28/05/2017

BD : Les religions de la haine

 


Nous sommes en état d’urgence pour cause de terrorisme religieux. Certains parlent de guerre. Ils devraient lire cette série historique de Richelle et Wachs sur la persécution des réformistes par les catholiques. En 1557, les écrits de Calvin gagnent en renommée. Le roi de France, Henri II, veut éradiquer l’hérésie. La police pourchasse les réunions clandestines et torture les pasteurs, imprimeurs ou libraires qui diffusent cette pensée. Dans « Les guerriers de Dieu », un noble désargenté est soupçonné d’hérésie. Il va sauver sa vie, mais ce ne sera pas le cas des autres personnes découvertes avec lui lors d’une réunion dans une cave. Il voulait voir. Il a surtout pris conscience de l’intolérance des Catholiques. On découvre qu’il y a quelques siècles, les « bons » n’étaient pas du même côté et qu’avant de prôner amour et pardon, le clergé aimer torturer et brûler en place publique…
➤ « Les guerriers de Dieu » (tome 1), Glénat, 14,50 € 

20/04/2017

BD : Femmes en quête de liberté au Maroc



Roman graphique tout en couleurs directes (style aquarelles lumineuses), « Morocco Jazz » est la première BD en solo de Julie Ricossé. Elle signe textes et dessins de cette histoire de jeunes femmes prises dans la tourmente de l’indépendance du Maroc en 1954. Louise, jeune Française vivant seule avec sa mère malade, est amoureuse d’un gendarme. Elle s’imagine mariée, des enfants, dans ce pays ensoleillé et joyeux. Mais c’est sans compter sur les velléités d’indépendance du peuple marocain. Avec deux de ses meilleures amies, une apprentie cambrioleuse et la femme d’un avocat autochtone, elle est au centre d’événements violents et dramatiques. Cette histoire est racontée avec un point de vue actuel, car Louise, de nos jours, se retrouve involontairement plongée dans ce passé qu’elle désire oublier et qui a radicalement changé son avenir. Finement dessiné, le récit vaut aussi par la vision très négative de l’action de certains militaires français, colons avides de pouvoir et déterminés à écraser cette indépendance naissante. Mais à quel prix ?
➤ « Morocco Jazz », Vents d’Ouest, 19,50 €

01/04/2017

BD : soldat et "vétéran" à la dérive


Qui est Maxime Danjou ? Qu’a-t-il à voir avec Théodore Brunoy ? « Le Vétéran », nouvelle série historique de Frank Giroud (lui aussi un « vétéran », mais de la BD) et Mezzomo (dessinateur de la regrettée série Luka) entraîne le lecteur dans la Normandie de 1815, après Waterloo. Maxime est persuadé d’avoir été blessé dans la bataille. Il porte effectivement une cicatrice à la tête, mais une femme, son épouse, affirme qu’il s’appelle Théodore. Il se rend dans son manoir et semble comme dans un mode étranger. Pourtant tout prouve qu’il est bien ce riche propriétaire terrien… Il va devoir enquêter sur le passé de cet homme pour se réapproprier son identité. Une intrigue complexe et passionnante, telle un cauchemar éveillé qui verra sa conclusion dans la seconde partie.
➤ « Le vétéran » (tome 1), Glénat, 14,95 € 

09:34 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vétéran, giroud, mezzomo, glénat

04/03/2017

BD : Irena, héroïne du ghetto de Varsovie

 


Le décalage est étonnant. Mais vite dépassé par la force du récit. Décalage entre le dessin très simple de David Evrard (mieux connu sous le pseudonyme de E411) et le récit du combat d’Irena Sendlerowa en faveur des enfants du ghetto de Varsovie en pleine guerre mondiale. En mars 1941, tous les Juifs de la capitale polonaise sont parqués dans le centre-ville. Interdiction pour eux de sortir. Famine et maladies font des ravages. Seuls les bénévoles du département d’aide sociale ont le droit d’aller les aider. Parmi eux Irena, jeune femme dévouée et courageuse. Face à l’innommable, elle se rebelle et malgré le danger, fait sortir clandestinement des enfants de cet enfer imaginé par les nazis pour exterminer à petit feu tout un peuple. Un biopic prévu en trois tomes, indispensable au fameux devoir de mémoire destiné aux générations futures.
➤ « Irena » (tome 1), Glénat, 14,95 €

