14/03/2017

Nouvelles : la petite musique de Gaëtan Roussel

 


Il sait écrire court. Normal, depuis des années ses couplets et refrains sont dans toutes les têtes. Gaétan Roussel, seul ou dans son groupe « Louise Attaque », cisèle des histoires du quotidien en moins de quatre minutes, durée standard d’une chanson. Se sentant sans doute un peu à l’étroit, il a laissé sa plume prendre un peu d’ampleur. Pas au point de pondre un roman fleuve, mais d’aligner quelques nouvelles désenchantées sur le thème de l’au revoir. De trois à 15 pages, concises, belles et poétiques, ces historiettes pourraient, pour certaines, être reprises en musique. On retrouve le rythme, la beauté de la formule comme cette fin où le narrateur parle de sa mère, malade « A mon départ, elle m’a dit au revoir en baissant les paupières. Plus tard dans la semaine, à son départ, j’ai su lui dire au revoir en gardant les yeux ouverts. »
➤ « Dire au revoir », Gaëtan Roussel, Flammarion, 15 € (sortie le 15 mars)


30/01/2017

Roman : Maurice Sachs, escroc cultivé

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Écrivain maudit, mort en Allemagne à la fin de la guerre d’une balle dans la nuque tirée par un SS, Maurice Sachs est présenté dans ce livre de correspondances imaginaires comme un « Saint Salopard ».

Barbara Israël ne trouve pas d’excuses à cet escroc de génie, Juif devenu serviteur zélé des nazis, il est capable d’aimer mais aussi de trahir. Il écrit à sa mère, ou à de grands écrivains qu’il a croisés comme Marcel Proust ou Julien Green. A son père, qu’il a très peu connu, il tente de se justifier sur ses errances : « Avec le recul, je sais que nous avions raison d’être dissolus. C’était le lieu même où s’exprimait notre génie. » L’autre facette de Maurice Sachs est son homosexualité. Certains passages sont très crus et mettent en scène des célébrités comme Cocteau ou Marc Allégret. Quant à Gide, il lui explique simplement : « Ma plus grande douleur aurait été de me contraindre, j’avais horreur de souffrir. »

➤ « Saint Salopard » de Barbara Israël, Flammarion, 18 €

 

07/12/2016

Littérature : Une femme libre sous le masque de Mata Hari racontée par Paulo Coelho

Paulo Coelho, en retraçant la trajectoire de « L’espionne » Mata Hari  réhabilite une femme éprise de liberté.

 

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Son malheur : être trop belle. Trop libre aussi. Margaretha Geertruida « Grietje » elle est inconnue du grand public. Par contre, le nom de Mata Hari a traversé les siècles. L’arché- type de l’espionne, séductrice et secrète, a ensorcelé une nouvelle fois un homme. Après les ministres et autres militaires de haut rang, c’est un célèbre écrivain qui vient de tomber sous sa coupe. Et pas des moindres puisque Paulo Coelho, l’illustre auteur de «L’alchimiste», signe un très beau texte entre roman, biographie et confession de la belle Hollandaise, fusillée un petit matin d’octobre 1917.

■ Incessante fuite

Mariée très jeune à un militaire, Mata Hari, avant de prendre ce nom, a connu bien des déboires. Dont un viol, adolescente, dans sa pension pour jeunes filles. Dés lors elle n’aimera plus et comprend que son corps sera son meilleur allié pour se venger des hommes. Aux Indes, avec son mari, elle découvre les danses exotiques. De retour aux PaysBas elle prend la fuite vers la France. Son arrivée à Paris équivaut à un coup de foudre.

Dans sa confession imaginaire, elle parle à sa fille en ces termes « Toute ma vie j’ai pensé et agi en Mata Hari, celle qui restera toujours la fascination des hommes et la plus enviée des femmes. Depuis que j’ai quitté la Hollande, je n’ai plus la notion de distance, du danger, rien de tout cela ne m’effraie. Je suis arrivée à Paris sans argent et sans une garderobe adéquate et vois comment je me suis élevée dans la société.» Rapidement, Mata Hari devient une danseuse renommée. Elle n’hésite pas à se déshabiller entièrement sur scène. Une attraction très prisée à l’époque dans cette France beaucoup plus libre et dévergondée que la puritaine Hollande.

