15/04/2017

BD : L’amour malgré la maladie

 


Comment faire rire avec la maladie ? Le cancer en plus. Le cancer des enfants... Mais pourquoi pas ? Quand Zidrou a écrit le premier tome de « Boule à zéro » il se doutait qu’il prenait des risques. Le sujet est sensible, difficile et grave. Mais en équilibrant à la perfection, rire, émotion et explications médicales, il a non seulement séduit le public, mais fait beaucoup pour ces enfants condamnés à rester dans une chambre d’hôpital, entre chimio et douleurs. Ernst, au dessin, a trouvé le trait épuré parfait pour rendre ces petits malades et le personnel hospitalier (celui qui fabrique de la dette !) aux petits soins, plus que sympathiques. Dans cet album intitulé « Le grand jour », il est question de sortie. Qui sera le premier guéri ? Zita a encore des chances. Mais n’est pas dans le peloton de tête. Par contre Pierrot semble en complète rémission. Mais cela ne fait pas spécialement plaisir à Zita, car c’est son amoureux. Et s’il part de l’hôpital, ne va-t-il pas complètement l’oublier ? Un vrai bonheur de lecture, pour petits et grands, valides et malades.
➤ « Boule à zéro » (tome 6), Bamboo, 10,90 €

13/07/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Hôpital, on est mal (3/3)

hôpital,opération,douleur,piqûre,anticoagualntNe jamais douter de la puissance de la médecine. Non seulement je n'ai plus aucun souvenir de mon anesthésie, mais je n'ai mal nulle part. Pourtant, voilà moins de six heures, le chirurgien m'ouvrait le ventre "par voie médiane". On vient de me reconduire dans la chambre. Le plus dur est à venir.

Selon une légende populaire, les hommes sont plus sensibles à la douleur que les femmes. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais tout mon entourage féminin semble se liguer contre moi pour me le prouver. Le brouillard de l'anesthésie s'estompe. Une infirmière me demande, sentencieuse : "A quel niveau placeriez-vous votre douleur de 1 à 10 ?" Je réponds un timide "6". "4" corrige immédiatement mon épouse lucide et experte en "jérémiades de mari douillet".

Une heure après, une autre infirmière déboule dans la chambre. "Je viens pour la piqûre !". La piqûre ? Quelle piqûre ? Pour éviter une phlébite dans les jambes, une injection d'anticoagulant est prévue durant dix jours. Je blêmis. Vu mon état, une injection risque de m'achever. Prévenante, mon épouse me conseille de me détendre, de penser à autre chose, de ne pas regarder. L'infirmière moins diplomate me brandit la seringue devant le nez. "Regardez, c'est une toute petite aiguille". Comment lui expliquer qu'une aiguille reste piquante. Donc douloureuse.

Malgré les restes de l'anesthésie et les antidouleurs, cette injection me semble encore plus difficile à supporter que la cicatrice de 10 cm et les 20 agrafes. Peut-être la légende a-t-elle un fond de vérité...

12/07/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Hôpital, on est mal (2/3)

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 Réveil en fanfare. 5 h 30. Douche pré-opératoire, essentielle pour éviter les maladies nosocomiales et autres infections. Encore perdu dans mes rêves après avoir difficilement trouvé le sommeil. Même si je dois passer en premier, pourquoi un lever si tôt ? Volonté de faire gamberger le patient ou de l'épuiser ? Récuré de partout, je me recouche dans les draps propres, juste recouvert de la blouse ouverte à l'arrière. Contre toute attente je me rendors.

Nouveau réveil en sursaut. Cette fois le brancardier descend le lit vers le bloc. Beaucoup de lumière et climatisation à fond. Parqué entre deux autres patients, je découvre avec stupéfaction le visage de William Leymergie. Cela doit bien faire 20 ans que je n'ai pas regardé Télématin. Faut-il que j'aie fauté à ce point pour m'imposer cela alors qu'il existe statistiquement un pourcentage (infinitésimal mais réel) pour que je ne me réveille pas ?