09:38 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irena, evrard, morvan, glénat

25/02/2017

BD : Oublier les malheurs de l’enfance




Espé, après avoir illustré des séries réalistes scénarisées par Corbeyran (Le Territoire, Sept jours pour une éternité ou Châteaux Bordeaux), délaisse ces mondes imaginaires pour se pencher sur une histoire triste et dramatique : la sienne. Il a huit ans et sa maman est souvent absente. Elle fait des crises. Seule solution : l’hospitaliser dans une clinique psychiatrique. Sous forme de petites histoires courtes, il raconte comment il vit cette situation si compliquée. Une mère entre folle hystérique et zombie rendue amorphe par les médicaments. Mais il a quand même de beaux moments, comme cette balade en famille au Pic de Nore près de Carcassonne. Rarement une BD parvient à ce point à émouvoir le lecteur. Une réussite qui en plus se termine sur une note optimiste avec la naissance du premier enfant de l’auteur, dans une maternité d’Ariège où il a décidé de s’installer avec sa petite famille.
➤ « Le perroquet », Glénat, 19,50 € 

09:17 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : perroquet, enfance, espé, glénat

12/02/2017

BD : Drogue et colonisation

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La grandeur de la France, c’est du passé. Mais il y a encore moins de deux siècles, notre pays était gouverné par un empereur qui n’hésitait pas à s’allier avec le royaume d’Angleterre pour se partager les restes du monde. 1859. Napoléon III lance une expédition militaire vers la Chine. L’envie d’en découdre est forte. Les Chinois, malgré un traité, tuent les missionnaires européens. Une bonne occasion pour lancer l’offensive. François Montagne, jeune soldat français un peu trop idéaliste, se retrouve au cœur de cette guerre qui a l’opium comme véritable moteur. De la grande aventure écrite par Alcante et Bollée, dessinée par Xavier Besse à la technique encore perfectible mais excellent dans les grandes mises en scène spectaculaires.

➤ « Lao Wai », Glénat, 13,90 € 

 

28/01/2017

Angoulême, un festival de nouvelles bandes dessinées

BANDE DESSINÉE. Dans moins d’une semaine Angoulême va se transformer en capitale mondiale de la BD. Petit tour d’horizon des nouveautés d’un secteur en pleine expansion.

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Les grands anciens sont toujours à la mode. Après Blake et Mortimer, Tintin ou Lucky Luke, Spirou est en vedette en ce mois de janvier. Pas le héros « officiel » de Vehlmann et Yoann mais celui de la collection parallèle donnant carte blanche à des auteurs confirmés pour proposer leur vision du héros rendu si populaire par Franquin. « Le maître des hosties noires » est la suite de « La femme léopard » de Yann et Schwartz. Les deux auteurs ont décidé de replonger le jeune groom vêtu de rouge dans le Bruxelles d’après-guerre, dans un style rappelant celui de Jijé. Spirou et Fantasio sont au Congo. Accompagnés de la jeune et très jolie Aniota, Africaine qui ne laisse pas Fantasio indifférent, ils veulent rejoindre la province de l’Urungondolo, là où vit la tribu des femmes-léopards. Mais en 1947, peu de temps après la fin de la guerre en Europe, un dictateur local entre en rébellion contre l’ordre colonial belge. Il enrôle un sorcier capable d’animer des fétiches, les transformant en robots-gorilles indestructibles.

Il a également un grand projet : rayer la Belgique de la carte de l’Europe. Pour cela il demande à des savants allemands en fuite de lui construire une bombe avec l’Uranium extrait des mines de sa province.

Autour de cette intrigue dramatique, Yann laisse libre cours à son humour décapant. Il dynamite avec un plaisir évident l’esprit colonial et la folie des nazis. Sans compter les dizaines de clins d’œil à la fameuse BD franco-belge. Un style dans lequel Olivier Schwartz excelle. Il actualise le trait de Jijé, avec un soupçon de Chaland et des compositions de planches d’une clarté exceptionnelle.