Mata Hari se produit à Paris, accumule les conquêtes, se fait entretenir et rêver le tout Paris. Mais même à l’époque, les modes sont éphémères. Pour survivre, Mata Hari se comporte de plus en plus comme une prostituée. De luxe cependant. Et c’est la raison qui pousse les Allemands à s’intéresser à la belle. Elle pourrait obtenir des renseignements essentiels pour le pays qui vient de déclarer la guerre à la France. Pourtant Paris est très cher à la belle apatride. Et jamais elle n’aurait voulu trahir son pays d’adoption qui l’a portée au pinacle. Mais en ces temps de guerre il faut des exemples. Elle en fera les frais. Paulo Coehlo dans ce roman plein de fougue, raconte les tourments d’une femme en avance sur son temps. Libre, elle pensait pourvoir s’affranchir de la matérialité de la vie. Une pluie de balles a mis fin à son rêve. 

➤ «L’espionne» de Paulo Coelho, Flammarion, 17,90 € 

 

04/10/2016

Rentrée littéraire : Envoûtante histoire d'amour sous la plume de Serge Joncour

À Paris, l'amour peut frapper partout, à tout moment. Dans 'Repose-toi sur moi' Serge Joncour raconte l'histoire de Ludovic et Aurore.

Provincial, ancien joueur de rugby, Ludovic en impose. Racée et raffinée, Aurore est une créatrice qui a réussi. Ils vivent à Paris. A la même adresse. Un immeuble symbole de cette différence de milieu qui normalement devrait inexorablement les éloigner l'un de l'autre. Aurore, mariée, mère de deux adorables enfants, a emménagé dans un immense appartement rénové avec vue sur la cour arborée. Un luxe dans la capitale. Ludovic occupe un studio dans le bâtiment du fond, vétuste, mal isolé. Lui aussi a vue sur la cour, les arbres et l'appartement d'Aurore. Serge Joncour, avec une patience infinie, plante le décor et modèle le caractère de ses deux personnages principaux. Il y en a pour tous les goûts. Aurore, créatrice d'une ligne de vêtements, est une de ces executive woman symbole de la réussite de la France. Mariée à un Américain gravitant dans la finance, elle devrait être pleinement épanouie. Mais sa société, après de belles années prospères, rencontre quelques difficultés. Son associé et ami semble jouer un double jeu. Cela la tracasse au plus haut point. Et surtout, le soir, quand elle rentre chez elle, deux corbeaux la narguent. Ils ont pris possession de la cour et des arbres, chassant les gentilles tourterelles. Ludovic la voit paniquer dans le noir.

Aide mutuelle

La peur, Ludovic connaît. Ce trentenaire, originaire des Pyrénées, a laissé la ferme de ses parents à sa jeune sœur pour tenter sa chance à Paris. Pas par ambition. Juste pour oublier sa femme, son seul amour, emportée par un cancer. Sa carrure, sa sérénité et son calme lui permettent de faire un métier difficile. Il est chargé d'aller réclamer une ultime fois, avant poursuites judiciaires, des dettes auprès de débiteurs indélicats. Entre compassion et intimidation, il utilise toute son énergie. Le soir, il tente de tout oublier dans ce studio impersonnel. Et remarque Aurore. Pour elle, pour cette femme qu'il voit vivre dans son grand appartement, il va tuer les deux corbeaux. Et lui offrir une plume des victimes. Choc de culture, de civilisations, de sensibilités dans cette histoire d'amour peu banale. Un romancier quelconque aurait transformé cette idylle en un roman sirupeux, profitant des passages au "pays" pour décrire cette campagne si belle et des scènes susceptibles d'être racontées avec luxe de détails comme la beauté des tissus chamarrés.... Mais Serge Joncour aime le réalisme. L'exploitation agricole est en pleine mutation, les pesticides tuent toute vie. L'entreprise d'Aurore est un nid de crabes, la patronne doit sans cesse se battre contre ses fournisseurs, français et asiatiques. En les faisant s'aimer, l'auteur transpose un peu de leur monde dans celui de l'autre. Ils peuvent ainsi s'aider et dire à tour de rôle cette phrase qui résume le roman et toute vie à deux épanouie : "Repose-toi sur moi".

