22/02/2017

Cinéma : pour ne pas oublier d'où vient le Front national


CHEZ NOUS. Lucas Belvaux réalise un film engagé contre l’extrême droite. Selon lui, même « dédiabolisé » le Front national a toujours des relents de racisme qu’il cherche à cacher.


Dans ce Nord de plus en plus sinistré socialement, le lien social se délite. Pauline Duhez (Emilie Dequenne) est une fille de Hénart, la ville imaginaire du film « Chez nous » de Lucas Belvaux. Elle y est née, son père, ancien syndicaliste et militant communiste y a toujours travaillé. Devenue infirmière libérale, à domicile, elle s’occupe de ses patients avec beaucoup d’empathie. Souvent des personnes âgées dépendantes, seules et tristes. Pour elle non plus la vie n’est pas tous les jours facile. Divorcée, elle élève ses deux enfants seule. Malgré les horaires à rallonge. Un matin, elle découvre une de ses mamies morte dans la cuisine. Le médecin de la ville, le docteur Berthier (André Dussolier) constate le décès et en profite pour inviter Pauline à dîner chez lui. Pauline a beaucoup d’affection pour le médecin familial qui a tout fait pour permettre à sa mère de guérir d’un cancer. En vain.
■ Candidate
Lors du repas, en tête à tête, Berthier aborde la politique. Cela débute par le classique « tous les mêmes » suivi du « tous pourris » pour finalement faire l’apologie d’Agnès Dorgelle (Catherine Jacob), la présidente du Bloc, le parti d’extrême droite qui cherche à conquérir le pouvoir. Et Berthier de proposer à Pauline de s’engager aux prochaines municipales comme tête de liste pour le Bloc. Elle rétorque qu’elle ne s’en sent pas capable, mais Berthier lui explique qu’elle sera entourée de jeunes diplômés, qu’elle est la meilleure pour comprendre la population de la ville, qu’elle connaît tout le monde. Et surtout que tout le monde l’apprécie.
Pauline va longtemps hésiter. Elle change d’avis après une nouvelle dispute avec son père, retraité, malade, acariâtre, déçu. Et surtout après les conseils d’une amie, enseignante mais qui ne cache plus ses penchants pour la préférence nationale.
Le début du film est un peu déconcertant car tout cela semble trop beau. Le médecin près de ses patients, la jolie infirmière un peu paumée, le vieux militant de gauche râleur... En réalité c’est ce que le Bloc veut nous faire croire. Berthier, intime avec la présidente, lui « vend » litté- ralement Pauline. Parfaite pour le rôle. Et surtout sans la moindre casserole. Car lui, déjà élu une fois, a quelques faits d’armes qui pourraient, s’ils étaient découverts, compromettre sa carrière. Cela n’empêche pas le second du parti (ressemblant étrangement à Louis Aliot) de faire une enquête discrète sur la perle rare du Nord. Tout se passe parfaitement jusqu’à la découverte de la relation de Pauline avec un autre enfant de Hénart, Stanko (Guillaume Gouix), vieille connaissance de Berthier. Ensemble ils ont cassé de l’arabe (ce que Stanko continue à faire avec ses amis néo-nazis et identitaires). Berthier va changer de visage et ordonner sèchement à Pauline de choisir entre sa carrière politique et Stanko, presque la menacer.
Le film change de registre. Chantage, manipulation, mensonges : la seconde partie démasque le parti qui cherche à se refaire une virginité avec des candidats neufs mais qui conserve dans ses rangs, et souvent aux postes de décision, les plus extrémistes et racistes de ses membres, comme protégés par ces nouveaux visages.
Alors que la gauche, déchirée, semble avoir définitivement abandonné toute chance de contrer le FN, ce film est un courageux manifeste pour ouvrir les yeux aux futurs électeurs qui en croyant sanctionner les sortants risquent de faire bien pire.