Les derniers souvenirs de ma vie sur terre porteront-ils sur un reportage au musée de la lingerie à Londres et l'origine du mot baleine ? Pas le temps de disserter que je me retrouve au bloc, une perfusion dans le poignet. "Vous allez vite vous endormir", me rassure l'anesthésiste. Sauf si le sérum ne fait pas effet. Je vais alors être conscient quand on m'ouvrira le ventre. Bon dieu, et si ça m'arrivait, si je ne parvenais pas à m'endo......... ........................................................................... .................................................................................................... ..................................... ..................................... ...........................................(zzz...)

11/07/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Hôpital, on est mal (1/3)

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Un jour, le couperet tombe, inéluctable. On ne peut plus y couper. Ou plutôt si, la coupure est obligatoire. L'opération, longtemps repoussée, devient tout à coup nécessaire. Ce sera donc par "voie médiane" selon l'expression géométrique du chirurgien conseillé par mon médecin traitant.

Rien de tel qu'un séjour en hôpital pour débuter ses vacances d'été. Surtout quand on sait que des mains a priori expertes mais relativement inconnues vont vous ouvrir le ventre demain au petit matin. Inquiet de nature, j'ai tenté une bête méthode de persuasion pour dédramatiser le moment. Ce n'est pas une chambre d'hôpital mais la suite d'un luxueux palace. Le lit, certes un peu étroit, bénéficie des dernières nouveautés en matière de réglage. Par la fenêtre, j'aperçois les Albères et en me penchant un peu, le Canigou. La salle de bain, large et fonctionnelle.

Le personnel est aux petits soins : "Café ou thé pour le goûter ?" Servi en chambre, ce n'est pas une option. Au repas du soir, délicieux relents de nostalgie scolaire avec le bouillon servi dans un bol, au fond duquel quatre vermicelles mollassons se battent en duel. Mais le summum reste cette séance que je tente d'assimiler au meilleur des traitements esthétiques : une épilation soignée du nombril au pubis.

A la tondeuse, et vas-y que je rase tout ce qui dépasse. Mon nombril redevient le cratère lisse du bébé de ma jeunesse envolée. Et là, l'angoisse reprend le dessus. La voie médiane c'est sous le nombril, tout autour ou carrément à travers ? La nuit risque d'être courte.

(à suivre)

05/09/2014

Cinéma : "Hippocrate" ou comment soigner à s'en rendre malade

Médecin et cinéaste, Thomas Lilti a puisé dans sa propre expérience hospitalière pour écrire et réaliser « Hippocrate », film sur les débuts d'un interne.

 

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De nos jours, quasiment tout le monde a déjà franchi les portes d'un hôpital. Pour s'y faire soigner ou rendre visite à un proche. On connait donc tous ces longs couloirs où des dizaines de personnes en blouses blanches s'activent, telles des fourmis travailleuses. Mais le personnel hospitalier n'a rien de l'insecte dénué de personnalité, de jugement, d'empathie et de problème. Au contraire ce sont des hommes et des femmes qui ont simplement la chance de se retrouver de l'autre côté de la barrière. Temporairement. « Hippocrate » de Thomas Lilti est un film hommage sur l'abnégation de ces hommes et femmes qui passent souvent plus de la moitié de leur journée à soigner. Et le réalisateur sait de quoi il parle puisqu'il est lui-même médecin et que c'est dans l'établissement où il officie qu'il planté ses caméras.

 

 

 

Film vérité, à fort contenu social, « Hippocrate » est l'antithèse des séries médicales multidiffusées sur les chaînes de télévision.

Pour plonger dans ce microcosme si particulier, le spectateur suit les débuts de Benjamin (Vincent Lacoste), interne nouvellement nommé dans ce service. Encore très jeune, il semble emprunté et peu sûr de lui. Il n'a certes pas d'expérience mais surtout il est dans le service de son père. Si les premières minutes ont presque l'air d'une comédie, rapidement le ton change. Notamment quand Benjamin reçoit le renfort d'un autre interne, Abdel (Reda Kateb). De 15 ans son aîné, il est médecin dans son pays, l'Algérie. Mais pour obtenir l'équivalence de son diplôme en France, il doit lui aussi passer par l'internat. Il arbore sur sa blouse ces trois lettres que les malades remarquent rarement : FFI, faisant fonction d'interne.

