04/01/2017

De choses et d'autres : Espèces de célébrités

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Une nouvelle espèce d’araignée découverte récemment en Inde a été nommée « Eriovixia gryffindori » en référence au mage Godric Gryffindor des romans de la saga Harry Potter. Le corps de cet insecte a la forme du fameux « choixpeau », un chapeau ensorcelé pour répartir les nouveaux élèves de Poudlard.

Ce n’est pas la première fois qu’une petite bestiole est baptisée en hommage à une célébrité. On apprend ainsi selon « Le carnet scientifique » (éditions Grasset) de Mathieu Vidard que les araignées, très nombreuses, ont déjà dans leurs rangs de nouvelles venues dont le nom très rock est tiré des patronymes de Bono, Lou Reed ou David Bowie. Plus étonnant ce scarabée, dont le nom est une référence à Arnold Schwarzenegger car « le fé- mur de ses pattes médianes, particulièrement développé, rappellerait les biceps de l’acteur ». Les guêpes ne sont pas en reste : leurs piqûres sont plus ou moins graves si elles sont de la famille de Pink Floyd, Muse, Metallica ou Elvis Presley.

Reste la plus étonnante des petites bêtes, la Norasaphus monroeae baptisée en référence à Marilyn Monroe. Sa tête a une forme de sablier qui ressemble à la silhouette de la star hollywoodienne. Dernière précision, le Norasaphus monroeae est un trilobite, soit un « arthropode marins fossile ayant vécu durant le Paléozoïque ». Franchement, beaucoup moins sexy que l’interprète de « Certains l’aiment chaud »... 

 

20/12/2016

Dessin d'humour : le regard de Plantu sur 2016

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Que restera-t-il de 2016 ? Un 14 juillet sanglant ? La mort de quelques figures importantes du siècle dernier (Elie Wiesel, Rocard, Castro) ?

Plantu, en dessinant tous les jours un dessin en première page du Monde donne sa vision de ce monde en plein bouleversement. Alors mieux qu’une rétrospective exhaustive, le traditionnel recueil de ses traits d’humour et d’humeur permet de revivre cette année 2016. Et aussi d’y réfléchir. Car Plantu ne se contente pas de nous faire sourire avec ses Marianne, souris et autres papillons tricolores. Il tente aussi de mettre en perspective décisions politiques, retour et renoncement.

Découpées en chapitres thématiques (Europe, international, présidentielle), les 200 pages débutent par une longue préface dans laquelle l’auteur précise son combat pour la liberté de la presse. La liberté tout court. 

➤ « Debout ! », Plantu, Seuil, 18 €

 

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04/12/2016

Littérature : Histoire à ne pas jeter aux orties

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Un roman sur la puissance des mots. « Alice et les orties » de Julie Bonnie porte sur ces histoires qui nous permettent d’aller mieux. La narratrice, Alice, mariée, mère de deux enfants, décide de raconter une histoire pour ensuite la brûler. La mise en pratique d’une vieille légende. Seule dans sa maison, volets fermés, elle cherche les mots. Un exercice délicat « Je n’ai pas écrit une ligne. Ce ne sera pas si facile de se débarrasser de l’histoire, finalement. (…) Je ne comprends pas. La seule phrase qui m’obsède »

Entre conte féerique et introspection, ce court roman est richement illustré des dessins de Robin Feix, par ailleurs bassiste du groupe Louise Attaque.  

➤ « Alice et les orties », Julie Bonnie, Grasset, 14,90 €

 

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12/10/2016

Rentrée littéraire : L'enfance massacrée de Gaël Faye

Gabriel, 10 ans, a tout pour être heureux : famille aimante, copains. La guerre va tout bouleverser.

