30/05/2017

Livres de poche : des héros à retrouver avec plaisir

 

 
 


On a raconté beaucoup de choses sur Ilya Kalinine. On a dit que c’était un monstre, un assassin de la pire espèce qui tirait son plaisir de la souffrance de ses victimes. On a dit aussi qu’un seul homme ne pouvait pas avoir tué autant de gens. D’autres ont prétendu qu’il n’existait pas. Et pourtant, Ilya Kalinine a existé. Nathalie Hug et Jérôme Camut offrent un ré- cit très sombre des origines d’Ilya Kalinine, le criminel qui hante la trilogie W3.
➤ « Ilya Kalinine », Le Livre de Poche (inédit), 6,60 €


Du monde d’hier, il ne reste rien, juste les armes, nécessaires à la survie. Alice, 15 ans, vit dans une communauté indépendante. Pour toute école, elle n’a connu que celle du combat. Et elle y excelle. Lors d’une patrouille, elle surprend un mort-vivant muni d’oreilles de lapin roses sortir subitement de terre, puis disparaître. Sans l’ombre d’une hésitation, elle s’engouffre à sa suite. Et chute... Mainak Dhar réinvente Alice au pays des Merveilles.
➤ « Alice au pays des morts-vivants », Pocket, 7,40 €


Le lagon bleu était un petit paradis avant qu’on y trouve un cadavre. Un ingénieur de la base américaine qui serait tombé d’un avion. Dans l’atmosphère de la guerre froide, la police s’intéresse à de mysté- rieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. En parallèle, l’inspecteur Erlendur (le héros créé par Erlendur Indridason) enquête sur une jeune fille disparue sur le chemin de l’école quarante ans plus tôt, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement en Islande.
➤ « Le lagon noir », Points, 7,90 €


01/11/2016

De choses et d'autres : les pirates à fond de cale

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Abordage raté pour les Pirates islandais. Ce parti politique entre extrême gauche et anarchisme espérait entrer au gouvernement, les sondages avant les élections leur donnant plus de 20% des suffrages. Mais à l’issue du dépouillement, ils plafonnent à 14%. Terminés les rêves de pouvoir. Même si contrairement à tous leurs adversaires, c’est l’inverse qu’ils recherchent. Ces pirates d’un nouveau genre rêvent de discrétion. Davantage d’anonymat sur internet et des décisions prises par l’ensemble du peuple étaient leurs deux crédo. Au final les Islandais ont préféré accorder leur confiance à un vieux parti politique centriste, dirigé par le ministre des Finances dont le nom figurait en bonne place dans les listings des Panama Papers (scandale du blanchiment d’argent dans des paradis fiscaux).

L’échec des Pirates apparaît comme entièrement la faute des jeunes. Selon les sondages, une très grande majorité des moins de 30 ans les soutiennent. Mais ils ne sont pas allés voter. Comme si les élections étaient un concept dépassé, d’un autre âge. Voilà tout le paradoxe de ce parti d’un nouveau genre: tellement opposé au vieux système qu’il ne peut utiliser les mêmes armes pour y mettre fin…

La démocratie a bien des avantages mais manque cruellement de surprise. Trop souvent c’est le moins anxiogène qui l’emporte. Si les Pirates s’appelaient Bisounours, leur drapeau flotterait déjà au mât du pouvoir.

08:43 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pirates, islande

31/10/2016

Humour, polar et SF : toutes les émotions en poche

 

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À la veille d’un concours de sauce barbecue, Stanley Chipotle, célèbre cuisinier de la télévision, est assassiné à coups de hachoir dans un quartier louche de Trenton, sous les yeux de Lula. Qui de mieux que Stéphanie Plum pour se lancer sur la piste des tueurs avant que Lula ne se retrouve à son tour dans leurs filets ? Aventure inédite de la détective imaginée par Janet Evanovich.