 

L'exploitation des médecins étrangers

Entre Benjamin et Abdel, le courant a du mal à passer. Le premier, encore dans l'esprit étudiant et carabin, est parfois insouciant. Il se la raconte aussi quand il se regarde dans la glace et explique à un interlocuteur imaginaire « Oui je suis médecin. J'ai sauvé des vies... » Pour Abdel cette étape est loin derrière lui. Il doit être irréprochable pour espérer obtenir son diplôme. Alors avec ses collègues venus comme lui d'Afrique ou d'Amérique latine, il enchaîne les gardes, vit dans une petite chambre dans l'hôpital, s'investit corps et âme. Mais c'est aussi cette expérience qui l'empêche de tout accepter. Notamment la douleur des patients et l'acharnement thérapeutique. Le film glisse alors vers une critique du système où certains chefs de service, loin de leur engagement premier, cherchent avant tout à rentabiliser les lits. Un film porté par les deux acteurs principaux. Vincent Lacoste, en fils à papa parfois dépassé est étonnant, l'acteur ayant surtout joué dans des comédies (Les Beaux gosses). Reda Kateb porte pour sa part une humanité contagieuse. Si tous les médecins avaient sa compétence et sa gentillesse, le monde de la santé en France se porterait certainement mieux...

Michel Litout

 

 

 

La révélation Reda Kateb

 

 

Même si la promotion du film est essentiellement portée par Vincent Lacoste, acteur comique qui change de registre, le véritable personnage principal d'« Hippocrate » est Abdel Rezzak, le médecin algérien interprété par Reda Kateb. Ce rôle fort donne une nouvelle occasion à ce comédien passé par le théâtre d’imposer son talent.

hippocrate, lilti, lacoste, kateb, hopitalIl est lumineux dans sa composition d’un homme habitué à prendre des décisions dans son pays, rabaissé au simple exécutant dans l’hôpital français qui l’exploite de façon éhontée. On sent sa force contenue, sa rage éteinte sous la contrainte sociale. Jusqu’à la rupture. Benjamin, carrément hostile au début, va finalement comprendre quel est le vrai but de cette profession. Et quand il doute et explique à Abdel que peut-être il n’est pas fait pour ce métier, le « faisant fonction d’interne » a cette réplique définitive : « Mais médecin ce n’est pas un métier. C’est une malédiction. »

Si certains des infirmiers intervenant dans le film le sont véritablement danse la vie active, ce n’est pas le cas de Philippe Rebbot, excellent second rôle récurrent du cinéma français actuel.

12/05/2014

Livre : L'amour plus fort que la maladie grâce au roman "Dieu me déteste" d'Hollis Seamon

Richard, bientôt 18 ans, veut mordre la vie à pleine dent. Mais c'est la mort qui est au bout du couloir. Cancer en phase terminale. Roman fort et poignant signé Hollis Seamon.

 

dieu me déteste, phase terminale, cancer, hollis seamon, hôpital, anne carrièreÉcrire sur la maladie peut parfois devenir encore plus pénible que la maladie elle-même. Trop de morale ou de compassion détourne le lecteur du but premier. Car si l'on écrit sur la maladie, le cancer en particulier, c'est avant tout pour faire prendre conscience que cette menace devrait nous faire agir différemment. Il ne faut pas reporter au lendemain ces rêves un peu fou. C'est ici et maintenant.

Il suffit de se mettre dans la peau de Richard Casey, le jeune narrateur de « Dieu me déteste », roman d'Hollis Seamon. Cette enseignante a voulu dans ce premier roman rendre hommage aux jeunes malades qu'elle a croisé dans les couloirs des hôpitaux quand elle allait rendre visite à son propre fils. Richard est donc un « mix » de ces gamins pressés de profiter de la vie qui leur échappe chaque jour un peu plus.

