04/07/2011

Avec Vernal, Hermann et Franz : Jugurtha for ever

Jugurtha, Vernal, Franz, Hermann, Lombard

Jugurtha, Vernal, Franz, Hermann, LombardLa BD historique a connu ses heures de gloire quand lire un hebdo jeunesse permettait également de s'éduquer. A la fin des années 60, Hermann est sollicité pour illustrer la vie de Jugurtha, un Numide s'étant opposé aux Romains. Le scénario, très documenté, est de Jean-Luc Vernal. Deux premières histoires qui ont marqué les lecteurs de Tintin réclamant sans cesse de nouvelles aventures de Jugurtha. En 1975, Vernal a donc cédé aux sirènes des fans et écrit la suite des exploits de ce rebelle, totalement imaginaire cette fois. C'est Franz qui a assuré la continuité graphique. Le premier tome de cette intégrale reprend les quatre aventures initiales. On appréciera plus particulièrement « L'île de la résurrection », histoire emblématique d'une certaine utopie très en vogue dans les années 70.

 

« Jugurtha, l'intégrale » (tome 1), Le Lombard, 24,95 €

10:03 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jugurtha, vernal, franz, hermann, lombard

10/05/2009

Mes BD Souvenirs (10)

Cela fait plus de 30 ans que je lis des BD. Trois décennies au cours desquelles j'ai pu voir l'évolution de certains dessinateurs. Ils sont reconnus et ont du succès aujourd'hui, mais cela n'a pas toujours été vrai. Les débuts ont parfois été durs pour certains. La maîtrise n'était pas complète.
fredericjoubertpl.jpgExemple le plus frappant : Christian Rossi. Je découvrais sa signature dans Circus durant les années 80. Il dessinait les aventures de Frédéric Joubert sur un scénario de Filippini. Il tentait de faire du réaliste. Mais j'avais toujours l'impression que quelque chose clochait dans ses dessins. Problème de perspective ou d'anatomie, tout paraissait faux et bancal. A côté d'un Giraud ou d'un Blanc-Dumont, je le trouvais nul. Mais il ne s'est pas découragé. Et à force de travail, il a trouvé les clés pour rendre son dessin plus aérien et juste. Une bascule évidente dans la série « Le chariot de Thespis ». Ensuite il s'est imposé comme un des plus grands de Jim Cutlass à WEST. Il n'est pas le seul à avoir un trait maladroit à ses débuts. Prenez les premiers Bernard Prince. Hermann avait un trait noir et foncé, trop encré, avec des héros aux muscles hypertrophiés. Il faudra des planches et des planches pour qu'il acquière cette dextérité incomparable.

modeste_griffo.jpgCertains dessinateurs ont également eu des problèmes à leurs débuts pour des erreurs de castings. En clair, leur première série n'était pas du tout ce qu'ils pouvaient dessiner de mieux. Une sorte d'apprentissage, presque de bizutage. Ainsi comment imaginer que Griffo, dessinateur de SOS Bonheur, Giacomo C. , Sade ou Ellis Group a débuté en reprenant... Modeste et Pompon. Cette série de gags, imaginée par Franquin et animée durant de nombreuses années par Mittéi était orpheline. Griffo, postulant à la rédaction de Tintin, en a signé une petite trentaine. Un petit galop d'essai avant de s'imposer comme dessinateur réaliste dans les pages de Spirou.

Franz aussi a longtemps hésité entre dessin réaliste et humoristique. Alors même qu'il se lançait sur les traces de Jugurtha, il amusait les lecteurs de Tintin avec Korrigan, des histoires complètes écrites par Vicq. Frais, sans prétention, cette série a rencontré un joli succès. Mais il a fallu que Franz choisisse. Son amour des chevaux et des belles femmes a certainement fait pencher la balance vers Jugurtha et Lester Cockney.

Autre débutant des années 70 devenu un dessinateur reconnu aujourd'hui : Renaud. Sa première série a surtout marqué les esprit par la complexité du scénario. Aymone, héroïne sortie de l'imagination de Jean-Marie Brouyère, évoluait dans des décors enneigés au milieu de nombreux militaires. Une belle jeune femme, toute en formes. Renaud a continué dans cette voie, dénudant de plus en plus ses personnages féminins, notamment la sublime Jessica Blandy sur un scénario de Jean Dufaux.

korrigan01_01102003.jpgCes débuts hésitants de dessinateurs ont parfois été réédités en album bien des années après leurs publications dans les revues. Certains sont totalement introuvables comme les gas de Modeste et Pompon. Heureusement, le site officiel de Griffo a exhumé ces planches que l'on peut visionner dans un « musée des antiquités ». Pour ma part, toutes ces BD sont encore bien présentes dans ma mémoire tant elles m'avaient marqué, par leurs défauts ou leurs différences.

A l'inverse, la vieillesse a parfois joué des tours à certains auteurs qui ont lentement perdu leur coup de crayon. Exemple avec Raymond Macherot. Son trait, très classique, au sommet de sa carrière, est devenu tremblant et hésitant dans les dernières années. Il n'a pas su s'arrêter à temps. Mais parfois, les dessinateurs n'ont pas le choix, même si leur santé est chancelante, ils doivent continuer à produire pour assurer les fins de mois. Ils sont rares ceux qui peuvent arrêter une série et profiter d'une retraite méritée. Berck (Sammy) et Deliège (Bobo) en font partie. Et pour ces deux derniers, on regretterait presque ce retrait du monde de la BD tant ils sont partis au sommet de leur art.