Le livre dont tout le monde parle en cette rentrée littéraire, « Petit pays » de Gaël Faye est un premier roman. Il est nominé dans quasiment tous les prix et ses ventes décollent. Un engouement général rarement constaté. Presque une autobiographie, l'histoire de Gabriel, petit franco-rwandais vivant au Burundi au début des années 90, a beaucoup de points communs avec la propre enfance de l'auteur. La première partie du roman a parfois des accents pagnolesques. Gabriel, avec ses meilleurs amis, jouent dans les terrains vagues, s'inventent des aventures au volant d'un combi abandonné, chapardent des mangues qu'ils revendent ensuite aux résidents de leur quartier, relativement aisé. Cela paraît presque trop beau. Mais très touchant aussi quand il raconte le repos des petits voleurs « Nos mais étaient poisseuses, nos ongles noirs, nos rires faciles et nos cœurs sucrés. C'était le repos des cueilleurs de mangues ».

gaël Faye, burundi, rwanda, hutus, tutsis, grassetOn se croirait presque dans la Guerre des boutons, version africaine. Mais la guerre, la craie, va s'inviter dans ce paysage idyllique. D'abord au Rwanda puis au Burundi. Tueries, massacres : les jeux vont tourner à l'aigre. Et c'est dans cette bascule que Gaël Faye marque le plus de points.

En racontant les angoisses de Gabriel il explique comment la peur et la folie meurtrière deviennent le quotidien. Pour Gabriel cela se traduit par d'étranges rêves, entre sécurité et cauchemar, « J'ai rêvé que je dormais paisiblement, en suspension dans un petit nuage douillet formé par les vapeurs de soufre d'un volcan en éruption. »

La suite du roman, après ces passages bucoliques, sont d'une dureté incroyable. Quand Gabriel va à l'école il peut assister presque quotidiennement à des exécutions sommaires ou des lynchages en public. Au bord des routes, les cadavres pourrissent dans l’indifférence générale. Rwanda et Burundi, pays déchirés depuis des décennies par une rivalité entre ethnies (tutsis contre hutus) se transforme en champ de bataille. Une exilée, quand elle revient au pays constate, amère, que « le Rwanda du lait et du miel avait disparu. C'était désormais un charnier à ciel ouvert. »

Exceptionnel par sa force, le témoignage de Gaël Faye vous prendra aux tripes jusque dans les ultimes pages. Un dernier chapitre coup de poing transforme ce roman en véritable chef d'oeuvre

« Petit pays » de Gaël Faye, Grasset, 17 euros (Photo J.-F. Paga)

 

02/09/2016

Rentrée littéraire : Compassion policière selon Hugo Boris

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Depuis plus d'un an la police est sur les dents, obligée d'assurer la sécurité des Français face à une menace diffuse. Aimés ou détestés, au gré des événements, ce sont pourtant des hommes et des femmes comme tout le monde, avec cas de conscience, envies de bonheur, espoir d'avenir. Hugo Boris, dans ce court roman, entraîne le lecteur dans la voiture d'une équipe de la BAC. Après une journée déjà chargée, ils sont réquisitionnés pour reconduire à la frontière un sans papier. En clair, le conduire à Roissy.

Erik est le chef. Virginie sa coéquipière est enceinte d'Aristide, le troisième de l'équipage. Le lendemain elle doit aller se faire avorter. Cette nuit, Virginie a des doutes et elle s'émeut de la situation de ce prisonnier politique promis à la torture. L'équipe s'arrête avec son prisonnier dans un fast-food. « Ici, ce soir, dans ce fast-food, la Terre semble presque habitable. Pour preuve, on peut même s'assoir et manger. » Un texte plein d'humanité qui devrait changer notre vision des policiers, hommes et femmes en proie au doute comme tout un chacun.

« Police » de Hugo Boris, Grasset, 17

 

09/05/2016

Roman : Sous le tchador

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Dans un verbe cru, Chahdortt Djavann parle de la difficile condition des femmes en Iran. Au point que la prostitution est devenue leur principale activité professionnelle. On suit le destin de deux jeunes filles, belles mais nées au mauvais endroit. La première, violée dès la première heure de sa fugue, devient une prostituée recherchée. La seconde tombe sous le joug d'un mollah qui l'emploie comme femme de substitution comme l'autorise les textes religieux. Une prostitution qui ne dit pas son nom... Et l'auteur fait témoigner le cortège des prostitues assassinée ou pendues. L'une d'entre elles résume tout le problème : « Habiter un corps de femme dans l'immense majorité des pays musulmans, est en soi une faute. Une culpabilité. Avoir un corps de femme vous coûte très cher, et vous en payez le prix toute votre vie. » Glaçant.