Richard a presque 18 ans. Il a bon espoir de fêter son anniversaire. Par contre, il a déjà dit adieu à ses 19 ans. Il vient d'être transférer dans le service des soins palliatifs. Il sait parfaitement ce que cela veut dire : espérance de vie inférieure à un mois... Il est vrai qu'il n'est pas gaillard. Maigre, sous perfusion, bourré de morphine, il a toutes les peines du monde à se déplacer. Il arpente donc les couloirs de l'hôpital en chaise roulante. Mais au moins il peut bouger et n'est pas plongé dans un coma irréversible comme certains de ses voisins. Dans le service il y a essentiellement des personnes âgées. Sauf la chambre occupée par Sylvie. Le belle et rebelle Sylvie, elle aussi très affaiblie par la maladie. Comment l'amour peut-il s'inviter dans ce lieu de mort ? Tout simplement par l'envie de gamins taraudés par l'envie de connaître les joies de la vie, toutes les joies !

 

Papa jaloux

La force de ce texte réside dans les situations cocasses et crues. Richard reste un gamin comme les autres. Le soir d'Halloween, il n'a qu'une envie : c'est de quitter le service pour faire la fête avec les gens normaux. Par chance son oncle passe par là et l'emmène dans une virée mémorable. Première sortie en toute liberté (le terme de fugue est plus appropriée) pour un maximum de sensations nouvelles et inédites. Certes, il lui faudra deux jours pour se remettre, mais cela valait le coup. Car Richard est un grand philosophe. Il trouve toujours le bon côté des choses. « Une fois, j'ai fait la liste de tous les trucs dont je n'aurai pas à m'inquiéter – trouver un boulot, élever des enfants ingrats, divorcer, me faire opérer des dents de sagesse, surveiller mon cholestérol-, et maintenant je sais que je peux y ajouter avoir du bide et rabattre une longue mèche sur le crâne pour planquer les trous. Ça a beau être bizarre, ça me fait du bien. » Il oublie les mauvais côtés pour n'en garder que les bons.

Mais cela ne marche pas auprès de tout le monde. Quand le père de Sylvie apprend que Richard lui tourne autour, malade ou pas, le papa file une rouste au malotru. Mais ça aussi c'est gai pour Richard. Avoir l'impression d'être un garçon comme les autres. D'autant que Sylvie est de moins en moins indifférente à son charme si particulier.

Plus qu'une simple histoire d'amour entre deux corps souffreteux, « Dieu me déteste » est une formidable leçon de vie, sur la famille, le personnel soignant. La fatalité aussi...

Michel LITOUT

 

« Dieu me déteste », Hollis Seamon, Anne Carrière, 19 €

 

24/03/2014

BD : Zita, joyeuse malade

 

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Si pour certains enfants, le langage médical équivaut à de l'hébreu, ce n'est pas le cas pour la petite Zita, surnommée Boule à zéro, héroïne touchante et attachante de la série Boule à zéro écrite par Zidrou et dessinée par Ernst. Zita a 13 ans, en paraît à peine 8 et vit dans cet hôpital depuis 9 ans. Elle souffre d'une sorte de leucémie et a tout subi, des ponctions lombaires, aux bombardements de protons en passant par les chimio. Le sujet est grave, les enfants malades, mais son traitement est particulièrement délicat. Juste ce qu'il faut d'émotion, quelques espiègleries (une spécialité de Zita quand sa maladie la laisse un peu en paix) et des personnages vrais, malades, docteurs, infirmières, visiteurs... Dans ce troisième volume de la série, Zita se fait une nouvelle amie. Evelyne, une gentille blonde. Plus pour longtemps. Son traitement lui fait perdre les cheveux par poignée. Il n'y a que Boule à zéro pour trouver cela marrant. Il est vrai que cheveux et poils ont déserté son anatomie depuis longtemps. Sa copine a une tumeur dans le cerveau. Pour la détruire, le combat va être épique. Avec Zita à ses côtés (elles sont dans la même chambre), ce sera compliqué et douloureux, mais amusant aussi.

 

« Boule à zéro » (tome 3), Bamboo, 10,90 €