18/05/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le Goncourt ? Non, merci !

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Les rebelles et autres énervés qui vilipendent notre société mercantile ont peut-être trouvé leur nouveau héraut. Âgé de 31 ans et vivant en Normandie, Joseph Andras vient de publier chez Actes Sud « De nos frères blessés », l'histoire vraie du militant communiste Fernand Iveton, seul Européen condamné à mort par la justice française durant la guerre d'Algérie. A peine sorti, le livre est immédiatement apprécié, notamment par le jury Goncourt qui lui décerne le prix du premier roman.

Cela n'a pas l'heur de plaire à Joseph Andras. Il publie un communiqué pour refuser son prix. Explication : « La compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à l'écriture et à la création. » Boum, prends ça dans les dents Goncourt ! Une posture pour attirer encore plus les regards vers lui, pensez-vous. Grave erreur. Joseph Andras, qui refuse toute sollicitation des médias (pas une interview et encore moins de détails sur sa vie privée) se place bien au-dessus de la société de consommation classique : « Seulement le désir profond de s'en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés » précise-t-il dans le communiqué pour justifier son refus du pourtant très renommé (et encore plus rémunérateur) prix Goncourt.

Il ne risque pas de se faire d'amis dans le milieu parisien de l'édition. Par contre, chez les militants de gauche et autres idéalistes qui passent leur « Nuit Debout », sa cote va monter en flèche. Même si cet écrivain, vu ses débuts tonitruants, ne semble pas du tout « récupérable » par quelque bord que ce soit.

 

07:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : goncourt, actes sud, andras

09/11/2012

Chronique : Bilboquet Magazine, l'humour, le vrai

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Enfoncé Charlie Hebdo, ridiculisés les Canteloup, Gerra et autres amuseurs radiophoniques, dépassé le Groland. L'humour, le vrai, est à découvrir sur le site « Bilboquet Magazine ».

 

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Ses concepteurs acquièrent une certaine notoriété grâce à un article, totalement inventé mais plus vrai que nature, sur une association de « personnes démunies » furieuses contre les Enfoirés. Truffé de témoignages, le reportage  semble donner, pour la première fois, la parole à ces pauvres désireux de « récupérer leur dignité musicale. » En résumé : « Aujourd’hui on n’a plus le droit ni d’avoir faim, ni d’avoir froid, mais surtout de laisser chanter Maurane et Catherine Lara ». Halte aux « chanteurs carrément has been », les Enfoirés doivent s'ouvrir à des interprètes plus talentueux comme « Radiohead, Arcade Fire, ou Lady Gaga. »

Beaucoup tombent dans le panneau. Des internautes laissent des commentaires scandalisés : « Ils feraient mieux de faire profil bas... » « Trop facile de dénigrer », certains journaux reprennent l'information au premier degré. Pourtant, les autres articles de Bilboquet Magazine sont sans équivoque. « Le prix Goncourt décerné au manuel utilisateur de l’iPad 3 », son auteur, Li Xiao Xiao est « un stagiaire chinois âgé d’à peine 37 ans, en poste chez Apple depuis 4 ans. » Encore plus farfelu, « Un Français champion du monde du lancer de boulette de papier dans une corbeille de bureau » avec un jet de « 64 mètres, sans bouger de sa chaise ».

Vous voulez rigoler ? Lisez le Bilboquet !

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant

23/11/2010

Prix littéraires : Houellebecq et les autres

Le Goncourt de Michel Houellebecq a fait de l'ombre aux autres lauréats des prix littéraires 2010. Revue de détail.

 

Goncourt.jpgEnfin ! Michel Houellebecq reçoit enfin le Prix Goncourt. Annoncé comme grand favori depuis la rentrée, Michel Houellebecq est couronné ce lundi 8 novembre après un seul premier tour du jury par le plus prestigieux des prix littéraires français. Pourtant, « La carte et le territoire » publié par Flammarion n'est que le cinquième et dernier roman de cet auteur qui sait cultiver le scandale et le mystère. Véritable « showman » sur les plateaux télé, il s'amuse à provoquer, embrouiller ses interlocuteurs, jouer avec eux comme un chat avec une souris. Le roman primé est beaucoup moins sombre que ses précédents écrits. Il se met en scène, se permettant même de se « tuer » sans vergogne...

Déjà en tête des ventes, ce prix (pas forcément mérité cette année mais cela corrige les injustices flagrantes des précédentes sélections) va encore booster un titre déjà traduit dans une trentaine de langues. Un bon début pour aborder l'œuvre « houellebecquienne » dans son ensemble.

 

Despentes et Barcelone

renaudot.jpgLe Renaudot, second prix le plus prestigieux (ou le plus vendeur, c'est selon...) est allé à Virginie Despentes pour son roman « Apocalypse Bébé », locomotive de la rentrée littéraire chez Grasset. Cette fois, c'est une reconnaissance qui arrive à point nommé. L'ancienne égérie trash qui a connu la célébrité avec « Baise-moi » garde les fondamentaux de son univers, avec cependant un peu plus de recul. « Apocalypse bébé » se déroule en grande partie à Barcelone. Page 169, un des personnages y donne ses impressions sur la capitale catalane et ses habitants : « Elle n'est pas faite pour la Catalogne. (...) Elle pensait s'installer dans la ville la plus californienne d'Europe, et elle se retrouve entourée de paysannes mal refaites, inaptes à l'élégance qui parlent fort dans leurs portables et ne savent pas se maquiller. » Et quelques lignes plus loin, ce sont les hommes qui en prennent pour leur grade : ils sont « courtauds, après vingt ans ils perdent leurs cheveux. Ils ne sont ni séducteurs, ni beaux parleurs ni dragueurs et ils sont ventrus avant quarante ans.. l'addition est lourde au final. » Cet extrait, sorti de son contexte, ne donne pas du tout une réelle idée du roman (beaucoup plus profond et sérieux que ces considérations superflues), mais contribue à l'idée de plus en plus répandue que Barcelone n'est plus la ville à la mode.

 

Deuxième prix pour Flammarion

Femina.jpgLa bataille a été très rude pour le Fémina. « La vie est brève et le désir sans fin » (chez P.O.L.) a finalement obtenu sept voix au sixième tour de scrutin contre six à Claude Arnaud pour « Qu'as-tu fait de tes frères ? » (chez Grasset). Le même Claude Arnaud a également raté, toujours d'une voix, le Prix Interallié finalement décerné à Jean-Michel Olivier pour « L'amour nègre » aux éditions de Fallois. L’auteur retrace sur un ton à la fois acide et drôle le parcours d’un petit Africain adopté par un couple de stars hollywoodiennes.

Unanimité par contre, et dès le premier tour, pour « Naissance d'un pont » de Maylis de Kerangal (aux éditions Verticales) qui s'octroie le Médicis. Ce livre part d'une ambition à la fois simple et folle : raconter la construction d'un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d'une dizaine d'hommes et femmes, tous employés du gigantesque chantier.

Enfin « l'anti-Goncourt », le prix Décembre, est revenu à Frédéric Schiffter, l’auteur de « Philosophie sentimentale ». Une seconde récompense pour Flammarion qui a fait son grand retour dans la cour des grands. Par contre c'est une rentrée blanche pour Gallimard et le Seuil, désespérément absents de ce palmarès.