« Les putes voilées n'iront jamais au Paradis ! » de Chahdortt Djavann, Grasset, 18 euros

 

 

03/11/2015

Nom : Rampling, prénom : Charlotte

Ceux qui espèrent découvrir les secrets de la vie de Charlotte Rampling peuvent passer leur chemin. L'actrice anglaise, résidant en France depuis des années, a définitivement abandonné l'idée d'écrire ses mémoires. Pourtant elle en aurait à raconter sur le cinéma mondial elle qui a tourné avec les plus grands, de Visconti à Boisset en passant par Lumet ou Woody Allen. Mais le secret est une des caractéristiques de cette actrice racée et élégante. Aussi quand l'écrivain Christophe Bataille l'approche pour parler littérature, souvenirs, confidences, il sait que ce ne sera pas de tout repos. Mais il sait écouter, et surtout comprend que s'il fait un livre avec Charlotte Rampling, ce ne sera pas sur elle, mais avec elle. Résultat "Qui je suis" s'apparente plus à un long poème, à deux voix, richement illustré de photos de famille, quand la petite fille du militaire anglais découvrait la France des années 50. Il y a pourtant quelques passages où elle se dévoile. Comme la découverte des archives de sa mère ou les débuts sur scène avec sa grande sœur, Sarah. Sarah omniprésente dans ces pages, comme si Charlotte voulait se réconcilier avec la grande absente de sa vie.
"Qui je suis", Grasset, 15 €.

02/11/2015

Livre : Deux Simenon dans l'Histoire

Georges est romancier mondialement connu. Christian un raté qui sombre dans le nazisme. L'histoire de la fratrie Simenon vue par Patrick Roegiers.
 
Loin de ne concerner que l’Allemagne et l'Italie, le fascisme puis le nazisme ont contaminé toute l'Europe. En Belgique, le plus ardent défenseur de de la suprématie aryenne était Léon Degrelle, fondateur du mouvement Rex. Catholique, Wallon, populiste et férocement opposé aux Juifs, il a plongé dans le moule du Furher. Son mouvement, avant la déclaration des hostilités, sans déplacer les foules, remportait un beau succès. En se penchant sur la destinée de « L'autre Simenon », Patrick Roegiers raconte surtout cette période trouble de la Belgique. Quand le fanatisme autorisait la violence. Au milieu des années 30, Léon Degrelle sillonne le pays. Il tient meeting sur meeting. L'entrée étant payante, il remplit les caisses de son parti politique.
Dans le public un certain Christian Simenon, frère de Georges, le déjà très célèbre romancier, créateur du commissaire Maigret. Christian est fasciné par les gesticulations de cet homme sur l'estrade. Le roman plonge le lecteur dans la frénésie de ces réunions publiques qui parfois ressemblent plus à des combats de boxe. Il décrit Degrelle : « Rien n'était spontané dans son attitude. Tout était étudié. Tel un roué comédien, il implorait paumes ouvertes, menaçait du doigt, comprimait d'une main son coeur ou tendait vers le ciel l'index de l'imprécateur. Faussement furieux, il se dressait sur ses ergots et gérait à la perfection ses effets. (…) Le public frissonnait d'aise. Les hourras s'amplifiaient. La salle tanguait sous la verbosité déferlante du pétroleur populiste et carriériste mégalomane. » Léon Degrelle est un personnage abject, mais en ces temps troublés, il parvient à s'imposer.
 
Un vrai tueur
Et dès que la Belgique est envahie par les troupes nazies, il se retrouve en première ligne pour dénoncer, déporter, emprisonner, torturer et tuer. Christian Simenon reste en Belgique, contrairement à son frère qui trouve refuge en France. Mais si le premier collabore ouvertement avec l'occupant, le second n'est pas aussi irréprochable que ce que l'Histoire retiendra. Il a fait partie de ces millions d'hommes et de femmes qui n'ont pas résisté. Sans véritablement collaborer non plus. Mais presque. Ce qui vaudra à Georges Simenon une brève interdiction de publier à la Libération.
Le destin de Christian est plus tragique. Patrick Roegiers revient avec une rare violence sur le massacre de Courcelles et la participation de Christian. De simple fonctionnaire de Rex, il devient un tueur. Consentant. « Et soudain, l'envie de tuer lui était venue comme une folie nécessaire. Il s'était désigné pour cette mission. Et il devait l'accomplir. » Dès qu'il presse sur la gâchette, il sait que c'en est fini de sa vie. Il bascule de l'autre côté, celui qui lui permet enfin de faire quelque chose que son frère, lui n'a jamais fait. Sur le papier Georges a raconté des centaines de meurtres, mais n'a jamais tué. Christian, si.
Avec des faits historiques incontestables, Patrick Roegiers a imaginé cet affrontement indirect entre deux frères rivaux. Mais ce n'est qu'un roman puisque la fin imaginée par l'auteur belge est différente de la réalité. Un récit puissant, au style riche et très imagé, qui dévoile un pan ignoré de l'histoire de l'Europe.
Michel Litout
« L'autre Simenon », Patrick Roegiers, Grasset, 19 €
 