 

 

08/03/2009

Mes BD souvenirs (3)

relfrh006.jpgLire des BD est devenu pour moi une véritable drogue. Notamment les BD franco-belges. Et en bon camé, je me souviens parfaitement de mon premier "fix". C'était aux Nouvelles Galeries de Langon, magasin peu sympathique et vieillot mais qui avait un petit rayon livres. Toujours fasciné par mon premier album de Tintin, je remarque dans le présentoir un gros album de Tintin. Mais pas des aventures du héros de Hergé. Un recueil de l'hebdomadaire. En couverture, la photo de Belmondo devant une vieille Rolls, dans le coin en bas à gauche un dessin de Michel Vaillant de Graton. A l'intérieur, ce sont une dizaine de numéros permettant de lire quatre grandes histoires à suivre. Une de Ric Hochet : "Le signe de la peur", Luc Orient : "Le 6e continent", Olivier Rameau : "L'oiseau de par-ci par-là" et Michel Vaillant. C'est surtout l'histoire de Luc Orient qui me marquera. Le héros était capturé par des hommes robots vivants au cœur d'une montagne comme des fourmis. Je me régalais également des gags. Robin Dubois était mon héros préféré (j'adorais les chevaliers teutoniques) avec Cubitus. Les récits complets complétaient mon mon bonheur, notamment ceux de Dani Futuro de Gimenez et Mora. Ce duo espagnol m'a initié à la science-fiction, genre que je ne connaissais pas du tout. Autre découverte, les histoires de Korrigan, dessiné par Franz dans sa période comique. Un immense dessinateur qui a mis du temps à s'affirmer, de Jugurtha aux Fous de Kaboul.
tintin rififi.jpgJ'ai passé des heures et des heures à lire ce recueil, le 6e de la série Hebdoptimiste. J'ai même réussi à persuader mes parents d'acheter le 7e. Avec là aussi quelques belles découvertes de Tounga à Rififi. Cette dernière série de Mouminoux m'a longtemps interpellé dans un gag que j'ai mis des années à comprendre. Rififi, toujours geignard et malheureux, acceptait de jouer à pile ou face. Et il perdait tout le temps. Car on lui annonçait : "Pile je gagne, face tu perds". J'étais naïf, pas très dégourdi. Et c'est en lisant ces BD que je me suis petit à petit ouvert au monde. Mon imaginaire s'est formé, s'est enrichi. Ces deux recueils étaient le début de ma collection. J'arrivais à argumenter pour que l'on m'abonne. Ce fut fait durant l'année 1975. Depuis je n'ai jamais cessé de recevoir Tintin chez moi chaque semaine jusqu'à la disparition de ce journal qui aura marqué bien des générations, dont la mienne.
Mais comme tout lecteur de Tintin, un jour j'ai été tenté de regarder ce que faisait le grand concurrent, Spirou. Pas de chance, j'ai adoré et doublé ma dose de drogue hebdomadaire.
(A suivre dimanche prochain)

PS : Je n'ai plus mes deux recueils de Tintin. Je raconterai par ailleurs comment je les ai "perdus"... Je me suis rafraîchi la mémoire grâce au site "BDoubliées" qui est la première adresse internet que je regarde chaque matin, pour la couverture du jour, celle d'un Tintin ou d'un Spirou, souvent des années 80. Un site idéal pour les nostalgiques et les collectionneurs.
Autre site très complet, notamment pour les couvertures : Le journal de Tintin

18/01/2009

Franz, l'Irlandais

Irish Samrock song.jpg


Trop souvent, des dessinateurs talentueux tombent dans l'oubli dès qu'ils n'ont plus de nouveautés dans les bacs. A plus forte raison quand ils meurent. Franz s'est éteint en 2003, mais son œuvre reste vivace, d'autant que les éditions du Lombard ont la bonne idée de régulièrement rééditer les meilleures histoires de ce conteur sans pareil. C'est le cas avec l'intégrale de la jeunesse de Lester Cockney, 128 pages qui rejoignent la collection Signé. Franz a débuté sa carrière en 1969. Des histoires courtes réalistes dans les pages de Spirou et Tintin. Il reprend le dessin de Jugurtha après l'immense Hermann. Il va faire ses classes dans ces histoires, parfois décousues de Jean-Luc Vernal. Il aime dessiner les femmes fières et libres, les chevaux, les espaces infinis et vierges. En se lançant, en solo, dans les aventures de Lester Cockney (série qui s'appelait à l'origine "Les fous de Kaboul"), il va franchir une étape supplémentaire dans sa carrière. De bon artisan, il passe à créateur authentique au talent reconnu.
Lester Cockney voyagera à travers toute la planète, achevant son périple en Amérique. Mais son enfance, c'est dans l'Irlande qu'il la passe. Cette enfance au centre de cette intégrale reprenant "Irish Melody" et "Shamrock Song" datant de 1994 et 1996. Le dessinateur trouvera l'inspiration dans ces verdoyantes collines irlandaises, peuplées de familles aux mœurs rudes. Un apprentissage de la vie qui explique le besoin de liberté d'un Lester devenu adulte. Une ballade à redécouvrir et qui n'a pas pris une ride.
"Irish Melody" et "Shamrock Song", Le Lombard, 20 €


06:19 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : franz, lombard