22/03/2017

Cinéma : Les Catherine (Frot et Deneuve) au carré dans "Sage femme"


SAGE FEMME. Deux femmes, l’une sage, l’autre moins, vedettes du film de Martin Provost.


Le constat est de Martin Provost, scénariste et réalisateur de « Sage femme » : « Le casting dans un film, c’est presque plus important que la technique. » Pour son film sur la rencontre entre deux femmes que tout oppose, il a écrit l’histoire en pensant, d’emblée à Catherine Frot et Catherine Deneuve. Un projet risqué car il n’est jamais évident de convaincre des actrices de rejoindre une production.
Par chance, il a su les convaincre et leur permettre d’interpréter ces deux personnages forts. Pourtant leurs techniques sont radicalement différentes selon le réalisateur. « Catherine Frot est très structurée, tout doit être clair dans sa tête, alors que Catherine Deneuve est comme une équilibriste, elle est dans l’instant, la vérité de l’instant. » Deux tempéraments opposés, comme dans le film, qui finalement se complètent, se bonifient.
Claire (Catherine Frot), est sagefemme dans une petite maternité sur le point de fermer. Elle vit simplement pour son métier avec passion et dévouement. Quand elle reçoit un appel de Béatrice (Catherine Deneuve), elle préfère dans un premier temps l’ignorer. Cette femme, l’ancienne maîtresse de son père, ne lui a laissé que de mauvais souvenirs. Sa bonté cependant lui impose de la rencontrer. Elle se rend chez elle, dans Paris, découvre une femme encore très belle, mais taraudée par les remords. Un premier entretien froid. Béatrice a quitté le père de Claire du jour au lendemain. Il y a plus de 20 ans. Depuis plus une seule nouvelle.
Béatrice demande, l’air enjouée et désinvolte des nouvelles de cet homme, le seul qu’elle a aimé selon elle. Claire se braque, devient sèche. Et finalement décide de tout raconter, sans prendre de pincettes. Une vérité qu’elle lui crache au visage : peu de temps après son départ, son père s’est suicidé de chagrin, une balle dans le cœur.
■ Duo de rêve
On imagine le choc pour Béatrice. Mais aussi pour Claire, comme si la meurtrière de son père revenait la hanter. La richesse du film, son humanité, réside dans la personnalité de Claire. Sage-femme, elle aime la vie, donner la vie. Et malgré la douleur, sait pardonner. Car Béatrice, empêtrée dans des problèmes d’argent (elle a toujours joué et trop souvent perdu) lui demande de l’aide.
Les deux femmes vont se rapprocher et tenter de s’apprivoiser. Par nécessité pour Béatrice quand elle se retrouve à la rue, par compassion pour Claire. L’envie aussi de changer la direction de sa vie. Noyée dans son travail, elle s’est oubliée. Au contact de Béatrice elle va se redécouvrir et même tomber amoureuse d’un voisin (Olivier Gourmet), chauffeur routier libre et compréhensif.
Un formidable duo d’actrices, qui donne envie de vivre, d’oublier les soucis, de profiter des moments présents et de relativiser toutes ces rancœurs du passé ou incertitudes de l’avenir. Une superbe bouffée d’optimisme avec une histoire toute simple, preuve que le cinéma, parfois, sait étonner sans esbroufe. Mais pour cela on ne peut que donner raison à Martin Provost, le casting est important. Dans « Sage Femme » il est éblouissant. 
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Maternité, mères et accouchements
 
 

En fil rouge du film de Martin Provost, on découvre le métier de sage-femme et l’évolution des maternités françaises. Claire officie depuis plus de 20 ans dans ce service. Elle est devenue l’experte, celle qui a accompagné la naissance d’enfants comme cela se passe depuis la nuit des temps. Elle en a sauvé aussi beaucoup, apte à trouver toutes les solutions quand un problème surgit. Mais ce modèle semble passé de mode en France. Le service dans lequel elle travaille va fermer. Trop petit... Elle ne se retrouve pas au chômage. Au contraire son expérience est convoitée par le gros centre qui va récupérer les accouchements. Mais pour elle « hors de question d’aller travailler dans cette usine à bébé ».
Pour les besoins du film, l’actrice a appris les gestes pour aider une maman à mettre au monde. Et Martin Provost, particulièrement à cheval sur la réalité de ses images, a tenu à filmer de véritables accouchements. Un challenge pour Catherine Frot qui explique, dans le dossier de presse, « J’ai d’abord demandé à assister à des accouchements afin de savoir si je pourrais éventuellement avoir des gestes appropriés. J’ai réalisé que tout ça était finalement très naturel, très normal. J’ai pris ensuite des cours avec une ancienne sage-femme qui m’a fait répéter sur des mannequins. J’étais un peu inquiète à la première prise une fois sur le plateau, mais tout s’est merveilleusement bien passé. D’habitude, mon métier d’actrice m’oblige à être dans l’illusion et là j’ai dû aller au-delà de ça, sans état d’âme » Une « vérité » évidente dans le film qui dans ces séquences a des airs de documentaire.
Catherine Frot réalise l’exploit d’être crédible en toute occasion : quand elle tombe amoureuse, quand elle rejette Béatrice, quand elle apprend qu’elle va devenir grand-mère. Et quand elle aide de véritables bébés à naître...

