30/04/2017

BD : Petite fille deviendra grande geisha

 


Le Japon a lui aussi connu sa révolution culturelle. Moins brutale que dans la Chine de Mao, mais aux conséquences radicales pour toute une partie de la population. Pas de revirement politique, mais simplement une modernisation de la vie quotidienne impliquant l’abandon de traditions séculaires. L’histoire de Setsuko Tsuda, petite fille de 8 ans, débute en 1912. Son père, samouraï déchu, quitte la campagne pour la grande ville. Là, incapable de nourrir sa famille, il vend Setsuko à une maison de geisha. La gamine au visage disgracieux et aux allures sauvages deviendra Kitsune, la renarde. Utilisée comme bonne à tout faire les premières années, elle va révéler un don pour le shamisen, cet instrument de musique typique. La première partie raconte sa dure vie dans un milieu où les femmes ne sont que des jouets pour les hommes. Le dessin en noir et blanc de Christian Durieux (sur un scénario de Perrissin) rend cette œuvre aussi délicate qu’un air joué sur cette guitare si particulière.
➤ « Geisha ou le jeu du shamisen » (tome 1), Futuropolis, 19 €

08/03/2017

Livres de poche : ouvrons-nous à d’autres horizons


Japon. Dans ce roman d’Edogawa Ranpo, Minoura tombe éperdument amoureux d’une jeune collègue de bureau au passé mystérieux, Hatsuyo, avec qui il se fiance… Peu après, Hatsuyo est brutalement assassinée, dans sa chambre apparemment close. Michio Moroto, ancien colocataire et rival, a ses propres raisons de s’intéresser à cette affaire. Leur enquête mènera le duo jusqu’à une île mystérieuse où se déroulent des expériences abominables visant à transformer l’humanité.
➤ « Le démon de l’île solitaire », 10/18, 8,10 €

Russie. 2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inhabitable, est désormais livrée à des monstruosités mutantes. Moscou est une ville abandonnée. Les survivants se sont réfugiés dans les profondeurs du métropolitain où le jeune Artyom entreprend une mission qui pourrait le conduire à sauver les derniers hommes d’une menace obscure… mais aussi à se découvrir luimême à travers des rencontres inattendues. Terreur et science-fiction sous la plume de Dmitry Glukhovsky.
➤ « Metro 2033 », Le Livre de Poche, 9,90 €

Belgique. Jean Villemont, brillant avocat pé- naliste bruxellois, accepte par principe de défendre le jeune auteur d’un braquage foireux dans un bureau de poste. Cette affaire, à l’origine sans envergure, va pourtant les mener à Franck Jammet, braqueur et pianiste virtuose, auteur pré- sumé du légendaire casse de l’aéroport de Zaventem dont la bande est menée par la discrète Julie Narmon. Un polar mené à la baguette par Paul Colize
➤ « Concerto pour quatre mains », Pocket, 7,80 €

01/08/2015

BD : La mafia du catch

 

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Si la BD japonaise prospère en France, l'inverse n'est pas vrai. La production franco-belge, pourtant pléthorique, n'arrive jamais au pays du Soleil Levant. A de rares exceptions. L'exemple de « La République du catch » de Nicolas de Crécy prouve pourtant qu'il existe des passerelles. Mais au lieu de simplement diffuser des œuvres déjà existantes, les éditeurs japonais préfèrent des histoires formatées pour leurs revues. C'est donc à une commande que le créateur de Léon La Came a répondu. 200 pages à livrer en huit mois pour le mensuel « Ultra Jump ». Avec parution en album simultanée en France et au Japon. Mario, petit marchand de piano, est l'oncle d'Enzo, bébé terreur à la tête de la mafia locale. Ses hommes de main, ce sont des catcheurs. On croise également un manchot (l'animal) mélomane, des fantômes faibles et la tête d'un tueur à gages. Sans oublier la belle Bérénice, à la peau si douce... aux muscles si durs. Seul bémol dans cette histoire dense et dessinée dans ce style inimitable, la fin appelle une suite. Qui n'est pas assurée d'exister. Tout dépend du succès du livre au Japon. Amis Nippons, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