"Repose-toi sur moi" de Serge Joncour, Flammarion, 21 €

 

13/08/2016

Livre : Je suis de celles qui restent

 

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Sans être à proprement parlé un roman de terroir, le nouveau livre de Bernadette Pécassou est quand même une ode au retour aux racines. L'héroïne commence très mal. Elle vient de perdre son mari; l'homme de sa vie. Il se croyait invincible, son cœur a lâché. Alice tente de surmonter ce deuil. Seule. Son fils travaille aux USA et sa fille est une executive woman qui n'a plus de temps à consacrer à ses proches. C'est un petit détail du quotidien qui va permettre à la veuve de penser à autre chose. Elle reçoit un colis commandé par son mari. Dedans un vieux briquet. Elle se lance sur les traces de cet objet de luxe, de son histoire et des secrets de ce mari qu'elle ne connaissait visiblement pas tant que cela. Le roman dresse le portrait d'une femme totalement dépendante au début, qui peu à peu reprend sa liberté. Pour donner un côté plus actuel à l'ensemble (qui parle beaucoup du passé), la romancière accorde une belle place à la fille d'Alice. Jeune femme à qui tout réussit professionnellement, elle se pose des questions sur son incapacité à aimer. « Juliette n'avait pas eu le temps de connaître le grand amour, celui qui emporte dans un coup de foudre, auquel on ne peut résister. Aujourd'hui, il lui aurait fallu une bonne dose de naïveté pour que cela lui arrive. Et elle était convaincue de ne plus en avoir un gramme à disposition. » Juliette, l'atout cœur du roman, qui finalement parviendra a découvrir la perle rare et permettra à Bernadette Pécassou de terminer son livre sur une note positive.

« Je suis de celles qui restent » de Bernadette Pécassou, Flammarion, 21 euros

08:59 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pécassou, flammarion

02/02/2016

Roman : Comment oublier la honte familiale ?

Difficile de se reconstruire après avoir été touché par un fait divers où sa mère est suspecte.

renverse, olivier adam, flammarionEnfance malheureuse, adolescence brisée : Antoine, le narrateur de "La renverse", roman d'Olivier Adam, a littéralement fui sa vie incapable d'assumer une famille compliquée. Cela fait près de dix ans qu'il vivote dans une petite station balnéaire de Bretagne. Il habite dans un petit appartement spartiate, travaille dans une librairie et passe beaucoup de temps à regarder l'océan, perdu dans ses pensées. Il veut oublier cette période de sa vie douloureuse. Elle va lui revenir en pleine face à la faveur d'une nouvelle qui fait la une des journaux télévisés : Jean-François Laborde, maire d'une ville moyenne et ancien ministre, vient de se tuer dans un accident de voiture. Dans le bar où il a l'habitude de prendre un café, l'événement est sur toutes les lèvres. Mais personne ne sait qu'Antoine est directement concerné par cette disparition. Cet homme, au centre d'un scandale, a brisé le cercle familial. L'essentiel du roman revient sur l'affaire.