➤ « Retour à la quinze départ », Pocket, 6,95 €

 

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En pleine ascension du glacier Vatnajökull, deux jeunes randonneurs sont brutalement précipités au fond d’une crevasse. Juste avant de disparaître, l’un d’eux parvient à contacter sa sœur Kristin. Il n’y a pas encore la noirceur et le pessimisme des romans suivants d’Arnaldur Indridason, mais on retrouve quand même son style, essentiellement dans la description du grand méchant, un certain Ratoff.

➤ « Opération Napoléon », Points, 8,10 €

 

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En 2009, lan McDonald a rassemblé, sous le titre « La petite déesse », les sept nouvelles et courts romans qu’il avait écrits sur cette Inde du futur imaginée dans « Le fleuve des dieux ». On y découvre un souscontinent où les hommes sont quatre fois plus nombreux que les femmes, où se côtoient des gens d’une extrême pauvreté et des stars virtuelles, tous confrontés à des menaces d’un genre nouveau.

➤ « La petite déesse », Folio SF, 8,20 €

 

04/04/2016

Roman : Crime d'amour

La littérature islandaise est plus riche qu'on ne le croit. Si les auteurs de polar ont beaucoup fait pour sa reconnaissance en France, ils savent également aborder des sujets plus classiques. Arni Thorarinsson délaisse son héros récurrent de journaliste bourru pour raconter l'histoire tragique d'une famille. Tout commence comme un conte de fée. Une rencontre à la fac. Le coup de foudre. Une petite fille née. La mère, le père et l'enfant vivent heureux. Une dizaine d'années. Et puis un jour, la révélation, un secret de famille. Tout bascule. La mère devient alcoolique, la fille va vivre chez ses grands-parents, le père tente de survivre malgré la culpabilité. Le roman se passe le jour des 18 ans de l'enfant. Ses parents ont promis de tout lui expliquer. Mais comment faire sans la détruire elle aussi ? Laissez vous émouvoir par cette écriture aussi tranchante qu'un rasoir.

« Le crime, histoire d'amour » d'Arni Thorarinsson. Métailié, 17 euros

 

13/12/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Zu, le dieu des impôts


Allergique aux impôts ? J'ai une solution pour vous : convertissez-vous au "zuisme", une religion d'origine mésopotamienne qui vénère le dieu Zu. Vous serez ainsi remboursé d'une partie de vos impôts. Problème, cette jolie combine n'est valable qu'en Islande, joli pays pourtant très éloigné du Tigre et de l'Euphrate.
L'Islande a la particularité, depuis cette année, de faire payer à tous ses administrés un "impôt religieux" reversé ensuite intégralement aux différentes "chapelles". Il suffit de déclarer à quelle croyance vous vous adonnez (le luthérianisme est majoritaire avec 40 %). Environ 73 euros sont reversés à l'une des 40 religions recensées sur cette île couverte de glaciers et de volcans. Et si vous êtes athée, la somme est conservée par l'Etat. Avant la mise en place de cette dîme, le 1er janvier dernier, le zuisme, l'une des 40 reconnues, comptait royalement quatre adeptes. Ils sont aujourd'hui plus de 3 000 sur une population de 330 000 habitants. Le fisc islandais a rapidement compris la raison du succès de Zu, le dieu oublié de Mésopotamie. Les responsables de ce culte, qui a tout du paravent, s'engagent à rembourser les 73 euros aux futurs adeptes.
En clair, devenez zuiste et vous êtes exonérés de la taxe religieuse. Une opportunité pour les très nombreux Islandais qui avaient protesté lors de la mise en place de ce nouvel impôt. L'Etat cherche maintenant à retirer le zuisme de la liste des religions reconnues. Mais en attendant, Zu et ses disciples ont déjà touché pas moins de 225 000 euros de l'état islandais.

09:11 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islande, zu, impots, etat

02/01/2015

Livre : Scandales à la sauce islandaise

Sous prétexte d'une enquête policière classique, Arni Thorarinsson passe au scanner le fonctionnement de la presse en Islande et les jeux subtils des hommes politiques locaux.