« La république du catch », Casterman, 20 euros

 

 

 

10/06/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Ascenseur occupé

Les Japonais pensent à tout. Ou presque. L'archipel, fréquemment sujet à des séismes, se retrouve sans électricité durant des périodes plus ou moins longues. Conséquence : les ascenseurs se retrouvent bloqués avec quelques naufragés à l'intérieur. Les fabricants nippons ont donc l'intention d'équiper les cabines de réserves d'eau potable et de... toilettes portables. Si par malheur le « Big One » frappait le Japon, les estimations font état de 17 000 personnes bloquées dans les 700 000 ascenseurs du pays.

Imaginez. Vous êtes l'un de ces 17 000 malheureux contraints de cohabiter de longues heures dans un espace très restreint. Forcément, à un moment la nature reprendra le dessus, vous serez saisi d'une envie irrépressible de faire pipi. Ou pire (le stress engendre souvent une torsion des boyaux). D'une situation simplement embarrassante, on se retrouve dans une galère cauchemardesque.

Si vous avez la chance d'être l'unique occupant, seuls les secours constateront les dégâts. Mais si un (ou une) inconnu partage votre infortune : « Excusez-moi, mais je ne peux plus me retenir. Ne regardez pas. Et retenez votre respiration un bon quart d'heure... » « Pas très intimes ces toilettes portables. Et je ne trouve pas la chasse. Désolé. »

Le pire : se retenir des heures et craquer une minute avant le retour de l'électricité. Non seulement vous vous retrouvez en train de déféquer devant vos compagnons de galère, mais en plus vous n'avez pas le temps de vous reculotter avant l'ouverture des portes et l'arrivée de sauveteurs (lesquels font immédiatement demi-tour à cause de l'odeur). De quoi ne jamais plus prendre un ascenseur et cauchemarder jusqu'à la fin de son existence.

03/05/2015

BD : Une rônin en Chine

 

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Les rapports entre Japon de Chine ont toujours été conflictuels. « Senseï », nouvelle série historique de Jean-François Di Giorgio (scénario) et dessinée par Vax, écrit une nouvelle page de cette longue et interminable guerre froide. Alors que la vaste Chine est composée d'une multitude de provinces plus ou moins indépendantes, une rônin se trouve mêlée à une histoire d'amour impossible. Kang Jie, jeune noble obligé de quitter son palais, file la parfaite romance avec la belle Nuo. Mais il n'ose pas demander sa main au père très exigeant. Une nuit, alors qu'ils batifolent dans la campagne, ils sont témoins de l'assassinat d'un enquêteur chargé d'élucider une série de meurtres de jeunes femmes. Pourchassés par les tueurs, ils sont sauvés par l'intervention de Yukio, une rônin japonaise en terre chinoise. Dès lors, leurs trois destins sont liés. Une BD dépaysante, avec une intrigue assez classique mais des personnages forts. Notamment l'énigmatique et invincible Yukio au charme fou quoique très dangereux...

 

« Senseï » (tome 1), Soleil, 14,50 €

 

01/03/2015

Cinéma : Une déesse, un Sanctuaire, des chevaliers

Retour des “Chevaliers du Zodiaque”, manga mythique des années 80.

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Les nostalgiques du monde merveilleux des dessins animés japonais vont adorer. Après l’adaptation d’Albator, débarquent sur grand écran les “Chevaliers du Zodiaque”.

 

 

Ce film entièrement en images virtuelles est à des millions d’années lumière de l’animation sommaire de la série originelle. Au contraire, le luxe de détails et la fluidité des mouvements démontrent les incroyables progrès réalisés en trois décennies.

 

La déesse Athéna est cachée sur terre. Le grand Pope veut la tuer pour régner en maître absolu. A ses 16 ans, son tuteur lui révèle sa véritable identité. Elle rencontre aussi les chevaliers de bronze chargés de la protéger. Une première partie sur Terre, avec beaucoup de combats et un peu d’humour, puis un final dans l’arc du Sanctuaire aux décors grandioses. Et encore plus de combats... Du grand spectacle pour grands enfants pas trop regardants sur l’histoire mais avides de scènes fortes et de jolie fin. Une certaine idée que l’on se fait de la vie des Dieux quand on est encore en culottes courtes.