20/01/2017

Roman : la catastrophe annoncée

La catastrophe annoncée Dans 100 jours, les Français votent. Début mai, ils auront un nouveau président de la République. Eric Pessan dans ce court roman, imagine le pire.

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A 20 heures, sur tous les écrans, l’extrême droite l’emporte. Immédiatement la ville s’embrase. David, cadre oppressé par un travail déshumanisé, n’ose pas rentrer chez lui. Mina, son ancienne compagne, a préféré anticiper et elle passe cette nuit sur un cargo à destination des Antilles. Mina, isolée mais aussi désespérée que David qui lui est au cœur de la tourmente. « La maladie a infecté la ville. C’est la nuit de la grande contagion généralisée. Attaqué par un virus, l’organisme élève sa température en dernier recours. » Conséquence, la voiture de David est incendiée par les mécontents. Si le roman a une trame amoureuse (Mina a quitté David mais le regrette), il est surtout intéressant par son analyse politique : « L’addition des crises et des promesses trahies, des dépressions et des chances ratées, des petitesses et des rancœurs, des ego et des arrivismes, plus la conviction profonde que le pire ne se produira jamais ont permis que cela advienne ». A lire avant d’aller voter…

➤ « La nuit du second tour » d’Eric Pessan, Albin Michel, 16 €

 

09/12/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : "La faute au chat"

Connaissez-vous la parabole du chat ? Simple comme bonjour : vous prenez un chat et vous l'accusez de tous les maux de la terre. Ça marche à tous les coups.
A Pau le week-end dernier, une grosse querelle familiale nécessite l'intervention de plusieurs policiers tant les coups tombent drus. Dans la République des Pyrénées, le journaliste de service chargé des faits-divers raconte : "(...) ce qui n'a pas plu à son beau-frère, qui a illico asséné un coup au père le mettant au tapis. Puis l'oncle très énervé a aligné une gifle à sa sœur qui tentait de s'interposer. Et il a même un peu bousculé sa propre mère. Voyant le spectacle, l'hôte des lieux est intervenue : la jeune femme a pris une bouteille et l'a cassée sur la tête de son oncle."
Les policiers séparent tout ce beau monde et s'enquièrent de la cause de ce déchaînement de violence. "C'est la faute au chat", répondent-ils tous en cœur. En plein repas de famille, le chat de la maison monte sur la table. Le père n'apprécie pas et le chasse vigoureusement. Premier mouvement de la future bagarre générale. Et comme tout est de la faute du chat, personne n'a porté plainte...
Donnez un chat à n'importe qui, il trouvera le moyen de lui faire endosser ses pires turpitudes. Vous n'êtes pas allé voter dimanche ? "Je cherchais mon chat qui s'est échappé." Vous avez voté FN : "Parce que leur sigle me fait penser au mot FéliN."
Cette chronique n'a ni queue ni tête ? Si. Cherchez bien. Vous trouverez au moins la queue d'un chat.

En bonus, une vidéo de chats vs concombres.

Une compilation de Chats ayant une Peur... par foozine

09:05 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chat, concombre, pau, bagarre, fn

08/12/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le calendrier d'avant

Plus que 25 jours. 25 jours à attendre, à patienter comme quand on découvre avec gourmandise les chocolats du calendrier de l'Avent. Mais sans plaisir cette fois. 25 jours encore à subir cette satanée année 2015.
Pour la première fois de ma vie, j'avoue qu'il me tarde que le 1er janvier arrive. Vaine illusion certainement, mais tellement encourageante pour continuer. Continuer à croire en un monde meilleur, un avenir radieux, paisible. 25 jours pendant lesquels j'ai l'impression qu'il va me falloir ressasser encore et toujours les événements dramatiques de ces 12 derniers mois et tenter de les transformer en une résilience optimiste.
Première case : panser les plaies du 7 janvier. Malgré le poster dessiné par Cabu placardé dans l'escalier de la maison depuis des années.
Deuxième étape : abstraire le 9 janvier. Même quand je croque un succulent pain azyme au petit-déjeuner. Ensuite, tenter de guérir du 13 novembre. Encore plus délicat. Comment ne pas y songer quand je prends un verre en terrasse ou que j'écoute un morceau de rock. 2015 n'en finit pas de hanter mon esprit. Pourtant, comme des millions de Français, j'aimerais tant que dans 25 jours toute cette noirceur représente les ultimes réminiscences d'un mauvais cauchemar.
Je le crains malheureusement, nous n'en avons pas encore totalement terminé. Pas sur le front des attentats (quoique), mais des dates maudites. Si après le carnage du 13 novembre, les Français propulsent le FN au pouvoir régional le 13 décembre, alors là, définitivement, on pourra classer 2015 comme la pire année de ce siècle encore en devenir.