01/03/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Jouer pour gagner

Certains comédiens n'exercent ce métier que pour briller. Ils rêvent du haut de l'affiche, de leur nom en lettres gigantesques, de récompenses suprêmes, de fans en délire. Malheureusement, pour l'immense majorité d'entre eux, leur égo démesuré ne va pas forcément de pair avec une notoriété planétaire.

Leonardo DiCaprio est talentueux. Personne n'en doute. Mais il n'avait jamais obtenu la petite statuette américaine. Comme pour conjurer le sort, il accepte le rôle principal particulièrement physique de « The Revenant ». Il enchaîne les rencontres avec la presse du monde entier avec deux anecdotes répétées inlassablement : j'ai dormi dans la carcasse d'un cheval mort et mangé du foie de bison cru.

A l'écran ses péripéties paraissent longuettes, mais marchent à la perfection. Pourtant Matt Damon dans « Seul sur Mars » ou Eddie Redmayne et son extraordinaire transformation dans « The Danish Girl » auraient largement mérité eux aussi de monter sur scène dans la nuit de dimanche à lundi.

Deux soirs avant, Catherine Frot reçoit enfin le césar. Toujours nommée, jamais récompensée, l'actrice n'a jamais désespéré de l'emporter. Pourtant elle aurait pu elle aussi rater la marche supérieure face aux performances de Cécile de France dans « La belle saison » ou de Loubna Abidar dans « Much loved ». Deux films plus politiques (libération des femmes et prostitution au Maroc) que la comédie de Xavier Giannoli sur cette Castafiore (« Margueritte ») à la voix de casserole.

Finalement, Frot et DiCaprio, même combat, même victoire.

17/09/2015

Cinéma : "Marguerite", la cantatrice folle

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Rôle d'envergure pour Catherine Frot, interprète de Marguerite, bourgeoise passionnée de chant, ridicule mais aussi touchante dans le film de Xavier Giannoli.

Souvent nommée, jamais récompensée, Catherine Frot devrait enfin remporter le César de la meilleure actrice en 2016. Sa performance dans Marguerite de Xavier Giannoli place la barre très haut. La détrôner sera très compliqué. Du moins c'est l'impression qui domine après avoir vu ce film dense et touchant, superbe portrait d'une femme fragile, entre naïveté et folie.

 

 

Marguerite Dumont est riche. Elle est aussi noble depuis son union avec Georges (André Marcon), baron mais surtout ingénieur sans le sou. Avec ses millions, en plus d'entretenir le château et la cohorte de domestiques, Marguerite s'investit dans les bonnes œuvres. Sous prétexte de collecter des fonds pour les orphelins de la guerre (l'action débute en 1920), elle organise des galas dans sa demeure fastueuse. Quelques chanteurs professionnels se produisent, mais l'attraction, la vedette, c'est elle. Marguerite ne vit que quand elle chante. Et reçoit des applaudissements. Mais Marguerite chante faux, irrémédiablement, désespérément, abominablement faux. Qu'importe, elle récolte toujours des bravos de ses amis très intéressés.

Interprétation sans fausses notes

Xavier Giannoli, en plus de cette intrigue permettant quelques saillies comiques du plus bel effet, profite également du cadre historique pour faire le portrait des quelques artistes qui tentaient à l'époque, déjà, de faire exploser les limites de l'art. Un journaliste, une chanteuse et un artiste multicartes donnent une bouffée de jeunesse au film. À Marguerite aussi qui se met en tête de donner un véritable récital, dans un théâtre avec un véritable public.

Panique du mari et de ses amis. Le ridicule peut faire beaucoup de tort. Marguerite ira même jusqu'à s'assurer les services d'un chanteur d'opéra interprété par un Michel Fau d'une rare humanité. Toutes les hésitations des proches de Marguerite sont concentrées dans ce personnage. Son honnêteté devrait le pousser à lui avouer qu'elle chante comme une casserole. Sa vénalité le pousse à continuer, quitte à perdre encore un peu de crédibilité dans son milieu. Plus le récital approche, plus le film devient pesant.

Si on rit au début du film des vocalises criardes de la Castafiore en puissance, on redoute de plus en plus sa confrontation avec le public. D'autant que certains n'achètent les places que dans l'intention d'aller voir un phénomène de foire. Marguerite, de pathétique, en devient touchante. Cela par la magie de l'interprétation de Catherine Frot, parfaite de bout en bout.

07:35 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marguerite, frot, giannoli