24/09/2014

BD : Japon féodal

 

 

 

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Le Japon regorge de vieilles légendes fantastiques. Une source inépuisable pour des scénaristes européens un peu curieux. Morvan le premier a ouvert le chemin, Sylvain Runberg semble lui aussi tombé sous le charme du pays du soleil levant. Des Shinobis exactement. Ce sont des mercenaires, mi-hommes, mi-démons. Hideyoshi est l'un d'eux. Exactement ce sont ses trois enfants qui sillonnent la campagne, incognito, pour se vendre aux plus offrants. Dans ce premier tome dessiné par Xu Zhifeng, le trio joue un double jeu. Si l'un des démons passe au service du shogun Ashigaka, c'est pour mieux le trahir au profit de l'impératrice. Histoire complexe mais prenante, dessin lumineux d'un virtuose venu de Chine, cette nouvelle série marche sur les traces d'Okko chez Delcourt. Avec cependant la touche Runberg (Orbital) qui se caractérise par des personnages aux psychologies très détaillées et riches en contradictions.

« L'ombre des Shinobis » (tome 1), Glénat, 13,90 €

 

 

02/09/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : pour lutter contre le sida les actrices porno japonaises donnent de leur personne

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Les Japonais sont formidables. Comme en Occident, la recherche contre le sida a besoin de fonds. Ils ont eu une idée géniale pour remplir les caisses. Une dizaine d'actrices porno du cru ont accepté, en échange de 1000 yens soit 7 euros, de participer en payant de leur personne. Une fois l'argent remis aux organisateurs, le donateur a le droit de toucher les seins de la bénévole (elle en a vu d'autres...) Quelques photos de palpations diffusées sur les réseaux sociaux ont fait une publicité mondiale à cette opération originale renommée malicieusement « Télététon ».

Un succès qui pourrait donner des idées sous nos latitudes. La Croix Rouge française a pour ambassadrice Adriana Karembeu. Le splendide mannequin offre son image lors de la campagne de dons. Pourquoi ne pas lui demander de s'investir aussi physiquement ? Lui toucher les seins... ne rêvons pas. Mais une petite séance de bouche à bouche mise aux enchères devrait gonfler la cagnotte. Se faire pincer le nez par ses doigts manucurés, sentir ses lèvres pulpeuses, son souffle chaud et sensuel dans nos poumons...

Vous ne serez pas en reste, mesdames. La collecte des pièces jaunes bénéficie depuis de nombreuses années du soutien de David Douillet. Le grand judoka peut lui aussi se donner à fond. Une petite immobilisation au sol ferait frissonner toutes celles qui rêvent de sentir ses bras virils sur leur frêle corps de faible femme en mal de protection. Par contre, on évitera de demander quoi que ce soit à Bernadette Chirac...

21/06/2013

Livre : Fantastique Japon moderne

 

 

Le Japon, écartelé entre modernisme et tradition, a toujours fasciné les auteurs occidentaux. Nouvelle preuve avec « Le chemin des Dieux » de Jean-Philippe Depotte.

 

japon, chemins des dieux, depotte, denoël, lunes d'encreDepuis le moment où il a décidé de devenir écrivain, Jean-Philippe Depotte ne cesse de publier. Un gros roman par an. Après trois récits entre fantastique et récit historique, il se lance dans un roman contemporain. Le personnage principal est le Japon, ce pays qu'il connait (et aime) bien pour y a voir vécu quatre ans. A travers ces 460 pages qui font parfois penser à du Brussolo, il fait partager sa fascination pour un peuple à la pointe de la modernité mais qui jamais n'a oublié ses traditions, les fondamentaux de son histoire réelle et imaginaire.

Le Japon actuel, le lecteur le découvre par l'intermédiaire des yeux d'Achille, un Français qui y a vécu il y a une dizaine d'années. Une parenthèse terminée sur une déception amoureuse. Il devait se marier avec Uzumé. Cela ne s'est pas fait. Il croit avoir tout oublié jusqu'à ce coup de téléphone de son ami Francis, resté lui au Pays du soleil levant. « Uzumé a été enlevée. Viens m'aider à la retrouver ! ». Achille abandonne tout et saute dans un avion pour débarquer dans une ville de Tokyo en totale mutation. Le Français reprend son nom japonais d'Ashiru-san et va au rendez-vous fixé par Francis. Mais son ami ne viendra pas. Il s'est suicidé entretemps. Pendu dans une forêt avec l'écharpe d'Uzumé. Le début d'une dérive spectaculaire pour Ashiru-san, comme envoûté par ce monde dont il maitrise la langue et les codes mais où il restera à jamais un gaïjin, un étranger dont il faut se méfier.

 

De Kappa à Tanuki

Rapidement le versant fantastique du roman va s'immiscer insidieusement dans le récit. Le Japon décrit par Jean-Philippe Depotte est en train de s'éteindre. En fait c'est l'électricité qui fait défaut depuis un mystérieux incident dont on ne saura rien. L'État demande à ses administrés de faire des économies et la nuit rares sont les lumières allumées. Cela donne un côté crépusculaire à la ville où Ashiru-san erre, détroussé, sans but. Le cauchemar s'estompera avec la rencontre de la jeune taxidermiste Kumiko-chan qu'il surnomme Véra en raison de sa ressemblance avec le personnage du dessin animé Scoubidou. On entre alors de plain-pied dans le Japon des croyances.

Achille ne peut s'empêcher de sourire à la superstition de son amie qui tousse trois fois devant la porte des WC avant d'y aller. « Je préviens quiconque occupe ces toilettes que je compte bien y entrer. Précaution élémentaire. Pour ne pas déranger. » Et de se justifier en expliquant que « les esprits des toilettes ne sont pas les plus dangereux . Mais les tours qu'ils vous jouent sont les plus embarrassants. » Des craintes partagées par Ken, l'ami de Véra, un geek absolu, ne jurant que par les jeux vidéo et les chanteuses pré pubères de mièvreries sucrées.

Dans ce roman on croise aussi quelques yakusas mais surtout toute une ribambelle de divinités, comme attirées à l'extérieur maintenant que les ténèbres règnent sur le pays. Si Kappa dit le "noyeur", un être vivant dans les rivières et attirant les petits enfants dans la vase fait très peur, on est par contre séduit par Tanuki, hybride entre homme, ours et blaireau, lutteur, farceur et reconnaissable entre mille par son pelage dru, « ses testicules immenses et son scrotum distendu ». A la dérive, toujours à la recherche de la mystérieuse Uzumé, Achille est le guide d'exception d'un Japon fantasmé par un écrivain étonnamment imaginatif.

Michel LITOUT

 

« Le chemin des Dieux », Jean-Philippe Depotte, Denoël, 20,90 €


08/11/2011

Jonathan au Japon sur les traces d'Atsuko, avec Cosey

 

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Cosey, Jonathan, Atsuko, Japon, LombardJonathan, voyageur infatigable imaginé par Cosey, nous revient pour un périple au Japon. C'est au cœur de montagnes enneigées qu'il va retrouver Atsuko, une jeune femme rencontrée quelques semaines plus tôt en Birmanie. Il désire lui remettre un carnet intime tenu par sa tante et contenant une mystérieuse touffe de cheveux. En 54 pages d'une beauté lumineuse, l'auteur suisse conte une histoire de famille déchirante, avec des haïkus en toile de fond. La parution de ce 15e tome des aventures de Jonathan correspond à la sortie du beau livre « Une autobiographie imaginaire en BD », entre monographie, art book et carnet de voyage.

 

« Jonathan » (tome 15), Le Lombard, 11,95 € (édition grand format avec 16 pages d'aquarelles à 15,95 €)

09:51 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cosey, jonathan, atsuko, japon, lombard