dans sa jeunesse peut avoir des conséquences sur toute sa vie. Et que notre société ne donne plus de temps au temps. L'immédiateté est la règle. 

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Jean-Pierre Bacri : normal et malheureux

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De tous les personnages de "Tout de suite maintenant", Serge interprété par Jean-Pierre Bacri est le seul qui semble avoir conservé beaucoup d'humanité. Sceptique et pessimiste, il a consacré sa vie à des recherches en mathématiques pures. Une petite vie idéale pour cet introverti, amateur de solitude et rechignant à être heureux.

Pourtant il aurait des raisons à profiter de la vie. Notamment grâce à ses deux filles, devenues adultes, belles et si opposées. Nora est bosseuse, sérieuse. Maya (Julia Faure) voudrait être artiste, mais vivote en attendant le succès derrière le bar d'une discothèque à servir des shoots de vodka à des hommes et femmes qui eux ont réussi. Financièrement parlant.

Bacri, parfait dans la peau de cet homme désabusé, se détestant, jamais satisfait, est la pierre angulaire du film. Tout gravite en fait autour de lui. Solveig, son seul amour, Barsac, son rival amoureux, méprisant et triomphal. Pascal Bonitzer, dès le début de l'écriture, voulait Jean-Pierre Bacri dans ce rôle. Comme pour prolonger son précédent film, "Cherchez Hortense". Bacri y interprétait un fils écrasé par son père. Dans "Tout de suite maintenant", il récupère le rôle du père omniprésent. Une occasion en or pour démontrer toute l'étendue de son talent.

08:47 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonitzer, agathe, pascal, argent, finance

04/03/2014

BD : Argent puant dans "Hedge Fund"

 

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Inspiré des souvenirs de Philippe Sabbah, banquier et co-scénariste, la série « Hedge Fund » ne vous réconciliera pas avec le capitalisme s'il vous fait horreur. Sabbah a parfaitement connu ce milieu de traders et hommes d'affaires qui manient les millions comme d'autres des pièces de 1 euro. Avec l'aide de Tristan Roulot il a romancé cette histoire de jeune loup prêt à tout pour s'imposer dans un monde impitoyable. Il fallait un dessinateur réaliste pour cette série. Patrick Hénaff se charge parfaitement de la mission, alternant open space, villas luxueuses et boites de nuit branchées. Franck Carvale, jeune Français, exilé à Hong Kong pour cause de faillite à Paris, vivote en vendant des assurances retraite peu rémunératrice. En rencontrant un certain Bilkaer, il met le pied dans ce système des hedges funds, abomination capitalistique qui rapporte gros aux plus joueurs... et immoraux. Grâce à des explications claires et simples, on a presque l'impression de se retrouver dans la peau de Carvale. Cela peut donner envie à certains. Faire vomir d'autres. Un premier tome épatant qui annonce une suite encore plus palpitante.

 

« Hedge Fund » (tome 1), Le Lombard, 12 €