14/11/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Votez pour eux

Le 6 décembre, vous aurez le choix entre 11 listes dans notre nouvelle grande région. Ailleurs aussi les candidats se bousculent au portillon. Et parfois l'intitulé des listes laisse songeur. Comme s'il fallait se cacher, ou au contraire tout miser sur un parti ou une tête de liste un peu célèbre. Ainsi difficile de compartimenter entre la gauche ou la droite à propos des listes « Ça va changer », « La Guyane en prospective », « Faisons ensemble » ou « Nous, c'est la région ! ». 
Plus problématique, celle de l'UPR d'un certain François Asselineau. Son slogan use de pirouette : « Le parti qui monte malgré le silence des médias ».
 Quant au Front national, il joue à fond la carte Marine Le Pen. La présidente apparaît dans l'intitulé de toutes les listes, excepté celle qu'elle mène dans le Nord nommée « Une région fière et enracinée ». Serait-elle sa meilleure ennemie ? Il reste heureusement quelques listes atypiques comme ces « Citoyens tirés au sort ».  
A la Réunion, les candidats ont simplement utilisé un système de loterie pour nommer leur liste. 19 chanceux ont accepté, des volontaires ont complété les 47 noms nécessaires. Question renouvellement des politiciens, difficile de trouver mieux.  
La palme enfin à la liste F.L.U.O. (Fédération Libertaire Unitaire Ouverte) en Ile de France : elle se présente comme celles « des drogués, des putes et des exclus ». On retrouve dans ses rangs des membres du Parti Pirate, de Cannabis sans frontières, d'Act-Up et des organisateurs de raves. La liste a failli s'appeler « Bougeons-nous le cul ! ». Élégant.

15/03/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : On a dit pas le physique !

fn, hobbit, départementales, umpsDans une semaine tout le monde commentera le résultat des élections départementales. Les différents sondages annoncent une progression du Front National. Normal, jamais le parti d'extrême-droite n'a présenté autant de candidats. Mais quand on veut jouer dans la cour des grands, il ne faut pas s'étonner des dérapages à mettre au crédit des zélateurs de la vague bleu Marine.

Pas des racistes dont les commentaires et statuts sur les réseaux sociaux ont fait tomber le masque. Non, plutôt de ces binômes aléatoires qui font furieusement penser à des erreurs de castings, voire à des phénomènes de foire façon Groland.

 

Un blog, radicalement opposé au FN, a renié sa promesse de ne pas se moquer du physique des candidats. Résultat un long diaporama où l'on passe de l'effroi à la crise de rire. Certains font véritablement peur.

Un candidat en Charente a le même regard que Poutine, une autre dans les Deux-Sèvres ressemble à la méchante et acariâtre Carmen Cru de la BD de Lelong dans Fluide Glacial.

Dans le Pas-de-Calais, une candidate du FN ne rigole pas. Elle arbore même un horrible rictus sur l'affiche officielle. Pourtant, elle travaille dans l'hôtellerie où le sourire est recommandé.