 

 

15/09/2015

Livres : Le roman des beaux parleurs

 

Derrida, Foucault, BHL, Althusser... Belle brochette d'intellectuels dans le roman phénomène de Laurent Binet. Avec une question lancinante : qui a tué Roland Barthes ?

 

Laurent Binet, grasset, barthes, sollers, BHLLa bonne littérature a l'immense avantage de rendre plus intelligent. Du moins, de se croire plus intelligent. Démonstration parfaite avec « La septième fonction du langage » de Laurent Binet, faux roman policier et véritable ouvrage de vulgarisation de sémiologie. Le lecteur pourra lire des passages savants sur les recherches de Roland Barthes, Michel Foucault ou Philippe Sollers tout en se distrayant au cœur d'une intrigue mêlant réalité historique et pure invention romanesque. Un cocktail gagnant-gagnant qui a déjà permis à l'auteur de remporter le prix du roman FNAC 2015. Par contre il brille par son absence dans la première sélection du Goncourt. Les jurés n'ont certainement pas le besoin de se sentir intelligents...

D'abord les faits. Le 25 février 1980, Roland Barthes est renversé par une camionnette en plein Paris. Grièvement blessé, il est hospitalisé. Un mois plus tard il rend son dernier souffle dans cette chambre où tous ses amis (et ennemis) lui ont rendu visite. Pour l'Histoire officielle, il s'agit d'un bête accident. Mais le romancier préfère y voir un assassinat, motivé par une découverte explosive de Barthes : « La septième fonction du langage ».

 

L'outil du pouvoir

Au début des années 80, Mitterrand n'est que le candidat perpétuel de la gauche. Giscard est au pouvoir et règne sur la France tel un roitelet plein d'ambition. La mort de Barthes est suspecte. Il demande donc directement à un de ses policiers les plus fidèles, le commissaire Jacques Bayard, de trouver les coupables. Rien que par le portrait de ce flic « ancienne génération », le roman de Laurent Binet vaut le détour. Caricature du bourgeois réactionnaire hanté par la possible arrivée des communistes au pouvoir au sein de l'union de la gauche, il va devoir interroger pléthore d'intellectuels, tous plus incompréhensibles les uns que les autres. Bayard « réquisitionne » un jeune prof, Simon Herzog chargé de « traduire » les déclarations des Foucault, Sollers et autres intellectuels de haut vol gravitant autour de Roland Barthes.

Cet improbable duo, tels des Laurel et Hardy de la culture et de l'inculture, vont remuer ciel et terre pour retrouver la fameuse septième fonction du langage découverte par le sémiologue et mobile du crime. Car pour Laurent Binet, pas de doute, Roland Barthes a bien été assassiné. Il révèle même par qui dans le roman. L'enquête est surtout un bon prétexte pour se replonger dans cette année 1980, quand la France était sur le point de basculer à gauche. Il est justement beaucoup question de Mitterrand dans ces pages. Barthes, quelques heures avant son accident, déjeunait avec le candidat de la gauche : « Barthes se dit qu'il a en face de lui un très beau spécimen de maniaque obsessionnel : cet homme veut le pouvoir et a cristallisé dans son adversaire direct toute la rancœur qu'il pouvait éprouver envers une fortune trop longtemps contraire.(...) La défaite est décidément la plus grande école. »

Mais pourquoi tout le monde recherche cette hypothétique septième fonction ? Tout simplement car « celui qui aurait la connaissance et la maîtrise d'une telle fonction serait virtuellement le maître du monde. Sa puissance serait sans limite. » Alors entre les universitaires jaloux, les politiques en mal de popularité, les services secrets et mouvements révolutionnaires, cela complote à tire-larigot autour de la dépouille de Barthes. Bourré de références, hommages et moqueries, ce roman se dévore comme un thriller américain, avec l'intelligence en plus.