■ Un trio pour le Grand Prix

Olivier Schwartz présent à Angoulême le week-end prochain sera sans doute très sollicité par les fans. Son album devrait rapidement gravir les échelons dans les classements des meilleures ventes. Il n’est cependant pas dans la sélection finale dans la compétition du meilleur album de l’année. Une compétition très ouverte, même si deux titres se détachent du lot, « Shangri-La » de Mathieu Bablet chez Ankama et « La légèreté » de Catherine Meurisse aux éditions Dargaud.

Pour le Grand Prix, décerné par l’ensemble de la profession, après un premier vote pour ne garder que les « meilleurs », il ne reste plus que trois noms pour succéder à Hermann (lire ci-dessous). Trois immenses auteurs à la tête d’œuvres ambitieuses et reconnues de tous. Le choix sera particulièrement difficile entre Chris Ware, Cosey et Manu Larcenet.

Ware est le génial américain qui ne se prive d’aucune expérience comme dans « Building Stories » récompensé du prix du Jury en 2012. Cosey, déjà sélectionné l’an dernier dans le trio final, est de nouveau de la partie. Il a signé un étonnant album avec Mickey en vedette l’an dernier. Reste Larcenet, le petit prodige qui a débuté avec des histoires absurdes dans Fluide Glacial puis est devenu un des maîtres du noir et blanc. Sa trilogie, « Blast », est devenue un classique du roman graphique.

Qui sera président ? Réponse le mercredi 25 janvier, à la veille de l’ouverture du 44e festival d’Angoulême.

➤ « Le maître des hosties noires », Dupuis, 14,50 €

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■ LES ALBUMS PHARES DU FESTIVAL

Bouzard dépoussière Lucky Luke

Après Mathieu Bonhomme, c’est Guillaume Bouzard qui a eu carte blanche pour imaginer une aventure décalée de Lucky Luke le cowboy créé par Morris. On retrouve tout ce qui fait le charme de la série, avec l’absurde en plus. Le cow-boy solitaire se brouille avec son cheval, les Dalton lui demandent son aide et Averell... veut se faire poser un anneau gastrique. Du grand n’importe quoi, finement dessiné dans ce style inimitable de jeté-lâché propre au dessinateur de Plageman et Mégabras.

➤ « Jolly Jumper ne répond plus », Lucky Comics, 13,99 €

Puppy, le petit chien zombi

Après avoir illustré Albert Cohen, Luz continue ses recherches tous azimuts. Il signe un très étrange album de plus de 250 pages grand format, entièrement muet. Dans un cimetière pour animaux, une patte sort de terre. C’est Puppy, chien récemment enterré dans ce lieu si tranquille. Puppy ne comprend pas, il perd la tête (au propre) et court après sa truffe. Le chien zombi explore les différentes tombes, redoute les chats errants et va tenter la grande aventure chez les humains. D’une grande beauté, cet album est une nouvelle pierre à la carrière en mouvement de Luz, ancien de Charlie qui a définitivement tourné la page du dessin d’humour.

➤ « Puppy », Glénat, 19,50 €

Série noire à la suédoise

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Tout dessinateur en rêve : une collection à son nom. Philippe Berthet a obtenu cette faveur et puise parmi les meilleurs scénaristes du moment pour signer des histoires complètes très noires. Sylvain Runberg lui a écrit un polar suédois aux airs très américains. Une partie de l’intrigue se déroule au cours du Motorcity, festival mêlant vieux groupes de rock et voitures américaines des années 60. Un milieu que connaît bien l’héroïne, une policière fraîchement sortie de l’école.

➤ « Motorcity », Dargaud, 14,99 €

Amours multiples à Montréal

Julie Maroh a frappé un grand coup dans le monde de la BD souvent très masculine avec son « Le bleu est une couleur chaude ». Succès de librairie devenu film culte sous le titre de « La vie d’Adèle ». Militante de la cause LGBT, elle revient avec un gros recueil d’histoires courtes ayant pour point commun l’amour. L’amour sous toutes ses formes. Dans une préface explicative elle s’insurge contre le cliché « un homme une femme » et va beaucoup effectivement plus loin dans les combinaisons. Beaucoup de tendresse dans ces récits se déroulant à Montréal, ville libre et joyeuse, quelle que soit la période de l’année.

