06/05/2016

DVD et blu-ray : Le capitalisme se mord la queue dans "The Big Short"

big short, mckay, pitt, bale, carell, gosling, paramountPire que les attentats de septembre 2001, la crise des subprimes aux USA a failli mettre tout un pays à genoux en 2007. Un scandale financier aux répercussions mondiales, jetant des millions d'Américains à la rue, incapables de rembourser les emprunts immobiliers généreusement attribués par des banques totalement dénuées d'éthique. Cette bulle financière est au centre du film d'Adam McKay intitulé "The Big Short" et sous-titré "Le casse du siècle". Les sommes en jeu sont astronomiques. Ce ne sont pas quelques millions de dollars que certains traders ont perdus (ou gagnés) en spéculant, mais des dizaines de milliards.

La distribution est époustouflante. Le carré d'as d'Adam McKay est composé de Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling et Brad Pitt. Le premier interprète le Dr Michael Furry, un gestionnaire de fonds. Le seul, bien avant tout le monde, à avoir pris conscience de la fragilité de ces obligations composées de prêts "pourris". Cet homme asocial, qui ne sait pas interagir avec les autres humains, ne comprend qu'une seule chose : les chiffres. Il a décortiqué des milliers de prêts hypothécaires pour se persuader que tout cela n'était pas viable. Après quelques projections, il a la certitude que tout va s'écrouler en 2007.

 

D'autres ont la même démarche. Mark Baum (Steve Carell), investisseur certainement trop idéaliste, trouve là une occasion rêvée pour dénoncer l'inconscience des banques, aidées dans leur "complot" par les agences de notation. Enfin deux jeunes geeks (John Magaro et Finn Wittrock) sentent eux aussi le coup parfait pour profiter de la cupidité d'un système en roue libre. Le paradoxe de toute cette affaire, c'est que les seuls qui ont eu l'intuition de l'arnaque, vont eux aussi profiter du système. En prédisant la chute des subprimes, ils savent que leurs mises de départ vont être multipliées par 100.

Face à la dégringolade du marché, le gouvernement US intervient, sauve les banques. Par contre il n'a rien fait pour les milliers de contribuables qui ont tout perdu. Le film d'Adam McKay dénonce aussi cet état de fait. Et surtout il annonce que loin d'avoir compris la leçon, certains organismes financiers ont mis en place de nouvelles obligations, copies conformes des subprimes. Quelques gagnants, des millions de perdants, telle est la logique de ce capitalisme triomphant.

"The Big Short, le casse du siècle", Paramount, 20 euros le DVD, 25 euros le combo DVD + blu-ray.

 

09/04/2015

Cinéma : « Lost River » ou les multiples cauchemars de Ryan Gosling

Une ville engloutie, une famille à l’agonie : les USA en noir.

 

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Première réalisation de l’acteur canadien Ryan Gosling, Lost River sous des airs de film fantastique, est en réalité une fable sociale sur cette partie de l’Amérique qui s’est enfoncée irrémédiablement dans la pauvreté après la crise financière. Tout débute par une envie de maison. Pour élever ses enfants. Billy (Christina Hendriks) accepte de faire un prêt pour acquérir cette villa en bois, plantée dans la banlieue de Detroit, la grande ville de l’automobile devenue un désert industriel. Rapidement elle ne peut plus payer les traites.

 

Casting de luxe

Son grand fils, Bones (Iain de Caestecker) vole du cuivre dans les bâtiments à l’abandon et le revend à un ferrailleur. Il joue aussi le rôle du père auprès de son petit frère Franky. Convoquée par son banquier, Billy est obligée d’accepter un emploi dans un cabaret proposant des sketches de grand-guignol et d’autres distractions, plus perverses. L’ensemble est sombre, inquiétant, morbide comme cette ville engloutie dans un lac artificiel. Parfois carrément traumatisant.

 

Pour son premier film, Ryan Gosling (le beau gosse peu bavard de Drive) n’a pas fait dans la dentelle. Il semble s’être directement inspiré de ses pires cauchemars pour écrire le script d’un film crépusculaire. Les personnages secondaires sont au diapason de l’ensemble. Rat (Saoirse Ronan), jeune fille un peu gothique, oublie de vivre pour s’occuper de sa grand-mère (Barbara Steele, légende du cinéma d’horreur du siècle dernier), une handicapée qui regarde en boucle le film super 8 de son mariage. Bones est aux prises avec Bully, petit voyou psychopathe agissant comme un dieu tout puissant sur son territoire en ruines. Bully interprété par Matt Smith, l’acteur anglais méconnaissable, à des années lumière de sa composition en Docteur Who. On trouve également au casting Réda Kateb. L’acteur français personnifie un chauffeur de taxi, plein de désillusion mais encore humain. Presque le seul de toute l’histoire.

Le film, de simplement noir, devient carrément angoissant quand toutes les situations critiques atteignent leur paroxysme en même temps. Un final où l’on se surprend à s’agripper fermement aux accoudoirs de son fauteuil, preuve que Lost River ne laisse pas indifférent, même si parfois ce n’est pas toujours agréable.

 

10:17 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gosling, lost river, pacte, joker