Le violeur et sa complice

La mère d'Antoine, bourgeoise un peu prétentieuse, a rencontré Jean-François Laborde quand Antoine était adolescent. Il ne sait pas exactement dans quelles circonstances, mais ce maire de droite, ambitieux, a été charmé par cette parent d'élève très active. Elle se retrouve sur la liste, est élue, devient adjointe et bras droit de Laborde. Antoine, un peu rebelle, n'en tire aucune fierté. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que sa mère est la maîtresse de Laborde. Et que derrière le vernis de rigueur et de moralité exemplaires, se cache une vie sexuelle dissolue. Le scandale éclate quand deux employées de la mairie portent plainte pour viol. Laborde est accusé, la mère d'Antoine suspectée d'être sa complice, sa rabatteuse. Démission, mise en examen, honte… Du jour au lendemain, la vie d'Antoine bascule. Il s'isole puis trouve une oreille compatissante en la personne de Lætitia, la fille de Laborde. Elle aussi est victime du scandale. "Être la fille de Jean-François Laborde la dégoûtait. La détruisait. Elle ne supportait plus le regard qu'on portait sur elle. (...) Je connaissais ça par cœur. En dépit de tout ce que je pouvais prétendre, être le fils de ma mère était un calvaire. Être insulté ou pris en pitié était un calvaire". Tous les deux ils disparaîtront, se cacheront, tenteront d'oublier ce passage de leur vie. Ce roman est celui de l'adolescence blessée, de la famille explosée, du scandale des politiques qui se croient tout permis. On s'identifie au narrateur, comprend sa volonté de disparaître, de ne plus souffrir d'une étiquette qu'il n'a pas choisi. Un droit à l'oubli mais à fort prix.

"La renverse" d'Olivier Adam, Flammarion, 19 euros.

 

19/12/2015

Beaux livres et sublimes cadeaux, la sélection de fin d'année du Litoulalu

Au pied du sapin, n'oubliez pas d'offrir quelques beaux livres, ce sont des cadeaux qui s'adaptent toujours aux personnalités des êtres choyés.

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, L'art de Tibet

 

Longtemps considéré comme un dessinateur commercial, Tibet n'a pas connu de son vivant la pleine reconnaissance de son talent. Pourtant , le créateur de Chick Bill et de Ric Hochet est le parfait exemple de l'artiste ignoré car trop productif. Pour vivre de son crayon, Tibet dans ses jeunes années a dû multiplier les projets et les collaborations. Un rythme d'enfer qu'il n'a jamais abandonné une fois le succès en vue. En publiant entre deux et trois albums par ans, sur un demi siècle, il fait partie de ceux qui ont le plus produit en une carrière. Pourtant, que de chefs-d'œuvre dans ces histoires et couvertures fournies aux magazines qui le publiait. Cette somptueuse biographie, alliée à une exposition à la galerie parisienne Daniel Maghen, permet de découvrir les originaux de Tibet, avec crayonnés et notes dans les marges. De plus quelques raretés sont reprises comme une histoire complète du détective Dave O'Flinn, ancêtre de Ric Hochet, parue en 1952.

« Mystères », Daniel Maghen, 59 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Petit écran mais très grands souvenirs

Ce livre objet permet de nous replonger dans les grandes heures de la télévision. Patrick Mahé, emblématique directeur de la rédaction de Télé 7 jours a ouvert les archives de son magazine pour retracer l'évolution de cet objet devenu si important dans notre vie. La préface est d'Antoine de Caunes, dont la famille a véritablement traversé toute l'histoire de la télévision française. Parmi les bonus offerts dans le livre, on trouve la couverture d'un exemplaire de 1961 où Jacqueline Joubert, la plus célèbre des speakerines, pose en compagnie de son fils, Antoine qui un demi siècle plus tard sera aux manettes du Grand journal. Quant au papa, Georges de Caunes, le livre revient sur sa mésaventure de naufragé volontaire sur une île du Pacifique Sud. Su sport aux variétés en passant par les jeux et la télé-réalité, ce sont tous les genres qui sont célébrés avec un énorme chapitre pour ce qui fait de plus en plus la spécificité du petit écran : les séries, digne descendants des feuilletons du 19e siècle

« Les archives de la télévision », Chêne, 216 pages et de nombreux fac-similés, 45 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Double dose de bulles

Il était prédestiné à faire de la bande dessinée. Malabar, le personnage des célèbres chewing-gums fait d'énormes bulles roses. Une façon de s'exprimer qui a donné l'idée aux agences de publicité chargées de la promotion du produit de s'adresser directement aux consommateurs par l'intermédiaire de vignettes puis d'histoires. Le personnage, imaginé par Jean-René Le Moing (illustrateur qui a fait l'essentiel d sa carrière dans l'ombre au journal Pilote), a ensuite été confié à des signatures plus prestigieuses. Frank Margerin le premier a calqué son univers à celui du grand blond au tee-shirt jaune. Durant une année il multiplié les planches de commande lui assurant confort financier et rodage intensif avant de se consacrer à son héros plus adulte, Lucien. Poirier, Yannick et Dimberton lui ont succédé avant Olivier Taffin et Régis Loisel en 1982. Cette saga des aventures publicitaires de Malabar est reprise dans une jolie intégrale collectée et commentée par Alain Lachartre. Un album au délicieux goût de nostalgie, comme l'arôme tutti frutti des gommes d'antan...

« Malabar », Dupuis, 384 pages, 28 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Le pavé de Sherlock Holmes

 

Monument de la littérature anglo-saxonne, les aventures de Sherlock Holmes ont révolutionné le genre policier. Dans une nouvelle traduction d'Eric Wittersheim, les éditions Omnibus proposent l'intégrale des nouvelles dans une édition illustrée des dessins d'origine signés Sidney Paget. On retrouve donc les 56 nouvelles, dans leur ordre chronologique, parue entre 1891 et 1927, avec une grosse interruption de dix ans, après la mort du héros puis sa résurrection à la demande des lecteurs. Une version ultime d'exceptionnelle qualité pour le plus grand personnage de la littérature policière.

« Les aventures de Sherlock Holmes », Omnibus, 820 pages, 39 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Paris, l'éternelle

 

Il fait du bien ce livre de Marie-Hélène Westphalen. Il retrace un siècle de vie à Paris, de 1880 à 1980. La capitale parisienne, durement touchée le 13 novembre dernier, a besoin d'être aimée. Des débuts de Picasso à la vie spécifique dans le village de « Ménilmuche », on retrouve entre les différents des documents d'époque porteur de forte nostalgie. Comment ne pas s'extasier devant le manuscrit du « J'accuse » de Zola, rêver en parcourant une brochure publicitaire pour le Lido, célèbre cabaret ou tout simplement réviser sa géographie en détaillant les stations du métro en 1900. Et puis surtout, comment ne pas avoir une pensée pour les victimes devant une photo sur une double page montrant la terrasse du Flore, bondée de gens heureux.

« L'âme de Paris », Les Arènes, 108 pages et de nombreux fac-similés, 34,80 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, L'ivresse des mots

 

Grand expert de la langue française et des mots en général, Alain Rey vient de signer un essai sur l'ivresse. Un essai dans les beaux livres ? Normal car ce texte d'une très grande intelligence est illustré de calligraphies de Lassâd Metoui. Une association étonnante mais qui permet de transformer ce texte parfois un peu trop pointu en superbe œuvre d'art. De l'origine du pastis en passant par les différentes méthodes pour faire le vin à travers les époques, devenez incollable sur cet alcool éthylique, l'appellation chimique de ce qui fait tourner la tête des hommes et des femmes depuis de siècles. Savant et savoureux

« Pourvu qu'on ait l'ivresse », Robert Laffont, 352 pages, 30 euros

 

Les portraits de la création

 

Louis Monier, photographe français, emprisonne dans ses boitiers depuis cinquante ans les portraits des plus grands créateurs de la planète. Dans ce volumineux livre en noir et blanc, ce sont des centaines d'artistes qui sont photographiés, leurs carrières expliquées par des textes synthétiques d'Olivier Bosc. Borges, Hossein, Louis Malle : tous ont marqué leur domaine. Louis Monier les a rencontré et les montre tels qu'ils sont souvent : passionnés et passionnants.

« Création j'écris ton nom », Éditions Vents de sable, 192 pages, 39 euros

 

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Radioscopie d'un passionné

 

Mort il y a moins d'un an, Jacques Chancel a marqué l'histoire de la radio. Comme pour se rappeler à notre bon souvenir, il est au centre d'une biographie hommage coordonnée par son épouse, Martine. On retrouve de larges extraits de ses précédents livres, quand il se racontait en toute humilité, de très nombreuses photos et des hommages de ses collègues, amis et invités, de Philippe Bouvard à Gabriel Matzneff. Jacques Chancel c'était Radioscopie du France Inter et Le grand échiquier mais il semble avoir vécu mille vies, de ses débuts de journaliste en en Indochine, la création d'Antenne 2 avec Marcel Jullian ou la direction de collections de prestigieuses maisons d'éditions comme Juillard. Enfin une large part est faite à l'autre grande passion de cet homme de Bigorre : le sport.

« Les années Chancel », Flammarion et Radio France, 204 pages, 24,90 euros

 

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Napoléon est certainement le personnage de l'Histoire française qui a le plus été adapté au cinéma u à la télévision. Son incroyable épopée, de simple soldat à empereur régnant sur la moitié de l'Europe pour terminer en exil au milieu de l'Atlantique Sud offre des centaines d'angles et d'interprétation. Hervé Dumont a collecté dans encyclopédie tous les films mettant en scène le grand homme. Pas moins de 1000 dont plus de la moitié sont toujours inédits en France. Napoléon a pris les traits de Charles Boyer, Marlon Brando ou Christian Clavier. Il a inspiré les plus grands réalisateurs comme les plus obscurs. De la tragédie à la comédie satirique, la vie de l'empereur brille dans les cinémas. Et ce n'est pas près d'arrêter...

« Napoléon, l'épopée en 1000 films », Ides et Calendes, 724 pages, 39 euros

 

 

 

12/09/2015

Livre : Le va-et-vient des couples

L'alchimie de l'amour étudiée au microscope dans ce premier roman signé Nathalie Côte. Mais gare au retour de bâton.

 

cote, nathalie, flammarion, poles, couplesSi vous êtes encore en vacances au bord de la mer ou dans un camping de la région, ne vous précipitez pas trop vite sur ce roman. Surtout si vous vivez en couple depuis quelques années. Vous verrez que la vie à deux , si elles présente quelques inconvénients, au final, quand on est « casé » il vaut mieux tout faire pour assurer cette position sociale si fragile.

C'est l'été. Deux couples avec enfants sont sur le départ. Cap au sud, dans un appartement réservé dans une résidence avec piscine. Les Bourdon et les Laforêt vont devenir voisins durant quelques jours. Ils pourraient devenir amis. Voire amants. Mais ce roman subtil et acide de Nathalie Côte nous mène encore plus loin.

Arnaud et Claire, Vincent et Virginie. Le premier est un mari modèle mais sa femme ne l'aime plus. Le second voudrait devenir riche vite et facilement. Il joue toutes les économies de la famille en bourse sur le net alors que sa femme, complexée par ses rondeurs, est d'une jalousie maladive. Les vacances ressemblent à une compétition bien glauque, celui qui mentira le plus à l'autre.

 

Le sourire sincère

Arnaud souffre d'une addiction aux sites pornos. En total décalage avec son image de père parfait et de passionné de macro-photographie de plantes rares. Claire a décidé de divorcer. Elle veut l'annoncer durant leurs vacances. D'autant qu'elle vient de rencontrer un riche industriel qui lui fait miroiter une vie de luxe et de plaisirs. Pourtant elle hésite : « Combien de femmes rêveraient d'un mari comme lui ? D'accord, mais il se repose sur elle pour toutes les choses importantes, il est marié avec son appareil photo et ne sait rien faire dans un lit. Quoi qu'elle dise, elle aura tort. Malgré la culpabilité et l'ennui, elle n'arrive pas à prendre cette décision que l'évidence impose. » Dans l'autre appartement, les mensonges foisonnent aussi. Vincent, victime d'une belle escroquerie comme il y en a tant sur la toile, perd en trois jours l'argent économisé pour acheter le 4X4 promis à Virginie. L'orage gronde dans le couple. Le directeur de la résidence est obligé d'intervenir et de mettre en pratique sa formation sur le sourire et les découvertes du neurologue Guillaume-Benjamin Duchenne : « grâce à des réophores placés sur le visage d'un cobaye et traversés par un courant alternatif, il a pu démontrer qu'un sourire sincère impliquait obligatoirement le mouvement du grand zygomatique en même temps que la contraction du muscle orbitaire de l'œil, muscle qui échappe à notre contrôle. Ce sourire infalsifiable est appelé en hommage à son découvreur le sourire de Duchenne. » Des sourires, il y a en beaucoup au fil des pages enlevées. Jaunes parfois tant les protagonistes sont ridicules dans leurs grandes décisions définitives ou leurs renoncements pathétiques.

Comme le courant alternatif de l'expérience, la vie d'un couple passe par des hauts et des bas, un incessant va-et-vient entre bonheur et désespoir, envie de continuer ou de tout plaquer. Cet examen clinique sans concession tient de l'expérience ultime. Pourtant, au final, rien ne change. Notre société est ainsi faite : pour la majorité, le couple reste pour longtemps le socle de l'harmonie familiale, au détriment de l'épanouissement personnel. En avoir conscience adoucit un peu la peine...

 

« Le renversement des pôles », Nathalie Côte, Flammarion, 16 €

 

11/07/2015

Livre : Simonetta Greggio nous donne des nouvelles de nos amours

Simonetta Greggio se livre en partie dans cette douzaine de nouvelles allant de la confession très personnelle à l'histoire ample et détaillée que d'autres auraient délayé pour en faire des romans.

 

nouvelles, amour, Simonetta Greggio, flammarionUne écriture sensuelle permet à Simonetta Greggio d'aborder tous les sujets de la vie d'une femme sans jamais flirter ni avec le scabreux et encore moins la vulgarité. Même si elle dévoile ses amours dans certaines des nouvelles composant ce recueil, elle y insuffle une grande poésie. On fait donc connaissance avec Abraham, un « homme café au lait – plus café que lait - » mais aussi Antoine avec qui « nous nous étions si bien mélangés dans les quelques semaines de notre histoire que j'avais du mal à retrouver l'usage de moi-même. » Dans la nouvelle « Il pleuvait quand je suis partie », elle écrit, durant le trajet Paris Avignon en TGV, la fin de cette belle rencontre, de ces jours fusionnels, de ces nuits torrides. Un parmi d'autres. Mais toujours dans le même style. Constante dans ses amours multiples, l'auteur en donne la raison. « Je n'aime que les anomalies et les fêlures chez les êtres, les déchirures et les failles, car c'est par là que s'engouffre la vie, que la lumière passe. Ce qu'on appelle normalité me fait peur. (…) Il y a une droiture chez les fêlés, ils ne font que chercher dans le quotidien ce qui n'est pas visible à l'œil nu. C'est un sacerdoce, une mission, j'en sais quelques chose, moi qui ne peut vivre que comme ça. » Beauté d'un texte lumineux qui reste longtemps imprégné dans la mémoire.

 

Le prisonnier et le chien

Les autres nouvelles sont plus classiques, moins personnelles, comme de grandes respirations. « Os de lune » est de loin la plus aboutie, la plus marquante. Sur une trentaine de pages pleines de bruit et de fureur, on écoute le récit d'un violoniste rescapé des camps de la mort. Déporté avec un ami musicien, il n'a jamais voulu se défaire de son instrument. A l'arrivée à Auschwitz, ce violon lui a sauvé la vie. Repéré par un officier, il est intégré à l'orchestre du camp. Car dans ces antichambres de l'enfer, les bourreaux aussi sont parfois mélomanes.

Le musicien, grâce à son statut particulier, échappe à la mort. Il parvient même à se faire un ami dans le camp : le chien d'un garde SS. Quelques mois avant la libération du camp, il réussit à s'échapper, accompagné de son fidèle compagnon. Cette errance dans l'Europe du Nord, à feu et à sang laissera des traces indélébiles. D'autres romanciers auraient trouvé là matière à un gros pavé assuré de confortables ventes en ces temps de commémoration. Simonetta Greggio se contente d'une nouvelle, incisive et directe, comme si cette histoire était trop forte pour être source d'exploitation. Il en est de même avec le récit du mafieux qui va abattre un juge sicilien ou l'embryon de biographie de Romain Gary. Courts et percutants, ces textes n'en sont que plus marquants.