➤ « Corps sonores », Glénat, 25,50 €

L’Afrique de Jean-Denis Pendanx

Pour son premier album en solo, Jean-Denis Pendanx plante ses pinceaux dans cette Afrique qu’il aime tant. Sur plus de 110 pages on suit l’initiation de Kémi, très loin, vers le delta du Niger, un périple étourdi de croyances et de fétichisme, une quête magnifique et tourmentée.

➤ « Au bout du fleuve », Futuropolis, 20 €

 

21/01/2017

BD : Inépuisable imagination de H. G. Wells

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Considéré par beaucoup comme l’inventeur de la science-fiction, H. G. Wells n’en finit plus d’inspirer les auteurs de BD. Et cette fois c’est une collection complète consacrée à son œuvre qui est lancée par les éditions Glénat. Un seul scénariste pour adapter ces textes, Dobbs, mais plusieurs dessinateurs pour assurer une parution soutenue. Six titres sont annoncés d’ici juin. Les deux premiers permettent de se faire une idée de la philosophie de l’ensemble. Pas de trahison de l’œuvre, au contraire, une grande fidélité est de mise. La machine à explorer le temps, dessinée par Mathieu Moreau, tient en un seul volume. Le héros et inventeur veut convaincre ses amis sceptiques. Lors d’un repas, il s’absente durant quelques minutes. Des minutes qui en réalité durent des mois pour celui qui a découvert l’avenir de notre planète. Même si l’on connaît tout des ressorts de l’aventure, on se laisse prendre par cette magie indémodable. Il en va de même pour « La guerre des mondes » dessinée par Vicente Cifuentes qui verra une seconde partie paraître en mars avec « L’homme invisible » et « L’île du docteur Moreau ».

➤ « La machine à remonter le temps » « La guerre des mondes », Glénat, 14,50 €

 

17/12/2016

BD : Mercenaires humanitaires

Le discours officiel est toujours le même : « Pas de paiement de rançon en échange de la libération d’otages ». La réalité est souvent différente. C’est le début du premier tome de « Tiago Solan », série écrite par Nathalie Sergeef et dessinée par Fabio Pezzi. Tiago Solan, militaire français en mission en Afghanistan, a pour mission de récupérer des otages occidentaux. L’opération se déroule sans le moindre problème. Comme si tout était arrangé à l’avance. Seul problème, un des hommes de Solan perd une jambe sur une mine antipersonnelle. Trois années plus tard, de retour dans le civil, l’ancien militaire est contacté par une journaliste italienne. Elle veut qu’il l’(aide à coincer l’homme qui a négocié avec les ravisseurs. Car il y avait bien un rançon et il en a touché une bonne partie. Histoire de vengeance, d’humanitaire et de mercenaires, la série est digne des meilleurs films d’actions américains.

➤ « Tiago Solan » (tome 1), Glénat, 13,90 € 

 

 

 

27/11/2016

BD : La musique des Dieux

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Le postulat de base de cette série très personnelle de Kieron Gillen (X-men, Star Wars…) est d’une simplicité extrême : les rockstars sont les nouveaux Dieux. Dessinée par Jamie McKelvie, « The Wicked + The Divine » raconte comment une simple groupie va se retrouver au centre d’un combat sanglant entre Dieux. Elle admire Luci (le clone de David Bowie) mais cette dernière se retrouve emprisonnée car suspectée d’avoir tué de simples mortels. Il y aussi l’intervention d’une simili Beyoncé, d’un Prince... Mais ces Dieux savent que leur temps est compté. Car s’ils sont adulés et célèbres, leur présence sur terre se limite à quelques années. Une immortalité qui passe par de multiples réincarnations. Pas toujours simple à comprendre, cette BD passionnera ceux qui connaissent leurs classiques rocks par cœur.

➤ « The Wicked + The Divine » (tome 1), Glénat, 17,50 €

 

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