 

 

« La septième fonction du langage », Laurent Binet, Grasset, 22 €

 

05/07/2015

Livre : Les crimes d'Atlanta, passés et présents

Karin Slaughter raconte l'histoire criminelle d'Atlanta. Dans les années 70 et actuellement. Serial killer illuminé, femme flic, orphelin déboussolé, légistes étranges : le cocktail est détonnant

 

atlanta, slaughter, grassetEn France, cela pourrait s'apparenter à du polar régional. Karin Slaughter aime sa ville d'Atlanta et nombre de ses romans se passent dans cette grande cité du Sud des Etats-Unis. « Criminel », son dernier roman, se déroule à deux époques distinctes, mais avec parfois les mêmes protagonistes. Au milieu des années 70 et de nos jours. Le lien entre ces deux époques : Amanda Wagner. Au début elle n'est qu'une simple inspectrice de base, plus souvent affectée à la circulation qu'à la résolution des nombreux crimes. De nos jours, elle est la chef du GBI, l'équivalent national du FBI. L'autre personnage principal du roman c'est Will, Wilbur de son prénom. Ce flic compétent, sous les ordres d'Amanda, est un orphelin qui a du batailler pour devenir ce qu'il est. Petit voyou, fugueur, dyslexique, il a longtemps ignoré l'identité de ses parents. Quand Amanda lui a révélé, il s'est enfoncé dans une grave dépression. Maintenant il va mieux. Il file même le parfait amour avec une jeune médecin qui aime les chiens, comme lui.

Quand les chaînes de télévision locales annoncent la disparition d'une jeune femme dans un quartier défavorisé de la ville, il panique. Amanda aussi est sur les nerfs. La même angoisse que quand elle avait 25 ans et faisait ses premiers pas dans la police d'Atlanta. C'est cette partie historique du roman le plus dense et passionnant.

 

Une femme qui se révèle

Ce n'est pas que les tourments de Will soient sans intérêt, mais l'auteur semble avoir mis beaucoup plus de cœur et de sincérité dans le parcours de la femme flic. Au milieu des années 70, si le problème de ségrégation raciale est encore important, il en existe un autre moins connu : la discrimination sexiste. Amanda, fille du chef de la police, est une véritable oie blanche. Elle s'occupe de son père (suspendu provisoirement) tout en pointant tous les jours au commissariat. Des femmes flics, cela paraît encore totalement aberrant pour nombre de collègues. En fait, tous les pouvoirs sont concentrés dans les mains d'une infime minorité : les hommes blancs.

Amanda va s'émanciper au contact d'Evelyn, une collègue de retour après un congé maternité. Cette dernière décide d'enquêter, en secret, sur la disparition de femmes blanches dans le quartier de Techwood de sinistre réputation. Un ghetto noir, où les seules Blanches tolérées sont prostituées. Avant de retrouver la trace des filles, Amanda et Evelyn vont devoir ruser pour endormir la méfiance de leurs collègues. Et quand un premier cadavre est retrouvé, elles sont immédiatement mises sur la touche. Amanda va se découvrir, devenir dure, intransigeante. Occulter ses bons sentiments et s'investir pour faire éclater la vérité. Même si ce n'était pas d'actualité à l'époque, elle est persuadée d'être en présence d'un tueur en série. Un sadique absolu qui semble de retour, 40 ans après ses premiers crimes.

Autant roman historique que thriller, « Criminel » de Karin Slaughter se distingue aussi de la production actuelle par son absence de voyeurisme. Contrairement à nombre de romans de ces dernières années, les scènes les plus dures sont peu nombreuses. Fortes, intenses, mais courtes et rares. De même, les autopsies, souvent difficiles à lire, prennent une tout autre dimension avec l'intervention d'un légiste pour une fois sympa et didactique. Si les actes décrits sont horribles, la lecture de ce thriller grâce à ce talent si particulier de Karin Slaughter, reste très plaisante.

 

 

« Criminel » de Karin Slaughter, Grasset, 21,50 €

 

14:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : atlanta, slaughter, grasset