« Femmes de rêve, bananes et framboises », Simonetta Greggio, Flammarion, 17 €

 

 

 

25/04/2015

Livres : De très étranges personnages

Ils sont tracassés les personnages de ces deux romans. Entre l'éleveur de porc, fétichiste de poupées et le jeune garçon attiré par les vieux messieurs, attendez-vous à d'étranges rencontres

L'amour prend parfois d'étranges chemins de traverses. Dans « La fourmi assassine » de Patrice Pluyette et « Votre serviteur » de Christian Combaz, il frappe dans des lieux inattendus. Et des personnages peu communs.

fourmi assassine, votre serviteur, combaz, pluyette, flammarion, seuilLegousse, éleveurs de porcs, ne demande pas grand chose à personne. Son plaisir c'est d'acquérir des poupées grandeur nature, aussi vraies que de véritables femmes. Il aime les sortir, leur faire faire du shopping et même aller au bar avec elles. Un véritable harem qui résout bien des problèmes dans la vie triste de cet homme solitaire. Legousse est au centre de l'intrigue d'un roman iconoclaste signé Patrice Pluyette. Sa passion des poupées le rend suspect au yeux de la majorité des gens « bien pensants ». Aussi, quand Odile Chassevent disparaît, il se retrouve logiquement dans la liste des suspects. Mais Odile a sans doute d'autres raisons de s'éclipser de la vie de son mari. Ce dernier le reconnaît, mais un peu tard : « On recrée en totalité le spectre de la femme perdue, la vie autour, elle et nous dans cette vie. Il mesurait son attachement à elle. Il était prêt à tout recommencer pour la faire revenir. Il reconnaissait ses erreurs. Il aurait dû lui parler plus souvent. Lui dire qu'il l'aimait. Se rendre disponible. Il pensait qu'elle ne partirait jamais et qu'il aurait assez de la vie pour s'améliorer. Maintenant c'était trop tard. C'est toujours trop tard pour bien faire dans la vie. » Oui, la vie est d'une grande complication, à tous les niveaux. Patrice Pluyette nous l'explique dans le détail en déroulant les vies de ces héros du quotidien. On se reconnaît (un peu) même si certaines attitudes nous semblent réellement extrêmes.

 

Mon amour de général

fourmi assassine, votre serviteur, combaz, pluyette, flammarion, seuilL'amour aussi est omniprésent dans le roman en partie autobiographique de Christian Combaz. « Votre serviteur » retrace la jeunesse d'un petit Français comme les autres. Enfin pas exactement puisque rapidement il se découvre des attirances sexuelles assez éloignées de la moyenne : seuls les vieux messieurs l'émoustillent. Invité chez un ami rencontré à khâgne, le narrateur, Simon, lui révèle « qu'il n'a aucun goût pour les jeunes filles. Puis, répondant à une question qu'on ne lui posait pas davantage, il ajouta que les jeunes hommes le laissaient indifférent aussi (…) Il fallait admettre qu'il était tombé dans une case négligée par les statistiques. Sa particularité ressemblait à ces cultes sectaires qui n'ont qu'un millier d'adeptes. »

Le provincial va s'installer à Paris, découvrir la haute bourgeoisie, devenir l'ami et le confident de quelques hommes influents pour finalement rencontrer l'amour de sa vie, un vieux général de l'armée de l'air. Etonnante histoire que la leur, l'ancien militaire et le petit journaliste, partant en vacances comme oncle et neveu, oubliant toute pudeur une fois à l'abri, dans l'intimité de la chambre.

En plus d'une description détaillée et savante du milieu culturel des années 70, ce récit est avant tout une très belle histoire d'amour, où la différence des âges importe peu, si ce n'est qu'elle implique la disparition du général d'aviation bien avant Simon.

« La fourmi assassine », Patrice Pluyette, Seuil, 15 €

 

« Votre serviteur », Christian Combaz, Flammarion, 21 €