 

Arni Thorarinsson, islande, einar, métailiéUn roman policier d'Arni Thorarinsson est tout sauf simple. Il faut s'accrocher dans les premières pages de « L'ombre des chats » vu le nombre de personnages. Normal, l'action se déroule au cours d'un mariage où les deux-tiers des protagonistes du livre se retrouvent. En premier lieu Einar, le journaliste vedette du Journal du Soir. Cet enquêteur hors pair, limier implacable à la plume aussi acérée que libre, est un ami et collègue des amies des mariées. Deux mariées, car en Islande, beaucoup plus tôt qu'en France, le mariage entre personnes du même sexe est possible. Même devant les autorités religieuses, en l'occurrence un pasteur.

Cela n'empêche pas les fâcheux de s'inviter à la noce. Quelques perturbateurs directs, non pas par idéologie, mais à cause de l'alcool, de vieilles rancunes ou simplement d'histoires d'argent. Einar regarde tout cela distraitement. Il est surtout tracassé par deux SMS qu'il vient de recevoir sur son téléphone. Des allusions graveleuses et bourrées de fautes d'orthographe. Qui a bien pu lui a envoyé ces horreurs ? Il aura la solution quelques jours plus tard, grâce à l'intervention de la responsable informatique du journal (on ne dira jamais assez de bien de ces hommes et femmes, toujours sur la brèche et pourtant disponibles pour dépanner ou aider ces écrivaillons handicapés du mégabit). Einar a donc subi des avances sexuelles de la part du numéro 2 du parti socialiste, futur numéro 1, possible Premier ministre. Un élu qui justement est au cœur d'une des enquêtes d'Einar, une tonitruante histoire de corruption. Le tout au moment même où la majorité du capital du Journal du Soir va peut-être changer de mains. Et comme par hasard c'est le pire ennemi du numéro 2 du PS qui ambitionne de contrôler l'influent quotidien...

 

Double suicide

N'importe quel auteur se serait largement contenté de cette intrigue pour boucler les 300 pages du polar. Arni Thorarinsson non. Il rajoute à cette histoire déjà passablement touffue un double suicide assisté par ordinateur (dont une des deux mariées du début du roman), le passage à tabac d'un employé modèle, la fuite en Europe de l'ancienne maîtresse d'Einar, toujours recherchée pour escroquerie et l'aménagement de nouveaux voisins dans l'immeuble du journaliste. Un couple victime de la crise qui a trois chats très indépendants, ces fameux chats qui donnent le titre au roman. Bref, impossible de s'ennuyer dans ce genre de livre. Notamment quand Einar juge ces hommes politiques magouilleurs et imbus de leurs personnalités. « Ces types se posent en hérauts de la liberté et de la vérité, mais uniquement quand ça les arrange. N'ont-ils pas conscience du paradoxe ? A moins qu'ils ne soient schizophrènes ? Je l'ignore. En revanche, je sais que ce genre d'hommes dirigent le pays et sans doute le monde entier. Pourquoi ? Justement parce qu'ils sont comme ça. »

Autant polar que roman social et politique, « L'ombre des chats » est une nouvelle preuve éclatante de l'incroyable richesse de la littérature islandaise, petit pays par le nombre d'habitants, géant des lettres par l'excellence de ses auteurs.

Michel Litout

 

« L'ombre des chats », Arni Thorarinsson, Métailié, 20 €

 

15/09/2014

BD : Magique Islande à travers la "Saga Valta"

 

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Le second album de la série « Saga Valta » de Dufaux et Aouamri s'ouvre sur une préface du scénariste. Jean Dufaux s'excuse auprès des lecteurs. Prévue en deux tomes, cette histoire de guerrier islandais en comptera finalement un peu plus... « Je crois dominer mon récit et c'est le récit qui s'ouvre, s'amplifie sans me demander mon avis. » Franchement, que Jean Dufaux se rassure : on ne lui en tient pas compte. Bien au contraire. Cette saga est de la veine des best-sellers et le lecteur ne sera jamais rassasié. D'autant que le dessin de Mohamed Aouamri est de plus en plus flamboyant et abouti. Valgar de Valta est donc vivant et son épopée pourrait se prolonger à l'image de son illustre ancêtre, Thorgal. Le second tome permet au lecteur de découvrir la sœur de Hildegirdd, la maîtresse de Valgar. Sosjia au noir manteau est une redoutable sorcière. Elle vit recluse dans un château au delà des terres mortes en compagnie de sa horde de chiens et de son fils, l'impétueux Hanserr. De son côté, Valgar poursuit toujours son but : récupérer la femme qu'il aime, la belle et jeune Astridr. Il va demander de l'aide à Njall-le-Brûlé, un valeureux chef. Valgar lui sauvera deux fois la vie, même si dans l'aventure il perd sa lance magique...