Un autre porte de longues rouflaquettes qui lui donnent un petit air de hobbit. Toutes les affiches sont sur le même modèle. Le slogan « Face aux trahisons de l'UMPS, l'espérance Bleu Marine » précède les deux noms. Dénoncer des trahisons, étonnant quand on s'appelle Judas comme ce candidat dans les Vosges. Pour rattraper le coup, le FN a demandé à un certain Jésu, Xavier de son prénom, de se présenter dans la Somme...

15/09/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Ondes agressives entre Bourdin et Canteloup

canteloup, bourdin, europe 1, rmc, radio, polémique, fnCanteloup un peu relou, Bourdin lâche les chiens. L'humoriste d'Europe 1 a pris l'habitude d'envoyer des piques au présentateur de la matinale de RMC. L'imitateur assimile celui-ci à un soutien déguisé du Front national et l'accuse de ne donner la parole qu'à des caricatures de Français mécontents. Rien de bien méchant, mais Jean-Jacques Bourdin vient du Sud, du Gard exactement.

canteloup, bourdin, europe 1, rmc, radio, polémique, fnMercredi en direct à l'antenne, il a un peu craqué. Et de menacer Canteloup : "J'irai l'attraper au collet et lui dire ce que je pense. Car je ne pense pas que ça soit un homme... » Une centaine d'années plus tôt, ces menaces physiques se seraient réglées en duel. Sur le pré, point de quartier. En l'occurrence Canteloup ne peut tirer qu'une seule arme de sa manche : son humour.

Alors le lendemain il en remet une couche et consacre près de la moitié de sa "Revue de presque" à l'événement. Il a beau jeu car la veille, pour couronner le tout, RMC était victime d'une panne générale d'électricité. En plein milieu de la matinale, coupant la chique à un Bourdin qui d'ordinaire ne s'en laisse pas conter, notamment par les politiques à la langue de bois. Canteloup lui fait donc dire : "Déjà qu'on n'est pas des lumières à RMC, si en plus on nous coupe le courant... »

Telle est la situation ce week-end. La suite (car Canteloup et ses auteurs lâchent rarement leurs têtes de Turc) nous l'entendrons ce matin à 8 h 45 sur Europe 1.

À moins que, comme le rappeur Rohff après son différend avec Booba, Bourdin ne fasse une descente dans la station concurrente avec ses hommes de main (Moscato et Brunet) et ne tabasse le stagiaire de l'accueil.

05/10/2013

NET ET SANS BAVURE : Extrêmement adroite

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Volée de bois vert pour Marine Le Pen sur Twitter. Durant près de deux jours le mot-dièse #MarineLePenNestPasDextremeDroiteEtMoi fait la course en tête. Tout est parti d'une explication de texte de la leader du Front national. «Je m'élève contre la formulation d'extrême droite» clame-t-elle devant des journalistes, menaçant même de poursuivre en justice ceux (les journalistes notamment...) qui lui attribuent cette étiquette politique. Le FN prônant le politiquement correct, on aura tout vu. Extrême droite ça fait « crade », il faut le remplacer par « ni droite ni gauche », voire « patriote ». Tout cela reste quand même « extrême ». Et sur Twitter les comparaisons fusent. Marine Le Pen n'est pas d'extrême droite et moi « j'ai une licorne dans mon jardin », « je suis Jimi Hendrix », « je ne suis pas humaine », « je suis le fils aîné du pape », « je pense que Nadine Morano sera la prochaine femme à reposer au Panthéon », « je joue aux échecs tous les jeudis avec Elisabeth II. Ou avec le Pape, quand elle est pas libre »... Des milliers de comparaisons toutes plus irréalisables les unes que les autres. Certains profitent de l'occasion pour tacler le gouvernement actuel : « et moi je crois que François Hollande va sauver la France ».

Et puis il y a Claire Guichet, militante écologiste un tantinet énervée : « C'est pas sur Twitter qu'il faut dire que le FN est d'extrême droite. C'est au bistrot, au boulot, dans le métro, aux congrès de l'UMP… »

Pas faux. Mais une petite campagne virale ne peut pas faire de mal ! 

Chronique "Net et sans bavure" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant.