19/07/2017

DVD : Comment être belle malgré la maladie

 


Florence Foresti tente depuis quelques années de se défaire de son image de comique fofolle et excessive. Tentée par le théâtre et le cinéma, elle parvient parfois à décrocher des rôles plus ambitieux.
Comme dans « De plus belle », premier film d’Anne-Gaëlle Daval spécialement écrit pour la comique. Un personnage complexe, meurtri dans son corps et ses convictions personnelles. A un peu plus de 40 ans, Lucie a frôlé la mort. un cancer du sein détecté heureusement assez tôt. Chimio, rayons... Le protocole mis en place par son chirurgien, par ailleurs petit frère (Jonathan Cohen), a porté ses fruits. Elle est en rémission et la scène d’ouverture montre tous ses amis fêter son retour à la vie dans une boîte de nuit.
Tout le monde fait la fête, danse, boit... Sauf Lucie. Comme si elle sentait que tout cela n’est qu’écume en surface d’une vie sans but ni amour. Et ce ne sont pas les gros sabots de Clovis (Mathieu Kassovitz), dragueur impénitent, qui vont la faire changer d’avis. Lucie en plus d’être devenue un peu hypocondriaque, doit subir les foudres de sa mère (Josée Drevon), peau de vache qui ne cache jamais sa préférence pour son fils.
De tous les personnages secondaires, c’est elle qui crève l’écran. La prestation de Florence Foresti, à côté des autres actrices (Nicole Garcia et Olivia Bonamy) semble un peu en deçà. Pourtant elle porte sur ses épaules tout le film, ses cours de « strip-tease thérapeutique » donnant une couleur très cabaret à cette comédie un peu trop léchée pour être émouvante.
Dans les bonus, la réalisatrice, qui a débuté comme costumière dans la série Kaamelott d’Alexandre Astier, raconte sa relation avec sa comédienne principale, quelques images du tournage montrant Florence Foresti comme on la connaît : souriante, virevoltante et provocatrice.  
➤ « De plus belle », Studiocanal, 19,99 € le DVD


24/03/2015

DVD : Comment choisir sa vie ?

Incapable de vivre sa vie, un homme vole celle des autres dans « Un illustre inconnu », porté par Mathieu Kassovitz.

ilustre inconnu, pathé, kassovitz, delaporte

Transparent, solitaire, timide et taiseux : Sébastien Nicolas est l'archétype de l'homme effacé que personne ne remarque. Derrière ses grandes lunettes de vue, il observe le monde, son agitation, ses plaisirs. Lui est incapable de vivre normalement, comme paralysé par son apparence. Alors cet agent immobilier terne et docile, a trouvé un dérivatif à sa non-vie : il s'approprie celle des autres.

Interprété par Mathieu Kassovitz, le personnage principal du film de Matthieu Delaporte, a aménagé sa cave en laboratoire de transformation.

ilustre inconnu, pathé, kassovitz, delaporteIl observe, écoute sa future proie puis se glisse dans ses habits. Postiche et prothèses en latex lui permettent de ressembler comme deux gouttes d'eau à ces hommes dont il envie la vie. Il se transforme en fleuriste, marié, un enfant, fan de Gad Elmaleh et alcoolique repenti.

Le jeu est excitant, mais dangereux. Sébastien tente de tout arrêter mais replonge quand il croise la route d'un célèbre violoniste à la retraite. Voilà l'existence dont il aurait rêvé. La tentation est trop forte.

 

La magie du maquillage

Interprétant les deux rôles principaux, Mathieu Kassovitz réalise une performance digne des grands acteurs américains. Il change de personnalité au gré de ses déguisements, modifie sa voix, sa démarche. Mais au fond de lui il reste le même être torturé, incapable de trouver sa place.

Et quand tout se met à déraper, il se sent acculé, perdu. A moins que cela soit là la véritable chance de sa vie. D'une autre vie exactement, celle dont il pourrait enfin orienter les choix.

 

 

Présenté comme un thriller « machiavélique », « Un illustre inconnu » est surtout une fable sur le destin. Peut-on l'infléchir ? Le modifier ? Transformer sa vie en œuvre de bonté alors qu'on est plongé dans un abîme de noirceur ? Sébastien Nicolas a-t-il droit à une seconde chance ?

Le DVD s'agrémente d'un making of assez complet avec interview du réalisateur et de l'acteur principal ainsi que quelques scènes coupées précédées dles explications de Matthieu Delaporte et du scénariste-producteur Alexandre de la Patelière. Mais le plus intéressant reste le reportage sur les effets spéciaux. On découvre comment on transforme Sébastien Nicolas en violoniste plus vieux de 20 ans. Un bel hommage à ces artistes de l'ombre que sont les maquilleurs.

Michel Litout

 

« Un illustre inconnu », Pathé Vidéo, 14,99 euros. 

 

01/11/2014

Cinéma : l'amour filial à son paroxysme dans "Vie sauvage" de Cédric Kahn

Librement inspiré de l'histoire de Xavier Fortin et de ses deux fils, en cavale durant onze ans, “Vie sauvage” de Cédric Kahn, tourné en grande partie dans l'Aude entre la Montagne noire et Carcassonne, a la force et la beauté de la nature reine.

 

 

Entier. Le caractère de Paco (Mathieu Kassovitz) est entier. Ce père a tout fait pour satisfaire la mère de ses enfants. Rencontrée dans un campement “d’Indiens” comme il y en existe encore quelques-uns dans les Pyrénées, il se marie avec elle sous un arbre, selon un rite très naturaliste. Il adopte son bébé, Thomas, et reprend sa vie de nomade, d’idéaliste en marge de la société. Deux enfants naîtront sur les routes (dans les Cévennes et en Normandie). Deux garçons, Tsali et Okyesa, pour compléter la petite tribu.

 

vie sauvage, cinéma, cedric Kahn, kassovitz, sallette, fortin

Mais la vie d’errance use. Nora (Céline Sallette), la mère, n’en peut plus de marcher dans la boue et d’avoir froid dans les caravanes embourbées au bout d’un chemin de terre.

La scène d’ouverture du film est d’une tension extrême. Paco prend la voiture pour aller faire quelques courses. Dès qu’il a passé le virage, Nora sort des placards des sacs déjà prêts. Et c’est la fuite. A travers bois, le long des routes, dans un train... Les garçons, qui comprennent ce qui se passe, sont rétifs. Ils tentent de s’échapper. Finalement Nora et ses trois petits embarquent dans un TER et arrivent à destination : la villa cossue de ses parents.

 

Montagne Noire et sauvage

Paco retrouve rapidement leur trace. Des retrouvailles violentes. La police intervient et un juge confie officiellement la garde des enfants à la mère. Pourquoi ? Demande furibard Paco. Car c’est comme cela. Dans l’attente d’une décision définitive, les enfants sont toujours à la garde de la mère. Un an après, Paco qui vit toujours dans son campement, a fait profil bas. Il récupère ses deux fils pour les vacances scolaires. Mais au lieu de les ramener deux semaines plus tard, il entame une cavale à travers garrigue, bois et vallées. Ils tiendront 11 années dans la clandestinité.

Cédric Kahn, en montant son projet tourné en grande partie dans la Montagne Noire, à Bram et à Carcassonne dans l’Aude, a dû faire des choix pour raconter cette épopée en 1 h 45. Après la séquence d’ouverture, il montre le trio seul dans les bois, se cachant parfois dans des grottes, découvrant cette nature généreuse et parfois sauvage. Un retour aux sources naturaliste, une éducation de la terre nourricière très idéaliste. Une période rose qui dérape dans la dernière partie du film. Les deux garçons sont de grands adolescents. Leur situation s’est stabilisée mais ils sont de plus en plus démangés par cette vie urbaine, pas forcément mieux que la vie sauvage, mais si différente.

Un long-métrage tourné presque comme un documentaire, avec un casting étonnant de vérité. Mention spéciale aux quatre jeunes qui interprètent les enfants de Paco. La seule faiblesse du film (à moins que cela ne soit son plus grand mérite) c’est de ne pas ouvertement choisir son camp. Comme si toute expérience est bonne au final, même si elle implique une très grande souffrance : séparation pour la mère et prison pour le père...

 

 

_____________________________________________

Trois fois Céline Sallette

 

 

vie sauvage, cinéma, cedric Kahn, kassovitz, sallette, fortin

« Vie sauvage » est un film d’hommes. Un père et ses deux fils, liés par une volonté de survivre ensembles malgré les décisions de justice. La place de la mère, relativement ingrate dans cette épopée, est tenue par Céline Sallette. L’actrice révélée dans la série télé « Les revenants » puis le film de François Dupeyron « Mon âme par toi guérie » enchaîne les tournages. A l’affiche du film de Cédric Kahn, elle interprète également l’éducatrice obstinée de « Géronimo », le film de Tony Gatlif. Et en décembre, elle sera la femme du juge marseillais joué par Jean Dujardin dans « La French ». Trois fois à l’affiche en trois mois et presque trois rôles différents dans « Vie sauvage ». Quand elle est jeune, marginale aux longues dreadlocks, sous le charme de Paco le vagabond ; à maturité, mère protectrice qui veut un avenir meilleur pour ses enfants ; puis en mère quasi mystique, priant Dieu pour retrouver le fruit de ses entrailles, déterminée mais plus compréhensive, capable de pardonner. Une formidable performance d’actrice qui prouve l’incroyable potentiel de cette comédienne passée par le théâtre d’Ariane Mnouchkine.