 

« La saga Valta » (tome 2), Le Lombard, 14,45 €

 

15/06/2014

Livre : Étranges rivages

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Erlendur revient. Le héros policier d'Arnaldur Indridason est de retour. Une double enquête dans les fjords glacés de l'est de l'Islande. Une petite voiture rouge, une nécrologie dans le journal barrée du mot « ordure », une ferme en ruine. Ce sont quelques-uns des morceaux du puzzle de ce roman policier signé Arnaldur Indridason. L'écrivain islandais renoue avec son héros du début, le policier Erlendur. Un flic pragmatique, torturé de culpabilité, incapable d'être heureux, de vivre simplement en oubliant les fantômes du passé. Dans ces terres de l'est il va déterrer quelques cadavres, imagés ou bien réels... (Points, 7,60 €)

 

06/01/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : L'autoroute et les Elfes

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La mise en chantier de certaines grosses infrastructures cause souvent des désagréments. On se souvient de la bataille des opposants à la ligne THT entre la France et l'Espagne. Une histoire de paysage.

En Islande, c'est une autoroute pour relier la péninsule d'Alftanes à la capitale Reykjavík qui pose problème. L'association Friends of Lava, mouvement proche des écologistes mène un combat sans précédent pour empêcher le début des travaux. La pollution n'est pas en cause. Ni l'argument économique. L'autoroute sera utile et certainement très fréquentée par les riverains. Non, le souci réside dans le tracé choisi. Il passe au cœur d'un territoire colonisé depuis des millénaires... par les Elfes.

Friends of Lava a pour but de préserver les habitats elfiques en Islande. Dans ce pays rude et sauvage, tout ce qui touche au peuple invisible est pris au sérieux. Conséquence, l'association a obtenu un sursis du gouvernement avant le début des travaux. Le projet d'autoroute n'est pas abandonné. Il est simplement mis en veille, le gouvernement acceptant de « laisser un peu de temps aux Elfes pour déménager ». Chez nous, certaines décisions politiques sont hallucinantes. Les Islandais font beaucoup mieux !

PS : pour se faire une idée de l'Islande sans se geler, lisez un roman d'Arnaldur Indridasson (aux éditions Métailié, n'importe lequel !) et vous serez conquis. Pour les paysages grandioses, allez voir « La vie rêvée de Walter Mitty » de Ben Stiller actuellement au cinéma.

PS bis : L'office de tourisme islandais peut me joindre au journal...

07:23 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : elfes, islande, autoroute

22/10/2013

"Je sais qui tu es", thriller islandais réfrigérant

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Garoar, au chômage depuis quelques mois dans une Islande durement touchée par la crise, a investi ses dernières économies dans l'achat d'une maison à Hesteyri. Il a pour ambition de transformer la bâtisse en gîte. Idéalement située, loin de tout, au cœur du parc naturel, elle ne devrait pas désemplir en été. Il débarque à l'automne avec matériel et vivres pour une semaine de travaux intensifs. Il n'est pas seul, accompagné de sa femme, Katrin et de Lif, la veuve de son meilleur ami, associé mort d'une crise cardiaque avant l'aboutissement du projet. Mais le lieu, abandonné, semble même hanté. Le cadre majestueux et sauvage devient source inépuisable de terreur. Rarement un roman (signé Yrsa Sigurdardottir) aura suscité autant d'angoisse au lecteur. A ne pas lire seul dans sa maison de campagne. A moins de rechercher des sensations fortes. (Points, 7,70 €)